mercredi 20 avril 2011

Fukushima et cancers:

417.000 cas supplémentaires sont prévus d'ici 2061 dans la seule zone contaminée des 200 km.

CARTORADIATIONS 09 04 2011
Le professeur Chris Busby secrétaire scientifique de l’European Committee on Radiation Risk (ECRR), a libéré les résultats de la première étude scientifique concernant la projection (provisoire au 01 04 2011) des calculs et du chiffrage de l'incidence des cancers à prévoir suite aux retombées des particules radioactives dans certaines régions du Japon.
Utilisant les données des valeurs de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique et des sites internet officiels japonais, l’ECRR a employé deux méthodes pour estimer les nombres de cas de cancers dans certaines zones contaminées.
L’ECRR a comparé ces résultats aux évaluations dérivées de la modélisation de l'ICRP (International Commission on Radiological Protection).
Cette étude d’évaluation scientifique a été réalisée en utilisant les bases de la "Tondel méthode" qui sont issues des travaux du Professeur Martin Tondel chercheur à l' université de Linköping (Suède) dont le groupe de chercheurs a réalisé une étude pilote sur l’incidence radiations/cancers sur la période de 10 ans post Tchernobyl.
Les critères d’études sont essentiellement basées sur les différences (variations) des niveaux de la contamination de la terre par les particules et la constatation comparative des maladies qui ont augmenté de 11% pour chaque 100 kBecquerels de retombées de particules radioactives par m2 de surface de terre. Le professeur Chris Busby a appliqué cette méthode aux facteurs correspondants à la zone jusqu'à 100 kilomètres des réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima où l'AIEA a rapporté, en moyenne, 600kBq de radioactivité par sq.m (kBq/m2).
Il est recensé une population de 3,3 millions de personnes réparties dans la zone des 100 kilomètres, le résultat prévoit pour cette zone en 10 ans une augmentation de 66% de cancers au delà du taux de pré-accident normal. Ceci implique les chiffres suivants : 103.329 cancers supplémentaires seront dus aux expositions dans la zone de Fukushima entre 2012 et 2021.
En application de la méthode scientifique "Tondel" comprise sur l'anneau entre 100 km et 200 km de Fukushima, la population est de 7.8 millions, mais avec une concentration inférieure des retombées de particules radioactives, les calculs aboutissent à 120.894 cancers supplémentaires qui doivent être prévus d'ici 2021.
En ce qui concerne les résidents permanents qui ont fait le choix de rester dans la zone de confinement et suivante (celle au-delà des 20 km à l’origine, avec extension de 20 à 30 km début avril en zone d’exclusion) et qui n’avaient pas obligation d’évacuation, les chiffres des cancers s’étableront à 224.223 en dix ans.
La deuxième méthode de calcul d’évaluation est dérivée des facteurs de pondérations conseillés par l'ECRR sur la base des différentes manières auxquelles les différents radionucléides se comportent dans les systèmes biologiques. Les résultats de cette méthode prévoient 191.986 cancers supplémentaires dans le cercle de 0 à 100km et 224.623 dans l'anneau externe. La moitié de ces derniers cas de cancers seront extériorisés probablement dans les dix premières années et le reste entre 10 et 50 ans.
Pour les résidents permanents (ceux qui n’auront pas évacués la zone et hors zone d’exclusion de 30 km) et qui seront les plus impactés, les taux et les chiffres selon la deuxième méthode seront de 416.619 cas de cancers dont 208.310 apparaîtront dans les dix premières années. Il est constaté une bonne concordance des résultats entre les deux méthodes.
La méthode de l'ICRP prévoit aussi 6158 cancers additionnels en 50 ans en supplément parmi les 2,5 millions de cas de cancers prévus normalement dans la population irradiée au-dessus des normes sur cette période, ces évaluations sont des certitudes acquises scientifiquement de façons indéniables.

L’information en live: www.cartoradiations.fr
Radiation et Protection:
www.next-up.org/Newsoftheworld/Radiation_Protection.php

C'est quoi ta bande ?


L'infecte texte qui suit nous présente un modèle de Bande comme quasi-générique. En gros une bande d'adolescents cherchant vaille que vaille a explorer leur masculinité, virilité et courage dans des comportements absurdes  sexistes et misogynes voir homophobes.
Une Bande est exactement ce que ses membres en font. Aucune règle ne doit venir de l'extérieur mais tout de la confrontation des idées et des actes de leurs membres.  Comme tout groupe humain elle est évolutive dans le temps et dans l'espace. Il y a donc des bandes de cons comme des bandes de truands, des Bandes politisés, des bande de PD, des Bandes ethniques, mixtes, de filles, de sportifs...
Une Bande est toujours liée à un quartier et peut avoir un espace délimité et un, ou des lieux de réunions. Un simple banc publique peut servir de point d'appui.
C'est avant tout un territoire d'expérimentation mais qui peut se structurer autour d'une activité légale ou pas. La réputation d'un Bande peut rejaillir sur l'ensemble des jeunes d'un quartier au point de les assimiler d'office à cette Bande (policiers, riverains). Dans les quartiers chauds on désigne la bande du coin comme responsable de tous les désordres alors qu'il y a en fait de nombreuses bande différentes qui peuvent s'entendre ou se combattre sur le même territoire.

Amar Henni, ancien éducateur de rue, analyse les relations filles-garçons:
Il a beaucoup travaillé sur les rapports filles-garçons dans les quartiers populaires.
Qu’est-ce que l’histoire de Noisy-le-Sec dit sur les relations filles-garçons dans les cités ?
En réalité, c’est assez simple : la réputation dans une cité, voire dans la ville, joue un rôle déterminant, elle fait homme. Elle permet d’exister, de s’étalonner, mais surtout de se valoriser. Lorsqu’un jeune comme Christius trouve des textos laissant croire que sa sœur a eu une relation sexuelle avec Haroun, sa réputation est menacée ainsi que celle de son père, de sa famille. Il pense qu’il n’a pas d’autre choix que de réagir face à l’idée que cet acte pourrait ternir l’image de sa famille. Dès lors, il deviendrait une victime. Et être une victime dans ces enjeux d’images et de pouvoir, c’est devenir quelqu’un qu’on ne respectera plus. Il pense que dans la cité, la relation de sa sœur se sait, ou va se savoir, et qu’il va passer pour le frère d’une fille qui couche. «Le groupe» va alors le tancer et une logique d’humiliation va s’enclencher pour lui. En allant dire ses quatre vérités à Haroun, il tente de réparer une réputation écornée. Ce constat est terrible. Il prouve que les garçons peuvent adopter des comportements violents, irresponsables et condamnables, car ils sont en manque de repères et établissent eux-mêmes des critères de respect qui ne sont pas les bons.
La vie amoureuse des filles devient un enjeu de pouvoir pour les garçons ?
En quelque sorte, car le garçon qui impose à sa sœur «un comportement de pudeur» est respecté par le groupe. Il ne voit ainsi pas sa domination, sa virilité remise en question. Appelons un chat un chat, il y a un côté extrêmement machiste dans les relations filles-garçons. La pire chose que vous pouvez faire à un garçon vivant dans les quartiers, c’est s’attaquer à sa sœur ou à sa mère. Il n’y a rien de plus terrible que d’être perçu comme le frère ou le fils d’une fille qualifiée de «pute». Etant entendu «qu’être une pute» s’apparente parfois simplement à sortir avec un garçon, ce qui est pourtant parfaitement légitime à l’adolescence. Une des clés de l’affirmation identitaire des garçons réside dans la vie amoureuse des filles et cela génère des interdits dont elles sont otages.
Comment expliquer cette quête de virilité ?
Il y a plusieurs façons de conquérir le respect aux yeux d’un groupe : il y a l’argent, le statut social ou professionnel, le niveau de diplômes. Ces trois éléments étant souvent absents dans des zones frappées par le chômage et la précarité, les jeunes inventent de nouvelles règles, fallacieuses. Affronter la police par exemple est malheureusement la seule façon pour ces garçons de démontrer leur virilité et en ce sens, quand la police joue leur jeu, elle ne les aide pas à sortir du schéma.
Comment y parvenir ?
Il faudrait mettre le paquet sur des structures socio-éducatives car s’il y avait eu des adultes référents dans cette histoire, il est très probable qu’ils auraient raisonné Christius. Le problème, c’est que la politique de répression et de punition enclenchée par Sarkozy ne marche pas. Pourquoi ? Parce qu’en l’état actuel des choses, si Christius part en prison, il va ressortir avec une réputation décuplée positivement. Il va passer pour «le garçon qui a cassé la gueule du mec qui a maltraité sa sœur», ce qui va contribuer à sa légende dans l’histoire du quartier. Si, en plus, il n’a pas balancé les potes qui l’accompagnaient aux policiers, alors il va vraiment passer pour un héros. Et cela ne découragera pas d’autres de faire de même.

mardi 19 avril 2011

Classes et dynamique du capitalisme


Parce que la critique traditionnelle du capitalisme pensait que le rapport d’exploitation déterminait en dernière instance le capitalisme, on a généralement compris le rapport de la classe capitaliste et de la classe ouvrière comme se trouvant au noyau du capitalisme et donc au cœur de l’analyse de Marx. Or, on ne peut pas remplacer le concept chez Marx de rapport social de production par un concept plus étroit, celui de rapports de production entre classes sociales, le « rapport social capitaliste » est ici réduit à la « relation salariale » (au travail salarié, simple catégorie sociologique), il est décrit seulement à la fois comme séparation entre les moyens de production et les forces productives et comme rapport juridique de subordination. Cette saisie du rapport social capitaliste en terme de rapport d’appropriation juridique-externe de la survaleur par un groupe particulier, comprenant le capitalisme comme un mode de distribution, va alors dégager les principes du travail et du capital comme étant hétérogène, elle ne met pas en question la forme marchandise du travail, qu’elle ontologise au contraire, comme essence de toutes les sociétés humaines. En rester à un rapport social capitaliste tel que décrit par le marxisme, on s’aperçoit que les forces productives, le travail, les travailleurs, apparaissent toujours comme hétérogènes au capital, comme antérieur au rapport social capitaliste, comme finalement élément naturel et transhistorique. Comme si la classe des travailleurs était une classe extra-capitaliste, qui était exploitée qu’extérieurement à la logique naturelle de sa constitution autour du travail, principe supposé être transhistorique pour l’ensemble des sociétés humaines.  Réduisant le rapport social capitaliste à une vision classiste, on reste dans une vision très superficielle de la nature du capitalisme en tant que société capitaliste-marchande. Tandis que le marxisme traditionnel classiste n’avait thématisé que l’appropriation juridique-externe de la survaleur par les capitalistes, il faut considérer plus profondément le rapport social de la valeur, la forme sociale fondamentale du « sujet automate » que constitue le capital (la valeur qui se valorise) non plus en tant que surplus social (comme dans le marxisme traditionnel, chez Gary Becker ou Pierre Bourdieu) mais comme médiation sociale corsetant la société qu’il constitue et reproduit. Anselm Jappe parle d’ailleurs de la non centralité du rapport capital/travail, il en parle comme d’une « forme empirique et dérivée » [1] du véritable rapport social capitaliste qu’il faut comprendre autrement, plus en amont on pourrait dire : le mouvement de la valorisation de la valeur dans la métamorphose de laquelle, les classes sociologiques vont se constituer comme des fonctions particulières et nécessaires de ce processus. Chacune à une position respective fixée dans ce procès social de la valorisation. Ainsi les classes sociologiques sont définies a priori par le capitalisme et ne lui préexistent pas. Elles sont positionnées en son intérieur, comme les prestataires, les supports, les représentants, les fonctionnaires des étapes métamorphiques de ce mouvement automate. Les masses sociales sont ainsi socialisées dans l’intérieur de la forme sociale logique et totale, c’est-à-dire de base, qu’est la forme sociale du mouvement de la valeur. Les classes prolétaires et bourgeoises peuvent être définies comme des classes intra-capitalistes. Ces classes ne peuvent avoir des rapports sociaux entre elles qu’en tant que représentants d’une forme métamorphique de la valeur, au sein de la forme sociale « a priorique » de la valorisation. La forme sociale de l'abstraction réelle de la valeur est commune à toutes les classes sociales et est la cause du conflit de leurs intérêts (en ce sens l’ultra-gauche historique, notamment germano-hollandaise avait déjà refusé toutes les luttes économiques revendicatives). La conscience des masses socialisées dans ce mouvement, ne débouche que sur la lutte d’intérêt entre deux représentants d’étapes différentes d’un même mouvement de la valorisation. La " lutte des classes ", parce que la classe prolétaire ne fait qu'affirmer la positivité du travail, s trouve déjà assujettie au cadre déterminé par le capitalisme. Une classe qui se réclame de sa position dans le capitalisme (par exemple qui se réclame du travail), ne peut donc être en aucune manière le moteur d’un mouvement social dans le sens du Marx ésotérique tel que proposé par Robert Kurz. « Seule une association voulue par les individus et dépendant de leurs convictions à eux et non pas de leur position donnée dans le système, sera capable de mener un tel mouvement à bien » [2].
 
Extrait du chapitre IX de Temps, travail et domination sociale, « La trajectoire de production », pp.
461-476, éd. Mille et une nuits, 2009 (1993, Cambridge University Press).

Le cadre théorique ici tracé transforme également le problème des classes et des luttes de classes tel qu'il apparaît dans la théorie du Marx de la maturité. Mon étude a montré avec clarté que la conception marxienne des rapports sociaux intrinsèquement dynamiques du capitalisme, tels qu'ils s'expriment dans les catégories de valeur et de survaleur, se rapporte à des formes objectivées de médiation sociale et que l'on ne peut pas comprendre cette conception seulement en termes de rapports de classes et d'exploitation. Pour Marx, les rapports de classes jouent toutefois un rôle important dans le déploiement historique de cette société. Bien que ce livre ne traite pas complètement ce rôle et ne s'occupe pas davantage des diverses dimensions et complexités de la compréhension marxienne des rapports de classes, la recherche menée jusqu'ici implique d'aborder la problématique des classes de la façon suivante ; la catégorie de classe esquisse un rapport social moderne qui est quasi objectivement médiatisé par le travail ; dans la critique de l'économie politique, la lutte de classes est structurée par, et est enchâssée dans les formes sociales de la marchandise et du capital.
C'est lorsque Marx développe et analyse la catégorie de survaleur au livre I du Capital qu'il évoque pour la première fois les rapports de classes en présentant la relation entre la classe capitaliste et la classe ouvrière. Cependant, tel qu'il est présenté, le statut théorique de cette relation ne va nullement de soi. On a souvent pris l'exposé de Marx pour une description de la structure des groupes sociaux dans la société capitaliste ou pour la description d'une tendance historique de l'humanité à se polariser en deux groupes sociaux, une petite classe capitaliste et un vaste prolétariat. Ces deux lectures ont soulevé d'importantes objections. La première a été critiquée comme étant une simplification injustifiée de la structure des groupes sociaux sous le capitalisme ; comme on sait, Marx lui-même présente effectivement un tableau plus riche et plus varié des groupes sociaux et de leur action politique dans ses écrits historico-politiques. La seconde interprétation – c'est-à-dire que la façon dont Marx traite les classes dans le livre I du Capital soit la description d'une tendance historique – a également été de plus en plus contestée au vu des récents développements socio-économiques – en particulier, le déclin en nombre de la classe ouvrière sous le capitalisme avancé et la croissance de nouvelles classes moyennes salariées.

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lundi 18 avril 2011

Revolte ohne Wandel

Die Linke in der Dialektik von Theorie und Praxis

Dieser Text ist auch als Broschüre erhältlich, die als PDF-Dokument hier heruntergeladen werden kann.

Vorwort

Dieser Text beruht auf einem Vortrag, den die Gruppe 180° unter dem Titel „Revolte ohne Wandel – Die Linke in der Dialektik von Theorie und Praxis“ am 20. März 2007 im Theaterkeller in Göttingen gehalten hat. Er wurde zur Veröffentlichung leicht überarbeitet und geglättet. Die Argumentation entspricht jedoch im Wesentlichen der auf der Veranstaltung dargestellten. Die zugehörige Präsentation, die für den Vortrag verwendet wurde, findet ihr hier.
Das Ziel unserer Gruppe ist die Analyse und Veränderung der Gesellschaft als Ganzer. Dementsprechend betrachten wir Herrschaftsverhältnisse wie Rassismus und Ethnisierung ebenso wie die gesellschaftlichen Geschlechterverhältnisse nicht als „Nebenwidersprüche“, die erst nach einer wie auch immer gearteten Revolution anzugehen wären oder sich mit dieser gar von selbst erledigen würden. Aufgrund der aktuellen Debatten haben wir uns jedoch darauf beschränkt, unsere Argumentation auf den Bereich zu beschränken, der traditionell als „soziale Frage“ verhandelt wird und der sich mit dem Bereich deckt, den die Kritik der politischen Ökonomie in ihrem traditionellen Verständnis bearbeitet.
Der Titel dieser Veranstaltung lautete „Revolte ohne Wandel“. „Wandel“ meint dabei den Wandel von Gesellschaft. Wie lässt sich der Wandel der Gesellschaft vom Kapitalismus hin zu einer nichtkapitalistischen, befreiten Gesellschaft denken? Wenn gesellschaftlicher Wandel auf die Überwindung des Kapitalismus zielen soll, dann ist zunächst entscheidend, was denn diesen Kapitalismus ausmacht. Oder anders gesagt: Zu klären bleibt, was genau da eigentlich überwunden werden soll.

1. Welcher Kapitalismus? Welche Kritik?

Lange Zeit schien die Sache relativ klar zu sein. Im Kapitalismus, da gibt es auf der einen Seite die Kapitalist*Innen, dargestellt sehr häufig mit dicker Zigarre im Mund und Melone auf dem Kopf, und auf der anderen Seite gibt es die Proletarier*Innen im Blaumann und mit zerschundenen Knochen. Kapital und Arbeit stehen sich unversöhnlich gegenüber. Die einen haben die Verfügungsgewalt über die Produktionsmittel, mittels derer sie jene, die nichts als ihre Arbeitskraft zu Markte tragen können, ausbeuten – also den von der Arbeiterklasse produzierten Wert abzüglich des Lohns einstreichen.
Kapitalismus wurde lange Zeit als Herrschaft der einen Klasse über eine andere analysiert und bekämpft. Die Ausbeutung des Proletariats sollte überwunden werden, der erwirtschaftete Wert also tatsächlich und möglichst vollständig in die Hände der Arbeiter*Innen gelangen. Der soziale Wandel war dabei identisch mit der Aneignung des Mehrwertes durch die Arbeiter*Innen, also dem Teil des durch Arbeit produzierten Wertes, den die Kapitalist*Innen einbehalten. Die Verteilungskämpfe von Kapital und Arbeit waren so ein unmittelbarer Anknüpfungspunkt für weite Teile der radikalen Linken. Die Kämpfe sollten auf die Entwicklung von Klassenbewusstsein zielen und schließlich von einem seinem Klasseninteresse bewusst gewordenen Proletariat zugespitzt werden, bis aus dem Kampf um den Mehrwert ein Kampf um die Expropriation der Expropriateure – der Enteignung der Enteigner – wird.
Im Mittelpunkt standen also die Verteilung des gesellschaftlichen Reichtums und – das ist entscheidend - die Eigentumsverhältnisse, die diese Verteilung bedingten und der einen Klasse die Macht geben, die andere auszubeuten.
Die gesellschaftliche Form des Reichtums stand dabei weitgehend außerhalb der Kritik. Was das heißt, dazu kommen wir jetzt. Dies ist im Wesentlichen der Stein des Anstoßes einer Kritik, die sich ab Mitte/Ende der 1980er Jahre entlang einer Neuinterpretation der Marx‘schen Kritik der politischen Ökonomie entwickelte.

2. Die Wertkritik

Diese Kritik hat seit einigen Jahren unter dem Label „Wertkritik“ in den Debatten der radikalen Linken v.a. in Deutschland an Bedeutung gewonnen. Ihre theoretischen Wurzeln hat sie in der neuen Marxrezeption (Backhaus, Reichelt etc.) im Anschluss an die Kritische Theorie (Horkheimer, Adorno), die zwar auch von der Protestgeneration der 1960er und 1970er Jahre rezipiert, damals aber nicht systematisch angeeignet wurde. Es gab eher einen Bezug auf die Namen als auf die damit verbundenen theoretischen Implikationen.
Dann kam es in den 1980ern zu einer neuen historischen Situation, die scheinbar eine neue und erweiterte Beschäftigung mit diesen Ansätzen nahegelegt hat: die mit sinkendem Wirtschaftswachstum verbundene und für damalige Verhältnisse hohe Arbeitslosigkeit; die ausbleibenden Kampferfolge der Arbeiter*Innenbewegung; der Niedergang des Realsozialismus; die Umweltbewegung und ihre Kritik am Wachstumszwang, mit der sich der traditionelle Marxismus nie wirklich anfreunden konnte.
Hier begann nun eine Debatte darum, was denn eigentlich den Kern des Kapitalismus‘ ausmache. Ausgegangen wurde dabei – wie das bislang in weiten Teilen der Linken ohnehin üblich war – von Karl Marx und dessen „Kritik der politischen Ökonomie“. Zuerst gebraucht wurde der Name „Wertkritik“ von der Gruppe Krisis, die mittlerweile in der damaligen Form nicht mehr existiert und um ihr Spaltprodukt „Exit“ erweitert wurde. Ein wichtiger Name in diesem Zusammenhang ist Moishe Postone, der sich vor allem um Grundlagenstudien sowie Überlegungen zum Zusammenhang von Wertvergesellschaftung und Antisemitismus verdient gemacht hat. Ein Versuch, das Geschlechterverhältnis systematisch in die Wertkritik einzuweben, liegt von Roswitha Scholz vor1.
Der Name verrät es bereits: Die Wertkritik stellt in den Mittelpunkt der Kritik schon die gesellschaftliche Form des Reichtums, also die Tatsache, dass Reichtum als Wert erscheint. Das hatte die klassische Arbeiter*Innenbewegung immer voraus- und als positiven Bezugspunkt gesetzt. Die Wertkritik findet aber schon den Umstand, dass im Kapitalismus Reichtum als Wert erscheinen muss, der sich dann wiederum im Geld ausdrückt, einen gesellschaftlichen Skandal.
Was heißt das nun? Die Grundlage des Wertes – und damit des gesellschaftlichen Reichtums im Kapitalismus – ist die Arbeit. Arbeit meint dabei aber nicht menschliche Tätigkeiten generell und überhaupt, sondern die Tätigkeiten, die sich auf den Reproduktionsprozess des Kapitals beziehen - die also im Zusammenhang von Lohn und Geld stehen, also der Warenproduktion dienen. Arbeit und Wert bilden so einerseits eine ganz besondere und nur für den Kapitalismus gültige Form von Gesellschaftlichkeit.
Mit der Entstehung des Kapitalismus ändert sich die Form, in der gesellschaftliche Herrschaft vonstatten geht. Bis dahin waren es oft persönliche Abhängigkeitsverhältnisse, die darüber entschieden, wer wieviel vom gesellschaftlichen Reichtum abbekommt. Im Kapitalismus sind die Menschen nicht mehr direkt über solche Abhängigkeitsverhältnisse in Beziehung gesetzt, sondern indirekt über den Wert – und damit eben über eine versachlichte Struktur von Arbeit und Geld, die sich ihnen gegenüber verselbständigt.
Der Wert kriegt so also eine doppelte Funktion: Einerseits ist er die gültige Form, in der sich gesellschaftlicher Reichtum ausdrücken kann. Andererseits übernimmt er aber auch die Vermittlung der gesellschaftlichen Beziehungen. Das sieht in etwa so aus:
Der Wert ist nichts weiter als die in einem Produkt verausgabte gesellschaftlich notwendige Arbeit. Das hat zur Folge, dass es bei der Produktion nicht in erster Linie um konkrete Gebrauchsgüter geht. Wenn allein die verausgabte menschliche Arbeit als Gradmesser für Reichtum zählt, dann erscheinen die von dieser Arbeit hergestellten Gebrauchsgegenstände als notwendiges Übel. "Leider" notwendig, denn wenn niemand etwas von ihnen hätte, ließen sie sich nicht verkaufen. Hauptsache: Es wird produziert, egal ob das dann Schokotörtchen oder Panzer sind. Die Verausgabung von Arbeit wird damit zum Selbstzweck. Das ist es dann, was laut Marx und der Wertkritik das Kapital ausmacht: Geldvermehrung als Selbstzweck. Aus Geld mehr Geld machen, aus einem Euro drei. Nur wo dieser Prozess gelingt – wo Kapital also in der Lage ist, Profit aus der Anwendung der Ware Arbeitskraft zu schlagen -, funktioniert dann der Prozess der gesellschaftlichen Reproduktion.
Diesen Prozess haben die Menschen zwar durch ihr Handeln in Gang gesetzt, sie können ihn aber nicht wirklich kontrollieren. Ein bisschen ist das so wie bei dem berüchtigten Zauberlehrling, der die Geister, die er rief, nicht mehr los wird. Die Menschen sind eben nicht direkt zueinander in Beziehung gesetzt, sondern nur vermittelt über die Gegenstände, die sie produziert haben. So kommt es dann, dass die gesellschaftlichen Verhältnisse der Menschen die Form eines Verhältnisses von Sachen annehmen. Ihre eigenen Verhältnisse werden sachlich, und die Sachen (also die von ihnen hergestellten Gegenstände) und ihre Beziehungen untereinander kriegen plötzlich Gewalt über sie. 

 

Que tout change pour que rien ne change ?

Ce texte analyse les "Révolutions Arabes" et montre que l'assujettissement au joug de la valeur est tout aussi présent dans les sociétés arabes  issues de la "2e modernisation de rattrapage" que partout ailleurs dans les sociétés capitalistes. 
Ces révoltes ne sont pas dirigées vers un renversement de perspectives complet du monde de la  domination capitaliste, elles réclament seulement: "Liberté, État de Droit et  Démocratie"
Il s'agit de demander ici: l'État démocratique universel  et l'égalité devant la loi. C'est le programme des révolutions bourgeoises pré-spectaculaires de citoyenneté, séparé de celui de sujet social "producteur/consommateur", soumis aux lois de la valeur.  
L'État-Nation universel des Lumières en un moment historique ou il n'est plus qu'un Spectacle, une mise en scène.
Les dictatures Arabes sont restées figées depuis plus de 30 années et devenus impropres à la mondialisation, leurs administrations pléthoriques sont inefficaces et trop couteuses. C'est le point de vue du "Marché" et de la gouvernance mondialisée qui cherche à s'en séparer sans trop de bobos pour intégrer davantage ces  pays dans le commerce mondial. Tout le projet occidental est donc de réformer ces dictatures pour les rendre plus compétitives dans le grand marché mondialisé.
Le point de vue des peuples est bien différent. De l'égalité devant la loi a l'inégalité devant la valeur capitaliste, les classes sociales s'agitent et montrent les contradictions. 
La Tunisie est le seul pays a avoir avancé quelque peu. D'abord c'est le pays le mieux intégré aux processus de production/distribution de l'Europe capitaliste,  sa classe moyenne est plus nombreuse et mieux éduquée du point de vue occidental et plus ouverte sur le commerce international. Sa spécialisation dans la sous-traitance des marchés européens lui laisse une place singulière qui n'est pas comparable avec les étatisme désuets de Syrie, Algérie, Égypte, Libye... (cela manque au texte qui suit)
Si l'on considère que le "Printemps des peuples" de 1848 était déjà "en retard" sur son époque et qualifié ainsi par le courant révolutionnaire socialiste inspiré par Marx, on mesure les contradictions de l'actuel "Printemps Arabe".
Mais l'actuel mouvement est aussi une bonne surprise dans l'exacte mesure ou il disqualifie l'idéologie dominante (dite Mondialisation) sur l'Antiterrorisme (guerre au terrorisme) et la prétendue "menace islamiste".
Le monde Arabe n'apparait plus comme le vivier d'un fanatisme passéiste menaçant la société spectaculaire-marchande, son double barbare, mais comme un futur possible pour son développement. L'opinion publique en est surprise et  très favorable à cette évolution , elle doit donc être au moins spectaculairement entendue par la gouvernance.
Du point de vue révolutionnaire toute avancée démocratique doit être soutenue ne serait-ce que pour rendre caduc l'infâme discours dominant de "Guerre au terrorisme islamique" justifiant les suite du 11 septembre.
D'autre part l'action de groupes révolutionnaires à partir du net a été très bien menée en Tunisie comme en Égypte.  L'intelligence d'un mouvement large et populaire a été une première réussite remarquable.
La gouvernance mondialisée (OTAN, ONU, FMI) doit donc soutenir moralement ces révolutions contre la tyrannie nationale/panarabe post-coloniale  tout en veillant a ses  intérêts capitalistes, stratégiques et militaires. Des mots tendres à Tunis, des armes à Tripoli et des meurtres crapuleux au Caire... 
Trois pratiques, un seul objectif.
Les interventions militaires (comme en Libye) imposent des images guerrières qui masquent les grandes manifestations pour la liberté, elles ont pour but d'abord de brouiller le message des Masses Arabes aux opinions publiques.

Crise de la modernité capitaliste et révolutions du « printemps arabe »
Ce n’est pas parce que de l’autre côté de la mer Méditerranée on réclame plus de démocratie et la possibilité de bien vivre, qu’en Occident la « démocratie ‘‘représentative’’ » (formidable contradiction dans les termes comme le relevait Castoriadis) arrête de dissimuler sa tromperie fondamentale ou le fait que le « bien-être » n’y est toujours qu’un « résidu temporaire du capital » [1]. Dans le devenir-monde des sociétés capitaliste-marchandes, « les contraintes systémiques imposées à l’autodétermination démocratique par la dynamique du capital » [2], ne permettent nulle part la réunion des conditions sociales de la démocratie. Ce n’est donc pas l’orgasme médiatique mondial autour de ce « printemps des peuples arabes » qui peut nous faire oublier que pas plus avant qu’après la chute du Mur de Berlin en 1989, les sociétés humaines ne sont auto-instituées et auto-conscientes, c’est-à-dire que pas plus hier qu’aujourd’hui, les individus ne contrôlent les sociétés et les rapports fétichistes qu’ils constituent. C’est donc déjà une banalité de base que de dire que depuis le 17 décembre 2010, le « printemps des peuples arabes » n’est bien souvent qu’un printemps où l’armée fait toujours la pluie et le beau temps. C’est que la révolution arabe ne risque pas beaucoup d’échapper au peuple, puisque le pouvoir n’a jamais vraiment échappé aux militaires… Partout une partie du pouvoir fait la révolution contre une partie du pouvoir qu’il avait déjà. La neutralité politique illusoire des militaires ne leur permet que de mieux incarner l’union sacrée révolutionnaire et le sentiment national que les hommes politiques et les partis. Sous le déguisement de la fable de « l’armée au service du peuple », les militaires dans un acte de générosité qu’on leur connaît bien sous toutes les latitudes et à toutes les époques, mettent donc gracieusement à disposition de la « révolution populaire », le pouvoir d’exercer la violence. Si le « système Ben Ali » ou le « système Moubarak » doivent être ainsi, dit-on, supprimés, c’est paradoxalement ceux qui sont au cœur militaire de l’institution de ces systèmes de pouvoir, qui se proposent désormais de devenir des « forces révolutionnaires ».
L’État de droits et ses « amis les dictateurs 
 Comme l’a rappelé Michèle Alliot-Marie en proposant au pouvoir policier tunisien l’aide du pouvoir policier français, tout pouvoir même « démocratique » exerce une identique violence (dite « légitime »), car n’importe quel flic peut vous écraser le visage contre une arête de trottoir dans le cadre de la loi comme dans celui de sa libre suspension au regard de la situation (« état d’urgence », « union sacrée », « patrie en danger », lutte contre le « terrorisme », « intérêts économiques et stratégiques supérieurs », etc.). Il n’y a là nul « dérapage » d’une ministre comme le croient les derniers dinosaures de la gauche alternative comme institutionnelle, mais le simple constat froid et ordinaire d’un même traitement policier de ce qui échappe au contrôle de tout pouvoir, le même constat banal et réaliste de ce qu’est le noyau dur de tout Etat quel que soit sa forme historique et sa localisation [3]. L’exercice de la violence dans les « démocraties libérales » n’est pas plus légitime quand elle est celle du pouvoir colonial inique de la IIIe et IVe République française, des rafles de la police française sous Vichy, de la pratique par son armée de la torture en Algérie, ou dans les prisons volantes de la CIA, comme à Guantanamo et Abou Graib, des brimades quotidiennes des gardes à vue et des contrôles d’identité se transformant en palpations anales, de l’espace de non-droit que constituent les prisons et les centres de rétention, etc. On ne sait trop ce que sont les « libertés individuelles » occidentales quand on met en place le « Patriot Act » aux Etats-Unis ou les lois anti-terroristes et la Loppsi 2 en France [4]. Des deux côtés de la Méditerranée, ce ne sera jamais « l’Etat de droit » qui subitement vous poussera à aimer les flics, les CRS, les caméras de surveillance, le passeport biométrique et les militaires. Si ces forces militaires arabes acceptent de mettre fin à ces régimes policiers au service d’un homme et de ses clientèles, c’est très bien ainsi. Mais une révolte même massive au nom de l’intérêt commun ne fait pas une révolution au-delà des conditions fétichistes des sociétés étatiques et capitalistes présentes. La police religieuse d’Arabie Saoudite, l’appareil répressif iranien, les 470 000 conscrits et les 300 000 paramilitaires égyptiens, etc., font toujours régner la terreur dans le cadre des conditions sociales capitalistes déjà coercitives et totalitaires de ces pays arabes. Au mieux, pour l’instant, nous avons des révolutions de palais assez limitée, puisque en Égypte comme ailleurs, l’armée a toujours été associée non seulement au pouvoir mais à la gestion de l’économie et à ses bénéfices. 
Au-delà de la critique du détournement de la richesse capitaliste
 
Comme chacun le sait, la revendication politique pour plus de libertés et de « démocratie ‘‘représentative’’ », portée par la classe moyenne bourgeoise (celle de l’internet et des réseaux sociaux virtuels) et la classe plus populaire, n’est pas la seule raison explicative de cette vague de protestations populaires. De fortes revendications d’équité sociale et économique marquent aussi ces mouvements dans ces deux classes sociales, quand par exemple la jeunesse diplômée et au chômage participe aux émeutes ou quand un pauvre Tunisien désespéré socialement et économiquement, s’immole par le feu dans une zone rurale. Entre juin et décembre 2010, 44 millions de personnes supplémentaires sont tombées dans l’extrême pauvreté en raison de la hausse des prix alimentaires, ce qui porte à 1,2 milliard de personnes vivant dans cette situation[5]. Rappelons aussi que depuis la nouvelle crise de la société capitaliste en 2007, ce sont trente millions de personnes supplémentaires qui ont été évacués par la logique délirante de la valorisation, les considérant comme non-rentables à exploiter (car être exploité est désormais un privilège), portant ainsi le nombre de chômeurs au niveau mondial à 210 millions [6]. Cette forme de pauvreté doit être considérée comme historiquement spécifique à la société capitaliste, donc de nature purement sociale car le but de la production de marchandises ne sera jamais de subvenir à des besoins mais restera toujours la maximalisation abstraite de l’argent. Ces révoltes ne sont pas seulement des révoltes politiques comme la superficialité de la presse bourgeoise tend à vouloir le croire. Ce sont aussi des révoltes au sein du processus de décomposition du capitalisme, donc des révoltes de la faim, car aucune marchandise dans une telle société corsetée par les médiations sociales capitalistes qui constituent une véritable forme de vie sociale inédite au sein de laquelle chacun de nous survivons, ne s’obtient quand on ne peut plus se rapporter aux autres au travers du moyen structurel et socialement médiatisant que constitue le travail (et donc l’argent) - noyau social inédit de la société capitaliste-marchande. Ce contexte de révolte des « non-rentables », explique ce « printemps des peuples arabes », où comme en 1848 la nouvelle de la chute de Louis-Philippe faisait tomber Metternich, celle de Ben Ali en 2011 ébranle Moubarak. 
Clément 17/02/11
 
 
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"Les révolutions cassent le modèle économique dominant actuellement : libéralisation économique faciale, avec déclin du rôle de l'Etat, mais fermeture sociale et politique, sans liberté d'expression et sans redevabilité des gouvernants. Les pays arabes ont ainsi connu le pire des modèles économiques, qualifié de "crony capitalism", le capitalisme des copains", explique Samir Aita, président du Cercle des économistes arabes et rédacteur en chef de l'édition arabe du Monde diplomatique. Les peuples arabes demandent d'accéder à un modèle économique équitable et viable, porteur de perspectives.

dimanche 17 avril 2011

L'absinthe autorisée en France

Le célèbre breuvage vert aux effluves de plantes est réhabilité. La loi de 1915 qui interdisait aux producteurs français d'employer le nom « absinthe » a été abrogée mercredi et jeudi par le Parlement. C'est pendant a première guerre mondiale que l'interdiction avait été prononcée. La « fée verte » fait pourtant son retour sur le marché français en 1999. Mais en tant que « spiritueux aromatisé à la plante d'absinthe » ; toujours en vigueur, la loi du 16 mars 1915 sur l'interdiction de l'absinthe en proscrit l'appellation. A l'époque, cette disposition voulait lutter contre le fléau social de l'alcoolisme.  Assemblée nationale et Sénat ont donc mis fin à une hypocrisie, jeudi, en abrogeant, dans le cadre de la loi de simplification et amélioration de la qualité du droit, à l'article 136, cet interdit – condamné depuis mi-décembre.

Comme l'expliquait  Clément Arnoux, du webzine La Gazette de l'absinthe, les distillateurs d'absinthe du Val-de-Travers, en Suisse, ont demandé, en 2009, une indication géographique protégée sur le nom « absinthe » – ce qui ferait du breuvage, un produit officiel du Val-de-Travers. La France, qui a mal à son Degas et à son Zola, décide donc de rétablir l'appellation « absinthe », mais pas la recette originelle, très toxique ; en cause : la thuyone, molécule foudroyante pour le cerveau et les reins.
La composition de l'absinthe a donc été strictement encadrée, au risque de compromettre son aura rock de boisson hallucinogène. Marie-Claude Delahaye, historienne et fondatrice du musée de l'Absinthe, déboulonne le mythe :
« Un décret européen de 1988 a limité la thuyone à 35 mg/L. Et l'absinthe est maintenue à des taux entre 45° et 72°. »
En revanche, la distillation n'a pas changé. Elle est effectuée selon des traditions ancestrales, affirme Marie-Claude Delahaye. Le rituel de dégustation prisé par les adeptes est également resté intact. Faire fondre un sucre en versant l'eau constitue, selon eux, la meilleure manière de libérer les arômes de l'absinthe.
L'Absinthe est une variété d'armoise de la famille des Composées. C'est une plante vivace qui pousse sur les terrains incultes, secs et rocailleux, jusqu'à une altitude de 2 000 m.

L'Absinthe officinale ou Grande absinthe (Artemisia absinthium) encore appelée populairement Aluine, Alvine, Herbe Sainte, Herbe des Vierges, Herbe aux Vers, présente une tige verte argentée, de 40 cm à 1 m, duveteuse, dressée et cannelée. Les feuilles sont gris verdâtre dessus, blanches dessous, soyeuses, pétiolées et très découpées. La floraison a lieu de juillet à septembre. Les fleurs sont jaunes, tubuleuses, groupées en petits capitules globuleux. L'odeur de cette plante est fortement aromatique et sa saveur très amère.

L'Absinthe pontique ou petite absinthe (Artemisia Pontica) a des feuilles petites et très divisées, cotonneuses seulement en dessous. Elle reste basse et en touffes. Son odeur et sa saveur sont beaucoup moins fortes que celles de la grande absinthe. La petite absinthe est surtout utilisée pour la coloration de la liqueur.

source

samedi 16 avril 2011

Le Capital, préface, premier chapitre, appendice (la forme valeur)

vorwort
Traduction française à partir de la première édition allemande, Hambourg 1867,
« Tout commencement est difficile, et cela vaut pour toutes les sciences. La principale difficulté sera donc de bien comprendre le premier chapitre, et surtout la partie qui contient l'analyse de la marchandise. En ce qui concerne le détail de l'analyse de la substance de la valeur et de la grandeur de valeur, j'en ai désormais vulgarisé l'exposé pour le rendre le plus accessible possible. Il en va tout autrement de l'analyse de la forme valeur. Elle est difficile à comprendre, pour cette raison que la dialectique y est beaucoup plus aiguisée que dans le premier exposé. Je conseille donc au lecteur qui n'est pas complètement rompu à la pensée dialectique de sauter tout le passage qui va de la page 15 (ligne 19) jusqu'à la fin de la page  34, pour lire à sa place l'appendice : " la forme valeur "35. »
 (Karl Marx, Le Capital, préface de la première édition, 1867)

Le Capital n'est généralement pas accessible au lecteur dans sa première édition (Hambourg, 1867). Au cours des éditions suivantes, les modifications apportées par Marx (1873), puis par Engels (1883 et 1890), ont été faites pour partie sous l'emprise de la conviction, émanant de l'entourage de Marx, selon laquelle le commencement de l'ouvrage était d'abord difficile. Marx en convenait, et s'en explique dans la préface, mais tout en précisant que " la chose est trop décisive pour le livre tout entier " (lettre à Engels du 22 juin 1867). Que cette chose redevienne lisible sous la forme de son élan initial pourrait avoir quelque utilité pour la compréhension des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste , dans la perspective de sa suppression positive. Cela vaut bien un détour par la source.
Le lecteur français ne dispose en l'état actuel des choses que de la traduction, désormais introuvable, du chapitre I et de l'appendice, parue aux éditions du Cerf en 1977 (Paul-Dominique Dognin, Les " sentiers escarpés " de Karl Marx, le chapitre I du " Capital " traduit et commenté dans trois rédactions successives). Même en langue allemande la première édition est rare ; 140 ans après, il est sans doute temps de pouvoir consulter sur pièce. D'autant que le texte de 1867 fait depuis plusieurs années l'objet de commentaires ou d'analyses tournant autour de la forme valeur et délivrés par des auteurs ayant pris quant à eux connaissance de l'original – qu'ils gardent sous la main.
Épreuve de la contradiction, l’aliénation est un ressort si impérieux que même qui s’y confronte pour s’en affranchir y succombe. Aussi, l’effort visant à rendre accessible au lecteur français les commencements du Capital – de si mauvaise réputation qu’un célèbre commentateur proposa d’en sauter préalablement la lecture selon un tour pédagogique qui consisterait, en guise de leçon de natation, à s’entraîner au plongeon avant même de se risquer dans l’eau – ne se fait-il pas sans qu’un certain mimétisme s’impose comme procédure de publication. De même que la traduction de Joseph Roy révisée par Marx fut proposée aux lecteurs les plus immédiatement concernés, les ouvriers, en paraissant sous forme de feuilleton au prix modique de 10 centimes de 1872 ; la traduction en cours, reprenant la première édition allemande de 1867, se propose ici par livraisons successives et selon le rythme de son élaboration, au négligeable prix du néant de sa valeur d’échange.
Pour cette édition électronique, les notes sont exclusivement celles de Marx et nous n'avons donc pas eu à modifier leur numérotation. Lorsque Marx n'a pas traduit les citations, nous les avons traduites et mises entre crochets. Tous les caractères en italiques sont ceux de l'original allemand. Les occurrences "en français dans le texte" apparaissent en plus petits caractères

Le Capital
Critique de l’économie politique
Par

Karl Marx
Premier volume
Livre I : Le procès de production du capital
Hambourg
Éditeur Otto Meissner
1867
New York : L.W. Schmidt. 24 Barclay-Street.

Préface
L’ouvrage dont je livre ici au public le premier volume constitue la suite de mon écrit « Contribution à la critique de l’économie politique », publié en 1859. La longue pause intervenue entre ces deux publications est due à une maladie de plusieurs années qui a interrompu mon travail de manière répétée. 
Le contenu du précédent écrit est résumé dans le premier chapitre de ce volume ; cela ne répondait pas seulement à une exigence de rendre l’enchaînement plus rigoureux et l’ensemble plus complet. L’exposition est améliorée. Dans la mesure où l’état de la question pouvait le permettre, de nombreux points qui n’avaient été qu’évoqués dans la version précédente sont ici développés plus avant, alors que d’autres au contraire qui avaient fait l’objet d’un développement plus poussé n’y sont plus qu’esquissés. Il va de soi que les sections sur l’histoire de la théorie de la valeur et de la monnaie ne font désormais plus du tout partie de l’exposé. Toutefois, ceux qui ont lu mon premier ouvrage trouveront dans les notes du premier chapitre tout un choix de nouvelles sources pour l’histoire de cette théorie.
Tout commencement est difficile, et cela vaut pour toutes les sciences. La principale difficulté sera donc de bien comprendre le premier chapitre, et surtout la partie qui contient l’analyse de la marchandise. En ce qui concerne le détail de l’analyse de la substance de la valeur et de la grandeur de valeur, j’en ai désormais vulgarisé l’exposé pour le rendre le plus accessible possible 1. Il en va tout autrement de l’analyse de la forme valeur.



1 Ceci paraissait d’autant plus nécessaire que dans l’ouvrage de F. Lassale contre Schulze-Delitzsch, même la section où l’auteur déclare donner la « quintessence intellectuelle » de mon développement sur ces thèmes recèle des malentendus lourds de sens. En passant. Quand F.Lassalle a emprunté à mes écrits, presque mot pour mot, allant jusqu’à utiliser la terminologie que j’ai créée, et sans mentionner ses sources, la totalité des propositions théoriques générales de ses travaux économiques, par exemple sur le caractère historique du capital , sur les liens qui unissent rapports de production et mode de production etc., etc., il y a tout lieu de penser que cette manière de procéder répondait sans doute à des considérations de propagande. Je ne parle évidemment pas de ses développements dans leurs détails, ni de l’utilisation qu’il en fait : ce n’est en rien mon affaire.
Karl Marx

To André Bertrand and Daniel Joubert

 
22 January [19]67 Dear friends:
Michele [Bernstein] has reported to us the telephone conversation with you and, in the meantime, Donald [Nicholson-Smith] received the two tracts.[2] We begin to see them disappear.
The tract by the ex-bureau members[3] is quite stupid. One can see in it the injured emotionality, the desire to be recognized by the SI on the basis of a single action, though they progressed so laboriously during this small scandal, and en bloc, though they were completely opposed to each other and did not hide this from us. It seems to me that all the quotations from my letters are exact. I find them perfectly correct on the subject, in the circumstances, and implicated by all the public statements of the SI up till now. (Do they believe that the SI has been successful until now due to naivete, sentimental effusion over the first to approach us, or idiotic confidence in irresponsible people?) As a general rule, all the letters exchanged within the SI – none were reserved “for [Mustapha] Khayati,” everybody knows everything – are not secret, except in very precise and very rare cases – which have nothing to do with the “judgment” of such people – of those letters marked “to be destroyed.”
In brief, we distrusted the uncertainties of the people from Strasbourg. Everything has finally proved that we were right. After the SI, contrary to our first plans, found itself engaged in the affair to such a point, we obviously had to supervise the often dubious people who publicly presented themselves as our partisans and who, for example, gave way in the face of the small scandal of the “solemn return,” which – if they were capable of understanding on their own the scandal that they produced, that is, the incident that began the entire affair – they would have seen it as obligatorily implicated by the scandal as a whole. If the ex-bureau members, moreover, haven’t seized their “chance” in the fact that our judgments of the them were made in evolution with the affair itself, this proves that they are, rather, of the inferior type (Frey-Holl)[4] who doubts his abilities and thus gloriously demands immediate, abstract and total recognition. Although this sad emotional disposition grossly deforms the subjectivity of their judgment, until now they haven’t told a specific lie. They have only the stupidity to gulp down and cover up the lies of the three excluded situationists.[5] We distinguish their responsibility, and we will not mix them in unjustly in our demolition of the [other] three.
The ex-bureau members are superbly unaware when they see themselves as executants in comparison to “theoreticians” in revolutionary “action”! Which action? The principal “action” in an affair of this kind was writing a pamphlet; and, additionally, knowing how to respond intelligently and clearly to certain subsequent questions. But they believe it is enough to get mentioned in the newspapers, and that they “took power” in Strasbourg!
The three excluded people who effectively manipulate them today (if only by persuading them with their pitiful lies for several weeks) “manipulate” them, if one can say so, just like they did Khayati until last week: indeed, in their participation in the SI, these three people principally and almost uniquely knew a hollow arrogance – compensation for the worst of their shortcomings – which is an attitude that I had already denounced in my report to the July Conference.[6] All of the ex-bureau members have to engage in a highly comic act of self-blinding to be ignorant of the facts that, on the question of their merits, the excluded situationists had been in absolute solidarity with the “rigor of the SI” – although they were so due to other motivations, which have now been overturned by opportunity, and although they had even been [self-appointed] informers for the SI concerning the probable intentions and abilities of the “students.” The three have almost never differed from Khayati's judgment, and then only in the degree of severity (Frey and Holl).
As for the three excluded people, the maladroitness of their new denials will be perceptible to those who know how to critique a text. It is quite true that there wasn’t a vote to exclude the liars and there couldn’t be one. The meeting of 10 January [1967] had unanimously decided, in advance, that any unmasked liar would be excluded immediately. And even this decision hadn’t been submitted to a “vote”: the one who refused to put his signature on this motion had effectively resigned when he defended the “right to lie within the SI” (Garnault and Khayati, absent from the meeting, didn’t physically sign it, but it is clear that they made known to us their adhesion to the motion, without which we could receive no one at the next meeting). Thus, five days earlier, the excluded people signed the reasons for and the binding order of their elimination. We can only affirm that they confessed their lies at the 10th hour rather than the 11th, but this formality hardly has meaning, even in an international treaty: it was obvious at the meeting of 15 January, begun at 9 PM in the evening. The minutes concerning their exclusion were set down when we declared to them that anything they could say at that point no longer had any interest to us (and thus they parted piteously). [André] Schneider himself, “in the early hours of the 16th,” had been able to see this text, already finished, and then put into the mail. The three had only spoken of an intention to resign – which they’d done secretly – after the moment when their lies had finally collapsed, that is to say, when they were already automatically excluded for the most ignoble reason, with the result that, for us, their supposed intentions in the past no longer had any value.
Now that these three, poor people have revealed their arguments, the fundamental absurdity of their position has become clear: why have they suddenly wanted to resign, and as a team, without ever having previously presented a single disagreement with the SI? It was necessary that they found themselves together that day. When did they “discover” hierarchy in the SI (since they had always hidden this important discovery)? The day of their exclusion? Earlier? But then why have they never critiqued and openly refused this hierarchy in the SI by easily applying our declared principles to all of us?
Another question kills them. One knows quite well why they respond, “It is they who lie!” because it is always the single impoverished defense of liars who have been caught. They had to say this, or confess [avouer] what they are, and what they have become is quite unmentionable [unavouble]. But we who, following their own hierarchical conception of the SI, could have thrown them out at any moment on the basis of any bad accusation whatsoever: why would we have detested them so much that we would want to definitively ruin their presence in the future revolutionary movement by describing them as purveyors of calumny? (Though I knew from several weeks earlier that Holl was a contemptible person, when this meeting began I didn’t have the least antipathy towards either Garnault or Frey). Why didn’t we accept their resignation, if they had really resigned, as each has the obvious right to do so? Re-reading Internationale Situationniste, one sees that we have indicated several instances of resignation (even for an individual as suspicious as Constant [Nieuwenhuis], whose resignation more resembled an exclusion), without ever worrying that there wasn’t a much larger number of exclusions in my statistics! Furthermore, the incoherence of all these people exploded here: the best technique for excluding many would be to allow more to join, obviously! This is what the ex-bureau members reproach us for not doing. One could draw from this truth [the alternate conclusion] that we should demand more coherence – and more knowledge, clearly understood – from the “contacts” who want to join us so as not to have to exclude them at all. With the result that, when we say someone is excluded, it is true. One must make it so.
The last three people to be excluded had participated so little in the SI that they do not realize how much their declarations perfectly adopt the tone and discoveries of Nash[7] and ten others: dictatorship, mania for exclusion, political discipline. As these three have claimed to be more coherent and better informed than the others, they are only more ridiculous.
[Daniel] Guerin is saddened by the blow that we have brought to the beautiful scandal of Strasbourg – without thinking that he had reached his end at the UNEF Congress and that this is only a paragraph in the general scandal that the existence of the SI is. We responded to him that the question of the truth in the revolutionary milieu is much more important than any good image (as we already told him concerning Ben Bella[8]). Moreover, we will not stop speaking about Strasbourg immediately. In a large tract[9] that you will no doubt receive on Wednesday, we only settle accounts with the three fakers, with a specification that any reader of good faith will find definitive.
Cordially,
Guy Debord

[1] André Bertrand, creator of the Return of the Durruti Column comics in October 1966, and Daniel Joubert, a student at Strasbourg who was involved with Notes critiques in Bordel.
[2] La vérité est revolutionnaire and De la merde en milieu situationniste, sent from Strasbourg by those excluded from the SI.
[3] Vous foutez-vous de nous? Vous ne vous en foutrez pa slongtemps, a text distributed by the members of the bureau of AFGES (cf. I.S. #11, pp. 23-31).
[4] Translator: “Frey” is Theo Frey, and “Holl” is Herbert Holl.
[5] Translator: together, along with Jean Garnault, the so-called “Garnautins.”
[6] Cf. Guy Debord, Oeuvres, Gallimard, 2006, pp. 1162-1169.
[7] Translator: Jorgen Nash, excluded in 1962.
[8] Translator: “The Algeria of Daniel Guerin,” I.S. #10, 1966.
[9] Attention! Three Provocateurs, a poster-tract dated 22 January 1967.

(Published in Guy Debord Correspondance, Vol "0": Septembre 1951 - Juillet 1957: Complete des "lettres retrouvees" et d l'index general des noms cites by Librairie Artheme Fayard, October 2010. Translated from the French by NOT BORED! April 2011. Footnotes by the publisher, except where noted.)

vendredi 15 avril 2011

FUKUSHIMA: Des réactions de fission dans la piscine n°4

NOUVEAU DANGER.

Attention, danger ! C’est vers la piscine de l’unité n°4 de Fukushima que les regards convergent aujourd’hui avec une nouvelle inquiétude. S’y déroulent des réactions en chaîne dégageant  une très forte radioactivité ! Des niveaux “100 000 fois supérieurs à la normale”, selon l’agence de sûreté nucléaire japonaise NISA. C’est ce que l’on peut comprendre après l’annonce postée ce 14 avril sur son site (1) par l’opérateur TEPCO de la centrale de Fukushima.  L’opérateur y présente en effet les résultats d’une “analyse de 200 ml d’eau prélevée le 12 avril dans la piscine n°4” (où 195 tonnes d’eau ont été injectées le 12 avril selon l’AIEA (2)). Ces résultats, obtenus le 13 avril et annoncés ce 14 avril montrent que, outre du césium 137 et du césium 134 découverts dans cette eau, de l’iode 131 y a été retrouvé. Or l’iode 131, rappelons-le, a une demi-vie de 8 jours seulement. Autrement dit, si on le retrouve en quantité – ce qui est le cas, 220 000 Bq/litre – cela signifie qu’il a été créé depuis peu de temps (à noter qu’une mesure dans cette même piscine faite le 4 mars, c’est-à-dire avant le démarrage des événements catastrophiques, n’en avait pas détecté). Et s’il a été créé depuis peu de temps, cela signifie que des réactions de fission ont lieu dans le combustible qui est entreposé.
Rappelons que le réacteur n°4 était à l’arrêt avant le séisme puis le tsunami. Tout le combustible usagé du réacteur avait été déposé dans la piscine. Et l’on a appris aujourd’hui (3) qu’outre ce combustible usagé, du combustible “neuf” s’y trouve aussi : “204 barres de combustible non usagé” (outre 1331 barres de combustible usagé). Des niveaux qui pourraient être également dus, a-t-elle estimé, à l’injection dans la piscine d’eau de pluie contenant des quantités de particules émettrices de radioactivité.
Interrogé à ce sujet, l’ingénieur nucléaire américain Arnie Gundersen (que nous avions cité dans le blog du 15 mars (4)), nous a dit voir dans la présence d’iode 131 dans la piscine n°4 une « énorme annonce » (« BIG news »).  De même que la présence de combustible neuf, car il peut être devenir « critique » (connaître des réactions de fission) « plus facilement que le combustible usagé ». Selon lui, ce pourrait être « la raison  pour laquelle cette piscine n’est plus remplie d’eau. Des changements mineurs dans la géométrie des casiers (dans lesquels sont normalement contenues les barres de combustible) pourraient être la cause de la reprise de criticité dans le combustible neuf. Je le sais, car mon groupe de travail a fait des calculs de criticité dans ce type de casiers pendant des années ».
Devant la dangerosité de ces barres de combustible, on se demande bien comment l’opérateur va pouvoir manipuler ce combustible, afin de le confiner et stopper le relargage de radioactivité qui doit avoir lieu en ce moment même. Il a été annoncé « le déploiement d’un petit drone (hélicoptère) pour voir s’il est possible d’extraire ce combustible » (selon TEPCO, ce survol a été effectué ce 14 avril entre 10h17 et 12h25). La tâche est rendue extrêmement difficile vu les niveaux de radioactivité : rayonnements gamma, mais aussi et peut-être surtout bouffées de neutrons extrêmement dangereuses dont il est très difficile de se prémunir (de même qu’il est difficile de mesurer exactement le niveau de rayonnement au moment où il est émis, lors ds réactions de fission). Sans oublier le phénomène d’  « effet de ciel », déjà cité dans ce blog, sorte de rebond du rayonnement sur les couches atmosphériques qui peut le rabattre vers le sol en des endroits imprévus.
Outre les énormes difficultés d’évacuation de dizaines de milliers de tonnes d’eau radioactive, les travailleurs dans la centrale se retrouvent donc aujourd’hui avec un problème majeur à régler sur l’unité n°4. Sans que l’on connaisse, par ailleurs, jusqu’où peut aller le relargage de produits de fission particulièrement dangereux.

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jeudi 14 avril 2011

L’industrie financière


Le philosophe André Gorz revient, dans l’un des derniers textes parus avant sa mort, sur la dynamique du capitalisme financier et sur les raisons qui permettent de voir dans le revenu social garanti une occasion de sortir du capitalisme. 25 septembre 2007.
Dans ce paragraphe, très technique, l’auteur explique comment l’on peut faire ce que l’on pourrait appeler de la fausse monnaie, du moins : du capital fictif, qui pourtant est un point d’appui à la spéculation.
Depuis une quinzaine d’années, l’industrie financière est devenue une composante majeure du capitalisme mondial, indispensable à son fonctionnement. Les idéologues de gauche qui prétendent y voir une activité parasitaire, phagocytant l’économie réelle, ignorent la réalité des faits. Les transactions financières rapportent depuis le début des années 1980, plus d’argent, globalement, que les capitaux investis dans la production de marchandises, matérielles ou non ; l’achat et la vente de capital fictif sur les marchés boursiers rapportent plus que la valorisation productive du capital réel. Plus de la moitié des gains réalisés par les grandes firmes américaines proviennent d’opérations financières. Les 500 firmes de l’indice Standard and Poor’s disposent de 643 milliards de dollars d’argent liquide qui ne trouvent d’emploi rentable que dans l’industrie financière. Cette prospérité apparente des grandes firmes ne dément nullement la contraction de la masse globale des profits que rapporte le capital productif. Elle signifie seulement qu’une minorité de firmes, grâce à leur position dominante, phagocyte la valeur produite par l’ensemble des entreprises, notamment par l’exploitation des sous-traitants, par des ententes mutuelles et par des rentes de monopole.
Le cabinet McKinsey a estimé à 80 000 milliards de dollars le montant des capitaux excédentaires à la recherche de placements rémunérateurs. Seule l’industrie financière, par des artifices de plus en plus ingénieux et risqués, leur permet d’en trouver. Les gains qu’elle procure sont sans doute de l’argent fictif et virtuel, mais le système bancaire permet de les recycler et de les faire rétroagir sur l’économie réelle. L’argent fictif peut servir de caution et de base pour obtenir des prêts financés en dernier ressort grâce à l’émission de monnaie réelle par la banque centrale.
Le gonflement de bulles spéculatives se transforme ainsi en machine à création monétaire.
Aussi des néo-keynésiens suggèrent-ils que la solution des problèmes de financement pourrait consister en l’imposition des revenus réels que l’industrie financière parvient à tirer de l’accroissement fictif de capitaux fictifs. Pourquoi, demandent-ils, cette hausse fictive permet-elle d’émettre de la monnaie réelle à l’intention des seuls détenteurs de capital fictif ? Pourquoi ne pas recourir à la création monétaire ex nihilo à laquelle l’industrie financière recourt, en fait, de façon déguisée, pour créer du pouvoir d’achat à des fins sociales et pour financer des infrastructures, de la recherche, de la production de « capital humain » ?
« La distinction entre l’économie réelle et le gonflement de bulles spéculatives [n’est-elle pas] obsolète quand le recyclage des plus valus fictives engendre la production de biens réels sans base réelle dans des revenus salariaux ou des gains réguliers » ? Sans doute. Il y a seulement lieu de se demander combien de temps du pouvoir d’achat issu de la bulle spéculative et « sans base réelle dans l’économie réelle [pourra] donner naissance à des productions de marchandises et à l’emploi sous une forme capitaliste de moyens de production, de forces de travail, de matières premières, etc. que le capitalisme est incapable d’utiliser selon ses critères propres », c’est-à-dire de manière rentable, de manière à reproduire et accroître du capital. (Je résume ici des analyses de Robert Kurz [6])

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