jeudi 25 novembre 2010

EURO-LAND IST ABGEBRANNT

Die Inflation wird nur um den Preis einer radikalen Deflation vermieden
Immer tiefer verstricken sich die Staaten in die Widersprüche der Geldpolitik. Nur mit Hilfe beispielloser Haushaltsdefizite konnte die Weltwirtschaftskrise zunächst aufgefangen werden, ohne dass ein selbsttragender Aufschwung in Sicht wäre. Jetzt droht das Postulat einer staatlichen Spar- und Entschuldungspolitik die schwache Konjunktur wieder abzuwürgen. Im Direktorium des IWF liebäugelt man mit einer „kontrollierten Inflation“, um das unbewältigbare Problem weiter hinauszuschieben. Nicht zufällig ist dabei der Euro-Raum ins Zentrum der geldpolitischen Krise gerückt. Das Konstrukt der Währungsunion lieferte die gemeinsame Notenbank den alten nationalen Souveränitäten mit unterschiedlichen Produktivitätsniveaus und ungleicher Kapitalkraft aus. Es war darauf ausgerichtet, diesen inneren Widerspruch mittels der globalisierten Defizitkonjunktur zu externalisieren. In dem Maße, wie deren Kraft erlahmt, ist der mögliche Staatsbankrott der kapitalschwachen Euro-Länder zum Sprengsatz der Währungsunion geworden.
Nach den Bürgschaften und Beihilfen für das marode Bankensystem und den defizitären Konjunkturprogrammen hat die EU nun ein drittes, noch größeres Rettungspaket für die Staatsfinanzen der Bankrottkandidaten aufgelegt. Es ist ein Treppenwitz, dass in dieser Situation Estland in die Euro-Gemeinschaft aufgenommen und für die Einhaltung von Stabilitätskriterien gelobt wird, die gar nicht mehr existieren. Die europäische Zentralbank (EZB) ist bereits dazu übergegangen, wertlose Staatsanleihen aufzukaufen. Das Problem besteht aber nicht in der nominalen Höhe der Defizite bei den angeblichen „Sündern“, sondern in deren mangelnder Kapitalkraft. Das nominale Defizit, gemessen am nationalen Bruttoinlandsprodukt, ist in der BRD höher als etwa in Spanien. Aber die BRD konnte sich bisher durch ihre immensen Exportüberschüsse gerade im Euro-Raum über Wasser halten. Schon seit 2009 drängen die anderen EU-Staaten darauf, dieses „Ungleichgewicht“ abzubauen. Dagegen wurde gesagt, die BRD dürfe nicht für ihre Exportstärke bestraft werden, sondern die anderen müssten für sich ähnliche Bedingungen schaffen. Die bestehen allerdings darin, dass sich die BRD den größten Billiglohnsektor in Westeuropa leistet und mit ihrer Kapitalstärke kombiniert. Die daraus resultierenden Exportüberschüsse konnten aber nur durch die Defizite der kapitalschwächeren Länder finanziert werden.
Jetzt beißt sich die Katze in den Schwanz. Der innereuropäische Defizitkreislauf ist zum Stehen gekommen und bringt den Widerspruch der Währungsunion zum Vorschein. Die hemmungslose Geldschwemme der EZB und die völlige Preisgabe der Maastricht-Kriterien führt nur dann nicht zur Inflationierung des Euro, wenn im Gegenzug tatsächlich die Staatshaushalte radikal heruntergefahren werden. Aktuell gefallen sich politische Klasse und Medien der BRD in einem nationalen Chauvinismus gegenüber den „Sündern“. Umgekehrt räsoniert die Linke über ein „Diktat“ der BRD in der Euro-Zone und eine Aushöhlung der nationalen Souveränitäten. Dieser ideologische Diskurs will nicht realisieren, dass hier ein wechselseitiges Abhängigkeitsverhältnis besteht. Die auf den Weg gebrachte extreme Sparpolitik, um den Euro zu retten, hat zwangsläufig einen deflationären Schock zur Folge. Wenn die staatlich induzierte Kaufkraft trocken gelegt wird, überschwemmt nicht nur die allgemeine Entwertung der Arbeitskraft, sondern auch die Entwertung von Sachkapital und Warenkapital den Euro-Raum. Damit zeigt sich, dass die vermeintlich autonome Exportstärke der BRD in der EU auf tönernen Füßen steht.
Eine Rettung des Euro und des ohnehin großenteils am staatlichen Tropf hängenden Bankensystems, das jetzt auch noch auf maroden Staatsanleihen sitzt, geht nur um den Preis einer Depression in den kapitalschwachen Euro-Ländern. Dafür sind die Weichen in Griechenland bereits gestellt; Spanien, Portugal und andere Länder werden folgen. Das Resultat kann nur eine Explosion der Massenarbeitslosigkeit in der BRD sein, die wiederum auf die übrige EU zurückschlägt. Eine Sparpolitik auf Biegen und Brechen in den Euro-Ländern mit negativer Handelsbilanz, die auf den Zusammenbruch der deutschen Exportkonjunktur hinausläuft, droht den selber längst überstrapazierten Staatshaushalt der BRD in dieselbe Lage zu versetzen wie den der angeprangerten Defizitsünder. Denn Kapitalstärke schlägt dann in Kapitalschwäche um. Wenn sich die deflationären Folgen des Spardiktats abzeichnen, würde eine erneute Kehrtwendung zu einer chaotischen Kombination von deflationären und inflationären Tendenzen führen (Stagflation). Die Merkel-Regierung ist gar nicht in der Lage, der EU ihr Eigeninteresse zu oktroyieren, sondern sie schwankt zwischen der Wahl von Pest oder Cholera. Erst recht kann die Uhr nicht zurückgedreht werden zu einem nationalen Wirtschafts- und Währungsraum im Sinne des blökenden D-Mark-Chauvinismus, der schon immer eine einseitige Exportorientierung zur Grundlage hatte. Auf die eigene Binnenkonjunktur zurückgeworfen, müsste die deutsche Herrlichkeit vollends ihren Geist aufgeben. Die inneren Widersprüche der europäischen Währungsunion werden zum Katalysator für die zweite Welle der Krise.

erschienen in der Wochenzeitung „Freitag“ am 20.05.2010

Robert Kurz

Décomposition dans la Sécurité du Sarko-Tyran

Pour les polices les choses s'accélèrent mais aussi chez les matons. Une fronde se met en place dans la Sécurité  

Ils étaient une quarantaine ce mercredi matin. Trente surveillants de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne) à bloquer l'accès de la prison à l'appel d'organisations syndicales minoritaires (moins bien contrôlées donc) au sein de l'établissement.
Pneus brûlés, palettes calcinées… 
Ces mobilisations veulent attirer l'attention sur les conditions de travail du personnel pénitentiaire. Mais leur malaise dépasse les murs de la prison.
Découvrant cette évidence qu'ils sont des esclaves salariés et donc traités comme il se doit par le pouvoir. Entassés dans des cités comme les autres ils ont le choix entre la Cité-Prison et la Cité-Cité ou ils côtoient nécessairement leurs "anciens clients" ex taulards of course...
Bonne ambiance en taule, bonne ambiance dans les Cités, bonne ambiance partout !
Si la proportion d'anciens détenus qui vivent près de la prison reste très faible -et les altercations, rares-, le cas des Résidences montre que le tombé de l'uniforme n'efface pas l'ancien rapport surveillant/détenu.
« A l'intérieur, derrière ces grands murs, nous sommes des surveillants. Mais dès que l'on passe la porte de la prison, on redevient des civils comme tout un chacun.
Et dehors, je n'ai aucune envie qu'on me reproche d'être un surveillant pénitentiaire. »

Quelle protection hors les murs de la prison ?

En détention, les violences sur le personnel pénitentiaire font l'objet de procédures spécifiques. Hors les murs, c'est plus compliqué. Laurent :
« Si l'on se fait insulter dans la vie civile, on ne peut bénéficier d'une protection statutaire [par exemple, la prise en charge des frais d'avocats, ndlr] que si l'agresseur fait référence à notre profession lors de l'agression.
Mais à titre personnel, que ce soit au dedans ou en dehors, je vis ces altercations avec une certaine bonhomie. Question de distance par rapport aux événements. »

« Lorsqu'on voit du bleu toute la journée… »

Depuis qu'il réside dans ce quartier, Laurent a en mémoire deux remarques vindicatives à son égard. Il se souvient également de certains de ses collègues qui, il y a quelques années, avaient bénéficié d'arrêts maladie à cause de tensions avec leur voisinage. Ils ont depuis quitté les Résidences. Laurent :
« On est pas contre une mixité sociale, loin de là. Cette cité ne doit pas être un vase clos, une caserne où il n'y a que des surveillants.
Lorsqu'on voit du bleu toute la journée, on n'a pas forcément envie de ne croiser que des collègues une fois rentré chez soi.
Ce qu'on voudrait, c'est qu'à l'avenir, une sorte de garde-fou soit mis en place pour que d'anciens détenus de Fleury ne se voient pas attribuer un logement aux Résidences.
Car la chose n'est pas agréable : ni pour les surveillants, ni forcément pour les anciens détenus non plus. »
Mais qui a dit que le pouvoir souhaitait être agréable a ses matons ou à ses taulards ?
Et dans la Police ?

Le devoir de réserve des policiers à l'épreuve d'Internet:

Des critiques de hiérarchie ne sont pas directement mises en cause, mais une propension de " nombreux policiers et personnels " à se livrer sur les réseaux sociaux. Frédéric Péchenard a ainsi cité les exemple de Facebook ou Twitter. Des " obligations déontologiques " et de " secret professionnel " qui si elles ne sont pas respectées peuvent donner suite à des " poursuites pénales et disciplinaires ".

DES POLICIERS ROMPENT LE DEVOIR DE RÉSERVE:
Explosion du nombre de gardes à vue, suicides, petits arrangements avec les statistiques de l’insécurité, etc., le FPC, un collectif de policiers qui réunit officiers et gardiens de la paix, a mis en ligne trois vidéos sur le site de partage de vidéos en ligne YouTube pour contester le discours officiel. À l’aide d’exemples concrets, ils remettent en cause la course aux chiffres, "les interpellations à tour de bras" ou encore le harcèlement des automobilistes en vue de les verbaliser "alors qu’auparavant, une petite remontrance suffisait". L’Inspection générale des services (la police des polices) diligente actuellement une enquête afin d’identifier les conditions de tournage interne aux locaux, les complices éventuels et les témoins. En effet, les policiers sont interviewés entre autres devant des cellules de garde à vue au sein même des commissariats. Le ministère de l’Intérieur s’inquiète du nombre croissant de policiers qui s’affranchissent du devoir de réserve. Une mise en garde émanant de la Direction générale de la police nationale (DGPN) a été récemment diffusée. Frédéric Péchenard, le directeur, prévient que tous les manquements aux règles de déontologie sont "passibles de poursuites pénales et disciplinaires". Sont également pointées par la DGPN les inscriptions croissantes de policiers sur les réseaux sociaux. Certains policiers y détailleraient des aspects confidentiels de leur mission. Le collectif FPC promet de nouvelles "révélations" au mois de décembre.
FPC Chapitre 1 : Les gardes à vue
FPC Chapitre 2 - Les suicides dans la police
50 suicides par an et c’est une constante depuis des années. N’est-ce pas suffisant pour provoquer un débat et chercher de réelles solutions pour réduire l’hécatombe ?
FPC Chapitre 3 - Les objectifs
http://www.youtube.com/watch?v=R7lFNCSVqig
Quelles conséquences pour les policiers qui témoignent à visage masqué dans les quatre petits films, dénonçant les abus des gardes à vue, la politique du chiffre, les suicides ? "Cela a été discuté longuement avec eux avant. Et il y a des policiers qui en ont tellement marre qu'ils sont prêts à prendre des risques", répond Marc Louboutin, dont l'initiative remet en cause le "devoir de réserve" des policiers.
Alors qu'une enquête de la "police des polices" pourrait être lancée ce jeudi, selon Europe 1, Marc Louboutin confirme qu'un fonctionnaire s'exprimant dans les films a été interrogé par sa hiérarchie mais sans suite pour le moment. "Les politiques n'ont pas intérêt à faire monter la mayonnaise", estime-t-il, affirmant que le malaise chez les policiers est important. "Si les politiques ne prennent pas mieux en compte l'avis des policiers, ce n'est pas forcément de l'autisme, mais peut-être un manque d'information. Ces vidéos qui ouvrent le débat, c'est presque un service à leur rendre."
« Sarkozy a réussi à faire détester la police dans la population. Il a voulu s'en servir comme d'un relais pour gagner les élections et les sacrifie sur l'autel de l'austérité budgétaire.
Ce que vit la police nationale relève de la déception amoureuse. “Il nous a faits cocus.” Les gendarmes se disent qu'il ne les comprend pas et qu'ils vont finir par disparaître. »

mardi 23 novembre 2010

Entretien avec Claude Angeli

Chef du Canard enchaîné, c'est lui qui a révélé le rôle de Sarkozy dans l'espionnage des journalistes. En place depuis quarante piges il connait la musique des secrets de l'État et donc aussi des services. Le Canard repose sur un réseaux à l'intérieur de l'appareil étatique qui transmet les informations.                         

Les écoutes. Déjà, au début des années 70, sa grande affaire concernait les écoutes. On est en 1973, George Pompidou est au pouvoir, Le Canard déplaît. Le 13 juin, l'hebdomadaire publie la transcription manuscrite d'une écoute téléphonique de Claude Angeli dialoguant avec Gaston Gosselin, journaliste économique. Quelques mois plus tard, l'affaire des plombiers éclate : des agents de la DST ont tenté d'installer des micros dans les locaux de l'hebdomadaire en se faisant passer pour des plombiers. Le 2 novembre dernier, le rédacteur en chef du Canard révélait que les enquêteurs de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), sur ordre du président de la République, espionnaient les journalistes en scrutant leurs factures téléphoniques détaillées. Entretien avec Claude Angeli, 79 ans dont près de quarante au Canard, où il s'applique toujours à dévoiler ce que les milieux de la Défense et du renseignement s'échinent à garder secret.

Comment avez-vous travaillé pour obtenir cette information ? 

On travaille en s'appuyant sur un réseau d'informateurs dans la magistrature, l'industrie, les ministères, dans l'armée, les services… Puis un jour : coup de chance ! Dans ce cas précis, les informations viennent de l'intérieur de la DCRI. Je connais les gens, je sais qu'on n'est pas manipulé, d'autant qu'à l'intérieur du service, ils défendent leur patron, ils expliquent qu'il n'aime pas ça.

Ce n'est pas propre à Nicolas Sarkozy…
C'est arrivé dans le passé que le pouvoir essaye de savoir qui sont les sources dès qu'une information est gênante. Sarkozy est un maniaque, il veut savoir de quelle façon l'affaire Bettencourt a pu sortir, notamment les PV dans Le Monde…
Dans le cas du Canard, c'est Kouchner qui voulait savoir comment les gens du Quai d'Orsay informent le Canard. Un pouvoir démocratique doit s'interdire cela. Il y a des lois qui protègent les journalistes, tant qu'il ne s'agit pas de terrorisme ou d'espionnage pour le compte de l'étranger. Dans ces affaires, on n'est pas dans ce cas-là.
Quelles vont être les suites d'une telle affaire ? C'est assez grave.
Bernard Squarcini va porter plainte mais on ne l'a toujours pas reçue. Nous, on a mis en cause Sarkozy. Squarcini se sent diffamé comme si c'était diffamatoire de dire qu'il obéit à Sarkozy.
Il m'a téléphoné la veille de la parution. Il a contesté le titre, m'a dit qu'il n'avait pas besoin du Président pour recevoir des instructions, qu'il pouvait s'autosaisir, qu'il enquêtait sur les sources, pas sur les journalistes… Sauf que ça retombe aussi sur les journalistes.
Ce qui est grave, c'est que dans l'opinion, on s'habitue. Beaucoup de journalistes s'y habituent même si maintenant, comme Sarkozy est bas dans les sondages, je trouve beaucoup plus de journalistes un petit peu plus insolents. Un petit peu. Vous avez vu le spectacle l'autre soir ? « Mme Chazal, répondez ! »

Der Appetit des Leviathan


Privatisierung und "schlanker Staat": eine Illusion
Zwei Seelen ringen in der Brust des modernen Menschen: die Seele des Geldes und die Seele des Staates. Der "homo oeconomicus" ist immer auch gleichzeitig ein "homo politicus". Dieser strukturellen Aufspaltung des Individuums entspricht die institutionelle Polarität von Markt und Staat. In vormodernen Gesellschaften, wie immer sie zu beurteilen sein mögen, gab es diese Aufspaltung nicht. Es herrschte vielmehr eine kulturelle Einheit, ein "Kosmos", dem die verschiedenen gesellschaftlichen Tätigkeiten untergeordnet waren. Das moderne warenproduzierende System hat den "Kosmos" der alten Kulturen zerstört, ohne eine neue kulturell fundierte Ordnung herstellen zu können. Stattdessen wurde das Verhältnis von Ökonomie und Gesellschaftsordnung auf den Kopf gestellt: die Ökonomie ist keine Funktion einer übergreifenden Kultur mehr, sondern umgekehrt ist "die menschliche Gesellschaft zu einem Beiwerk des Wirtschaftssystems herabgesunken" (Karl Polanyi).
Das bedeutet, dass die Menschen von sich aus in diesem System keinerlei sozialen und kulturellen Zusammenhang jenseits der ökonomischen Tätigkeit besitzen. Sie sind zu "abstrakten Individuen" oder zu "vereinzelten Einzelnen" geworden, die den "fensterlosen Monaden" des Philosophen Leibniz verzweifelt ähnlich sehen. Ihr sozialer Zusammenhang wird nur noch negativ durch die ökonomische Konkurrenz hergestellt. An die Stelle des kulturell vermittelten "Kosmos" ist das Geld getreten, sodass die Gemeinsamkeit der Gesellschaft nicht als menschliche, sondern als dingliche erscheint. Jedes Wolfsrudel ist sozialer organisiert als die marktwirtschaftlichen Menschen.
Schon in der Frühzeit dieses absurden Systems hat der englische Philosoph Thomas Hobbes (1588-1679) folgerichtig den Menschen als ein prinzipiell egoistisches Wesen dargestellt, das von Natur aus einsamer als ein Tier ist. Die Gesellschaft im "Naturzustand" sei deshalb nichts als der "Krieg aller gegen alle". Hobbes vergass allerdings, dass er keineswegs die "Natur" der menschlichen Gesellschaft schlechthin beschrieb, sondern das historische Resultat eines Prozesses, in dem die ersten Schübe der modernen Marktwirtschaft begonnen hatten, die alten Gemeinwesen aufzulösen. Die an den Markt gekettete neue Freiheit der Individuen war nur die Freiheit, sich den Zwangsgesetzen der Konkurrenz zu unterwerfen. Damit die Individuen sich in dieser mörderischen Konkurrenz nicht gegenseitig völlig zerfleischen, konstruierte Hobbes den Staat als notwendige Zwangsgewalt, die über den egoistischen Individuen stehen muss und der er den Namen des biblischen Ungeheuers "Leviathan" gab. Die kleinen Ungeheuer des marktwirtschaftlichen Individualismus sollen durch das grosse Ungeheuer des staatlichen "Leviathan" gebändigt werden. Eine feine Art der Gesellschaft, die an Boshaftigkeit nichts zu wünschen übrig lässt!
Der "Leviathan" ist ebensowenig wie die freie Wildbahn des Marktes eine Institution kultureller und sozialer Gemeinsamkeit. Denn der Staat hebt die totale Konkurrenz nicht auf; er ist nur eine repressive und den "fensterlosen" Individuen äussere Gewalt, ein Apparat, der notdürftig gemeinsame Rahmenbedingungen für die tobsüchtigen Subjekte des Marktes herstellt: vergleichbar vielleicht mit dem Schiedsrichter eines Rugby-Spiels. Daran hat sich seit Hobbes nichts geändert. Mehr denn je werden heute die freien Individuen als Wesen unterstellt, die durch den Markt gesellschaftlich unzurechnungsfähig gemacht worden sind und deshalb von den Ungeheuern der Staatsapparate in juristische und bürokratische Zwangsjacken gesteckt werden müssen.
In dieser "besten aller Welten" gibt es leider einen kleinen logischen Schönheitsfehler. Denn wie alle Ungeheuer ist auch Herr "Leviathan" ziemlich gefrässig; und es erhebt sich die Frage, wie er gefüttert werden soll. Die Unzurechnungsfähigkeit der konkurrierenden Individuen besteht ja gerade darin, dass ihnen ihre eigenen gesellschaftlichen und natürlichen Existenzbedingungen egal sind. Das ist das Problem der Staatsökonomie. Denn der Staat ist keineswegs ein "ausserökonomischer Faktor", wie oft angenommen wird; indem er nämlich finanziert werden muss (und weil das Geld zweifellos ein durch und durch "ökonomischer Faktor" ist), bildet er gewissermassen eine sekundäre Ökonomie, die Ökonomie der gemeinsamen Existenzbedingungen von marktwirtschaftlich konkurrierenden Individuen. Per Definition geben die Subjekte im "Naturzustand" der Konkurrenz dafür keinen Pfennig freiwillig her. Das staatliche Ungeheuer muss seine eigenen Kosten (die nichts anderes sind als die gesellschaftlichen "Geschäftskosten" der Marktwirtschaft) ebenso gewaltsam eintreiben, wie es die freien Individuen gewaltsam daran hindern muss, sich gegenseitig mit Haut und Haar aufzufressen.
Zwar sollte es dem grossen Ungeheuer nicht schwerfallen, sich gegen die kleinen Ungeheuer durchzusetzen. Aber leider sind die "Geschäftskosten" der Marktwirtschaft im Laufe der Zeit immer grösser geworden. Je mehr die Menschen zu individuellen Subjekten der Konkurrenz wurden, desto grösser wurde auch der Bedarf an einer juristischen und polizeilichen Regelung ihrer Beziehungen, und desto stärker mussten die Apparate der Justiz und Verwaltung aufgebläht werden. Nicht einmal das byzantinische Reich kann sich messen mit dem bürokratischen Moloch, den die modernen westlichen Demokratien hervorgebracht haben. Das ist aber noch lange nicht alles. Denn je mehr die Konkurrenz zur Verwissenschaftlichung der Produktion und zur Anwendung grosser technischer Aggregate führte, je mehr sie grosse Menschenmassen in städtischen Agglomerationen zusammenballte, desto grösser wurde auch der Bedarf an einer gesellschaftlichen Logistik und Infrastruktur, desto mehr musste der Staat auch materielle, technische und organisatorische Rahmenbedingungen für das muntere marktwirtschaftliche Treiben zur Verfügung stellen: von den Schulen und Hochschulen über den Bau von Strassen und Flughäfen bis zur Kanalisation und Müllabfuhr. Und schliesslich wurden auch die Folgekosten immer höher: Je mehr die Menschen durch die Marktwirtschaft sozial entwurzelt wurden, desto stärker stiegen die sozialen Transaktionskosten des Staates; und je mehr die natürliche Umwelt durch die bornierte betriebswirtschaftliche Rationalität belastet und zerstört wurde, desto höher stiegen die staatlichen Kosten für notdürftige ökologische Reparaturen.
Von all diesen kostenträchtigen Problemen wollte der im späten 18. Jahrhundert aufkommende ignorante Wirtschaftsliberalismus nichts wissen. Der brillante Zyniker Bernard de Mandeville (1670-1733) behauptete in seiner "Bienenfabel", die Summe des rücksichtslosen privaten Gewinnstrebens werde quasi automatisch die Wohlfahrt des Gemeinwesens sichern. Dieser Gedanke ist bis heute das wichtigste Argument zur Rechtfertigung des ökonomischen Liberalismus geblieben. Auch Adam Smith (1723-1790), der Klassiker der politischen Ökonomie, hat sich bekanntlich dieses Argument zu eigen gemacht; seiner Theorie zufolge kann die "invisible hand" des Marktes die gesamte Reproduktion der Gesellschaft viel besser regulieren als der Staat. Dieser ökonomische Liberalismus hat trotzdem der Staatsphilosophie von Hobbes nicht grundsätzlich widersprochen: der "Leviathan" sollte sich zwar jeder sozialen und ökonomischen Tätigkeit enthalten, aber gleichzeitig sollte er durchaus seine Funktion als repressives Ungeheuer erfüllen, d.h. in Form von Justiz, Polizei und Militär die Opfer der Konkurrenz dazu zwingen, sich an die "Gesetze der Marktwirtschaft" anzupassen. Politische Diktatur und ökonomischer Liberalismus konnten daher schon immer grundsätzlich Hand in Hand gehen, was nicht erst ein Pinochet beweisen musste.
In der ersten Hälfte des 19. Jahrhunderts führte die politische Exekution der liberalen Dogmen zu gesellschaftlichen Katastrophen. Es gab immer mehr soziale Aufstände, die Massenkriminalität explodierte und in den industriellen Ballungszentren brachen Seuchen aus. Während der grossen irischen Hungersnot von 1846 bis 1849 liess die britische Regierung im Namen des Freihandels 1,5 Millionen Menschen verhungern und zwang 2,5 Millionen zur Auswanderung nach Amerika. Der doktrinäre Liberalismus drohte die menschliche Gesellschaft vollständig aufzulösen. Gleichzeitig begannen viele Unternehmer selber nach der infrastrukturellen Staatsökonomie zu rufen, weil sie erkannten, dass Schulbildung, Strassen, Informationsnetze usw. für eine weitere Akkumulation des Kapitals notwendig waren.
So kam es allmählich zu einem grossen Paradigmenwechsel. Immer mehr Theoretiker bekannten sich zur Notwendigkeit einer ausgedehnten Staatsökonomie. 1867 stellte der deutsche Finanzökonom Adolph Wagner (1835-1917) das sogenannte "Gesetz der stets wachsenden Staatstätigkeit" auf. Selten hat eine ökonomische Prognose sich derart in der historischen Realität bestätigt wie diese. Das zeigt ein Blick auf die Statistik in drei signifikanten westlichen Ländern:
Es wird also deutlich, dass trotz aller relativen Unterschiede die Staatsquote überall historisch stark gewachsen ist. In den USA stieg sie selbst unter Präsident Reagan noch um 0,3 Prozent an. Seit langem kann diese hohe Staatsquote bekanntlich nur noch durch eine gefährlich wachsende Staatsverschuldung aufrechterhalten werden. Deswegen hat auch der ökonomische Liberalismus einen neuen Frühling erlebt, obwohl seine Doktrin eigentlich schon im 19. Jahrhundert gescheitert ist. Die Neoliberalen wiederholen die uralten Ideen von Mandeville und Smith. Sie behaupten, dass die Prognose von Wagner kein ökonomisches Gesetz darstellt, sondern nur durch politische Willkür verifiziert worden sei. Deshalb halten sie eine historische Trendumkehr für möglich. Der fett gewordene "Leviathan" soll auf Diät gesetzt und seine Funktionen sollen grösstenteils "privatisiert" werden. Fast 130 Jahre nach der Prognose von Wagner haben kürzlich die beiden IWF-Ökonomen Vito Tanzi und Ludger Schuknecht eine Gegenprognose aufgestellt: von jetzt an werde die Staatsquote in einem gegenläufigen historischen Prozess wieder sinken, und zwar auf unter 30 Prozent.
Um das Problem zu klären, müssen wir die Frage nach dem Charakter der ökonomischen Staatsfunktionen stellen. Wie alle Vertreter des ökonomischen Liberalismus verwechseln Tanzi und Schuknecht die private Produktion von Waren für den Markt mit den gesamtgesellschaftlichen Existenzbedingungen des Marktes selber. Der Liberalismus bildet sich ein, dass die meisten Aufgaben des Staates ebenso durch private, profitorientierte Unternehmen zu leisten sind wie die Produktion von Autos oder von Hamburgern. Als erstes sollen natürlich die sozialen Risiken des Kapitalismus "privatisiert" werden, d.h. der Staat soll sich aus der in den letzten 100 Jahren gewachsenen sozialen Verantwortung wieder auf seine Funktionen als repressives Ungeheuer zurückziehen. Die Geschichte hat aber bereits bewiesen, dass die meisten Menschen mangels ausreichender Einkommen das soziale Risiko nicht individuell tragen können und in ausweglose Lagen getrieben werden. Der Liberalismus ist bekannt dafür, dass er die Kosten für Gefängnisse und Todesschwadronen mehr liebt als die Kosten sozialer Hilfe für die Armen, selbst wenn die Kosten der Repression auf die Dauer grösser sind und den "Leviathan" noch mehr mästen. Damit beweist die liberale Doktrin ihren bösartigen Irrationalismus und führt ihre eigenen Kriterien ad absurdum.
Noch deutlicher wird die Absurdität der "Privatisierung" bei anderen Funktionen des Staates. So ist es zum Beispiel unmöglich, ökologische Massnahmen für den Schutz der Umwelt als marktwirtschaftliche Transaktion zwischen Privaten zu organisieren, denn der Konsum der verbesserten Umwelt kann nicht für eine zahlungskräftige Nachfrage isoliert werden. Es ist unmöglich, die Luft und das Klima nur für die Stadtviertel der Reichen zu stabilisieren. Die Umwelt wird entweder für die ganze Gesellschaft verbessert oder für die ganze Gesellschaft ruiniert, ganz unabhängig von der Kaufkraft der Individuen. Deshalb kann der Schutz der Umwelt immer nur als Nachfrage und Konsum des Staates erscheinen. Auch die Kanalisation, die Müllabfuhr oder die Wasserversorgung lassen sich nur schwer für eine private Nachfrage isolieren. Und selbst das Gesundheitswesen und die Schulen können nicht ohne negative Rückwirkungen auf die Gesellschaft "privatisiert" werden, was in der Folge wieder zu neuen sozialen Kosten führt.
Selbst wenn also die Funktionen des Staates durch private Unternehmen erfüllt werden, ist es eine Illusion, diese Funktionen in den Markt auflösen zu wollen. Denn auch dann erscheinen diese Aufgaben als staatliche Kosten, weil sie grösstenteils vom Staat nachgefragt und konsumiert werden müssen. Als zum Beispiel in Mexiko eine neue "Sonnenstrasse" für den Fernverkehr von privaten Investoren nicht nur gebaut, sondern auch nach Kriterien des Profits privat betrieben werden sollte, gab es ein grosses Fiasko: die grossen Transportfirmen und die privaten Autofahrer konnten die teuren Gebühren nicht bezahlen, und der Verkehr rollte weiterhin über die hoffnungslos überlasteten, aber gebührenfreien staatlichen Strassen. Wie man es auch dreht und wendet: die Voraussetzungen, Bedingungen und Folgen der Marktwirtschaft sind etwas qualitativ anderes als die Marktwirtschaft selbst. Es handelt sich um gesamtgesellschaftliche Probleme, die nicht privat gelöst werden können. In einer Gesellschaft konkurrierender Individuen kann nur der staatliche "Leviathan" diese Aufgaben übernehmen. Das gilt übrigens auch für die staatlichen Subventionen, deren drastische Reduzierung die weltweite Krise ebenso drastisch verschärfen würde, weil grosse Teile von Industrie und Landwirtschaft in fast allen Ländern ohne diese Subventionen ruiniert wären.
Man kann das Verhältnis von Markt und Staat im Prozess der Modernisierung auf die Formel eines allgemeinen Gesetzes bringen: Je mehr Markt, desto mehr Staat. Die Beziehung der blind konkurrierenden "fensterlosen Monaden" und des Ungeheuers "Leviathan" ist diejenige von Dr. Jekyll und Mr. Hyde. Deswegen ist die Doktrin des ökonomischen Liberalismus ebenso falsch wie die Prognose der IWF-Ökonomen Tanzi und Schuknecht. Der aufgeblähte Markt und der aufgeblähte Staat können nur gemeinsam leben oder sterben.
http://www.exit-online.org
20.12.2002

Pas de Balance !

Le site Juralibertaire déconne à plein tube !
http://linksunten.indymedia.org = Provocation            
Même lorsqu'il s'agit d'ennemis (présumés ou réels) on ne tape pas sous la ceinture.
Mettre sur le web des photographies de militants d'extrême-droite c'est s'assurer une Guéguerre privative dont nous n'avons pas besoin !
De plus c'est s'exposer aux mêmes pratiques en retour. Une parti de ces mecs sont en main des keufs mais pas tous (certains sont sincèrement cons...)
Ces pratiques sont contre-productives et visent à nous détourner du combat principal.
Aux chiottes l'Idéologie Antifasciste de pacotille !
Aux chiottes l'Idéologie Antifasciste tout court = idéologie stalinienne. 
L'Ultra-Gauche Chie sur l'Anti-fascisme ! 
"En France, le courant antifasciste s'incarne d'abord dans le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, le Front populaire, puis dans la Résistance, dont les gaullistes, les socialistes et le PCF prennent la tête."
"La contre révolution se caractérise par la montée du fascisme et du stalinisme en Europe. Ce phénomène aboutit à la deuxième guerre impérialiste mondiale. C’est donc un phénomène historique et mondial que l'on doit combattre, mais pas par la défense de la démocratie ou des libertés avec les bourgeois libéraux. C'est une politique du capitalisme dans sa phase de crise historique."
Le bon sens c'est de faire comme Hadji-Lazaro qui à permis d'amener des  skins à réfléchir et à changer de camp.
"...les Garçons Bouchers avec le crâne rasé de François et des paroles au second degré voient des skins d’extrême-droite à leurs concerts. Ce quiproquo vaut quelques problèmes au groupe qui préfère d’ailleurs toujours discuter que de rejeter directement des personnes que Lazaro considère avant tout comme paumées...."

La chasse aux pauvres s'accélère...

Nous sommes toujours plus nombreux à travailler pour une misère, à être licenciés, à être dans des situations précaires, à sortir de l'école sans perspective. Pour l'État et les patrons, il s'agit de payer toujours moins. Il s'agit «d'austérité». Les conditions d'emploi se dégradent continuellement ; et les administrations mettent une pression de plus en plus forte sur les chômeurs ou les personnes qui perçoivent le RSA. Les radiations sont de plus en plus fréquentes. Obtenir ses allocations est un parcours du combattant ! Ainsi, chômeurs, travailleurs saisonniers, intérimaires, RSAstes, nous subissons leurs contrôles de plus en plus stricts. Nous sommes radiés au moindre prétexte. On nous impose des boulots de merde ou des stages infantilisants. Au moindre retard, nos seules ressources sautent ! Et que nous soyons allocataires du RSA, cotisants à la MSA, chômeurs ou autres, nos situations sont de plus en plus dures. Le loyer est déjà assez difficile à régler, sans compter l'électricité, l'eau, les assurances… Et quand ils veulent en plus nous faire payer la taxe d'habitation ou la redevance TV… eh bien, il ne nous reste rien pour remplir la gamelle !
 
La chasse aux pauvres s'accélère. Cette évolution est logique, l'État et le capitalisme en crise ne veulent plus lâcher les quelques miettes qui nous faisaient vivre. C'est tout bénéfice pour les patrons qui ont sur le pas de leurs portes de nombreux chômeurs prêts à prendre la place pour moins cher ; bref, c'est une pression de plus sur les classes laborieuses ! Ces deux derniers mois, la lutte contre le recul de l'âge de départ en retraite s'est intensifiée. Cette réforme s'intègre au même processus : l'État fait payer aux plus pauvres «une crise» qui n'empêche pas les entreprises de faire de gros profits !
 
Alors nous, chômeurs, retraités, travailleurs, parents isolés, personnes handicapées ou autres, nous ne voulons plus être à la merci de leurs choix, ni sous leurs contrôles. Il est hors de question de négocier une misère. Nous pouvons nous organiser et empêcher les radiations, empêcher les expulsions quand certains ne peuvent payer leurs loyers. Nous pouvons empêcher les contrôles permanents de la CAF… Quelques exemples récents nous montrent que c'est possible. À Marseille, il suffit souvent que quelques personnes déterminées se présentent à Pôle Emploi pour empêcher des radiations. L'ex-ANPE (dont les employés sont en lutte en ce moment contre 1500 licenciements prévus) ou la CAF cèdent rapidement à la pression face à des collectifs organisés. Cette situation est valable à peu près partout : seul, on est radié ; collectivement on s'en sort mieux ! La principale peur de ces organismes est de voir les pauvres s'organiser massivement et résister face à leur sort.
Alors réunissons-nous, organisons-nous en collectif et ne laissons personne seul face aux administrations ! Déjà plusieurs collectifs sont en construction dans la région : au Vigan, à St-Jean du Gard, à Montpellier… À Alès comme ailleurs, nous avons besoin de nous rencontrer, d'échanger des infos sur les possibilités de s'en sortir face aux administrations, pour arrêter d'être à leur merci. Il faut construire un rapport de force collectif : par des actions, par des échanges de petits «trucs», en se présentant à plusieurs aux rendez-vous d'insertion ou à la CLI (organisme décideur pour le RSA), lors des contrôles CAF ou Pôle Emploi, bref en ne restant pas seuls !                                                 
 
Il ne s'agit pas de négocier des miettes, de revendiquer des droits,
mais de résister concrètement à leur logique économique.
 
Retrouvons-nous pour discuter de ce collectif.
Permanence tous les 1ers vendredis du mois au bar de la Brocante (face à la gare), à Alès, à 18h30. Prochain rendez-vous le 3 décembre.
La Picharlerie, 22 novembre 2010.
  TÉLÉCHARGER L’AFFICHE - LE TRACT
 
Le mercredi 11 juillet 2007, la Picharlerie a été expulsée et totalement rasée. Ce hameau, perché dans les montagnes cévenoles de Lozère, était occupé depuis le printemps 2002. Beaucoup, dans le coin et plus loin, ont réagi suite cette action répressive. Après moultes palabres un collectif est né (texte dans la rubrique "Un collectif en Cévennes"), pour s’aider mutuellement dans nos installations, chantiers, jardins..., s’organiser pour résister à la répression, poser le débat (en pratique, notamment) des habitats "hors normes", de l’usage des terres et de l’autonomie, lutter contre les projets de développement économique qui pousse encore plus la région et ses habitants dans une dépendance et un asservissement à l’économie marchande.
Aujourd’hui, comme on le craignait, l’attaque contre le squat de la Picharlerie était le signe d’un début de campagne de normalisation du territoire qui continue : après un procès à Mende contre les habitants d’une Yourte, un gagner en pénal à Bessèges qui doit se poursuivre en civil (pour occupation illégale) et l’expulsion récente du Prat del Ronc occupé, sans compter ceux qui se retrouvent seuls et isolés face à la justice ou sont tout bonnement chassés sans bruit.
N’oublions pas que ce qui se joue ici, est un épisode parmi d’autres de la répression sociale, économique, politique et culturelle qui sévit partout sur la planète, avec, certes, une variation d’intensité. Ce site veut faire écho, même partiellement, à cette guerre sociale en cours.
Nota : pour suivre l’information en Cévennes et plus largement, abonnez-vous à IACAM : Infos Anti-autoritaires en Cévennes, Aubrac, Margeride, causses.

Valeur du Travail

L'article « Travail (valeur du) » de Gérard Briche membre des groupes allemands Krisis et Exit ! paru dans le n°33 (octobre 2010) de la revue française Lignes qui avait pour thème un « dictionnaire critique du sarkozysme ». Les 5000 signes qui étaient le cadre pour chaque article proposé par la revue ne permettant pas de déployer l'ensemble de la critique radicale du travail, on peut aussi se reporter pour en découvrir plus aux textes en lien tout en bas de cette page et qui forment une longue introduction à la mouvance de la critique de la valeur (wertkritik).    

L’éloge de la valeur du travail, récurrent dans le discours sarkozyste[1], même s’il n’en est pas le promoteur[2], procède de confusions soigneusement entretenues sur ce qu’est une valeur, et ce qu’est un travail. Le fait que ces termes soient repris sans critique par la « droite de gauche », pour reprendre l’heureuse expression de Francis Marmande[3], ne fait que rendre plus évidente que cette « gauche » n’est qu’une variante de la « droite de droite ».

Confusion entre le vocabulaire éthique et le vocabulaire économique
 
En affirmant qu’il faut « redonner de la valeur » au travail, le discours sarkozyste met en place une confusion entre le vocabulaire éthique et le vocabulaire économique. En effet, il suggère que la « valeur travail » dépend d’une attitude. Quelle est la valeur que l’on donne au travail ? quel est l’intérêt que l’on trouve au travail ? Cela évite de poser deux questions plus pertinentes mais plus gênantes : quelle est la valeur que produit le travail ? quelle est la juste rétribution du travail fourni ?
 
Des expressions comme : « Ça a le mérite d’être fait », ou « Il ne faut pas rester à ne rien faire »  ont en commun de se référer à « celui qui fait », et de rester générales. Il s’agit bien de propositions éthiques, qui n’évoquent ni la nature du travail fourni, ni son résultat. 
 
C’est en présentant le travail ainsi, sans faire de lien avec sa réalité pratique, qu’on peut aujourd’hui, d’une part de légitimer des formules politiques du genre : « Il n’y a pas de petit boulot. » (quoi que rapporte ce « boulot »), et d’autre part de perpétuer le scandale économique que constituent les rémunérations indécentes dont bénéficie tel ou tel personnage (quels que soient les résultats qu’il obtient).
 
Toute activité n’est pas un travail
 
En parlant du « travail » et de la « valeur travail » sans plus de précision, le discours sarkozyste exploite les pseudo-évidences idéologiques qui confortent le consensus de l’ordre établi. En effet, la notion généralisante même de « travail » n’a pas de validité transhistorique. Elle est récente, et elle est liée à la société capitaliste-marchande.
 
Bien évidemment, il y a dans toute société  des activités par lesquelles les hommes produisent ce dont ils ont besoin, et que la nature ne dispense pas spontanément. Mais ce n’est que dans les sociétés modernes que l’ensemble des activités humaines est subsumée sous la catégorie de « travail ». Jusqu’au XVIII° siècle, on ne voyait aucun point commun entre des activités aussi diverses que labourer la terre, confectionner un repas, concevoir le plan d’une maison, gouverner une ville ou méditer un problème philosophique. Le terme général de « travail » n’existait pas, et dans le meilleur des cas, on distinguait le groupe des activités engendrant une transformation matérielle (et méprisables), et le groupe des activités abstraites (et dignes). Ce n’est que dans le cadre de certaines croyances religieuses que cette distinction était récusée, et qu’une égale dignité était reconnue aux activités matérielles et aux activités abstraites. Ce qui constitua l’amorce de la constitution d’un concept général de « travail ».
 
Les discours lénifiants qui ne parlent aujourd’hui de travail que de manière abstraite sont les héritiers de ce discours idéologique au service de l’ordre établi. Il est logique que ce discours soit commun à l’ensemble de la « classe politique », Nicolas Sarkozy en tête.
 
En analysant le travail dans sa relation à ce qu’il produit comme richesse, Karl Marx a démontré que si le travailleur a du poids dans la société, ce n’est pas pour des raisons morales, mais parce que son travail crée de la valeur. Ce qui rompt avec tous les discours antérieurs et en particulier, avec le discours « moral » sur le travail. Si le travailleur est en position de réclamer, au minimum la justice dans la répartition des produits de son travail, et plus radicalement le pouvoir dans la société, c’est parce que son travail est source de richesse sociale.
 
Le travail est le moment d’un échange marchand
 
Le travail n’est pas une activité quelconque. C’est le moment où s’effectue un échange entre un salaire et une puissance de travail. Celle-ci est vendue comme marchandise parce que dans une société qui sépare le travailleur de ses moyens, elle n’a de valeur que pour la vente (valeur d’échange) contre un salaire. Mais pour celui qui l’achète, elle présente cette utilité (valeur d’usage) qu’une fois insérée dans un processus de production de marchandises, elle produit, sous forme de marchandises, davantage de valeur que son coût. Cette soumission à la forme marchandise définit le travail.
 
Le travail n’existe, et ne peut exister, que dans une société de production de marchandises. Telle est la signification ultime de la formule sarkozyste : redonner de la valeur au travail, cela ne peut signifier que redonner de la valeur à une société où les hommes sont réduits à des marchandises produisant d’autres marchandises.
 
Ce texte est un des articles du « Dictionnaire critique du sarkozysme », paru dans la revue française Lignes, n°33, octobre 2010.    

[1]Jean Véronis a fait le relevé statistique des occurrences de cette notion dans les discours de Sarkozy (sites.univ-provence.fr/veronis). Il a publié avec Louis-Jean Calvet Les mots de Nicolas Sarkozy (2008, Le Seuil). 
[2] Voir le film Attention, Danger Travail (2003) de Pierre Carles, Christophe Coello et Stéphane Goxe, où l’on voit Jean-Pierre Raffarin faire un éloge vibrant du travail à un congrès du MEDEF.
[3]Voir Francis Marmande, « La dérive des incontinents » in Lignes n°5 (février 1989), p. 39.

lundi 22 novembre 2010

Karachi : le scandale dans le scandale

Il y a un scandale, pourtant colossal, qui passe totalement inaperçu dans toute cette histoire tragique qu’est Karachi. Il ne s’agit pas ici d’entrer dans le débat s’il fallait arrêter les commissions de corruption afin d’assécher les rétro-commissions au risque de la mort d’employés de la DNC. Il s’agit d’autre chose qui est condamnable sans aucun état d’âme et qui est, ma foi, un scandale stratosphérique, quoiqu’en ce domaine ce pouvoir a pris la première place de la classe.
Ce qui est fort étonnant dans cette histoire c’est que la presse en a parlé et que, malgré tout, c’est comme si ce n’est qu’une petite pichenette donnée par un moucheron à un rhinocéros, en d’autres mots sans intérêt. On a en reparlé récemment, mais cela ne prend pas plus. Il s’agit pour tant d’un chantage à l’Etat français, chantage qui aurait réussi, chantage impliquant des ministres de la République qui auraient donc permis à ce que le maître chanteur touchât 8 millions d’euros pour la boucler, maître chanteur qui aurait les documents mouillant des politiques (Libération) : Selon des documents inédits obtenus par Libération, cette société offshore a pu servir à violer la législation anticorruption, au moins jusqu’en 2005. Tandis qu’elle a entretenu, au moins jusqu’en 2009, des relations directes avec les plus hautes autorités politiques françaises – dont l’actuel président de la République. Un rôle étonnant pour une société implantée dans un paradis fiscal et qualifiée de « shadow company » (entreprise de l’ombre) par l’un de ses principaux administrateurs, Jean-Marie Boivin, homme-orchestre des commissions sur les marchés de l’armement.Ainsi, dans une lettre du 29 novembre 2006, le comptable luxembourgeois de Heine, Yves Schmit, s’adresse-t-il à Nicolas Sarkozy, pourtant ministre de l’Intérieur, pour régler un problème capitalistique touchant la société. Et en des termes révélateurs d’un lien de subordination : « Votre lettre du 28 septembre nous est bien parvenue. Mais à ce jour, elle n’a pas été suivie d’effet. Nous n’avons toujours pas reçu d’instruction de la part de l’Etat français » (voir fac-similé ci-dessus).
Deux mois plus tard, le 16 janvier 2007, dans un courrier à en-tête de Heine, Boivin demande à Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, devenue depuis ministre de la Justice, de lui « accorder prochainement un rendez-vous ». Une démarche, semble-t-il, fructueuse. Car selon une décision méconnue jusqu’à ce jour émanant de la Haute cour de justice de l’Ile de Man, un accord a été passé sur cette île le 24 janvier 2009, entre Heine et un « représentant du gouvernement français  », avec la participation de deux fleurons de l’armement national, Thales et la DCNS (successeur de la Direction des constructions navales). Il prévoit le versement de 8 millions d’euros d’honoraires à Jean-Marie Boivin. Pour prix de son silence ?
Tutelle. Si MAM n’est que l’un des nombreux interlocuteurs de Heine, et pas forcément le plus assidu, son cas soulève un conflit d’intérêt. En 2007, elle intervient comme ministre de la Défense, alors que la DCNS appartient à 74% à l’Etat. Deux ans plus tard, elle est mutée à la Justice, tutelle d’un parquet qui freine des quatre fers une enquête pénale visant les relations entre Heine et la DCNS…
Cette information est confirmée par Médiapart, du moins par une déclaration de monsieur Menayas récemment entendu par le juge Van Ruymbeke : Question du magistrat : « M. Boivin a-t-il eu peur ? »
Réponse de Menayas : « M. Boivin est une personne très craintive et je l’ai senti impressionné. »
D’après l’ancien directeur financier de la DCN, Jean-Marie Boivin a finalement obtenu gain de cause en janvier 2009 à la faveur d’un protocole signé sur l’île de Man entre Heine, la DCN et l’Etat français. « Je pense que les menaces de M. Boivin ont été prises au sérieux », a sobrement affirmé M. Menayas au juge.
Question du juge : « Si M. Boivin a eu gain de cause, cela ne devait-il pas être la contrepartie de son silence sur ce qu’il savait sur l’identité des agents, sur leurs comptes, et sur les bénéficiaires finaux des commissions ? » En d’autres termes, son silence, précieux pour l’actuel hôte de l’Elysée, a-t-il été acheté ?
La réponse fut sans équivoque : « Effectivement, la transaction, si elle a abouti, devrait avoir permis la confidentialité de ces informations. »

Il a également déclaré ceci : Face au juge, Gérard-Philippe Menayas a d’abord expliqué que « le volume total des commissions était validé, contrat par contrat, par les deux ministres du budget et de la défense ». A l’époque du contrat Agosta, le premier était Nicolas Sarkozy et le second, François Léotard. Deux soutiens de poids d’Edouard Balladur dans la bataille présidentielle de 1995.
 
Philippe Menayas avait l’habitude de noter les petites événements de la vie. Vous trouverez ci-dessous le facsimilé d’une page édifiante.
[IMG]http://i56.tinypic.com/qxl269.png[/IMG]
  • Les deux visiteurs du 26/10 bien mandatés par NS [Nicolas Sarkozy] (source Lux[embourg]). Ils ont été informés que tout devait être réglé avant fin 11
  • le courrier du 18/9 à NS émanant de Michel WOLTER.
  • le coût du clearing [grand nettoyage] (8M€) correspond à JMB [Jean-Marie Boivin] + karcherisation [ah ! ah !] des plateformes n° 2 [commissions occultes] (étant entendu que ceci correspond à la demande des visiteurs du 26/10)
  • le versement est sollicité avant le 23/1 à 14 h 30, faute de quoi la [?] sera [?] le 24/11 et YS se réserve le droit de faire une déclaration aux médias ( ! ! )
La France aurait donc payé le grand nettoyage pour 8 millions d’€ afin de soustraire à la justice ceux qui aurait bénéficié des rétro-pots-de-vin.
 
Il faut noter aussi que la justice française, du moins par son bras armé la police a eu ce pouvoir extrême de bloquer l’action de la police luxembourgeoise : « Il est important de souligner encore une fois qu’un grand nombre de documents tombant sous l’ordonnance à l’adresse 1, rue du Théâtre (siège de Heine, NDLR) avaient été retrouvés mais qu’une bonne partie n’avait pas été saisie sur demande des enquêteurs français sur place », notent les policiers du Grand Duché. Qui ajoutent : « Ce choix a été fait par rapport à l’enquête initiée qui est ouverte en France. Il faut se souvenir qu’une partie du “présent dossier” est classée “secret défense” en France et que l’enquête se limite donc à certains faits. »
Il s’agit bien d’un scandale dans le scandale. Scandale car cela n’intéresse que peu la presse et pourtant à comparer aux 10 millions de francs supposés avoir été versés pour a campagne de Balladur, dans la plus parfaite illégalité, qui ajoute à l’immoralité une attente grave à la démocratie avec qui plus est un contrat vendu à perte alors que Richard, ministre précédant Léotard avait déconseillé cette vente pour cause d’instabilité politique du Pakistan, que deux rapports internes de la DNCI de l’été 1994 déconseillaient cette vente à cause des pertes financières majeures qu’elle occasionnerait, il s’agit en l’occurrence d’un chantage d’une valeur 5 fois de celle des billets de campagne balladurienne, scandale d’un chantage contre un état, qui n’est plus de droit, au bénéfice même pas de la nation - ce qui n’aurait pas été une excuse, mais au moins cela aurait été au service des Français - avec l’argent de la France, le pouvoir de la France au service unique d’une caste qui se protège ainsi de la justice qui devrait passer. On fait donc payer aux Français une chape de plomb sur la vérité enrichissant un maître chanteur déjà enrichi par la corruption d’état et par la vente d’engins de mort(s), attentant ici aussi à la démocratie car la révélation des bénéficiaires de ces rétro-pots-de-vin, si d’aventure, comme le montrerait l’enquête de Médiapart, mais également celle de la police luxembourgeoise, cette affaire était avérée, aurait alors peut-être empêché l’accession de Nicolas Sarkozy au pouvoir suprême et notre malheur à tous.
Il faut évidemment que la justice s’intéresse de près à Jean-Marie Boivin, à cet accord connu, du moins révélé par Libération, qui parle d’un accord de la Haute cour de justice de l’île de Man (ce qui doit être facile à trouver par la justice et à montrer aux Français) en date du 24 janvier 2009 avec un représentant de l’Etat français que l’on aimerait connaître tout comme les commanditaire au sein du pouvoir. Si les règles sont respectées, deux ministres sont forcément intéressés dans cet accord : le ministre de la défense, un certain Morin ( ! ), et le ministre du budget de l’époque (janvier 2009), un certain Woerth ( ! ! ).
Il faut que vous non plus, vous n’oubliez pas ce scandale de ce chantage réussi au coût de 8 millions d’euros au détriment de la vérité avec usage par le pouvoir de la machine de l’état et de ses finances pour protéger ses turpitudes.

Un état d’impopularité

Les sondages sont un des instruments de la manipulation des opinions publiques. Ils permettent d'orienter et surtout de désorienter et d'imposer tel ou tel "mot d'ordre" et de tester ses effets sur l'abrutissement des masses.
Les cotes de popularité confirment de semaine en semaine, de mois en mois, les mauvais résultats du président de la République. Avec moins de 30 % de bonnes opinions, Nicolas Sarkozy battrait tous les « records d’impopularité » commentent les sondeurs. Ce n’est plus une mauvaise passe mais un état d’impopularité. Peu importe la valeur de ces mesures. Peu importe que les gouvernants les mettent en doute quand elles sont aussi défavorables. Ils y croient.
Que se passe-t-il quand il faut gouverner avec une mesure objectivée de l’opinion aussi défavorable puisque c’est un revers du règne des sondages ? Et surtout que se passe-t-il quand on compte bien être réélu et que les cotes de confiance confirment les indications pessimistes des élections. Car, quoiqu’on en ait dit avec les élections européennes de 2009, fort mauvaises pour l’UMP bien qu’arrivée en tête, et les élections régionales de 2010, encore plus catastrophiques, la situation s’annonce difficile pour la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012. Disons le tout de suite, elle est déjà très improbable. Les spin doctors de l’Élysée le savent bien. Mais étant spin doctors, il leur faut bien croire aussi à leur capacité à inverser le cours des choses, ici à opérer un retournement spectaculaire. Dans de multiples initiatives, à commencer par la fabrication de push polls, ces sondages biaisés pour promouvoir une cause, on les voit déjà à l’œuvre. Pour l’heure, ils n’ont pas réussi à infléchir les courbes. Il leur reste un peu de temps.
La recette habituelle du pouvoir en période préélectorale est de ne pas se lancer dans des entreprises risquées ou coûteuses qui risquent de lui aliéner des parties importantes de la population. Cette posture manque certainement de grandeur mais elle fait partie du bagage tactique de la politique. Nicolas Sarkozy a semblé s’en moquer quand il a annoncé en pleine protestation sur les retraites qu’il réformerait jusqu’à la dernière minute. Une expression brave sinon bravache qui a un parfum de crépuscule. On sait en effet que la perspective de l’élection est déterminante dans un régime d’autocratie élective qui est celui de la France d’aujourd’hui. Autrement dit, tout est tourné vers la perspective de la prochaine élection présidentielle. Avec la coïncidence des mandats présidentiels et parlementaires, on a vu combien les députés avaient commencé à s’inquiéter à la suite de la défaite des élections régionales. Ensuite, selon une réaction psychologique très ordinaire, ils ont retrouvé un peu de calme. Il n’empêche que l’état d’impopularité s’il continue risque fort de les énerver de plus en plus à mesure que la réélection de Nicolas Sarkozy en sera plus improbable. Les signes de la débandade vont alors se multiplier.
Comment gouverner avec une si faible légitimité ? Aux États-Unis, on parle de « canard boiteux » (lame duck) à propos des présidents en fin de deuxième mandat : ils ne sont pas rééligibles et tout le monde est déjà tourné vers la prochaine présidence. Une telle situation risque donc de prévaloir avant l’élection présidentielle de 2012. Ce ne serait assurément pas dramatique. En France, cette situation évoque en effet un autre cas de non rééligibilité qui caractérisait le président de la Seconde république, élu au suffrage universel à un seul mandat. Son titulaire, Louis Bonaparte, n’avait pas pu renoncer à s’installer au pouvoir par le coup d’Etat du 2 décembre 1851. On ne devrait pas pousser le parallèle historique tant il y a de différences entre la France du 19e siècle et celle d’aujourd’hui. A commencer par l’absence d’une armée coloniale qui serve de sabre. En conclurait-on que tout le monde est aujourd’hui viscéralement attaché à la République qu’on aurait encore plus tort. Il existe aussi des homologies de situation qu’il faut bien relever.
Comment sauver la réélection quand les choses se présentent aussi mal ? Les signes de réaction autoritaire se multiplient depuis les pressions sur la justice, sur les médias, les violations des lois sur le secret des sources journalistiques et autres intimidations qui visent immédiatement à maintenir l’obscurité sur toutes les affaires qui mettent le pouvoir en cause, mais qui, sur le long terme, nous font quitter l’Etat de droit. De Rubicon en Rubicon, on peut craindre pire si l’avenir électoral du pouvoir continue de se présenter aussi mal, c’est-à-dire de plus en plus mal.

Notes

[1] TNS-Sofrès Le Figaro magazine, 4 novembre 2010 ; BVA-Orange-l’Express-France Inter, 19 octobre 2010 ; CSA -Le Parisien, 6 novembre 2010 ; Ifop-JDD, 24 octobre 2010 ; LH2-Nouvels.com, 29 septembre 2010.

dimanche 21 novembre 2010

21 novembre 1831 : Début de la révolte des Canuts

179e Anniversaire du 21 novembre 1831
Les ouvriers en soierie de Lyon se soulèvent en novembre 1831 en prenant pour devise « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». La révolte des canuts est devenue légendaire dans le monde entier, un des premiers mouvements de la classe prolétarienne, une référence pour Marx, Jean Jaurès... même s’il y eut de nombreuses rebeynes ou révoltes avant elle à Lyon. Et quelques unes après, dont celle que nous avons vécu avec les jeunes des quartiers en novembre 2005.
Ce nouvel épisode, jour par jour, de « l’Almanach de Myrelingue » peut nous aider à pren­dre de la graine ; même si chaque fois, la situa­tion est dif­fé­rente, il n’est jamais inu­tile de connaî­tre ce qui s’est passé.

La fabrique lyonnaise

À cette époque, le tex­tile était la prin­ci­pale indus­trie fran­çaise et la fabri­que lyon­naise de soie­rie fai­sait vivre la moitié des habi­tants de la deuxième ville du royaume avec plus de 30 000 métiers à tisser, ainsi que d’autres ouvriers aux alen­tours de Lyon. Ces tis­seurs lyon­nais, ou canuts, étaient des maî­tres-ouvriers qui pos­sé­daient à domi­cile leurs bis­tan­cla­ques (sou­vent 2 métiers à tisser, par­fois plus) et tra­vaillaient chez eux au sein de la famille, avec des com­pa­gons qu’ils logeaient et nour­ris­saient. On employait, dans les temps de vaches mai­gres, sur­tout des femmes, moins bien sala­riées, et des appren­tis ou gar­çons de course, qu’on appelle à Lyon des brasse-roquets, encore moins bien payés et les ensou­ples où s’enrou­laient le tissu étaient très lour­des à char­rier. Même si l’ins­tal­la­tion de métiers Jacquard avaient fait dis­pa­raî­tre les tireurs de lacs, la soie­rie, ce n’était pas que le tis­sage avec gareurs, sati­nai­res, lan­ceurs, bat­tan­diers..., c’était aussi met­teurs en carte, liseurs de des­sins, magna­na­rel­les, mon­teurs, bro­cheurs, plieurs, mou­li­neurs, our­dis­seu­ses, ova­lis­tes, remet­teu­ses, tor­deu­ses, dévi­deu­ses, pas­se­men­tiè­res, guim­piè­res, taf­fe­ta­quiè­res, tein­tu­riers, finis­seu­ses...
Et face à eux, les patrons que l’on appelle à Lyon les fabri­cants de soie­rie, ou soyeux, mais qui ne fabri­quent rien. Ce sont en fait des négo­ciants, qui avan­cent le capi­tal en se pro­cu­rant la matière pre­mière et se conten­tent de passer des ordres aux canuts.
En dehors de tous ces ate­liers situés dans les appar­te­ments des pentes et à la Croix-Rousse, mais aussi à St Georges, à Bourgneuf (Pierre scize), à la Guillotière et Vaise, une seule ten­ta­tive de concen­tra­tion indus­trielle exis­tait à St Rambert l’ile Barbe, devenu le quar­tier nord de Lyon. Là, l’usine de soie­rie de la Sauvagère, aujourd’hui lycée pro­fes­sion­nel, y employait 600 ouvriers, dont beau­coup se sont joints aux insur­gés de la Croix-Rousse.
  
La situation de misère et d’oppression
Tout ce monde ouvrier était à la merci de la mono-indus­trie du tis­sage qui fluc­tuait selon le marché de la soie, et à la merci des soyeux qui leur pas­saient com­mande et s’en met­taient plein les poches. Les canuts tra­vaillaient de 15 à 18 heures par jour (10 heures pour les enfants de 6 à 10 ans) pour des salai­res de misère. Ils s’entas­saient dans des appar­te­ments-ate­liers mal­sains. Les métiers Jacquard exi­geaient des hau­teurs de pla­fond beau­coup plus impor­tan­tes qu’aupa­ra­vant, mais le plus sou­vent l’espace sup­plé­men­taire était comblé par une sou­pente (mez­za­nine) où logeaient les famil­les tandis que les com­pa­gnons, les appren­tis dor­maient sou­vent dans des pla­cards.
Certes, une soli­da­rité unis­sait les canuts qui avaient mis en place, sous l’impul­sion de Pierre Charnier et d’autres mili­tants de l’époque, le mou­ve­ment mutuel­leiste. L’idée des mutuel­les était de pré­voir les pério­des de morte pour rému­né­rer les sans-tra­vail par les res­sour­ces des coti­sa­tions. Il était même envi­sagé de fonder une coo­pé­ra­tive de pro­duc­tion qui aurait permis de se passer des fabri­cants de soie­rie, qui eux vivaient dans l’opu­lence...
Mais on n’en était pas encore là.

La révolte couve

Dès jan­vier 1831, une cer­taine agi­ta­tion se mani­feste. Des ras­sem­ble­ments se for­ment en dif­fé­rents points de le ville pour deman­der du tra­vail et du pain. En avril-juin 1831 les idées saint-simo­nien­nes et fou­rie­ris­tes se répan­dent évoquant l’oppres­sion des riches, les méfaits d’une concur­rence exa­cer­bée, l’injus­tice sociale. Peu à peu, se per­çoit une cons­cience de classe. La crise sour­noise, dont on annon­çait sans cesse la fin pro­chaine, se pro­longe et les fabri­cants de soie­rie se mon­trent de plus en plus intrai­ta­bles vis à vis des prix de façon. Des pros­pec­tus cir­cu­lent et le jour­nal l’Écho de la Fabrique va bien­tôt sortir.
Le géné­ral Roguet, com­man­dant la divi­sion mili­taire de la région lyon­naise, s’inquiète et contacte les Prud’hommes sur l’uti­lité d’un tarif mini­mum. L’adjoint Terme, qui rem­place le maire absent, réunit le 12 octo­bre des repré­sen­tants des deux par­ties, mais les soyeux se déro­bent. Le 18 octo­bre, c’est au tour du préfet Bouvier-Dumolard de s’inquié­ter. Alors 8000 canuts élisent des « com­mis­sai­res » qui for­ment une com­mis­sion qui deman­dent un tarif et remet­tent une adresse au préfet : « Le moment est venu où, cédant à l’impé­rieuse néces­sité, la classe ouvrière doit et veut cher­cher un terme à sa misère » .
Une nou­velle réu­nion avec délé­gués des canuts et des soyeux est convo­quée par le préfet le 25 octo­bre. Mais en même temps 6 000 canuts, chefs d’ate­liers et com­pa­gnons, venus de tous les fau­bourgs, se ras­sem­blent et défi­lent, dis­ci­pli­nés, en silence, dans les rues de Lyon jusque devant le préfet, place des Jacobins, et à Bellecour. Un tarif élaboré en commun est signé qui devait entré en vigueur le 1er novem­bre. Et c’est l’occa­sion de fêter ça en remer­ciant le préfet en cette soirée du 25 octo­bre. Cette orga­ni­sa­tion sans faille semble le fait d’une étroite col­la­bo­ra­tion entre les volon­tai­res du Rhône, répu­bli­cains, et les mutuel­lis­tes.
Mais la plu­part des fabri­cants refu­sent pour­tant d’appli­quer le tarif et en appel­lent même au gou­ver­ne­ment qui désa­voue l’atti­tude du préfet. Un soyeux a mis le feu aux pou­dres en met­tant un révol­ver sur la tempe d’un canut en lui disant « voilà notre tarif ! ».
Se voyant trom­pés, exas­pé­rés par l’intran­si­geance des fabri­cants, les canuts per­dent patience et veu­lent s’en pren­dre à la rue des Capucins, le quar­tier des soyeux. On parle de tric, de se mettre en grève géné­rale. Ils atten­dent jusqu’au 20 novem­bre, jour où ils appren­nent que de nom­breu­ses com­man­des sont atten­dues. Ils déci­dent de ne pas repren­dre le tra­vail et d’aller de nou­veau mani­fes­ter en masse devant la pré­fec­ture (place des Jacobins). La situa­tion est explo­sive car ce même 20 novem­bre une revue avec le géné­ral Ordonneau de la garde natio­nale des quar­tiers de la presqu’île, où domi­nent les fabri­cants, a lieu place Bellecour, c’est-à-dire tout près des Jacobins.

Le 21 novembre 1831

Dès le lever du jour, une agi­ta­tion fébrile gagne toute la popu­la­tion de la Croix-Rousse. La plu­part des métiers sont arrê­tés. Plus d’un mil­liers d’ouvriers se ras­sem­blent sur le pla­teau de la Croix-Rousse, enten­dant faire res­pec­ter l’exé­cu­tion des nou­veaux tarifs. Dix mille atten­dent sur la place Bellecour. Et ils sont des cen­tai­nes à la Guillotière. Des cor­tè­ges se for­ment, se gon­flent d’heure en heure, les tam­bours bat­tent le rappel. Les Canuts s’élancent avec leurs poings nus, ava­lant les pentes en contrai­gnant les auto­ri­tés pré­sen­tes à la retraite anti­ci­pée.
Visiblement, la garde natio­nale de la Croix-Rousse, où domi­nent les canuts, n’a pas l’inten­tion de s’oppo­ser à l’action des ouvriers. Des escar­mou­ches se pro­dui­sent en divers points du pla­teau et notam­ment en haut de la Grand’côte, rue Bodin, mais les ouvriers res­tent maî­tres de la situa­tion en cons­trui­sant de nom­breu­ses bar­ri­ca­des.
Le maire par inté­rim ordonne à Ordonneau d’inter­ve­nir. Les canuts émeutiers déci­dent de former un cor­tège et d’aller défi­ler dans Lyon. C’est là qu’un dra­peau noir flotte sur lequel cer­tains ont vu écrit cette célè­bre devise « Vivre en tra­vaillant ou Mourir en com­bat­tant » . Ils se heur­tent à un pelo­ton au bas de la Grand’côte (la rue des Capucins est le sec­teur des soyeux). Des coups de feu éclatent et des hommes tom­bent. Les mani­fes­tants ripos­tent avec le peu d’armes dont ils dis­po­sent, essen­tiel­le­ment quel­ques gour­dins et des pelles et remon­tent sur le pla­teau.
De chaque fenê­tre les ména­gè­res crient « Aux armes, aux armes, les auto­ri­tés veu­lent assas­si­ner nos frères. » De chaque maison sor­tent des com­bat­tants armés de pelles, de pio­ches, de bâtons et des étais de leurs métiers à tisser en hur­lant : « Du pain ou du plomb ! »
Ceux qui n’ont pas d’armes trans­por­tent des pavés aux étages supé­rieurs des mai­sons ou sur les toits dont ils arra­chent les tuiles. Des bar­ri­ca­des avec des char­ret­tes s’élèvent rapi­de­ment aux quatre coins de le Presqu’île, des bateaux sont ren­ver­sés sur les quais for­mant autant de bar­ra­ges de dis­tance en dis­tance.
Des canuts désar­ment la garde natio­nale de la Croix-Rousse et bat­tent le tocsin pour un appel aux armes géné­ra­lisé. Ils cons­trui­sent de nou­vel­les bar­ri­ca­des avec l’aide de femmes et d’enfants. La bataille devient achar­née.
C’est l’affo­le­ment géné­ral à l’Hôtel de ville et à la pré­fec­ture. Le géné­ral Roguet s’efforce de faire démo­lir quel­ques bar­ri­ca­des. Le préfet, qui invite les « hon­nê­tes gens » à ne pas se mêler au mou­ve­ment des « mau­vais sujets », décide d’aller en bataillon avec le géné­ral Ordonneau. Indignation et colère des canuts qui s’esti­ment trahis ; le préfet et Ordonneau sont pris en otages.

P.-S. 

Pour avoir des éléments plus précis sur la révolte des canuts, lire l’ouvrage remarquable de Fernand RUDE, C’est nous les canuts (Maspero-la-salope 1977), ainsi que cet autre ouvrage du même auteur : « Les Révoltes des Canuts, 1831-1834 » (La Découverte). Voir aussi sur REBELLYON la 2ème révolte de 1834 ainsi que les prémices 

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