lundi 21 mai 2012

Splendeurs et misères des travailleurs


Pour une critique de la masculinité moderne 1


La crise du travail est aussi celle de la masculinité moderne. Car le citoyen des temps modernes, dans le tréfonds de son identité, se constitue et se structure en tant que travailleur : cet être entreprenant, ce créateur agissant délibérément et rationnellement, efficace, pragmatique et toujours soucieux de ce que le résultat de ses efforts soit quantifiable. La « sueur de son front » n’est pas indispensable ; de ce point de vue, l’identité masculine moderne est assez permissive. Managers, consultants et fonctionnaires, en dépit de leur costume-cravate, se considèrent comme d’authentiques producteurs, au même titre, sinon davantage, que les ouvriers du bâtiment, des chaînes de montage ou du transport routier. Et s’il est vrai que ces dernières figures ne déclenchent plus depuis longtemps les vocations professionnelles masculines et échoient désormais à ceux qui ne parviennent pas à franchir les obstacles sociaux dans la course vers la catégorie supérieure des emplois de bureau, elles demeurent néanmoins et d’autant plus, sur le plan symbolique, des représentations de la vraie virilité. Prenez un gaillard musclé à demi nu brandissant une clé anglaise ou un lourd marteau, et campez-le devant le décor esthétisé d’un atelier automobile ou d’un haut fourneau, dont vous aurez soin d’agrémenter la propreté presque aseptique de quelques pittoresques taches de cambouis : vous obtenez l’icône de la masculinité moderne.
Les publicités pour les costumes de marque et les parfums pour hommes réactivent des fantasmes d’identification fermement et profondément ancrés dans la structure de l’identité masculine. Ainsi, le frêle et pâle employé de banque ou le directeur des ventes obèse, au souffle court, d’une fabrique de soda, peuvent eux aussi s’identifier à l’homme musclé. Du point de vue physique, ce dernier représente pour eux un rêve à jamais inaccessible ; mais psychologiquement parlant, ils voient en lui quelque chose de plus primordial : les muscles fermes et le corps d’acier sculpté incarnent l’affirmation du pouvoir. Pouvoir sur les autres, sur le monde et sur eux-mêmes. Certes, il peut sembler minable, le pouvoir qui se résume à diriger une poignée de salariés, à évincer un concurrent en lançant une nouvelle boisson gazeuse ou à réaliser un bénéfice supérieur à celui de l’année précédente. C’est en outre un pouvoir extrêmement précaire, toujours menacé et disputé ; car il ne dépend pas seulement de votre capacité (qui peut faire défaut à tout moment) à surclasser la concurrence, mais aussi d’une conjoncture économique sur laquelle l’individu n’a aucune prise. Du fait précisément de cette incertitude, une affirmation de soi permanente et agressive s’avère indispensable.
On ne peut donc pas dire que le corps bardé de muscles en tant que tel constitue l’homme moderne ; il est plutôt l’incarnation d’une fermeté relevant avant tout d’un état d’esprit et d’une préparation mentale. « Un homme, un vrai », se doit d’être dur envers lui-même comme envers les autres. Le biceps saillant symbolise le self-control, la discipline et le refus ; le pouvoir de la volonté sur son propre corps. L’esprit est tout disposé à obéir mais la chair est faible ; l’homme doit donc commencer par la dompter s’il entend maîtriser tout le reste. C’est ici que l’on s’écarte de l’ancienne notion d’un esprit sain dans un corps sain. Certes, celle-ci proclamait déjà la dissociation du corps et de l’esprit, mais leur relation équilibrée restait cependant à l’ordre du jour. En revanche, le point de vue moderne met l’accent sur la tyrannie de l’esprit qui soumet le corps à sa volonté. Le « libre arbitre », se rêvant détaché de toute sensualité, condamné à lutter contre elle en permanence justement parce qu’il la nie, et vivant dans une angoisse mortelle à l’idée qu’il pourrait perdre ce combat, constitue le noyau socio-psychique de l’individu mâle.

Le travail de désensualisation

Cette identité masculine moderne répond à la perfection aux exigences du travail dans notre société fondée sur la production généralisée de marchandises. Car le travail sous le capitalisme est, par essence, une forme d’activité désensualisée et désensualisante, et ce à plusieurs égards. En premier lieu, son but n’est pas la fabrication d’objets spécifiques mais la production de marchandises comme moyen permettant la valorisation du capital. Les biens ne sont donc pas produits pour leurs qualités sensorielles et matérielles, mais seulement dans la mesure où ils représentent une certaine quantité de valeur et contribuent ainsi à transformer une somme d’argent en davantage d’argent. A cet égard, la matérialité de la marchandise n’est qu’accessoire : un « mal nécessaire » (Marx), dont on ne peut malheureusement pas se dispenser, car alors le produit serait invendable. Deuxièmement, la production de marchandises va de pair avec une totale indifférence pour les ressources naturelles ; celles-ci n’importent, en définitive, qu’en tant que matière brute à exploiter, et continuent par conséquent d’être englouties avec la plus imperturbable inconscience, alors même qu’on sait depuis belle lurette que cela engendre d’épouvantables catastrophes menaçant l’existence de dizaines de millions de gens. Troisièmement, le travail sous le capitalisme est également une forme d’activité désensualisée en ce qu’il s’inscrit dans une sphère particulière et séparée des autres sphères de l’existence, une sphère astreinte uniquement à la logique de la rentabilité et de l’efficience, et où il ne reste pas la moindre place pour les fins, les besoins et les sentiments rebelles à cette logique.2
Quatrièmement, enfin, cette forme de travail ne se traduit pas uniquement par un mode de production historiquement spécifique : c’est l’ensemble du contexte social qu’elle détermine de manière tout à fait fondamentale. Ainsi, loin de se borner, sur un plan quantitatif, à transformer directement un nombre croissant de domaines de l’existence en secteurs économiques et en opportunités d’investissement, le travail dans la société capitaliste a surtout pour particularité de constituer le principe central médiatisant les rapports sociaux ; une médiation qui prend essentiellement la forme de l’objectivation et de l’aliénation. Car la construction de ces rapports ne se fait pas sciemment, par la concertation ou la communication directe ; c’est au contraire via l’interdépendance des produits du travail qu’ils se construisent : par le fait que les hommes, à la fois, se vendent en tant que force de travail, et produisent des biens qu’ils écoulent sur le marché en vue de réaliser un profit. D’une certaine manière, on peut donc dire que les gens communiquent entre eux à travers les produits du travail, conformément au code objectivé de la logique capitaliste. La médiation du travail n’est ainsi que la subordination des hommes aux lois tacites de la valorisation, qui possèdent leur dynamique automatique propre ; s’y opposer équivaut à s’insurger contre d’inviolables lois naturelles – alors même qu’il s’agit en réalité d’une forme de rapports sociaux.3

Le monde, ce corps étranger

Imposer aux quatre coins du globe cette forme historiquement inédite d’activité et de rapports sociaux n’aurait pas été possible sans la création d’un certain type anthropologique lui correspondant et garantissant son bon fonctionnement. Aucune forme relationnelle, fût-elle objectivée, ne peut exister indépendamment des individus sociaux ; il faut qu’elle passe sans cesse à travers eux et soit en permanence activement reproduite. Ce type anthropologique adéquat n’est autre que l’homme moderne, sujet du travail et de la marchandise, pour qui le monde se conçoit essentiellement comme quelque chose qui lui est extérieur, un corps étranger dans lequel il pénètre et évolue. Le rapport qu’il entretient avec son environnement social et naturel, avec les autres hommes, voire avec son propre organisme et les sensations qu’il éprouve, est un rapport aux choses. Des choses qu’il manipule, organise, considère de manière objective : des objets soumis à sa volonté. Il n’est pas jusqu’à ses émotions que le sujet moderne ne cherche à gérer et réguler sur le mode utilitariste. Et s’il échoue régulièrement dans ce projet, en dépit du nombre effarant de livres qui prétendent l’y aider, il n’est cependant pas près d’y renoncer.
La manifestation la plus symptomatique de ce rapport au monde et à soi réside certainement dans la vente par le travailleur de sa force de travail, qui entraîne la perte de la maîtrise de son corps et sa brutale soumission aux impératifs de la logique capitaliste. Et que celui qui travaille à son compte ne s’imagine surtout pas échapper à cette logique ; comme les autres, il est contraint de devoir faire abstraction de ses besoins sensoriels et des qualités physiques de la marchandise qu’il produit, laquelle ne représente pour lui qu’un moyen de gagner sa vie : de la valeur et rien d’autre. Comprenons bien, toutefois, que nous ne parlons pas d’un acte de soumission passive à une contrainte purement extérieure : la subjectivité moderne est structurée en fonction de cette contrainte. De cette façon seulement obtient-on qu’elle fonctionne sans relâche, qu’elle objective et s’auto-objective pour toute la durée du procès de travail, sans pourtant qu’aucun garde-chiourme armé d’un fouet soit nécessaire. La contrainte extérieure se double d’une contrainte intérieure. C’est précisément ce qui explique que le modèle objectivant d’action et de comportement ne se cantonne pas aux sphères du travail et de l’économie, mais imprime sa marque sur l’ensemble des rapports sociaux. Dans la mesure où la conduite qu’on attend de lui exige une tension et un effort constants, et où l’échec menace en permanence, à tel point que la pression se révèle à la longue insupportable, le sujet moderne du travail et de la marchandise éprouve une véritable haine envers les minables qui ne parviennent pas à s’adapter à cette double contrainte ou qui la refusent en bloc.4
C’est d’abord l’éthique protestante du travail qui éleva au rang d’idéal ce type anthropologique capable de se détacher de sa propre sensualité et de se penser lui-même comme l’agent d’une réussite sociale objectivée. A une époque où le mode de production capitaliste concernait à peine quelques îlots clairsemés sur l’océan de la société féodale, l’histoire des idées annonçait les exigences futures des rapports sociaux médiatisés par le travail et la marchandise, contribuant ainsi de façon non négligeable à leur diffusion et à leur généralisation. Dans la réalité, il fallut encore des siècles pour que le type d’homme satisfaisant à ces exigences se constitue et devienne la norme. Toute l’histoire de l’avènement et des premiers temps du capitalisme peut se lire comme celle d’un violent dressage – qui est à la fois un autodressage – des êtres humains, afin de les transformer en sujets du travail et de la marchandise, mais aussi, parallèlement, comme le récit de la résistance acharnée qui se dressa contre cette transformation, avant d’être finalement vaincue.
Le fait que, dans ce processus, la forme sujet moderne ait été bien déterminée également du point de vue sexuel, en sorte qu’elle corresponde à l’identité masculine moderne, s’explique en premier lieu par la longue période de domination patriarcale qu’avait connue l’humanité, domination que la société capitaliste prolongea à sa manière et transforma. Le paradigme identifiant l’homme à la pensée abstraite et la femme à une sensualité tout à la fois dévalorisée, désirée et combattue, suit une longue tradition : remontant au moins à la Grèce antique, il fut adopté par le christianisme, qui le consolida tout en le réinterprétant en fonction de ses besoins propres. Dans la société capitaliste, cependant, où la tendance à l’abstraction et à l’objectivation du monde devient le mode universel de socialisation, ce paradigme acquiert une importance nouvelle et centrale, dans la mesure où il entre fortement en résonance avec les fondements même de la structure sociale. Le dressage des hommes pour en faire les acteurs de l’objectivation plonge ses racines dans certains aspects de la structure de la masculinité patriarcale d’antan qui, outre une identification à la raison, abritait surtout une identification à la figure du guerrier, du conquérant brutal. Mais étant donné l’objectivation de tous les rapports sociaux modernes, ces figures sont rassemblées dans une forme particulièrement cohérente et compacte : « l’homme ».
Cette forme n’aurait pas pu s’imposer sans la création d’une contre-identité féminine réunissant à l’inverse tous les traits qui n’entrent pas dans le système de coordonnées de la construction identitaire masculine, dont, par conséquent, le sujet moderne ne peut tolérer la présence en lui et d’avec lesquels il doit faire sécession. Ainsi s’explique la construction de l’« autre » féminin : la femme sensuelle, émotive et impulsive, incapable de penser logiquement ou de planter un clou dans le mur mais soucieuse des enfants, du ménage et du bien-être de « son » homme. Outre qu’elle stabilise l’identité du sujet mâle, l’invention de cet « autre » instaure et légitime une division sexuelle du travail parfaitement adaptée à l’entreprise capitaliste, puisqu’en libérant le travailleur des tâches de la vie quotidienne, elle lui permet de se consacrer pleinement au travail et à la production de marchandises.5

Le travailleur à l’heure de la crise

Aujourd’hui, bien que ce carcan identitaire féminin soit remis en cause à la fois par le mouvement féministe et par la large implication des femmes dans le procès de travail capitaliste, il reste malgré tout étonnamment présent et inscrit au cœur même de ce procès. D’une part, en effet, si un certain nombre de femmes ont conquis des positions de pouvoir dans la société, elles n’y sont parvenues qu’au prix d’une adaptation aux standards masculins en matière de travail, de concurrence et de performance abstraite. D’autre part, à l’échelle de la société tout entière, elles n’en conservent pas moins la charge de la plupart des fonctions domestiques et de soin aux enfants. Et l’on ne parlera même pas de la réification du corps féminin pour les fantasmes érotiques des hommes : un simple coup d’œil aux affiches publicitaires et aux couvertures de magazines suffit à démontrer de manière incontestable à quel point elle est ancrée dans les mœurs.
A première vue, la persistance de ces identités sexuelles diamétralement opposées accompagnant le capitalisme peut sembler surprenante. Mais, tant que les rapports objectivés que sont la marchandise, l’argent et le travail structureront la société, le sujet mâle inscrit dans ces rapports perdurera également. L’actuel processus de crise, qui jette par millions les gens au chômage ou les oblige à accepter des conditions de travail de plus en plus précaires, ne contribue nullement à les renverser. Car, bien que la crise ait fait voler en éclats l’un des principaux piliers de l’identité masculine, elle conduit en même temps à une concurrence accrue dans tous les domaines de la vie quotidienne. Sous les conditions que nous vivons, les traits traditionnels du mâle moderne – fermeté, assurance, insensibilité – paraissent plus utiles que jamais. Il ne faut donc pas s’étonner si le culte de la masculinité fait un retour en force aujourd’hui, entraînant dans son sillage un surcroît de violence raciste et sexiste. Une critique radicale du sujet moderne structuré en tant que travailleur mâle apparaît donc, particulièrement dans ce contexte de crise globale, indispensable à l’ouverture de nouvelles perspectives d’émancipation sociale.

                                                                                                          Norbert Trenkle1
Deutsche Version English version

1 Article paru en 2008 dans la revue allemande Krisis : http://www.krisis.org/2008/aufstieg-und-fall-des-arbeitsmanns. [NdT]
2 « Cette sphère [du travail] est devenue autonome et supérieure aux autres. C’est seulement dans la société capitaliste que le travail devient son propre principe d’organisation, parce que c’est seulement ici que la production, son élargissement et les exigences qui en dérivent deviennent la raison d’être de la société. Dans les sociétés précédentes, la production avait pour but de créer de la richesse matérielle et concrète, mais celle-ci était à son tour au service de la reproduction de l’ordre social donné », Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise, 2003. Cf. également Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale, 2009. [NdT]
3 « Le vrai sujet est la marchandise », A. Jappe, op. cit., p. 98 ; « [La valeur] entre, pour ainsi dire, dans la peau des hommes et en fait les exécuteurs dociles de sa logique », ibid., p. 91 ; « Dire que le travail du menuisier est “dans” la table est en vérité une pure fiction, une convention sociale. Aucune analyse chimique de la table ne peut y retrouver le “travail” qui l’a créée. [...] Croire que les marchandises “contiennent” du travail est une fiction acceptée par tous les membres de la société marchande. Cette “loi” prétendue n’est pas du tout une base naturelle que le fétichisme voile – comme le veut le marxisme traditionnel – mais est elle-même un fétichisme, un totémisme moderne », ibid., p. 228-229. [NdT]
4 Cette contrainte structurellement implantée ayant ses limites – qu’on songe, notamment, à la vague de suicides chez France Télécom (plus d’une cinquantaine depuis 2008) –, le travailleur a désormais massivement recours à la pharmacopée antidépressive… en attendant la mise au point des neurotechnologies du contrôle : « [...] les singes qu’ils ont ainsi modifiés, au National Institute for Mental Health [sic], abandonnent leur habituelle procrastination pour se mettre au travail de façon désintéressée et accomplissent les missions qu’on leur confie avec une ardeur sans pareille, même sans punition », Pièces et main d’œuvre, Clinatec : le laboratoire de la contrainte, 2011. [NdT]
5 Cf. Roswitha Scholz, « Remarques sur les notions de “valeur” et de “dissociation-valeur” » et Robert Kurz, « La femme comme chienne de l’homme », in Illusio n°4/5, 2007 ; articles disponibles en ligne à l’adresse : http://palim-psao.over-blog.fr/article-dossier-critique-de-la-valeur-genre-et-dominations-47134207.html. [NdT]

jeudi 17 mai 2012

Défense du cancer français

Chaise en PVC




Intéressant échange entre porteurs de moignons mais encore salariés et PMO.







Un peu de sérieux, il n'y aura pas de ré-industrialisation française.
Seulement  du temps gagné pour le système capitaliste agonisant par François et sa clique pour tenter de maintenir l'ordre sans faire intervenir les nervis NAZI (comme en Grèce) ou l'armée (comme bientôt en Grèce).
Les "Luddites" de PMO demandent aux derniers ouvriers:
"...encore un effort dans le combat pour la vie. Vous, qui mourez en première ligne, encore un effort de cohérence pour tirer les conséquences de ce que vous savez. Le chlorure de vinyle tue ? Supprimons-le. Même communiste, autogéré, verdi, responsable, durable et citoyen, il n’y a pas de PVC propre et il ne peut pas y en avoir. Parce que nous sommes cohérents et que nous tirons des conséquences, nous refusons le PVC, quels que soient ses usages.../..."
Et ils ont raison.
Encore un effort
"Luddites" de PMO pour cerner au plus près les conséquences définitives du "fétichisme de la marchandise".


Défense du cancer français : séquelles

10 avril 2012 par Pièces et main d’œuvre

Vendredi 6 avril 2012, nous avons publié un texte intitulé « "Réindustrialisons" : quand "Là-bas si j’y suis" défend le cancer français ».
Celui-ci pointait l’angle mort d’un reportage consacré à la cession du pôle vinylique d’Arkema à un « vautour » américain : l’absence de toute mention du caractère homicide de la production de ce pôle. Cette lacune étant évidemment liée aux positions politiques du producteur, du journaliste et des intervenants de cette émission, qu’on n’insultera pas en disant que, syndicalistes, militants du Front de gauche ou journalistes engagés, ils font actuellement la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. On n’étonnera non plus personne – ni eux-mêmes - en rappelant que le Parti communiste, le Parti de gauche, la CGT et Là-bas si j’y suis soutiennent le parti de l’industrie et de l’emploi à tout prix.

De toutes les réactions suscitées par notre texte, nous avons choisi de répondre à celle qui nous paraissait la plus poignante et la plus instructive, celle peut-être qui permet pour une fois d’aller au vif du sujet.


Version prête à circuler:

mercredi 16 mai 2012

Le désespoir et la colère en Italie


Cela fait dix jours que la machinerie médiatique européenne cherche à nous vendre le scénario soigneusement écrit du Spectacle Terroriste Made in Italia.
Lorsque montent les tensions sociales en Italie c'est une constante de miser sur La Brigade Rouge qui de nos jours est affublée du joli nom de FAI pour "Anarchistes Informels" Fédérés.
L'exercice est toujours le même, manipuler l'opinion publique en sur-vendant une "menace terroriste" Fast-food avec du bleu flic partout et des sirènes hurlantes pour imposer le réflexe "pavlovien" de Peur et ainsi se donner les moyens extra-légal d'interdire toute contestation au profit de manifestations sur-encadrées et faisant l'apologie du contrôle social syndicalisé.
L'affaire est bien huilée et des télés aux syndicats toute la machinerie répressive se met en marche, le coupable désigné est anarchisant...
Un excellent texte génois explique en détail ce que signifie en réalité l'irruption des "jambisateurs informels" leurs actions débiles en apparence et leur revendication coupé/collé pour en mouiller beaucoup d'autres comme à l'habitude.
Bien qu'indispensable il n'est pas certain que ce texte soit suffisant pour bloquer la machinerie contre-révolutionnaire en Italie. Cette fois les syndicats devront appeler à la grève pour soutenir préventivement un encadrement qui pourrait bien être victime de la Paix Sociale Terroriste...

"sept nouveaux attentats en Italie, pour chacun des sept «frères grecs»" bla blablabla bla assurément un beau métier journaliste...

Lire ici:"I puntini sulle i

mardi 15 mai 2012

Pussy Riot


 Les Féministes punk 

Qui assurent que Poutine chie dans son froc...

et en appellent à la Vierge Marie.



Action Des Pussy Riot

http://freepussyriot.org/fr/news-fr

Le 11 mai, la cour de justice de Moscou a confirmé le maintien en détention de Maria Alekhina. Une décision similaire avait été prise le 19 avril au sujet de Nadjda Tolokonnikova et Ekaterina Saloutsevitch. Les avocats des trois jeunes femmes ont décidé de porter plainte auprès de la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg.
Le soutient international s'organise car elles risquent  sept ans de prison pour Blasphèmes, une peine déjà prononcée en Russie dans le passé pour des accusations de "vandalisme".
Un film documentaire sur les Pussy Riot intitulé "Les provocateurs" décrit leur action comme préméditée dans le but d'offenser les sentiments des croyants et de déstabiliser la société.
 "On les présentent carrément comme des sorcières", d'après Inna Doulkina.

dimanche 13 mai 2012

Les valeurs contre la Valeur


L'illusion selon laquelle il y aurait du libre-arbitre dans le processus de modélisation du monde sur le mode de l'économie marchande persiste dans tous les courants de droite comme de gauche et comme chez tous ceux qui dénoncent les dérives de ce monde mais n'ont jamais saisi son caractère objectif. Comme si il y avait de la Politique au sein du capitalisme ! On en appelle ainsi éternellement à une "meilleure répartition des richesses", à une "transparence" de la part du pouvoir et surtout à la fameuse "moralisation du capitalisme financier" tout en gardant à l'esprit que "l'économie de marché est aussi naturelle que l'air qu'on respire".
 
Mais la revendication moraliste ne s'arrête pas au monde de la finance essentiellement décrié dans la sphère politicienne. Et pas besoin d'être curé pour "s'indigner" d'une forme bien réelle de déliquescence morale qui touche toutes les dimensions de l'existence. 
Lorsqu'un entrepreneur vend de faux produits bios, des prothèses mammaires non homologuées ou des médicaments contaminés, lorsqu'un autre produit un film porno ou qu'un autre assèche un lac en Chine, on peut être certain qu'ils avaient pour eux l'assurance et la bonne conscience moderne résumées par l'adage selon lequel "ce qui se vend est bon, ce qui est bon se vend". Et, quand ça n'est pas tout simplement justifié par un pseudo-réalisme et le "bon sens" des experts, ça n'est souvent qu'à posteriori que ce type d'affaire relève du scandale, une fois que le tour est joué.
 
Les exemples récents du "printemps arabe"1  montrent bien la distance qui existe entre les ambitions et les possibilités d'action dans le domaine morale.
Les régimes autoritaires d'avant le 14 janvier 2011, se prévalant pourtant d'être les héritiers des mouvements de libération anti-coloniaux, poursuivirent le processus de "modernisation de rattrapage" installé par les colons eux-mêmes. Ils récupérèrent positivement les concepts progressistes de l'idéologie des lumières accompagnant la mise en place du système moderne de production et de distribution de marchandises tel qu'il se pratiquait déjà en Europe et aux États-Unis. Après avoir abandonné le pouvoir militaire, les anciens colons maintenirent la relation d'interdépendance à coup de contrat sur les matières premières ou d'envoi de touristes toujours plus nombreux. En échange, les anciens pays colonisés respectèrent les deux conditions indispensables à une bonne circulation de la valeur : répression de l'intégrisme et contrôle de l'immigration, et ce par tous les moyens. Le double développement capitaliste, matériel et idéel, s'implanta comme ce fût le cas en Europe, mais sur un terrain beaucoup moins défriché notamment sur le plan idéologique. Ce qui eu pour conséquence la valorisation du domaine religieux comme une forme de résistance à la domination étrangère. Il ne resta plus à cette tendance qu'à trouver une organisation et des leaders politisés pour devenir ce qui existe maintenant sous les noms de "Ennahda" en Tunisie ou des "Frères musulmans" en Égypte. Ces organisations, clandestines avant le "printemps arabe", en devenant des autorités sur le plan politique se présentent comme des gardes-fou face à la décadence inhérente à la modernité venue de l'extérieur. C'est donc au nom de l'Islam et d'une identité musulmane que se battent ces militants inspirés par un souffle divin dans la lutte contre la perversion des valeurs. C'est sans compter sur les "réalités du marché" que ces nouveaux chiens de garde de la morale s'imaginent atteindre leur but. Lorsque les besoins de l'économie tunisienne ou égyptienne se feront sentir quel dirigeant oserait mettre un frein au "développement" du pays au risque de perdre toute crédibilité ?
 
De même que l'écologie doit être critiquée comme une critique partielle2 ne prenant pas en compte la dynamique réelle capitaliste, l'idéologie moraliste n'a aucun avenir, si ce n'est celui de l'obscurantisme, sans s'appuyer sur les vrais raisons de l'effondrement.
Le monde de la marchandise ne répond qu'à ses propres besoins et n'a de limite que parce que la réalité concrète en a. Tant que le processus de valorisation peut se faire, il se fera ; faisant en sorte de passer toutes les frontières qu'elles soient naturelles, idéologiques ou morales. Devant le rouleau compresseur idéologique et matériel, aucun bon sentiment ne pourra rien sans la critique plus profonde des catégories fondamentales capitalistes que sont le travail, la marchandise, l'argent ou l’État.
 
 
1- Si "printemps arabe" il y a eu, nous pouvons dire avec assurance que son rude et long hiver fût le fait d'une complicité à peine voilée de la part des pays "démocratiques" européens et américains. 
2- "Ne changez pas le climat, changez le système" comme le dit Hugo Chavez qui, malgré cela, n'est qu'un pitre nationaliste chantre d'un nouveau modèle de capitalisme d’État.
http://critiquedelavaleur.over-blog.com
 

vendredi 11 mai 2012

La Vie renaît sur les ruines de la secte Olievenstein-Patriarche

Tour de Gué du camp

Un collectif réquisitionne le hameau La Fallot qui fut autrefois la propriété d'un sinistre camp pour toxicomanes de la secte du Patriarche.



Un intéressant projet collectif se met en place, ironie de l'histoire, sur les lieux même ou la fameuse secte haïssable du Patriarche lessivait l'esprit et détruisait le corps des toxicomanes du temps du couple Olievenstein-Engelmajer, fondateurs du Patriarche.
Personne n'est en mesure d'évaluer sérieusement le nombre de morts et de malades directement produit par cette secte. Le SIDA et les hépatites ont trouvées leur meilleur terrain chez ces pauvres bougres enfermés ici avec le concours de la Justice et des familles, dans ce prestigieux Goulag Anti-Tox, du nom de leur journal de propagande.

L'affreux Docteur Olievenstein en combattant les traitements médicaux de "Substitution" et en répandant dans les médias son idéologie sectaire et criminelle est le principal Tueur en série de toxicomanes.
On lui doit  de basses injures contre le célèbre musicien pacifiste et libertaire Syd Vicious, traité de NAZI par ce fou furieux. Olievenstein l'ennemi juré des PUNK qu'il traitait de fascistes sur tous les plateaux de télévision lui le sectaire et principale fondateur des camps de concentration "Le Patriarche". Il s'en prendra de toute sa haine au groupe Punk Les Olivensteins.
Il régnera des lustres sur l’hôpital Marmottant ou se bousculaient ses futures victimes. Principal inspirateur du néant en matière de santé publique des usagés de drogues pendant trente années en France.
Lire ici: http://sites.google.com/site/tracesautonomes/home/suite-sida 
et ici: http://sites.google.com/site/tracesautonomes
Les exploits du Docteur Fou.

Une vingtaine de personnes issues du monde associatif et militant ont investi il y a deux semaines un hameau appartenant au centre social Cantoloup-Lavallée héritié de ces ruines de la secte du Patriarche.
Depuis le 22 avril, le collectif La Paz occupe le lieu à l’abandon depuis une dizaine d’années appartenant au centre médico-social, à l’Isle Bouzon dans le Gers. Les pierres apparentes de La Fallot, qui fut autrefois la propriété du Patriarche sont depuis plusieurs années laissées à l’abandon. L'association Patriarche qui prétendait soigner les toxicomanes dans des lieux de vie pseudo-communautaire a été signalée comme sectaire dans un rapport de 1995.

"...Nous y vivons à une dizaine sans l’accord du propriétaire.
Il y a 8 bâtiments à retaper, 5 hectares (bois et prairies) et 3 sources.
Nous pensons qu’en mettant en place des activités ouvertes au public, gratuites et solidaires, nous réussirons à tendre le rapport de force en notre faveur.
Nous voudrions faire de cet endroit , un lieu ouvert à toutes et à tous, un lieu :
Paysan : Potagers, pisciculture, élevage, basse cour…
Culturel : Ateliers artistiques, concerts, bals, projections débats…
Solidaire : Accueil temporaire de précaires, aide et repos..."

Le collectif Assolapaz, originaire du Gers, du Lot-et-Garonne et de Toulouse, a investi le hameau La Fallot qui comptent plusieurs habitations, des bassins de pisciculture, une vieille piscine et cinq hectares de terrain, sur la commune de L’Isle-Bouzon.

Souhaitons une grande réussite aux camarades qui squattent ces lieux pour y faire renaître la vie.
Seule la vie peur venger tant de souffrances et de morts inutiles.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1336728599.jpg
                                                                                            
                                                                  Contact: assolapaz@gmail.com


Voir sites de prévention contre les sectes:
http://www.prevensectes.com/patriarc.htm 
http://www.prevensectes.com/dianova.htm

mercredi 9 mai 2012

Sortir de l’économie ?


Voici un texte de Jappe du 25 mai 2011 sorti d'un PDF articulé en trois parties et tiré d'un débat public à Bourges.

Nous avons choisi ce seul extrait car il est facile à aborder et résume assez bien la "Théorie de la Valeur" défendu par Jappe, qui dit préférer l'expression "Critique du Fétichisme de la Marchandise" probablement trop Debordiste pour plaire à ses amis...
Serge Latouche et ses amis du MAUSS sont mieux connu en France, depuis les années 80 au moins, ils animent le courant "Anti-utilirariste".
Un an plus tard la situation en Grèce (21 nazi au parlement) ne semble pas leur donner raison quant aux directions à prendre pour survivre à cet effondrement du capitalisme "à la Grecque". C'est bien la principale faiblesse de leurs analyses respectives des chemins possibles pour vivre dans fin du capitalisme. Le "localisme" de survie est une impasse flagrante, il faut penser en "réseaux".
 


Deuxième partie: l’exposé d’Anselm Jappe


Je vais commencer comme disait la rhétorique ancienne, par une captatio bene volentiae. Je suis content de revenir à Bourges. Comme disait Serge il est effectivement notable qu’une ville relativement petite et qui plus est sans université, trouve toujours un public si large pour discuter. Je pense que si on faisait statistiquement le rapport entre les gens intéressés par ce genre de débat de fond et le nombre d’habitants, peut-être que Bourges est une des capitales intellectuelles de la France !
Je mentionne aussi que l’année dernière nous avions discuté jusqu’à minuit dans le cadre de ces rencontres, j’avais parlé de manière générale du mouvement de la décroissance, j’avais expliqué que je pouvais m’en sentir proche mais j’avais aussi exprimé mes critiques, donc je ne vais pas répéter cela cette année. En plus le texte que j’avais lu a été publié dans mon livre Crédit à mort. Vous savez peut-être, j’ai participé à l’élaboration de ce que l’on appelle la critique de la valeur, il serait peut-être mieux d’ailleurs de l’appeler la critique du fétichisme de la marchandise, une analyse qui se veut radicale du capitalisme contemporain et qui part d’une relecture qui se veut rigoureuse d’une partie seulement de l’œuvre de Marx.
C’est sur cette base que dans Crédit à mort j’ai exprimé également des critiques à d’autres formes contemporaines de critiques sociales, par exemple au marxisme traditionnel, aux thèses de Jean-Claude Michéa, au discours altermondialiste simplement porté contre le néolibéralisme, etc. Je pense que parmi l’ensemble de ces critiques, la décroissance est tout de même une des rares tentatives contemporaines pour trouver une véritable sortie de la crise contemporaine du capitalisme. Je ne vais pas également expliquer ici pourquoi il faut sortir de la croissance économique parce que je ferai vraiment ce que l’on appelle en anglais « prêcher aux sauvés », je pense qu’ici à peu près tout le monde est d’accord. Je voudrais donc ici un peu creuser cette idée de « l’invention de l’économie » portée par Serge Latouche et dégager quelques lignes pour savoir comment « sortir de l’économie », en reprenant ce terme au bulletin Sortir de l’économie que certains ici continuent à rédiger depuis quelques années7. Je vais donc commenter un peu ce sujet et dire pourquoi il faut je pense parfois aller plus loin dans la même direction, il faudrait d’une certaine façon continuer à radicaliser cette critique de l’économie.
Je pense d’abord que Serge Latouche et moi sommes d’accord sur le fait que l’économie n’est pas un fait naturel et transhistorique, ce n’est pas quelque chose qui existe depuis toujours. L’économie c’est quelque chose qui dans une époque historique est venu au monde et qui peut donc également disparaître. Naturellement comme toujours il faut s’entendre sur le mot. Si on entend par « économie » le fait même que l’homme doit faire quelque chose pour assurer sa survie matérielle, l’économie évidemment ne peut pas disparaître. Mais si on l’utilise dans ce sens-là, le mot pratiquement n’a aucun sens spécifique, cela ne veut rien dire. C’est comme avec le terme de « travail » ou avec d’autres mots.
L’économie est donc quelque chose de plus spécifique, c’est une certaine manière d’organiser la reproduction matérielle des êtres humains et c’est cette certaine manière qui tourne autour des catégories comme le travail, l’argent, l’investissement, le retour sur investissement, c’est- à-dire quelque chose qui quand même ne fait pas partie de la nature humaine, car la plupart des sociétés humaines ont vécu sans économie, la vie sociale n’y était pas structurée par l’échange ou le travail. On penser que même jusqu’au XXe siècle, la plus grande partie de l’humanité a vécu à la marge de l’économie. D’ailleurs Marx au début du Capital ridiculisait l’économiste David Ricardo qui pensait que l’échange était quelque chose de transhistorique et naturel, comme s’il y avait déjà de l’échange entre les chasseurs préhistoriques et les pécheurs préhistoriques. En fait Ricardo, le fondateur de l’économie politique, avait déjà rétroprojeté les catégories de l’économie des modernes sur des sociétés complètement différentes. Marx au contraire, si on en fait une lecture rigoureuse, a bien démontré que les catégories économiques comme le travail, l’argent, le capital, la valeur, sont des catégories spécifiquement capitalistes et modernes. Toute la première partie du Capital est ainsi une critique de la marchandise, de la valeur, de l’argent et du travail. Ce ne sont donc pas des données évidentes, parce qu’elles font partie de la seule formation sociale capitaliste.
Malheureusement même parmi les marxistes très peu de monde ont bien lu ou ont pris au sérieux cette affirmation de Marx, et tous les marxistes pratiquement comme tous les économistes bourgeois, ont pratiquement présupposé explicitement ou tacitement que l’argent, la marchandise, la valeur et le travail sont des données plus ou moins éternelles, ou
au moins qu’elles font partie de toute vie sociale développée, et que le seul sujet de débat n’est que celui tournant autour d’une lutte historique sur leur distribution et redistribution. Ce que les marxistes mettaient en question ce n’était donc pas l’existence de la valeur, le fait que l’activité sociale prenne la forme de la valeur marchande, tout l’intérêt de ce débat se déplaçait vers la seule distribution de la plus-value que l’on appelle encore la survaleur en fonction des deux traductions françaises existantes. Tout ce que l’on appelle la lutte des classes, qui était le concept central du marxisme traditionnel, est juste une lutte autour de la
meilleure ou de la plus juste distribution de ces catégories qui n’ont donc plus été mise radicalement en question. Une société meilleure, c’est-à-dire socialiste, était en général imaginée comme une distribution plus juste de l’argent, du travail, de la marchandise, etc. Un dépassement de ces catégories était tout au plus promis pour un avenir très lointain, un
communisme évidemment toujours repoussé aux calendes grecques.
En rupture avec cette éternisation de l’économie dans nos vies, c’est-à-dire cette conception de l’économie comme faisant soit disant partie de la nature humaine, il a été très salutaire durant les dernières décennies de voir que pour plusieurs auteurs, l’économie a été quand même quelque chose qui est venu au monde récemment, notamment au travers de la construction d’un discours économique qui est venu s’établir essentiellement au XVIIe siècle.
Un des premiers à mettre en avant cela a été l’anthropologue Louis Dumont, mais il y a eu aussi Karl Polanyi, Marshall Sahlins, Marcel Mauss, etc. Ces auteurs ont développé une sensibilité majeure pour ces questionnements sur l’économie. Il est d’ailleurs intéressant de noter que ces auteurs qui étaient plus ou moins à gauche comme Polanyi ou Mauss, n’étaient pas marxistes.
Alors invention de l’économie cela peut signifier deux choses. Invention d’une science et d’un discours, et c’est surtout sur ce thème qu’insiste Serge Latouche dans son ouvrage. C’est aussi la mise en place d’une pratique réelle et je vais essayer de davantage insister sur ce deuxième aspect. Je reprends tout d’abord brièvement le premier aspect. Le discours sur l’économie a émergé essentiellement à partir du XVIIe siècle, et ce n’est pas par hasard, en Angleterre et dans des pays qui vont connaître un peu plus tard la révolution industrielle. De
même que la révolution industrielle a été assurément le plus grand changement pour l’humanité depuis la révolution néolithique, on peut dire aussi que probablement la nouvelle
conception de l’être humain comme un simple « homo oeconomicus », l’être humain relevant d’un simple être économique, a probablement été le plus grand changement dans la conception de l’être humain depuis l’antiquité. Je ne veux pas rester trop longtemps sur ce thème, mais il est évident que toute réflexion avant l’apparition de cette économie politique était une réflexion éthique, morale, qui essentiellement partait de l’idée que l’être humain était par nature mauvais et qu’il fallait faire un véritable effort pour le rendre meilleur. Dans ce cadre mental l’idée de quelque chose de meilleur existait. La philosophie et la religion avant le XVIIe siècle tournaient ainsi autour de ce thème central, comment améliorer l’être humain ? La révolution de l’économie politique émerge dans ce cadre mental pour le dépasser, ce dépassement consiste d’une certaine manière à se déclarer vaincu, il faut abandonner cette bataille de l’amélioration de l’être humain, prendre l’humain pour tel qu’il est, et dire que la méchanceté de l’être humain même si elle est avérée peut quand même avoir des conséquences directes extrêmement positives parce qu’elle peut enrichir l’être humain.
Cela a même été présenté comme une doctrine morale. Ainsi Adam Smith n’a pas seulement
écrit la Richesse des nations mais également et très étrangement, une théorie morale dans son livre La théorie des sentiments moraux. L’économie était donc aussi pour lui une certaine conception de l’être humain. Mais bien avant Adam Smith le personnage central de cette émergence de l’économie comme discours était quand même Bernard de Mandeville, et si on peut en effet appeler l’économie comme le fait Serge Latouche, une « science sinistre », Mandeville est évidemment un représentant par excellence de cette science sinistre. Dans la Fable des abeilles, cet auteur affirme que ce sont simplement les vices et la méchanceté humaine qui font que tout le monde s’active et crée de la richesse. D’après lui si les abeilles de sa fable prenaient vraiment à la lettre cette injonction d’être vertueux, ascétique, d’observer le temps de la contemplation et de la prière, il n’y aurait alors jamais de création de richesse.
Tout le discours de Mandeville consiste à proclamer « vive le vice ! », car c’est seulement du vice privé que naîtra le bonheur public, c’était d’ailleurs là le sous-titre de son œuvre. Mandeville est donc véritablement une figure centrale, on a pensé parfois qu’il était un satyre comme par exemple Jonathan Swift dans son fameux discours qui recommandait aux pauvres irlandais de manger leurs enfants, mais par ailleurs on connaît des lettres de Mandeville et d’autres, qui montrent que Mandeville était absolument sérieux dans sa fable. Il n’y a donc absolument rien de satyrique chez Mandeville. Nous pouvons bien sûr retracer une filiation directe entre Mandeville le véritable fondateur de l’anthropologie moderne et l’idéologie néolibérale, mais nous pouvons également établir une ligne directe qui va de Mandeville jusqu’à Sade qui était quelqu’un de véritablement cynique8. Le marquis de Sade ne fait en effet que tirer les conséquences extrêmes de cette idée de Mandeville qu’il n’existe aucune morale, et donc chacun est absolument libre de faire ce qu’il veut et que le meilleur gagne !
D’ailleurs le marquis de Sade qui passe aussi pour un héros de la liberté, se réfère explicitement dans ses écrits aux économistes et aux libéraux.
Au travers de ces différents auteurs, nous avons donc eu probablement la plus grande révolution dans la conception de l’être humain, qui d’un être moral passe à un être qui doit
travailler et consommer. A ce sujet Serge Latouche a cité tout à l’heure le discours de Baldassare Castiglione, mais Castiglione traçait d’ailleurs le portrait complètement idéalisé d’un monde qui même à l’époque n’existait pas comme tel. Je trouve également très caractéristique une autre anecdote que raconte le moraliste du XVIIIe siècle, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort dans ses Maximes et pensées, caractères et anecdotes. Quelques années avant la Révolution française, nous sommes en France nous sommes dans la philosophie des Lumières, mais en Espagne pas du tout, et Chamfort raconte cette petite histoire d’un Français en voyage à Madrid et qui veut visiter le palais royal. Un guide lui fait visiter et lui présente une pièce en lui montrant qu’à cet endroit se trouve le cabinet du roi d’Espagne. Le Français qui cherche à faire un compliment lui répond « Ah c’est ici que travaille votre grand roi ! », mais le guide s’offense immédiatement, « Travailler ? Mais notre roi ne travaille pas ». Et le Français répond « à mais chez nous aussi le roi travaille pour le bonheur de son peuple ». Et le guide se fâche plus encore : « Vous offensez notre monarque, notre monarque est un seigneur ce n’est pas quelqu’un qui travaille comme un serf ». Cette situation montre une équivoque totale entre ces différentes conceptions négative et positive du travail, entre le Français qui est déjà dans cet esprit moderne et l’Espagnol encore évidemment attaché aux vieilles vertus de la noblesse pour laquelle il ne faut surtout pas travailler.
Je suis donc jusqu’ici assez d’accord avec l’ouvrage de Serge Latouche, L’invention de l’économie. Ma critique porte essentiellement sur la question qu’il ne suffit pas de changer de définition, de conception, de vision du monde, il ne suffit pas de parler d’invention de l’économie ou de la déconstruire, parce que l’économie n’est pas qu’une affaire d’imaginaire, ou pas seulement. L’économie est quelque chose qui s’est réellement implantée dans nos vies et dans le monde. Et d’une certaine manière le discours économique ce n’est pas quelque chose qui est inventé par des théoriciens qui seraient seulement méchants, il me semble que le discours économique est venu avec un changement dans la pratique réelle. Aujourd’hui nous entendons de nombreux discours qui me semblent donner trop de poids à la seule question de la construction du discours économique. Cette question a été celle posée par Cornélius Castoriadis, on la retrouve dans la critique de l’utilitarisme au sein de la revue du MAUSS autour d’Alain Caillé, on la trouve aussi chez un auteur comme Jean-Claude Michéa, et d’une autre manière on la retrouve aussi dans la théorie sur les épistèmes de Michel Foucault. Pour ces auteurs, il semble que l’histoire humaine soit essentiellement une question de théories, un jour arrive, nous ne savons pas bien pourquoi, une nouvelle théorie, une nouvelle vision du monde ou un nouveau paradigme émergent et commencent à être acceptés par les gens qui vont alors se comporter selon ce nouveau paradigme. Cela me fait toujours penser à la fameuse phrase de Marx et d’Engels dans la préface à L’idéologie allemande où ils critiquent d’autres philosophes de l’époque, les Jeunes hégéliens, quand ils ironisent sur ceux qui pensent que pour ne plus se noyer il suffirait de se libérer de l’idée de l’apesanteur. Une fois que l’on s’est ôté de la tête l’idée de l’apesanteur, on ne va plus se noyer. Si l’on transfère cela dans le domaine de l’économie, il semble que si les hommes réussissaient à s’enlever de la tête cette idée de l’économie, alors nous allons en finir avec l’économie dans la vie de tous les jours. Et nous trouvons quelques phrases dans ce sens dans L’invention de l’économie où Serge Latouche parle par exemple de l’économie comme d’une « trouvaille de l’esprit humain », une « construction de l’imaginaire un schéma de représentation», ou quelques pages plus loin « selon Castoriadis, c’est sur le terrain de la représentation que se joue le drame de l’invention de l’économie », ou encore par rapport aux artisans du Moyen Âge, que leurs vies besogneuses et laborieuses, matérielles et monétaires de se passer sous la bannière de ce « paradigme nouveau ». Serge disait tout à l’heure en citant Marc Twain, que quand on a un marteau dans la tête on voit tout sous la forme d’un clou. Aujourd’hui nous voyons tout sous forme d’économie. Si on ne pense sécheresse on ne pense qu’à l’argent perdu, etc. Mais il me semble que la société capitaliste ce n’est pas seulement que de l’ordre de l’esprit, dans une société où règne le fétichisme de la marchandise, cela est devenu finalement une réalité.
Ce n’est donc pas seulement une mauvaise interprétation du monde, le fétichisme n’est pas un simple voile jeté sur le monde que l’on pourrait enlever, d’une certaine manière notre représentation fétichiste du monde est aussi une traduction d’une certaine réalité fétichiste. En disant cela, probablement que quelqu’un va me dire qu’ici dans ce que je raconte on ne fait que retourner au matérialisme historique, c’est-à-dire à cette idée qu’il y a d’abord la production matérielle et que au fond toutes les idées ne sont que le reflet de cette réalité productive première. Ce matérialisme historique a été le cheval de bataille du marxisme traditionnel, et il se trouve en partie chez Marx et Engels mais pas sous une forme si extrême.
Il est certain qu’il faut aujourd’hui se libérer de cet héritage du matérialisme historique. Il est évident que dans la formation des sociétés, la simple production matérielle n’est pas toujours le facteur premier. On ne peut pas dire que la philosophie, la religion ou le droit sont une espèce de travestissement de la seule réalité qui serait celle de la production matérielle. Je suis absolument d’accord que nous allons nous libérer de cette espèce de poids du matérialisme historique. Mais j’ai l’impression dans les auteurs que j’ai cités, Jean-Claude Michéa, le groupe du MAUSS, Karl Polanyi, etc., que souvent on renverse simplement le schéma base- superstructure du sablier marxiste dont on reste prisonnier, que l’on retombe simplement dans le contraire du matérialisme historique, dans une forme d'idéalisme qui dit qu’essentiellement ce sont des idées des êtres humains qui gouvernent le monde. Et ce sont finalement les idées de quelques-uns, des philosophes, des grands penseurs, des juristes, etc., qui peu à peu trouvent d’autres acteurs qui vont les traduire dans la réalité. Il me semble qu’il nous faut dépasser les deux termes de cette dichotomie, en faveur de ce que Marx appelle le fétichisme.
Le fétichisme, par exemple celui de la marchandise mais aussi les autres formes de fétichisme, le fétichisme religieux, le fétichisme de la terre dans la société féodale, etc., n’est pas une simple mystification de la réalité comme souvent on le pense. Le fétichisme est une société où les hommes font leur propre histoire mais sans le savoir. Marx quand il se référait au terme de fétichisme se référait au terme religieux, c’est-à-dire le « stade » que l’on croyait être à cette époque le plus primitif de la religion, où le « sauvage » adore les idoles parce qu’il ne sait pas que c’est lui qui a créé ces idoles qu’il a investi de ses propres pouvoirs. Les hommes pensent dépendre de ce qu’ils ont pourtant eux-mêmes créé. Le fétichisme de la marchandise ce n’est donc pas du tout une forme d’adoration affective de la marchandise, il faut vraiment le prendre à la lettre, la marchandise, les marchandises sont pour nous des dieux dont les volontés nous échappent. Par exemple quand on dit, les marché n’ont pas voulu, les bourses ont voulu cela, etc., il semble que nous parlions de divinités complètement autonomes, alors que quand même c’est nous qui faisons le marché. Je pense donc que cette idée d’une constitution fétichiste de la société se situe au-delà des deux pôles, idée et matière du matérialisme historique et de son simple renversement, sans pour autant présupposer quelque chose de déterministe puisque c’est l’être humain qui constitue le fétichisme, mais il n’y a pas non plus des êtres humains qui tirent les ficelles comme pour un certain marxisme traditionnel qui pense toujours qu’il y a toujours des dominants, des classes dominantes, qui organisent d’une manière consciente la société. Pour décrire la société capitaliste il faut je pense dépasser le concept de domination directe qui a été central dans le marxisme traditionnel. Le fétichisme constitue une forme de domination plus spécifique à la formation sociale capitaliste.
La naissance de la pensée économique est donc étroitement liée à la naissance de la réalité économique, sans que l’on puisse déterminer qui de la poule ou de l’œuf est le premier.
Ce sont d’une certaine manière toujours deux choses qui se sont poussés l’un l’autre, mais pas dans le sens banal d’une action réciproque, car il y a des facteurs historiques qui quand ils restent isolés ne peuvent pas avoir beaucoup d’importance, mais il y a des moments historiques où ils commencent à se regrouper et à dépasser un certain seuil. Ainsi en Europe
avant la naissance de l’économie politique comme science, un pas décisif a déjà été franchi vers le XIVe siècle, c’est d’ailleurs à ce moment-là que se détermine l’exception européenne.
Car l’Europe auparavant n’était qu’une partie du monde. Son organisation, son niveau technologique, etc., n’étaient pas très différents de l’empire chinois par exemple. Le véritable saut qualitatif a été opéré au XIVe siècle, notamment au travers de la naissance d’une mentalité du travail dans les monastères, les moines chrétiens ayant été les premiers à donner une conception positive au travail par rapport à toute l’idéologie de la noblesse qui déteste le travail. Désormais travailler manuellement et durement faisait partie d’une vie chrétienne, comme dans la règle de Saint Benoît par exemple. Les monastères ont aussi utilisé cette invention de l’horloge, afin de respecter les horaires pour travailler et pour prier. Ce premier pas est matériel on peut dire aussi idéel si l’on veut, mais ce n’est pas comme si c’était une théorie admise dans le monde. Cependant en tant que telle, dans cet isolement social au sein de ce qui constitué la société plus vaste du Moyen Âge, cette mentalité du travail chez les moines n’aurait pas eu le même effet si cette mentalité du travail n’avait pas rencontré d’autres facteurs matériels. Probablement que ce n’était pas la croissance des marchés, le développement d’une mentalité plus ouverte ou des découvertes géographiques, etc., c’est comme l’a montré Robert Kurz, la révolution des armes à feu qui a fait dépasser un certain seuil qualitatif dans l’émergence de l’économie, de la société capitaliste en Europe. On peut dire que le capitalisme occidental naît déjà avec la force destructrice des armes à feu au XIVe siècle, car avec elles commencent une dynamique qui n’était pas voulue, inventée ou imaginée par personne, une dynamique qui se met en place dans le dos des individus. La guerre étant désormais une affaire de technologie assez coûteuse, c’est-à-dire de machines de guerre et de forteresses pouvant résister aux canons et non plus celle du courage du guerrier, les souverains ne pouvaient donc plus demander aux chevaliers de faire la guerre dans le cadre des liens vassaliques, ils devaient désormais payer des artisans, des ingénieurs et des ouvriers pour fabriquer ces armes à feu et construire ces nouvelles forteresses. Les souverains ont désormais des besoins d’argent importants, c’est à cette époque que les Etats vont commencer à lever des impôts toujours plus élevés sous une forme monétaire, afin également de payer les nouveaux spécialistes de cette guerre hors des rapports vassaliques, les soldats qui selon l’étymologie touchent une solde pour faire la guerre. Le soldat est le premier salarié du monde moderne, qui ne doit pas être payé en nature mais en argent. Soldat qui quitte son travail s’il n’est pas payé. Nous avons là véritablement chez le mercenaire et plus encore avec le condottiere qui organise les soldats, le modèle du salarié capitaliste en tant qu’entrepreneur de la mort. Pour financer toute cette nouvelle forme de la guerre, les Etats commencent donc à prélever des impôts sous forme principalement monétaire, on met la pression sur les paysans et les artisans qui doivent désormais davantage s’engager dans le travail pour arriver à payer des impôts toujours plus élevés. Ainsi la véritable naissance des Etats à la fin du Moyen Âge est liée à cette nouvelle logique de la guerre, auparavant jusqu’au milieu du Moyen Âge le pouvoir était une couche assez superficielle par rapport à ce qui va apparaître au XIVe siècle, existant seulement à partir de la cour royale, mais à partir du XVe siècle le rôle économique de l’État commence à croître de manière importante au travers de cette nouvelle forme de la guerre. Même tout l’or qui afflue des territoires découverts en Amérique ou de la Chine sert essentiellement à financer la nouvelle forme de la guerre. Le capitalisme est donc dès le début une économie de guerre.

Comme on le voit, l’émergence historique de l’économie ce n’est donc pas une simple idéologie de philosophes, de juristes, d’économistes, etc., que l’on peut déconstruire mais un fait historique réel qui n’a pas été voulu ou projeté par personne. Et c’est à partir de ce besoin croissant d’argent que les Etats commencent à instituer les premières manufactures, c’est alors que la politique économique devient centrale dans la conduite de la politique de l’État. C’est donc dans le cadre de cette réalité-là qu’est naît au XVIIe siècle cette forme de réflexion que nous appelons l’économie politique. J’insiste sur ce fait car ce n’est pas seulement une question d’historiographie, si nous voulons sortir de l’économie, il faut certes se libérer de l’emprise de l’idéologie économique mais ce n’est pas suffisant et nécessaire, il faut aussi sortir très concrètement l’économie de nos vies et de notre réalité.
Qu’est-ce que cela veut dire que sortir de l’économie ? Cela ne peut pas signifier sortir de la production matérielle ou du moins pas complètement. Cela veut dire sortir de ce qui délimite l’économie, c’est-à-dire le travail, l’argent, la valeur. C’est-à-dire une forme de vie sociale particulière et assez récente. Toute économie moderne est une économie d’argent, auparavant dans toutes les sociétés précapitalistes les besoins étaient satisfaits avec une sorte de « production » locale, les familles n’échangeaient que des excédents très particuliers contre de l’argent. L’argent avait une fonction très limitée, complètement marginale, il était la médiation d’abord pour l’échange des produits de luxe. Tout cela a complètement changé dans la société capitaliste, dans cette société l’argent n’est plus une médiation, l’argent n’est plus un instrument ou un simple moyen de circulation, mais devient le véritable but de la société capitaliste, la production matérielle y est désormais une espèce de mal nécessaire qui permet de réaliser le seul but véritable, celui de transformer cent euros en cent dix euros.
C’est l’exact contraire d’une production orientée selon les besoins. Ces besoins ne sont pratiquement qu’une espèce de prétexte pour réaliser la seule production qui importe, celle de la production de davantage de valeur qui s’exprime de manière visible dans la multiplication de l’argent. Là où existe l’argent dans cette forme, il y a nécessairement une croissance, parce que tandis que l’on peut échanger un besoin contre un autre, il n’y a pas de sens à échanger cent euros contre cent euros, là où chacun échange de l’argent chacun le fait pour avoir plus d’argent à la fin du processus. Toute société où l’argent est central dans le processus économique, est une société de croissance, nous ne pouvons pas avoir une société
décroissante sans sortir complètement de l’argent. Mais vous allez peut-être me dire que quand même l’argent a toujours existé, et que dans les temps préhistoriques nous échangions déjà des cauris de coquillages, etc., mais ce n’est pas là la question. Il faut distinguer des formes historiques différentes d’argent. L’argent qui nous concerne nous les modernes, c’est l’argent en tant qu’argent comme le dit Marx, c’est l’argent qui représente une quantité de travail, il est donc lié à la double nature de tout travail. Et cela n’est spécifique qu’à la seule société capitaliste. Marx explique que dans la société capitaliste, chaque travail a deux côtés, deux faces, d’un côté ce que le travail crée, par exemple une table. Mais ce même travail dans son autre face a également une face abstraite, car chaque travail est considéré qu’au travers du temps considéré comme nécessaire pour l’exécuter, et cela absolument sans tenir compte de ce que l’on fait. Si par exemple dans la société capitaliste une table a dix fois la valeur d’un livre, c’est simplement parce que dix fois plus de temps en moyenne sociale a été nécessaire.
L’échange d’argent dans la société capitaliste est donc essentiellement un échange de quantités de travail, quantités qui sont par définition indifférentes à ce que l’on produit. C’est là aussi ce qui fait le caractère si destructeur de la production dans la société capitaliste, car la production est donc indifférente à son contenu. Ce n’est pas une question de méchanceté psychologique, comme celle d’un entrepreneur qui préfère fabriquer des bombes plutôt que des jouets, c’est simplement un système fétichiste anonyme et impersonnel où pratiquement ce qui contient plus de valeur gagne sur ce qui contient moins de valeur. Et la valeur n’est que l’expression du travail, toute société capitaliste est donc nécessairement une société du travail, l’émergence historique du travail qui n’existait pas dans les sociétés précapitalistes, est bien expliqué dans le chapitre sur « L’invention du travail » dans le livre de Serge Latouche. Car le travail n’est pas lui aussi une donnée transhistorique, le travail est venu au monde avec l’économie à partir à partir de la fin du Moyen Âge. Évidemment les hommes et les femmes ont toujours fait quelque chose pour vivre, mais le travail, travailler, signifie mettre toutes les activités sur le même plan en faisant abstraction de leur contenu. Travail et travail abstrait c’est à peu près la même chose. Le travail est aussi peu naturel et éternel que l’économie, cela veut dire aussi qu’aujourd’hui aucune défense du travail en tant que tel n’a de sens politique. Il nous faut changer complètement la forme de la synthèse sociale qui ne doit plus passer par le travail. Ce qu’il faut aujourd’hui demander, c’est que la société d’une certaine manière fasse un calcul sur le besoin ou le désir et cherche quelles activités sont nécessaires pour les satisfaire. Savoir aussi quel degré de technologie et d’effort est souhaitable pour réaliser certains besoins, savoir dans chaque cas si cela vaut la peine ou pas.
Cela peut être des questions assez pragmatiques. Mais il est complètement insensé de demander de donner du travail aux gens sans se poser la question de savoir en quoi il consiste.
Tous les gouvernements font par exemple de grands programmes de relance dans l’immobilier, mais cela n’a aucun sens de continuer à construire des maisons dans des pays où la population est stable, peut-être on pourrait bâtir e manière plus qualitative, reconstruire les maisons existantes, mais pourquoi construire des villes entières comme l’on a fait récemment dans la dernière décennie en Espagne, pour seulement avoir du travail. Toute la critique de la croissance doit donc être nécessairement une critique du travail, mais cela ne doit pas être nécessairement un éloge de la paresse. C’est vrai qu’il faut critiquer le culte du travail dans notre société mais pas du tout pour simplement laisser le travail aux machines, c’est-à-dire au profit d’une automatisation du processus de production. Même une activité fatigante peut avoir un côté enrichissant pour l’être humain, comme le travail dans l’agriculture. Mais il faut que chaque activité même fatigante soit nécessaire ou liée à la réalisation d’un but positif pour l’individu, tandis que dans la société capitaliste l’on travaille seulement pour gagner de l’argent, pratiquement sans égard pour le contenu du travail, parce que le travail est d’abord une médiation sociale. Sortir de l’économie ne doit donc pas seulement et nécessairement signifier sortir du culte du travail, car il faut sortir de l’idée et de la réalité présente qui fait que le travail est la base de la vie sociale et individuelle. Il faut dégager une autre organisation des activités sociales qui dépasse complètement ce concept englobant du travail. Je pourrai poursuivre sur cette question, mais il serait peut-être intéressant de passer au débat et voir ce que vous avez envie d’approfondir comme thème.


            Anselm Jappe

Sortir de l’économie ?
 (ou plutôt comment l’économie a été inventée…)
Un débat avec Serge Latouche et Anselm Jappe

dimanche 6 mai 2012

Grèce Révolutionnaire !


La vérité sur le "potentiel Révolutionnaire en Grèce" dont on nous rabat les oreilles depuis 4 ans au moins:

Le parti NAZI va entrer et siéger  au parlement grec après avoir obtenu entre 7 et 8% des voix lors des législatives - Aube Dorée  dispose de 21 députés.

Nous avons toujours dénoncé clairement les désinformateurs de Tarnac ou d’ailleurs qui orientaient dans le cul-de-sac Grec les gauchistes européens. Lire nos précédents articles sur le sujet...

http://debord-encore.blogspot.fr/2011/06/la-grece-au-cur-de-toutes-les.html
http://debord-encore.blogspot.fr/2010/05/manolis-glezos.html


En France la place de la Bastille se tourne la tête avec Saint François...
La prophétie c'est réalisée, le despote nerveux est vaincu.

mercredi 2 mai 2012

Les élection Présidentielles en France

"Rien n'est réel, tout est permis"

Quoi que parfaitement secondaire au regard de l’immensité de la crise finale du capitalisme, les élection Présidentielles en France ont leur importance pour la suite.
On remarque la noyade du sitcom sarkozyste aux nombreuses trahisons dans son gouvernement, jusqu'au Premier Ministre Fillon après une ribambelle de ministres ou ex qui règlent les starting block des prochaine Législatives...

Les mouvements de grèves et de désobéissances dans la police qui avaient commencé à la SDAT s'étendent. Ils avaient débuté juste avant le clip Mérah dont les candidats Hollande et Bayrou avaient compris tout le sens dés le début.  Stoppant leur campagne électorale et se congratulant publiquement  aux obsèques des soldats défunt de Toulouse pour éviter le piège grossier tendu par les barbouzes sarkozystes. 
Photo explicite: Martine Aubry pousse une gêneuse pour mieux Pacser Bayrou, l'affaire est dans le sac pour les futurs Législatives.
Les cars gratuits pour amener les figurants UMP place du Trocadéro étaient squattés par les sympathisants du Front National allant vers leur grande messe Anti-Sarkozy (vote tactique défendu par l'ambitieuse Marine bien plus gourmande que son père et qui prépare un nouveau parti sur les ruines de l'UMP-PMU.)
Dans les aberrations de la campagne électorale de l'UMP on note en plus de l'étalage de toutes les haines d'un public de rentiers en menace de faillite, finalement la PEUR du capitalisme et de ses règles implacables qu'ils ont pourtant toujours défendu avec la force des armes depuis le début de ce système dont ils étaient les principaux profiteurs, croyait-ils.
Derrière le rejet de la "Lutte des Classes" et même des classes, et donc du réel, de la réalité toute crue, se cache la peur de la Fin du Capitalisme inéluctable.
Même en fusillant a tours de bras tous les boucs émissaires qu'ils s'inventent ils se savent perdu...
Certains des plus fous évoquent le pacte Germano-Soviètique dans la crainte d'une alliance fantasmatique Hollande-Le Pen comme une alliance Hitler-Staline...
Les camps pour tous mais pas au Club Med...

Hors de ces fantasmes déments regardons concrètement la direction politique du président déchu. Dans son alliance avec la chancelière Merkel, Sarkozy c'est laissé emprisonné par les banques allemandes dont elle est la représentante contestée dans son pays mais aussi partout en Europe et même aux USA.
La politique de rigueur imposé ne fait plus recette momentanément et seule l'organisation d'une énième Relance à l'échelle de l'Europe est à même de faire gagner encore un peu de temps au système capitaliste.
C'est ce que demandent la presque totalité des États européens, des électeurs Allemands et finalement Wall Street qui ne peut seul remuer le merdier financier dans lequel se débattent Bourses, banques  et transnationales. Hollande a donc de puissants alliés internationaux en plus du clan Chirac...

On peut se demander si Sarkozy ne cherche pas la certitude de perdre ces élections comme un homme de paille qui respecte le contrat signé mais ne souhaite pas rempiler 5 ans de plus. En aurait-il les moyens après avoir joué la guerre civile gagnante depuis le début de son mandat avec désormais pour seuls supporters des gérontocrates, quelques anti-degooche, et quelle infanterie ?

Comme pour l'intermède US "métis de-gauche" après Bush, le scénario "Gauche au Pouvoir" facilite une recomposition de la droite française usée jusqu’à la corde et donc la relance du Jeux Perpétuel dit "Alternance".
L'idéal pour ce Spectacle serait une élection bidon par mois en sus d'une Coupe du Monde de Football par semaine pour mieux mobiliser les dupes du système...
Mais la roue du capitalisme continue de tourner et la réalité ne peut se nier qu'en rêve, le retour d'élastique sera forcément très sec.


"Rien n'est réel, tout est permis" Lire: Vladimir Bartol  Alamut 
Reprise d'un morceau de 1978 de BULLDOZER (période Punk de l'Autonomie parisienne)

dimanche 29 avril 2012

Mais Sarkozy a raison sur le Vrai Faux Travail !



100 ans d'esclavage

C'est même probablement la première et dernière fois qu'il dit quelque chose de vrai.
Entendons-nous, dans le système capitaliste ou nous vivons et mourons joyeusement, le travail doit être productif c'est-a-dire producteur de VALEUR.
Une des causes principales de l’endettement démentiel des États est justement la subvention massive du Faux Travail. La part du Vrai Travail créateur de VALEUR capitaliste est trop faible désormais pour subventionner les figurants du Faux Travail qui s'activent inutilement à imiter le Vrai Travail.
Payer un chômeur ou un inactif au RMI-RMA est une bonne affaire, beaucoup moins coûteuse que de subventionner le Travail non-productif, non producteur de VALEUR capitaliste. Non seulement ce salaire est bien plus élevé que le montant d'un chômage ou d'un RMI-RMA mais en plus s'ajoutent les charges sociales qui financent la protection sociale du Faux Travailleur, le prix des locaux et de l'organisation de son non-travail improductif ...
Le Faux travailleur est partout et c'est lui qui ruine les États les plus riches. Ce maintient de l'ordre raffiné est devenu trop coûteux.  Le Faux travailleur heureusement consomme comme un goret, c'est bien le moins qu'il puisse faire  au tarif que coûte son travail subventionné non-productif !
Sarkozy se fait traiter de pétainistes par les défenseurs du Travail-pour-Tous stalinoïdes qui nous vient tout droit des Trente Glorieuses ou le travail de plein emploi était roi mais cette époque est révolue n'en déplaise aux Travaillistes (les idéologues du travail social). Ils veulent encore faire durer le plaisir de cette société agonisante de salariés/consommateurs qui ont changé le monde en un tas de déchets pollués et sans avenir en un rien de temps au seul motif de se goinfrer de pacotilles polluantes mais consommables. Comme les marchandises qu'ils consomment ils sont jetables, en doutaient-ils ?
De mensonges en mensonges les clowns du spectacle finiront par tout dire à des consommateurs/électeurs qui regardent derrière eux leur avenir de pain blanc avec leur ridicule bulletin de vote nostalgique.

Votez pour l'usine fantasmée des néo-staliniens du Front-de-Goooche
Votez pour le cauchemar néo-fasciste motorisé des culs-terreux ringards du Front National
Votez pour le centrisme plan-plan des notables de province, Poule au pot pour tous 
Votez pour le néo-néo-néo-gaullisme de Dupont-la-Joie
Votez pour le casino libéral, dont la banque a sauté, des mafieux opportunistes de l'UMP
Votez pour l'équilibre travailliste impossible de François-le-mec-sympa qui colle aux basquettes de toutes les provocations policières et nationalistes de Sarko-non-lieu et sa clique de barbouzes.

Quel premier Mai ?


Marchez le 1er mai pour le Vrai Faux Travail qui fait de vous des esclaves salariés a perpétuité.
Mais vous n'arriverez à rien dans cette fin de capitalisme qui ne vous prépare que la ruine !
Une morne vie d'ennui dans un monde de déchets.

A Bas le Travail !


Il va de soi que nous différencions le Vrai Travail (créateur de Valeur capitaliste) du Faux Travail (non créateur de cette même Valeur capitaliste) à l'intérieur du capitalisme.
L'activité humaine, la socialisation du Sujet vivant (voir Michel Bounan) ne peut se concevoir que débarrassé du capitalisme, qu'on la nome travail ou autrement.


Qui serait étonné par la signification marxienne du concept de Valeur aurait nécessairement une connaissance nulle de l'œuvre de Karl Marx comme aussi de Guy Debord.
Ces questions sont au centre de toute l'activité théoricienne des courants révolutionnaires et depuis 20 ans au moins sur le devant de la scène des débats sur les cinq continents.
Encore pourrait-on faire remonter cette connaissance de la Valeur capitaliste à Marx lui-même et malgré toutes les falsifications et erreurs des marxistes, aux courants prolétariens non-orthodoxes.
Plus récemment  aux travaux des théoriciens de l’Internationale Situationniste (1957/1972), au groupe informel mené par Guy Debord jusqu'en 1994 et dernièrement par Michel Bounan.
Évidement au texte fondateur de Moishe Postone en 1986 qui est à l'origine des courants dit: "Critique de la Valeur" (KRISIS ) et "Critique de la Valeur et du Genre" (EXIT )
Les officines pseudo-anarchisantes et/ou marxistes pilotées par les désinformateurs officiels du système ne peuvent qu'occulter ces questions, mais elles ne sont pas en mesure d'en disqualifier la portée.
La non-connaissance de la Valeur et du Sujet Automate est  l'exacte mesure de leur ignorance complète de ces complexités hors de portée de leur misérables talents passéistes et réactionnaires.


Voir le texte en anglais de Postone (Le PDF est payant c'est inacceptable !)
 Article-thinking-the-global-crisis-by-Moishe-Postone

lundi 23 avril 2012

Attention faux mails sur no-log

ALERTE

Hameçonnage ou phishing

Lire copies écran

Nous avons prévenu l'Admin http://www.no-log.org
il s'en tape...
Nous écrire: marat@no-log.org 

Mais qui est derrière ce site malaisien ?

Un sympathique connard qui vend sa soupe marketing et se fait hacker a l'insu de son plein gré ou une misérable crapule qui truande vos cartes bleues ?

Vérifiez vous-même: http://askbudakboy.com

Comme on arrête pas le Progrès  d'autres phishings toujours chez no-log mais différents:

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no-log est un historique du Libre en France (globnet) qui propose un service sécurisé sans logs, utilisé par de nombreux hacktivistes et qui a des problèmes de fric, alors a vos fouilles... 

Manque encore des euros à ces pov's gus...


 

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