lundi 7 février 2011

Gloses marginales aux "Commentaires sur la société du spectacle"


Ce texte est la postface que Giorgio Agamben a écrite pour la traduction italienne des Commentaires sur la Société du Spectacle de Guy Debord, qui paraît en même temps que la réédition de la Société du spectacle.

I. Stratège
Les deux livres de Debord, présentés ici au public italien dans un même volume, constituent l’analyse la plus lucide et sévère des misères et des servitudes d’une société — celle du spectacle, où nous vivons — qui a étendu aujourd’hui sa domination sur toute la planète. En tant que tels, ces livres, n’ont besoin ni d’éclaircissements ni d’éloges, et encore moins d’une préface. Tout au plus risquerons nous ici quelque glose marginale, semblable à ces signes que les copistes du Moyen Âge traçaient en marge des passages les plus remarquables. Suivant une rigoureuse intention anachorétique, ces livres se sont, en effet, séparés, en trouvant leur lieu propre non pas dans un ailleurs improbable, mais uniquement dans la délimitation cartographique précise de ce qu’ils décrivent. Vanter l’indépendance de leur jugement, la clairvoyance prophétique, la perspicacité classique du style ne servirait à rien. Aucun auteur ne pourrait aujourd’hui trouver consolante la perspective que son œuvre soit lue dans un siècle (par qui ?) ni aucun lecteur ne pourrait se complaire (de quoi ?) à l’idée d’appartenir au petit nombre de ceux qui l’ont comprise avant les autres. Ceux-ci doivent être utilisés plutôt comme des manuels ou des instruments pour la résistance ou pour l’exode, semblables à ces armes impropres dont le fugitif (selon la belle image de Deleuze) s’empare et qu’il glisse furtivement dans sa ceinture. Ou plutôt, comme l’œuvre d’un stratège singulier (le titre Commentaires renvoi précisément à une tradition de ce type), dont le champ d’action n’est pas tant celui d’une bataille où il s’agit de ranger des troupes, que la pure puissance de l’intellect. Une phrase de Clausewitz, citée dans la préface de la quatrième édition de la Société du spectacle, exprime parfaitement cette caractéristique : «Dans toute critique stratégique, l’essentiel est de se mettre exactement au point de vue des acteurs. Il est vrai que cela est souvent difficile. La grande majorité des critiques stratégiques disparaîtraient intégralement, ou se réduiraient à de très légères distinction de compréhension, si les écrivains voulaient ou pouvaient se mettre par la pensée dans toutes les circonstances où se trouvaient les acteurs.» En ce sens, non seulement Le Prince, mais aussi l’Éthique de Spinoza est un traité de stratégie : une opération de potentia intellectus, sive de libertate.


II. Fantasmagorie
Marx se trouvait à Londres lorsque en 1851 la première Exposition universelle fut inaugurée avec grand éclat à Hyde Park. Parmi les différents projets proposés, les organisateurs choisirent celui de Paxton, qui prévoyait un immense palais entièrement de cristal. Dans le
(le titre Commentaires renvoi précisément à une tradition de ce type) catalogue de l’Exposition, Merrifield écrivit que le Palais de Cristal «est sans doute le seul édifice au monde dont l’ambiance est perceptible… à un spectateur situé dans la galerie à l’extrémité orientale ou occidentale… les parties les plus éloignées de l’édifice apparaissent enveloppées d’un halo azur». Le premier grand triomphe de la marchandise eut lieu, autrement dit, sous le signe, à la fois de la transparence et de la fantasmagorie. Le guide de l’Exposition universelle de Paris de 1867 insiste à son tour sur cette contradiction spectaculaire «il faut au public une conception grandiose qui frappe son imagination… il veut contempler un coup d’œil féerique et non pas des produits ressemblants et uniformément groupés».

Il est probable que Marx se soit souvenu de l’impression ressentie à la vue du palais de cristal lorsqu’il rédigea la section du Capital intitulée «Le Fétichisme de la marchandise et son secret». Que cette section occupe une position liminale dans l’œuvre n’est certes pas un hasard. Le dévoilement du «secret» de la marchandise fut la clef qui ouvrit à la pensée le règne enchanté du capital, que celui-ci a toujours tenté d’occulter en l’exposant au grand jour. Sans l’identification de ce centre immatériel, où le produit du travail, en se dédoublant en une valeur d’usage et en une valeur d’échange, se transforme en une «fantasmagorie… qui en même temps tombe et ne tombe pas sous les sens», toutes les recherches ultérieures du Capital n’auraient probablement pas été possibles.

Pourtant, dans les années soixante, l’analyse marxienne du fétichisme de la marchandise était, dans les milieux marxistes, étrangement négligée. En 1969, dans la préface à une réédition populaire du Capital, Louis Althusser invitait encore le lecteur à sauter la première section, dans la mesure où la théorie du fétichisme constituait une trace «flagrante» et «extrêmement dangereuse» de la philosophie hégélienne.

D’autant plus remarquable est le geste avec lequel Debord fonde précisément sur cette «trace flagrante» son analyse de la société du spectacle, autrement dit, de la figure extrême que revêt le capitalisme. Le «devenir image» du capital n’est que la dernière métamorphose de la marchandise, où la valeur d’échange a désormais totalement éclipsé la valeur d’usage et, après avoir falsifié l’entière production sociale, peut accéder désormais à un statut de souveraineté absolue et irresponsable sur l’existence entière. Le Palais de cristal de Hyde Park, où la marchandise exhibait pour la première fois sans voile son mystère, est, en ce sens, une prophétie du spectacle, ou plutôt, le cauchemar où le XIXe siècle a rêvé du vingtième. Se réveiller de ce cauchemar est la première tâche que les situationnistes se sont assignée.


III. La Nuit de Walpurgis

S’il existe, en ce siècle, un écrivain auquel Debord accepterait peut-être d’être comparé, c’est Karl Kraus. Personne n’a su mieux que Kraus, dans sa lutte acharnée contre les journalistes, mettre en lumière les lois cachées du spectacle, «les faits qui produisent les nouvelles et les nouvelles coupables des faits». Et si l’on pouvait imaginer quelque chose qui corresponde à la voix hors champ qui dans les films de Debord accompagne l’exposition du désert des décombres du spectacle, rien ne serait plus juste que la voix de Kraus qui, au cours de ces fascinantes lectures publiques décrites par Canetti, met à nu, dans l’opérette d’Offenbach, la secrète et féroce anarchie du capitalisme triomphant.

On connaît la boutade avec laquelle, dans la Troisième Nuit de Walpurgis, Kraus justifie son silence devant l’avènement du nazisme : «Sur Hitler il ne me vient rien à l’esprit.» Ce Witz féroce, où Kraus confesse sans indulgence ses propres limites, marque également l’impuissance de la satire face à l’indescriptible qui devient réalité. Comme poète satirique, il est réellement «l’un des derniers épigones / qui habitent l’antique maison du langage». Certes, pour Debord comme pour Kraus, la langue se présente comme l’image et le lieu de la justice. Toutefois, l’analogie s’arrête ici. Le discours de Debord commence précisément là où la satire se tait. L’antique maison du langage (et avec elle, la tradition littéraire sur laquelle la satire se fonde) est désormais falsifiée et manipulée de fond en comble. Kraus réagit à cette situation en faisant de la langue le lieu du jugement Dernier. Debord, au contraire, commence à parler lorsque le jugement Dernier a déjà eu lieu et que le vrai n’a été reconnu que comme un moment du faux. Le jugement Dernier dans la langue et la nuit de Walpurgis du spectacle coïncident totalement. Cette coïncidence paradoxale est le lieu d’où sa voix résonne perpétuellement hors champ.

IV. Situation

Qu’est-ce qu’une situation construite ? «Un moment de la vie, concrètement et délibérément construit par l’organisation collective d’une ambiance unitaire et d’un jeu d’événements» annonce une définition du premier numéro de l’Internationale situationniste. Rien, cependant, ne serait plus illusoire que de penser la situation comme un moment privilégié ou exceptionnel au sens esthétique. Celle-ci n’est ni le devenir art de la vie ni le devenir vie de l’art. La nature réelle de la situation ne peut être comprise que si elle est historiquement située dans le lieu qui lui est imparti, c’est-à-dire après la fin et l’auto-destruction de l’art et après le passage de la vie à travers l’épreuve du nihilisme. Le «passage au nord-ouest dans la géographie de la vraie vie» est un point d’indifférence entre la vie et l’art, où toutes deux subissent en même temps une métamorphose décisive. Ce point d’indifférence est une politique finalement à la hauteur de ses objectifs. Au capitalisme, qui organise «concrètement et délibérément» des milieux et des événements pour diminuer la puissance de la vie, les situationnistes répondent par un projet tout aussi concret, mais de signe opposé. Leur utopie est, encore une fois, parfaitement topique, puisqu’elle se situe dans l’avoir-lieu de ce qu’elle veut renverser.

Rien ne peut sans doute mieux suggérer l’idée d’une situation construite, que la misérable scénographie où Nietzsche situe dans le Gai Savoir l’Experimentum crucis de sa pensée. Une situation construite est celle de la chambre avec l’araignée qui grimpe sur le mur, au moment où à la question du démon : «Veux-tu que cet instant revienne une infinité de fois ?», est donnée la réponse : «Oui, je le veux». Décisif est ici le déplacement messianique qui transforme intégralement le monde, en le laissant presque entièrement intact. Puisque tout ici est resté inchangé, mais a perdu son identité.

La comédie de l’art fournissait aux acteurs des canevas, c’est-à-dire des instructions, pour que ceux-ci construisent des situations, où un geste humain soustrait aux puissances du mythe et du destin pouvait enfin s’avérer possible. On ne comprend rien au masque comique, tant qu’on le comprend comme un personnage diminué et indéterminé. Arlequin ou le Docteur ne sont pas des personnages, au sens où Hamlet et Œdipe peuvent l’être : les masques sont non des personnages, mais des gestes représentés selon un type, une constellation de gestes. Dans la situation en acte, la destruction de l’identité du rôle va de pair avec la destruction de l’identité de l’acteur. C’est le rapport même entre le texte et l’exécution, entre la puissance et l’acte qui est remis ici en cause. Car entre le texte et son exécution s’insinue le masque, comme mélange indifférencié de puissance et d’acte. Et ce qui a lieu — sur la scène, comme dans la situation construite — ce n’est pas l’actualisation d’une puissance, mais la libération d’une puissance ultérieure. Geste est le nom de cette croisée où se rencontrent la vie et l’art, l’acte et la puissance, le général et le particulier, le texte et l’exécution. Fragment de vie soustrait au contexte de la biographie individuelle et fragment d’art soustrait au contexte de la neutralité de l’esthétique : pure praxis. Ni valeur d’usage ni valeur d’échange, ni expérience biographique, ni événement impersonnel, le geste est l’envers de la marchandise, qui laisse précipiter dans la situation les «cristaux de cette substance sociale commune».

V. Auschwitz / Timisoara

L’aspect sans doute le plus inquiétant des livres de Debord tient à l’acharnement avec lequel l’histoire semble s’être appliquée à confirmer ses analyses. Non seulement, vingt ans après La Société du spectacle, lesCommentaires (1988) ont pu enregistrer dans tous les domaines l’exactitude des diagnostics et des prévisions, mais entre-temps, le cours des événements s’est accéléré partout si uniformément dans la même direction, qu’à deux ans à peine de la sortie du livre, il semble que la politique mondiale ne soit plus aujourd’hui qu’une mise en scène parodique du scénario que celui-ci contenait. L’unification substantielle du spectacle concentré (les démocraties populaires de l’Est) et du spectacle diffus (les démocraties occidentales) dans le spectacle intégré, qui constitue une des thèses centrales des Commentaires, que bon nombre ont trouvé à l’époque paradoxale, s’avère à présent d’une évidence triviale. Les murs inébranlables et les fers qui divisent les deux mondes furent brisés en quelques jours. Afin que le spectacle intégré puisse se réaliser pleinement également dans leur pays, les gouvernements de l’Est ont abandonné le parti léniniste, tout comme ceux de l’Ouest avaient renoncé depuis longtemps à l’équilibre des pouvoirs et à la liberté réelle de pensée et de communication, au nom de la machine électorale majoritaire et du contrôle médiatique de l’opinion (qui s’étaient tous deux développés dans les États totalitaires modernes).

Timisoara représente le point extrême de ce procès, qui mérite de donner son nom au nouveau cours de la politique mondiale. Une police secrète, qui avait conspiré contre soi-même pour renverser le vieux régime à spectacle concentré, et une télévision, qui mettait à nu sans fausse pudeur la fonction politique réelle des médias, ont réussi à accomplir ce que même le nazisme n’avait osé imaginer — faire coïncider en un seul événement monstrueux Auschwitz et l’incendie du Reichstag. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des cadavres à peine enterrés ou alignés sur les tables des morgues, ont été exhumés en vitesse et torturés pour simuler devant les caméras le génocide qui devait légitimer le nouveau régime. Ce que le monde entier voyait en direct sur les écrans de télévision comme la vérité vraie, était la non-vérité absolue et bien que la falsification ait paru par moments évidente, elle fut authentifiée cependant comme vraie par le système mondial des médias pour qu’il soit clair que le vrai, désormais, n’était qu’un moment dans le mouvement nécessaire du faux. Ainsi la vérité et le faux devenaient indiscernables et le spectacle se légitimait uniquement à travers le spectacle.

Timisoara est, en ce sens, l’Auschwitz de l’âge du spectacle : et de même qu’il a été dit qu’après Auschwitz, il est impossible d’écrire et de penser comme avant, de même après Timisoara, il ne sera plus possible de regarder un écran de télévision de la même manière.

VI
. Schechina

En quel sens, à l’époque du triomphe accompli du spectacle, la pensée peut-elle recueillir aujourd’hui l’héritage de Debord ? Puisqu’il est clair que le spectacle est le langage, le caractère communicatif ou l’être linguistique même de l’homme. Ceci signifie que l’analyse marxienne doit être intégrée au sens où le capitalisme (ou quel que soit le nom que l’on veuille donner au procès qui domine aujourd’hui l’histoire mondiale) ne concernait pas seulement l’expropriation de l’activité productive, mais aussi et surtout l’aliénation du langage même, de la nature linguistique et communicative de l’homme, de ce logos auquel un fragment d’Héraclite identifie le Commun. La forme extrême de cette expropriation du commun est le spectacle, c’est-à-dire la politique où nous vivons. Mais ceci signifie aussi, que, dans le spectacle, c’est notre propre nature linguistique qui s’avance vers nous renversée. C’est pourquoi (précisément parce que c’est la possibilité même d’un lien commun qui est expropriée) la violence du spectacle est si destructrice, mais c’est aussi pourquoi, le spectacle contient encore quelque chose comme une possibilité positive, qu’il s’agit d’utiliser contre lui.

Rien n’évoque mieux cette condition que la faute appelée par les cabalistes «isolement de la Schechina» imputée à Aher, l’un des quatre rabbi qui, selon une célèbre Aggada du Talmud, entrèrent au Pardes (c’est-à-dire dans la connaissance suprême). «Quatre rabbi, dit l’histoire, entrèrent au Paradis : Ben Azzai, Ben Zoma, Aher et rabbi Akiba… Ben Azzai jeta un regard et mourut… Ben Zoma regarda et devint fou… Aher coupa les rameaux. Rabbi Akiba sortit indemne.»

La Schechina est la dernière des dix Sephiroth ou attributs de la divinité, celle qui exprime, en fait, la présence divine même, sa manifestation ou habitation sur terre : sa «parole». La «coupe des rameaux» de Aher est identifiée par les cabalistes au péché d’Adam, qui, au lieu de contempler la totalité des Sephiroth, préféra contempler la dernière en l’isolant des autres, séparant ainsi l’arbre de la science de celui de la vie. Comme Adam, Aher représente l’humanité, en tant que, en faisant du savoir son propre destin et sa propre puissance spécifique, elle isole la connaissance et la parole, qui ne sont que la forme la plus accomplie de la manifestation de Dieu (la Schechina) des autres Sephiroth où il se révèle. Le risque consiste ici en ce que la parole — c’est-à-dire la non-latence et la révélation de quelque chose — se sépare de ce qu’elle révèle et acquiert une consistance autonome.L’être révélé et manifeste — et, donc, commun et participable — se sépare de la chose révélée et s’interpose entre celle-ci et les hommes. Dans cette condition d’exil, la Schechina perd sa puissance positive et devient maléfique (les cabalistes disent qu’elle «suce le lait du mal»).

C’est en ce sens que l’isolement de la Schechina exprime notre condition épocale. Tandis qu’en effet, dans l’ancien régime, l’aliénation de l’essence communicative de l’homme prenait corps dans un présupposé qui lui servait de fondement, dans la société spectaculaire c’est cette communicativité même, cette essence générique (c’est-à-dire le langage) qui se trouve séparée dans une sphère autonome. Ce qui entrave la communication c’est la communicabilité même, les hommes sont séparés par ce qui les unit. Les journalistes et les médiocrates constituent le nouveau clergé de cette aliénation de la nature linguistique de l’homme.

Dans la société spectaculaire, où l’isolement de la Schechina, atteint, en effet, sa phase extrême, non seulement le langage se constitue en une sphère autonome, mais il ne peut plus rien révéler — ou mieux, il révèle le rien de toutes choses. De Dieu, du monde, du révélé il n’en est rien dans le langage : mais, dans cet extrême dévoilement néantifiant, le langage (la nature linguistique de l’homme) demeure à nouveau caché et séparé et atteint ainsi pour la dernière fois le pouvoir de s’assigner comme le non-dit d’une époque historique ou d’un état : l’âge du spectacle, ou l’État du nihilisme accompli. C’est pourquoi, le pouvoir établi sur la supposition d’un fondement vacille aujourd’hui sur toute la planète et les royaumes de la terre s’acheminent les uns après les autres vers le régime démocratico-spectaculaire qui est l’accomplissement de la forme état. Avant même la nécessité économique et le développement technologique, ce qui pousse les nations de la terre vers un unique destin commun c’est l’aliénation de l’être linguistique, le déracinement de chaque peuple de sa demeure vitale dans la langue.

Mais pour cette raison même, l’époque que nous vivons est également celle où pour la première fois il devient possible aux hommes de faire l’expérience de leur propre essence linguistique — non pas de tel ou tel contenu du langage, mais du langage même, non pas de telle ou telle proposition vraie, mais du fait même que l’on parle. La politique contemporaine est cet experimentum linguae dévastant, qui désarticule et vide sur l’ensemble de la planète traditions et croyances, idéologies et religions, identités et communautés.

Seuls ceux qui réussiront à l’accomplir jusqu’au bout, sans laisser que, dans le spectacle, ce qui se révèle reste voilé dans le rien qu’il révèle, mais en amenant au langage le langage même, deviendront les premiers citoyens d’une communauté sans présupposés ni état, où le pouvoir annihilant et déterminant de ce qui est commun sera pacifié et la Schechina cessera de sucer le lait corrompu de sa propre séparation.

Tel rabbi Akiba dans l’aggada du Talmud, ceux-là entreront et sortiront indemnes du paradis du langage.

VII
. Tienanmen
Quel est, à la lumière crépusculaire des Commentaires, le scénario que la politique mondiale dessine sous nos yeux ? L’État spectaculaire intégré (ou démocratico-spectaculaire) constitue l’étape extrême dans l’évolution de la forme État, vers laquelle s’abîment précipitamment monarchies et républiques, tyrannies et démocraties, les régimes racistes autant que progressistes. Ce mouvement global, alors même qu’il semble redonner vie aux identités nationales, tend en réalité à la constitution d’une sorte d’État policier supranational, où les normes du droit international sont tacitement abrogées les unes après les autres. Non seulement depuis longtemps aucune guerre n’est plus déclarée (réalisant ainsi la prophétie de Schmitt, selon laquelle toute guerre deviendrait à notre époque une guerre civile), mais même l’invasion ouverte d’un État souverain peut être présentée comme l’exécution d’un acte de juridiction intérieur. Les services secrets, habitués depuis toujours à agir sans tenir compte des limites des souverainetés nationales, deviennent, dans un tel contexte, le modèle même de l’organisation et de l’action politique réelle. Pour la première fois dans l’histoire de ce siècle, les deux grandes puissances mondiales sont ainsi dirigées par deux émanations directes des services secrets Bush (ancien chef de la CIA) et Gorbatchov (l’homme d’Andropov) ; et plus ils concentrent le pouvoir en leur main, plus cela est salué, par le nouveau cycle du spectacle, comme une victoire de la démocratie. Malgré les apparences, l’organisation démocratique spectaculaire mondiale qui se dessine ainsi risque d’être, en réalité, la pire tyrannie qu’ait jamais connue l’histoire de l’humanité, par rapport à laquelle toute résistance et opposition deviendront toujours plus difficiles, d’autant que désormais celle-ci aura pour tâche de gérer la survie de l’humanité à un monde habitable pour l’homme.

Il n’est pas sûr toutefois, que la tentative du spectacle de garder le contrôle du procès que celui-ci a contribué à amorcer, soit destinée à réussir. L’État spectaculaire reste, malgré tout, un État qui se fonde, comme tout État (ainsi que Badiou l’a montré), non pas sur le lien social, dont il serait l’expression, mais sur sa déliaison, qu’elle interdit. En dernière instance, l’État peut reconnaître n’importe quelle revendication d’identité — (l’histoire des rapports, à notre époque, de l’État et du terrorisme en est l’éloquente confirmation) même celle d’une identité étatique en son propre sein ; mais que des singularités forment une communauté sans revendiquer une identité, que des hommes co-appartiennent sans une condition représentable d’appartenance (l’être italien, ouvriers, catholiques, terroristes…) voilà ce que l’État ne peut en aucun cas tolérer. Pourtant, c’est le même État spectaculaire, en tant qu’il annule et vide de son contenu toute identité réelle et substitue le public et son opinion au peuple et à sa volonté générale, qui engendre massivement en son propre sein des singularités qu’aucune identité sociale ni condition d’appartenance ne caractérisent plus : des singularités vraiment quelconques. Car il est certain que la société du spectacle est également celle où toutes les identités sociales se sont dissoutes, où tout ce qui pendant des siècles a constitué la splendeur et la misère des générations qui se sont succédé sur terre a désormais perdu toute signification. Dans la petite bourgeoisie planétaire, à travers la forme de laquelle le spectacle a réalisé d’une manière parodique le projet marxien d’une société sans classes, les différentes identités qui ont marqué la tragi-comédie de l’histoire universelle sont exposées et recueillies dans une vacuité fantasmagorique. C’est pourquoi, si l’on nous permet d’avancer une prophétie sur la politique qui s’annonce, celle-ci ne sera plus un combat pour la conquête ou le contrôle de l’État par les nouveaux ou anciens sujets sociaux, mais une lutte entre l’État et le non-Etat (l’humanité), disjonction irrémédiable des singularités quelconques et de l’organisation étatique.

Ceci n’a rien à voir avec la simple revendication du social contre l’État, qui fut longtemps la raison commune des mouvements de contestation de notre époque. Les singularités quelconques dans une société spectaculaire ne peuvent former une societas, car ils ne sont en mesure de faire valoir aucune identité dont ils disposeraient, de revendiquer la reconnaissance d’aucun lien social. D’autant plus implacable est le contraste avec un État qui annihile tous les contenus réels, mais pour lequel un être radicalement privé de toute identité représentative serait (malgré toutes les déclarations vides sur la sacralité de la vie et sur les droits de l’homme) simplement inexistant.

Telle est la leçon qu’un regard attentif aurait pu tirer des événements de Tienanmen. Ce qui frappe le plus, en effet, dans les manifestations du mois de mai chinois c’est la relative absence de contenus déterminés de revendication (démocratie et liberté sont des notions trop génériques pour constituer un objet réel de conflit, et la seule exigence concrète, la réhabilitation de Hu Yao Bang, a été immédiatement satisfaite). D’autant plus inexplicable paraît la violence de la réaction étatique. Il est probable, toutefois, que la disproportion soit uniquement apparente et que les dirigeants chinois aient agi, de leur point de vue, en toute lucidité. À Tienanmen, l’État s’est trouvé confronté à ce qui ne peut être représenté et qui, toutefois se présente comme une communauté et une vie commune (et ceci indépendamment de la conscience que pouvaient en avoir les acteurs de la place Tienanmen). Que ce qui échappe à la représentation existe et forme une communauté sans présupposés ni conditions d’appartenance (comme une multiplicité inconsistante, dans les termes de Cantor), telle est précisément la menace avec laquelle l’État n’est aucunement disposé à composer.

La singularité quelconque, qui veut s’approprier de l’appartenance même, de son propre être-dans-le-langage et décline, pour cette raison, toute identité et toute condition d’appartenance, tel est le nouveau protagoniste, ni subjectif ni socialement consistant, de la politique qui vient. Partout où ces singularités manifesteront pacifiquement leur être commun, il y aura un Tienanmen et, un jour ou l’autre, les chars d’assaut apparaîtront.

Giorgio Agamben


Futur antérieur no 2, été 1990.

« Les mensonges de l'État »

Un livre de Jean-Marie Vincent. Lire l'introduction cette édition est "recomposée"

 

Avant-propos 

 Il faut refaire périodiquement ses comptes avec l'État, le remettre en question dans sa multiplicité et sa plasticité pour ne pas se laisser prendre à ses apparences de divinité tutélaire que le temps semble devoir laisser inchangé dans son être. L'État, si nous voulons savoir ce que nous devenons nous-mêmes, ne peut rester cette individualité supérieure, cette entité supra-sociale qui se veut omniprésente et omnisciente au-dessus de la mêlée des hommes. En bref, il faut en finir avec l'anthropomorphisme qui fait de l'État une sorte d'homme-dieu qui régit les affaires de la cité selon son bon plaisir ou, ce qui revient à peu près au même, selon une sagesse qui échappe au commun des mortels. L'État ne doit pas être accepté comme cette synthèse qui échappe à la volonté des participants du jeu politique, comme cette rationalité de l'intérêt général qui surdétermine tous les agissements des groupes et les calculs des individus.
Il faut le saisir au contraire comme un ensemble de rapports qui changent tant avec les mouvements de l'accumulation du capital, qu'avec les allées et venues de la lutte des classes dont il est partie prenante. L'État ne vit pas dans l'harmonie et l'équilibre, mais dans des états de déséquilibre prononcés, qui se succèdent les uns aux autres sans repos et sans fin : il reflète autant qu'il sanctionne des rapports sociaux mouvants. Et c'est précisément cette mobilité que rien n'explicite immédiatement et qui n'obéit pas à une téléologie perceptible aux acteurs, qui en première approximation rend difficile le déchiffrement des transformations étatiques. C'est à bon compte que l'État s'enveloppe dans un discours de la continuité ou de la sérénité, de l'effacement des contradictions, pour dire l'immuabilité des relations sociales fondamentales. Les changements ne sont pris, dans une telle perspective, que pour des variations de portée secondaire, entraînant des déplacements plus ou moins visibles sur le marché des opinions ou encore l'extension des fonctions économiques de l'appareil d'État. Le monde politico-étatique ne semble ainsi pas connaître de césures graves (si ce n'est lors des guerres et des révolutions), mais simplement des évolutions lentes, souvent insensibles qui majorent peu à peu son poids dans la vie sociale. De l'État libéral du XIXe siècle à l'État tentaculaire d'aujourd'hui, il n'y a pas de solution de continuité, tout au plus des différences de degrés.

L'État qui parle sans discontinuer de cette façon est, en réalité et quant au fond, un État-fétiche, c'est-à-dire un État qui se sert de l'atomisation des individus pour les empêcher de comprendre ce qu'il fait réellement. En garantissant l'égalité juridique formelle des individus qui échangent des marchandises, en réglant la circulation des biens et des personnes de manière à ce que soient observées les normes de l'équivalence, il s'affirme de fait comme le gardien des intérêts généraux des échangistes, ce qui lui permet d'occulter son rôle dans la production et autour de la production (conditionnement et reproduction de la force de travail).
L'État, par les mécanismes mêmes de la société capitaliste, est donc sans cesse présenté et représenté comme au-dessus des classes, comme au-dessus des affrontements économiques. A cela, les dénonciations théoriques ne peuvent rien changer, et c'est seulement l'activité de mise en question du mouvement ouvrier qui permet dans une certaine mesure de gripper les mécanismes de l'occultation.  Mais force est bien de constater qu'aujourd'hui cette activité critique est loin d'être suffisante, et aussi décapante qu'il serait souhaitable. Le fétichisme de l'État connaît de nouveaux développements, il redouble même sous le coup des dénonciations des différentes formes de Goulag que l'on voit se multiplier depuis quelques années. Le déchaînement de la violence étatique et de la répression dans les zones de décomposition du capitalisme sert, en effet, à justifier la violence plus tempérée des États occidentaux et à les parer de l'auréole des États de droit au sens kantien du terme. 

http://palim-psao.over-blog.fr

dimanche 6 février 2011

“Bruttosozialglück”


Der dernier cri hallt frohgemut durch die Feuilletons der Printmedien und durch die einschlägigen Sendungen des ORF-Radio Ö1, in dem sich die alternativ-links-liberalen Trendsetter ein Stelldichein geben. Ihre neuen Zauberformeln gegen Armut, Arbeitslosigkeit und alle anderen leidvollen Auswirkungen lauten: “Investieren Sie in Ihr Sozial-Kapital! Genießt den direkten Profit, den persönlichen Mehrwert Eurer ehrenamtlichen Tätigkeit! Und Ihr, liebe Unternehmer schafft sozialen und ökologischen Mehrwert!” – Wie aus einem “Salzburger Nachtstudio” (Der Kitt der Gesellschaft, 16.4.2008, Ö1) geschlossen werden kann, hat die Soziologie das “soziale Kapital” als Wundermittel entdeckt.
Die Wissenschaft hat festgestellt, wer es hat: diejenigen, die über ein intaktes soziales Netzwerk verfügen, viele Freunde haben (und zumindest neun Leute kennen, die sie notfalls in der Nacht anrufen können), und die in Vereinen wohltätig sind. Diese Menschen haben ein höheres Einkommen und einen sichereren Job, sind optimistischer, kurz, in allen Lebenslagen glücklicher als andere. Analoges gilt für Sozietäten. Auf wirtschaftlichem und politischem Erfolgskurs seien jene Regionen, in denen Personen mit hohem Sozial-Kapital leben würden. In den letzten Jahren und Jahrzehnten sei das soziale Kapital gefährlich geschwunden. Aber durch eine angekurbelte “Sozial-Kapital-Forschung” soll jeder Bürger animiert werden, sich diese “rasch erneuerbare Ressource” wieder anzueignen. Schnell wird klar, worum’s tatsächlich geht: Sozial-Kapital ist das trendy Wort für ehrenamtliche Tätigkeit, für “soziale Kompetenz”, für soziales Engagement. Fehlen diese, würden – wie betont wird – die Kosten des Sozialsystems explodieren. Jeder Einzelne und die Gemeinden sollen Verantwortung übernehmen – anstatt die Probleme an das “System” zu delegieren – und sich selbst um ökologische und soziale Belange kümmern. Forciert wird das etwa durch die Agenda 21 oder durch Gruppen, die Faire-Trade-Produkte und Ökostrom konsumieren oder die die Coolness des Öffi-Verkehrs propagieren. Natürlich müsse auch die Makroebene mitziehen. In der gesamten Wirtschaft sollte es mehr Kooperation und weniger Konkurrenz, mehr Nachhaltigkeit und weniger herkömmliches monetäres Gewinnstreben geben.
Wie easy die Wirtschaft zum Guten gewendet werden kann, zelebriert der Vordenker in Sachen Kapital-Veredelung Christian Felber in seinem neuesten hochgelobten Werk “Neue Werte für die Wirtschaft – Eine Alternative zu Kommunismus und Kapitalismus”. Das himmelblaue Buch-Cover zieren, wie könnte es anders sein, drei schwarze, gemeingefährlich anmutende Riesenheuschrecken. Für den Autor erwuchs – laut eigenen Angaben – “die Notwendigkeit, dieses Buch zu schreiben”, direkt aus seinem vorigen Bestseller, den “50 Vorschlägen für eine gerechtere Welt”. “Denn so positiv die meisten Vorschläge aufgenommen wurden, sie alle stoßen auf ein gemeinsames Hindernis: das Gewinninteresse mächtiger Konzerne.” Aber auch diese Ungereimtheit kann beseitigt werden: Die Gesetzgeber (!?) bräuchten den privaten Unternehmen nur andere Ziele vorgeben, sprich, sie für ihr Gemeinwohlverhalten anstatt fürs Gewinnmachen zu belohnen. Dann würde – Hokuspokus – der Wachstumszwang in der Wirtschaft entfallen, weil die einen Unternehmen nicht mehr einen höheren Gewinn als die anderen erzielen und einander deshalb nicht mehr fressen müssten, somit die Vernichtungskonkurrenz erlöschen würde. Das Kapital würde sich vom Zweck zum (guten) Mittel wandeln.
Ja, selbst die Weltbank sei schon auf dem Weg, den Reichtum nicht mehr nur als BIP zu berechnen, sondern beziehe vermehrt soziale Kriterien mit ein. Ein österreichischer Forscher zeigt, wie das geht. Selbst im fernen Bhutan, dem absolutistisch-buddhistischen Königreich, ziehen jetzt neue, glückliche, demokratische Zeiten ein. Der Soziologe und Kulturanthropologe und außerordentliche Universitätsprofessor Andreas Obrecht hat die kulturellen, sozialen und ökonomischen Auswirkungen der im Rahmen der österreichischen Entwicklungszusammenarbeit durchgeführten Elektrifizierung dieses rückständigen Landes erforscht. Er berichtete in einem “Hörbild” (9.5.2008, Ö1), wie die entlegene Dorfbevölkerung – bis dato kaum mit Geld in Berührung gekommen – den Wert ihrer Arbeit zum ersten Mal richtig schätzen lernte: Um den gelieferten Strom bezahlen zu können, muss sie sich von nun an lohnarbeitend verdingen. Dieser Umstand wird von unserem Forschungsbeauftragten unumwunden als Erfolg verbucht. Obrecht beteuert, wie sehr sich das “Bruttosozialglück” zu vermehren beginne. Wie so viele andere kommt auch er in diesem Zusammenhang sogleich auf die Spiritualität zu sprechen. Manchmal ist sie buddhistischer Provenienz, immerzu wird aber die Verbundenheit mit einem größeren Ganzen beschworen, die durch die neue Wertegemeinschaft entsteht. Nicht in kurzfristigen Genuss soll investiert werden, sondern in das soziale Kapital, zu dem auch die Spiritualität gezählt wird.
Geben all diese positiv gewendeten Begriffe aus der kapitalistischen Ökonomie, garniert mit Religion, nicht zu denken? Schrillen da nicht die Alarmglocken bei dem, was uns da als KRITIK angedreht wird? Die Zusammenhänge und Auswirkungen der kapitalistischen Verhältnisse zu erkennen und deren Grundfesten samt und sonders in Frage zu stellen, ist offenbar ein so großes Tabu, dass anstatt dessen keine Kosten und Mühen gescheut werden, den Kapitalismus zurechtzubiegen, bunt anzumalen, wohlschmeckend zu würzen, um ihn dann als humanisiert, ökologisiert und gezähmt als die Alternative zu präsentieren. All das erinnert verdammt an die Esoterik-Bewegung: Auch sie hat alles Unerträgliche und Leidvolle kurzerhand positiv umgemodelt: Zum Beispiel sollte mittels spirituellem Ökofeminismus die Unterdrückung und Benachteiligung der Frau aufgehoben werden, indem das Weibliche überhöht und zur Retterin stilisiert wurde. All diese äußerst oberflächliche Kritik hat natürlich nichts gefruchtet. Nichtsdestotrotz wird in der gleicher Manier, mit gleicher Manie fortgefahren. Aber “ein Problem kann man nicht mit der Art des Denkens lösen, die es geschaffen hat”. Ohne diese hilfreiche Erkenntnis, die schon Albert Einstein formuliert hat, wird sich nichts zum Besseren ändern lassen.

23.10.2008 
Streifzüge 43/2008

L’armée renforce sa présence place Tharir

 L'opposition égyptienne s'unit dans une "coalition"
Les groupes de jeunes qui sont à l'origine du soulèvement anti-Moubarak ont formé une coalition, assurant dimanche qu'ils n'allaient pas lever leur occupation de la place Tahrir au Caire tant que le président égyptien n'aurait pas démissionné. Dans un communiqué, "la Direction unifié des jeunes révolutionnaires en colère" a promis de ne pas quitter les lieux, qu'ils occupent avec d'autres manifestants depuis le 28 janvier, avant que leurs revendications soient satisfaites, la première d'entre elle étant "la démission du président". La coalition réclame aussi la levée immédiate de l'état d'urgence, la dissolution du Parlement, la formation d'un gouvernement d'union nationale pour assurer une transition pacifique du pouvoir et organiser une réforme constitutionnelle. Le communiqué a été lu par Ziad al-Oulaimi lors d'une conférence de presse.
La coalition regroupe des représentant du Mouvement du 6 avril, du Groupe pour la justice et la liberté, de la "Campagne du porte-à-porte", de la "Campagne populaire de soutien à ElBaradei", des Frères musulmans et du Front démocratique. La coalition réclame aussi la levée immédiate de l'état d'urgence, la dissolution du Parlement, la formation d'un gouvernement d'union nationale pour assurer une transition pacifique du pouvoir et organiser une réforme constitutionnelle.
Le vice-président égyptien Omar Souleimane a entamé, dimanche, des consultations avec les représentants de l'opposition pour tenter de trouver une issue à la crise politique en Égypte.  Les manifestants qui réclament depuis treize jours la démission immédiate du chef de l'État et occupent toujours la place Tahrir, dans le centre du Caire, se disent décidés à obtenir gain de cause. Beaucoup d'Égyptiens souhaitent toutefois le retour au calme et les autorités font tout pour mettre en exergue les menaces que l'agitation fait planer, notamment sur l'économie nationale. Les banques ont rouvert dans la matinée après une semaine de paralysie.

Quelques extraits d’une lettre  d'un ami d’Alexandrie « Je vais bien seulement je suis très fatigué, car je passe tout mon temps dans les rues entre manifestations dès le matin jusqu’au soir, protéger la bibliothèque avec les jeunes et la nuit : faire la surveillance de sécurité dans mon quartier, comme tout le monde le fait déjà dans les villes Égyptienne, après la disparition de la police et les attaques des bandits payés par les autorités (police centrale, parti national « watany »du gouvernement et quelque hommes d’affaires liés au régime)!!! …
Le peuple d’alexandrie contrôle tout dans la ville/vie, sans la présence de la mairie, la police, police de trafic, les grands supermarchés et les banques.
…maintenant : c’est une question de temps et de résistance…mais l’espoir s’approche..c’est super magnifique après 30 ans de frustration et de désespérance ! » "

samedi 5 février 2011

La boue inonde MAM

Commençons par une petite lettre:

Madame Alliot-Marie, 
« Je vous demande d’arrêter » ! Madame la Ministre d’Etat, Présidente du Mouvement « Le Chêne-les Gaullistes du Renouveau », au palmarès politique non négligeable, puisque vous fûtes la première personnalité politique de la Cinquième République à enchaîner, à la suite, quatre Ministères régaliens et la première femme Ministre de la Défense, si vous aviez été Ministre des Affaires Étrangères du Général de Gaulle, auriez-vous accepté, pendant d’éventuelles vacances en Espagne, les faveurs d’un proche et/ou d’un soutien notoire du Général Franco ?
Sachez, Madame la Ministre d’Etat, que, par votre inconscience et/ou par vos relations ambigües, avec les proches et les bailleurs de fonds du régime Ben Ali, qui plus est pendant les moments les plus difficiles de notre « Révolution de Jasmin » et compte tenu du Poste que vous occupiez, vous êtes un peu responsable, passivement, du sang qui a coulé.
Aussi, Madame la Ministre d’Etat, Ministre des Affaires Étrangères et Européennes, qui s’est dévoilée, et ce pendant la présidence du G20 par la France, étrangement étrangère aux Affaires de ce monde , qui n’a pas saisi que l’impact de notre « Révolution de Jasmin » sera, probablement, planétaire, lorsque, demain, d’autres peuples opprimés suivront l’exemple du peuple tunisien, et qui, par ses bourdes à répétition, a montré son ignorance et/ou sa négligence de la souffrance que nous avons vécue, nous vous saurions gré, pour la Mémoire de nos Martyrs, de bien vouloir arrêter, Madame la Ministre d’Etat, vos « approximations », vos fantasmes et vos élucubrations sur la Tunisie.
HORCHANI Salah Professeur à la Faculté des Sciences de Tunis

Deuxième voyage en jet privé de Michèle Alliot-Marie.
Le troisième scandale.
Après le premier voyage et les propositions d'aide policière au régime de Ben Ali, ils ont repris le jet privé le 29 décembre, afin de se rendre cette fois à Tozeur, dans le grand sud tunisien. Un aller et retour, effectué dans la journée, le temps d’un déjeuner et d’une virée dans les oasis. Au moins, la ministre a-t-elle pu éviter ainsi un voyage encore plus long et plus éprouvant, au moins une dizaine d’heures par la route, à travers cette fois, non plus des montagnes, mais des villes en révolte, comme Sidi Bouzid ou Kasserine. L’appareil était cette fois  un Challenger 600 de 9 places, appartenant à la compagnie aérienne Nouvelair, qui a dû fusionner en 2008 avec la firme Kathago Airlines de Belhassen Trabelsi, le frère de Leïla Ben Ali, l’épouse de l’ancien dictateur tunisien. Jusqu’à sa fuite au Canada, Belhassen Trabelsi exerçait les fonctions de PDG à la tête de la société. C’est pour cette raison que l’avion emprunté par Michèle Alliot-Marie et ses proches, était immatriculé "TS-IBT". TS, pour Tunisie et BT, pour Belhassen Trabelsi. Un homme qui savait être généreux avec les dignitaires de la République française.
Le 24 décembre 2009, le secrétaire d’Etat à la Coopération, Alain Joyandet, avait ainsi débarqué à bord d’un de ses avions privés, sans doute le même que celui utilisé par sa consœur du gouvernement, à l’aéroport de Tunis-Carthage, pour un séjour privé au Khartago, l’un des palaces de celui qui était considéré comme le "parrain" du clan Trabelsi. Selon plusieurs sources tunisiennes, Belhassen Trabelsi l’attendait à l’aéroport, en compagnie de Robert Bourgi, grande figure de la Françafrique. C'est l'ensemble du gouvernement qui avait gite et couvert gratis chez le Tyran de Carthage...
Les tunisiens apprécierons les déclarations démentes de leur nouveau ministre des affaires étrangères, leur révolution ne fait que commencer... 
Ahmed Abderraouf Ounaies: "Je sais que vous êtes avant tout une amie de la Tunisie, parce que la France est l'amie de la démocratie, la France est l'amie des libertés, et donc Michèle Alliot-Marie, au nom de la France, est l'amie de la Tunisie d'aujourd'hui, qui aspire à enraciner la démocratie dans ses institutions." et ta sœur !
La situation  en Tunisie fait ressortir les luttes sociales dans les entreprises  liées au marché internationale. La sous-traitance est une spécialité locale qui génère de gros bénéfices et lie la Tunisie à l'économie européenne, c'est un résultat de la délocalisation qui crée des emplois là ou les conditions sont les plus favorables.  Bref les tunisiens sont sous-payés et songe à un alignement sur les salaires européens. Ce n'est pas un hasard si le libéralisme place ses billes dans ce genre de dictatures "bien tenues" pour y faire de gros bénéfices.

Sit-in au Kef pour revendiquer l'emploi et l'amélioration des conditions de travail
Plusieurs ouvriers à la câblerie automobile «Coroplast», entreprise totalement exportatrice, ont observé un sit-in pour revendiquer l'amélioration de leur situation professionnelle. 
Ces ouvriers, qui se sont rassemblés, vendredi, devant le siège de la radio régionale du Kef, ont appelé à la nécessité de respecter la réglementation du travail en vigueur en Tunisie, notamment en ce qui concerne les heures de travail, les congés, les salaires et les primes.
D'un autre côté, plusieurs chômeurs observent un sit-in, depuis deux jours, devant le siège du gouvernorat, réclamant un emploi et des aides matérielles pour lutter contre la pauvreté.
Les manifestants qui ont installé une tente en face du siège du gouvernorat, ont brandi des banderoles ayant pour slogan la liberté, la dignité et le droit à l'emploi.


Clearstream blanchissait


« Enfin, la justice me rend justice ! Après dix ans tout juste… » Denis Robert est « apaisé » par les trois arrêts de Cour de cassation rendus jeudi et que Rue89 s'est procurés. Trois arrêts qui annulent définitivement les condamnations du journaliste poursuivi par Clearstream. Et obligent même la chambre de compensation luxembourgeoise à lui rembourser ses frais de justice.
Dans le documentaire « Les Dissimulateurs » diffusé en 2001 sur Canal + et les deux livres « Révélations » et « La Boîte noire » publiés en 2001 et 2002 aux éditions Les Arènes, Denis Robert accusait Clearstream de blanchir de l'argent sale. Ce qui lui avait valu trois plaintes en diffamation.
En première instance, le TGI de Paris avait débouté Clearstream pour « La Boîte noire » le 1er octobre 2003, mais lui avait donné gain de cause le 29 mars 2004 pour les deux autres enquêtes. La cour d'appel de Paris allait cependant condamner l'ancien journaliste de Libération dans les trois affaires, le 16 octobre 2008, à payer un total de 4 500 euros de dommages et intérêts, ainsi que plusieurs milliers d'euros de frais de justice.

« Intérêt général » et « sérieux de l'enquête »

C'est donc un net retournement d'appréciation qu'a opéré jeudi la justice, à travers la triple décision de la Cour de cassation. La plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français est claire :
« L'intérêt général du sujet traité et le sérieux constaté de l'enquête, conduite par un journaliste d'investigation, autorisaient les propos et les imputations litigieux. »
Non seulement elle considère qu'il n'y pas diffamation au sens de l'article 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, mais elle s'appuie en outre sur la législation européenne pour blanchir Denis Robert :
« Le reportage incriminé, traitant de sujets d'intérêt général relatifs aux mécanismes dévoyés et incontrôlés de la finance internationale et à leur implication dans la circulation mondiale de l'argent sale, ne dépassait pas les limites de la liberté d'expression au sens de l'article 10 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. »
« C'est une victoire pour moi, mais aussi une jurisprudence pour tous les journalistes », décrypte l'intéressé. Les trois arrêts indiquent que, dans les enquêtes longues et difficiles, il peut y avoir quelques imprécisions, voire des « formulations outrancières », qu'il ne convient pas de condamner si le travail a été réalisé de bonne foi, avec sérieux et dans l'intérêt général. Le journaliste était fondé à qualifier la société luxembourgeoise de « meilleure lessiveuse du monde », de « dérive du système financier international » ou encore, comme l'écrit la Cour de cassation, de souligner « l'accointance de l'Église de Scientologie avec la société Clearstream ». Pour achever de donner raison à Denis Robert, la Cour de cassation va jusqu'à condamner Clearstream à payer les dépens (les frais liés aux instances, actes et procédures d'exécution) et à lui verser en plus 9 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile (qui concerne tous les frais de justice non compris dans les dépens, comme les honoraires d'avocat). « Ma parole est libre désormais », se réjouit Denis Robert. « Si j'ai envie, je peux ressortir mes livres. » Le journaliste a l'esprit aujourd'hui « ailleurs qu'à Clearstream », il n'a « pas envie de ressasser », mais entend quand même demander plus ample réparation à la chambre de compensation.
l'arrêt pour « Les Dissimulateurs »
l'arrêt pour « Révélations »

Alles mitreißen in den Untergang

JUGENDGEWALT, VANDALISMUS, AMOK. Gibt es einen Zusammenhang zwischen dem ungebremsten Markt und der Zunahme von extremer Gewalt?
Freitag 21/2007

Früher, heißt es in einem Text Jean-Paul Sartres von 1960, sagten aufmüpfige oder auch nur unglückliche Bürgerkinder plötzlich “Scheiße” zu ihren Eltern, erhoben sich vom Mittagstisch, verließen das Haus und “gingen mit Sack und Pack zur Linken”. Dort fand ihr diffuses Unbehagen seine Begriffe und strategische Codierung. Ihre in gewaltförmigen Sozialisationsprozessen aufgestaute Wut und ihr “existenzieller Ekel” an bürgerlich-kleinbürgerlichen Formen des Umgangs fanden in der Protestbewegung politisch-rationale Ausdrucksformen. Der Widerstand gegen kleinbürgerliche Tisch- und Kleidersitten, die Revolte gegen sinnentleerte Formen des Verzichts und Gehorsams und eine rigide Sexualmoral verschmolzen mit dem Kampf gegen Ausbeutung und Unterdrückung im eigenen Land und den Befreiungsbewegungen in der Dritten Welt.
Die radikale Linke, das kann ich aus eigener Erfahrung sagen, war auch ein Sammelbecken für allerhand skurrile Gestalten, die ihre psychischen Macken und biografischen Beschädigungen mitbrachten und teilweise auch ausagierten. In den meisten Fällen wirkten die Gruppe und die sie tragenden Ideen als Korrektiv und sorgten dafür, dass der Privatwahn Einzelner nicht tonangebend wurde und das Band zwischen Gewalt und Vernunft, Mitteln und Zwecken nicht zerriss.
Was aber sollen Jugendliche machen, fragte Sartre schon damals, “wenn die Väter links sind”, Marx und Marcuse im Regal stehen haben und abends nach getaner Arbeit die Rolling Stones und Bob Dylan auflegen? Was aber, wenn es gar keine radikale Linke gibt, auf deren Seite man sich schlagen kann? Dann eignen sich entweder die Rechten den ganzen Rohstoff von rebellischen Energien und Leidenserfahrungen an, um ihn für ihre Ziele nach rückwärts in Gang zu setzen, oder er bleibt brach liegen.
Lebenswichtige Utopien
Utopien mögen für realitätstüchtige Erwachsene wenig Bedeutung haben, für Kinder und Jugendliche sind sie lebenswichtig. Kinder und Jugendliche, die gesellschaftlich-geschichtlicher Ideale beraubt sind, werden nicht nur in ihrem Wachstum behindert, sondern auch in ihren Lebenseinstellungen entmutigt und auf Ersatzgefühle gedrängt. Diffuse Gewalt, das rebellische Umsichschlagen gegen Begrenzungen, welche die herrschende Ordnung bestimmen, können laut Oskar Negt “Ausdruck einer Lebenskraft sein, der die gesellschaftlichen Ideale fehlen”. Die jugendlichen Suchbewegungen gehen ins Leere, die Wut dreht sich im Kreis, wendet sich gegen die eigenen Person oder entlädt sich richtungslos. Hinter den wohlgeordneten und glitzernden neoliberalen Fassaden gedeihen Vandalismus und Amok.
In sozialer Isolation, in der Individuen auf sich gestellt sind, ist der Weg zu einem kollektiven Aufbau von neuen, nicht-bürgerlichen Lebensformen, die eigenen Bedürfnissen Rechnung tragen, verrammelt und verriegelt. Der Vandalismus kann als Antwort darauf verstanden werden, dass seine Akteure nicht in der Lage sind, ihren Zorn in eine produktive und rationale Richtung zu lenken, wie das eben zum Beispiel in politischen Bewegungen geschah. Die Aggression ist und bleibt roh. Blind und bewusstlos schlagen die Herausgefallenen und für überflüssig Erklärten auf die gesellschaftliche Fassade ein. Die Wut der Vandalen beschränkt sich auf den Versuch, mit einer Baseball-Keule auf den Nebel einzuschlagen, der über den Verhältnissen liegt und den Einblick in ihre Strukturen versperrt. Das, was man Vandalismus nennt, ist eine Wut, die ihr Objekt eingebüßt und sich in frei flottierenden Hass verwandelt hat.
Spätkapitalistische Herrschaft hat sich entpersonalisiert und anonymisiert, sie tarnt sich immer perfekter als Technik und tritt den Menschen gegenüber als so genannter Sachzwang auf. Gegen wen oder was soll die aufgestaute Wut sich wenden? Wen können wir zur Verantwortung ziehen? Wer ist Schuld an unserem diffusen Unbehagen und unserer Misere? Vom gerade verstorbenen Jean Baudrillard stammt die prägnante Formulierung: “Wenn die Gewalt aus der Unterdrückung aufsteigt, dann der Hass aus der Entleerung.”
Der große, nekrophile Bruder des Vandalen ist der Amokläufer. An dieser Stelle möchte ich Mark Ames entschieden widersprechen, der nach dem Massaker an der Virginia Tech im Gespräch mit dem Freitag (Ausgabe 17/2007) die These vertreten hat, der Amoklauf sei eine zeitgenössische Form der Revolte und des Widerstands, gleichsam die “Sklavenrebellion des 21. Jahrhunderts”. Die Gründe für die Amokläufe lägen, so Mark Ames, weder in der Persönlichkeitsstruktur der Täter noch in Computerspielen oder fehlenden christlichen Werten. Sie seien da zu suchen, wo die Massaker passieren: In unseren Büros und in unseren Schulen. Der Reichtum habe sich bei wenigen konzentriert, die Firmenchefs verdienten das Vielfache eines Angestellten. “Die Leute werden immer mehr ausgepresst – warum sollen sie sich nicht wehren?”
Freilich, aber heißt Sich-Wehren an seinen aktuellen oder verloren gegangenen Arbeitsplatz zurückzukehren und auf die (ehemaligen) Kollegen zu schießen? Muss man, wenn man unter der Unwirtlichkeit der Schulgebäude und dem Leistungsdruck leidet, wenn man sich ausgegrenzt und von “Arschlöchern” umzingelt fühlt, das Feuer auf seine Mitschüler und Lehrer eröffnen? Das Einzige, worüber Jugendliche wie Klebold und Harris, die Amokschützen der Columbine High School nahe Littleton, verfügen, ist subjektloser Hass, für den alle Versprachlichungen – mögen sie Hitler, “Arschlöcher” oder sonst wie heißen – nur Chiffren sind.
Zerfall der Gesellschaft
Ist der Amoklauf, wie Ames formuliert, tatsächlich “ein Modell dafür, wie man sich wehren kann”, oder ist er nicht vielmehr Ausdruck der Tatsache, dass es den Menschen an Modellen des solidarischen Sich-zur-Wehr-Setzens fehlt? Wenn Gesellschaften ihre Fähigkeit der sozialen Integration einbüßen, ihre tragenden Gerüste und Institutionen sich zersetzen, ihre Werte und Normierungen erodieren und von Vielen nicht mehr geteilt werden, dann setzen sich neben Angst auch Formen von Aggression, Feindseligkeit und Gewalt frei. Diese bedürfen dringend der intellektuellen und moralischen Kontrolle und müssen in eine aufklärerische Richtung gelenkt werden, weil sie sonst ungeahnte Destruktionspotenziale entbinden, die nicht nur diese, sondern jede Gesellschaft zerstören könnten. Amok ist also kein Akt des Widerstands, sondern ein Symptom der Selbstzerstörung der spätbürgerlichen Gesellschaft und des gleichzeitigen Fehlens von sozialen Gruppierungen und Strategien, die diesem Zerfall eine emanzipatorische Wendung geben könnten.
Im Sinne des Ethnopsychoanalytikers George Devereux wäre sogar zu fragen, ob der ursprünglich im südostasiatischen Raum beheimatete “Amok” inzwischen nicht dabei ist, sich auch in den kapitalistischen Metropolen des Westens als ein “Modell des Fehlverhaltens” zu etablieren. Devereux zufolge stellt jede Kultur ihren Mitgliedern Schablonen zur Verfügung, nach denen Erregungs- und Spannungszustände abgeführt werden können, ohne das System als Ganzes in Frage zu stellen. Wie sich zu Beginn des 16. Jahrhunderts in Frankreich und Italien das “Duell der Ehre” herausbildet, das einem Edelmann genau vorschreibt, wann er gezwungen ist, jemanden herauszufordern und wie die Wahl der Waffen zu geschehen hat, so scheint es, als würden sich unter unseren Augen das School Shooting und der Amoklauf als grausige “Ventilsitte” für (junge) Männer etablieren, die eine außerordentliche Kränkung oder ein schweres Trauma erlitten haben und sich in ihrem Stolz verletzt fühlen und deswegen “einen Hass haben”.
Aber selbst wenn der Amoklauf zum “Modell des Fehlverhaltens” avancieren würde, sollten wir uns hüten, im Zusammenhang von blinder Gewalt und Massenmord von Widerstand gegen die herrschenden gesellschaftlichen Verhältnisse zu sprechen. Hier ist unser, der Linken, Unterscheidungsvermögen gefragt, und wir müssen darauf beharren, dass jede auf Befreiung zielende Aktion die Angemessenheit der Mittel im Bezug auf das zu erreichende Ziel zu reflektieren hat. Es gibt Formen der Gewalt, die noch nicht einmal eine revolutionäre Situation rechtfertigen kann, weil sie gerade den Zweck negieren, wofür die Revolution ein Mittel sein soll: die Erweiterung des Spielraums menschlicher Freiheit und Glücksmöglichkeiten. Dieser Art sind willkürliche Gewalt, Grausamkeit und unterschiedsloser, blinder Terror.
Gegenbild des Revolutionärs
Der vandalische Akt, Telefonzellen zu zertrümmern oder Autos in Brand zu stecken, enthält möglicherweise noch die Spur einer “Intention auf das Richtige” (Georg Lukács) und kann in eine historische und politische Perspektive integriert werden. Der Amokläufer ist in allen grundsätzlichen Belangen das genaue Gegenbild des Revolutionärs: Wenn dieser die Entwicklungsbedingungen des Lebendigen und des Menschlichen durch Überwindung ihrer geschichtlich-gesellschaftlichen Blockierungen verbessern will, so fühlt sich jener mehr vom Toten als vom Lebendigen angezogen und ist darauf aus, Lebendiges in Totes zu verwandeln: “Außen soll sich nichts bewegen und innen kein Gefühl sein” (Klaus Theweleit). Amok beruht auf einer tödlichen Produktionsweise und ist in der Anwendung des Vernichtungsprinzips totalitär. Letztlich ist das treibende Motiv des Amokläufers, im Banne eines bösartig gewordenen frühkindlichen Narzissmus alles in seinen grandios inszenierten Untergang mitzureißen. “Statt darauf zu warten”, heißt es in Lothar Baiers letztem Buch Keine Zeit, “dass die Welt das eigene Leben verschlingt, soll die Welt in der Selbstvernichtung verschlungen werden, damit auf diese Weise Weltzeit mit Lebenszeit zusammenfällt.”
Von den zwischen 1974 und 2002 weltweit dokumentierten 75 Schulschießereien entfallen 62 auf die USA, gefolgt von Deutschland mit vier und Kanada mit ebenfalls vier Fällen. Schlägt die von den Metropolen des globalen Kapitalismus ausgehende neo-imperiale, kriegerische Gewalt in Gestalt einer Verwilderung und Brutalisierung der Verkehrsformen in die Mutterländer zurück? Gibt es einen nachweisbaren Zusammenhang zwischen Marktfundamentalismus, der Ausbreitung einer “Kultur des Hasses” (Eric J. Hobsbawm) und einem Anstieg der Gewalt? Gilt nicht allenthalben die Devise: Nach uns die Sintflut!?
Im Namen des kurzfristigen Gewinns werden soziale Strukturen planiert, die über Jahrzehnte gewachsen sind und den Menschen Schutz vor den schlimmsten Auswüchsen des Kapitalprinzips boten. Da wird flexibilisiert, dereguliert und privatisiert, da werden Kosten gesenkt ohne Rücksicht auf soziale und ökologische Folgen. Von den hochentwickelten Ländern werden natürliche Ressourcen in ungebremstem Tempo verbraucht. Ein hemmungslos und wild gewordener Kapitalismus ist im Begriff, seine und unser aller Existenzvoraussetzungen zu zerstören. Eine durch und durch kapitalistische Welt wird sich als nicht lebbar, ja nicht einmal funktionsfähig erweisen. Wenn es uns – den heute lebenden Menschen – nicht gelingt, das Steuer herumzureißen und den Wahnsinn des losgelassenen Marktes zu stoppen, drohen wir am Ende Zeugen eines marktwirtschaftlichen Amoklaufs zu werden, von dem wir alle betroffen sind.
http://www.krisis.org
Götz Eisenberg arbeitet als Gefängnispsychologe in der JVA Butzbach.

vendredi 4 février 2011

Protestation des magistrats nantais

Après les déclarations de Nicolas Sarkozy sur l’affaire Laetitia le mouvement de protestation des magistrats a fait tâche d’huile vendredi, avec un appel national à la suspension des audiences lancé par le principal syndicat de magistrats.

L’Union syndicale des magistrats, organisation majoritaire, ne digère pas les déclarations de Nicolas Sarkozy sur l’affaire Laetitia. Ils ont lancé un appel national à la suspension des audiences. Je n’ai jamais vu un état de mobilisation pareil. C’est inédit», a déclaré à l’AFP Matthieu Bonduelle, secrétaire général du Syndicat de la Magistrature (SM, 2ème de la profession). Côté policiers, la situation est plus contrastée. Les syndicats SNOP et Unité SGP-FO, respectivement majoritaire chez les officiers de police et premier syndicat des gardiens de la paix, ont dénoncé les propos du président de la République. Mais Synergie (deuxième syndicat d’officiers) et Alliance (deuxième syndicat de gardiens) ont refusé de se joindre au mouvement après les pressions d'usage.
Dans un communiqué, le Syndicat national des officiers de police (Snop) «ne peut admettre que des lampistes» servent «de boucs émissaires à ceux qui détiennent le pouvoir et refusent d’assumer les conséquences de son exercice lorsqu’elles ne sont pas à son avantage».
A Nantes, les magistrats ont apposé sur les portes d’entrée des salles d’audience le texte de leur motion de protestation, et ont tenu une réunion avec des représentants de toute la filière judiciaire (avocats, travailleurs sociaux, policiers…).
S'ajoutant à la grogne des CRS et Mobiles et au mécontentement des Services de polices politiques, c'est l'ensemble de la Machinerie Policière qui est touchée par une fronde qui s'ajoute à celle bien plus avancée des magistrats.
En visite jeudi à Orléans, le chef de l’État a affirmé que les «dysfonctionnements graves» des services de police et de la justice, qui ont permis la remise en liberté du principal suspect du meurtre de la jeune Laetitia à Pornic (Loire-Atlantique), seraient sanctionnés.
Des assemblées générales sont prévues lundi à Nancy, Metz, Coutances (Manche), Caen. A Strasbourg, les magistrats auront une assemblée générale le jeudi 10. Vendredi, les hauts magistrats de la conférence des premiers présidents de cour d’appel ont également exprimé leur «vive préoccupation devant la tentation de reporter sur les magistrats et fonctionnaires (…) la responsabilité des difficultés de fonctionnement» des tribunaux.
Même si sarko distribuait de l'argent aux pires lascars des banlieues pour semer le chaos comme le fait Moubarak il aurait peu de candidats tant l'homme est détesté universellement, un point de non-retour, une infection, un cancer ...

Les pieds dans le tapis idéologique

Voulant satisfaire un public fictif qui serait composé des membres des 4e et 5e ages, gobant tous les mensonges débités par MAM-SARK et Cie, des lois plus débiles les unes que les autres paralysent l'efficacité des "Services de Surveillance" policière comme  celle de l'État..
Nous vivons une sorte de remake des années Brejnev (du libéralisme cette fois),  une stagnation paralysante de vieux pontifes raisonnant avec 30 années de retard. Les révolutions Arabes en sont l'éclatante démonstration. 
En plus d'apparaitre ringard et dépassés c'est aussi leur avidité atavique ridicule et abjecte qui devient visible et cela au moment même ou ils auraient le plus besoin de clarté et de  stratégie face à des crises révolutionnaires qui irradient d'intelligence et d'humanité. (Oui les Égyptiens surprennent par leur maitrise malgré la complexité qu'il y a à combattre un régime policier aussi puissant.)

Voici un morceau de bravoure des Services: Un expert de la DCRI, service de contre-espionnage français.
Aujourd’hui, pour traquer les candidats à l’action suicide, nos agents passent plus de temps derrière un écran d’ordinateur qu’à la sortie des mosquées. (premier mensonge car les mosquées sont moins des centres de conspiration que des lieux de prières, ce genre d'affirmation cherche à discréditer par avance. Les Tarnac  ne sont pas musulmans  et encore moins candidats au suicide mais ils sont surveillés...)          
Or, et dans le même temps, le recours croissant des internautes à des outils et technologies de cryptographie et de protection de la vie privée, afin de se protéger de l’Hadopi, ou de la censure du Net comme c’était le cas en Tunisie notamment, embête très sérieusement les services de renseignement américains, mais également français. (quant le train-train s'installe !)
L’ouverture du procès de cinq militants liés à une filière jihadiste franco-belge est l’occasion, pour Le Figaro d’expliquer, dans un article intitulé Internet, fil conducteur des dossiers islamistes, qu’”à l’heure des réseaux sociaux, la traque des terroristes se fait désormais plus sur Internet que sur le terrain” :
Un magistrat antiterroriste l’assure: «Internet est devenu le fil conducteur des dossiers islamistes à Paris.» Le tribunal en instruit une cinquantaine. Sans compter les enquêtes préliminaires diligentées par le parquet.
À chaque fois ou presque, les terroristes présumés ont utilisé des moyens de communication informatiques pour endoctriner, recruter, échafauder des projets d’attentat.
«Aujourd’hui, dit un expert de la DCRI, service de contre-espionnage français, pour traquer les candidats à l’action suicide, nos agents passent plus de temps derrière un écran d’ordinateur qu’à la sortie des mosquées.»
Plutôt que de bloquer les sites, forums et autres réseaux sociaux où se nouent les contacts entre “frères“, les agents de la DCRI et de la DGSE qui les surveillent activement s’en servent pour se tenir informé, ou pour les infiltrer, quitte à créer de vrais-faux sites djihadistes de types pots de miel. (genre le défunt Debordeloff...)

La France n’est pas au bout de ses peines

Pour échapper à cette cybersurveillance et aux grandes oreilles des services de renseignement (voir Frenchelon: la carte des stations espion du renseignement français), Le Figaro rapporte que les islamistes jugés à Paris ne s’envoyaient pas de courriels, mais qu’ils communiquaient via le dossier “brouillon” de leur messagerie internet.
Le recours aux logiciels de cryptographie, au réseau Tor, proxys anonymiseurs, Freenet et autres outils et techniques de protection de l’anonymat pose “un vrai casse-tête aux autorités
Et la France n’est pas au bout de ses peines.
Car l’avènement d’Hadopi, gendarme des droits d’auteur sur Internet, a le don d’agacer l’allié américain. Les services de renseignements des États-Unis craignent que cette forme de répression massive, qui se veut préventive, ne développe chez les adeptes des films et musiques piratés un engouement pour les techniques d’anonymisation jusqu’alors réservées à quelques hackers ou à certains types de réseaux criminels ou terroristes.
Un cyberpolicier français en convient: «S’il est encore possible d’isoler en France une partie du flux d’informations codées pour tenter de le décrypter, l’opération deviendra nettement plus délicate quand le ruisseau sera devenu torrent à force de transporter les lourds fichiers vidéo de dizaines de milliers de pirates improvisés.»

L’internet est un très bon moyen de se cacher

En octobre dernier, Bernard Barbier, le “directeur technique” de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), avait déjà expliqué Frenchelon: la DGSE est en “1ère division”) que si, lorsqu’il était arrivé dans la maison, en 1989, le recours à la cryptographie servait d’alerte, car seuls les diplomates, les militaires ou les services secrets chiffraient leurs communications, aujourd’hui, “tous les apprentis terroristes utilisent la crypto“, et l’internet leur permet de se cacher : “ils savent qu’ils peuvent être écoutés, et donc se cachent dans la masse des utilisateurs de l’internet” :
“Nos cibles principales aujourd’hui n’utilisent plus le chiffrement gouvernemental ou militaire mais plutôt de la cryptographie grand public, car nous travaillons à 90% sur l’anti-terrorisme. Aujourd’hui, nos cibles sont les réseaux du grand public, parce qu’utilisés par les terroristes.”
En aparté, lors de la pause café, on avait ainsi apprit que les services de renseignement américains avaient même “engueulé” leurs homologues français au sujet de l’Hadopi… suivant en cela les services de renseignement britanniques qui avaient déconseillés à leur gouvernement un tel mécanisme qui rendrait “difficile” la surveillance des internautes.
On sait aussi désormais que la Hadopi, en poussant les internautes à se protéger et à recourir à la cryptographie, embête aussi les services anti-terroristes de la DGSE et de la DCRI.

Internet est une rue, la crypto la clef de nos logis

A toutes fins utiles, il serait bon de préciser que les centres commerciaux, arrière-salles de café, parcs publics et grands magasins sont également de très bon moyens, utilisés depuis longtemps par les espions, pour parvenir à se “cacher“.
Comme le rappelle le portail gouvernemental consacré à la sécurité informatique, l’internet est une rue peuplée d’inconnus, ou, comme l’écrivait Nicolas Voisin dans Internet est une rue :
Internet n’est pas bon ou mauvais, comme une rue n’est pas “bonne ou mauvaise”. Internet est ce que l’on y fait. Le web est riche des rencontres et découvertes que vous y ferez.
Il est donc normal d’y trouver des terroristes, des pédophiles, des nazis, mais aussi et surtout des gens qui, pour protéger leurs communications, leurs vies privées, le secret de leurs affaires, ont eux aussi recours à la cryptographie.
Ce pourquoi, d’ailleurs, sécurité-informatique propose d’ailleurs un module d’autoformation et d’introduction à la cryptologie, cette “science du secret“.

Un État surveillant, ou protecteur ?

Le problème, ce n’est pas la cryptographie, ni le besoin qu’on les internautes de vouloir protéger leur vie privée, pas plus que celui des entreprises de protéger leurs salariés des risques d’espionnage industriel.
Le problème, c’est la Hadopi, et cette façon qu’ont les autorités de dépenser bien plus d’argent, de temps et d’énergie à vouloir nous surveiller plutôt qu’à nous aider à nous protéger - voir Internet : quand l’Etat ne nous protège pas.
Il a ainsi fallu 32 ans pour que la CNIL obtienne un budget de 13 millions d’euros. La Hadopi, elle, l’a obtenue en moins d’un an (voir la petite étude comparée que j’en ai tiré : Hadopi vs CNIL : l’une chante, l’autre pas).
Alors que le gouvernement cherche à décapiter la CNIL, à lui couper les vivres, et alors que, 32 ans après son adoption au Parlement, 82% des organismes ne respectent pas la loi informatique et libertés, il serait pourtant bon de renverser les priorités. Sauf si le but recherché est de caser des amis à des postes bien rémunérés tout en faisant plaisir aux demandeurs/financeurs, du très court terme comme dans toute économie de spéculation. Après nous le déluge mais en attendant miam-miam.

PS : le “truc” du dossier brouillon, je l’avais déjà mentionné dans mon article Journalistes : protégez vos sources ! (voir aussi mon petit manuel de contre-espionnage informatique).

Voir aussi :
Rions un peu avec la Hadopi
Safari et la (nouvelle) chasse aux Français
Le monde entier enterre la vie privée

La «république autonome» de la place Tarhir

La situation reste extrêmement tendue ce vendredi, jour de prière. De nouvelles manifestations sont prévues à l'appel du mouvement de contestation qui espère en faire la journée du départ du président Hosni Moubarak, après dix jours de protestations. Selon Ashraf Mousa, un des médecins qui s'occupe d'un hôpital de fortune installé sur la place, cette nuit, il y aurait eu cinq blessés par balles — deux à la tête et deux à l'abdomen — dont quatre seraient morts. Pour Hicham, un ingénieur, il n'y pas de doute: "les gens qui ont tiré cette nuit sont des professionnels, ils ont tiré de très loin, ce sont probablement des snipers".
Une  entité autonome défie le gouvernement égyptien depuis le centre du Caire. Entourés par les chars de l'armée, assiégés par des contre-manifestants, les protestataires anti-Moubarak se sont installés sur la place de la Libération dans une atmosphère de camp retranché qui tourne parfois à la kermesse foraine. Cette minuscule république autonome n'a ni chefs reconnus ni réelle structure mais n'en est pas moins étonnamment bien organisée.
La défense notamment. Après les batailles rangées de la veille, où ils ont repoussé à coups de pierres jusqu'à la nuit les assauts des partisans de Moubarak, les protestataires ont fortifié les neuf accès de la place. Des barricades ont été édifiées avec tout ce qui leur tombait sous la main, carcasses de voitures, barrières de chantier d'un hôtel en construction et toutes sortes de matériaux. En avant de ces remparts, des tas d'ordures ont été alignés en travers de la chaussée et aspergés d'essence, prêts à être enflammés. Plusieurs lignes de défense ont été aménagées. Derrière ces remparts, des jeunes gens montent la garde, prêts à repousser de nou­velles attaques, avec des empilements de pierres comme réserves de munitions. À la moindre alerte, on tape furieusement sur les barrières métalliques et des panneaux pour battre le rappel des renforts. Des femmes ont confectionné de curieux casques en carton et les terre-pleins de la place ont été transformés en carrières d'où l'on extrait des gravats qui serviront de projectiles.
Un service médical d'urgence s'est mis en place. Une petite mosquée coincée dans une allée qui mène à la place sert d'hôpital principal. Des antennes médicales avancées sont installées près des lignes de défense, quelques chaises et des bâches sur lesquels on allonge les blessés. Les médecins et les infirmiers sont des bénévoles, souvent des étudiants en médecine, en même temps que des militants.
Dans le petit poste de secours improvisé du côté du Musée égyptien, où ont eu lieu les affrontements les plus violents, le Dr Sherif Omar a les yeux cernés, mais les jeunes infirmières le couvent du regard. Sa blouse est maculée de sang et de teinture d'iode, après qu'il a traité des centaines de blessés pendant les combats de la veille, qui se sont poursuivis tard dans la nuit. «Nous occupons cette place pacifiquement depuis maintenant six jours. Et soudain, nous avons été attaqués par des hooligans prétendant manifester pour la stabilité», explique le jeune médecin. «Si Moubarak ne s'en va pas, il y aura de nouveaux heurts. Les médias d'État nous décrivent comme de dangereux émeutiers qui menacent la stabilité du pays. Alors que les casseurs et les fauteurs de troubles sont ceux qui nous ont attaqués avec des cocktails Molotov. La plupart sont des policiers en civil qui se font passer pour des manifestants», dit le Dr Omar.
La chasse aux policiers en civil infiltrés est générale. Des groupes passent en entraînant avec eux des agents provocateurs démasqués. On les interroge dans une agence de voyages de la place. La veille, trop nombreux, ils ont été regroupés dans une des entrées de la station de métro Sadate, transformée en centre de détention improvisé. Une petite exposition a été installée sur le trottoir, montrant les cartes d'identité des policiers, un cocktail Molotov, des couteaux, des coups-depoing américains et des étuis de car­touches de tous calibres saisis un peu partout, avec une pancarte au stylo indiquant qu'ils avaient été saisis sur des policiers. Loin d'avoir découragé les protesta­taires, l'attaque des partisans de Moubarak semble avoir plutôt développé leur détermination. «Le dernier discours de Moubarak m'avait convaincue, dit Hanna Mohammed, une toute petite dame au visage entouré d'un foulard rouge. Je me disais qu'après tout, on pouvait bien attendre six mois avant qu'il ne s'en aille, au bout de trente ans ce n'est pas grand-chose. Mais en envoyant hier des Égyptiens contre d'autres Égyptiens, il a commis quelque chose de terrible. Ce qui s'est passé ici mercredi m'a fait revenir sur la place de la Libération, et je vais y rester.» Les haut-parleurs hurlent jour et nuit. D'un côté, les Frères musulmans scandent des «Allah est grand» toutes les trois phrases. De l'autre, le guitariste Romi Essam fait cracher à ses amplis un rock humoristique sur Moubarak, guitare à la hanche, un bandage sous sa cas­quette. Sur le terre-plein central, des gens dorment pêle-mêle à même le sol, enroulés dans des couvertures. Un groupe de jeunes filles a monté une tente baptisée «Hôtel de la Liberté». «Moubarak en a fait hésiter certains en annonçant qu'il ne se représenterait pas, mais l'attaque de ses supporteurs les a remobilisés», dit Noura al-Gazzar, une jeune étudiante de 24 ans. Elle et ses amis appartiennent à la génération Twitter, ils ont été les premiers à déclencher la fronde, prenant tout le monde de court, le régime comme les partis d'opposition. «Cette génération est meilleure que la nôtre, nous avions peur, et eux pas», dit Yasser Ghanim, un biochimiste égyptien revenu en hâte du Qatar pour participer à cet «événement historique». «Ils nous ont rendu notre dignité, nous ne sommes plus du bétail mais de nouveau des êtres humains.» 
«Ils sont formidables, les plus vieux ont à peine 28 ans et je me mets à leur ser­vice !», dit le Dr Mahmoud Hamza, un ­riche industriel. «J'avais participé à des manifestations dans les années 1968, mais ça n'a rien à voir. Aujourd'hui nous avons une révolution, comme vous en France!».
Les barbus sont aussi présents sur la place. Longtemps réprimés, les Frères musulmans ont parfaitement saisi l'occasion qui se présentait et participent activement à la défense de la place de la Libération, sans pour autant diriger l'ensemble d'un mouvement sans tête. «Nous sommes ici jusqu'au départ de Moubarak», dit le Dr Mohammed al-Beltagy, ancien parlementaire et porte-parole des Frères musulmans. «Nous croyons en la démocratie et dans le droit de chacun d'exercer sa religion. Le régime n'a pas encore compris qu'il s'agissait d'une révolution.» 
Place Tahrir, les manifestants, notamment des femmes selon France 24, affirment qu'ils continueront jusqu'à la chute du président Moubarak. Quelques minutes plus tôt, pendant la prière du vendredi, l'imam a déclaré que c'était «un mouvement égyptien, tout le monde est devenu musulman et chrétien, ils sont venus pour exprimer leurs droits volés». L'imam a même pleuré pendant la prière aux morts, suivi par de nombreux de fidèles. Les affrontement entre pro et anti-Moubarak ont fait de nombreuses victimes mercredi et jeudi.
  Adrien Jaulmes
Scène insolite sur la place Tahrir: un bureau des objets trouvés a été mis en place. Avec un stock impressionnant de téléphones portables, de clefs et de Coran perdus dans la bagarre. Sur place, les militaires sont de plus en plus critiqués, comme Ahmed qui dit «ne plus avoir confiance en l'armée.» Mohamed, 37 ans, une balle «made in USA» à la main, dénonce: «On se fait tuer par des balles américaines». Aucun n'entend quitter la place, «on ne bougera pas jusqu'à la mort, résume Oussama. De toute façon on n'a plus le choix, on ne peut plsu faire de marche arrière.»
Hosni Moubarak refuse de rencontrer Franck G. Wisner, l’émissaire personnel de Barack Obama, envoyé au Caire à la hâte.

jeudi 3 février 2011

De la place Tahrir

Jeudi soir, sept jeunes leaders de la contestation ont été arrêtés par les autorités, selon des membres de leurs familles. Amr Salah, Chadi Al-Ghazali, Amr Ezz, Ahmed Douma, Amr Arafat, Moustafa Chaouki et Naser Abdel Hamid, sept jeunes membres de différents groupes d'opposition, avaient appelé à manifester la semaine dernière contre le régime du président Hosni Moubarak. Ils ont été interpellés après avoir rencontré une des figures de proue de l'opposition, Mohamed ElBaradei, à sa résidence (surveillée, quelle grossière erreur, ElBaradei doit être tenu pour responsable)  de Guizeh, près des pyramides. Les jeunes s'étaient attablés dans un café populaire situé à proximité de la résidence de M. ElBaradei lorsqu'ils ont été arrêtés par la police. Ils ont été emmenés dans un endroit inconnu.

Le Caire, 3 février 2011. L'escalade de la barbarie dépasse l'entendement et atteint des degrés innommables. Des journalistes sont battus, des avocats, des activistes et des manifestants sont arrêtés et tués. Les hommes de main de Moubarak tiennent tous les accès à la place Tahrir ainsi que les ponts de la ville. Ils terrorisent, agressent et des snipers tirent, maintenant à 21h00, à balles réelles sur les manifestants de la place Tahrir. A l'échelle nationale des policiers habillés en civils et des hommes de main battent, molestent et tuent les civils. Demain, il y aura un bain de sang et des morts par milliers. Demain des millions de manifestants sont attendus dans la rue Égyptienne pour une marche pacifique en direction de la place Tahrir. Le bain de sang a lieu maintenant, sous nos yeux. Nous demandons à tous ceux qui ont accès aux décideurs de ce monde de se mobiliser pour annoncer à la télévision, ce soir et cette nuit, que si Moubarak ne met pas un terme immédiat à cette barbarie, ses comptes bancaires et ceux de son régime seront gelés. A 20h45, les caméras des télévisions ne semblent plus avoir accès à la place Tahrir.   Suite Si nous perdons la bataille, chacun de nous sera arrêté, harcelé, torturé Des médecins volontaires recousent des oreilles déchirées, des crânes ouverts, des cuisses déchiquetées. Ils sont sur place, par terre ou dans les quelques rares ambulances dépêchées sur place. Ils opèrent sous les pierres,  les cocktails molotov et les tirs à balles réelles du gouvernement Moubarak. Un homme dans un mégaphone maintient sans relâche le moral des troupes. "Troupes", parce qu'il est maintenant  clair que nous sommes en guerre, une guerre incivile. Des hommes de main du gouvernement sont continuellement arrêtés par les manifestants qui les remettent aux militaires. Ceux-ci portent sur eux des cartes professionnelles qui indiquent qu'ils appartiennent à la police d'État. Les cartes sont aussitôt saisies, photographiées et diffusées au monde entier. Sur place, les mots pour décrire ce qui se passe appartiennent désormais à un autre registre: crime de guerre, crime contre l'humanité, terrorisme d'état, barbarie. Entre les deux camps, un rideau de flammes et de voitures brûlées. Pour donner du courage aux manifestants, des femmes munies de bâtons jouent des rythmes sur les barrières métalliques de la place. Moubarak ne semble pas comprendre qui, au juste, mène le combat. Il pense encore que ce sont quelques milliers de pauvres gens, ceux qu'il a humilié dans ses prisons ou ceux qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Moubarak pense qu'il sera facile, comme les fois précédentes, de les réduire au silence sans que quiconque ne s'en aperçoive. Mais Moubarak n'a pas mesuré la diversité sociale de ces manifestants unis et déterminés à le faire tomber. Il ne comprend pas que ses mensonges et ses manipulations n'ont, aujourd'hui, aucun effet sur l'opinion internationale ou sur les manifestants sur place. Des étudiants éclairés de familles modestes, des bourgeois, des égyptiens de l'étranger sont là, main dans la main. Certains parlent deux ou trois langues, s'adressent aux presses du monde entier et décryptent, minute par minute, ce qui se passe. Ils déjouent, un à un, les pièges de Moubarak susceptibles de tromper ceux qui nous regardent et qui s'interrogent sur l'avenir démocratique ou non de l'Égypte. Source

 

 L'armée repousse les partisans de Moubarak au Caire

13h40. Des tirs nourris sont entendus aux abords de la place Tahrir, dans le centre du Caire, théâtre d'accrochages entre partisans et opposants au président égyptien.
12h36. Des chars de l'armée font mouvement pour empêcher que des partisans du président Hosni Moubarak parviennent à la place Tahrir, selon une journaliste de l'AFP sur place. Les chars cherchent à empêcher que les pro-Moubarak arrivant dans le secteur depuis le pont du 6-Octobre s'approchent de la place Tahrir au centre du Caire où sont réunis par milliers des manifestants qui réclament le départ du président Moubarak. 
12h05. «Dans le quartier à 200 m de la place Tahrir, un groupe de 200 à 300 manifestants pro-Moubarak arrête tous les étrangers. Ils les bousculent, les molestent et les mettent dans des taxis qui les emmènent on ne sait où. Ils arrêtent également les Égyptiens qui portent des sacs. Un occidental est en train de se faire molester sous mes yeux, un autre a pris un coup de boule il y a quelques minutes». Des groupes pro-Moubarak ont lancé une chasse aux journalistes. Un photographe de l'AFP se serait fait voler ses appareils.
Qui est responsable de ce chaos organisé ?
Le vice-président Omar Souleimane (agent CIA) qui veut rendre indispensable sa très longue "Transition" préparée avec soin par les USA. La preuve regardez ces cartes de police prises aux pseudo-pro-Moubarak.

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