mardi 4 janvier 2011

Histoire et Conscience de Classe

Indispensable lecture pour comprendre la dialectique chez Marx et Debord.  Ceux qu'il désigne comme "opportunistes" sont avant tout les Marxistes anti-hégéliens et anti-dialectique,  idéologues au service du capitalisme.
Gyorgy Lukacs (1921-1922), Histoire et conscience de classe PDF. Paris : Les Éditions de Minuit, 1960, 383 pages. Collection « Arguments ». (Note : un retour aux sources hégéliennes du marxisme)
Avant-propos
La réunion et la publication de ces essais en un livre ne vise pas à leur donner plus d'importance qu'ils n'en auraient isolément. A l'exception de l'essai sur La réification et la conscience du prolétariat et des Remarques méthodologiques sur la question de l'organisation qui ont été écrits expressément pour ce livre en un temps de loisir involontaire, quoique des travaux de circonstance leur aient aussi servi de fondement, ils sont nés pour la plus grande part au milieu du travail de parti et comme des tentatives pour clarifier, à l'usage de l'auteur lui-même et de ses lecteurs, des questions théoriques du mouvement révolutionnaire. Bien qu'ils soient maintenant partiellement remaniés, ils n'en ont nullement perdu pour autant leur caractère de travaux de circonstance. Pour certains essais, c'eût été détruire leur intuition centrale, à mon avis correcte, que de les remanier radicalement. C'est ainsi que dans l'essai sur Le changement de fonction du matérialisme historique, on a l'écho de ces espoirs exagérément optimistes que beaucoup d'entre nous ont eu, quant à la durée et au rythme de la révolution, etc. Le lecteur ne doit donc pas attendre de ces essais un système scientifique complet.
Quoi qu'il en soit, ils forment en fait un certain ensemble. Cet ensemble s'exprime aussi dans la succession des essais qu'il vaut donc mieux lire dans l'ordre. Évidemment, l'auteur conseille aux lecteurs dépourvus de formation philosophique de sauter d'abord l'essai sur la réification et de ne le lire qu'après la lecture de l'ensemble du livre.

Il faut maintenant expliquer ici, bien que ce soit peut-être superflu pour beaucoup de lecteurs, pourquoi l'exposé et l'interprétation de la doctrine de Rosa Luxembourg et la discussion de cette doctrine prennent une si large place dans ces pages. Ce n'est pas seulement parce que Rosa Luxembourg fut, à mon avis, la seule disciple de Marx à prolonger réellement l’œuvre de sa vie tant sur le plan des faits économiques que sur le plan de la méthode économique et, à ce point de vue, à se rattacher concrètement au niveau présent de l'évolution sociale. Dans ces pages, conformément à leur but, l'accent décisif est mis sur l'aspect méthodologique. L'exactitude économique, dans les faits, de la théorie de l'accumulation n'est pas plus discutée que celle des théories économiques de Marx, seules leurs présuppositions et leurs conséquences méthodologiques sont examinées. Il sera de toute façon clair à tout lecteur que l'auteur est aussi d'accord avec leur contenu de fait. Mais ces questions devaient aussi être discutées en détail, parce que l'orientation de Rosa Luxembourg a été, et est encore partiellement aujourd'hui, théoriquement déterminante pour beaucoup de marxistes révolu-tionnaires non-russes, particulièrement en Allemagne. Une attitude réellement communiste, révolutionnaire et marxiste ne peut être acquise, pour quiconque est parti de là, qu'en passant par une discussion critique de l’œuvre théorique de Rosa Luxembourg.

Si l'on suit cette voie, les écrits et discours de Lénine deviennent méthodologiquement décisifs. Il n'est pas dans l'intention de ces pages d'entrer dans le détail de l’œuvre politique de Lénine. Mais elles doivent - justement à cause du caractère consciemment unilatéral et limité de leur tâche - rappeler avec insistance ce que signifie le théoricien Lénine pour le développement du marxisme. Son poids dominant comme politicien cache aujourd'hui à beaucoup le rôle qu'il a eu comme théoricien. Car l'importance pratique et actuelle de chacune de ses affirmations sur l'instant donné est toujours trop grande pour que tous puissent voir clairement que la condition préalable d'une telle efficacité réside en dernière analyse dans la profondeur, la grandeur et la fécondité de Lénine comme théoricien. Cette efficacité vient de ce qu'il a élevé l'essence pratique du marxisme à un niveau de clarté et de concrétion qui n'avait pas été auparavant atteint ; de ce qu'il a sauvé cette dimension d'un oubli presque total et que par cet acte théorique il nous a remis en main la clef d'une compréhension correcte de la méthode marxiste.

Car il s'agit - et c'est la conviction fondamentale de ces pages - de comprendre correcte-ment l'essence de la méthode de Marx et de l'appliquer correctement, et nullement de la « corriger » en quelque sens que ce soit. Si quelques passages contiennent une polémique contre certaines déclarations d'Engels, c'est - comme tout lecteur compréhensif doit le remarquer - au nom de l'esprit de l'ensemble du système, en partant de la conception - juste ou fausse - que sur ces points particuliers l'auteur représente, contre Engels même, le point de vue du marxisme orthodoxe.

Si donc l'on s'en tient ici à la doctrine de Marx, sans essayer ni d'en dévier, ni de l'améliorer, ni de la corriger, si ces commentaires n'ont pas de plus haute ambition que d'être une interprétation, une explication de la doctrine de Marx dans le sens de Marx, cette « orthodoxie » n'implique nullement qu'on ait l'intention, selon les paroles de Monsieur von Struve, de préserver l' « intégrité esthétique » du système de Marx. Notre but est bien plutôt déterminé par la conviction que la doctrine et la méthode de Marx apportent enfin la Méthode correcte pour la connaissance de la société et de l'histoire. Cette méthode est, dans son essence la plus intime, historique. Il va par conséquent de soi qu'il faut continuellement l'appliquer à elle-même, et c'est là un des points essentiels de ces essais. Mais cela implique en même temps une prise de position effective et portant sur le contenu des problèmes actuels, puisque, par suite de cette conception de la méthode marxiste, son but le plus éminent est la connaissance du présent. L'attitude méthodologique de ces essais n'a que parcimonieusement permis d'entrer dans le détail de questions concrètes d'actualité. C'est pourquoi l'auteur veut expliquer ici qu'à son avis les expériences des années de la révolution ont brillamment confirmé tous les moments essentiels du marxisme orthodoxe (et donc communiste) ; que la guerre, la crise et la révolution, y compris le rythme soi-disant plus lent du développement de la révolution et la nouvelle politique économique de la Russie soviétique, n'ont pas posé un seul problème qui ne puisse être précisément résolu par la méthode dialectique ainsi comprise et par elle seule. Les réponses concrètes aux questions pratiques particulières sont en dehors du cadre de ces essais. Leur tâche est de nous rendre consciente la méthode de Marx et de mettre en pleine lumière sa fécondité infinie pour la solution de problèmes autrement insolubles.

C'est à ce, but aussi que doivent servir les citations des oeuvres de Marx et de Engels, sans doute trop abondantes aux yeux de certains lecteurs. Mais toute citation est en même temps une interprétation. Et il semble à l'auteur que bien des aspects, tout à fait essentiels, de la méthode de Marx, et justement de ceux qui importent le plus décisivement à la compréhension de la méthode dans sa cohésion effective et systématique, sont indûment tombés dans l'oubli, et que la compréhension du centre vital de cette méthode, de la dialectique, en a été rendue difficile et presque impossible.

Il est cependant impossible de traiter le problème de la dialectique. concrète et historique, sans étudier de plus près le fondateur de cette méthode, Hegel, et ses rapports avec Marx. L'avertissement de Marx de ne pas traiter Hegel comme un « chien crevé » est resté lettre morte, même pour beaucoup de bons marxistes. (Les efforts de Engels et de Plékhanov, eux aussi ont eu trop peu de résultats.) Pourtant Marx souligne souvent 'avec acuité ce danger ; ainsi écrit-il à propos de Dietzgen : « C'est une malchance pour lui qu'il n'ait précisément pas étudié Hegel » (Lettre à Engels, 7-11-1868). Et dans une autre lettre (11-1-1868) : « Ces messieurs en Allemagne... croient que la dialectique de Hegel est un c chien crevé ». Feuerbach en a lourd sur la conscience de ce point de vue », Marx souligne (14-1-1858) les « grands services » qu'a rendus la Logique de Hegel, qu'il a feuilletée à nouveau, à la méthode de son travail sur la critique de l'économie politique. Il ne s'agit cependant pas ici de l'aspect philologique des relations de Marx avec Hegel : il ne s'agit pas des idées de Marx sur l'importance de la dialectique hegelienne pour sa propre méthode, mais de ce que cette méthode signifie en fait pour le marxisme. Ces déclarations, qui pourraient être multipliées à volonté, n'ont été citées que parce que le passage connu de la Préface du Capital, où Marx s'est expliqué en dernier lieu sur ses rapports avec Hegel, a beaucoup contribué à faire sousestimer l'importance effective de ces rapports, même par des marxistes. Je ne vise nullement la caractérisation effective de ces rapports, avec laquelle je suis entièrement d'accord et que j'ai essayé de concrétiser méthodologiquement dans ces pages. Je vise uniquement le mot « coquetterie » avec le « mode d'expression » de Hegel. Cela a souvent induit à considérer la dialectique chez Marx comme un ajout stylistique superficiel qui, dans l'intérêt du caractère « scientifique », devrait être éliminé le plus énergiquement possible de la méthode du matérialisme historique. Si bien que même des chercheurs par ailleurs consciencieux, comme par exemple le Professeur Vorländer, s'imaginèrent constater exactement que Marx n'avait été « en coquetterie » avec des concepts hegeliens c que dans deux passages à proprement parler », et puis encore dans un « troisième passage », sans remarquer que toute une série de catégories décisives continuellement employées viennent directement de la logique de Hegel. Puisque même l'origine hegelienne et l'importance méthodologique effective d'une distinction aussi fondamentale pour Marx que celle entre immédiateté et médiation ont pu passer inaperçues, on peut malheureusement dire à bon droit, aujourd'hui encore, que Hegel (bien qu'il soit de nouveau « reçu à l'Université » et soit presqu'à la mode) est toujours traité comme un « chien crevé ». Car que dirait le Professeur Vorländer d'un historien de la philosophie qui ne s'apercevrait pas, chez un continuateur de la méthode kantienne, aussi original et critique soit-il, que par exemple l' « unité synthétique de l'aperception » vient de la Critique de la raison pure ?

L'auteur de ces pages voudrait rompre avec de telles conceptions. Il croit qu'aujourd'hui aussi il est pratiquement important de revenir, à cet égard, aux traditions de l'interprétation de Marx donnée par Engels (qui considérait « le mouvement ouvrier allemand » comme l' « héritier de la philosophie classique allemande ») et par Plékhanov. Il croit que tous les bons marxistes devraient, selon le mot de Lénine, constituer c une sorte de société des amis matérialistes de la dialectique hegelienne ».

La situation de Hegel est cependant aujourd'hui tout à fait inverse de celle de Marx lui-même. Il s'agit, dans ce dernier cas, de comprendre le système et la méthode - tels qu'ils nous sont donnés - dans leur unité cohérente et de préserver cette unité. Dans le premier cas, au contraire, la tâche consiste à procéder à une discrimination entre les tendances multiples qui s'entrecroisent et qui, en partie, se contredisent violemment, et de sauver, en tant que puissance intellectuelle vivante pour le présent, ce qu'il y a de méthodologiquement fécond dans sa pensée. Cette fécondité et cette puissance sont bien plus grandes que beaucoup ne le croient. Et il me semble que plus nous serons en mesure de concrétiser énergiquement cette question, ce qui exige évidemment la connaissance des écrits de Hegel (c'est une honte qu'il faille le dire explicitement, mais il faut pourtant le faire), et plus aussi cette fécondité et cette puissance apparaîtront clairement. A vrai dire, ce ne sera plus sous la forme d'un système clos. Le système de Hegel, tel qu'il nous est donné, est un fait historique. Et même là, une critique réellement pénétrante serait, à mon avis, contrainte de constater qu'il ne s'agit pas d'un système ayant une véritable unité intérieure, mais de plusieurs systèmes imbriqués l'un dans l'autre. (Les contradictions de méthode entre la phénoménologie et le système lui-même ne sont qu'un exemple de ces déviations.) Si donc Hegel ne doit plus être traité comme un « chien crevé », il faut que l'architecture morte du système historiquement donné soit démantelée, afin que les tendances encore extrêmement actuelles de sa pensée puissent redevenir efficaces et vivantes.

Il est universellement connu que Marx nourrissait le projet ,d'écrire une dialectique. « Les justes lois de la dialectique, écrivait-il à Dietzgen, sont déjà contenues dans Hegel ; sous une forme mystique, il est vrai. Il s'agit de les dépouiller de cette forme ». - Ces pages n'ont pas un instant la prétention - et j'espère qu'il n'est pas besoin d'y insister particulièrement - d'offrir ne fût-ce que l'esquisse d'une telle dialectique. Mais C'est bien leur intention de susciter une discussion dans cette direction ; de remettre méthodologiquement cette question à l'ordre du jour. C'est pourquoi toutes les occasions ont été utilisées pour attirer l'attention sur ces connexions méthodologiques, pour pouvoir indiquer le plus concrètement possible les points où les catégories de la méthode hégélienne sont devenues décisives pour le matérialisme historique ainsi que ceux où les voies de Hegel et de Marx se séparent nettement, afin de fournir ainsi un matériel et, si possible, une orientation à la nécessaire discussion de cette question. C'est en partie cette intention qui a conduit à traiter en détail de la philosophie classique dans la seconde partie de l'essai sur la réification. (En partie seulement, car il m'a également paru nécessaire d'étudier les contradictions de la pensée bourgeoise là où cette pensée a trouvé sa plus haute expression philosophique.)

Des développements du genre de ceux de ces pages ont l'inévitable défaut de ne pas répondre à l'exigence - justifiée - d'être scientifiquement complets et systématiques, sans faire pour autant en échange de la vulgarisation. Je suis parfaitement conscient de ce défaut. Mais la description de la façon dont ces essais sont nés et de ce qu'ils visent ne doit pas tant servir d'excuse qu'inciter, ce qui est le but réel de ces travaux, à faire de la question de la méthode dialectique - en tant que question vivante et actuelle - l'objet d'une discussion. Si ces essais fournissent le commencement, ou même seulement l'occasion, d'une discussion réellement fructueuse de la méthode dialectique, d'une discussion qui fasse à nouveau prendre universellement conscience de l'essence de cette méthode, ils auront entièrement accompli leur tâche.
Puisqu'il est fait mention de tels défauts, que l'attention du lecteur non habitué à la dialectique soit seulement attirée encore sur une difficulté inévitable, inhérente à l'essence de la méthode dialectique. Il s'agît de la question de la définition des concepts et de la terminologie. Il est de l'essence de la méthode dialectique qu'en elle les concepts faux dans leur unilatéralité abstraite soient dépassés. Pourtant ce processus de dépassement oblige en même temps à opérer constamment avec ces concepts unilatéraux, abstraits et faux, à donner aux concepts leur signification correcte, moins par une définition que par la fonction méthodologique qu'ils remplissent dans la totalité en tant que moments dépassés. Il est cependant encore moins facile de fixer terminologiquement cette transformation des significations dans la dialectique corrigée par Marx que dans la dialectique hégélienne elle-même. Car si les concepts ne sont que les figures en pensée (gedankliche Gestalten) de réalités historiques, leur figure unilatérale, abstraite et fausse fait aussi partie, en tant que moment de l'unité vraie, de cette unité vraie. Les développements de Hegel sur cette difficulté de terminologie dans la Préface à la Phénoménologie sont donc encore plus justes qu'Hegel lui-même ne le pense, quand il dit : « De la même façon les expressions : unité du sujet et de l'objet, du fini et de l'infini, de l'être et de la pensée, etc., présentent cet inconvénient que les termes d'objet et de sujet, etc., désignent ce qu'ils sont en dehors de leur unité ; dans leur unité ils, n'ont plus le sens que leur expression énonce ; c'est justement ainsi que le faux n'est plus en tant que faux un moment de la vérité ». Dans la pure historicisation de la dialectique, cette constatation se dialectise encore une fois : le « faux » est un moment du « vrai » à la fois en tant que « faux » et en tant que « non-faux ». Quand donc ceux qui font profession de « dépasser Marx » parlent d'un « manque de précision conceptuelle », chez Marx, de simples « images » tenant lieu de « définitions », etc., ils offrent un spectacle aussi désolant que la « critique de Hegel » par Schopenhauer et la tentative pour faire apparaître chez Hegel des « bévues logiques » : le spectacle de leur incapacité totale à comprendre ne fût-ce que l'a b c de la méthode dialectique. Mais un dialecticien conséquent n'apercevra pas tant dans cette incapacité l'opposition entre des méthodes scientifiques différentes, qu'un phénomène social qu'il a dialectiquement réfuté et dépassé, tout en le comprenant comme phénomène social et historique.               
Histoire et conscience de classe PDF
Gyorgy Lukacs (1885-1971)
Vienne, Noël 1922.
 

Nie wieder so viele Autos bauen. Nie wieder so lange arbeiten

Solange sich nichts Grundlegendes ändert, geht die Krise weiter.

“Emanzipation Und Frieden”
Das deutsche Staatsoberhaupt macht sich Sorgen um den Kapitalismus. Man müsse ihn vor sich selbst schützen, meint Köhler. Interessant, was den ehemaligen Chef von Sparkassenverband und Weltwährungsfonds so umtreibt, doch wirklich wichtig ist eine ganz andere Frage: Wie kann man sich eigentlich selbst vor dem Kapitalismus schützen? Denn dieser – lange als “soziale Marktwirtschaft” beweihräuchert – reißt weltweit immer mehr Menschen in den Strudel seiner Krise und lässt ihnen wenig Hoffnung, dass sich ihre Lage jemals wieder verbessern könnte.
Wirtschaftswachstum bringt’s nicht: es hat die Krise überhaupt erst beschert.
Allein in der Metall- und Elektrobranche werden 650.000 Arbeitsplätze verschwinden. 700.000 sind bereits in Kurzarbeit. Die Autoregion Baden-Württemberg trifft es besonders hart. Wäre Wirtschaftswachstum die Lösung, dürfte dieser Zustand nie eingetreten sein. Denn seit Jahr und Tag wurden die Wachstumsraten gefeiert. Und die kamen nur zustande, weil immer weniger Menschen immer billiger immer mehr produziert haben. Irgendwann waren trotz Abwrackprämie nicht mehr genug Leute da, die das alles kaufen konnten. Das System, das unendliches Wachstum und Maximalprofit braucht, vernichtet immer wieder selbst, worauf es angewiesen ist: Kaufkraft und Arbeit.
Der Staat bringt’s nicht: seine Zukunft heißt Bankrott.
Letztes Jahr herrschte weltweit großes Staunen: Woher nur nahmen die Staaten die Billionen zur Stützung von Banken und Konjunktur? Die Wahrheit hieß: aus der Luft. Das rächt sich jetzt. Schon droht Griechenland und andern EU-Ländern der Staatsbankrott, auch das deutsche Staatsdefizit steigt enorm. Der Euro gerät ins Schlingern, daraus kann leicht eine Weltwährungskrise werden. Staaten können sich, wenn überhaupt, höchstens mit Inflation oder schlagartiger Einführung einer neuen Währung vor dem Bankrott retten. Das geht nur auf dem Rücken der meisten Menschen.
Sozialismus ist von gestern.
Nichts diskreditiert die Suche nach Alternativen so wie der schon einmal “real” gewesene Sozialismus. Der ging zu Recht unter. Diktatur und Kollektivismus haben Leben und Hoffnungen von Millionen zerstört. Doch wann werden die kapitalistischen Staaten den sozialistischen in den Ruin nachfolgen? Heute geht es um Selbstorganisation freier Individuen und solidarisches Wirtschaften jenseits von Markt und Staat. Wie das geht, steht in keinem Lehrbuch und auch nicht in diesem Flugblatt. Gut so.
Massive Arbeitszeitverkürzung für eine bessere Zukunft.
Für die, die noch Arbeit haben, wird der Stress immer unerträglicher, Millionen wollen raus aus der Mühle. Millionen andere werden von der großen Maschine für überflüssig erklärt und ausgespuckt. 20-Stunden- oder Dreitagewoche oder vier Monate Urlaub oder mit 50 aufhören oder. das können erste Schritte in ein besseres Leben sein. Um Lohnausgleich kämpfen ist gut, doch wer glaubt, die Arbeits-Wachstums-Profit-und-Lohn-Maschine könne unser Leben auf Dauer “finanzieren”, irrt. Wir müssen uns mehr freie Zeit erkämpfen, um ein selbstorganisiertes und solidarisches Leben aufzubauen.
Allerlei blödsinnige Erklärungen für die Krise.
Unehrliche Griechen, gierige Manager, Sozialhilfebetrüger, Finanzhaie: sie sind angeblich schuld. Da müssten aber über Nacht ziemlich viele Bösewichter aufgetaucht sein, von denen man vorher nichts gehört hat. Als ob die paar lumpigen Euro mehr Sozialhilfe, die eineR hin und wieder dem Staat noch abluchsen kann, gegenüber den Billionenpaketen für die Banken irgendein Gewicht hätten und als ob nicht der eigentliche Betrug an denen stattfände, denen ein Leben mit Sozialhilfe zugemutet wird. Und was ist mit den Managern, die – ganz anders als die Prekären und Ausgegrenzten – an der Quelle sitzen und sich fürstlich bedienen? Sympathisch müssen sie einem nicht sein, aber deswegen haben sie noch lange nicht die Krise “gemacht”. Denn wenn sie alles dafür tun, damit sich Kapital bestmöglich verwertet und Maximalprofit rausholen, tun sie nur das, was ganz normal ist in der Marktwirtschaft. Anders funktioniert sie nicht. Setzt sich Daimler nicht gegen die Konkurrenz durch, steht es auch schlecht um seine Arbeitsplätze. Kann man sich bei dem Gedanken wirklich wohl fühlen? Auch wenn von Obama bis Köhler und DGB-Sommer alle den Bankern die Schuld geben und auch wenn in Nordkorea kürzlich ein Funktionär wegen der Inflation (!) hingerichtet wurde: Selber denken ist besser. Wer an Bösewichter glaubt, stellt die Systemfrage nicht. Und umgekehrt.
Auch die Sache mit Griechenland ist ein wenig komplizierter.
Französische Ministerin radikaler als deutsche Arbeiter.
Frankreichs Wirtschaftsministerin Christine Lagarde forderte öffentlich höhere Löhne in Deutschland und blamierte damit nicht zuletzt die deutschen Arbeiter und ihre Gewerkschaften. Seit 15 Jahren steigen die Löhne überall in der EU stärker als in Deutschland, wo die Reallöhne sinken, 2009 sogar erstmals die Bruttolöhne. In der EU verdienen Frauen 16% weniger als Männer, in Deutschland sind es 23%. Was hat das alles mit anderen Ländern zu tun? Mit dem Konkurrenzvorteil der relativ sinkenden Arbeitskosten überschwemmen deutsche Waren andere Länder und bringen deren eh schon krisengeschüttelte Wirtschaft in zusätzliche Schwierigkeiten. Kleine Länder wie Griechenland erwischt die deutsche Exportoffensive besonders. Da ist es zynisch, den Griechen vorzuwerfen, sie sollten sich doch ein Beispiel an den Deutschen nehmen. Umgekehrt wäre es besser. Denn während es in Griechenland (und anderswo) schon mal einen Generalstreik gibt, nimmt die große Mehrheit der Deutschen noch jede Zumutung kampflos hin. Streiken? Um Himmels Willen! Bloß nicht auffallen, bloß nicht anecken, lieber den Gürtel enger schnallen und hoffen, dass es die andern mehr trifft als einen selbst. Und immer ans Große Ganze denken. Das hieß bis 1945 übrigens Volksgemeinschaft und denen, die nicht dazugezählt wurden, ging es bekanntlich dreckig. Auch heute meinen viele Deutsche überheblich, die Griechen seien nicht so “ehrlich und fleißig wie wir” und folglich selbst schuld. Statt für seine eigenen Interessen einzutreten, unterstützt man lieber den aggressiven Kurs der Bundesregierung gegen Griechenland und andere Länder und hofft, dass etwas davon für einen abfällt.
Entsprechend bedenklich ist der Zustand der Gewerkschaften. Es scheint, als wollten sie in ihrer Mehrheit gar nicht kämpferischer werden – und selbst dort, wo sie es versuchen, haben sie angesichts dieses Bewusstseins an der Basis große Schwierigkeiten. In den letzten Tarifrunden haben IG Metall und ver.di mehr auf (noch) kooperationsbereite Arbeitgeber gesetzt als auf die (zweifelhafte) Kampfbereitschaft ihrer Mitglieder. Das macht sie noch schwächer.
Sackgasse C-Klassenkampf
Unter der Losung “Ohne C geht’s Ländle hee” (auf hochdeutsch: “Ohne die Produktion der Daimler-C-Klasse geht Baden-Württemberg kaputt”) demonstrierten Daimler-Beschäftigte gegen die Verlagerung der Produktion und dafür, dass alles so bleibt wie es ist. Wo man sich nur “Schaffe, schaffe, Auto baue” vorstellen kann, macht die Vorstellung Angst, dass es einmal nicht mehr so weitergehen könne. Solche C-Klassenkämpfe sind einerseits verständlich. Denn solange Menschen von Arbeitslohn abhängig sind, weil sie anders ihr Leben nicht bestreiten können, sind sie daran interessiert, diese Arbeit zu behalten. Das Problem ist nur: C-Klassenkämpfe stecken in der Sackgasse. Wo mit immer weniger Arbeit immer mehr produziert werden kann, sind immer mehr Menschen für den Kapitalismus zu teuer und überflüssig. Und Hartz IV-Bezieher kaufen nun mal weder die C-Klasse noch sonst viel. Auch der Staat kann nicht eine Abwrackprämie nach der andern aus dem Hut zaubern, eher wrackt er selbst ab. Außerdem weiß sowieso jeder vernünftige Mensch, dass es viel zu viele Autos gibt.
Auch wenn’s weh tut: “Weiter so” war gestern.
Nachdenken über Grundsätzliches ist angesagt. Warum muss eigentlich das ganze Leben aus Maloche bestehen? Warum soll das eigentlich nicht gehen: Reichtum produzieren mit wenig Arbeit? Die Technik, die Wissenschaft, das Know-how, alles ist da. Die Schaufenster quellen über. Und ist wirklich alles gut und sinnvoll, was heute produziert wird? Mit Autos verstopfte Städte und vergiftete Luft, Berge voll Waffen, Atomkraftwerke und Werbeprospekte für die Mülltonne? Wer arbeitet im Ernst gerne für solchen Mist?
Stell Dir vor: Du und andere nutzen einfach das vorhandene Potential in den Betrieben, Unis und Verwaltungen (auch das in Euren Köpfen) und Ihr organisiert eine solidarische Wirtschaft, in der es “nur” um die Bedürfnisse der Menschen geht. Du müsstest Deine besten Jahre nicht mehr für “die Arbeit”, “den Profit” und “das Wachstum” verschleudern, ein reichhaltiges und erfülltes Leben wäre drin. Wäre das nicht wichtiger als “s’Ländle” und Deutschland? Denn was haben ausgerechnet die mit Deinem guten Leben zu tun? Veränderung beginnt im Kopf: in Deinem. “Mit C geht’s Läbe hee” (auf hochdeutsch: “Mit C geht das Leben kaputt”)
http://www.krisis.org  26.06.2010
Zum Weiterlesen:


Pourquoi j'aime Wikileaks


Assange et WikiLeaks ne sont pas parfaits – mais leurs récentes révélations ont porté un coup sérieux à la prérogative du secret. 
Les scandales internationaux – dernier exemple en date: la divulgation de télégrammes diplomatiques par le site WikiLeaks – nous sont utiles: ils lèvent le voile sur les rouages secrets de nos gouvernements. Bien plus efficace qu’un livre d’instruction civique, qu’un ouvrage de révisionnisme historique, qu’un discours politique ou qu’une série de reportages d’investigation, le scandale international démasque présidents et rois, commandants militaires et simples troufions, secrétaires du cabinet et diplomates, chefs d’entreprises et banquiers, fabricants d’armes et marchands de canons; nous montre à quel point ces individus peuvent être incapables, menteurs et faux jetons.
Les documents diffusés par WikiLeaks prouvent par exemple que les secrétaires d’Etat américains se moquent éperdument des conventions internationales, qui interdisent l’espionnage au sein des Nations Unies. La secrétaire d’Etat Hillary Clinton et, avant elle, Condoleezza Rice ont enfreint ces conventions méthodiquement et de façon répétée pour prendre le dessus sur leurs interlocuteurs. Et elles l’ont fait par écrit! Clinton qualifie aujourd’hui l’opération vérité de Julian Assange d’«attaque» contre l’Amérique, tout en excusant ses entorses pour le moins désinvoltes aux conventions internationales; voilà qui résume tout ce qu’il y a à savoir de la diplomatie des Etats-Unis.
L’été dernier, WikiLeaks avait déjà montré que l’armée américaine mentait lorsqu’elle disait ne pas recenser le nombre de personnes tuées en Irak; la presse avait pourtant demandé à avoir accès à cette information un nombre incalculable de fois. En Amérique, l’histoire des scandales est aussi celle des institutions et des individus dont la perfidie, lorsqu’elle est mise à nue, dépasse tout ce que nous avions pu imaginer.
A chaque fois que le scandale émerge – Charles Rangel et son affaire de corruption, la crise des subprimes, l’affaire Valerie Plame, les crimes de Jack Abramoff et de Randy Cunningham, les frasques de Bernie Kerik, le waterboarding, les condamnations de Ted Stevens, la grâce présidentielle pour Marc Rich, Webster Hubbell qui décide de plaider coupable, l’imbroglio Monica Lewinski, l’affaire Iran-Contra, la grâce présidentielle dans l’affaire Iran-Contra, le fiasco des savings-and-loan, la BCCI, etc. – nous sommes atterrés de découvrir à quel point notre gouvernement peut-être à la fois indigne et corrompu.

L'électrochoc

Ces scandales à répétition ne devraient plus nous étonner –et pourtant, ils finissent toujours par nous surprendre. Pourquoi? Est-ce parce que, lorsque le scandale retourne le gazon de nos hypocrisies (et que nous apercevons toutes les petites bestioles qui grouillent en dessous), nous sommes heureux de voir nos dirigeants venir promptement tasser la terre; heureux de les voir rétablir notre innocence pastorale, et de les entendre nous jurer d’une voix mielleuse que ces vils malfaisants ne sont que des cas uniques, isolés, et qu’ils seront punis comme il se doit? Notre éducation nous condamne-t-elle à voir le fonctionnement du monde sous un angle désespérément naïf? Est-ce tout simplement un défaut d’attention?
L’organisation de Julian Assange – et les autres sources d’informations de ce type – ont valeur d’électrochocs; elles nous tirent de cette apathie. Certes, Assange est un égocentrique prétentieux; les mauvaises coupes de cheveux et la grandiloquence sont ses marques de fabrique. Et de fait, il agit souvent sans envisager toutes les répercussions potentielles de ses actes. Mais si vous pensez qu’une personne odieuse et colérique ne mérite pas d’être entendue, j’aimerais vous présenter deux bons milliers de journalistes de ma connaissance…
Le concept même de WikiLeaks est plus effrayant que tout ce que les documents que l’organisation a pu diffuser, ou que tout ce qu’Assange a réalisé au cours de sa carrière: il restaure notre méfiance envers les institutions qui contrôlent nos vies. WikiLeaks nous rappelle qu’à tout moment, un dossier criminel digne d’être diffusé peut être pioché dans une base de données, que ce soit au Pentagone ou au département d’Etat. Assange semble avoir fait de Wall Street sa prochaine cible: selon DealBook (le blog économique du New York Times), WikiLeaks aurait désormais la Bank of America en ligne de mire. Assange l’avait déjà annoncé à demi-mot; en 2009, il déclarait à Computerworld qu’il détenait cinq gigaoctets de données issues du disque dur d’un cadre de la BoA; interrogé par Forbes ce mois-ci, il a dit vouloir dévoiler un véritable «écosystème de corruption». Dans une récente interview accordée à Time, il a réaffirmé son intention de vouloir s’en prendre aux banques.

Un coup sérieux à la prérogative du secret

Les révélations militaires et diplomatiques devraient donc laisser place au dossier financier. Wall Street est une cible bien différente; les entreprises visées ne pourront masquer leur incompétence et leurs fautes à coup d’accusations hypocrites – prétendre qu’Assange représente une menace pour la sécurité nationale, qu’il a violé l’Espionage Act de 1917, que ses actes sont passibles de la peine capitale… Mais je suis sûr qu’ils invoqueront le secret industriel, le copyright, le droit à la vie privée – en somme, tout ce qui pourra faire office de poudres aux yeux. Ils imiteront Clinton – plutôt que de défendre leur comportement, ils choisiront d’attaquer les méthodes et les pratiques d’Assange.
Comme le soutenait récemment The Economist, «le secret est un outil indispensable à la sécurité nationale et à la conduite d’une diplomatie efficace.» Mais il est également une «prérogative qui peut être employée pour dissimuler les méfaits de l’État permanent et de ses agents privilégiés». 
Assange et WikiLeaks ne sont pas parfaits – mais leurs récentes révélations ont porté un coup sérieux à la prérogative du secret. Certes, ces fuites rendent service aux alliés, aux adversaires et aux ennemis des Etats-Unis; ce qu’on dit moins, c’est qu’en en forçant l’Amérique à répondre de ses actes, WikiLeaks lui a fait le plus beau cadeau de tous. Comme le disait I.F. Stone, «tous les gouvernements mentent – mais lorsque les hauts fonctionnaires d’un pays se mettent à fumer le haschich qu’ils refourguent, le désastre est assuré.»
Traduit par Jean-Clément Nau

WikiLeaks et Aftenposten

Le journal Aftenposten vient se mêler à la publication des câbles diplomatiques de WikiLeaks, et il n'a pas été invité par le deal du club des 5. Sous couvert de professionnalisme nos 5 "journaux de référence" nous servent-ils une version édulcorée des câbles en question ?

Ce journal norvégien est en train de contourner la stratégie de communication de WikiLeaks: l’Aftenposten, journal à la réputation sérieuse qui compte parmi les plus lus et les plus influents de Norvège, s’est procuré les 251.287 câbles diplomatiques détenus par WikiLeaks, et ce sans le consentement de l’organisation de Julian Assange. 
La stratégie de WikiLeaks depuis le début du «Cablegate» a été de fournir ses câbles à cinq médias partenaires que sont The New York Times aux États-Unis, The Guardian au Royaume-Uni, Der Spiegel en Allemagne, El Pais en Espagne et Le Monde en France. WikiLeaks a accepté les conditions (qui n’ont pas été révélées) des cinq rédactions impliquées dans la publication des documents et de leur analyse, qui sortent au compte-goutte. Jusqu’ici, moins de 2.000 des 251.287 câbles ont été publiés sur le site dédié de l’organisation. Le rédacteur en chef de l’Aftenposten, Ole Erik Almlid, a confirmé détenir l’ensemble des câbles diplomatiques de WikiLeaks, sans préciser la façon dont il se les est procurés. La grande différence entre l’Aftenposten et Le Monde ou The Guardian, c'est que le journal norvégien a les mains libres, même s’il refuse de comparer sa situation à celle des médias partenaires de Wikileaks:
L'avantage d'Aftenposten est sa liberté vis-à-vis des cinq journaux partenaires. Des partenaires dont Julian Assange a déploré les choix,  ces journaux  masquent des noms qui figuraient dans les télégrammes, ce qui va à l'encontre de sa conception de la transparence.
Pour le moment, Aftenposten s’est concentré sur les câbles concernant la Norvège, et plus particulièrement les relations avec les États-Unis, la Chine ou encore les grands groupes norvégiens cités dans les documents. «Nous allons continuer à publier de nouveaux articles dans les semaines et les mois qui viennent, et pas seulement sur la Norvège.» Le journal a mobilisé 20 à 30 de ses 350 journalistes pour travailler sur les documents, à l’aide d’un moteur de recherche qui leur permet de parcourir les câbles sur un gros serveur.
Parmi les perles publiées on trouve de curieuses révélations sur la France:
La France, plus encore que la Chine et la Russie, serait le pays le plus actif en matière d'espionnage industriel chez ses alliés européens, rapporte mardi le journal norvégien Aftenposten sur la foi de télégrammes diplomatiques obtenus par WikiLeaks
Aftenposten, qui a obtenu par un moyen non connu en décembre la totalité des 251 287 documents diplomatiques de WikiLeaks, reproduit aussi, en norvégien, les propos en ce sens du patron d'un groupe allemand cité par une note de l'ambassade. "La France est l'empire du mal en ce qui concerne le vol de technologies, et l'Allemagne le sait", aurait déclaré en octobre 2009 Berry Smutny, directeur général du petit fabricant allemand de satellites OHB Technology. Cette société s'est fait connaître du grand public en janvier 2010 en remportant aux dépens d'Astrium, filiale du géant EADS, un contrat pour la construction de plusieurs satellites destinés au programme de navigation Galileo, futur "GPS" européen.
Lundi, Aftenposten avait déjà fait état d'une concurrence franco-allemande en matière de satellites espions. Selon des notes obtenues par WikiLeaks, l'Allemagne chercherait à développer, avec l'aide des Etats-Unis, son propre programme de satellites d'observation optique (HiROS) malgré les objections de la France, qui pilote les efforts européens dans ce domaine avec ses satellites Hélios.

lundi 3 janvier 2011

Observatoire de wikipedia

 "Le mythe de la neutralité. 
Socrate contre les Sophistes"
"Observatoire de wikipedia qui se prétend une encyclopédie, sans spécialistes ni vérification d'experts, chacun est libre d'écrire ce qu'il veut grâce à l'anonymat : une pseudo-encyclopédie où prospère la propagande et l'irrationnel. Blog de réflexion sur la culture." 

Tel se présente un Blog qui fait la critique de la pseudo-Encyclopédie wikipedia.
L'idée est bonne. Ce wikipedia squate littéralement  la tête des étudiants et autres Bisounours avec une déconcertante facilitée, presque une référence dictatoriale qui désinforme et en premier lieu sur le concept même d'Encyclopédie.
Songez un instant que  la fameuse Encyclopédie fut le produit des lumières et quelle réussite, une écriture sublime et une rédaction composée des meilleurs de cette époque: Diderot, d'Alembert...
Une Dream Team inoubliable.
On est loin de l'actuel wikipedia complètement aux mains des désinformateurs officiels et directement piloté par les groupes de pressions et mafias qui corrigent en permanence les articles pour manipuler l'opinion et abrutir leur public... 
Seulement voilà le blog: http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com, pourtant un "Blog de réflexion sur la Culture"  écrit par un "Professeur de philosophie", est truffé d'inexactitudes scandaleuses  et cela même lorsqu'il s'agit de banalités comme l'histoire pourtant récente de l'Internationale Situationniste.
Soit notre phisolophe cherche à nous nuire, soit et c'est encore plus grave, il ne sait même pas de quoi il parle (ce qui ne nous étonneraient pas venant d'un Prof de phisolophie...).
Comme son article a déclenché un débat sur son blog et qu'il est abondamment commenté par une ribambelle d'idiots, Voir les 84 commentaires qui s'empressent  de donner leur pauvre opinion sur L'I.S. comme sur tout le reste, nous nous devons de rétablir quelques vérités.
L'I.S. a bien été dissoute en 1972 par Guy Debord, il n'y a donc pas de ou des Situationnistes, ni officieux, ni officiels. Le courant post-situationniste ne peut en aucun cas être désigné comme étant "Les situationnistes"  ce qui supposerait une sorte de filiation secrète ou avérée. C'est en ce sens que Debord a agit par dissolution et c'était évidement la chose a faire.
Si nous avons depuis une dizaine d'années utilisé les noms de domaine  www.situationniste.net et www.situationnist.net (avec la Fôte c'est voulu) c'est pour couper l'herbe sous le pied des récupérateurs qui s'empressaient d'acheter ces noms de domaine pour les exploiter et faire leur sale besogne. Il suffit de jeter un œil sur le web et ses archives pour voir ces gens vendre leur soupe infecte en utilisant ces noms "porteurs"...
Nous voulions une balise qui ne serve pas nos ennemis et permette de diffuser quelques bonnes idées indispensables a la saisie de l'époque, tout simplement.
Pour wikipedia il est utile d'ajouter que l'article en question date de 6/7 années, une époque ou les désinformateurs étaient encore des Artisans du mensonge, aujourd'hui nous sommes passé à l'ère industrielle !
Chaque coterie politico-idéologico-médiatique entretient un dispositif de désinformation "en temps réel" sur cette fausse encyclopédie qui fait tant et le fait si mal.
Quant à ceux qui s'intéressent à la Théorie Révolutionnaire et donc aux travaux des situs, ils ont déjà compris que le dépassement de l'IS passe par d'autres travaux entrepris depuis 1986 par la Critique de la Valeur (Wertkritik) dont on trouve de nombreux textes sur ce blog ( Kurz, Jappe, Roubine, Briche, Vincent, Postone...)
Comme aussi par l'hypothèse très pessimiste de Michel Bounan ou encore par les amis de  Vaneigem et leurs projets désobéisseurs. D'autres existent aussi mais si éloignés qu'on peut les dire perdus... 
Au moins on pourra facilement nous "situer".

PS:  En 7 années nous n'avons reçu que 2 lettres sur ce sujet et elles émanaient des wikipedia. Depuis que ce blog a remis en ligne le même texte on se bouscule au portillon, ce qui tendrait à prouver que l'éventuel lecteur cherche d'abord à "Donner son opinion" car en effet il s'agit là d'un Forum...
 Tonton Bob et Cie
 
 

QUI A PEUR DE L'EAU ?


L'AVENIR N'A PAS DE FUTUR...
Une énergie alternative sans aucune pollution ! Le marché mondial du pétrole serait menacé, une révolution, l'énergie utilisant de l'eau comme carburant deviendrait gratuite, et cela changerait fondamentalement le fonctionnement du monde et ruinerait le capitalisme définitivement.
Stanley Meyer est l’inventeur du moteur à eau. Il a imaginé extraire l’hydrogène de l’eau, par une application inverse de l’électrolyse, consommant moins d’1/2 ampère. Alexandre Tchernovsky (mort subitement en 1992) travaillait déjà sur ce qu’il appelait « l’énergie du vide » et avait mis au point un appareil produisant cinq fois plus d’énergie qu’il n’en consommait, suivi dans ces expériences par Hal Puthoff, qui appelle ça « energie du zéro absolu ».
L’invention de Stanley va beaucoup plus loin : dans un bac en plexiglas, pourvu de barres métalliques, il verse de l’eau du robinet, alimente en courant (moins d’un demi-ampère, pour une fréquence de 20 000 hertz par seconde) Et ça marche : il fabrique plusieurs centaines de pour cent d’énergie de plus qu’il consomme, et produit de l’hydrogène. La température de l’eau contenue dans le container en plexiglas ne change pas. Son invention est donc un « séparateur d’eau », qui fractionne l’eau en oxygène et hydrogène.
Il a mis des années a obtenir l’agrément des scientifiques, ceux-ci voyant d’un mauvais œil un chercheur, petit ingénieur, sans le moindre diplôme scientifique, venir leur voler la vedette. Il y a toujours eu un large fossé qui sépare les inventeurs des scientifiques.
Une équipe de scientifiques anglais a observé que Stanley Meyer a décomposé avec succès de l’eau pure en gaz combustible grâce à des impulsions à haute tension, et faible courant mesuré en milli-ampères. Ils ont remarqué que suffisamment de gaz était produit pour fournir une flamme qui a fait fondre instantannément de l’acier.
La revue Eye-Witness estime que Stanley Meyer a développé un système électrique qui peut extraire de l’eau ordinaire (sans chlore !) des mollécules d’hydrogène et d’oxygène avec peu d’énergie, bien moins d’énergie que ce que requiert une électrolyse habituelle. En septembre 91, Stanley Meyer a donc fait breveter son invention (aux Etats-Unis, au Japon et en Europe) et a tout de suite eu plusieurs propositions.
On l’a poliment prié de laisser sa découverte dans un tiroir contre 1 milliard de dollars. Il a reçu aussi des menaces de mort. Car cette invention est une menace pour tout ceux qui vivent de l’énergie du pétrole, puisqu’elle mettrait l’énergie quasi gratuite à la portée de tous : pensez donc, toutes les sociétés qui vendent de l’énergie feraient faillitte !
D’après Paul Czysz (ancien chercheur à la Nasa, et qui est en contact avec eux sur l’avancement de la recherche), la Nasa a passé un contrat avec Stanley Meyer.
Mais en 2006, Stanley est mort empoisonné. Et son invention avec lui. Avant de disparaître, il avait installé un nouveau prototype de son invention sur un Buggy, le réservoir de celui-ci ne contenant que de l’eau.
Qu’importe, une brèche est ouverte, et les internautes peuvent même se procurer ses brevets en tapant sur un moteur de recherche le nom de l’inventeur. Il y a onze brevets déposés : leur liste est en ligne, et chacun peut se les procurer en écrivant à : « Commissioner of Patents & Trademark, Washington dc 20231 USA »
"A son époque Albert Einstein (bien que scientifique) était considéré par le milieu officiel de la science comme un trublion fantaisiste peu fiable et caractériel, on voit ce que ça a donné. Les grands découvreurs ont été (et sont toujours) des anticonformistes ayant le courage de s’opposer à la connerie ambiante, y compris à celle des autorités scientifiques, dépositaires d’une orthodoxie sclérosée."

http://inventin.lautre.net
"L'imagination est plus importante que la connaissance." Albert Einstein
"Le possible est plus riche que le réel." Ilya Prigogine, La fin des certitudes.

dimanche 2 janvier 2011

L'impact de Tchernobyl revu à la hausse : près d'un million de morts

 L'Académie des sciences de New York a consacré un numéro de ses annales à la catastrophe de Tchernobyl. Les effets sanitaires sont effrayants.

 
Combien de morts la catastrophe de Tchernobyl, survenue en 1986 a-t-elle causés ? Derrière cette interrogation, c'est toute la dangerosité de la filière électronucléaire qui est posée. Elle n'est donc pas anodine, en ces années de retour en grâce de l'atome et de lobbying intense des milieux nucléocrates. La question semble élémentaire ; mais lui apporter une réponse se révèle ardu. L'Organisation mondiale de la santé (OMS), dont on serait en droit d'attendre qu'elle serve de lieu d'expertise à ce sujet, est en effet liée de manière contractuelle depuis 1959 à l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA). Résultat : elle a toujours fait le black out à ce sujet.
 
Un lien incestueux qui est dénoncé par un collectif antinucléaire — Independant-WHO (pour une OMS indépendante). C'est ce groupe qui organise depuis 2007 un piquet de protestation quotidien devant le siège de l'organisation onusienne.
 
En septembre 2005, un colloque de l'OMS avait abouti à un chiffre extravagant démontrant la mainmise du lobby nucléaire : il n'y aurait eu que 4000 morts liés à la catastrophe de Tchernobyl. Une position qui avait été dénoncée comme «négationniste» par les associations de défense de l'environnement. Vu le tollé, l'OMS avait ensuite quadruplé ces estimations, sans fournir d'explication à ce sujet. Le chiffre «officiel» est donc aujourd'hui de 16'000 décès.
 
Bien loin des chiffres réels, les travaux sur le terrain menés en Ukraine — lieu de la catastrophe —, en Biélorussie et en Russie — pays qui ont subi de plein fouet le retombées radioactives — donnent des chiffres beaucoup plus élevés : entre 600'000 et 900'000 vies perdues.
 
Recherches précieuses
 
Si l'on considère uniquement les liquidateurs, cette «chair à neutrons» utilisée pour déblayer les décombres de la centrale, on compte d'ores et déjà près des 125'000 morts (sur les 830'000 personnes mobilisées).
 
Jusqu'à présent, ces travaux, notamment ceux du professeur Youri Bandajevski et du professeur Vassili Nesterenko (décédé en 2008) ont été disqualifiés par les experts occidentaux prompts à mettre en doute toute recherche n'émanant pas du cénacle des grandes universités.
 
Cela sera un peu plus difficile à l'avenir : l'Académie des sciences de New York a consacré au début de l'année 2010 un volume de ses annales [Alexey V. Yablokov, Vassily B. Nesterenko et Alexey V. Nesterenko, consulting editor Janette D. Sherman-Nevinger, «Chernobyl. Consequences of the catastrophe for people and the environnement», Annals of the New York Academy Of science, Volume 1181. Prix : 96 euros] à cette problématique. Une validation ou, du moins, une entrée dans le champ scientifique occidental de ces années de recherches. «On peut bien sûr beaucoup critiquer les ex-républiques soviétiques, mais s'il y a un domaine où elles étaient avancées, ce sont bien sur les disciplines techniques et scientifiques où leurs chercheurs étaient de haut niveau», relève Alison Katz, coordinatrice de l'association Independant WHO, qui diffuse cette étude dans les milieux critiques face à l'atome.
 
Les effets sanitaires observés sur le terrain sont encore mal connus. L'ouvrage met en évidence toute une série de pathologies liées à la radioactivité et guère documenté dans la littérature officielle.
 
Traduction précieuse
 
L'ouvrage est volumineux et très technique. Ce sont près de 5000 articles et recherches qui ont été condensés et, surtout, traduits en anglais, langue de communication scientifique par excellence. Le matériau est fort riche. Les auteurs ont notamment eu accès à des données encore classifiées il y a quelques années. Introduites dans certains modèles épidémiologiques reconnus, ces chiffres obligent à reconsidérer l'ampleur de la catastrophe.
 
Ils mettent en évidence l'ampleur des retombées radioactives : 10 milliards de curies (soit 200 fois plus qu'initialement prévu et 100 fois plus que les retombées générées par les bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki). Entre 1986 et 2004, ce sont ainsi près d'un million de personnes qui ont perdu la vie de par le monde.
 
Pollution durable
 
Un chiffre plus élevés que certaines extrapolations menées au début des années nonante. Certaines études — celles qui avançaient des hypothèses pessimistes — tablaient alors sur un chiffre équivalent, mais sur une quarantaine d'années. Il semble donc avoir été atteint en la moitié moins de temps.
 
Dans la région fortement irradiée — Biélorussie, Ukraine et Russie —, le taux de certains cancers a progressé de 40%. Mais l'ouvrage évoque aussi les retombées mesurées en Europe du Nord, en Amérique du Nord ou en Afrique : la radioactivité de Tchernobyl peut être mesurée dans les sédiments du Nil. Et elle est là pour des durées d'ordre géologique (de 20'000 à 200'000 ans).
 
Philippe Bach
Le Courrier, 30 décembre 2010.

LE PIRE EST À VENIR

« Demain, ça ira mieux », clament en choeur le militant politique et le travailleur social. Le progrès est en marche. Le sens de l'Histoire va dans la direction du mieux être. Même le curé s'y colle, qui promet aux malheureux le bonheur éternel - pour après l'après. Mais non, mais non. Cessez de bêler, petits moutons. Tout cela n'est que billevesées. Il faut se rendre à l'évidence : le pire est à venir.
On dit « la crise » : ça fait trente ans qu'elle dure. A ce compte, ce n'est pas une crise, mais une chute sans fin. Ceux qui espèrent en voir le bout feraient bien de réfléchir à quoi il pourrait ressembler, ce « bout ». Car la situation peut encore et encore empirer. Il n'y a pas de limite à la dégradation des conditions. Sauf évidemment leur suppression.
Les finances se creusent. Les spéculateurs spéculent. Les politiciens sont corrompus. Les militaires tuent et torturent. Les flics aussi. Les pères battent leurs épouses et leurs enfants. Les enfants battent les chiens. Les maîtres font pleurer les écoliers et les écolières, qui appellent au secours leurs grands frères pour qu'ils punissent les maîtres. Le joli monde moderne est plus barbare que l'ancien.
Le pire arrive.
Et la nature ne va pas mieux. Les étés se réchauffent. Les cyclones ravagent. Les inondations inondent. Des maladies apparaissent qui se transforment en épidémies. Les virus mutent. Les médecins mentent. Les journalistes matent. La bouffe fait mal. L'air intoxique. L'eau empoisonne. Les gens n'ont plus confiance dans ceux qui s'occupent d'eux. Tout le monde se méfie de ses représentants.
Le pire arrive, mais pour qui ?
Car les serviteurs se mettent à insulter leurs employeurs. Les collégiens disent merde à leurs profs. Les gens ne votent plus. Des casseurs pillent les supermarchés. On brûle des écoles. Même des prisons s'enflamment. Les églises et les mosquées se vident. Des jeunes de plus en plus jeunes se livrent à la débauche. On castagne les gardiens de l'ordre. Des travailleurs sabotent leurs machines. Les scandales se multiplient. Des patrons affolés se pendent. Les donneurs d'ordre s'égosillent en vain. Les penseurs ne savent plus où donner de la tête. Tout part en miettes.
Pour qui le pire est à venir ?
A nous de choisir.

Paul, juillet 2010

samedi 1 janvier 2011

Histoire de l’assassinat de Paris

Guy Debord tenait en haute estime ce livre et son auteur. 2 justes  c'est peu même pour une aussi triste époque...
Réédition discrète d’une étude longtemps tenue secrète, L’Assassinat de Paris, de Louis Chevalier, sur la réévaluation de l’habitat et de l’environnement parisien. Un rapport accablant sur les rêves technocrates de la grande peur de l’an 2000 : la mythologie du moderne selon la pensée libérale.

"Personne ne se serait souvenu du bon Samaritain
s’il n’avait eu que de bonnes intentions.
Il avait aussi de l’argent." - Margaret Thatcher

En passant par hasard devant la librairie des éditions Ivréa, je remarquais un curieux livre en vitrine, dont le nom et le titre m'évoquaient vaguement quelque chose. Louis Chevalier : L'Assassinat de Paris. Un bandeau rouge signalait "Le Prix des bouquinistes". J'avais déjà entendu parler de ce bouquin, j'étais sûr d'avoir cherché à me le procurer, il y a quelques années déjà, en vain. Même les bibliothèques de la ville ne le possédaient pas. La librairie étant fermée, j'allai chez plusieurs autres du quartier Latin pour le trouver. Impossible. Introuvable. Je finis par en dénicher un exemplaire défraîchi dans un vague rayon "Histoire de Paris", au bout de quelques heures de recherche. C'était bien celui-là. Un bouquin publié pour la première fois en 1977 par l'historien de Paris, éminent professeur au Collège de France, camarade de khâgne de Georges Pompidou dans les années 30, qui était mystérieusement passé à la trappe... Au dos du volume, le nom des éditions Champ Libre de feu Gérard Lebovici, assassiné le 5 mars 1984...
Ça y est ! J'y étais. J'avais appris l'existence de ce bouquin peu ordinaire dans le Panégyrique de Guy Debord. Je retrouvais le passage qui avait attisé ma curiosité : "On pourrait presque croire (...) que j'avais été le seul à aimer Paris ; puisque tout d'abord je n'ai vu que moi réagir sur cette question, dans les répugnantes "années soixante-dix". Mais par la suite, j'ai appris que Louis Chevalier, son vieil historien, avait publié alors, sans qu'on en parle trop, L'Assassinat de Paris. De sorte que nous avons été au moins deux justes dans cette ville, à ce moment là." Sans qu'on en parle trop. On apprend dans la remarquable préface de Claude Dubois que "L'Hôtel de Ville se sera seulement employé, en douceur et en profondeur, à bazarder son livre de la devanture des librairies." Et pour cause : ce livre était carrément impie, blasphématoire. Alors que la ville venait la même année de se doter d'un nouveau maire, ce qu'elle n'avait pas fait depuis 1871, Louis Chevalier tirait à boulets rouges sur les criminels qui avaient bistourné, estropié, mutilé, défiguré et bousillé bien proprement Paris.
Paris l'usine et Paris mangeoire, Paris le royaume des bagnoles et de la pollution, c'était donc eux. Ça avait commencé en 1958, à l'époque où le mot "moderne" faisait tourner toutes les têtes, surtout celles bien ignorantes mais savamment diplômées de l' E.N.A., Polytechnique ou H.E.C., qui rêvaient, terriblement ambitieuses et sottement orgueilleuses, de réussir dans la vie.
Il y a quarante ans. Et ils y ont réussi, les frénétiques ; bien que, naturellement, ce furent les plus robustes et les plus costauds qui dévorèrent les moins forts pour s'empiffrer seuls de ce qu'il y avait à croquer : des millions et des milliards. La glorieuse époque des promoteurs, ceux qui ont bétonné tout ce qui bougeait et respirait. Bon sang ! J'avais un trésor entre les doigts. Un volume de 316 pages, brossé au vitriol, avec des explications claires et précises. La description de l'horlogerie du Diable, le portrait des horlogers, des noms à la clé (certains sont tus par pudeur), et le tableau de cette monstrueuse et misérable folie de ces hommes, de l'incomparable gabegie qui eut toute licence de faire tout et surtout n'importe quoi. L'ignoble curée des chantiers de démolition, les coups de boutoir lugubres dans le ventre des maisons qui gémissaient en s'effondrant, la déportation vers les banlieues nouvelles, ces paradis de la modernité et du bien vivre comme on l'a bien compris à peine vingt ans après, le massacre à la tronçonneuse des arbres, les voies rapides, la langue parisienne arrachée par la tenaille de la bouche de Paris et le trou des Halles, en attendant la mise en place de la prothèse culturelle du Centre Beaubourg, le projet de traverser le parc Monceau d'une voie "express", les voies ferrées, les gares, le canal Saint Martin qui ont failli être embétonnés, recouverts par impératif d'une circulation qu'ils contrariaient... La construction du Front de Seine, "ce front fait pour ne jamais rougir", l'invasion des tours au crâne plat "tels ces monstres que le cinéma japonais nous montrait, dressés sur leurs arrières, broyant les villes de leurs membres avortés" -dont la trop fameuse Tour Montparnasse, "la grande vilaine"-, le débarquement généralisé du sinistre, avec les succursales de banques pour funèbre et sombre oriflamme, dont le visage le plus fermé est celui qui en dit le plus long... Tout y est dans ce livre, imprimé avec l'énergie de la colère et du désespoir, et exposé en détail, minutieusement, avec ordre et méthode, l'administration méritant bien cet égard. Les règles et les principes d'une raison cartésienne rendue folle, les pauvres "technocrates" (le néologisme est de l'époque) n'ayant lu qu'en diagonale rapide le Discours de la méthode.
"Inscrire séparément trois fonctions que doit satisfaire l'organisation urbaine : habiter, circuler, travailler". En commençant par le déplaisir, tout le reste suivra. Le tertiaire avec le tertiaire ("alors que personne n'a jamais su ce que cela voulait dire exactement..."), le commerce de luxe avec le commerce de luxe -la vitrine, toujours, indispensable pour couper de la vie-, en bref : "Conférer des vocations à chaque quartier de la ville (étrange vocation que l'on confère !)". Passons. Et tiens, tant qu'on y est, ce marché aux fleurs et aux oiseaux qui niche, oh incohérence !, auprès de la Chambre de Commerce : lui couper l'eau pour l'obliger de partir ! Mais pour aller où ? Impériale réponse : Ailleurs... A l'appui, les Bulletins municipaux de l'époque. Noir sur blanc.
Louis Chevalier n'y va pas avec le dos de la cuillère, il nous en sert même de franches louchées. Il tire à vue et l'on en apprend de bien bonnes. A vomir de rire ou de dégoût : les collusions entre les administrateurs et les bétonneurs, l'incroyable et irréversible gâchis, la billebaude, le bredi-breda et la culbute au sommet, pas pour rien ! Mais pour des paquets de millions de milliards... Rien que pour ça ! Où le sinistre finit toujours par l'emporter sur le grotesque. Les pauvres ont toujours payé et paieront toujours, tel est l'ordre naturel des choses, vu au travers des lunettes fichées sur des faces compassées, la raie au milieu, techniciens supérieurs d'une chose ou d'une autre, en général de leurs intérêts propres, autorisés en tout cas, personnages suffisants et arrogants, le cul libéral graisseux planté dans un fauteuil de velours indifférence satisfaite. Avec l'interdiction absolue de critiquer bien entendu. Loi du silence. Un certain nombre de "Messieurs" ont ainsi repensé Paris, dans divers salons confortables de la ville, à l'heure des digestions flatulentes et sans se retenir entre soi d'éructer de gras projets bien moches (et les trouvant beaux, projets qui finalement, de leur point de vue, arrangeraient tout le monde). Tout au moins, le reste s'en accommoderait.
 
-- Années 60-70 --

"Repenser Paris...", tel était le mot d'ordre de ces jours obscurs et malignement entêtés, comme si Paris et son histoire avaient été pensés une première fois, bien mal et n'importe comment sans doute, comme si son présent et son avenir dépendaient évidemment de la "pensée" hautaine et inculte de ce cénacle de spécialistes en "urbanisme", faisant tout reposer in fine sur la fatalité de la "conjoncture" que ces techniciens polycompétents entendaient bien entendu dans le sens de la nécessité économique, alors que : "la conjoncture, au sens ancien du mot, est pleine d'incertitude, de hasard, elle signifie la nature et la vie".
Louis Chevalier nous explique parfaitement bien, en 316 pages d'une écriture pétrie de culture classique -mais qu'est-ce que le "classique" sous le talon du jeune homme moderne, sinon de la merde de chien des rues- ce que les jeunes chiens libéraux modernes ont rêvé de Paris (lâchons-le tout de suite, le rêve se résume à sa pauvreté : le Paris de l'an 2000, pour un public d'Isola 2000. On aura tout dit.) et taillé à la mesure de ce qui leur convenait : un parking souterrain pour des travailleurs à l'étage, un air irrespirable, une prolifération "de boutiques à manger qui coupent l'appétit et de boutiques à aimer qui tuent l'amour" pour entretenir une armée anonyme de travailleurs portables mobilisables et jetables à merci ; des magasins éphémères d'objets machins branchés, des supermarkets (le mot sent le vieillot ? non il est moderne) qui pensent à nous, cette violente publicité qui cueille la connerie à un degré si bas pour se croire et se faire croire spirituelle et authentique, qu'elle en est pathétique à défaut d'être touchante... La liste est consternante et sans fin.
Réactionnaire, ce chien des rues, Louis Chevalier ?
Non. À la lecture de ce livre, on comprend que la pensée réactionnaire est une pensée qui se borne à bétonner l'histoire, pour faire comme si la dictature intégrée du moderne n'avait pas eu un premier jour, ayant pour elle des circonstances, des facilités, des compromissions suspectes, des intérêts grossiers et vulgaires à défendre, pour ensuite faire accroire à tous qu'il en a toujours été ainsi. L'interdiction de contrarier est liée à l'obligation d'oubli. Du point de vue de l'usurpateur qui avant tout tient à faire oublier qu'il vient d'arriver, le réactionnaire est celui qui ose braver l'interdit et soulever la dalle de béton de l'oubli commandé, désiré, voulu.
Nostalgique, Louis Chevalier ? Oui. Et à fond. On devine vite que ce n'est pas de gaieté de cœur qu'il dut inscrire à l'en-tête de son livre ce vers de Rutilius Namatianus, poète du Bas-Empire : Les villes aussi peuvent mourir. De fait, le bousillage est effarant. Mais qu'est-ce qui a vraiment disparu ? "L'existence collective dont l'existence de chacun quoi qu'il fasse et à tous moments, qu'il travaille, qu'il s'amuse, qu'il se promène, qu'il mange, qu'il dorme, se trouve transformée, exaltée...".
Mais alors pourquoi s'emmerder à lire un vieux furieux qui n'est pas réactionnaire, mais bougrement nostalgique ?
Parce que Louis Chevalier décrit, compare, mêle ses souvenirs à ceux des autres, traite des faits et des textes officiels, établit des parallèles, cite des témoins dignes de foi - c'est-à-dire des romanciers et des poètes -, fait un gigantesque travail d'historien spécialiste de Paris. La langue est savoureuse, foutrement bien construite, classique, adroite, acérée, comique et ne rate jamais sa cible : "la litanie de l'imposture".
Parce qu'on apprend de la plume d'un écolier du XIVe siècle que : "Vivre ailleurs, c'est exister au sens relatif du mot, secundum quid ; vivre à Paris, c'est exister au sens absolu, simpliciter".
Parce que l'événement 68, "inexplicable", "incompréhensible" pour la presse commémorante du printemps 98, est limpide pour le vieux chien des rues : "Un refus des jeunes de vivre dans un milieu urbain nouveau, dans cette ville nanterrisée qui par son ennui, sa laideur, sa bêtise, son béton, par l'asservissement auquel elle condamne, résume ce dont ils ont horreur. Fantastique retournement ! Paris vomi par les jeunes après avoir été pendant des siècles leur paradis, la ville où ils accouraient de partout, persuadés d'y trouver tout ce dont ils pouvaient rêver, le plaisir, l'amour, la réussite, la gloire, en un mot, la vie".
Le mal est donc fait : la nuit. Passez muscade. Il y fallait une volonté certaine pour mépriser à ce point le goût de vivre. Parce que ce livre est rare et magnifique.
source
Denis Lambert

Lire aussi: Les "Commentaires sur la SdS" de Guy Debord
Et:  "Cette mauvaise réputation--" (en P2P pour les fauchmans...)

Louis Chevalier, L’Assassinat de Paris, Éditions Ivréa
A avoir vu absolument : l'exposition "C'était l'an 2000, le Paris des utopies", actuellement à l'Hôtel de Ville, jusqu'au 3 octobre 1998, entrée gratuite. Édifiant...
Les Éditions Ivréa : 1, place Paul Painlevé, Paris 5e.

Une armée de justiciers



 La révolte des luddites contre la machine industrielle
Pendant plus de deux siècles, la révolte des ouvriers luddites a été diffamée, enfouie, refoulée par les historiens de toutes les écoles.
En 1963, Edward P. Thompson, historien communiste – mais libre d’esprit – produit dans son livre The Making of the English Working Class (1) un chapitre d’épopée, « Une armée de justiciers », qui fait mieux que réhabiliter les luddites. Trente ans avant Marx et le Manifeste du Parti Communiste (1847), ces derniers critiquent en actes la dissociation entre moyens de production et rapports de production. Ils se battent pour l’autonomie ouvrière, contre l’asservissement à la machine, pour la survie de leur communauté et la fierté de l’ouvrage bien fait.
Depuis ce livre pionnier, des études sur les luddites se multiplient. Les leçons que l’on tire de leur combat pourraient-elles supplanter le marxisme comme horizon indépassable de notre temps ? D’après son préfacier, Miguel Abensour, « Le chapitre sur le luddisme (“Une armée de justiciers”) constitue un petit ouvrage à lui seul. »
Le voici.

Pièces et Main d’œuvre ; Black Star (s)éditions

Pour découvrir l’histoire des luddites en France, on se reportera au livre paru aux éditions L’Echappée en novembre 2010 : Les luddites en France - Résistances à l’industrialisation et à l’informatisation (collectif, coordonné par Cédric Biagini et Guillaume Carnino).
(1) Editions Victor Gollancz. Traduit en français sous le titre La Formation de la Classe Ouvrière Anglaise, Paris, Ed. Le Seuil / Gallimard [Coll. Hautes Etudes], 1988 par Gilles Dauvé, Mireille Golaszewski et Marie-Noëlle Thibault. Présentation de Miguel Abensour.

N.B. : « Une armée de justiciers » correspond au chapitre 14 (p. 426-543) de la 3e partie (« Présence de la classe ouvrière ») de l’ouvrage de Thompson. Ce chapitre est publié en deux brochures (à télécharger ci-dessous).
Par souci de clarté, nous avons classé les notes de Thompson indiquant des références. Certaines d’entre elles, qui ne sont pas nécessaires à la bonne compréhension du texte, sont signalées ainsi : [*xx] et se trouvent en fin d’ouvrage. En revanche, celles qui nous paraissaient nécessaires font l’objet de notes de bas de page. Quant à nos propres références, elles comportent la mention : [NdBS] pour [Note de Black-Star].
Certains passages du texte comportent un grand nombre de majuscules. Il ne s’agit pas d’erreurs de notre part mais bien d’un style d’écriture qui se pratiquait à cette époque.
Enfin, nous avons également ajouté une brève chronologie du mouvement luddite à la fin de la deuxième brochure. Celle-ci est extraite de l’ouvrage de Kirkpatrick Sale, La révolte luddite, Briseurs de machines à l’ère de l’industrialisation [Rebels against the futur, 1995], traduit de l’américain par Celia Izoard, Paris, Ed. L’Echappée, 2006.


 1.
La lanterne noire
 « Voici la tête d’un traître ! » En février 1803, le bourreau présenta à la foule de Londres la tête d’Edward Marcus Despard 2. Lui et ses six compagnons de supplice avaient été reconnus coupables de haute trahison (en particulier d’avoir projeté d’assassiner le roi), et ils moururent tous avec courage. Despard proclama son innocence et sa conviction qu’il mourait parce qu’il était « un ami des pauvres et des opprimés ». La foule manifesta sa colère et sa compassion. Les condamnés furent exécutés à Southwark : la presse londonienne affirmait qu’il y aurait très probablement des émeutes et une tentative pour les faire évader s’ils étaient conduits à travers les rues jusqu’à Tyburn ou Kennington Common. Parmi ceux qui assistaient à l’exécution de la sentence, il y avait un jeune apprenti du nom de Jeremiah Brandreth 3. Quatorze ans plus tard, sa tête allait être montrée à la foule massée aux abords de Derby Castle : « Voici la tête
d’un traître ! »
De Despard à Brandreth, la tradition illégale se poursuit. C’est une tradition à jamais plongée dans l’obscurité. Toutefois, nous pouvons l’appréhender de trois façons : d’abord, à partir du matériau dont nous disposons sur les « activités clandestines » de 1800 à 1802 ; ensuite, à partir d’une critique des sources historiques ; enfin, à partir d’un examen de la tradition quasi légale des syndicats ouvriers.
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vendredi 31 décembre 2010

La Dignité des Pourris

 Battisti : l'Italie dénonce "l'affront" de Lula 

Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, a décidé, vendredi 31 décembre, de ne pas extrader vers l'Italie l'ex-militant d'extrême gauche Cesare Battisti, réclamé pour meurtres et emprisonné au Brésil depuis 2007.  L'Italie a réagi au quart de tour : le président du conseil Silvio Berlusconi s'est engagé à poursuivre la "bataille" pour l'extradition. Quant au ministre de la défense, Ignazio La Ruzza, il a jugé "injuste et gravement offensante" la décision du président brésilien.

L'Italie a  annoncé qu'elle rappelait pour consultation son ambassadeur au Brésil. 

La grande majorité des partis politiques, (aussi bien les crapules de la droite au pouvoir que celles de l'opposition de gauche), ont fustigé la décision de Lula. Rosy Bindi, présidente du Parti démocrate (PD, gauche) a critiqué "une décision erronée qui offense la conscience des Italiens". Ex-maire démocrate de Rome, Walter Veltroni, a estimé que "l'histoire de Battisti est celle d'un simple délinquant : elle a débuté en versant le sang de victimes innocentes et elle doit s'achever avec la peine qui lui a été infligée par un tribunal de notre pays". "L'affront du guérillero Lula a dépassé les bornes", s'est indigné un groupe de sénateurs de la Ligue du Nord (parti populiste allié de Berlusconi), en proposant le "boycottage total du Brésil". Une secrétaire d'État, Daniela Santanché, membre de la droite dure, a annoncé pour le 4 janvier une manifestation sous les fenêtres de l'ambassade brésilienne à Rome, sur la célèbre piazza Navona : "C'est une décision que nous ne pouvons pas digérer."

En clair la "Vérité Officielles" doit être maintenue à tout prix... Car ces gens ne seraient pas là ou ils sont sans ces années de manipulation de l'opinion par le Terrorisme d'État. Battisti pose un problème dans la mesure ou ses procès truqués ont été mis en place avec l'aide des principaux indicateurs et agents infiltrés, reconnaitre son innocence c'est condamner tous le système politico-judiciaire italien. Quant à l'Opinion  Publique, elle refuse l'idée qu'elle  est trompé depuis le début, dindon de la farce s'accrochant à la "Vérité Officielle" si rassurante d'un bon gouvernement face aux méchants terroristes.

L'octroi de l'asile politique est une tradition bien ancrée au Brésil, qui a accueilli des dictateurs latino-américains, des guérilleros d'extrême gauche ainsi que des sportifs et des musiciens ayant fui Cuba. Le Brésil avait d'ailleurs déjà accueilli, à la fin des années 1970, d'autres activistes italiens des "années de plomb" comme Pietro Mancini et Luciano Pessina. 

 

A propos d'Alice Debord

On trouve ce fac-similé dans le N°0 (le dernier tome) de la Correspondance Debord. Ceci est important car c'est la preuve que depuis 1973 Guy Debord faisait une totale confiance à sa compagne pour prendre en charge ses œuvres. Alice Debord est donc bien sa Légataire Universelle et à ce titre a tous les droits,  même celui de faire une connerie comme d'interdire la Correspondance de Martos...


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