jeudi 7 octobre 2021

Covid-19 : l’étau se resserre autour du docteur Anthony Fauci


 

 Covid-19 enfin une piste sérieuse !


The Intercept a publié le 23 septembre 2021 une demande de subvention d’EcoHealth Alliance soumise à la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) en 2018 [1]. On peut y lire que cette société se propose de créer en laboratoire un virus artificiel à partir de coronavirus de chauve-souris [2].

L’ancien conseiller économique du président Donald Trump, Peter Navarro, a par ailleurs révélé qu’EcoHealth Alliance a servi au docteur Anthony Fauci à détourner de l’argent public US pour financer des recherches —illégales aux États-Unis— effectuées par le laboratoire P4 de Wuhan (Chine).

Le directeur d’EcoHealth Alliance, Peter Daszak, est l’auteur principal de la pétition, parue dans The Lancet [3], pour soutenir les professionnels de santé de Wuhan injustement accusés d’être responsables de l’épidémie de Covid-19. Peter Daszak a aussi été membre de la Mission d’information de l’OMS à Wuhan.

Alex Jones (InfoWars) a diffusé, le 4 septembre 2021, deux extraits d’une vidéo diffusée par la chaîne publique états-unienne CSPAN, en octobre 2019, d’une table ronde sur la création d’un vaccin universel contre la grippe [4].

Les experts y débattent de la nécessité de modifier la procédure d’habilitation des vaccins contre la grippe et de changer la manière dont on produit les vaccins contre la grippe et de les remplacer par des système ARN messager.
Ils constatent que l’industrie pharmaceutique ne franchira pas le pas car la grippe n’est pas une maladie qui fait peur.

Le docteur Anthony Fauci déclare alors en substance qu’il faudrait un choc, une épidémie d’une sorte de grippe beaucoup plus mortelle, pour que l’industrie pharmaceutique et l’Humanité avancent.

Anthony Fauci est directeur, depuis 1984, de l’Institut national US des allergies et maladies infectieuses (National Institute of Allergy and Infectious Diseases). Il a été un collaborateur du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et a milité en 2004 pour son projet de confinement des personnes saines. Il est membre de « L’Aube rouge » [5], le groupe qui a milité en 2020 pour l’application du plan de confinement des personnes saines à l’occasion de l’épidémie de Covid-19. Il a été nommé par le président Donald Trump à la cellule de crise sur la Covid-19 et a été maintenu à ce poste par le président Joe Biden.

samedi 10 juillet 2021

17 Septembre - Agir contre la réintoxication du monde - Acte IV

 


 

 

Un nouvel appel contre la réintoxication du monde, signé par presque 150 organisations et collectifs, est publié , pour faire du 17 septembre une journée d’actions , partout sur le territoire contre les sites et projets destructeurs du vivant et des solidarités sociales.

Il y a à peine un an, au sortir du premier confinement, une centaine de collectifs en lutte répondaient à un premier appel à agir « contre la réintoxication du monde » [1]. Puis les 17 novembre et 17 avril, malgré les restrictions sanitaires, cette constellation d’habitant-e-s, de paysan-ne-s, d’activistes persévéraient et renouvelaient leurs actions aux quatre coins du pays. Par leurs blocages, leurs rassemblements, leurs occupations, leurs irruptions dans l’espace public, en un mot leur résistance, ils et elles dessinaient une voie vers un monde s’émancipant des logiques marchandes et industrielles mortifères.
Aujourd’hui, alors que la crise COVID semble s’atténuer mais que la méga-machine repart de plus belle, nous appelons une nouvelle fois à agir, le 17 septembre, partout sur le territoire contre les sites et projets destructeurs du vivant et des solidarités sociales. Car tandis que la crise du sanitaire s’atténue, avec elle disparaissent aussi les promesses d’un « Monde d’Après », s’extirpant de l’impasse de celui d’avant. Que ce soit par des plans de relance industrielle sans aucune remise en question, ou la nécessité fumeuse de rembourser une dette fictive, la classe dirigeante mondiale est unanime : il faut que la sacro-sainte économie reparte, vite et fort.
L’impératif de s’y soumettre coûte que coûte s’accompagne d’un zèle renouvelé à réprimer tout ce qui y ferait obstacle. On a vu, malgré les oppositions populaires, l’apparition d’un nouvel arsenal « légal » qui piétine allègrement la liberté de manifester, celle de la presse et ouvre la possibilité d’expulser sans procédure toute occupation de logements vacants et de zones menacées. Le sentiment d’impunité policière est dorénavant encouragé au plus haut niveau de l’État. Après une année pendant laquelle se sont développés des mécanismes de contrôle inédit au nom de la crise sanitaire, le gouvernement agit comme si les habitudes de soumission devaient durer toujours et s’étendre à l’entièreté du champ social.
À celles et ceux qui croyaient encore qu’une loi climat pouvait améliorer la situation, les débats parlementaires du printemps ont répondu par une gifle. Main dans la main, lobbies et gouvernant-e-s ont méthodiquement détricoté toute mesure limitant l’entreprise de destruction en cours. Freiner les implantations de l’ogre Amazon ? Poubelle. Arrêter les extensions d’aéroport ? Surtout pas. S’en prendre à la bétonisation, à la vente de voitures les plus polluantes, à la publicité, aux engrais azotés, aux pesticides ? Plus tard, peut être, ou bien jamais [2]
Le message est limpide : il y aura toujours de l’énergie du côté des gouvernant.e.s pour nier l’urgence à agir, jamais pour s’attaquer aux industriels et aux financiers et à leur responsabilité — pourtant abyssale — dans la catastrophe écologique.
Pourtant, loin des ministères et des sièges épais du CAC40, hors du champ des micros d’une sphère médiatique en roue libre, il s’en passe des choses... pour peu que l’on s’y intéresse. Ici, des dizaines de collectifs émergent, à Rouen, à Argenteuil, à Lyon… pour en finir avec la culture de la catastrophe industrielle tolérée, pour empêcher de nouveaux Lubrizol, de nouveaux AZF [3]. Là, un mouvement national, les Soulèvements de la Terre, occupe et cultive des zones menacées d’artificialisation par des projets de route, d’urbanisation, d’extension de carrières de sable [4]. À Saclay ou encore à Aubervilliers, de nouvelles ZADs naissent contre la destruction de parcelles agricoles et de jardins ouvriers par le Grand Paris, la spéculation immobilière et le saccage olympique. Une zad souterraine apparaît face à une carrière de Béton dans le Var, et la ZAD du LIEN revient sur un projet routier près de Montpellier. D’autres collectifs, enfin, comme à Grandpuits ou à la Chapelle-Darblay rassemblent syndicats et associations écologistes pour travailler concrètement aux reconversions de certains sites de production [5]. Ils développent des activités autrement plus respectueuses du vivant, et empêchent ces entreprises de laisser les salarié-e-s sur le carreau tout en rémunérant grassement leurs actionnaires en pleine crise [6]. Ils nous rappellent à l’urgence de penser, avec les travailleurs des secteurs les plus toxiques, les mutations possibles des activités, les réappropriations des lieux de travail, ainsi que les rapports de force à engager pour garantir des ressources et droits pendant les périodes de transition. 
 
 
 
 

vendredi 14 mai 2021

Gaza : centre du Monde 2021


La peur, voila ce qui motive l'interdiction de toutes Manifestations en faveur des Palestiniens en France occupée. 
Le gouvernement israélien de l'Europe devient enfin complètement visible et permet une prise de conscience même chez les plus idiots des européens.

 

 

 
 L’horreur

La nuit dernière a été la pire que nous ayons vécues depuis notre retour à Gaza. Pire que les nuits de 2014….

L’intensité des raids aériens est très perceptibles. La maison tremble et se secoue comme si les avions volaient à côté. C’est fou… C’est incroyable, c’est insupportable et inimaginable.

La nuit d’avant les raids aériens n’étaient pas aussi intenses…J’ai le sentiment que les pilotes israéliens nous DÉTESTENT. Je ne peux pas expliquer autrement comment ils ont délibérément bombardé un appartement où ils ont vu que des enfants dormaient (ont dormi…).

Le nombre de personnes tuées a continué à augmenter…

Cette nuit les attaques sont plus violentes, plus fortes; quelque chose de différent se produit car la maison tremble et tremble et tremble…. Elle tremble et tremble et tremble. Et les bruits qu’elle produit sont très, très effrayants. C’est très effrayant. J’avais l’impression de vivre un film d’action américain… Cependant, c’était IMMENSÉMENT réel. Cette deuxième nuit, on a oublié le sommeil; ni moi ni les enfants n’avons pu dormir.

C’était un film d’horreur et on était en plein milieu. …. 

Sans que nous en rendions compte, cela nous a effrayés, nous les adultes. Nos enfants ont certainement peur aussi. Nous sommes dans un état indescriptible, effrayant.

Je ne vais pas écrire plus … Je suis au bout de ce que je peux supporter et de mes forces n’en peuvent plus.

Je n’ai plus le courage d’écrire. Gaza est attaquée par les airs, par la marine et par les tanks, tout cela en même temps.

 Margrith ASP Association Suisse-Palestine

Gaza, le 12 mai 2021

 




Des terroristes, les combattants palestiniens ? 

Non, ce sont des résistants, des vrais, de ceux qui se battent pour la patrie, pour la terre de leurs ancêtres, pour vivre en paix, un jour, dans cette Palestine dont l’envahisseur veut les spolier, pour cette Palestine dont l’État-colon se croit dépositaire, alors qu’il n’est qu’un occupant illégitime, un usurpateur. La légitime défense d’Israël ? 

Soyons sérieux : la seule légitime défense qui vaille, c’est celle du peuple palestinien, pas celle de la soldatesque coloniale ; celle de l’occupé qui résiste, pas celle de l’occupant qui opprime. Des résistants qui ont raison de se battre, et qui savent que si l’honneur est de leur côté, le déshonneur est dans le camp adverse.

On nous raconte que l’affrontement actuel est dû à l’intransigeance des extrémistes des deux camps. Mais ce renvoi dos-à-dos de l’occupant et de l’occupé est grotesque, c’est une supercherie. Depuis quand la résistance est-elle extrémiste ? 

C’est l’occupation qui est extrémiste, avec sa violence de tous les instants, cette humiliation permanente infligée aux populations, cette domination structurelle, cette insupportable chape de plomb qui pèse sur un peuple meurtri, et dont les sursauts de révolte, heureusement, montrent qu’il n’est pas vaincu. Non, la responsabilité ultime de la violence, en Palestine, n’est pas partagée, ce n’est pas 50/50, car cette violence est le fruit de l’occupation et de la colonisation, et les Palestiniens ne sont pas responsables de l’injustice qu’on leur fait subir.

Média = censure



lundi 3 mai 2021

Le Droit à l’oncle

 Si vous n’avez pas le temps de lire Alertez les bébés !

 

 

 

Objections aux progrès de l’eugénisme et de l’artificialisation de l’espèce humaine, ni Le Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme(toujours en vente), vous pouvez lire le fidèle résumé qu’en fait Anselm Jappe, théoricien reconnu de la critique de la valeur et bloggeur sur Médiapart (ci-dessous). 

Blague à  part, c’est  une  sorte  d’événement  que  sept  ans après  nos  alertes  contre La Reproduction artificielle de l’humain, un authentique anti-capitaliste rejoigne publiquement notre critique, quitte à nous rejoindre également sur les listes noires des petites meutes techno-progressistes. Vous verrez que, à ce rythme, un François Ruffin qui vient de se découvrir une hostilité «métaphysique»au progrès, ou l’anti-capitaliste Hervé Kempf et ses «collaborateur-ice-s» pro-PMA de Reporterre, finiront par rallier l’écologie radicale et anti-industrielle avant 2050.

                                                                                                                                  Pièces et main d’œuvre


Le Sénat vient de refuser d’entériner la Procréation médicale assistée (PMA, parce que dans le monde du progrès tout se résout en acronyme) pour toutes et tous. L’Assemblée nationale va la rétablir, parce que c’était une promesse du président Hollande – ou peut-être ne la rétablira-t-elle pas, parce qu’il faut complaire à la droite... 

En attendant, des manifestations d’orientation opposée,  mais  toujours  avec  des  participants  très  remontés,  s’alternent  devant  les  lieux  du pouvoir. En effet, les enjeux sont nombreux et de la plus haute importance: PMA seulement pour les couples mariés ou aussi pour ceux qui sont en union libre; pour les homosexuels ou pas ; pour les femmes seules ou pas ; remboursée par la sécu ou aux frais du client; avec sélection prénatale des embryons ou pas; savoir combien d’embryons «surnuméraires» on crée;  avec  congélation  des  embryons  surnuméraires  (et  pour quel  usage)  ou  avec  leur destruction; avec donateur anonyme ou pas; avec utérus externe ou pas; post mortem ou pas; avec  modification  du  génome  ou  pas;  etc.  Chacune  de  ces  questions  soulève  des  débats passionnés, voire haineux. Mais il y a une question qui n’est presque jamais posée: s’il doit y avoir une quelconque forme de PMA, ou s ́il ne serait pas préférable qu'elle n'existe pas du tout. 

A peu près toutes les forces en présence – les partis politiques, les associations en tout genre,  les  manifestants  dans  les  rues,  les  média  généraux  et  spécialisés – s’écharpent uniquement sur les détails de l’application de la PMA: pas du tout sur le principe. Même la droite  «dure»,  la  «Manif  pour  tous»,  les  intégristes  catholiques  n’osent  que  rarement  la critiquer en tant que telle. En général, ils veulent simplement soumettre son usage aux critères de leur morale, laquelle semble désespérément surannée au reste de la population. Mais si c’est le couple traditionnel qui veut y faire recours, la plupart d’eux ne semblent y voir aucune objection. On  ne  peut  que  s’étonner  d’un  tel  acquiescement  des  «obscurantistes»  et «réactionnaires» à la techno-science la plus récente.

Mais  il  faut  s’étonner  encore  beaucoup  plus – ou  au  moins  il  faudrait  s’étonner – de l’enthousiasme presque unanime à «gauche» pour ce nouveau droit humain rendu possible par la techno-science. Une adhésion qui s’étend même au champ écologiste, libertaire, féministe radical.  On  devrait  penser  que  la  PMA,  dans  toutes  ses  variantes,  depuis  la  «simple» insémination artificielle jusqu’à l’implantation d’un embryon génétiquement modifié dans un utérus «loué» (gestation pour autrui), la greffe d’utérus, et jusqu’à l’utérus artificiel encore en voie d’élaboration, appartient au même monde que les centrales nucléaires et les pesticides, le clonage des animaux et l’amiante, la dioxine dans les poulets et le plastique dans les océans : une violente invasion de produits technologiques très récents dans les cycles biologiques, avec des conséquences incalculables. 

Il est totalement incompréhensible que des gens qui sont en toute  sincérité  contre  ces inventions  mortifères  puissent  tout  à  coup  accepter  un  de  leurs développements  les  plus  invasifs.  Ils  ou  elles  y  tiennent  même  tellement  qu’ils  attaquent violemment les points de vue opposés (par exemple, en empêchant les conférences de personnes d’ailleurs si différentes qu’Alexis Escudero ou Sylvaine Agacinski) et réussissent à réduire au silence les nombreuses voix (assurément plus nombreuses que les leurs) qui ne partagent pas leur enthousiasme, en taxant tout adversaire, même des féministes historiques, d’homophobe, misogyne,  transphobe,  réactionnaire,  lepeniste,  facho,  et  en  utilisant  des  stratégies  qui rappellent  la  mainmise  du  stalinisme  sur  la  gauche  entre  les  deux  Guerres  mondiales  sous prétexte  d’«antifascisme»*.

                                                                       Anselm Jappe

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*Cela fait plaisir de voir Jappe "se souvenir" que c'est le "Camarade Staline" le seul inventeur de la tartuferie antifasciste. Il devrait l'appliquer aux salades Genresques et Sociétales, quasi racialistes de ses amis Israëlolatres de la Wertkritik...


vendredi 1 janvier 2021

Censure Partout


 

 

 

Dans un monde ou la censure est totale et totalitaire on peut tout se permettre en riposte. Ainsi ce "signalement" d'un pseudo-syndicat policier qui appel à la violence, quel vilain mot !



samedi 24 octobre 2020

Le jour où la Terre s'est arrêtée

 

Texte de Martos 

 

 

Le jour où la Terre s'est arrêtée

 

La pandémie qui a arrêté la planète à partir du mois de mars ne vient pas d’ailleurs. Le changement climatique, le bouleversement des équilibres naturels, la réduction des écosystèmes, la perte de la biodiversité opérés par le développement autonome de l’économie marchande sont à l’origine de la multiplication d’épidémies où prolifèrent les maladies transmises par l’animal à l’homme : plus de 70 % des maladies humaines de ces quarante dernières années sont des zoonoses, qui vont s’accélérant ; Ebola, SRAS, grippe aviaire - pour n’en citer que quelques-unes - ayant ainsi précédé le Covid-19.

Aussi il ne s’agit pas tant de savoir si ce virus s’est échappé du laboratoire franco-chinois P4 de Wuhan ou de l’étrange marché aux fruits de mer de cette ville, c’est à dire à quel point la bureaucratie chinoise a menti ou dissimulé, mais plutôt de saisir en quoi le moment de la pandémie est une répétition générale de la catastrophe écologique annoncée.

Oui, nous sommes en guerre, mais c’est une guerre sociale contre un système qui mène à la destruction des bases mêmes de la vie humaine. L’écologie est une question trop importante pour être laissée à ces écologistes qui sont prêts à s’allier avec n’importe qui - quitte à faire du capitalisme vert -, incapables qu’ils sont de comprendre que l’interaction de l’homme avec son milieu ne pourra s’accomplir en pleine harmonie tant que la société spectaculaire marchande n’aura pas été détruite dans sa totalité. La lutte contre la pollution, dont on se gargarise tant chez les experts ou dans les ministères, pour ne rien y changer ou si peu, ne pourra devenir une volonté réelle que par un bouleversement radical du système productif.

Tout au long de cette pandémie, et quasiment partout, l’incompétence (« Les risques de propagation du virus dans la population sont très faibles», affirme le 24 janvier la ministre de la santé Agnès Buzyn ; il est vrai que les décodeurs du Monde, journal de tous les pouvoirs, décodent toujours à plein tube le 2 mars, assénant leur pauvre lecteur que le Covid-19 est peu contagieux et que sa létalité est faible ) l’a disputé à l’infamie, quand ce ne fut pas les deux à la fois. Si l’on considère les masques, ils étaient réutilisables depuis le 19ème siècle, et le système sanitaire ne connut pratiquement pas de pénurie lors des diverses épidémies du passé, jusqu’à ce qu’en 1960 la consommation marchande impose le masque jetable. Cette première erreur entraînait déjà de sérieuses difficultés de stockage, les masques devenant l’objet d’une consommation astronomique en cas de besoin.

Mais surtout l’État fut surpris car il n’avait rien prévu. Or « gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte » (Emile de Girardin) ; c’est ce que les dirigeants français ont délibérément ignoré, et il n’y avait quasiment aucun stock de masques lorsque la pandémie éclata (pas même pour les soignants, ces nouveaux liquidateurs de Tchernobyl dont 50.000 furent contaminés (L’Express,11/6/20) ). Le pouvoir répéta alors sur tous les tons, et pendant les deux ou trois mois que dura cette pénurie, que les masques étaient inutiles, voire même dangereux. Le 19 mars la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, déclarait encore : « Les Français ne pourront pas acheter de masque dans les pharmacies parce que ce n’est pas nécessaire quand on n’est pas malade », et le même jour Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État à l'économie, affirmait : « Il faut sortir de ce fantasme autour des masques. Respecter une distance de plus d’un mètre, c’est beaucoup plus efficace qu’un masque. Et surtout on a des cas de contaminations de gens qui portent des masques et le tripotent toute la journée.»

Ainsi le mensonge d’État visait à cacher la pénurie de masques. Car si l’ensemble de la population s’est retrouvée confinée, c’est bien par la faute de l’État qui n’avait pratiquement pas prévu de masques, et pas plus de tests. « Plus grave, la pénurie conduira à ce que plus de Français soient contaminés, donc au fait, statistique, qu’il y aura plus de morts.» est-il affirmé dès le 24 mars 2020 dans une tribune du Monde.

Plus généralement les idéologies ont été mises à nu par la pandémie, et beaucoup de dirigeants ont dévoilé leurs batteries en exprimant sans fard l’essence même du système : le quantitatif écrase le qualitatif, la pulsion de mort de l’économie doit s’imposer sur les forces de vie. 

Dan Patrick, vice gouverneur du Texas, affirma ainsi que « les personnes âgées sont prêtes à se sacrifier pour sauver l’économie de leur pays ». Et comme on lui reprochait ces propos, il ajouta : « Il y a des choses plus importantes que la vie » (NBC News, 21/4/20). Plus que jamais l’économie politique est le reniement achevé de l’homme (Marx).

Au Brésil, le président Bolsonaro, le pays étant au troisième rang mondial de l’hécatombe, persiste et signe : « On regrette tous les morts, mais la mort est le destin de tout le monde » (Folha de São Paulo, 2/6/20)

A Madrid, où la moitié des morts du Covid sont survenus dans les maisons de retraite, les responsables du Parti Populaire, issu du franquisme, ne furent pas en reste. La présidente de la région de Madrid Isabel Díaz Ayuso fit envoyer des directives pour ne pas transférer les vieux atteints du Covid des maisons de retraite dans les hôpitaux (il en fut de même pour ceux qui étaient à domicile ; seuls les plus riches qui avaient une assurance médicale privée purent recevoir des soins hospitaliers). Ces protocoles abominables ont envoyé au cimetière des milliers de personnes :

« Cinta Pascual, présidente de l’Association des entreprises de soins aux personnes, déclare : "J'ai vu un médecin entrer dans une résidence et dire (elle désigne du doigt) : morphique, morphique, morphique." Par ce qualificatif il faisait évidemment référence à ceux qui n'étaient pas susceptibles d'être hospitalisés. Autrement dit, il désignait qui avait la possibilité de vivre et qui ne l'avait pas. Ce dût être une scène dantesque. Inoubliable, comme le choix de Sophie. Digne d’un camp d'extermination. » Cette référence à la morphine est trompeuse : « Les opioïdes ont des effets analgésiques et sont utilisés chez les patients atteints de dyspnée due à une FEVG insuffisante, un problème totalement distinct du coronavirus ; [alors que la morphine] est contre-indiquée dans la dépression et les maladies obstructives des voies respiratoires. Faut-il comprendre que c’est la sédation terminale qui était ordonnée ? » (Antonio Seoane, Holocausto en Madrid, Nueva Tribuna,10/6/20). Dans le reste de l’Espagne beaucoup de résidents atteints du Covid furent abandonnés, enfermés dans leur chambre par un personnel affolé, sans protections, qui n’était pas formé, et en l’absence de plans d’urgence. L’armée trouva des cadavres en arrivant dans plusieurs maisons de retraite.

En France, s’il y eut sensiblement moins de morts dans les Ehpad, la situation n’en fut pas moins limite. Le décret du 28 mars 2020 permettant aux médecins de prescrire du Rivotril à certains patients atteints de Covid-19 souleva de vives critiques, sous-entendant que face à de trop nombreux patients atteints par le Covid-19 et l'impossibilité pour les hôpitaux de prendre en charge un trop grand nombre d'hospitalisations, l'usage du Rivotril permettrait d'accompagner la fin de vie de certains patients en Ehpad au lieu de les hospitaliser (France Info Nouvelle Aquitaine,12/6/20). Un syndicat de jeunes médecins affirma, toujours à propos de ce décret sur le Rivotril : «L'administration de cette molécule (contre-indiquée en cas d’insuffisance respiratoire) à un patient souffrant du Covid-19 aura pour effet d’atteindre une sédation terminale (…) entraînant le décès ».

Aux États-Unis Jerome Adams, administrateur de la santé publique, n’a pas hésité à parler, devant l’aggravation de la crise sanitaire, « de notre moment Pearl Harbor, de notre moment 11-Septembre (…) et cela aura lieu dans tout le pays. (…) ces prochains jours seront, je le crains, parmi les pires et les plus tristes dans la vie de beaucoup d’Américains » (5/4/20). C’est dans ce contexte que l’ubuesque Trump, pressé de faire repartir l’économie au plus vite, tente désespérément d’escamoter la progression de l’épidémie en sabordant l’unique moyen de la contrôler :   « Nous avons plus de cas car nous testons plus. Si nous ne testions pas, nous n’aurions pas de cas (...) J’ai donc dit à mes équipes : faites moins de tests, s’il vous plaît. »

On pourrait continuer ad nauseam, mais au-delà de leurs nuances idéologiques, les pouvoirs établis se rejoignent dans le fait qu’ils sont  responsables du désastre, tout en essayant de le dissimuler ; partisans de ce système qui mène de plus en plus vite à la destruction de la planète ils sont aussi ceux qui n’ont, à une ou deux exceptions près, aucunement prévu la pandémie et ignoré les alertes des scientifiques les plus fiables.

« Tout déplacement est interdit », « Arrêtez les embrassades », « Nous sommes en guerre » : quelque part entre Orwell et Philip K.Dick, dans une ambiance furieusement dystopique (« chacun doit considérer les décisions concernant l’endroit où il va, ce qu’il fait et les personnes qu’il rencontre comme des décisions de vie ou de mort - parce qu’elles le sont », affirme le chef de l’OMS le 23/7/20) et pourtant bien réelle, nous avons également assisté au crépuscule des experts. Que ce soit à propos de la contagiosité des enfants, des masques, de Raoult et la chloroquine, d’une infinité de publications et d’incontrôlables statistiques dans des revues scientifiques « prestigieuses » se contredisant sans cesse, du tabac, des tests, de la prise de température, bref de pratiquement chaque aspect de cette pandémie, ils ont pour la plupart dit tout, le contraire de tout, et n’importe quoi.  Au point que quasiment plus personne ne les croit. Un tel contexte favorise évidemment grandement la montée des négationnismes, et la confusion de l’ensemble permet de mesurer ce que le spectacle a détruit dans les têtes de nos contemporains.

« Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez. »

Une bête immonde peut en cacher une autre. Agitant toute la quincaillerie fascisante d’un capital hystérisé qui surfe sur la dissolution de la logique, les négationnistes protestent pêle-mêle contre le port du masque et les distances de sécurité ; proclament que le virus n’existe pas ; que Bill Gates a planifié l’épidémie afin de dépeupler la terre puis réduire les survivants en esclavage à l'aide de puces implantées par vaccination ; que 94 % des morts du Covid sont de faux morts du Covid, et ainsi de suite ; tandis qu’à Berlin trois cent nazis issus de leurs rangs et brandissant le drapeau du Reich prennent d’assaut le Reichstag. Bref les négationnistes voudraient tirer les marrons du feu du chaos généralisé qu’ils tentent d’instaurer. Cette amplification du spectacle négationniste est en bonne partie la réponse, en même temps qu’elle est encouragée par eux, aux va-et-vient quasi quotidiens de la sphère scientifique officielle, avec son OMS discréditée et ses experts disqualifiés. Mais au-delà des désaccords, de surface ou plus profonds, entre cette sphère autorisée et des opposants encore plus irrationnels, sur la gestion du système ou la méthode à appliquer, nul doute que le cas échéant toutes ces contradictions seraient surmontées in fine au profit des propriétaires de ce monde.

Ce virus, qui tue surtout des vieux improductifs et des pauvres, aurait de quoi satisfaire la domination, s’il ne menaçait grandement ses profits. Il n’est que le symptôme d’une maladie plus générale.

Derrière le spectacle du virus se cache maladroitement le virus du spectacle. On nous présente la pandémie comme une fatalité ; ou on l’appelle de manière réductrice « virus chinois » ; ou bien encore on agite selon les besoins tel ou tel bouc émissaire : quand ce n’est pas un Bill Gates ou un Ceorge Soros, ce sont carrément les vieux, rendus responsables du Grand Confinement ( « l’idée répugnante que l’on pouvait sacrifier les personnes âgées a commencé à se répandre », déplore l’ONU le 8/5/20).Tout cela pour occulter que le véritable responsable de ce virus est le système qui l’a produit.

Durant toute une saison en enfer, le Grand Confinement a vu s’esquisser, sur une bonne partie de la planète et sur le mode de la simulation, la fin du travail, de l’école, de la pollution, bref le début de la fin de l’économie capitaliste. Le grand blocage conscient et volontaire ce sera bien sûr pour une autre fois.

« L’économie en [est] venue à faire ouvertement la guerre aux humains ; non plus seulement aux possibilités de leur vie, mais à celles de leur survie. » (Guy Debord). Réchauffement planétaire et bombe climatique, effondrement de la biodiversité, augmentation irréversible de la radioactivité, pollution de l’air, des sols et des eaux, acidification de l'océan, et aussi sécheresses, famines, guerres, épidémies : la planète est aux abois. L’autodestruction de ce monde est enclenchée. Le point de non retour est imminent.

« Jamais la conscience historique n’a eu tant besoin de dominer de toute urgence son monde, car l’ennemi qui est à sa porte n’est plus l’illusion, mais sa mort. » (Guy Debord)

(6 septembre 2020)
https://palestinevaincra.com/2020/12/menaces-plaintes-appels-a-dissolution-quand-lextreme-droite-pro-israelienne-tente-dintimider-le-collectif-palestine-vaincra/


dimanche 20 septembre 2020

BDS : Le jugement historique de la Cour Européenne des Droits de l’Homme est définitif !

 

Condamné pour avoir sanctionné l’appel au boycott d’Israël !

 

Ça y est ! C’est définitif : il n’y a pas eu de recours de la part du gouvernement français auprès de la Chambre d’appel de la Cour Européenne des droits de l’Homme, en ce 18 septembre 2020, qui était la date limite pour un éventuel recours. L’État français est bel et bien condamné pour avoir sanctionné l’appel au boycott d’Israël, indique Me Grégory THUAN Dit DIEUDONNE  !

C’est curieux comme les médias dominants ont été discrets sur ce scoop historique, dont la portée s’étend à la totalité du continent européen : L’État français a été condamné le 11 juin, par la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) à payer 100.000 euros de dommages et intérêts, pour violation du droit à la liberté d’expression, (article 10), à des militants sanctionnés pour avoir appelé au boycott des produits israéliens.

L’affaire opposait, à l’État français, 11 militants, qui avaient mené des actions d’appel au boycott des produits israéliens dans un supermarché alsacien en 2009 et 2010, en protestation contre la politique cet État qu’ils estimaient en violation flagrante du droit international public et humanitaire. Relaxés en première instance par le tribunal correctionnel de Mulhouse en 2011, ils avaient été condamnés par la Cour d’appel de Colmar en 2013, avant que la Cour de cassation ne rejette leurs pourvois en octobre 2015. Un recours avait été formé auprès de la CEDH en mars 2016.

Un jugement à l’unanimité, d’une portée remarquable, puisqu’il ne concerne pas que les membres de l’Union européenne mais tous les pays européens, y compris la Suisse, la Russie, ou encore la grande-Bretagne, même si elle a quitté L’UE. En fait, c’est une juridiction internationale et elle peut même avoir des effets sur les USA.

Cet arrêt de la CEDH souligne que l’appel aux consommateurs à boycotter les produits d’un Etat, en protestation de sa politique, est protégé par la Convention européenne des droits de l’Homme (article 10).

« L’appel au boycott de produits, sans contrainte ni menace, constitue une expression politique et militante qui, en tant que telle, bénéficie d’un niveau élevé de protection dans toute société démocratique européenne moderne », a statué la Cour.

N’en déplaise à notre gouvernement et au lobby israélien, il est clairement énoncé dans cet arrêt que :

     « L’appel militant au boycott est en effet un outil de la société civile, qui constitue une modalité d’expression à la fois politique et militante, et un appel aux citoyens à exercer une liberté de choix en leur qualité de consommateurs. A l’inverse, ne visant que des produits, il ne constitue pas un appel à la discrimination fondée sur l’origine nationale des producteurs »  

     « L’appel au boycott s’inscrit en l’espèce dans le cadre d’un débat d’intérêt général (respect du droit international public par un Etat et par les sociétés commerciales internationales, respect des droits de l’Homme, droits des consommateurs)«
.


L’arrêt de la CEDH prend ainsi l’exact contre-pied de la position de la Cour de cassation qui, dans deux décisions de principe d’octobre 2015, avait estimé que le simple appel citoyen et pacifique à boycotter des produits (y inclus ceux des colonies illégales de peuplement) constituait un délit pénal en soi et excluait, par nature, la protection de l’article 10 de la CEDH.

« Certaines juridictions françaises ont depuis quelques années tendance à considérer que le simple fait d’inciter des consommateurs à ne pas acheter des produits d’une origine donnée s’analyse en une incitation à la discrimination réprimée par la loi. Pour justifier leurs actes, les personnes poursuivies pour une telle infraction ne peuvent donc pas arguer qu’elles exprimaient une opinion politique, les juridictions internes considérant que la liberté d’expression ne constitue pas un moyen de défense valable relativement à une infraction réprimée par le droit français ».

Tous les détails de ce jugement historique et unanime, qui condamne la France pour sa « violation de la liberté d’expression » et « du débat politique », et qui ne voit aucune haine dans l’appel au boycott des produits israéliens pour des raisons politiques, se trouvent ici:

https://hudoc.echr.coe.int/eng#{%22documentcollectionid2%22 [%22GRANDCHAMBER%22,%22CHAMBER%22],%22itemid%22:[%22001-202756%22]}

 Source: https://europalestine.com/2020/09/16/bds-le-jugement-historique-de-la-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme/

 

dimanche 26 avril 2020

Despotisme Occidental ou panique ?


Nombreuses analyses sur la Pandémie et le chaos capitaliste. 
Deux courants se dégagent privilégiant, une force (le Kapital dans son effondrement) ou l'autre (l’État capitaliste imposant son contrôle absolu en Confinant prolétariat et marchés) comme danger prioritaire.

Commençons par Gianfranco Sanguinetti


LE  DESPOTISME OCCIDENTAL 


La conversion des démocraties représentatives de l'Occident à un despotisme tout à fait nouveau a pris, à cause du virus, la figure juridique de la "force majeure" (en jurisprudence la force majeure est, comme on sait, un cas d'exonération de la responsabilité). Et donc le nouveau virus est, en même temps, le catalyseur de l'événement et l'élément de distraction des masses par la peur [1].

Pour autant d'hypothèses que j'avais émises depuis mon livre Du Terrorisme et de l’Etat (1979) sur la manière dont cette conversion, à mes yeux inéluctable, de la démocratie formelle au despotisme réel se serait faite, j'avoue que je n'avais pas imaginé qu'elle puisse advenir sous prétexte d’un virus. Et pourtant les voies du Seigneur sont vraiment infinies. Et aussi celles de l'astuce de la raison hégélienne.

La seule référence, on peut le dire, aussi prophétique qu'inquiétante, est celle que j'ai trouvé dans un article que Jacques Attali, ancien patron de la banque BERD, avait écrit dans L'Express pendant l'épidémie de 2009 :

"Si l'épidémie est un peu plus grave, ce qui est possible, puisqu'elle est transmissible par l'homme, elle aura des conséquences véritablement planétaires : économiques (les modèles laissent à penser que cela pourrait entraîner une perte de 3 trillions de dollars, soit une baisse de 5 % du PIB mondial) et politiques (en raison des risques de contagion...) On devra, pour cela, mettre en place une police mondiale, un stockage mondial et donc une fiscalité mondiale. On en viendra alors, beaucoup plus vite que ne l'aurait permis la seule raison économique, à mettre en place les bases d'un véritable gouvernement mondial." [2]

La pandémie était donc envisagée : combien de simulations avaient été faites par les grandes compagnies d'assurances! Et par les services de protection des Etats. Encore il y a quelques jours, l'ancien premier ministre britannique Gordon Brown retournait sur la nécessité d'un gouvernement mondial : "Gordon Brown a exhorté les dirigeants mondiaux à créer une forme temporaire de gouvernement mondial pour faire face aux deux crises médicales et économiques causées par la pandémie de Covid-19." [3]

Il faut à peine ajouter qu'une telle occasion puisse être saisie ou créée, ne change pas grande chose à l'affaire. Une fois que l'intention est là, et la stratégie dessinée, il suffit d'avoir le prétexte, et puis d'agir en conséquence. Personne, parmi les chefs d'Etat, n'a été pris à la dépourvue, sinon au tout début, par la sottise de tel ou tel autre. Après, de Giuseppe Conte à Orban, de Johnson à Trump, etc., tous ces politiciens, aussi rustres qu'ils soient, ont vite compris ce que le virus les autorisait à faire des vieilles constitutions, règles et lois. L'état de nécessité pardonne toute illégalité.

Une fois que le terrorisme, dont on conviendra qu'on en a un peu trop abusé, avait épuisé la plupart de ses potentialités, si bien expérimentées partout dans les quinze premières années du nouveau siècle, le moment est venu de passer à l'étape suivante, ainsi que je l'annonçais depuis 2011, dans mon texte Du Terrorisme au Despotisme.

D'ailleurs l'approche contre insurrectionnelle qu'a pris tout de suite et partout ce qu'on appelle bien improprement la "guerre contre le virus", confirme l'intention que sous tend les opérations "humanitaires" de cette guerre, qui n'est pas contre le virus, mais bien contre toutes les règles, les droits, les garanties, les institutions et les peuples du vieux monde : je parle du monde et des institutions qui ont été mis en place depuis la Révolution française, et qui disparaissent maintenant sous nos yeux en quelques mois, aussi vite qu'avait disparu l'Union Soviétique. L'épidémie finira, mais pas toutes les mesures, possibilités et conséquences qu'elle a déclenché et qu'on est en train d'expérimenter. Nous accouchons d'un nouveau monde dans la douleur.

Nous assistons donc à la décomposition et à la fin d'un monde et d'une civilisation, celle de la démocratie bourgeoise avec ses Parlements, ses droits, ses pouvoirs et contre-pouvoirs désormais parfaitement inutiles, car les lois et les mesures coercitives sont dictées par l'exécutif, sans être ratifiés par les Parlements immédiatement, et où le pouvoir judiciaire, ainsi que celui de la libre opinion perd même toute apparence d'indépendance, donc leur fonction de contrepoids.

On habitue ainsi brusquement et traumatiquement les peuples (comme établi par Machiavel, "le mal doit se faire tout à la fois, afin que ceux à qui on le fait n'aient pas le temps de le savourer") : le citoyen ayant déjà disparu depuis longtemps au profit du consommateur, ce dernier se voit maintenant réduit au rôle de simple patient, sur lequel on a le droit de vie et de mort, auquel on peut administrer n'importe quel traitement, ou même décider de le supprimer, d'après son âge (productif ou improductif), ou d'après n'importe quel autre critère décidé arbitrairement et sans appel, à la discrétion du soignant, ou d'autres. Une fois emprisonné chez lui, ou à l'hôpital, que peut-il faire contre la coercition, les abus, l'arbitraire?

La charte constitutionnelle étant suspendue, par exemple en Italie, sans soulever la moindre objection, pas même par le "garant" des institutions, le président Mattarella. Les sujets, devenus des simples monades anonymes et isolées, n'ont plus aucune "égalité" à faire valoir ni de droits à revendiquer. Le droit lui-même ne sera plus normatif, mais devient déjà discrétionnaire, comme la vie et la mort. On a vu que, sous prétexte de coronavirus, en Italie on peut tuer de suite et impunément 13 ou 14 prisonniers désarmés, dont on ne se soucie même pas de donner les noms, ni les crimes, ni les circonstances, et personne ne s'en émeut. On fait mieux encore que les allemands dans la prison de Stammheim. Au moins pour nos crimes, ils devraient nous admirer!

On ne discute plus de rien, sauf que d'argent. Et un Etat comme l'italien en est réduit à mendier au sinistre et illégitime Eurogroupe les capitaux nécessaires à la transformation de la forme démocratique à la forme despotique. Ce même Eurogroupe qu'en 2015 voulut férocement exproprier tout le patrimoine public grec, y compris le Parthénon, et le conférer à un fond placé au Luxembourg, sous contrôle allemand : même Der Spiegel définit alors les diktats de l'Eurogroupe comme "un catalogue des atrocités" pour mortifier la Grèce, et Ambrose Evans-Pritchard, dans le Telegraph, a écrit que si on voulait dater la fin du projet européen, c'était bien à cette date là. Voilà que maintenant la chose est faite. Il ne reste plus que l'Euro, et bien provisoirement encore.

Le néo-libéralisme n'a pas eu à faire aux anciennes luttes des classes, il n'en a même pas la mémoire, il croit les avoir effacées même du dictionnaire. Il se croit encore tout-puissant ; ce qui ne signifie pas qu'il ne les craigne pas : puisqu'il sait bien tout ce qu'il se prépare à infliger aux peuples. Il est évident que les gens vont bientôt avoir faim; il est évident que les chômeurs seront foule; il est évident que les gens qui travaillent au noir (4 millions en Italie) n'auront aucun soutien. Et ceux qui ont un travail précaire, et n'ont rien à perdre, commenceront des luttes et des sabotages. Cela explique pourquoi la stratégie de réponse à la pandémie est avant tout une stratégie de contre-insurrection préventive. On va en voir de belles en Amérique. Les camps de la FEMA se rempliront bientôt.

Le nouveau despotisme a donc au moins deux raisons fortes pour s'imposer en Occident : l'une est pour faire face à la subversion intérieure qu'il provoque et attend; et l'autre pour se préparer à la guerre extérieure contre l'ennemi désigné, qui est aussi le plus ancien despotisme de l'histoire, auquel on n'a rien à apprendre depuis Le livre du Prince Shang (IV siècle av. J.-C.) -- livre que tous les stratèges occidentaux devront se dépêcher de lire, avec la plus haute attention. Si on a décidé d'attaquer le despotisme chinois, il faut commencer par lui démontrer qu'on est meilleur que lui sur son terrain même: c'est à dire plus efficace, moins coûteux et plus performant. Bref, un despotisme supérieur. Mais cela reste à prouver.

Grâce au virus, la fragilité de notre monde apparaît au grand jour. Le jeu qui se joue actuellement est infiniment plus dangereux que le virus, et fera bien plus de morts. Pourtant les contemporains ne paraissent avoir peur que du virus...

Il semblerait que l'époque actuelle se soit donnée pour tâche de contredire ce que disait Hegel, à propos de la philosophie de l'histoire : "L'histoire du monde est le progrès de la conscience de la liberté". Mais la liberté elle même n'existe que pour autant qu'elle est en lutte avec son contraire -- ajoutait-il. Où est-elle aujourd'hui? Lorsqu'en France et en Italie les gens dénoncent ceux qui n'obéissent pas?

S'il a suffi d'un simple microbe pour précipiter notre monde dans l'obéissance au plus répugnant des despotismes, cela signifie que notre monde était déjà si prêt à ce despotisme qu'un simple microbe lui a suffi.

Les historiens appelleront le temps qui se commencent maintenant l'époque du Despotisme Occidental.


                                                               Gianfranco Sanguinetti      le 1er Avril 2020


[1] Je vois que Edward Snowden arrive à la même conclusion dans l’interview, parue le 10 avril 2020 ici : https://www.youtube.com/watch?v=k5OAjnveyJo

[2] https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/avancer-par-peur_758721.html

[3] https://www.theguardian.com/politics/2020/mar/26/gordon-brown-calls-for-global-government-to-tackle-coronavirus





lundi 20 avril 2020

Pour un 1er Mai des humains libres !



Appel à manifester dans la rue le 1er Mai 2020

 

Comme  chaque  année, je me rends  à  la  grand-messe  des  travailleurs  comme  d'autres  vont  à  la messe de Pâques ou de minuit. D'autres vont peut-être aux trois,  affaire de fidélité, de liberté de croyance ou de conviction. 
Ma conviction s'enracine dans cette histoire  sanglante  de  l'émancipation  sociale  à  la  fin  du 19e siècle.  Le 1er  Mai,  c'est  la  fête  des  travailleurs  et  non  pas  du  travail.  
Le 1er Mai  1886  aux établissements McCormick, fabriquant de tracteurs, les ouvriers réclament la journée de 8 heures. La  répression  sera  sanglante:    des  blessés,    des  morts,  des  condamnations  à  mort  pour  les meneurs. 1891:  C'est  en  France  qu'à  Fourmies  dans  le Nord  pour  la  même  revendication, la répression  fait  10  morts  dont  2  enfants  et  35  blessés. Voilà  pourquoi  je  ne  manque  pas  une manifestation du 1er Mai. 
Sauf  qu'en  cette  année  2020,  il  y  a    le  covid -19  qui  exige  d'appliquer  une  vieille  méthode  qui a fait  ses  preuves  quand  on  ne  savait  pas  quoi  faire  en  cas  de  peste  ou  de  choléra,  à  savoir  le confinement.
On aurait pu penser qu'au 21e siècle on ferait mieux, mais c'est sans compter sur la casse  du  système  de  santé  publique  organisée  par  les  mêmes  prédateurs  que  ceux  qui  faisaient tirer sur les travailleurs au 19e siècle. La réponse est donc le confinement jusqu'au 11 mai... 
Mais il y a confinement et confinement, celui prôné par les gouvernements de la planète quelque soit le régime prend surtout la réalité de la société de contrainte, du contrôle total et liberticide. Chacun  sait  et  doit  appliquer  la  décision  d'avoir  une  attestation  délivrée  par  lui-même,  remise  à jour chaque jour pour pouvoir faire un minimum vital de mouvements de circulation. 
Cette auto-attestation qui semble ridicule quant à sa capacité à s'opposer à la propagation du virus est surtout une preuve de notre obéissance au pouvoir qui lui, sait ce qui est bon pour nous,  bien pratique  pour  masquer,  sans  jeu  de  mot,  la  pénurie  de  masques  et  de  tests par  impéritie  de  nos gouvernements. Mais en fait cette auto-attestation qui, si vous ne l'avez pas ou si elle est légèrement incomplète, vous  en  coûtera  135€, soit  le  même  montant  mis  en  place  pour  réprimer  les  manifestations  des Gilets Jaunes... De la répression à manifester à la répression à circuler, situation d'urgence! Non,  j'ai  bien  retourné  la  question  dans  tous  les  sens, même  en  prenant  en  compte  les inconscients qui existent, qui sont longs à la détente, comme d’ailleurs Macron et Philippe avant le 12  mars,  sur  la  nécessité  à  protéger  les  autres  et  soi-même, je  ne  vois  pas  la  pertinence  de l'auto-attestation.   
Au  sujet des inconscients qui ne font pas preuve de bon sens:  ils ne sont pas légion, même si on  nous  montre  les  images  de  ces  gens  qui  n'ont  rien  compris,  sont-ils  les  plus  inconscients? 
Depuis janvier, certes l'OMS n'avait pas averti tous les  humains de la planète mais au moins les gouvernements sur le risque de pandémie. Trois mois pour réagir pour nos élites.Bref  j'en  suis  très  vite  venu  à  me  dire  que  cette  décentralisation  des  services  préfectoraux  dans nos cerveaux nous autorisant à nous délivrer un Ausweiss avait une autre finalité.   
C'était la version papier imparfaite du flicage, au début il n'y avait même pas l'heure et puis on pouvait faire autant de feuilles qu'on voulait, donc là aussi on sentait bien que cette imperfection exigeait un remède technologique qui permette le contrôle à distance et dans le temps. Il suffisait de  se  tourner  vers  le  modèle  de  démocratie  chinoise  et  comprendre  que  le  téléphone  avec  une application  adéquate  serait  la  bonne  réponse, d'ailleurs  le  président  Macron  avec  son  premier ministre  étudient  la  question  pour  nous  dé-confiner. On  venait  donc  de  réinventer  la  crécelle  du lépreux  mais  cette  fois  ci  connectée.  
Bluetooth  ou  GPS  si  la  forme  technologique  est  un  peu différente cela ne change pas la décision d'utiliser les données si l'urgence décrétée exige la saisie desdites   données.  
Si   le   lépreux   pouvait   encore   se   cacher, aller   en   forêt,   aujourd'hui   le «covideux» et bientôt le mauvais citoyen auront du mal à échapper à cela, y compris aux drones qu'il ne faut pas confondre avec un cerf-volant au dessus des dunes au bord de mer. On a vu aussi le secours que peut apporter le le compteur Linky pour dénoncer ces citadins qui ont réussi à fuir la ville: Canard Enchaîné du mercredi 8 avril. Linky, un mouchard? Non... vous voyez le mal partout. En  ce  moment  de  rupture,  chacun  pense  que  ça  ce  ne  sera  plus  comme  avant. 
Ce  temps  de sidération  nous  invite  à  la  réflexion  mais  si  on  ne  prend  pas  garde, ce  qui  ne  sera  plus  sera remplacé par le pire.  Ce  pire,  on  l'entrevoit  avec  les  déclarations  du  Medef,  il  faut  relancer  la  croissance  avec  des sacrifices  pour  les  salariés,  et  la  poursuite  de  la  destruction  des  équilibres  écologiques  dont  les experts établissent un lien de plus en plus évident avec les virus.  
Le  pire  c'est  aussi  la  standardisation  des  modes  de  gouvernance  dans  un  moule  totalitaire  que permettent  toutes  les  avancées  technologiques:  biotechnologique, numérique tout-connecté, drones, caméras à   reconnaissance faciale... Russe, chinoise, occidentale, ces formes de gouvernance seront des dictatures débarrassées des oripeaux du fascisme tel qu'on l'a connu et qui existe  encore. 
C'est  ce  que  «PMO»  (Pièces  et  main  d’œuvre)qualifie  de  technofacisme, et dénonce la société de contrainte dans laquelle nous entrons.  Le pire c'est aussi ce que dénonce Naomi Klein dans son livre La stratégie du choc, où elle met en  évidence  cette  capacité  du  système  capitaliste  à  se  saisir  de  toutes  les  crises  et  catastrophes pour imposer sa vision mais surtout ses solutions d'un monde ultralibéral et totalitaire. Alors, quel lien avec le 1er Mai?
Si ce n'est que nous avons le choix entre un 1er Mai virtuel par Internet  interposé  comme  la  messe  du  pape  ou  alors  descendre  le 1er Mai  dans  la  rue  au  même moment  en  respectant  les  gestes  barrière  pour  le  respect  des  autres  et  de  nous-mêmes, mais en s'affranchissant   de   cette   auto-attestation expression d'une  soumission. Chacun   ayant   une banderole,  un drapeau, un  Gilet  Jaune  ou une  pancarte  revendiquant  qu'on  ne  veut  pas  de  ce monde comme on l'a dit à Notre-Dame-des-Landes. D'ailleurs c'est beau et calme un ciel sans avion!


«L'espèce d'oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l'a précédée dans le monde.»A. de Tocqueville,De la démocratie en Amérique«De  qui  dépend que  l'oppression  demeure...  de  nous,    de  qui  dépend  qu'elle  soit  brisée...  de nous.»                                                                                      Bertolt Brecht



                                                                                       Philippe 14 avril 2020



 PUNk

vendredi 20 mars 2020

Coronavirus - Raoul Vaneigem





Contester le danger du coronavirus relève à coup sûr de l’absurdité. En revanche, n’est-il pas tout aussi absurde qu’une perturbation du cours habituel des maladies fasse l’objet d’une pareille exploitation émotionnelle et rameute cette incompétence arrogante qui bouta jadis hors de France le nuage de Tchernobyl ? Certes, nous savons avec quelle facilité le spectre de l’apocalypse sort de sa boite pour s’emparer du premier cataclysme venu, rafistoler l’imagerie du déluge universel et enfoncer le soc de la culpabilité dans le sol stérile de Sodome et Gomorrhe. [1]





La malédiction divine secondait utilement le pouvoir. Du moins jusqu’au tremblement de terre de Lisbonne en 1755, lorsque le marquis de Pombal, ami de Voltaire, tire parti du séisme pour massacrer les jésuites, reconstruire la ville selon ses conceptions et liquider allègrement ses rivaux politiques à coups de procès « proto-staliniens. » On ne fera pas l’injure à Pombal, si odieux qu’il soit, de comparer son coup d’éclat dictatorial aux misérables mesures que le totalitarisme démocratique applique mondialement à l’épidémie de coronavirus.
Quel cynisme que d’imputer à la propagation du fléau la déplorable insuffisance des moyens médicaux mis en œuvre ! Cela fait des décennies que le bien public est mis à mal, que le secteur hospitalier fait les frais d’une politique qui favorise les intérêts financiers au détriment de la santé des citoyens. Il y a toujours plus d’argent pour les banques et de moins en moins de lits et de soignants pour les hôpitaux. Quelles pitreries dissimulera plus longtemps que cette gestion catastrophique du catastrophisme est inhérente au capitalisme financier mondialement dominant, et aujourd’hui mondialement combattu au nom de la vie, de la planète et des espèces à sauver.
Sans verser dans cette resucée de la punition divine qu’est l’idée d’une Nature se débarrassant de l’Homme comme d’une vermine importune et nuisible, il n’est pas inutile de rappeler que pendant des millénaires, l’exploitation de la nature humaine et de la nature terrestre a imposé le dogme de l’anti-physis, de l’anti-nature. Le livre d’Eric Postaire, Les épidémie du XXIe siècle, paru en 1997, confirme les effets désastreux de la dénaturation persistante, que je dénonce depuis des décennies. Évoquant le drame de la « vache folle » (prévu par Rudolf Steiner dès 1920), l’auteur rappelle qu’en plus d’être désarmés face à certaines maladies nous prenons conscience que le progrès scientifique lui-même peut en provoquer. Dans son plaidoyer en faveur d’une approche responsable des épidémies et de leur traitement, il incrimine ce que le préfacier, Claude Gudin, appelle la ’ philosophie du tiroir caisse ’. Il pose la question : « A subordonner la santé de la population aux lois du profit, jusqu’à transformer des animaux herbivores en carnivores, ne risquons-nous pas de provoquer des catastrophes fatales pour la Nature et l’Humanité ? » Les gouvernants, on le sait, ont déjà répondu par un OUI unanime. Quelle importance puisque le NON des intérêts financiers continue de triompher cyniquement ?
Fallait-il le coronavirus pour démontrer aux plus bornés que la dénaturation pour raison de rentabilité a des conséquences désastreuses sur la santé universelle - celle que gère sans désemparer une Organisation mondiale dont les précieuses statistiques pallient la disparition des hôpitaux publics ? Il existe une corrélation évidente entre le coronavirus et l’effondrement du capitalisme mondial. Dans le même temps, il apparaît non moins évidemment que ce qui recouvre et submerge l’épidémie du coronavirus, c’est une peste émotionnelle, une peur hystérique, une panique qui tout à la fois dissimule les carences de traitement et perpétue le mal en affolant le patient. Lors des grandes épidémies de peste du passé, les populations faisaient pénitence et clamaient leur coulpe en se flagellant. Les managers de la déshumanisation mondiale n’ont-ils pas intérêt à persuader les peuples qu’il n’y a pas d’issue au sort misérable qui leur est fait ? Qu’il ne leur reste que la flagellation de la servitude volontaire ? La formidable machine médiatique ne fait que ressasser le vieux mensonge du décret céleste, impénétrable, inéluctable où l’argent fou a supplanté les Dieux sanguinaires et capricieux du passé.
Le déchaînements de la barbarie policière contre les manifestants pacifiques a amplement montré que la loi militaire est la seule chose qui fonctionnait efficacement. Elle confine aujourd’hui femmes, hommes et enfants en quarantaine. Dehors, le cercueil, dedans la télévision, la fenêtre ouverte sur un monde fermé ! C’est une mise en condition capable d’aggraver le malaise existentiel en misant sur les émotions écorchées par l’angoisse, en exacerbant l’aveuglement de la colère impuissante.
Mais même le mensonge cède à l’effondrement général. La crétinisation étatique et populiste a atteint ses limites. Elle ne peut nier qu’une expérience est en cours. La désobéissance civile se propage et rêve de sociétés radicalement nouvelles parce que radicalement humaines. La solidarité libère de leur peau de mouton individualiste des individus qui ne craignent plus de penser par eux-mêmes.
Le coronavirus est devenu le révélateur de la faillite de l’État. Voilà au moins un sujet de réflexion pour les victimes du confinement forcé. Lors de la parution de mes Modestes propositions aux grévistes, des amis m’ont remontré la difficulté de recourir au refus collectif, que je suggérais, d’acquitter les impôts, taxes, prélèvements fiscaux. Or, voilà que la faillite avérée de l’État-escroc atteste un délabrement économique et social qui rend absolument insolvables les petites et moyennes entreprises, le commerce local, les revenus modestes, les agriculteurs familiaux et jusqu’aux professions dites libérales. L’effondrement du Léviathan a réussi à convaincre plus rapidement que nos résolutions de l’abattre.
Le coronavirus a fait mieux encore. L’arrêt des nuisances productivistes a diminué la pollution mondiale, il épargne une mort programmée à des millions de personnes, la nature respire, les dauphins reviennent batifoler en Sardaigne, les canaux de Venise purifiés du tourisme de masse retrouvent une eau claire, la bourse s’effondre. l’Espagne se résout à nationaliser les hôpitaux privés, comme si elle redécouvrait la sécurité sociale, comme si l’État se souvenait de l’Etat-providence qu’il a détruit.
Rien n’est acquis, tout commence. L’utopie marche encore à quatre pattes. Abandonnons à leur inanité céleste les milliards de bank-notes et d’idées creuses qui tournent en rond au-dessus de nos têtes. L’important, c’est de « faire nos affaires nous-mêmes » en laissant la bulle affairiste se défaire et imploser. Gardons-nous de manquer d’audace et de confiance en nous !
Notre présent n’est pas le confinement que la survie nous impose, il est l’ouverture à tous les possibles. C’est sous l’effet de la panique que l’État oligarchique est contraint d’adopter des mesures qu’hier encore il décrétait impossibles. C’est à l’appel de la vie et de la terre à restaurer que nous voulons répondre. La quarantaine est propice à la réflexion. Le confinement n’abolit pas la présence de la rue, il la réinvente. Laissez-moi penser, cum grano salis , que l’insurrection de la vie quotidienne a des vertus thérapeutiques insoupçonnées.

17 mars 2020
Raoul Vaneigem


[1] Cet articles est issu d’un recueil de textes et d’entretiens à paraître aux éditions Grevis et qui s’intitulera L’insurrection de la vie quotidienne. Sa publication était prévue pour mi-avril mais au vu de la situation actuelle, elle se retrouve repoussée. Vous pouvez consulter le site de l’éditeur pour vous tenir au courant.



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