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vendredi 3 décembre 2010

Thiaroye décembre 1944 le sang de l'Indépendance

Dans le cadre de notre histoire occultée, les massacres racistes de tirailleurs sénégalais ont été voulus par  l'armée Française. À l’entrée nord de Lyon, les 19 et 20 juin 1940, appelés délibérément là où le combat était perdu d’avance, ils ont été férocement tués par les Allemands. À Thiaroye, c’est  l’armée française qui les a abattus dans la nuit du 1er au 2 décembre 1944. Ce massacre marque le début du chemin vers l'Indépendance et la liquidation de "l'Empire Français"
Absente des manuels sco­lai­res, rien ou pres­que rien ne témoi­gne de la pré­sence déter­mi­nante de l’Afrique dans la libé­ra­tion de la France. C’est en Afrique que de Gaulle orga­nise la résis­tance et la capitale de la France Libre est Brazzaville. C’est sur le sol afri­cain qu’il finit par trou­ver la plus grande partie de l’armée fran­çaise de libé­ra­tion. Mais, comme dans de nom­breux domai­nes, l'État Français a  fait le choix de la fal­si­fi­ca­tion his­to­ri­que.                  

L’enrôlement des Africains dans l’armée française

Si le pre­mier bataillon des « tirailleurs séné­ga­lais » a été formé à Saint-Louis-du-Sénégal, la majo­rité des sol­dats ne sont pas ori­gi­nai­res du Sénégal. On y trouve aussi des ori­gi­nai­res du Mali, du Burkina Faso, du Tchad, du Soudan, de la République Centrafricaine, d’Afrique de l’ouest et du nord...
La France uti­li­sait bien des fois des métho­des bar­ba­res pour enrô­ler les Africains. Charles Onana, dans son livre La France et ses Tirailleurs, cite le témoi­gnage d’Ateba Yene : « Dans les vil­la­ges, la mis­sion ambu­lante de mobi­li­sa­tion forcée fai­sait rage. Les indi­gè­nes à la car­rure d’ath­lète étaient ramas­sés et atta­chés par une corde autour des reins avec comme lieu de des­ti­na­tion la bou­che­rie nazie. Les mis­sion­nai­res catho­li­ques, eux aussi, jouè­rent un rôle très impor­tant et ne furent pas inac­tifs. L’évêque fran­çais, Monseigneur Graffin [1] , en 1941, avec la conni­vence d’un admi­nis­tra­teur cer­bère nommé Salin, orga­nisa une rafle igno­mi­nieuse au sortir d’une grand-messe à la mis­sion catho­li­que de Mvolyé, la seule église qui accueillait tous les fidè­les de Yaoundé. A la sortie de la messe, l’église était cernée par un cordon de sol­dats mitraillet­tes aux poings. Ces fidè­les furent embar­qués sans ména­ge­ment dans des camions mili­tai­res... »
Lorsque com­mence la seconde guerre mon­diale, entre 1939 et juin 1940 ils sont 100.000 à être enrô­lés dans les colo­nies pour venir défen­dre la métro­pole. Huit régi­ments de “tirailleurs séné­ga­lais” pren­nent part à la cam­pa­gne de France. Entre le 10 mai et le 25 juin 1940 près d’un sur quatre de ces « tirailleurs » furent tués ou mas­sa­crés. Ils furent sou­vent tués à l’arrière des com­bats dans des condi­tions atro­ces, et furent ainsi parmi les pre­miè­res vic­ti­mes sur le sol fran­çais du racisme nazi.
Abandonnées dans la débâ­cle, déci­mées lors d’exé­cu­tions som­mai­res, ces trou­pes colo­nia­les rem­pli­rent les camps de pri­son­niers des nazis. Il y en aurait eu 42.000 rien qu’en France. Les forces de la France Libre se recons­ti­tuè­rent en Afrique entre autres sous l’égide du gou­ver­neur Félix Éboué. Tous n’étaient pas volon­tai­res, loin de là, mais la moitié des trou­pes fran­çai­ses qui débar­què­rent en Provence avait été recru­tée dans les colo­nies. La divi­sion Leclerc elle-même était en grande partie cons­ti­tuée d’Africains (et de répu­bli­cains espa­gnols).

Massacre dans un combat « pour l’honneur »  au nord de Lyon, les 19 et 20 juin 1940


Le 18 juin 1940, de Londres, le géné­ral de Gaulle pro­nonce son fameux appel. Mais, le 19, les Allemands se rap­pro­chent de Lyon, c’est la confu­sion gouvernemen­tale com­plète, la situa­tion est déses­pé­rée et ce n’est pas pour rien que l’armée fran­çaise place aux entrées nord de Lyon le 25ème régi­ment de Tirailleurs Sénégalais, évitant ainsi aux Français le maxi­mum de pertes. Il com­prend, outre quel­ques gradés fran­çais, sur­tout des Africains, notam­ment Soudanais et Sénégalais. Les offi­ciers savent que ce sera un combat perdu et par­lent eux-mêmes de « combat pour l’hon­neur ». Les ordres pré­ci­sent en outre : « En cas d’atta­que, tenir tous les points d’appui sans esprit de recul, même débordé. Conserver à tout prix l’inter­valle Saône-Azergues par où passe la N 6. »se faire tuer sur place on le voit, au besoin.
La bataille fait rage ce 19 juin dès 9h30, et par­ti­cu­liè­re­ment à Chasselay, devant le cou­vent de Montluzin, sub­mergé par les Allemands vers 16h. Le 20 juin, près de la montée de Champagne, 27 d’entre eux sont fusillés ali­gnés contre un mur au bas de la montée de Balmont ; au lieu dit « Vide-Sac », tous les Africains sont hachés à la mitrailleuse et au canon des chars alle­mands. Les blin­dés écrasent de leurs che­nilles les morts et les ago­ni­sants. Partout, par racisme, les nazis font la chasse aux Africains pour les abat­tre, y com­pris les pri­son­niers, lais­sant la vie sauve aux rares blancs. Au cours de ces jour­nées, tous les sol­dats afri­cains décou­verts par les Allemands sont sys­té­ma­ti­que­ment exé­cu­tés. La tuerie sera telle que sur 1.800 hommes, il y aura 1.333 morts et ce seront pres­que tous des Africains.
Un cime­tière, appelé Tata séné­ga­lais a été érigé par la suite à Chasselay, ne conte­nant que 188 corps, les autres vic­ti­mes ayant été pour la plu­part brû­lées sur place. Mais à Lyon on se sou­vient sur­tout, quand on parle des désas­tres de cette guerre, des bom­bar­de­ments amé­ri­cains de 1944, ayant touché plus pro­fon­dé­ment la popu­la­tion lyon­naise, et qui ont fait, eux, 717 vic­ti­mes

Massacre de Thiaroye par l’armée française

Les pro­blè­mes conti­nuent à la Libération, dès 1944. Les sol­dats fran­çais blancs et les “tirailleurs séné­ga­lais" ne sont pas trai­tés également. Les soldes, les pro­mo­tions, les équipements, sont dif­fé­rents. D’énormes dis­cri­mi­na­tions appa­rais­sent pour les cal­culs des indem­ni­tés des pri­son­niers. Très sou­vent les pri­son­niers afri­cains libé­rés se retrou­ve­ront sans équipement et sans argent. En novem­bre 1944, de nom­breu­ses rebel­lions se pro­dui­sent en plu­sieurs endroits, à Morlaix, à Hyères, à Versailles, et l’armée fran­çaise décide un retour forcé en Afrique. La tra­gé­die se déroule au Sénégal. 

Le 21 novem­bre 1944, 1 280 “tirailleurs séné­ga­lais” sont débar­qués à Dakar et sont réunis dans le camp mili­taire de tran­sit de Thiaroye-sur-mer pour être démo­bi­li­sés. On leur retire d’ailleurs les uni­for­mes mili­tai­res qu’ils avaient pour les rem­pla­cer par une tenue plus ordi­naire et c’est à ce moment-là qu’on les oblige de mettre le désor­mais bien connu cha­peau rouge du mépris. Face à la désillu­sion devant les pro­mes­ses non tenues par la France, les humi­lia­tions à cause de la cou­leur de la peau, et le racisme de la hié­rar­chie mili­taire au sein de l’armée fran­çaise (encore vichyste) , ils insis­tent néan­moins pour récla­mer leur solde.

Devant un nou­veau refus, les tirailleurs se muti­nent et le 1er décem­bre ils s’empa­rent d’un géné­ral, qui finit par leur pro­met­tre de régu­la­ri­ser la situa­tion. Mais c’est un énorme men­songe !
En effet, à peine remis en liberté, ce même géné­ral, avec l’accord de sa hié­rar­chie, fait atta­quer le camp par plu­sieurs unités de l’armée fran­çaise appuyées par la gen­dar­me­rie ; alors même que les “tirailleurs séné­ga­lais” sont en plein som­meil et com­plè­te­ment désar­més, ils sont mas­sa­crés dans cette nuit du 2 décem­bre 1944 vers 3 heures du matin.
On ne connaît pas le nombre exact de tués : 30 ? 60 ? 100 ? Des chif­fres far­fe­lus sont donnés. Les auto­ri­tés fran­çai­ses gar­dent le silence sur ce nombre et il n’y a jamais eu de com­mis­sion d’enquête indé­pen­dante sur cette affaire. Il sem­ble­rait qu’il y ait eu peu de sur­vi­vants.
Comme si cela ne suf­fi­sait pas, bon nombre de ces sur­vi­vants seront condam­nés jusqu’à 2 et 3 ans de prison ferme pour « insu­bor­di­na­tion ». Certains sor­taient des camps de concen­tra­tion nazis !                    
Le charme est brisé a tout jamais et les survivants de ce massacre deviendront les meilleurs militants de l'Indépendance Africaine.
Oui, les « tirailleurs séné­ga­lais » ont payé très cher leur confiance en la France...

A voir : le film de Ousmane Sembene, « Camp de Thiaroye », 1988, 147 minutes, Sénégal - film censuré pendant de longues années par la France.

Notes: [1] Graffin : voir par curiosité sa biographie officielle par les « missionnaires du St-Esprit »


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