vendredi 5 mars 2010

Le Poale sion « l’ouvrier de Sion »

Dans les années 1890, des partis ouvriers juifs se structurent en Europe orientale. Dans le même temps apparaissent les premières organisations sionistes :
* En 1897 se crée l’Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie, plus connu sous le non de Bund, qui se veut un parti ouvrier marxiste juif en Russie. * La même année se tien le 1er congrès sioniste, à Bâle.
Assez rapidement, le Bund refuse le sionisme. Le courant nationaliste marxiste se sépare alors du Bund. Il s’organise à l’origine dans des associations Poaley Tzion, qui se regroupent en 1905-1906 pour former un véritable parti. Celui-ci sera basé en Russie jusqu’à la Révolution Bolchevique, mais a dès l’origine d’autres branches nationales, dont une branche américaine et une branche palestinienne (fondée en 1906). Le dirigeant et idéologue du nouveau parti est un intellectuel né en Ukraine tsariste, Dov-Ber Borochov (1881-1917). Celui-ci réalise la synthèse entre le marxisme et le nationalisme juif. Dans son optique, la seule oppression n’est pas l’oppression de classes, et le seul moteur de l’histoire n’est donc pas la lutte de classes. L’oppression nationale, et donc les luttes de libération nationale, peuvent être aussi de puissants moteurs de l’évolution historique.
Borochov considère également que la population juive a une pyramide sociale inversée : beaucoup de bourgeois, intellectuels, artisans, commerçants, peu d’ouvriers et de paysans. Seule une vie nationale séparée permettra à la population juive de reprendre une structuration sociale « normale », condition pour le développement à la fois d’une vie nationale libérée et d’une lutte de classe triomphante.
Pour ce faire, l’émigration de masse que connaissait le judaïsme russe de l’époque (4 millions d’émigrants en 1880 et 1932), surtout vers les États-Unis, devait être redirigée vers la Palestine, afin de permettre une concentration des Juifs sur un territoire national donné. De plus, « au lieu d’aller dans des pays au développement économique trop élevé pour les immigrants juifs, il faut partir dans des pays dont le niveau de développement est largement inférieur à la production juive, de sorte que les Juifs prennent une position dominante dans ce pays et ne restent pas confinés dans des travaux marginaux, comme c’était le cas dans les anciennes communautés juives et dans les pays d’émigration. Il est nécessaire que la transmigration juive se défasse de son caractère de simple immigration et devienne une colonisation[1] ».
Et il ne s’agit là que de la branche la plus marxiste de la gauche qui pose clairement comme projet La colonisation de ce qui deviendra en 1948 l’état hébreux d’Israél.
On peu affirmer avec certitude que le projet sioniste tel qu’il était s’est trouvé bouleversé par l’histoire. La Shoah et plus généralement le nazisme ont liquidé le véritable opposant au sionisme : le judaïsme Yiddish européen, C’est avant tout le peuple Yiddish qui a été anéanti par les crimes hitlériens. Deux visions du monde s’affrontaient et l’une la Yiddish était fortement corrélée au projet de révolution prolétarienne, voir le Bund. La liquidation des organisations ouvrières d’Europe Centrale était le but du nazisme, et plus généralement celui des deux guerres mondiales, la Shoah le complément totalitaire hitlérien presque vengeur et lié à la défaite de l’Allemagne nazi.
Le paradoxe c’est que depuis la fin de l’URSS les communautés juives de l’Est s’installent dans les villes d’Europe Centrale ou vivaient leurs ancêtres ce qui nourrit l’impensable : Un renouveau de la culture yiddish en Europe. (depuis 1995/96)

Inutile de dire que l’Etat d’Israël voit d’un très mauvais œil ce renouveau Yiddish au moment même ou toutes les manipulations du MOSSAD ont pour but de faire fuir les juifs d’Europe vers l’état hébreux et singulièrement la communauté juive de France qui était traditionnellement la plus critique et la plus frondeuse.
Bienvenu aux camarades de L’Est qui portent en eux l’avenir du judaïsme et le dépassement de la Colonie de peuplement presque spartiate appelée État Juif d’Israël.
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« La question juive ne génère plus désormais de grande réaction en Pologne » , estime Konstanty Gebert. Cet avis, Anna Bikont, journaliste à la Gazeta Wyborza, le partage : « L’antisémitisme n’est plus ni un tabou ni un grand sujet de débat. » Sa toute nouvelle association - La République polonaise ouverte, organisation contre l’antisémitisme et la xénophobie - est la première du genre réunissant des Polonais juifs et non juifs. Pour leur part, les autorités polonaises adoptent une attitude très positive face au monde juif. Sans doute mesurent-elles aussi que l’affirmation d’une minorité culturelle contribue à faire la preuve au monde extérieur que la Pologne n’est pas, contrairement à la réputation qui lui est faite, un pays xénophobe...."
Pologne
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La Bibliothèque Medem

La Bibliothèque Medem, principale bibliothèque yiddish d'Europe, a été créée en 1929 par des immigrés juifs d’Europe orientale militants du Bund. Jusque dans les années 1970, elle a fonctionné en tant que bibliothèque populaire.
Pendant l'Occupation, les collections ont été cachées au sous-sol du 110, rue vieille-du-Temple, où la bibliothèque était installée. Depuis la fin des années 1970, la bibliothèque est également fréquentée par étudiants, chercheurs, traducteurs, cinéastes et journalistes.
Durant les années 1990, elle a intégré l'essentiel des collections des quatre autres bibliothèques yiddish de France. En 2002, la Bibliothèque Medem a fusionné avec l’association pour l’étude et la diffusion de la culture yiddish (AEDCY) pour créer la Maison de la culture yiddish-Bibliothèque Medem, le principal centre de diffusion de la culture yiddish en Europe.    medem

jeudi 4 mars 2010

Pour l’abolition de la carte d’identité

Les Papiers aux chiottes !

Mouvement pour l’Abolition de la Carte d’Identité



Depuis quatre ans se manifeste une opposition fragmentée et parcellaire aux pièces d’identité biométriques et électroniques, au fichage ADN, à la biométrie, aux RFID, à la vidéosurveillance, et récemment aux tests génétiques prévus par la loi sur l’immigration, ainsi qu’à l’interconnexion des données administratives (éducation nationale, police, Sécurité sociale, dossier médical, mairies, impôts, services sociaux, transports publics, etc.)
Rien ne sert de combattre ces nouveaux modes de contrôle - informatiques, biométriques, génétiques - si l’on n’en finit pas avec les registres et pièces d’identité imposés voici 500 ans par l’Etat, et qui en constituent le modèle et la matrice. La CNIL n’étant qu’une agence de police déguisée.

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L’idée d’un titre d’identité unique court depuis la fin du XIXe siècle, mais la première carte d’identité française date de 1921 dans le département de la Seine. Après une initiative du ministre de l’Intérieur socialiste Marx Dormoy en 1935, les autorités l’imposent nationalement pendant l’Occupation. En 1955, la carte d’identité est rétablie, facultative, pour contrôler les "Français musulmans d’Algérie". Moins de 150 ans après son institution, elle est dans les faits quasi obligatoire. Au Royaume-Uni, la carte d’identité arrivera en 2010, à ce jour elle n’existe pas.
Le projet de carte d’identité électronique, biométrique, lisible sans contact, sans doute obligatoire, est ressorti des cartons en 2005. 2008 sera l’année de sa réalisation. En 1980, la revue Terminal 19/84 s’est battue contre le perfectionnement de la carte d’identité car "la démocratie exige ce minimum irréductible qu’on puisse faire de faux papiers." Encore dans les mémoires, la guerre rappelait l’utilisation qu’un gouvernement peut faire des outils de police - face aux Juifs et aux opposants. L’argument reste lumineux après 25 ans de propagande sécuritaire : mise en danger par l’existence même d’une police, toute opposition au pouvoir est impossible si cette police est infaillible.
Il ne suffit pas de contester l’informatisation de la carte d’identité. C’est son principe qu’il faut refuser. La carte d’identité est la négation pratique de la présomption d’innocence. Chacun est suspect. Il suffit de refuser un contrôle d’identité ou le fichage génétique pour devenir coupable. La carte d’identité généralise la présomption de culpabilité.
Les mafias fabriqueront toujours de faux papiers. Comme il y aura toujours des ogres et des tueurs, boucs émissaires offerts au sadisme des honnêtes gens. Multiplier policiers, caméras et fichages ne supprimera jamais ces réprouvés, mais réduit l’ensemble de la société à la liberté surveillée. Mettre ceux qui "n’ont rien à se reprocher" dans une prison à ciel ouvert pour les protéger des criminels est absurde. Mieux vaut des assassins en liberté qu’une population entière sous surveillance.
S’opposer à la biométrie et aux tests ADN, c’est exiger la présomption d’innocence, donc l’abolition de la carte d’identité.
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Pour attribuer une carte d’identité, on consulte les registres d’état civil. Ces fichiers et pièces d’identité reposent sur le même principe policier de suspicion. Ils matérialisent notre assujettissement à l’Etat.
En 1539, François 1er impose la tenue des registres de baptêmes et décès pour renforcer l’emprise royale sur ses sujets (ordonnance de Villers-Côtterets). Depuis, notre sujétion n’a fait que s’accroître avec l’Etat. Consignés dans ses registres d’inventaire, nous ne sommes que ses possessions. Les objets ont des étiquettes ; les citoyens ont leur carte d’identité, à l’étranger leur passeport. Délicatesse : on nous a adjoint un numéro personnel, pour nous mobiliser en temps de guerre et nous soigner en temps de paix. Nous l’aurait-on tatoué que cela aurait été plus clair.
Il n’y a pas de bon fichier. L’objet de tous les fichiers est de surveiller la population, tenue pour suspecte. À quoi bon soumettre les soins médicaux, considérés comme un droit inconditionnel, à l’inscription dans un fichier central et à la détention d’une carte informatisée ? Le numéro de Sécurité sociale ne sert que pour les 30 % non pris en charge (le tiers payant), couverts par les mutuelles. Établissons la gratuité des soins, et le numéro de Sécu devient inutile. Ou peut-être serait-il plus simple de supprimer les nuisances qui créent nos conditions de vie pathogènes : alimentation dégradée, amiante, pesticides, etc.
Tous les fichiers sont policiers. En 1974, le projet SAFARI d’interconnexion des fichiers par le numéro de Sécurité sociale scandalise. SAFARI ne concerne pourtant que l’administration (INSEE, impôts, banques, assurances, etc). État-Providence ou État policier, la volonté d’identifier les individus, la constitution de n’importe quel fichier – même sous de nobles prétextes – révèle l’administration comme police, science de la gestion (du latin politia, "art de gouverner la cité").
Refuser l’interconnexion des fichiers, c’est refuser l’identification policière, donc exiger l’abolition de tout fichier.

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Toute la mission de la CNIL (Commission Nationale Informatique et Liberté), créée en 1978, en réaction à la contestation du projet SAFARI, consiste à légaliser l’existence et l’usage du NIR (Numéro INSEE d’inscription au répertoire) à l’âge informatique, et à promettre aux jobards que tout abus supplémentaire restera illicite, tant qu’il ne sera pas régularisé. Quel soulagement de songer que le croisement des 400 fichiers où figure un Français moyen ne dépend que d’un vote parlementaire. Ou que les fichiers de police prospèrent dans l’illégalité, jusqu’à ce qu’un décret en réglemente l’usage, ce qui pour le NIR advint 41 ans après sa création, le 22 janvier 1982.
Ainsi la CNIL approuve-t-elle, le 25 novembre 1997, un premier recoupement de fichiers, via la mise en réseau d’ordinateurs par le logiciel ANIS. Elle rend le 24 novembre 1998 un avis favorable à l’instauration du Système de traitement des infractions constatées (STIC). Elle laisse, depuis 1999, les services des impôts consulter le Numéro d’inscription au répertoire, pour traquer les fraudeurs dans les bases de données. Elle ne rend plus d’avis depuis juillet 2004, à l’initiative d’Alex Türk, son président divers droite, sur la création de fichiers d’Etat (sûreté de l’Etat, Défense, sécurité publique). Elle continue cependant de faire "des propositions d’améliorations" des fichiers de police et de gendarmerie, légalisant ceux qui étaient illégaux. Elle applique la "proportionnalité des moyens", expliquant aux policiers quels outils utiliser au mieux, dans les limites admises par l’opinion.
En 2005, la CNIL déclare que "les Français devront accepter un affaiblissement des libertés individuelles afin de renforcer la sécurité collective" et approuve de nouvelles mesures sécuritaires au nom de la lutte anti-terroriste.
En 2006, Le Monde (15/11/2006), nous apprend que le Numéro d’inscription au répertoire pourrait devenir la clé d’accès au futur Dossier médical personnalisé (DMP), avec la bienveillance d’Alex Türk. Au Portugal, la constitution interdit le principe d’un numéro d’identification unique.
En 2007, ce sont deux députés membres de la CNIL qui proposent au Parlement l’autorisation des "statistiques ethniques".
C’est à la CNIL qu’il faut s’adresser pour savoir si l’on figure dans tel fichier, et rectifier, le cas échéant, les informations qui s’y trouvent. Largesse policière qui permet aux espionnés de concourir à leur espionnage. Encore ce droit est-il facultatif. Si le service concerné estime que l’accès à votre dossier peut nuire à la sûreté de l’Etat, à la Défense ou à la sécurité publique, il vous est refusé.
Encadrant le FNAEG (Fichier national automatisé des empreintes génétiques), comme des milliers d’autres fichiers, la CNIL veille, comme les médecins dans les unités de torture modernes, à ce qu’on ne vous lèse pas au-delà du règlement. Cependant, elle constitue sous son contrôle exclusif un fichier des fichiers, auquel elle a seule accès, et qu’elle pourra, le temps venu, unifier en un seul fichier : le fichier total.
L’impayable, c’est de voir les tenanciers de la conscience civique (journalistes, avocats, universitaires), faire mine de prendre au sérieux la fonction protectrice de la CNIL, déplorer la faiblesse de son budget, de ses effectifs, de ses pouvoirs. Comme si cet organe administratif, avec ses 17 membres choisis par les grands élus et les grands commis de l’Etat, placé sous l’autorité du gouvernement, n’était pas celui-là même qui préfigurait le mieux la société de surveillance.
Les uns entretiennent l’illusion d’une CNIL médiatrice parce qu’ils croient que cela vaut mieux que rien, les autres pour ne pas désespérer les citoyens, les derniers pour amadouer le monstre ; et tous pour sauver la face. Mais la CNIL est plus l’agence de développement du contrôle policier que l’agence de contrôle du développement policier. Et toute contestation de la surveillance requiert d’abord son abolition, afin que celle-ci paraisse dans toute sa crudité.
Les partisans d’un contrôle citoyen, qui refusent "le fichage pour tous" sans réclamer l’abolition de tout fichage, participent à la mystification de la CNIL. Le contrôle n’est pas un ensemble de dispositifs neutres qu’on pourrait maîtriser ou dont on pourrait individuellement s’extraire. C’est un rapport social médiatisé par des dispositifs. Il faut abolir les rapports sociaux dont la carte d’identité est le produit.
Carte d’identité, numéro de Sécurité sociale, état civil : la "gestion" technicienne et policière des individus comme objets de l’Etat supprime les rapports humains, donc la politique. La CNIL applique la même logique gestionnaire, dépolitisant et neutralisant les oppositions au contrôle. Il faut bâtir un mouvement politique anti-gestionnaire.

Abolition de la carte d’identité, de tous les fichiers et de la CNIL.

Mouvement pour l’abolition de la carte d’identité (MACI)                                 
Novembre 2007

DES POTENCES EN AUTRICHE

 L'héroïque Insurrection du prolétariat autrichien

par Herta Müller
«Le Paris des ouvriers de 1871, le Paris de la Commune sera à jamais célébré comme l'avant-coureur glorieux d'une société nouvelle. La mémoire de ses martyres vivra comme en un sanctuaire, dans le grand coeur de la classe ouvrière. Ses exterminateurs, l'histoire les a déjà cloués à un pi lori éternel, et toutes les prières de leurs traîtres n'arriveront pas à les racheter.»
(MARX: La guerre civile en France.)
[photos des destructions]   
Les façades ravagées, les cadavres dans la rue attestent l'héroïsme de la résistance ouvrière.
 Comme les communards du Paris de 1871, les héros de l'insurrection autrichienne vivent, eux aussi, dans le grand coeur du prolétariat, qui dans tous les pays du capitalisme mène le combat contre le fascisme. Les ouvriers autrichiens ont livré une bataille d'une grandeur gigantesque et ont écrit de leur sang une page glorieuse de l'histoire. La formidable insurrection du mois de février a été la première insurrection armée contre le fascisme. Ces luttes héroïques de la petite Autriche ont tenu pendant six jours et six nuits le monde en haleine. La bourgeoisie a tremblé devant la force formidable de la classe ouvrière. Elle a tremblé pour son système capitaliste pourri, pour son édifice banqueroutier, qui ne saurait s'appuyer que sur la pointe des baïonnettes. Et elle n'a eu qu'un avant-goût de ce que les ouvriers sont capables lorsqu'ils s'engagent sur la voie de la lutte révolutionnaire ! Les masses travailleuses du monde entier - les ouvriers, les masses travailleuses opprimées, les esclaves coloniaux - ont tourné un regard plein d'espérance vers l'Autriche; elles ont suivi avec la sympathie et l'enthousiasme le plus grand l'héroïque combat des ouvriers autrichiens. Cette insurrection leur a clairement démontré que la victoire finale des masses opprimées sur le fascisme est certaine.
L'arme à la main, des ouvriers social-démocrates ont pris place dans les rangs de la lutte contre les attaques du fascisme. Comment cela est-il arrivé ? Un coup d'oeil en arrière sur le développement des événements en Autriche nous l'expliquera.
En 1918, la monarchie a été renversée en Autriche. Certes, les ouvriers n'entendaient pas seulement renverser la monarchie, mais avec elle tout le régime capitaliste. Ils avaient devant eux, comme un exemple lumineux, la Révolution victorieuse d'Octobre du prolétariat russe. Le Parti social-démocrate autrichien était grand et puissant. Mais il utilisa sa force pour secourir la bourgeoisie, pour l'aider à édifier sa « République démocratique ».
« Nous ne voulons pas de guerre civile », disaient les « gauches » Friedrich Adler et Otto Bauer. Nous progresserons par la démocratie vers le socialisme, et cela sans sacrifices. » Lorsque des ouvriers exigeaient, malgré cela la lutte révolutionnaire, les chefs social-démocrates s'exclamaient: « L'Entente affamerait une Autriche soviétique. » Comment s'est traduit, en réalité, cette « fuite devant la famine » ? On compte, chaque année, en Autriche, une moyenne de 3.000 suicides, par suite de la famine et la détresse; ce sont donc environ 45.000 personnes que la famine a poussé à la mort au cours des quinze dernières années.
Les chefs social-démocrates se sont engagés sur le chemin de « l'édification » de la République autrichienne, et le 15 juin 1919 la police du ministre social-démocrate de l'intérieur Eldersch a tué dix-sept ouvriers social-démocrates et communistes, au cours d'une manifestation de sympathie envers la Hongrie soviétique. Les chefs social-démocrates ont maintes fois répété à la bourgeoisie qu'ils représentaient la seule force capable de sauvegarder l'Autriche du bolchévisme. On peut reconnaître qu'au moins, en cette circonstance, ils ont dit l'exacte vérité.
C'est grâce à cette politique que, petit à petit, la bourgeoisie a pu grouper ses forces, renforcer ses rangs et passer à l'offensive contre la classe ouvrière.
L'offensive contre les salaires s'en est suivie. Le chômage a éclaté et expulsé en quelques années des centaines de millier d'ouvriers du processus de la production. La paupérisation des masses travailleuses a fait des progrès et les gouvernements successifs ont renforcé l'offensive contre les ouvriers, cependant que parallèlement la bourgeoisie créait ses organisations armées et les faisait s'exercer à l'assassinat d'ouvriers. La justice autrichienne a régulièrement acquitté tous ces assassins d'ouvriers. Les ouvriers autrichiens voulaient venger leurs camarades; ils voulaient lutter et vaincre la réaction. Mais ils se heurtaient, là encore, à la résistance des chefs social-démocrates qui défendaient la bourgeoisie et retenaient les ouvriers de la lutte. En rappelant leurs grandes victoires aux élections parlementaires, les chefs social-démocrates proclamaient que « personne ne saurait battre cette armée de la classe ouvrière autrichienne ». Jusqu'en 1931, la social-démocratie comptait dans un pays de 6 millions 1/2 d'habitants, 750.000 membres; presque un habitant adulte sur trois était organisé dans la social-démocratie ! Les Syndicats réformistes comptaient 850.000 membres. Dans les villes industrielles, ils avaient derrière eux presque les deux tiers de la population. Le nombre des voix réunies aux élections parlementaires s'était accru sans cesse, et Otto Bauer affirma, avec beaucoup de pédantisme, que son parti est parvenu à grouper 42,8 % de toutes les voix exprimées, et qu'il ne lui manquait que 8,2 % de voix, au Parlement, pour instaurer le socialisme au pouvoir.
Des phrases semblables, qui ont semé des illusions parlementaires dans les rangs du prolétariat, ont eux aussi le don d'augmenter fortement, au sein de la classe ouvrière autrichienne, la conscience de sa force. Ceci est apparu avec évidence au cours de

L'INSURRECTION DU 15 JUILLET 1927

qui éclata spontanément comme réplique à l'acquittement de quatre assassins d'ouvriers: Tous les efforts des chefs social-démocrates ne parvinrent pas à retenir les ouvriers de la lutte. Bien que Julius Deutsch, en sa qualité de commandant suprême du Schutzbund, ait pris, devant la police, la responsabilité du maintien de l'ordre, les ouvriers le troublèrent de fond en comble. En guise de réponse à la criminelle justice de classe, ils mirent le feu au Palais de Justice et luttèrent héroïquement contre la police qui tira sur les ouvriers. Mais, comme les chefs social-démocrates avaient laissé les ouvriers sans armes, la police put, en deux journées, en fusiller quatre-vingt-dix.
A la grande conférence des hommes de confiance de la social-démocratie viennoise, conférence qui eut lieu trois jours après l'insurrection, Otto Bauer déclara que des larmes lui venaient aux yeux lorsque de vieux camarades s'adressaient à lui, au Parlement, et le prient de leur donner des armes, « car la police était en train de les massacrer ». Otto Bauer dut leur refuser ces armes, car « les armes entre les mains des ouvriers signifient la guerre civile ». Pour lui, l'assassinat de quatre-vingt-dix ouvriers n'était pas la guerre civile, mais le « maintien de l'ordre et de la légalité ».
Le 15 juillet fut un moment décisif dans le développement des événements d'Autriche: après que la bourgeoisie fut parvenue à écraser l'insurrection, elle commença à développer et surtout à armer ses organisations fascistes, les Heimwehren avant tout. Celles-ci commencèrent aussitôt à s'exercer dans les provocations contre la classe ouvrière. Les ouvriers voulaient aussi combattre contre ces provocations et combattirent effectivement en plusieurs occasions dans un front unique avec les communistes, mais les chefs social-démocrates parvinrent, grâce à de nouvelles phrases révolutionnaires, à empêcher ou à étouffer ces luttes. Ce furent surtout les membres du Schutzbund qui firent sans cesse front aux provocations des Heimwehren.

QU'EST-CE LE SCHUTZBUND ?

Le Schutzbund est une organisation d'auto-défense ouvrière. Des ouvriers communistes et sans parti en firent partie auparavant, mais la direction se trouve toujours entre les mains des social-démocrates. A sa tête étaient placés - Julius Deutsch (qui prit la fuite avec Otto Bauer), l'ancien général Koerner, le major Eifler et d'autres. Les membres du Schutzbund recevaient une instruction militaire. Une grande partie de ses membres étaient des ouvriers révolutionnaires animés d'un esprit de combat. Au lendemain du 15 juillet 1927, le mécontentement se fit jour dans les rangs du Schutzbund. Les chefs social-démocrates répondirent par l'exclusion des ouvriers révolutionnaires et communistes des rangs du Schutzbund, et par une « réorganisation » destinée à en faire une organisation purement social-democrate.
Toutes les fois que les Heimwehren entreprirent des manifestations provocatrices, on « mobilisa » le Schutzbund, mais les membres étaient consignés aux sièges et dans les clubs, et y attendaient « mobilisés » jusqu'à ce que le dernier fascistes des Heimwehren eût quitté la rue.
Ces éternelles manoeuvres de diversion provoquèrent un mécontentement de plus en plus grand et une radicalisation des ouvriers du Schutzbund. Le mécontentement était devenu si grand qu'aucune phrase de « gauche » et aucune démagogie ne servait plus à rien. Leur radicalisation rapide les mena à l'insurrection armée de février.
Si le Schutzbund était l'orgueil militaire de la social-démocratie,

LES MAISONS D'HABITATION MUNICIPALES

étaient l'orgueil administratif. Les plus grands bâtiments de ce genre se trouvent dans les quartiers prolétariens. Le Karl Marx Hof est une des plus grandes bâtisses. Construction moderne et pratique, d'une présentation très imposante (les logements le sont certes moins !), elle s'étend sur une perspective formidable et compte environ 5.000 logements, ce qui signifie que 10.000 personnes environ y sont logées.
Le Sandleiten, dans le quartier d'Ottakring, est un bâtiment presque aussi grand - une des dernières constructions de la municipalité de Vienne. Un peu moins central, ce bâtiment figure avec son cinéma, ses squares, ses salles de clubs, etc., presque une ville à lui seul.
Les maisons municipales abritaient surtout des ouvriers. des employés, des traminots social-démocrates. Ce n'était, d'ailleurs, pas très facile d'obtenir un logement dans une maison municipale. Il suffisait d'être connu comme communiste ou comme ouvrier révolutionnaire pour que, bien qu'inscrit régulièrement et depuis plusieurs années à l'Office des logements de la ville de Vienne, l'on n'obtienne pas son logement, un logement pourtant construit avec l'argent des contribuables, qui n'étaient autres que les ouvriers communistes ou social-démocrates, chômeurs ou non-chômeurs. Les ouvriers qui, il y a plusieurs années, y avaient emménagé comme de braves social-démocrates, ont été cependant amenés sur le chemin de la lutte révolutionnaire par l'aggravation de la crise et par la trahison de leurs chefs. Ces braves social-démocrates sont devenus de plus en plus des ouvriers conscients, lecteurs des nouveaux journaux de maisons que les organisations révolutionnaires éditaient et diffusaient largement dans ces fiefs social-démocrates.
La radicalisation des ouvriers a été la prémice de leur héroïque lutte armée pour la défense de ces maisons.

L'AVENEMENT DE LA DICTATURE DOLLFUSS

La crise économique s'est fortement aggravée; elle s'est emparée de l'Autriche, bien avant que de sévir dans les autres pays, et s'est accrue en 1933. Sur les 1.200.000 ouvriers que compte l'Autriche, l'armée des sans-travail se chiffre à 500.000. Des centaines de milliers d'ouvriers n'ont pas travaillé depuis des années. Le chômage partiel est dans beaucoup de branches de production, un phénomène endémique. Des régions industriels ressemblent à des cimetières. Dans beaucoup de localités ouvrières, la majorité des habitants est sans travail. Les salaires et les allocations de chômage ont été diminués. Des centaines de milliers de sans-travail ont été volés de leurs allocations; la famine et la détresse sévissaient à travers le pays. Aussi, la révolte et la radicalisation des ouvriers ont-elles augmenté sans cesse, tandis que la bourgeoisie recourait à des attaques incessantes contre le niveau de vie des travailleurs.
Dans cette situation, l'avènement de la dictature sanglante hitlérienne en Allemagne, qui a ranimé la réaction dans tous les pays, a été ressenti avant tout dans l'Autriche voisine. Le chancelier fédéral Dollfuss a profité d'une grève de deux heures des cheminots d'Autriche, le jour du 1er mars 1933, pour écarter le Parlement - cette coquille de la dictature de la bourgeoisie - et pour instaurer la dictature ouverte. A l'aide de décrets-lois, le droit de grève et de réunion a été supprimé, la presse prolétarienne interdite, les cours d'assises supprimées; le Parti communiste, le Secours Rouge, les Amis de l'U.R.S.S., l'Association des Libres-Penseurs, le Schutzbund et d'autres organisations prolétariennes interdites et leurs biens confisqués. Les prisons se sont remplies d'ouvriers révolutionnaires. Les cours martiales et la peine de mort ont été introduites.
En attendant, la situation politique de l'Autriche, tant intérieure qu'extérieure, s'est aggravée. Vu sa situation géographique, l'Autriche est d'une grande importance pour les intérêts impérialistes de plusieurs pays, et surtout pour ceux de la France, de l'Italie et de l'Allemagne. Elle constitue le pont entre les Balkans et l'Europe centrale. Elle se trouve entre les deux Etats fascistes alliés: l'Italie et la Hongrie.
L'avènement du national-socialisme au pouvoir en Allemagne a fait de l'Autriche le foyer central des contradictions impérialistes. Le programme du national-socialisme allemand, qui prévoyait le rattachement de l'Autriche à l'Allemagne (Anschluss), a inquiété les puissances de Versailles. Une lutte acharnée a commencé autour des sphères d'influence en Autriche et en Europe du Sud-Est. Sous le mot d'ordre de « l'indépendance de l'Autriche », Dollfuss a groupé les forces fascistes dans le « front patriotique », qui se trouve, certes, en contradiction avec les nationaux-socialistes autrichiens, mais qui, dès le début, a dirigé son feu contre la classe ouvrière. L'aggravation des contradictions entre les nationaux-socialistes autrichiens, le Reich allemand et le gouvernement Dollfuss a contraint ce dernier à essayer sans cesse d'obtenir avec l'Allemagne un accord qui permit la concentration de toutes les forces fascistes, y compris celles des nazis autrichiens, contre les masses travailleuses, et qui favorisât l'instauration d'un régime ouvert de terreur sanglante. Mais la radicalisation de la classe ouvrière, les progrès de la paupérisation des masses travailleuses, l'aggravation de la crise économique en Autriche ont augmenté encore l'impatience de la bourgeoisie autrichienne, qui a passé directement à l'attaque décisive contre les masses travailleuses.

Le 30 janvier 1934, les troupes armées des Heimwehren occupèrent Innsbruck (capitale du Tyrol) et s'emparèrent de tous les leviers de commande de l'appareil d'Etat. Au cours du développement ultérieur de cette action des Heimwehren, ceux-ci exigèrent l'interdiction du Parti social-démocrate.
Le Parti social-démocrate autrichien s'était mis sous la protection de l'impérialisme français, dont il était le principal agent en Autriche. Le ministre de France rappela à Dollfuss l'accord - devenu public à cette occasion - conclu entre les gouvernements français et autrichien, et en vertu duquel aucune mesure décisive ne devait être prise contre le Parti social-démocrate autrichien sans l'accord préalable du gouvernement français. Dollfuss répondit qu'il n'est plus à même de tenir cette promesse.
Le 7 février, les Heimwehren répétèrent, dans la Haute Autriche, l'action qu'ils avaient entreprise dans le Tyrol. Les troupes des Heimwehren occupèrent la banlieue de Linz, alors que tous les Heimwehren fascistes étaient mobilisés dans l'ensemble de la Haute-Autriche, ils pénétrèrent dans Linz et mirent les mitrailleuses en batterie contre les ouvriers. Dans la Basse-Autriche, on retira à vingt et un maires social-démrocrates les fonctions de police. Et, cependant, même au coeur de cette situation tragique, les chefs social-démocrates tâchèrent toujours de faire croire aux ouvriers que tout s'arrangerait sans recours à la violence. Dans un discours prononcé au Conseil municipal de Vienne, le maire social-démocrate Seitz déclarait, en effet:
« Une ville comme notre Vienne, avec son histoire, sa culture, ne peut pas être administrée par la violence.
« C'est un non-sens pour la République autrichienne que de vouloir régler par la violence les divergences d'idées si profondes soient-elles. Cela contredit l'esprit et la mentalité de l'Allemand autrichien. Nous ne pouvons régler nos divergences que par des moyens pacifiques. »

Ainsi donc, c'est jusqu'à la dernière minute que les chefs social-démocrates - comme l'a déclaré Otto Bauer à Prague - entretinrent de telles négociations « pacifiques » avec le chancelier Dollfuss.
Et, pendant que Seitz prononçait ces paroles pacifiques, et que les chefs social-démocrates essayent de négocier, les Heimwehren poursuivaient à fond leurs actions armées contre les ouvriers, et les ouvriers se préparaient à la défense. C'est le même jour, dans une édition spéciale de son organe illégal, la « Rote Fahne », que le Parti communiste autrichien écrivait:
« Il y va de la vie et de l'existence des ouvriers. Ecrasez le fascisme avant qu'il ne vous écrase ! Cessez aussitôt le travail ! Faites grève ! Entraînez les usines voisines ! Elisez des comités d'action pour l'organisation de la lutte dans chaque entreprise ! Descendez dans la rue ! Désarmez les fascistes ! Donnez les armes aux ouvriers !

GREVE GENERALE

« A BAS LE GOUVERNEMENT DE BOURREAUX ! »

Ces mots d'ordre eurent un accueil enthousiaste. Le 10 février, le maire de Vienne et gouverneur de la province, Karl Seitz, fut à son tour privé des fonctions de police. Bien que les chefs social-démocrates aient tranquillement accueilli ce coup, les ouvriers se décidèrent au combat.

Le 12 février, à la suite des perquisitions qu'elle avait opérées chez les ouvriers à la recherche d'armes, la police tente de prendre d'assaut la Maison du Peuple de Linz, la capitale de la Haute-Autriche. Les détachements du Schutzbund qui se trouvaient dans la maison opposèrent une résistance armée. On alerta des régiments de ligne et une lutte acharnée s'engagea, dont le bilan s'est chiffré par vingt ouvriers tués et un policier blessé.
Lorsque cette nouvelle fut connue, les ouvriers de Vienne se mirent en grève. La circulation des tramways fut interrompue, et à midi la grève générale fut proclamée. Des luttes armées se déroulèrent à Steyr, à Graz, à Bruck, à Mur, à Atthang et dans d'autres localités.
A Vienne, des luttes éclatèrent dans les quartiers prolétariens. La guerre civile était en plein développement. Chaque attaque de la police contre les maisons municipales ou les Maisons du Peuple était repoussée par la lutte armée des ouvriers. Le gouvernement répondit par l'état de siège; sa presse déclencha une campagne de mensonges pour désagréger les masses ouvrières et pour semer la confusion dans les rangs de combattants. Le 13 février, la presse bourgeoise du matin lança en grosses lettres la nouvelle mensongère: « Le gouvernement est maître de la situation. » Le 14 février, les journaux de province écrivirent: « L'ordre le plus parfait règne à Vienne », alors qu'à son tour la presse viennoise écrivait: « L'ordre est rétabli dans la province ». Mais, à la deuxième page de chacun de ces journaux, on pouvait trouver des nouvelles annonçant que les luttes continuaient, ou des appels dans lesquels le gouvernement conseillait aux mères de ne pas laisser leurs enfants dans la rue, ou bien encore des ordonnances annonçant la fermeture des écoles, des théâtres et des cinémas.
Le 14 février, le vice-chancelier Fey, ce bourreau de la classe ouvrière, déclara, au cours d'un discours radiodiffusé:
« Ce matin, on ne pouvait plus rien apercevoir de l'état de dépression que l'on pouvait remarquer dans la ville auparavant. La circulation des tramways est reprise, et il en est de même du travail dans toutes les entreprises. Les magasins ont rouvert leurs portes, et dès le matin des autos de livraison traversaient rapidement la ville en s'efforçant de rattraper ce qui a été raté hier et avant-hier. »
Et plus loin:
« Les mesures de barrage sont maintenues et les cours martiales sont introduites. Des combats continuent dans les quartiers ouvriers. »
Le nombre des cadavres augmentait sans cesse. C'était là l'ordre du gouvernement Dollfuss-Fey. La peur éprouvée par le gouvernement Dollfuss devant la lutte héroïque et la force formidable de la classe ouvrière l'obligea à recourir à d'autres moyens pour désagréger encore les rangs de la classe ouvrière, la démagogie et la fourberie venant à la rescousse des potences et des assassinats:
En attendant, la lutte continua de faire rage. Pendant trois jours, les ouvriers restèrent maître du Karl-Marx-Hof. Des salves d'artillerie furent tirées, d'énormes bâtiments furent en maints endroits transformés en décombres. Lorsqu'on chassait les ouvriers d'une aile de la maison, ils se concentraient dans une autre, et ils continuaient la lutte.
A Sandleiten, les ouvriers empêchèrent à coups de mitrailleuse l'avance des troupes. Là encore, l'artillerie fut mise en fonction. Là encore, la lutte fit rage pendant trente-six heures sans interruption, et les ouvriers y défendirent héroïquement leurs maisons.
Plusieurs journées durant, Bruck-sur-Mur a été occupé par les ouvriers, et lorsque les ouvriers qui occupaient la gare, apprirent qu'un train blindé était envoyé contre eux, ils enlevèrent les rails.
Plusieurs ponts sur le Danube furent dynamités en province, et un pont de chemin de fer subit le même sort à Vienne. Le gouvernement employa les gaz et les avions de bombardement contre les ouvriers. Mais tout fut en vain, les ouvriers continuèrent leur lutte héroïque.
Toute l'armée, toute la police, la Gendarmerie et les Heimwehren fascistes était debout.
Les journaux écrivaient: « Les soldats et les agents de police luttent depuis trente-six heures sans un moment de répit. Ils ont leurs traits tirés et leurs figures sont pâles. La dépression règne parmi les hommes de la Heimwehr. »
Le gouvernement avait fait appel à des volontaires, mais cet appel à des assassins d'ouvriers ne fut entendu que par des anciens officiers déclassés de la guerre mondiale et par les gardes blancs habitant l'Autriche. Les masses ouvrières restèrent inébranlables dans leur héroïque défense, malgré la mobilisation par le gouvernement de toutes ses forces militaires. Leur fidélité à la lutte prolétarienne leur donna du courage, de la constance et de la force.
N'est-ce pas là, en effet, un exemple grandiose de fidélité de la classe ouvrière qu'après un bombardement d'artillerie, les soldats prenant d'assaut une maison n'aient pu y trouver que des morts et des blessés ? Ou encore que les positions défendues à la mitrailleuse par le groupe féminin viennois d'Ottakring n'aient pu être conquises que lorsque toutes les femmes étaient à terre, fauchées par les balles ? Ne s'agit-il pas là de la même lignée de femmes combattantes que celles de la Commune de Paris, avec l'indomptable Louise Michel en tête ? Et l'ingénieur Weissel ne passera-t-il pas dans l'histoire comme un héros prolétarien ? Lui, le social-démocrate d'opposition, commandant des pompiers, s'est rendu compte que son devoir n'était pas de lutter pour le gouvernement et contre les ouvriers, mais de combattre a coté des ouvriers, l'arme a la main, contre le fascisme assassin. Weissel avait confiance dans la social-démocratie; c'est pourquoi il resta dans leurs rangs. Mais, à la lueur des flammes de insurrection armée, il s'est rendu compte que le seul chemin vers l'affranchissement de l'esclavage capitaliste c'était le chemin révolutionnaire, et il proclama du haut de l'échafaud: « Vive l'Internationale communiste ! Vive l'Union soviétique ! »
L'insurrection de ces héros a été écrasée. La classe ouvrière était trop faible, parce qu'elle manquait d'une direction politique centrale révolutionnaire, parce que chaque maison combattait a son propre compte, parce que l'insurrection était menée dans un esprit défensif et non pas offensif. Les chefs social-démocrates ont laissé tomber les masses ouvrières et tandis qu'ils les livraient à la terreur de Dollfuss, le Parti communiste autrichien était trop faible pour s'emparer de la direction centrale du combat, bien qu'il ait toujours été la force entraînante.
La lutte héroïque a été écrasée et la bourgeoisie autrichienne a déclenché sa terreur sanglante. Comme Thiers et Galliffet s'étaient vengés en 1871 des communards, Dollfuss et Fey se sont vengés des barricadiers de Vienne de Linz, de Graz, de Steyr et des autres villes d'Autriche.
Les Cours martiales ont siégé sans arrêt jour et nuit. Des potences ont été dressées à travers le pays.
« Tous ceux qui ont combattu l'arme à la main seront pendus ! » a proclamé le chrétien M. Dollfuss. Aux milliers d'ouvriers tués pendant l'insurrection, chaque jour se sont ajoutées des victimes des potences. Des dizaines de milliers d'ouvriers languissent dans les prisons, des milliers ont été torturés jusqu'à l'infirmité; des milliers de veuves et d'orphelins sont dans la plus grande détresse.
Tous ces tristes résultats ont été obtenus par le gouvernement Dollfuss-Fey, par la mise en jeu de toutes leurs forces militaires, par la démolition et la dévastation de maisons et de quartiers ouvriers. Les phrases ronflantes de M. Fey, selon lesquelles le gouvernement était préparé à étouffer dans l'oeuf tout mouvement des ouvriers, avaient crevé comme de bulles de savon. Si le fascisme autrichien est parvenu à noyer l'insurrection dans le sang, la classe ouvrière a montré quand même sa force !
Le courage héroïque et la volonté de combat des ouvriers autrichiens ne sont pas brisés. Le fait que, même après l'écrasement de l'insurrection, les luttes armées ont continué dans les différents quartiers de Vienne entre les ouvriers d'une part, les fascistes et la police de l'autre; le fait qu'au cours de ces luttes les ouvriers ont mis debout de nouvelles forces imposantes est presque sans exemple dans l'histoire.
Après l'insurrection, les fascistes des Heimwehren croyaient pouvoir continuer tranquillement leurs attaques contre les logements ouvriers, mais ils se sont trompés dans leurs calculs. Lorsqu'ils ont voulu s'attaquer, dans le 5e et 19e arrondissement, à d'autres maisons ouvrières, ils furent accueillis par les ouvriers à coups de revolver et de grenades à main. Dans le 5e arrondissement, la lutte continua pendant trois heures; la police et les Heimwehren y perdirent 15 morts et environ 50 blessés, tandis que les ouvriers quittaient leurs positions par des canaux souterrains.
Dans d'autres localités encore, les ouvriers s'opposèrent aux perquisitions pour recherche d'armes une résistance acharnée.
Lorsqu'après la grève les ouvriers retournèrent à leurs entreprises, ils firent des assemblée de protestation contre les arrestations et les verdicts de mort.
L'héroïsme du prolétariat autrichien, qui s'est exprimé avec tant de grandeur dans son soulèvement armé, est encore davantage souligné par ce nouveau combat et montre que la classe ouvrière autrichienne se prépare à de nouvelles luttes. C'est pourquoi la bourgeoisie autrichienne reste toujours sous l'emprise de la peur, même après l'écrasement de l'insurrection.


Le portable, gadget de destruction massive

Depuis l’annonce, mi-mai 2005, de la suppression par STMicroelectronics de 1000 postes en France pour les délocaliser en Asie, syndicats et élus locaux s’affolent pour les emplois de Crolles, dont la "création" a demandé tant de sacrifices et d'humiliations : amendes pharaoniques pour les collectivités en cas de rupture dans la livraison d’eau, obligation de doubler les conduites d’adduction d’eau à travers le Grésivaudan, construction d’un semi-échangeur d’autoroute, subventions publiques, etc.
Comme pour la chimie, le nucléaire et l'armement, l’emploi est la justification ultime de toutes les nuisances causées par le site de l’Alliance. Crolles II et ses 5000 emplois, ce sont des investissements colossaux (2,8 milliards d’euros dont 543 M€ d’aides publiques), la destruction des terres agricoles du Grésivaudan, le transport et le stockage de produits hautement toxiques, les bouchons sur l’autoroute, la guerre économique contre Chinois et Américains, le pillage des ressources en eau, les contrôles d’identité à l’entrée de l’Alliance, la soumission des chercheurs du CEA aux exigences des industriels STMicroelectronics, Philips et Freescale Semiconductors, la visite régulière des autorités - Chirac, Sarkozy, Devedjian, etc. Des nuisances qu’on ne souhaite pas plus aux Chinois qu’aux Dauphinois.
Pour quoi faire ? Des téléphones portables.
Le téléphone portable génère bien d’autres choses que des emplois. Non seulement il accélère la destruction de la planète, mais il contribue à la technification totale du monde et à l’autisme social. Des effets dont jamais les chercheurs du CEA-Léti, sous-traitant de Nokia, ne parlent dans leurs réunions mensuelles à la Fnac de Grenoble, ce débitant de téléphones prétendûment "agitateur d’idées".
Revue des ravages de ce gadget de destruction massive.
                 Le téléphone portable, gadget de destruction massive
                  Pourquoi il n'y a plus de gorilles dans le Grésivaudan

De Grenoble à Chambéry la vallée du Grésivaudan se déroule entre les massifs de Chartreuse et de Belledonne, suivant les méandres de l'Isère. Jusque dans les années 1960 le promeneur y découvrait un "verger magnifique", une nature qui parlait "à l'imagination et la pensée" : "sous les vignes courant en feston entre les arbres fruitiers, se succèdent de petits carrés de luzerne, blé, chanvre, maïs : une merveille de petite culture."1 Les villages de Crolles et Bernin, à 20 km de Grenoble, ont aujourd'hui des allures de zone commerciale américaine – môles commerçants, publicités criardes, bretelles d'autoroute, parkings et lotissements. Nous sommes au cœur de la "Silicon Valley à la française", dans une agglomération de "statut international" dont les métastases colonisent les derniers prés, où les enfants ignorent que leurs ancêtres se baignaient dans les chantournes, les vieux canaux d'irrigation. C'est à Crolles 2, zone industrielle à cheval sur les deux communes, qu'est implantée "l'Alliance", unité de production de STMicrolectronics – associé durant quelques années à Philips et Freescale Semiconductors (Motorola)2. Crolles 2, ce sont des investissements colossaux, les plus importants depuis la construction des dernières centrales nucléaires (2,8 milliards d'euros dont 543 millions d'aides publiques) ; c'est l'importation à grands frais d'ingénieurs américains et hollandais et son corollaire immobilier, l'explosion du prix des logements ; le pillage des ressources et la pollution du voisinage ; les contrôles d'identité à l'entrée de l'Alliance ; la soumission des chercheurs du Commissariat à l'Energie Atomique (CEA) de Grenoble et des élus locaux aux exigences des industriels ; la visite régulière des autorités - Chirac, Sarkozy, Devedjian, etc. LA fierté du techno-gratin. Pour quoi faire ? Des téléphones portables.
               "Allo, c'est moi. J'suis dans le bus. J'arrive. A tout de suite."
Ne souriez pas. Si vous trouvez dérisoire le résultat de ces sacrifices, gaspillages et destructions, c'est que vous n'entendez rien à la réalité économique. Le téléphone portable, c'est une innovation, et comme l'a expliqué Michel Destot, maire de Grenoble, avec l'innovation "apparaît le développement des activités économiques qui génère lui-même des emplois pour l'ensemble de nos concitoyens. Il y a là une véritable mine d'or, prenons-en conscience."3 Le téléphone portable génère bien d'autres choses que des emplois et de l'or. Non seulement il accélère la destruction de la planète, mais il contribue à la technification totale du monde. Des effets dont jamais les chercheurs du CEA, sous-traitant de Nokia, ne parlent dans leurs conférences mensuelles à la Fnac, ce débitant de téléphones prétendûment "agitateur d'idées".                    
                                           Semiconducteurs, maxi-nuisances
Contrairement à ce qu'elle prétend, la micro-électronique est aussi polluante que bien des industries low-tech. Derrière sa façade clinquante, le téléphone portable est un concentré de nuisances. D'abord à cause de ses puces électroniques. Eric D. Williams, chercheur à l'université des Nations Unies à Tokyo, a mesuré les éléments. nécessaires à la fabrication d'une puce de 2 grammes. Résultat : 1,7 kg d'énergie fossile, 1 m3 d'azote, 72 grammes de produits chimiques et 32 litres d'eau. Par comparaison, il faut 1,5 tonne d'énergie fossile pour construire une voiture de 750 kg. Soit un ratio de 2 pour 1, alors qu'il est de 630 pour 1 pour la puce4. Comme leurs homologues guyanais, les orpailleurs high-tech chers au maire de Grenoble s'enrichissent en pillant les ressources naturelles et en saccageant l'environnement.
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1 - Tableau de la géographie de la France, Paul Vidal de La Blache, 1903, réédition aux éditions de la Table Ronde en 2000
2 -  cf "Pour en finir avec Crolles 2", sur www.piecesetmaindoeuvre.com
3 - In L'espace alpin et la modernité, bilan et perspectives au tournant du siècle, sous la direction de Daniel J. Grange, PUG 2002
 

La Commune de Paris


La mission du général Lecomte était la suivante: surprendre les sentinelles qui gardaient le parc d'artillerie de Montmartre, s'emparer des pièces et passer sur place par les armes ceux qui résisteraient. La provocation était évidente. Il ne s'agissait point d'enlever les canons: Thiers ne se préoccupa nullement de l'artillerie des fortifications et le général Lecomte exécuta sa mission sans aucun attelage, sans chevaux pour traîner les affûts. Il s'agissait seulement de déclencher l'insurrection; Thiers était prêt. Le jour se levait, une brève fusillade fit quelques blessés et alerta le quartier. A sept heures, les rues sont pleines de curieux, la garde nationale bat le rappel, les ouvriers se mêlent aux soldats. Des femmes emmènent les blessés; Louise Michel est déjà près d'eux lorsqu'arrive le maire de Montmartre, Clemenceau. Le général Lecomte attend toujours ses chevaux, mais les insurgés reçoivent des renforts, la foule est devenue dense. Le général voit la position lui échapper; ses ordres sont formels; il commande le feu: femmes et enfants se jettent sur les fusils, aussitôt les chasseurs mettent la crosse en l'air et tombent dans les bras de la garde nationale. La fraternisation gagne la troupe, en un instant la butte est reprise et le général Lecomte fait prisonnier avec ses officiers. Tambours et clairons en tête, la garde défile dans Paris. Thiers a sa révolution: il a donné l'ordre d'évacuer la capitale. Il s'enfuit lui-même à toute allure et, sur la route de Versailles, ce fut en quelques heures une débandade éperdue - hauts fonctionnaires, ministres, gendarmes, soldats de ligne. Thiers réalise le plan qu'il avait jadis proposé à Louis-Philippe: un nouveau siège va commencer. Les maires de Paris parlementent, Jules Ferry et Jules Favre voudraient résister à l'Hôtel de ville, Thiers brise les pourparlers. Dans l'après-midi, tandis que la garde s'installe sans résistance à la préfecture de police et à l'Hôtel de ville, la foule reconnaît place Pigalle un ancien fusilleur de 48, le général Thomas. On le jette au poste de la rue des Rosiers où le général Lecomte attend son sort: une heure après, les insurgés les condamnent à mort pour avoir tiré sur le peuple; des soldats les exécutent dans le jardin. A Versailles, Thiers s'organise. Dans la soirée, le Comité central de la garde, transformé malgré lui en gouvernement, décide de fixer les élections au 26 mars et délègue ses membres aux administrations. Parmi eux, Duval et Eudes proposent l'assaut immédiat au gouvernement de Versailles: ils montrent l'armée désemparée, révoltée contre ses chefs, les ministres en désaccord avec Thiers, la route libre pour écraser la réaction. Discussions - le Comité hésite, refuse. Ce sera sa perte: une révolution qui attend est une révolution condamnée. Quelques heures plus tard, Thiers fait occuper le mont Valérien qui est resté vide plusieurs jours et prépare son attaque à l'intérieur même de Paris, pendant que les maires et les députés de la capitale tentent un dernier effort de conciliation. Le 20 mars, Louis Blanc déclare aux insurgés: «Nous ne pouvons accepter de transactions avec vous, nous ne voulons pas paraître vos auxiliaires aux yeux de la France.» Son socialisme n'allait pas jusqu'à la réalisation du socialisme - cas fréquent: Louis Blanc devient solidaire des monarchistes de Versailles tandis que la province s'émeut des craintes de Paris.
Lyon, Marseille, Limoges, Toulouse, Saint-Etienne protestent contre toute tentative de restauration monarchique et exigent le maintien de la République. Thiers se contentait maintenant de répondre: «C'est le gouvernement qui nous divise le moins.» Fort de l'appui de Bismarck qui ne se souciait pas de voir sa victoire remise en cause, Thiers se sentait maître de la France où une République conservatrice le débarrasserait à la fois du peuple et des monarchistes. Dans les quartiers du centre de Paris une résistance bourgeoise se précisait et, sous les ordres de l'amiral Saisset, les bonapartistes se battirent place Vendôme les 21 et 22 mars contre la garde nationale. Encore victorieuse, elle allait se retirer et passer ses pouvoirs aux élus du peuple. Sur les murs, des proclamations innombrables disaient la joie de cette ville qui se croyait devenue libre. On acclamait la République démocratique universelle et des heures entières on commentait sur les boulevards ces phrases toutes neuves qui disaient de si étranges choses et qui semblaient donner à l'histoire une conclusion. «Les autres classes, en réduisant le pays aux plus tristes extrémités, ont désormais donné la mesure de leur impuissance... elles ont perdu le droit de se dire les seules classes gouvernementales... ouvrez les portes au peuple, à la seule classe enfin capable de sauver le pays.»
On proclama le résultat des élections le 28 mars, sur la place de l'Hôtel de ville, parmi les drapeaux tricolores cravatés de rouge, devant un buste de la République, entre les bataillons de la garde, les délégations des comités de vigilance et dans une foule immense, accrochée partout, aux réverbères, aux fenêtres, aux balcons. Ce fut un enthousiasme délirant. La foule reprit en choeur la Marseillaise et le Chant du départ. En instituant le gouvernement populaire de la Commune, Paris estimait avoir définitivement conquis pour la France, la République.
Thiers s'attendait à l'assaut, Méline se déclarait malade, Clemenceau se réfugiait en Vendée et de Saint Sébastien Gambetta pleurait les malheurs de la France. La Commune se mettait hardiment au travail. Le Comité central de la garde n'avait conservé que le contrôle militaire qui restait partagé. Elle répartit ses 90 membres en dix commissions dont la Commission exécutive. En quelques jours, ces commissions devinrent comme autant de rouages du nouvel Etat ainsi créé - Etat populaire, organisé par les divers éléments du travail, intellectuels, ouvriers, commerçants, employés, énonçant l'oeuvre principale de la Commune: l'Etat bourgeois, instrument d'action des financiers et des industriels, n'est pas plus de toute éternité que ne la furent avant lui l'Etat romain, l'Etat féodal ou l'Etat monarchique. Au fur et à mesure que des classes nouvelles accèdent au pouvoir, elles brisent l'ancien Etat et lui substituent le leur en y intégrant les moyens sociaux qu'il leur paraît utile d'en conserver. On a pu dire que l'acte fondamental de la Commune était son existence même: quelles qu'aient pu être ses erreurs, elle frayait le chemin de l'avenir, en appelant les travailleurs à se gouverner eux-mêmes. Ils montrèrent qu'ils le pouvaient.
L'Etat bourgeois avait été la forme de domination du grand capital sur le travail et l'épargne. L'Etat populaire serait la forme de domination des travailleurs sur leurs adversaires jusqu'à leur complète élimination sociale. Mais la Commune de Paris n'était encore à cet égard qu'un schéma: au lieu de passer à l'offensive, elle se contenta de prendre les mesures intérieures qu'exigeaient les malheurs du siège. Sans préparation aucune, ces hommes qui s'improvisaient dans la gestion publique et auxquels manquait leur chef vénéré, Blanqui, surent pourvoir à toutes les tâches : ils assurèrent la subsistance de la capitale; des épiceries et des boucheries vendirent presque au prix de revient, on organisa les hôpitaux et l'Assistance publique comme ils ne l'avaient jamais été; la Poste continua de fonctionner malgré la disparition du haut personnel de l'administration volontairement désorganisée par Thiers. On refit cette démonstration dont Saint-Just avait jadis fourni l'exemple: on peut tout attendre du peuple et de son dévouement à la chose publique. On créa des offices de placement gratuits, on interdit le travail de nuit, on proscrivit les amendes à l'usine, on remit aux locataires les termes impayés; on établit un Beslay contrôle des marchés de l'Intendance, on suspendit la vente des objets du mont-de-piété. On confisqua les biens des congrégations et reprenant les mesures de 1792, on supprima le budget des Cultes et on proclama la séparation des Eglises et de l'Etat. Tandis que Vaillant préparait la réforme de l'enseignement, que la Commune voulait laïque, obligatoire, gratuit et professionnel, on confiait aux ouvriers les ateliers abandonnés par leurs patrons: c'était un début de coopération et de contrôle ouvrier sur la production; parallèlement, le syndicalisme se développa. Mais aucune de ces mesures ne contenait le fait concret du socialisme, la socialisation des moyens de production. 

La Commune ne traçait là encore qu'un programme de réalisations immédiates. Obsédés par les souvenirs de 93, ces républicains ne virent point sur-le-champs qu'ils avaient déjà dépassé la Convention dont ils cherchaient maladroitement à s'inspirer: ils commençaient de gérer l'Etat sans le concours de la bourgeoisie. La Commune allait peu à peu se socialiser sans le savoir, au milieu d'un fatras de proclamations, de discours, de motions, parmi les rivalités personnelles, dont le nombre indiquera bientôt que la classe ouvrière n'était pas mûre pour le pouvoir. Faute d'un parti homogène, d'une doctrine claire, de chefs véritables, la Commune se perdrait en manifestations symboliques et ne deviendrait vraiment révolutionnaire qu'à son insu. Sa gestion financière le montra bien: son budget eut 800 000 francs d'excédent et l'on dépensa 41 millions quand Thiers en gaspillait six fois plus. Les délégués aux Finances ne demandèrent à la Banque de France qu'une avance de deux millions sur le dépôt qu'y avait la ville de Paris; la Banque ne fut gardée durant la Commune que par son propre personnel et le sous-gouverneur rendra si bien hommage à l'honnêteté du gouvernement de la Commune qu'il sauvera l'un de ses délégués, Beslay, en le cachant pour le mener ensuite jusqu'en Suisse. Ce respect de la Banque de France montre que les membres de la Commune n'avaient pas envisagé les perspectives de leur action; les circonstances révolutionnaires n'allaient pas suffire au succès de cette première révolution franchement populaire. On le vit dès le 2 avril lorsque Thiers eut attaqué par Courbevoie. Au cours de cet engagement, Duval et Flourens furent assassinés. Les fédérés se retirèrent sur la porte Maillot. Le joyeux optimisme du début devint crispation d'inquiétude et, prenant conscience du drame où elle est engagée, la Commune se préoccupa de ce manque de chefs dont le désordre des séances à l'Hôtel de ville laissait prévoir les conséquences. Les délégués à la Police firent offrir à Thiers l'échange de quelques otages. Pour le seul Blanqui, toujours prisonnier et que Ménilmontant vient d'élire, la Commune offre l'archevêque de Paris Mgr Darboy et cent autres. On négocia durant quinze jours. Des ambassadeurs étrangers s'interposèrent pour obtenir de Thiers la libération de Mgr Darboy en échange de Blanqui. «Si l'on ne nous rend pas Blanqui, l'archevêque mourra.» Mais Thiers connaissait la valeur sociale du vieux chef populaire. Il refusa. Pour mieux vaincre la Commune, il condamnait à mort Mgr Darboy et comptait également, par ce meurtre, dresser contre la Commune l'opinion catholique ignorante des pourparlers que les fédérés ne cessèrent de continuer loyalement jusqu'à la fin. Les décisions de Thiers seront d'ailleurs toutes impitoyables. Le 25 avril, il fait arrêter les convois de vivres dirigés sur Paris. Se rappelant que les Prussiens avaient réduit la capitale par la famine, Thiers recourt au même procédé tandis qu'il renforce son armée. Bismarck lui a rendu 100 000 prisonniers qui arrivent en France croyant la guerre terminée et qui, contraints de la reprendre, la mèneront sauvagement. L'offensive des Versaillais s'accentue, le 28 avril la Commune constitue un Comité de salut public. L'évocation des mots mêmes de 93 lui semblait suffisante pour la sauver. En réalité, la confusion règne maintenant partout: la Commune est débordée par les événements. Cependant, ses dernières mesures ont précisé son caractère révolutionnaire. L'état nouveau lui apparaît dans ses éléments essentiels: armée populaire, mandat impératif aux élus, révocabilité des députés et des fonctionnaires, élection des juges, fixation à 6 000 francs du maximum des salaires, interdiction des cumuls. Il y a là tout le principal d'un contrôle du pouvoir par le peuple et un journal comme le Père Duchesne, sous la direction de Vermersch, apercevait que l'oeuvre prolongeait l'action de Marat et de Hébert. On décréta enfin la peine de mort contre les fonctionnaires concussionnaires. Au même moment, Thiers, gros actionnaire des Mines d'Anzin prenait à Versailles un arrêté pour obliger la marine à se fournir en briquettes à la Compagnie d'Anzin dont il fixait lui-même le tarif, sans adjudication. On peut comprendre comment cet homme et son Assemblée devaient haïr ceux qui venaient d'écrire: «C'est le parasitisme et le travail, l'exploitation et la production qui sont aux prises.»
Il apparaissait aux Parisiens que si, depuis la Révolution de 1789, ils n'avaient cessé de lutter pour l'accomplissement de la République, c'était bien qu'aux forces féodales vaincues alors, il s'en était substitué d'autres qui ne leur étaient pas plus favorables en dépit de l'effort mené jadis en commun. Ils comprenaient qu'une démocratie au service du Capital était sans doute un progrès sur la féodalité terrienne, mais que cette même démocratie devait s'achever en passant à son tour au service du peuple. C'était cela qu'ils entendaient traduire en la qualifiant de «sociale», et plus Versailles s'acharnait à les vaincre, plus ils se persuadaient d'avoir raison. Auprès de Thiers, ils voyaient unis royalistes, bonapartistes, politiciens, banquiers, tous ceux que le peuple tenait pour ses ennemis. Leur haine de cette République populaire que voulait Paris lui montrait qu'il pouvait donc y avoir plusieurs sortes de Républiques - les souvenirs de juin 48 revenaient en foule, les poings se crispaient, seul le drapeau rouge flottait sur les barricades et l'on chantait dans les rues des variantes de la Carmagnole ou les chansons d'Eugène Pottier. Semaine par semaine, la pensée devenait plus nettement révolutionnaire: la République ne serait vraiment faite qu'une fois la féodalité bourgeoise détruite. Babeuf avait dit juste: la Révolution de 89 n'avait été qu'une étape vers l'autre, la dernière, qui libérerait l'homme de toute forme d'exploitation humaine. Cela montait en bouffées de violence dans la tête des Parisiens et, par la spontanéité populaire, les objectifs de la lutte se concrétisaient. Ce n'était encore que spontanéité. Il y eût fallu pour la rendre décisive, ce rouage vital que constituent dans une classe un parti et sa doctrine. L'un et l'autre manquaient aux membres de la Commune et la diversité de leurs tendances peut être rendue responsable du conflit qui surgit entre le Comité central de la garde et le Comité de salut public à propos des affaires militaires, tous deux également incapables de les mener avec audace. Il y avait là vingt-et-un radicaux, dix-huit socialistes appartenant à la première Internationale et quarante-quatre républicains fidèles au blanquisme de 1839 tous pareillement, bien qu'à des degrés divers, sous l'influence de Proudhon. Il avait fortement exprimé le sentiment d'un peuple que le capitalisme n'avait pas encore totalement prolétarisé et, dans cette transition petite-bourgeoise, venaient se confondre les solutions contradictoires du socialisme intégral et du mutualisme capitaliste. Telles furent les fautes qu'avaient déjà commises les chefs de la Commune lorsqu'ils prirent le sentiment de leur perte: leurs idées se réaliseraient un jour; leur tentative actuelle demeurerait une ébauche - ils mourraient avec elle.
La Commune ne songea pas à épurer la capitale et il resta en liberté une population bourgeoise hostile au peuple et qui renseignait Versailles sur les mouvements de troupes de la garde nationale: complots et trahisons se succédèrent. Tandis que le rationnement faisait subir aux travailleurs de pénibles privations, les dîners chez Brébant ne cessaient point - Renan, Goncourt et Berthelot s'en flattèrent. Pas un instant, la Commune ne se préoccupa de les atteindre dans leurs privilèges de bourgeois opulents qui attendaient avec impatience le retour de Thiers. La Commune ne sut pas non plus établir de liens avec les paysans ni avec les villes de province. Elle ne se préoccupa point de profiter des élans de sympathie que provoqua dans le monde l'entreprise de Paris. Elle eût trouvé un soutien chez les municipalités radicales qui envoyèrent à Versailles des ordres du jour favorables aux fédérés. Macon et Lille demandèrent à Thiers de proclamer la République. Lorsqu'il eut refusé, la Commune ne fit rien pour le faire savoir au pays ni pour lui faire comprendre que la Commune ne se proposait nullement de morceler la France comme Versailles l'en accusait et qu'une République populaire, pour être une fédération de libertés, n'en restait pas moins indivisible. Les soulèvements du Creusot, de Narbonne, de Limoges échouèrent, faute de coordination. Un congrès de municipalités eut lieu à Lyon et se sépara en acclamant Paris. Tout cela se perdit dans le manque d'esprit offensif dont la Commune fit preuve dès son premier jour. Par contre, la propagande de Thiers fut sans scrupules et si puissante qu'elle a laissé sa trace dans la conscience de bien des républicains de bonne foi.

Il était trop tard quand les chefs de la Commune comprirent leurs erreurs. Le capitaine d'artillerie Rossel qui commandait en chef ne s'était rallié à la Commune que par haine de Bazaine contre qui il s'était révolté à Metz. Après la chute du fort d'Issy, manquant de ténacité révolutionnaire, il s'enfuit. Alors, la Commission exécutive confia la Guerre à Delescluze. Ce vieux Jacobin épuisé par la maladie, se livra passionnément à sa mission et fit l'admiration du courageux général polonais Dombrowski et des 15 000 fédérés qui lui restaient pour défendre Paris. Delescluze fut, avec Jourde, délégué aux Finances, la belle figure de cette époque où les Parisiens tracèrent pour le monde des croquis d'avenir. Le fort de Vanves tomba le 14 mai, le moulin de Cachan le 18. A partir du 21 mai, les troupes de Thiers pourvues d'artillerie commencèrent à pénétrer lentement dans Paris. Etrange atmosphère, la tiédeur du printemps semble avoir détendu les énergies; dans les salons et le jardin des Tuileries, on a organisé des concerts au profit des ambulances et des victimes et jusqu'au 20 mai il y a eu foule, la même qui, l'avant-veille, avait applaudi aux sons de la Marseillaise à la démolition de la colonne Vendôme, image du despotisme. Soudain, à la guerre des fortifications, succède la guerre de rues : les Versaillais sont entrés par la porte de Saint-Cloud et Delescluze proclame que «l'heure de la guerre révolutionnaire a sonné». Le peuple lutte barricade par barricade et si le maréchal Mac-Mahon progresse jusqu'au 23 mai, c'est qu'il a introduit dans la capitale près de 100 000 hommes, contre ces boutiquiers, ces femmes, ces ouvriers auxquels manquent les munitions et que la perte de Montmartre met sous le feu des canons du maréchal.
Depuis deux jours, Thiers avait commencé la répression: ses cours martiales envoyèrent à la fosse commune tous les prisonniers qui leur tombèrent entre les mains. Thiers fit fusiller des enfants de cinq ans. Au soir du 23 mai, l'angoisse populaire devint de la folie; le peuple découvrit que, pour garder le pouvoir, les Versaillais ne seraient plus seulement des traîtres mais des assassins. Alors, Paris flamba. L'incendie éclate des deux côtés de la Seine, les Tuileries, palais des rois, s'écroulent. Après avoir mis le feu à l'Hôtel de ville, la Commune décide le 24 mai de répondre aux fusillades de Thiers par l'exécution des otages, ceux qu'on lui avait offert en vain pour la liberté de Blanqui. Mgr Darboy fut alors seulement exécuté, sacrifié délibérément par Thiers au désespoir d'un peuple qu'il allait tenter d'anéantir. A défaut de se rendre maître des idées, c'est une méthode classique de détruire le peuple qui les anime. Thiers se proposait d'édifier son régime sur les ruines de cette République populaire qui était la réprobation de sa vie entière.
La Commune reflue en déroute vers la mairie du XIe. On fusille partout, autour des dernières barricades. Les Versaillais brûlent le ministère des Finances. Les ultimes efforts des fédérés se concentrent au Château-d'Eau, à l'entrée du boulevard Voltaire. Le 25 mai, vers le soir, Delescluze gravit les pavés de la barricade et s'offre au tir des Versaillais. Il tombe foudroyé. La place cède peu après. Le 26 mai, Varlin se retranche rue Haxo. Après l'exécution de l'archevêque, on condamne Jecker, le banquier qui avait valu à la France la guerre du Mexique. «Voilà huit jours qu'on fusille les nôtres en tas, s'écrie un vieillard, et vous voudriez qu'on épargne ces gens-là.» Le 27 mai, Thiers prend son temps, il fait avancer ses troupes vers le Père-Lachaise. Les fédérés perdent les Buttes-Chaumont et la lutte s'achève dans le cimetière, parmi les tombes où l'on abat, au pied du mur de Charonne, les derniers combattants de la Commune - le 28 mai à midi.
Au même instant, à Versailles, l'Assemblée nationale entend une messe d'action de grâces et s'agenouille pour remercier la Providence. Thiers avait déclaré que les généraux de l'armée de Versailles étaient «de grands hommes de guerre». Il avait déjà oublié Metz et Sedan et ne songeait plus qu'à la protection des baïonnettes prussiennes dont Francisque Sarcey se réjouissait officiellement.
La répression fut abominable. On massacra dans les églises, au Mur, au Panthéon, dans les ambulances, on tua à bout portant des femmes qui allaitaient leurs bébés, des médecins, des invalides, des blessés, des infirmiers. On massacra à coups de mitrailleuses dans la boue des docks de Satory. On fit des cortèges de prisonniers à Versailles et les élégantes vinrent cracher sur eux. Un colonel s'esclaffa: «C'est un maçon et il veut gouverner la France.» Les rois et les aristocrates riaient ainsi jadis des prétentions de la bourgeoisie, de ses boutiques, de son commerce et de ses colères. Ce colonel ne se doutait pas qu'il venait d'énoncer toute la question sociale en résumant l'histoire du pays - l'histoire douloureuse de l'accession des classes successives au pouvoir.
Durant la «semaine sanglante», il y eut 20 000 exécutions. Puis les conseils de guerre prononcèrent 13 000 condamnations. Le gouvernement demanda aux gouvernements étrangers l'extradition des réfugiés. Le général Galliffet vengea l'Empire, il vengea le banquier Jecker, il vengea archevêque Darboy, il vengea le pape auquel le peuple italien venait d'enlever Rome, il vengea Bismarck des résistances de Paris, il vengea enfin la réaction dont Thiers avait assuré le triomphe. Il crut avec lui que la défaite de la Commune serait celle de toute émancipation du travail et que le pouvoir en aurait fini avec le peuple.
Alors Gambetta, comme il rentrait à Bordeaux, y prononça un discours où il parla des «fureurs impies des multitudes inconscientes». C'étaient elles cependant qui venaient de fonder en France la République, par l'ampleur même du sacrifice populaire.

Oaxaca : Appel d'un partisan de l'autonomie individuelle et collective

Chaque fois qu'une révolution a dédaigné de considérer comme son objectif prioritaire le soin d'améliorer la vie quotidienne de tous, elle a donné des armes à sa répression



Considérant que les habitants d'Oaxaca ont le droit de vivre comme ils le veulent dans la ville et dans la région qui sont la leur ; Considérant qu'ils ont été victimes d'une agression brutale des policiers, des militaires et des escadrons de la mort à la solde d'un gouverneur et d'un gouvernement corrompus dont ils ne reconnaissent plus l'autorité ; 
Considérant que le droit de vivre des habitants d'Oaxaca est un droit légitime et que l'illégalité est le fait des forces d'occupation et de répression ; Considérant que la résistance massive et pacifique de la population d'Oaxaca atteste à la fois sa résolution de ne pas céder à la menace, à la peur, à l'oppression, et sa volonté de ne pas répondre à la violence des policiers et des tueurs paramilitaires par une violence qui justifierait le travail de souffrance et de mort accompli par les ennemis stipendiés de la vie ; 
Considérant que la lutte du peuple d'Oaxaca est la lutte de millions d'êtres revendiquant le droit de vivre humainement et non comme des chiens dans un monde où toutes les formes de vie sont menacées par les intérêts financiers, la loi du profit, les mafias affairistes, la transformation en marchandises des ressources naturelles, de l'eau, de la terre, des espèces végétales et animales, de la femme, de l'enfant et de l'homme asservis dans leur corps et dans leur conscience ; 
Considérant que la lutte globale entreprise au nom de la vie et contre l'emprise totalitaire de la marchandise est ce qui peut empêcher le peuple d'Oaxaca de céder à ce désespoir qui sert toujours fidèlement le pouvoir parce qu'il paralyse la pensée, ôte la confiance en soi, entrave la faculté d'imaginer et de créer des solutions nouvelles et de nouvelles formes de lutte ;
Considérant que la solidarité internationale se contente trop souvent de rabâchages émotionnels, de discours humanitaires et de déclarations creuses où seule la fatuité de l'orateur trouve un objet de satisfaction ;
Je souhaite qu'un soutien pratique soit apporté aux assemblées populaires d'Oaxaca afin que ce qui n'est pas encore une Commune puisse le devenir. Car ce qui est en train de s'ébaucher se situe dans la lignée de la Commune de Paris et des collectivités andalouses, catalanes et aragonaises durant la Révolution espagnole de 1936-1938, où l'expérience autogestionnaire jeta les bases d'une société nouvelle.
A cette fin, je fais appel à la créativité de chacun pour aborder des questions qui, sans préjuger de leur pertinence et de leur intérêt, sont de nature à apparaître, à tort ou à raison, dans la constitution d'un gouvernement du peuple par le peuple, c'est-à-dire d'une démocratie directe où les revendications individuelles soient prises en considération, examinées sous l'angle d'une harmonisation possible et dotées d'une accréditation collective qui permette de les satisfaire.
Si tant est qu'il soit possible et souhaitable que les parents des victimes de la répression et de l'occupation policière se constituent partie civile contre le gouverneur et les instances responsables des assassinats et des violences, comment leur garantir un soutien international ?
Comment empêcher les emprisonnements, l'action des paramilitaires, le retour de la région entre les mains sanglantes des corrompus ?
Au-delà du sursaut d'indignation suscité par la barbarie policière et mafieuse, comment aider la population d'Oaxaca à donner des garanties effectives à cette aspiration qu'elle ne cesse d'exprimer : nous ne voulons plus être en proie à aucune violence ?
 Comment agir en sorte qu'aucune oppression ne s'exerce sur le droit de vivre des individus et des collectivités attachées à la défense de ce droit universel ?
Quel soutien la solidarité internationale peut-elle apporter à la résistance civile d'Oaxaca en sorte que cette résistance civile devienne simplement la légitimité d'un peuple à se gouverner directement lui-même par le recours à la démocratie directe ?
Et dans une perspective de plus longue échéance :
Si celle-ci le souhaite, comment pouvons-nous aider la Commune d'Oaxaca à collaborer à l'organisation de l'approvisionnement en nourritures et en biens d'utilité individuelle et collective ?
Comment pouvons-nous aider les associations populaires à assurer elles-mêmes et sans dépendre des pouvoirs "d'en haut" la gestion des transports, des services sanitaires, de la fourniture en eau, en électricité ?
Quel appoint international peut-il être fourni au projet d'"éducation alternative" qui, après la longue grève des enseignants, s'esquisse en Oaxaca ?
Ne se trouve-t-il aucune association scientifique qui puisse faciliter le développement d'énergies naturelles et non polluantes dans la région d'Oaxaca ? Le but serait double. D'une part, éviter que celles-ci soient implantées autoritairement au profit de l'Etat et des multinationales -comme cela s'est passé dans l'isthme. D'autre part, rappeler que la préoccupation énergétique et environnementale n'a de sens pour nous que dans sa relation avec l'autogestion. Car mises au service de communautés autogérées, elles ne permettent pas seulement de se rendre indépendants des mafias pétrolières et technologiques, elles instaurent peu à peu cette gratuité que leur caractère renouvelable et leur source inépuisable garantissent, une fois couverts les frais d'investissement. Et cette idée de gratuité des énergies, qui implique aussi la gratuité des moyens de transport, des soins, de l'éducation, est, plus encore qu'une arme absolue contre la tyrannie marchande, le plus sûr garant de notre richesse humaine.
Chaque fois qu'une révolution a dédaigné de considérer comme son objectif prioritaire le soin d'améliorer la vie quotidienne de tous, elle a donné des armes à sa répression.   
"jouir sans entrave”


Raoul Vaneigem

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