mercredi 17 février 2010

Les Z'Autonomes seraient des Ploucs !

C'est ce qui vient à l'esprit au regard des dernières actions qui leur sont attribuées par les médias.
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Heureusement les archives de l'INA ont conservé quelques documents médiatique des années 1979/83. Vous allez bien rire en écoutant les conneries de l'OCL, par exemple...
ici et .

"L'Etat, c'est le mal, mais un mal historiquement nécessaire, aussi nécessaire dans le passé que le sera tôt ou tard son extinction complète." Bakounine

Mais regardons de plus près:   Des femmes et des hommes assez courageux pour affronter les pires pièges idéologiques, assez têtus pour mettre en pratique ici et maintenant les idées libertaires. Point de mire des polices les plus retords, ils ne seraient que des moutons provoqués, infiltrés, manipulés et  instrumentalisés.        
"Nous ne sommes jamais sortis du temps des négriers. "

"L'obligation de produire aliène la passion de créer. Le travail productif relève des
procédés de maintien de l'ordre. Le temps de travail diminue à mesure que croît
l'empire du conditionnement."
Raoul Vaneigem

"Tout le monde est bien d'accord pour la rencontre historique avec les ouvriers; et ce moment commence. Avant de choisir les tactiques, rappelons notre voie stratégique: n'allons pas aux ouvriers. Faisons en sorte que les ouvriers viennent à nous et restent autonomes! Ceci sera le vrai coup de Strasbourg des usines".  Debord
"De tous les instruments de production, le plus grand pouvoir productif, c'est la classe révolutionnaire elle-même"   Marx   
"L'homme n'est rien d'autre que la série de ses actes. " hegel


Pour parler d'Autonomie il faut des sources et celles qui existent sont au mieux, nul  a chier, au pire un travail de désinformation qui fait le  bonheur des polices politiques.  C'est avec ces faux que doivent  composer les plus jeunes camarades   et l'on comprend bien pourquoi 
le but de ces manœuvres est d'abord d'égarer. Commençons par Bourseiller et son "Histoire générale de l'ultra-gauche"   :  Pages 406/407, 502/503  c'est de la désinformation pure et simple. Il cite comme exemples de l'influence situationniste Mordicus qui était anti-situationniste autant dans son projet que dans son contenu. Pas une ligne n'y échappe et les attaques les plus vicieuses y abondent au point que Michel Bounan fut contraint d'y répondre par deux de ses livres. Notons que cette ordure de Bourseiller du temps ou il était patron du journal branché 7 à  Paris, interdit à une pigiste la publication d'un article qui osait parler de Guy Debord (années 88/89). Deuxième source Sébastien Schifres et son putin de mémoire de Master : LE MOUVEMENT AUTONOME EN ITALIE ET EN FRANCE (1973-1984). Cette période correspond  a la décomposition du gauchisme post-68 passage quasi-obligatoire du milieu Autonome que SS consent à étudier avec sa loupe et ses oeileres d'universitaire. 
Quelques exemples démentiels de désinformation: "..../...Des différents d’ordre idéologique se superposent à ces divisions. Au début des années 80, la mouvance parisienne se compose de trois tendances : les alternatifs, les « pro-Action Directe » (les autonomes au sens strict), et les situationnistes. Les autonomes accusent les alternatifs de réformisme et les situationnistes accusent la tendance pro-Action Directe d’ « alternativisme »..." Non non mais d'être des staliniens  bornés instrumentalisés par les polices politiques.
Autre perle: ".../...A la même époque, certains militants d’ultra-gauche commencent à développer des thèses négationnistes, niant l’existence des chambres à gaz dans les camps d’extermination nazis. Certains d’entre eux, comme Yann-Ber Tillenon et Dominique Blanc, participent au mouvement autonome. Cette évolution idéologique trouve son origine dans le rejet de l’antifascisme qui caractérise l’ultra-gauche. L’ultra-gauche considère en effet l’antifascisme comme une idéologie bourgeoise, le fascisme ne devant être combattu que sur des bases prolétariennes. C’est à partir de ce rejet de l’antifascisme que se fonde le négationnisme d’ultra-gauche, en s’appuyant sur un présupposé marxiste selon lequel le capital ne pourrait pas tuer des prolétaires sans chercher à les faire travailler. Après s’être engagés en 1979 dans le soutien à Robert Faurisson, Yann-Ber Tillenon et Dominique Blanc vont évoluer vers des positions clairement judéophobes avant d’abandonner la mouvance autonome au début des années 80 pour rejoindre l’extrême-droite dans la décennie suivante...."
Réponse: L’« ultra-gauche », histoire et confusion (Pierre Sommermeyer et Freddy Gomez)
"Le concept d’antifascisme est apparu en 1924, au IVe congrès de l’Internationale communiste, et son apparition coïncida avec l’arrivée au pouvoir de Mussolini. Là, Amadeo Bordiga, représentant la « gauche italienne », expliqua l’impuissance du mouvement ouvrier face au fascisme triomphant par la trahison des partis socialistes. Jusqu’alors prévalait le principe du front unique prolétarien, et c’est sous cet angle que la stratégie était envisagée.
Lors d’une réunion de l’exécutif de l’Internationale communiste, en juin 1923, Clara Zetkin, qui représentait le Parti communiste allemand, analysait le fascisme en ces termes : « [Il] n’est pas la réponse de la bourgeoisie à une attaque du prolétariat, [mais] le châtiment qui s’abat sur le prolétariat pour n’avoir pas continué la révolution commencée en Russie. » Au cours de cette même réunion, Karl Radek fit une intervention, dont il n’est pas inutile de citer ce passage : « Durant tout le discours de notre camarade Zetkin, (...) j’étais obsédé par le nom de Schlageter et son sort tragique. Nous devons nous souvenir de lui, ici, où nous prenons position politiquement contre le fascisme. Le destin de ce martyr du nationalisme allemand ne doit pas être passé sous silence, ni honoré d’un mot en passant. Car il a beaucoup à nous apprendre, à nous et au peuple allemand. Nous ne sommes pas des romantiques sentimentaux qui oublient leur haine devant un cadavre, ni des diplomates qui disent que, devant une tombe, il faut se taire ou décerner des louanges. Schlageter, le vaillant soldat de la contre révolution, mérite, de notre part à nous, soldats de la révolution, un hommage sincère. (...) Si ceux des fascistes allemands qui veulent loyalement servir leur peuple ne comprennent pas le sens de la destinée de Schlageter, alors celui-ci est bien mort en vain, et ils peuvent écrire sur sa tombe : le pèlerin du néant !  ». Quand on sait le rôle des Corps francs dans l’écrasement de la révolution allemande, on mesure le chemin parcouru... Pendant l’année qui suivit ce discours, des orateurs des deux camps participeront à des meetings communs. Ce dialogue sera interrompu par les nazis.
A partir de 1924, précise Jacques Droz, « la définition du fascisme englobe ceux qui par leur carence ont contribué à son avènement ». Dès lors, la social-démocratie devient, au même titre que le fascisme, une créature du grand capital. « Des frères jumeaux », dira Staline. C’est alors que le Parti communiste allemand caractérise le Parti social-démocrate de « social-fasciste », qualificatif qu’il ne remettra jamais en cause, pas même après l’avènement d’Hitler.
Devenu actif à partir de 1932, quand le Parti communiste allemand, sur les ordres de Moscou, commença de changer de stratégie et appela à l’union contre Hitler, le concept d’antifascisme aura donc mis une dizaine d’années pour être opérationnel. Et encore un peu plus pour que, l’attitude de Staline face au danger nazi s’étant modifiée, le VIIe Congrès de l’Internationale communiste - juillet 1935 - élabore, par Dimitrov interposé, « une tactique nouvelle qui ouvrait aux partis communistes une possibilité d’alliance avec les partis socialistes (front prolétarien) et avec les partis progressistes bourgeois (front populaire antifasciste) ». Le tournant réel date de là - deux ans après la victoire d’Hitler en Allemagne. L’antifascisme venait de naître sous sa forme politique abouti : le « front populaire »."Pierre Sommermeyer et Freddy Gomez
Suite ici

L'antifascisme n'est pas seulement  une idéologie bourgeoise (Après les émeutes du 6 février 1934 et le Congrès de Mulhouse de la SFIO (1935), Marceau Pivert est mis en minorité par Jean Zyromski, qui fait voter la tendance pivertiste avec la majorité socialiste, considérant que l'heure n'est plus à la révolution mais à l'antifascisme. Pivert créé alors la tendance de la « Gauche révolutionnaire » au sein de la SFIO.) mais une pure récupération idéologique de Staline. Il impose l'affrontement entre deux forces contre-révolutionnaires, la sienne et celle qu'il désigne sous le nom de fascisme et qui comprend toutes les nuances de réaction y compris le nazisme. L'ensemble du prolétariat européen est embrigadé dans l'un des deux totalitarisme qui en s'affrontant dans la seconde guerre mondiale vont liquider dans le sang et par millions les élites ouvrières.  Les rêves de révolution prolétarienne sont brisés.
Le capitalisme spectaculaire-marchand pourra reprendre sa marche folle et inexorable vers le néant de ce début de troisième millénaire.   
Malheureusement les Autonomes, comme l'ensemble du courant libertaire, sont parcourus, et presque truffés, par cette idéologie anti-fasciste de pacotille qui les rend facilement manipulables. 
Le Tube SNCF:

Le cloaque mafieux du football mondial

La passion pour le football n’a fait que s’amplifier ces dernières années. En France, après la victoire de 1998, le phénomène de la Coupe du monde a été redoublé par la victoire au championnat d’Europe des nations, organisé en 2000, par la Belgique et les Pays-Bas. Et en ce début de troisième millénaire, la France apparaît comme l’un des pays les plus immergés dans l’idéologie du football. Les quatre années séparant la dernière Coupe du monde, disputée en France, de celle qui se déroule actuellement en Corée du Sud et au Japon ont été marquées par des affaires de corruption. On analyse souvent le football comme source de plaisir, de socialisation, d’apprentissage de règles et de lois, et de respect de l’autre. De nombreux sociologues et philosophes n’hésitent pas à attribuer au football des qualités formidables, sans signaler toutefois ce qui constitue son paradoxe central : c’est aussi une industrie reposant sur un système supranational, capitaliste, doublé d’un sentiment localiste, régionaliste et nationaliste.
En effet, le football n’est pas seulement un sport, c’est aussi et surtout, dans nos sociétés marchandes, un secteur économique longtemps sous-estimé et qui se révèle à l’occasion de cette Coupe du monde comme l’un des principaux appareils stratégiques capitalistes (ASC), car il prépare les individus à « l’horreur économique » et à la mondialisation libérale, en leur faisant accepter la compétition, la sélection, la précarisation et le nouveau mercenariat (1). Le football joue-t-il un rôle dans la diffusion de l’idéologie de la mondialisation ? Oui, indiscutablement, si l’on admet que ce sport-industrie développe au plus haut point les deux paramètres les plus haïssables du système capitaliste. D’une part, un fonctionnement mafieux reposant sur la recherche du profit maximal (les dirigeants n’hésitent pas à recourir à des sociétés offshores dans des paradis fiscaux servant à blanchir l’argent sale, à corrompre, à magouiller au sein des clubs, à financer le dopage ou à mettre sur pied des paris clandestins).
D’autre part, une idéologie fondée sur le principe du surhomme, de la force, de la violence, ainsi que sur un sentiment nationaliste fortement localisé (rien d’étonnant à ce que, d’un bout à l’autre de l’Europe, les associations de supporteurs les plus dures et les plus violentes revendiquent explicitement des idées racistes et se réclament de l’extrême droite). Comme les cartels du crime, qui constituent « le stade suprême et l’essence même du mode de production capitaliste (2) », le football bénéficie « de la déficience immunitaire des dirigeants de la société capitaliste contemporaine ». La société globalisée offre des possibilités sans fin pour contourner les lois et estime « naturels » les marchés unifiés, mais rend leur contrôle très compliqué. Selon Jean Ziegler, l’efficacité des cartels du crime repose sur trois modes d’organisation. D’abord, le cartel est « une organisation économique et financière de type capitaliste, structurée selon les mêmes paramètres de maximalisation du profit, de contrôle vertical et de productivité que n’importe quelle société multinationale industrielle, commerciale ou bancaire légale ordinaire. En même temps, le cartel est une hiérarchie militaire [...]. Le troisième mode d’organisation auquel fait appel le cartel criminel est la parenté clanique, la structure ethnique (3) ».
Voici, à titre d’exemples, deux affaires - celle d’une firme, ISL Worlwide, et d’une fédération, celle du Brésil - qui illustrent bien le caractère mafieux de certains secteurs liés au monde du football. La société ISL Worlwide, créée par M. Horst Dassler, était chargée d’assurer le parrainage mondial sportif. Ses comptes n’étaient pas publiés, ce qui permettait de dissimuler de nombreuses opérations comptables, en particulier celles qui servaient au blanchiment d’argent (4). De même, les contrats ne faisaient l’objet d’aucun appel d’offres. ISL France avait d’ailleurs connu, durant la Coupe du monde 1998, un scandale lié à la vente de billets fantômes... Suite à cette escroquerie, ISL Worlwide, qui ne possédait que 49 % du capital d’ISL France, avait décidé d’acquérir la totalité de cette filiale. Mais, depuis 1999, et la firme a connu de graves difficultés financières liées à des investissements hasardeux dans le tennis mais également dans « le football au Brésil et en Chine (5) ».
Le 18 avril 2001, la Fédération internationale de football (FIFA) créait une société d’études, FIFA Marketing SA. Au mois de mai 2001, les mondes du sport et de la finance découvraient qu’ISL Worlwide aurait possédé, comme cela se fait souvent dans ces milieux, une caisse noire sur un compte bancaire secret au Liechtenstein. Le 21 mai, ISL était déclarée en faillite par le tribunal cantonal suisse de Zoug ; et le 28, la FIFA portait plainte contre ISL Worlwide pour « suspicion de fraude et détournement de fonds ». La FIFA accuse ISL d’avoir « détourné 60 millions de dollars provenant de la chaîne brésilienne TV Globo dans le cadre de l’attribution des droits télé (6) » de la Coupe du monde 2002. Néanmoins, la FIFA, dirigée depuis 1998 par M. Sepp Blatter, un proche de M. Horst Dassler (7) et suspecté d’avoir acheté des voix ayant permis son élection à la tête de la fédération, réussit, contrairement aux banques, le coup de force de sauver « les deux plus beaux actifs d’ISL (les droits télé et marketing des deux prochaines Coupes du monde) » grâce à « un étrange tour de passe-passe juridique (8) ». Le président de la FIFA cumule les problèmes puisque onze des vingt-quatre membres de la fédération portent plainte contre lui. Début mai 2002, M. Michel Zen-Ruffinen, secrétaire général de la FIFA a rendu public un rapport accusant M. Sepp Blatter de corruption, abus de compétences et d’opérations financières douteuses : 550 millions d’euros pourraient avoir disparu.
                             Hiérarchie verticale et loi du silence
L’affairisme des milieux du football au Brésil est connu. Contrairement à ce que l’on pense, en raison de l’admiration que les amateurs éprouvent pour les joueurs de ce pays, le football brésilien repose largement sur la corruption et la fraude. Par exemple, l’ex-sélectionneur de l’équipe nationale du Brésil, Wanderley Luxemburgo, a été récemment accusé, entre autres, de fraude fiscale, de contrefaçon de documents officiels, de faux témoignages, d’évasion de devises et d’associations de malfaiteurs. Il possédait trente comptes en banque dont vingt-neuf non déclarés au fisc ! Ces comptes avaient reçu, entre 1995 et 1999, environ 6,5 millions d’euros. Il est également accusé d’avoir dissimulé de la cocaïne et de fréquenter une « boîte à filles » financée par les caisses noires des clubs brésiliens...
Le président de la Confédération brésilienne de football (CBF), M. Ricardo Teixeira, ancien gendre de l’ex-président de la FIFA, M. Joaõ Havelange, a été accusé pour sa part d’avoir participé à vingt-sept affaires relevant du blanchiment d’argent sale, du trafic de devises et de fraude fiscale (9). Enfin, sur le compte d’une société écran appartenant à M. Teixeira, les enquêteurs ont trouvé trace de transferts de fonds d’un montant supérieur à 1 million d’euros en provenance du Liechtenstein. La CBF a été également accusée d’avoir financé les campagnes électorales de certains parlementaires. Des présidents de clubs et de fédérations régionales sont aussi soupçonnés d’avoir participé à ces magouilles, ces combines et ces tripotages. Par ailleurs, les enquêteurs soupçonnent le Brésil d’être la plaque tournante des affaires de faux passeports. De nombreux joueurs brésiliens transférés en Europe ont, en effet, été accusés de détenir de faux passeports portugais, leur permettant d’être recrutés comme ressortissants européens et pas comme étrangers...
En France, par exemple, deux joueurs de l’AS Saint-Etienne, Alex et Aloisio, ont été accusés d’avoir de faux papiers (10). Ces passeports falsifiés viennent du Brésil, où l’on peut se les procurer moyennant 20 000 dollars (11). Le procureur chargé du dossier au Palais de justice de Paris affirme : « Les mêmes réseaux qui fournissent ces passeports sont ceux qui les vendent aussi aux immigrés clandestins et aux prostituées des pays de l’Est. » Pour alimenter ce trafic, plusieurs milliers de faux passeports auraient été volés par « des spécialistes » dans les consulats portugais avant d’être revendus à des footballeurs professionnels. Toutes ces affaires montrent que le football fonctionne selon le modèle des entreprises de type capitaliste avec, comme souci principal, la maximalisation du profit. La hiérarchie verticale et la loi du silence, liées à la philosophie de l’obéissance aux chefs, sont le plus souvent respectées. Dans le même temps, le football, comme toute organisation mafieuse, repose sur une structure ethnocentrique, un système clanique, qui organise la reproduction des « parrains » au sein des institutions. Les différentes « familles » du football et pour ainsi dire l’institution dans son ensemble trempent dans l’affairisme. Les coulisses de cette société de spectacle qui enthousiasme des dizaines de millions de personnes ne sont, au plus haut niveau, qu’un cloaque mafieux.
http://palim-psao.over-blog.fr/ext/http://revueillusio.free.fr/
(1) Lire Richard Sennet, Le Travail sans qualités, Albin Michel, Paris, 2000 ; Malek Chebel, La Formation de l’identité politique, Payot, Paris, 1998 ; et Cornelius Castoriadis, La Montée de l’insignifiance, Le Seuil, Paris, 1996.
(2) Jean Ziegler, Les Seigneurs du crime. Les nouvelles mafias contre la démocratie, Le Seuil, Paris, 1998, p.11.
(3) Ibid, pp. 21-22.
(4) Lire par exemple l’enquête de Denis Robert sur les hauts milieux financiers européens, La Boîte noire, Les Arènes, Paris, 2002.
(5) La Tribune, 23 avril 2001.
(6) La Tribune, 29 mai 2001.
(7) Lire Andrew Jennings, La Face cachée des Jeux olympiques, L’Archipel, Paris, 2000, p. 206.
(8) La Tribune, 3 juillet 2001.
(9) Le Monde, 7 décembre 2001.
(10) Trois joueurs ont été jugés pour cette forme d’infraction : Faryd Mondragon, Pablo Contreras et Emiliano Romay. Ils sont interdits de territoire français pour deux années. Voir l’arrêté du Tribunal de grande instance de Paris.
(11) Le Monde, 13 janvier 2001.

mardi 16 février 2010

2001 Les attaques à l’anthrax restent un mystère

Coup de tonnerre dans la presse alignée aux USA. Le célèbre journal "Wall Street Journal" lu par tous les hommes d’affaires et les décideurs aux États-Unis révèle dans un article du 24 janvier dernier que, contrairement à ce qu’affirmait le FBI, le ou les responsables des attaques à l’anthrax de 2001 n’ont toujours pas été identifiés. Souvenez-vous : dans la foulée du 11-Septembre, la psychose terroriste est à son paroxysme et les USA en état d’alerte maximale. Soudain, des lettres empoisonnées à l’anthrax sont envoyées à deux Sénateurs, à des journalistes et à d’autres personnalités, provoquant une panique générale dans l’opinion, la fermeture du Sénat, la désorganisation des services postaux, et faisant cinq victimes. S’ensuit une gigantesque enquête du FBI qui débouche en 2008 sur l’inculpation d’une seule personne, laquelle vient tout juste de se suicider : John Ivins, un chercheur en guerre biologique travaillant pour le laboratoire militaire de Fort Detrick dans le Maryland. Le scientifique serait devenu fou et aurait, seul, fabriqué et expédié les lettres mortelles.
Oui mais voilà, comme le détaille cet article du Wall Street Journal, l’analyse des souches d’anthrax révèle qu’Ivins n’a pas pu fabriquer le poison. Le FBI doit revoir sa copie. Et pendant ce temps, les véritables auteurs de ces attaques courent toujours. Qui sont-ils ? Pourquoi les Sénateurs visés étaient-ils justement ceux qui refusaient de voter le "PATRIOT ACT", ces lois liberticides votées dans l’urgence après le 11 septembre 2001 ? Tant de questions qui, neuf ans après les faits, restent toujours sans réponse. 

Les attaques à l’anthrax restent un mystère

Le FBI a réfuté sa principale théorie sur la façon dont les spores ont été utilisées comme arme.
Edward Jay Epstein, pour le Wall Street Journal , le 24 janvier 2010
L’enquête sur les attaques à l’anthrax s’est conclue, du moins aux yeux du public, le 29 juillet 2008, avec la mort de Bruce Ivins, un grand chercheur en biodéfense travaillant pour l’US Army Medical Research Institute of Infections Diseases (USAMRIID) à Fort Detrick dans le Maryland. Son décès est dû à une overdose d’un calmant, le Tylénol. Aucune autopsie n’a été pratiquée et il n’a pas laissé de lettre posthume.
Moins d’une semaine après son présumé suicide, le FBI déclara que Bruce Ivins avait été l’unique auteur des attaques à l’anthrax de 2001, avec l’envoi des lettres mortelles à NBC, au New York Post et aux Sénateurs Tom Daschle et Patrick Leahy. Ces attaques tuèrent cinq personnes, provoquèrent la fermeture du bâtiment du Sénat, causèrent un mouvement national de panique et paralysèrent pratiquement tout le système postal.
L’enquête du FBI, qui dura six ans, fut la plus importante investigation de l’histoire, incluant 9000 interviews, 6000 assignations à comparaître, et l’examen minutieux de dizaines de milliers de photocopieurs, machines à écrire, ordinateurs et boîtes aux lettres. Malgré cela, pas l’ombre d’une preuve ne fut trouvée – pas même un témoin concernant les courriers mortels. Avec l’aide de toute une équipe de scientifiques, le FBI réussit à trouver une fiole d’anthrax qui coïncidait – au niveau des empreintes génétiques – avec celui utilisé lors des attaques.
Cette flasque était détenue par Ivins qui avait publié pas moins de 44 articles scientifiques ces 30 dernières années en tant que microbiologiste, et qui travaillait au développement de vaccins contre l’anthrax. Il avait d’ailleurs fourni des échantillons de cet anthrax à d’autres chercheurs de Fort Detrick, à l’institut Battelle Memorial à Colombus dans l’Ohio et à d’autres établissements impliqués dans la recherche sur l’anthrax.
D’après une estimation du FBI, plus de 100 chercheurs ont eu accès à cet anthrax. N’importe lequel d’entre eux, et même leurs collègues, aurait pu prélever une quantité infime de cet anthrax, et, en le mélangeant avec de l’eau et des nutriments, aurait pu faire se multiplier les spores suffisamment pour lancer les attaques.
Par la suite, Ivins, qui prêtait pourtant assistance au FBI dans son enquête, devint suspect, de même que tous les autres chercheurs qui avaient eu accès à l’anthrax. Ils furent interrogés fermement, subirent des passages au détecteur de mensonges, et chacun s’opposa aux autres dans une variante du jeu du “dilemme du prisonnier”[1]. Leurs labos, ordinateurs, téléphones, domiciles et effets personnels furent fouillés à la recherche de possibles indices.
Alors que l’enquête – appelée Amerithrax – se poursuivait, le FBI subit certains échecs frustrants comme celui de la procédure de poursuites engagée depuis cinq ans contre Steven Hatfill, qui se termina en 2007 par des excuses et un dédommagement de 5.8 millions de dollars versés à ce chercheur par le gouvernement US. Un autre scientifique, Perry Mikesell, fut si stressé par les “jeux” du FBI qu’il devint alcoolique et mourut d’une crise cardiaque en octobre 2002.
Finalement, le FBI se focalisa sur Ivins. Non seulement il avait eu accès à l’anthrax, mais les agents du FBI le soupçonnaient de les avoir menés en bateau dans le fiasco “Hatfill”. Une recherche dans ses emails révéla des documents pornographiques et des messages étranges qui, bien que n’ayant rien à voir avec l’anthrax, suggéraient qu’il s’agissait d’un individu fortement perturbé. Le FBI augmenta sa pression sur Ivins, l’isolant dans son travail et le forçant à dépenser ses économies pour payer des avocats. Il devint de plus en plus stressé. Son médecin indique qu’Ivins semblait obsédé par l’idée de vengeance, voire d’homicide. Puis survint le suicide (qui comme le révèlent Eric Nadler et Bob Coen dans leur documentaire "The Anthrax War", (titre français: "Marchands d’anthrax ") fut l’un des quatre suicides de chercheurs en guerre biologique américains ou anglais ces dernières années). Et puisque le comportement étrange d’Ivins correspondait au profil du scientifique-fou recherché par le FBI, son suicide apparut comme une opportunité de clore l’affaire. C’est ainsi que le FBI organisa une réunion d’information au Congrès au cours de laquelle il ne fut pas loin de déclarer qu’Ivins était le tueur à l’anthrax.[2]
Mais il reste un problème épineux : le silicone
Dans les années soixante, le silicone était utilisé pour transformer l’anthrax en arme. Au travers d’un processus complexe, les spores d’anthrax étaient enduites de cette substance pour éviter qu’elles ne s’assemblent, formant ainsi un aérosol mortel. Mais cette technique de transformation fut interdite par des traités internationaux, et l’anthrax utilisé dans la recherche ne contient plus de silicone, et celui de la flasque de Fort Detrick n’en contenait pas.
Pourtant, d’après l’Institut de pathologie des Forces armées, l’anthrax [des attaques - NdT] contenait du silicone. La présence de silicone expliquerait qu`à l’ouverture des lettres des Sénateurs Leahy et Daschle, l’anthrax se soit vaporisé sous forme d’aérosol. Dans ce cas, le silicone a été rajouté d’une façon ou d’une autre à l’anthrax. Mais Ivins, aussi tordu qu’il ait pu être, n’avait ni les compétences ni les moyens d’adjoindre du silicone aux spores d’anthrax.
Ce procédé requiert des équipements hautement spécialisés dont le laboratoire d’Ivins ne disposait pas – pas même les autres laboratoires de Fort Detrick. Comme l’expliquait Richard Spertzel – un ancien chercheur en biodéfense qui travailla avec Ivins -  au cours d’une interview privée le 7 janvier 2009, le laboratoire ne s’occupait même pas d’anthrax sous forme de poudre, et il ajouta : “Je ne pense pas que quiconque ici ait la moindre idée de la manière de faire ça”. Bien qu’Ivins ait pu constituer le coupable idéal, il reste à expliquer la présence de silicone.
Le FBI répondit en expliquant que l’anthrax contenait seulement des “traces” de silicone, et que celles-ci, d’après lui, auraient pu être accidentellement absorbées par les spores au cours de leur croissance dans l’eau et les substances nutritives où elles avaient grandi. Mais aucune de ces substances nutritives n’a jamais été retrouvée dans le laboratoire d’Ivins, et pour le coup,  personne n’a jamais vu Ivins essayer de produire de l’anthrax non autorisé (un procédé qui aurait nécessité l’utilisation d’une multitude de flasques). Mais puisque personne ne connaissait les nutriments utilisés pour la culture de l’anthrax des attaques, il était envisageable que ceux-ci comportent des traces de silicone qui auraient accidentellement contaminé l’anthrax.
La contamination naturelle était une théorie alléchante, mais qui connut ses limites lorsque la parlementaire Jerry Nadler pressa en septembre 2008 le directeur du FBI, Robert Mueller, de fournir au House Judiciary Committee une information manquante : le pourcentage précis de silicone présent dans l’anthrax utilisé pour les attaques.
La réponse arriva sept mois plus tard, en avril 2009. D’après le laboratoire du FBI, 1.4% de la poudre contenue dans la lettre à Leahy était du silicone. “C’est une proportion incroyablement haute”, expliqua Stuart Jacobson, un expert en chimie des particules. “C’est un chiffre que l’on pourrait s’attendre à trouver dans de l’anthrax délibérément vaporisé, mais absolument pas par une contamination accidentelle”.
Qu’à cela ne tienne, dans une tentative pour confirmer sa théorie, le FBI embaucha des chercheurs du Lawrence Livermore National Labs en Californie pour qu’ils fassent des tests sur de l’anthrax contaminé accidentellement par un produit à haute densité de silicone. Quand les résultats furent publiés à la National Academy Of Science en septembre 2009, elles firent voler en éclat la théorie du FBI.
Les chercheurs de Livermore ont essayé 56 fois de reproduire la haute concentration de silicone, mais sans y parvenir. Même en rajoutant de plus en plus de silicone au produit, ils n’ont jamais réussi à s’approcher du 1.4% trouvé dans l’anthrax des attaques. La plupart des résultats étaient beaucoup plus bas, certains atteignant même 0.001%.
Ce que ces tests ont incidemment démontré, c’est que les spores d’anthrax n’ont pas pu être contaminées accidentellement par les éléments nutritifs d’un produit. “S’il y a autant de silicone, c’est qu’il a été rajouté”, m’expliquait Jeffrey Adamovicz qui supervisait le travail d’Ivins à Fort Detrick, dans un courrier échangé le mois dernier. Il m’indiqua que le silicone de l’anthrax utilisé pour les attaques avait pu être rajouté au moyen d’un puissant ferment – “utilisé par certains laboratoires comme Batelle” mais “nous n’utilisions pas de ferments à l’USAMRIID… [et] nous n’avions pas la capacité d’ajouter des composants siliconés aux spores d’anthrax.
Si Ivins n’avait ni l’équipement ni les compétences pour transformer l’anthrax en arme avec du silicone, alors quelqu’un qui avait accès à l’anthrax doit bien l’avoir fait. Avant même de connaître ces résultats surprenants, le Sénateur Leahy avait dit au directeur [du FBI] Robert Mueller, “je suis absolument convaincu qu’Ivins n’est pas le seul auteur des attaques à l’anthrax contre le Congrès”.
Lorsque j’ai interrogé ce mois-ci  le porte-parole du FBI à propos des résultats du laboratoire Livermore, il m’a répondu que le FBI ne ferait aucun commentaire sur cette affaire autre que ceux déjà discutés lors du briefing de 2008 (soit un an avant la publication des résultats de Livermore). Il expliqua : “Le Département de la Justice et le FBI continuent d’enquêter sur les attaques à l’anthrax de 2001. Nous espérons conclure cette affaire très bientôt.”
Et donc, même si le public a l’impression que l’affaire de l’anthrax est terminée depuis 2008, l’enquête du FBI est toujours en cours et, à moins qu’il ne parvienne à réfuter les conclusions du laboratoire Livermore concernant le silicone, elle est revenue à la case départ.
Mr Epstein écrit actuellement un ouvrage sur la Commission d’enquête sur le 11/9.

Le 11 septembre était-il un travail d’initié ?

De plus en plus les gens aux USA sont convaincus que les autorités usaméricaines dissimulent leur participation à la tragédie du 9/11. Les déclarations des témoins, estampillées confidentielles pendant plusieurs années, prouvent maintenant que la démolition contrôlée a peut-être eu lieu. Le gouvernement US avait de longue date prévu un tel incident – comme l’indique le document de défenses républicain Reconstruction de l’Amérique de 2000. L’organisation 9/11Truth croit que les USA ont _ probablement orchestré un incident de ce genre pour justifier l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, comme pour restreindre des libertés civiques US par l’introduction du Patriot Act. Il apparaît maintenant qu’en 1962 le chef militaire le plus haut d’Amérique conçut un plan d’attaque préméditée sur les Usaméricains, qui impliquait d’abattre un avion de ligne, de sorte que la responsabilité puisse être portée sur Cuba. Alors pourquoi cela devrait-il être exclu aujourd’hui ? Beaucoup croient aussi que les renseignements pakistanais ont coopéré avec la CIA et Al Qaïda parce qu’ils ont transféré d’importantes sommes d’argent au pirate de l’air Mohamed Atta dans les jours débouchant sur le 9/11. Ils ont même eu Ben Laden sous surveillance durant la durée de ses soins dans un hôpital militaire de Peshawar au Pakistan, en septembre 2001. La plupart d’entre nous auraient trouvé étrange que l’impact d’un avion de ligne soit insuffisant pour faire s’effondrer un gratte-ciel. Donc, peu doutèrent de ce qui frappa les tours jumelles le 11 septembre 2001, ou de l’identité des malfaiteurs. Cependant, les années passant, plusieurs personnes et groupes, en Amérique du Nord et en Europe, commencèrent à douter que cela soit forcément exact. Pour eux, un ensemble de circonstances contradictoires entourant les attaques ne correspondent pas aux explications des autorités américaines et de la Commission sur le 11 septembre nommée par le Congrès. [1] L’une des raisons principales de ce doute est qu’il y a des témoins du 11/9 qui décrivent des événements ne correspondant pas à ceux de l’histoire officielle. [2] Un exemple est donné par les spectateurs qui ont entendu et vu ce qu’ils pensaient être des explosions autour des tours jumelles avant que les avions les heurtent. Des policiers pensèrent qu’elles ressemblaient « à des implosions planifiées ». [3]
Le pompier Richard Banaciski déclara ceci : « Cela ressemblait à ce qu’on voit à la télévision quand ils font sauter ces bâtiments. Cela semblait provenir de tout autour comme une ceinture, toutes ces explosions. » Stephen Gregory, le Commissaire Assistant au Feu déclara : « J’ai vu un flash flash flash au niveau le plus bas du bâtiment. Vous savez, comme quand ils démolissent un bâtiment ». [4]
Un autre témoignage controversé est venu de William Rodriguez, l’ouvrier d’entretien qui travaillait dans la tour nord le 11/9. Dans une interview au New York Magazine, [5] il déclara avoir entendu en premier une énorme explosion alors qu’il était au second sous-sol du gratte-ciel et témoigna de l’aspect des victimes, la peau brûlée de leurs bras par le feu dans la cage d’ascenseur. Après l’explosion au second sous-sol il en entendit une autre au dessus. C’était le Boeing 767. William fut le dernier rescapé survivant au Ground Zero du WTC. Il fut salué comme héros et invité à visiter George Bush et la Maison Blanche. Plus tard, lorsqu’il tenta de donner de la publicité à son histoire d’explosion au second sous-sol, il fut rejeté par les autorités usaméricaines. Il a maintenant entamé une poursuite judiciaire contre ces mêmes autorités sous le Statut RICO, une action judiciaire conçue à l’origine pour poursuivre les familles de la Mafia. A côté des rapports de témoins décrivant une démolition contrôlée des tours jumelles avec des explosifs, des critiques de l’administration Bush croient il y a plusieurs ensembles de circonstances entourant le 11/9 qui donnent de bonnes raisons de suspecter la véracité de l’histoire officielle. C’est un fait qu’aucun des quatre avions détournés ne fut arrêté par les avions de combat. Cela combiné au fait que la majorité de l’Armée de l’Air était engagée dans des exercices militaires, donna poids au soupçon que la force de défense aérienne usaméricaine avait donné l’ordre de « se retirer » de sorte que les attaques terroristes puissent se dérouler sans encombre. Une autre événement suspect est que le WTC 7 – aussi connu sous le nom de Bâtiment 7 – un gratte-ciel de 47 étages, s’effondra sans avoir été heurté par les avions. Réciproquement, les bâtiments adjacents sont toujours intacts.
Un travail d’initié ?
Alors qu’elle arrive toujours à prévenir des attaques, l’Agence de Sécurité Nationale (NSA) prétend avoir surveillé les conversations entièrement traduites en été 2001 - en temps réel - entre Mohamed Atta et Khalid Cheikh Mohamed, ayant soulevé des inquiétudes. Dans l’une des conversations, Khalid a soi-disant donné à Atta le feu vert pour les attaques ; la NSA devait donc être prévenue. En rapport avec les enquêtes qui auraient pu mener à l’arrestation des pirates de l’air, l’agent Colleen Rowley du FBI prétend que les directeurs du FBI ont intentionnellement empêché ses investigations sur Zacarias Moussaoui – alors qu’il fréquentait l’école de vol de Minneapolis. Ils ont fait cela en dépit des avertissements reçus des renseignements français. Rowley croit que si le FBI avait approuvé son enquête, il aurait pu découvrir les plans de Moussaoui comme ceux de plusieurs autres pirates de l’air inscrits dans les écoles de vol. [6] Certains croient que les importantes sommes d’argent transférées par les renseignements pakistanais (ISI) à Mohamed Atta les jours avant le 11/9 sont la preuve de la coopération entre l’ISI, la CIA, et Al Qaïda. [7]
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http://www.reopen911.info/uploads/document/fichier/11-septembre-les-points-essentiels.pdf

[1] Le titre complet de la Commission est : La Commission nationale sur les attaques terroriste sur les
USA. Leur rapport peut être téléchargé ici :http://www.9-11commission.gov/report/index.htm
[2] Lire divers récits semblables de témoins dans les transcriptions des enregistrements faits par le Département du Feu de New York :
[3] Voir l’article : «Everyone was screaming, crying, running. It’s like a war zone», The Guardian 12 septembre 2001.
[4] Les témoignages des deux pompiers sont sur ce site :
[5] Mark Jakobson, «The Ground Zero Grassy Knoll» dans New York Magazine 27 mars 2006.
[6] See article, «Why Didn’t the FBI Fully Investigate Moussaoui ?» in Time Magazine, 23 May 2002.
[7] Griffin, David Ray (2004) : The New Pearl Harbor - Disturbing Questions about the Bush
  Kim Bredesen, Le Monde diplomatique, édition norvégienne, Oslo, juillet 2006.

La police dans les quartiers populaires : un vrai problème !

Dans les quartiers
populaires...

(Encore un peu de sociologie, leur point-de-vue sur les interactions conflictuelles entre policiers et jeunes.)

Le déclenchement des émeutes de novembre 2005 est certes lié à la mort de deux adolescents à Clichy-sous-Bois, à la grenade lacrymogène lancée en direction de la mosquée de cette ville et à l’accumulation des propos injurieux du ministre de l’Intérieur à l’endroit des jeunes des quartiers populaires (depuis ses déclarations sur le « nettoyage au Kärcher », à La Courneuve, le 20 juin). Pour autant, l’analyse ne doit pas être enfermée dans une approche conjoncturelle. L’analyse sociologique de ces évènements permet de mettre en évidence un certain nombre de causes profondes, communes à la quasi-totalité des quartiers populaires qui se sont révoltés durant l’hiver dernier et qui s’étaient déjà révoltés par le passé, au moins depuis les grandes émeutes de 1990-1991. Parmi ces logiques de fond, la question des relations entre la police et une partie des habitants des quartiers populaires apparaît centrale.
Elle cristallise des tensions sociales, symboliques et politiques.
Quotidiennes, les interactions conflictuelles entre policiers et jeunes de ces quartiers représentent pour ces derniers un condensé et un résumé de la violence sociale et politique qu’ils ressentent. À l’évidence, l’opinion publique ne mesure pas l’ampleur et les effets sociaux de ces rapports de force. Dans la mesure où les habitants de ces quartiers ne sont pas représentés politiquement et ne s’expriment quasiment jamais dans le débat public, tandis que le discours des institutions (et des syndicats de police) est au contraire omniprésent, cette opinion publique ignore le fait que les provocations sont réciproques et que les comportements violents et déviants concernent également les forces de l’ordre. Le recours aux statistiques administratives pour juger des déviances sociologie et chercheur ; policières (rapports de l’IGS, Commission nationale de déontologie de la sécurité) n’est pas une méthode appropriée, notamment lorsque l’obserservation in situ permet de constater des logiques efficaces de verrouillage institutionnel. Aussi, en attendant que des enquêtes de « victimation » s'intéressent peut-être à ce volet particulier du sentiment d’insécurité, nous voudrions livrer ici des observations ethnographiques (« de terrain » comme on dit aujourd’hui) illustrant cet aspect de la réalité quotidienne de la vie des quartiers populaires et questionnant les issues légales qui se présentent à ceux qui se plaignent du traitement policier. En espérant que ceci permettra d’alimenter la réflexion sur la nature et le sens du travail policier dans les « zones urbaines sensibles ».

G De la BAC à la « police des polices »
 M. a 20 ans, il est actuellement scolarisé en 1re année de bac professionnel. Comme cela est assez fréquent pour les jeunes de son « profil » (issu de l’immigration africaine, habillé en vêtements de sport), il présente sa pièce d’identité à des policiers qui le connaissent bien et qui l’ont déjà contrôlé plusieurs fois ces derniers jours. D’un tempérament plutôt colérique, M., comme plusieurs de ses pairs, a appris à ne plus « rentrer dans leur jeu », c’est-à-dire à laisser sa « rage » s’exprimer ouvertement, en répondant éventuellement aux provocations. Il sort sa pièce d’identité, les policiers la lisent, lui rendent et sortent les menottes pour l’interpeller. La sérénité stratégique de M. laisse place à la colère et à l’incompréhension : « Pourquoi vous voulez m’emmener ? J’ai rien fait ! ». La tension monte et plusieurs jeunes commencent à s’approcher, pensant au départ qu’il ne s’agissait que d’un contrôle « habituel ». Certains insultent les policiers, d’autres demandent des explications et crient leur indignation. M. ne se laisse pas menotter facilement par les quatre policiers qui l’entourent. Ces derniers sont soutenus par une quinzaine d’autres agents, la moitié appartenant à la BAC (qui arrive quelques minutes après le début du contrôle). Pour assurer leur retrait et éloigner les groupes de jeunes qui se forment, les policiers (d’après les jeunes ce sont des agents de la sûreté départementale qui font usage des gaz lacrymogènes) envoient des grenades lacrymogènes pendant que M. commence à recevoir des coups dont un coup de poing à l’oreille plus violent que les autres. Une fois M. menotté et introduit dans une des deux Citroën Xsara, les véhicules de police quittent le lieu de l’arrestation sous les insultes et plusieurs projectiles les atteignent. L’une de leurs vitres éclate. M. est ensuite emmené vers le commissariat de circonscription situé dans une ville voisine. De manière assez surprenante (et plutôt rare selon les récits que nous consignons habituellement), les policiers s’arrêtent en cours de route, en face de la mairie, dans un lieu à forte fréquentation piétonne au bord du principal axe routier de la ville. Ils sortent M. menotté de leur véhicule, et selon les témoins présents sur les lieux, il est « roué de coups » devant des dizaines de passants médusés1. M. est réintroduit dans la voiture et finit sa course au poste de police où il est placé en garde à vue. Il décrit plusieurs situations où il subit des coups, des insultes dont certaines à caractère raciste : « Toi et tes potes les singes on va s’occuper de vous », « Tu fermes ta gueule hein ! T’as plus ta meute ! ».
Quelques heures plus tard, M. comprend la cause initiale de son arrestation. Il est soupçonné d’avoir participé à un vol à l’arraché de sac à main, avec un complice de type « maghrébin ». La confrontation avec la victime l’innocente, mais il sera tout de même convoqué un mois plus tard au tribunal correctionnel pour « outrage et rébellion ». Au-delà des séquelles physiques, ce sont avant tout l’humiliation et le sentiment d’injustice qui prévalent dans son discours. Contrairement à l’attitude dominante face aux violences et aux brimades policières qui consiste soit à chercher à « rendre les coups » (envoi de projectiles et plus rarement de cocktails Molotov), soit à se résigner face à l’ordre des choses en entretenant une haine de la police (massivement partagée par les jeunes qu’ils soient délinquants ou non), M. a décidé de « plainter » (porter plainte) en demandant de l’aide à une association locale. Plusieurs de ses membres décident d’accompagner M. qui se rend le lendemain de son interpellation dans les bureaux de l’IGS (la « police des polices »). Muni de sa pièce d’identité, M. est accueilli par un agent de l’IGS pendant une demi-heure et sort du bureau en colère sans que sa plainte ait été prise en compte. «Je lui ai dit que j’voulais porter plainte pour violence policière, elle m’a écouté et tout, elle a pris des notes sur son ordinateur, après elle a téléphoné à j’sais pas qui et quand elle est revenue, elle m’a dit qu’elle pouvait pas prendre ma plainte. Elle a commencé à m’embrouiller, j’comprenais rien, après je l’ai coupé, je lui dis : « Vous prenez ma plainte c’est tout et vous me donnez un papier pour aller à l’Hôtel Dieu. » 2
 Cette démarche est assez rare de la part des jeunes des quartiers populaires dont la méfiance envers la justice est forte. Dans leurs représentations , il y a une continuité logique entre les pratiques policières qu’ils dénoncent et le positionnement « suiviste » de la justice dans ce type d’affaires. Le clivage justice-police n’existe pas dans les affaires qui opposent policiers et jeunes de ces quartiers. Toutes les affaires de ce type que nous ayons suivies dans nos lieux d’enquête se sont terminées par des condamnations des jeunes. Sans exception. L’attitude de L’IGS dans cette histoire contribue à renforcer l’impunité de cette frange de la police qui fait fi du code de déontologie sensé cadrer son action. C’est la deuxième fois que la « police des polices » est mise à contribution dans des affaires de violences policières dans ce quartier. C’est aussi la deuxième fois qu’une tentative de plainte n’aboutit pas dès sa phase initiale.


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lundi 15 février 2010

DU POINT DE VUE DES ÉMEUTIERS

LES ÉMEUTES DE L’AUTOMNE 2005
DANS LES BANLIEUES FRANÇAISES
DU POINT DE VUE DES ÉMEUTIERS
     Laurent Mucchielli 1 et Abderrahim Aït-Omar 2


   Au mois de novembre 2005, la France a soudainement occupé les devants de la scène médiatique internationale. Les propos les plus catastrophistes (comme ces reportages présentant la France comme « à feu et à sang » alors que les émeutes n’ont pas occasionné une seule mort d’homme) et les plus dénués de fondements (comme ceux met- tant en cause la religion musulmane) ont pu être entendus dans les médias français et étrangers. Cela étant, il reste que ces émeutes sont inédites dans l’histoire de la France contemporaine : pour la première fois le phénomène n’est plus localisé, propre au quartier où un drame (généralement la mort d’un jeune) est survenu ; il a pris au contraire une dimension nationale, de Dunkerque à Nice et de Strasbourg à Toulouse. Nous ne reviendrons pas ici sur les faits, connus par ailleurs au terme d’une recherche collective récente sur laquelle nous nous appuierons tout au long de ce texte (Mucchielli, Le Goaziou, 2006), et d’autres travaux publiés par la suite (notamment Lagrange, Oberti, 2006). Nous voudrions par contre nous interroger sur les mécanismes de propagation des émeutes et en particulier sur les motivations des émeutiers. C’est là une donnée largement méconnue.

COMMENT FAIRE ENTENDRE LE POINT DE VUE DES ÉMEUTIERS ? 

L’on a beaucoup prêté aux émeutiers, mais rares ont été les commentateurs qui ont recueilli le point de vue de ceux qui étaient pourtant les premiers concernés. Ceci peut s’expliquer au moins pour trois raisons. La première tient au fait que, à la différence d’autres mouvements sociaux utilisant eux aussi la violence – l’on songe par exemple aux traditionnelles manifestations d’agriculteurs en colère (Duclos, 1998), mais aussi au mouvement lycéen et étudiant dit « mouvement anti-CPE » de mars 2006 –, la violence émeutière est une réaction spontanée dénuée de tout support organisationnel (association, syndicat, parti politique). Les émeutiers n’affichent aucune banderole, de crient aucun slogan dans des haut-parleurs, ne distribuent aucun tract. Ils n’ont pas de porte-parole, ni même de leaders. Ils n’ont aucun discours construit et encore moins formaté à proposer aux journalistes qui viendraient les interroger et à ceux des hommes politiques qui accepteraient éventuellement de les prendre au sérieux. La seconde raison est que d’autres discours très bien construits, formatés et diffusés se sont aisément imposés dans le débat public et avaient de sur- croît comme visée de déconsidérer les émeutiers en les réduisant à de simples délinquants. Le fait n’est pas nouveau. À travers la notion de « violence urbaine », telle que conçue et diffusée dans le débat public par la hiérarchie policière et par quelques « experts en sécurité » autoproclamés, c’est en réalité une tentative de criminalisation de l’ensemble des manifestations de violence collective dans les quartiers populaires qui est proposée depuis une quinzaine d’années (Mucchielli, 2002). Telle est de nouveau la stratégie qui a structuré le discours du ministre de l’Intérieur durant les émeutes de novembre 2005, le conduisant à déclarer devant l’Assemblée nationale que « 75 à 80 % » des émeutiers interpellés étaient des délinquants déjà connus, que les émeutes traduisent notamment « la volonté de ceux qui ont fait de la délinquance leur activité principale, de résister à l’ambition de la République de réinstaurer son ordre, celui de ses lois, dans le territoire » et enfin que les émeutes étaient une délinquance collective organisée par des « bandes délinquantes »3 et par des « groupes extrémistes » . Or cette interprétation sera d’abord contestée par les magistrats, notamment ceux du tribunal correctionnel de Bobigny jugeant en comparution immédiate les premiers émeutiers poursuivis en Seine-Saint-Denis. Pour eux, « la très grande majorité présentent un profil de primo-délinquants ». Et ce constat sera notamment confirmé par les parquets de Créteil, de Lyon, de Nice et de Nancy 4. La théorie de l’organisation délinquante sera ensuite démentie par un des propres services du ministère de l’Intérieur, les Renseignements généraux (RG), dont le journal Le Parisien révélera le 7 décembre un rapport rédigé à la fin des émeutes, diagnostiquant « une forme d’insurrection urbaine non organisée », « une révolte populaire des cités, sans leader et sans proposition de programme », animée par des jeunes « habités d’un fort sentiment identitaire ne reposant pas uniquement sur leur origine ethnique ou géographique, mais sur leur condition sociale d’exclus de la société française » 5. En outre, ce sont à nouveau les RG ainsi que la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) qui démentiront par la suite officiellement toute implication des groupes musulmans radicaux 6. Enfin et surtout, nous pouvons désormais ajouter à ces démentis officiels ceux qui proviennent des premières recherches empiriques, dont les résultats commencent à paraître. Deux d’entre elles ont analysé les dossiers des émeutiers de novembre 2005 jugés au tribunal de Bobigny, pour le département de la Seine-Saint-Denis (93) qui fut au cœur de ces événements. La première, portant sur 86 mineurs, a montré que seul un tiers d’entre eux avaient des antécédents judiciaires pour des actes délinquants (Delon, Mucchielli, 2006). La seconde, portant sur 115 majeurs, établit cette proportion à 40 % (Mazars, 2006). Dans les deux cas, le nombre moyen d’infractions antérieures chez les auteurs déjà condamnés est de 1 ; il ne s’agit donc pas de personnes réellement engagées dans des styles de vie délinquants. La criminalisation des émeutes constitue ainsi une « théorie-écran » dont l’analyse scientifique doit se débarrasser si elle veut pouvoir prétendre s’exercer pleinement. Au demeurant, une deuxième théorie-écran nous éloigne tout autant de la possibilité même de déployer l’exercice analytique. C’est celle qui ne voit dans ces « violences urbaines » ou « violences collectives » que des conduites juvéniles ludiques sans but ni même conscience, des « violences gratuites » selon une autre expression à la mode, dont la contagion imitative ou concurrentielle serait simplement véhiculée par les écrans de télévisions, d’ordinateurs ou de téléphones portables. Cette représentation ne constitue pas seulement un discours ordinaire et spontané de type « café du commerce », elle imprègne en profondeur les raisonnements de nombreux élus, représentants des institutions et commentateurs divers (journalistes, intellectuels). Or, si la dimension ludique et l’excitation étaient bien présentes dans les conduites transgressives de nombreux adolescents, de même que, parfois, des effets de concurrence et de surenchère à la fois entre quartiers voisins et entre jeunes d’un même quartier (certains « petits » voulant montrer leur courage physique et ainsi s’élever dans la hiérarchie locale des réputations), tout ceci ne s’oppose pas au fait qu’ils aient par ailleurs des raisons d’agir, des motifs de colère ainsi qu’un sentiment de légitimité de cette colère 7. Enfin, l’explication qui place en son centre l’impact des médias est aisément réfutable. Non seulement, dans l’histoire de France, des émeutes rurales et urbaines de grande ampleur ont eu lieu en l’absence de tout médias autre que le bouche-à-oreille, mais, dans la période contemporaine, la plupart des émeutes précédentes ont été médiatisées – parfois fortement – sans entraîner pour autant une extension en dehors de la commune concernée. La troisième raison pour laquelle le point de vue des émeutiers n’est guère pris en compte dans le débat public tient à la difficulté objective qu’il y a à recueillir leur parole dans des conditions en garantissant l’anonymat et l’authenticité (par opposition à la surenchère verbale que risquent toujours de susciter le contexte public et les caméras de télévision). Mener des entretiens approfondis avec des émeutiers pose en effet non seulement les problèmes classiques liés à cette méthodologie, mais aussi les difficultés liées au caractère illicite de l’activité enquêtée, dans un contexte de fortes tensions sociales. Les émeutiers que nous avons rencontrés avaient commis des infractions, n’avaient pas été inquiétés par les forces de police durant les émeutes, mais pouvaient toujours l’être. Du surcroît, au moment de la conduite des entretiens (soit environ un mois après les faits), la tension n’avait pas disparu dans les quartiers. Pour toutes ces raisons, la réalisation de tels entretiens n’aurait pas été possible si l’un d’entre nous n’avait pas été préalablement immergé sur le terrain, dans ce quartier classé « zone urbaine sensible » d’une ville populaire du département des Hauts-de-Seine, en banlieue parisienne 8. Grâce à la confiance et la légitimité dont le chercheur jouissait auprès de ces jeunes âgés de 15 à 20 ans, nous avons pu réaliser douze entretiens, neuf individuels et un collectif avec trois jeunes ayant agi ensemble et n’ayant pas souhaité s’exprimer séparément. Ce nombre d’entretiens est modeste et nous ne prétendons certes pas épuiser le sujet. Toutefois, ces entretiens approfondis jettent quelques lumières qui nous semblent indispensables à la compréhension des émeutes. 

PAROLE D’ÉMEUTIERS : LES RAISONS DE LA COLÈREQue disent donc ces émeutiers sur les raisons de fond de leur colère ?
Deux séries de raisons sont évoquées. Les premières, qui n’apparaissent pas systématiquement, sont relatives aux événements qui ont déclenché les
  émeutes. Les secondes, récurrentes, évoquent non pas le contexte de l’émeute mais certaines dimensions de l’expérience de vie quotidienne de ces jeunes. Certains émeutiers évoquent donc d’abord les événements de Clichy-
sous-Bois, mais surtout pour dire que la police en est responsable et que le ministre de l’Intérieur a tenté de le dissimuler. En réalité, à une exception près (un jeune ayant des amis à Clichy), le drame initial (la mort des deux adolescents) n’est qu’évoqué sans plus d’émotion. D’autres insistent davantage sur la grenade lacrymogène tirée en direction de la mosquée de Clichy (en période de Ramadan et à l’heure de la prière) mais, là encore, c’est moins la grenade en elle-même qui les révolte que l’absence d’excuses – ou, à tout le moins, de reconnaissance d’une erreur – de la part de la police. Dans les deux cas, on voit ici que c’est ce qui est considéré comme un déni et un mensonge de la part des autorités qui fonde l’indignation et donc le sentiment de légitimité morale de la colère émeutière (ce qui est classique dans les émeutes, comme le rappelle D. Lapeyronnie [2006]). Et c’est ce sentiment de légitimité morale qui permet ensuite à l’émeutier de justifier ses actes. 

drames survenus dans un environnement qui ne leur est pas directementÀ ce premier niveau d’analyse, certains émeutiers s’identifient donc aux familier. Mais, au regard de l’ensemble des entretiens réalisés, il apparaît que l’essentiel n’est sans doute pas là. En réponse à la question du « pourquoi » de la conduite émeutière, tous – sans exception – évoquent surtout, et avec une profusion de détails, leur propre expérience de vie. En d’autres termes, s’ils peuvent s’identifier aux drames de Clichy-sous-bois, c’est parce que ces derniers symbolisent et cristallisent en réalité une colère préexistante issue de leur propre expérience à la fois individuelle et collective. C’est cette expérience qui nourrit en profondeur leur « rage ». La question se déplace alors vers le contenu de cette expérience, que l’on peut résumer en parlant d’un vécu d’humiliations multiples accumulées. Certains racontent des expériences de discriminations à l’embauche, voire font du racisme une explication généralisée (on y reviendra). La plupart font clairement remonter leur sentiment d’injustice et d’humiliation à l’école. Enfin, tous, sans exception, disent avec véhémence que la source quotidienne de leur sentiment d’injustice et d’humiliation est leur relation avec la police. Nous commencerons donc par là. Les récits de ces jeunes se ressemblent beaucoup, nous en livrons ici quatre extraits :     « Avant les émeutes c’était la routine, on reste avec les potes après les cours, on charrie entre nous, on fait quelques sorties, on va manger au grec et si y’a du gent-ar [de l’argent] à se faire on fait parce que la mère elle peut pas tout assurer. Par exemple, des mecs ramènent des téléphones portables de Thaïlande qu’ils achètent 50 euros, bien nous on va les revendre 150 et ils nous donnent notre bifton de 50. [...] On s’débrouille quoi. Les flics, quand ils nous serrent avec ça, ils savent que c’est pas de la marchandise volée mais ces fils de p... ils nous les prennent pour les garder. C’est pour ce genre de truc que j’ai la rage parce qu’avec leur insigne de la police nationale, ils se croient tout permis, ils savent qu’on peut pas répondre et ils nous cherchent tout le temps en attendant qu’on fasse la moindre faute, et après ils te mettent un outrage ou autre chose pour que tu fasses une garde à vue. Moi, c’est ce qui s’est passé. Une fois je vendais une Rolex, ils me l’ont prise et le keuf il m’a dit “merci pour le cadeau, je vais la porter tout le temps”. Depuis ce jour-là j’ai la haine. Les émeutes, c’était une vengeance par rapport à tout ça. » (H..., 15 ans, en BEP).
 « Pourquoi ils nous laissent pas tranquilles ? On est dans notre quartier en train de discuter avec nos potes et ils viennent te faire chier deux ou trois fois dans la même journée. Franchement, avant les émeutes, on était tranquille, on jouait au foot entre potes, en plus c’était le Ramadan donc on essayait de faire le maximum attention à notre comportement mais ils sont toujours là pour tout casser. Et après ça a pété bien comme il faut. Toutes façons, ça aurait pété un moment ou un autre [...], avec ou sans la mort de ces deux mecs à Clichy-Sous-Bois. [...] Ça m’a fait trop plaisir quand on leur a jeté des pavés dans la gueule, pour une fois on a inversé les rôles, si tu les avais vus, cette fois-ci ils faisaient moins les malins. Moi je disais aux mecs ’il faut pas brûler des voitures, si on doit faire quelque chose c’est bien taper un poulet’, comme ça, quand ils vont venir dans le quartier, avant de rentrer dedans ils vont se chier dessus et ils vont tellement flipper qu’ils joueront plus les cowboys. [...] y a très peu de quartiers qui ont fait ça pour être solidaires de Clichy, moi je te dis que c’est la haine contre les keufs, parce qu’ils parlent trop mal. [...] Je sais que maintenant les Français ils vont avoir la haine contre les mecs des cités mais qu’est-ce que tu veux c’est pas de notre faute, nous on demande juste du respect, moi si le keuf il vient et me demande mes papiers poliment je lui donne sans problème » (
R..., 16 ans, en BEP).
 « On était posés et les keufs sont venus pour voir si on avait de l’essence dans les mains, ils nous ont hagar [intimidé], ils sont venus à trois, ils se prennent pour des chauds dans la cité alors qu’on avait rien fait. Moi je m’en foutais des brûlés [de Clichy-sous-Bois], je voulais me taper avec les keufs. [...] Ils commencent à crier et parlent pour rien dire alors que toi tu parles pas. Ils t’insultent “ferme ta gueule !” et ils sentent tes mains pour voir si y a de l’essence. C’était en fin d’après-midi. [...] J’ai ressenti la rage. [...] Nous, on voudrait que les keufs se comportent bien avec nous : “Bonjour, contrôle d’identité, vous avez vos papiers ?”. Mais eux c’est : “Alors les gars, vous galérez ? Alors on va pas s’ennuyer ! Passe-moi ta carte d’identité et ferme ta gueule”. Alors tu lui donnes et tu fermes ta gueule. Y’a pas d’bonjour, pas d’au revoir, ils nous traitent comme de la merde » (
B..., 17 ans, à la recherche d’un emploi).
« Franchement dans les émeutes y’avait de tout. Il y avait les mecs qui avaient la rage contre les keufs, d’autres qui avaient la rage contre l’école parce qu’ils ont plus d’école, d’autres parce qu’ils ont pas de tafs, d’autres pour s’affirmer dans le quartier. Tous les mecs qui avaient une rage contre quelque chose ils ont profité des émeutes pour tout niquer. Mais la majorité des mecs c’est la haine contre les keufs parce qu’ils se la racontent beaucoup, y’en a plein ils sont racistes et ils nous traitent comme de la merde. [...] quand un juif se fait taper, on en fait toute une histoire au journal de 20 heures et le Président en personne il présente ses excuses, mais quand c’est un arabe ou un noir c’est pas grave, et encore pire : Sarkozy, il a pas essayé de camoufler quand le keuf il a jeté la grenade lacrymogène dans la mosquée ? C’est un pays d’hypocrites » (T..., 18 ans, à la recherche d’un emploi).
Ainsi, la vengeance envers les policiers peut être considérée comme la première motivation des émeutiers, a fortiori lorsque – et de nombreux témoignages convergent en ce sens 9 – cette police ne s’est pas contentée de subir la violence des jeunes mais est parfois venue la provoquer (par exemple en se déployant massivement et en multipliant les contrôles et les provocations verbales dans des quartiers où il n’y avait pas encore eu d’incidents majeurs). Encore une fois, ceci peut étonner tant le discours médiatico-politique dissimule cette réalité de terrain, ces rapports de force, ces provocations, ces violences et ces vengeances réciproques qui structurent au quotidien les rapports entre groupes de jeunes et groupes de policiers et qui constituent une dimension majeure de l’expérience de vie de ces jeunes (Kokoreff, 2004 ; Mohammed, Mucchielli, 2006).
Pourtant, méconnaître cette réalité c’est s’interdire de comprendre le déclenchement et le déroulement de la plupart des émeutes. Méconnaître cette réalité, c’est enfin s’interdire de comprendre que les discours du ministre de l’Intérieur cristallisent le sentiment d’humiliation des jeunes (et des moins jeunes) des quartiers populaires et ont donc réellement eu un impact sur eux à l’automne 2005 : avant les émeutes, ces discours ont contribué à « chauffer les esprits » et, pendant les émeutes, ils ont clairement « jeté de l’huile sur le feu » 10.
1. Sociologue, chercheur au CNRS, enseignant à l’université Versailles/Saint-Quentin en Yvelines, directeur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP, UMR 8183). mucchielli@cesdip.com. Laurent Mucchielli (né en 1968) a fait des études universitaires de droit, d’histoire et de sociologie (doctorat soutenu en janvier 1996 à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales à Paris. Il entre au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) en 1997 et rejoint l’équipe du CESDIP (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales), laboratoire qu’il dirige depuis janvier 2004. Il enseigne par ailleurs la sociologie de la délinquance à l’Université Versailles Saint-Quentin en Yvelines et intervient régulièrement à l’École Nationale de la Magistrature. Ses domaines de recherches sont 1) la sociologie de la délinquance et des politiques de prévention et de sécurité, 2) l’histoire et l’épistémologie de la criminologie et de la sociologie de la déviance, 3) la sociologie des émeutes urbaines.
Laurent Mucchielli est par ailleurs codirecteur de la Revue d’histoire des sciences humaines, membre du comité de rédaction de Déviance et Société et administrateur de l’Association Française de Sociologie. Intellectuel « impliqué », il est aussi fondateur du groupe Claris (« Clarifier le débat public sur la sécurité ») et rédacteur en chef de sa revue.
2. Sociologue, titulaire d’un Master Professionnel « Développement social local » et d’un Master Recherche en sociologie de l’université Versailles/Saint-Quentin en Yvelines.
abdel746@hotmail.com

3. Voir les dépêches de l’Agence France Presse (AFP) des 6, 9, 15 et 19 novembre.
4. AFP, 17 novembre.
5. Le Parisien, 7 décembre 2005.
6. AFP, 23 et 24 novembre.


7. Le même raisonnement vaut du reste pour la première théorie-écran : que certains émeutiers aient par ailleurs un casier judiciaire ne présume en rien des motivations de leur conduite pendant l’émeute. La délinquance est une activité partielle et non la définition globale d’une personne humaine. En d’autres termes, ceux des émeutiers qui étaient déjà connus de la justice n’avaient pas nécessairement des motivations différentes de celles des autres.
8. Au recensement de 1999 (le dernier disponible), cette ville comptait un peu plus de 22 000 habitants. Près de 70 % d’entre eux résidaient en HLM (contre 23 % dans l’ensemble de la région Ile-de-France). 67 % des actifs étaient ouvriers ou employés (contre 46 % dans la région). Le taux de chômage sur la commune était de 16,5 % (ayant augmenté d’environ 30 % depuis le précédent recensement de 1990) et celui des jeunes âgés de 15 à 24 ans était de 28 %. La proportion de personnes « d’origine étrangère » est impossible à chiffrer précisément, mais 20 % des ménages avaient une personne de référence de nationalité étrangère, ces ménages étant parmi les plus pauvres (87 % d’entre eux étaient ouvriers, employés, inactifs ou retraités) et étant par ailleurs ceux ayant le plus d’enfants (ils représentaient les deux tiers des familles ayant 4 enfants ou plus).9. Le maire de Clichy-Sous-Bois, lui-même, déclarait à l’AFP le 2 novembre 2005 que « le dispositif policier, cette nuit, serait adapté et nettement moins provoquant » et que, pour cette raison, les choses devraient mieux se passer. De même, notre équipe a constaté des provocations policières dans plusieurs quartiers de la région parisienne.
 
10. Durant les émeutes, de nombreux journalistes ont réalisé quelques articles basés sur des interviews de jeunes habitants (dont quelques émeutiers) des quartiers populaires de la région parisienne, en particulier en Seine-Saint-Denis (par exemple :
« À Clichy-Sous-Bois, la “guerre à la police” pour se venger et se distraire », AFP, 2 novembre 2005 ; « À Aulnay-Sous-Bois, des jeunes des 3 000 narguent les CRS en pleine nuit », AFP, 3 novembre 2005 ; « Des adolescents du 93 fascinés par les troubles : “Sarko cherche, il trouve” », AFP, 5 novembre 2005). Ces interviews indiquent d’une part que ces jeunes voulaient surtout affronter la police, d’autre part qu’ils voulaient également répondre aux provocations verbales du ministre de l’Intérieur qui, depuis plusieurs mois, avait choisi une stratégie de communication consistant à stigmatiser  fortement les jeunes habitant des quartiers populaires : le ministre voulait ainsi « Débarrasser la France de ces voyous », « nettoyer au Kärcher » ces quartiers qui seraient terrorisés par des « bandes de racailles » (Demiati, 2006)


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samedi 13 février 2010

Que fait la Cnil ? mais elle est morte depuis longtemps

Mais que fait la Cnil ?

Se demandent encore quelques médiatiques. 

Biométrie, traçage Internet, piratage de fichiers… Les domaines d’intervention de la Commission nationale de l’informatique et des libertés explosent. Plongée dans cette institution à l’expertise de plus en plus sollicitée.


« Alex Türk, le président de la Cnil, se présente comme un contre-pouvoir, mais c’est en réalité un organe du pouvoir. La Cnil est un leurre, un écran de fumée qui entretient la fiction d’une autorité indépendante de l’Etat. »
Le 14 décembre 2008, une petite centaine de manifestants a ainsi investi les locaux de la Cnil, rue Vivienne, à Paris. Aux côtés des militants de Souriez vous êtes filmés ou du Comité Oblomov, les Grenoblois de Pièces et main d'oeuvre réclamaient la dissolution pure et simple de l'autorité de contrôle. L'un des animateurs de ce site grenoblois, qui se veut « boîte à outils citoyenne », refuse de communiquer aux médias nom de famille ou numéro de téléphone.
Loin de « protéger les libertés » comme elle le prétend, la CNIL favorise le développement du contrôle policier des populations via les nouvelles technologies dites « de l'information et de la communication » (TIC) : prolifération des fichiers policiers, vidéosurveillance, biométrie, fichage ADN, puces RFID, passeport biométrique, traçabilité des internautes, etc. « Les Français devront accepter un affaiblissement des libertés individuelles afin de renforcer la sécurité collective » : nous dit la CNIL en 2005.
Nous contestons la fonction prétendument protectrice de la CNIL, simulacre de contrepoids indépendant entre le pouvoir et les citoyens. Cet organe administratif avec ses 17 membres tous grands commis de l'Etat, ne mérite ni moyens ni compétences supplémentaires, mais sa dissolution pure et simple.
En 1986, la légalisation des fichiers de la Direction de la surveillance du territoire (DST), de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et de la Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD, ex-sécurité militaire) a été réalisée sans en passer par la CNIL, l’Etat utilisant - fait rare - son droit à ne pas publier les actes réglementaires créant certains fichiers touchant à la défense et à la sécurité publique.
Quatre ans plus tard, la légalisation des fichiers des Renseignements généraux (RG), qui contiennent des données sensibles comme "les opinions politiques, philosophiques, religieuses ou l’appartenance syndicale" des personnes ainsi que leur "origine ethnique" s’est faite, cette fois, après avis conforme de la CNIL. Son feu vert n’a cependant pas empêché la naissance d’une polémique. Les décrets autorisant la collecte et le traitement de ces informations nominatives par les RG ont d’ailleurs été annulés. D’autres décrets assortis de nouvelles garanties ont légalisé, peu après, ces fichiers.
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C’est Alex Türk, 60 ans, autre temps, autre sénateur, qui préside le Cnil depuis 2004 d’une main puissante. Pas assez neutre reprochent ses détracteurs à celui qui s’affiche ouvertement de droite sans étiquette. «On me jugera sur pièces, balaye-t-il agacé, citant son opposition véhémente au fichier policier Edvige. Je ne fais même plus de politique, la Cnil bouffe tout mon temps.» Son statut de parlementaire lui confère les avantages du réseau. D’être écouté au Palais Bourbon quand la menace de ratiboiser le budget de l’institution indépendante menace encore, comme à l’automne dernier.

La loi Informatique et libertés a fêté ses 32 ans. Le 6 janvier 1978, le texte qui instaurait notamment la Cnil était adopté par les députés. En plein essor de l'informatique, la loi n°78-17 visait à encadrer le traitement des données à caractère personnel. Avec la Cnil devait naître un pouvoir de contrôle inédit en France. «L’informatique permet d’accumuler des renseignements sur les individus, ainsi de les conditionner, d’agir sur eux et de substituer au contrôle social, qui doit être limité dans une démocratie, un véritable contrôle de la pensée», déclarait alarmiste, sur le petit écran, le 16 janvier 1980, Jacques Thyraud, sénateur du Loir-et-Cher, président de la Cnil de 1979 à 1983. L’hydre de la surveillance dressait son ombre. Elle était policière, elle devient commerciale avec la vente à distance et le fichage bancaire. Mais le citoyen pouvait dormir sur ses deux oreilles, la Cnil veillait. Trente ans après, le chaperon des libertés privées a affaire à bien plus forte partie. Les fichiers ne sont plus le seul nerf de la guerre. L’Internet a démultiplié la tâche. Mais aussi les puces RFID (système de marquage radio), le GPS, la biométrie (identification par empreintes biologiques), les nanotechnologies… Le droit à l’oubli, invoqué autrefois par le sénateur Thyraud, est devenu si criant qu’il était question de l’inscrire dans la loi. Mais que fait donc la Cnil ?


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A 30 ans, la Cnil est déjà à bout de souffle

David Forest, Libération, le 4 janvier 2008
Certains anniversaires ont un goût de cendres. Tel est le cas des 30 ans de la loi informatique et libertés du 6 janvier 1978, qui inaugura l’ère des autorités administratives voulues « indépendantes » du pouvoir en créant la Cnil (Commission nationale informatique et libertés). Clé de voûte du dispositif de protection de la loi de 1978, la commission fut surtout pensée par le législateur comme un garde-fou contre les immixtions de la technique dans la vie privée des citoyens et les progrès du fichage à mesure que l’informatisation de la société française s’accélérait. Trente ans plus tard, nul ne prétend sérieusement que cette ambition a été satisfaite. Si bien qu’Alex Türk, l’actuel président de la Cnil, se risque aujourd’hui sans exagération à employer les termes de « société de surveillance », doux euphémisme désignant le triomphe légal d’une société de contrôle généralisé. Comment la commission a-t-elle accompagné cette régression de grande ampleur présentée comme irréversible ?
On oublie que ses débuts se sont d’emblée accompagnés de critiques tenant notamment à sa représentativité et une absence flagrante de moyens au détriment de son pouvoir d’intervention. Il est vrai que marquée à droite et masculine, faisant la part belle aux représentants des sociétés multinationales consommatrices de fichiers, la Cnil était bien peu représentative du tissu social, quelques syndicalistes tenant lieu d’alibi. Par la suite, le jeu des nominations, combinant placement de personnalités et personnel politique en fin de course, a conduit à s’interroger sur les compétences attendues de ses membres. Les défaillances originelles que traduisent des pouvoirs et moyens misérables n’ont jamais été compensées, quand la Cnil n’a pas été purement et simplement ignorée ou écartée par les gouvernements. Ignorée car, alors même que sa création a été inspirée par les dangers résultant de l’interconnexion et de l’utilisation d’un identifiant unique, elle n’est pas consultée sur le projet consistant à permettre à la direction générale des impôts d’utiliser le numéro de sécurité sociale (NIR), finalement adopté en 1999 malgré les timides réserves de la commission. Ecartée, car depuis l’adoption de la loi Pasqua du 21 janvier 1995 légalisant la vidéosurveillance dans les lieux publics, la Cnil, considérée comme un gêneur, doit abandonner sa compétence au préfet, aux ordres du ministre de l’Intérieur. Les exemples abondent.
C’est ainsi qu’au fil des affaires, l’autorité de régulation a sombré dans une léthargie démentie en apparence de temps à autre par quelques avertissements médiatiques ou exceptionnellement par une dénonciation au Parquet - la Cnil ayant pris la singulière habitude de ne dénoncer qu’une infime fraction des plaintes dont elle est saisie. S’ajoute à cela l’attentisme, quand ce n’est le mépris, de nombreux chefs d’entreprises à l’endroit de la loi informatique et libertés, souvent considérée comme l’expression emblématique d’une bureaucratie paperassière hors d’âge.
Surtout, la commission ne s’est jamais départie d’une politique du consensus mou et de la négociation à tous crins consistant à ne jamais entrer en conflit frontal, à donner des gages d’indépendance afin de maintenir son rang d’autorité sans jamais contrarier sérieusement les ambitions du pouvoir. Arbitre se voulant raisonnable, encourageant dialogue et concertation, prônant une pédagogie à toute épreuve plutôt que l’offensive, la Cnil s’est ainsi installée dans le paysage sans véritablement déranger, alors que les libertés informatiques étaient peu à peu noyées dans l’eau tiède. Longtemps, seule la présentation en grande pompe de son rapport annuel à la presse lui a permis de donner de la voix. Et rien de très encourageant n’y figure, sinon l’augmentation systématique à deux chiffres du nombre de plaintes, demandes d’avis et réclamations. Tandis que le rapport gagne en volume, certains secteurs d’activités endossent d’une année à l’autre le bonnet d’âne.
La banque et le marketing direct, qui accompagnent l’essor du commerce électronique, sont ainsi constamment pointés du doigt. Tandis que la première segmente sa clientèle et établit des profils à risques, le second alimente de gigantesques bases de données à des fins de matraquage publicitaire. De leur côté, les salariés ont passé les multiples laisses électroniques d’une cybersurveillance omniprésente et protéiforme (courrier électronique, caméras, géolocalisation, biométrie…). Des codes de déontologie sont adoptés et des accords d’entreprises conclus, lesquels accompagnent l’engouement de la fin des années 80 pour l’autorégulation et la moralisation des comportements contre le couple étatisation-répression tombé en disgrâce au profit des multinationales de l’Internet et du commerce électronique.
Dans ce contexte, la Cnil a rapidement cédé le pas pour se muer en syndic de faillite. Il a fallu attendre la réforme du 6 août 2004 pour que la commission, « nain aux pieds d’argile », se voie dotée d’un pouvoir de sanction pécuniaire, seul en mesure d’inciter les entreprises à traduire en actes la loi informatique et libertés. Enfin, l’insignifiance de son budget est une constante de son histoire qui, loin de la mettre en mesure de faire face aux risques induits par la mise en réseau du pays, traduit sa véritable fonction de chambre d’enregistrement de toutes les lois techno sécuritaires. Ce laisser-faire traduit le fossé grandissant entre bonnes intentions affichées et désintérêt croissant - toutes majorités confondues - à l’égard des libertés informatiques que rogne irréversiblement l’adoption de lois liberticides dont le spectre du terrorisme sert de puissant levier. Pour expliquer cet abandon et l’absence de mobilisation politique, c’est encore le prétendu « consensus » autour du tout sécuritaire qui est cyniquement avancé. Masque tragique au service d’une morale d’escales qui exprime le recul saisissant de l’inspiration commune au maintien des libertés, la seule qui vaille.
David Forest
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Tout a commencé par le "Safari". En mars 1974, le ministère de l’intérieur avait mis en place un projet baptisé "Système automatisé pour les fichiers administratifs et le répertoire des individus" (Safari), qui visait à utiliser le fichier de Sécurité sociale comme identifiant commun à tous les fichiers administratifs.
Dans la foulée, le premier ministre, Pierre Messmer, créait une commission dite Informatique et libertés, chargée de proposer une réglementation. Dans un rapport rendu en septembre 1975, cette commission proposait la mise en place d’une instance de contrôle. "Il faut prendre garde que le développement inégal de l’informatique au sein de l’Etat ne fausse pas les équilibres voulus par la Constitution et par la loi", notait-elle.
Après s’être longtemps focalisée sur les fichiers administratifs, la CNIL s’est de plus en plus souciée des bases de données personnelles et du développement d’Internet. Malgré sa volonté de jouer un rôle de vigie, ses moyens juridiques, humains et financiers ne lui ont jamais permis d’asseoir son autorité. La constitution des fichiers de police, qu’elle devait pourtant surveiller de près, s’est faite sans son aval. Pour preuve : le STIC - vaste fichier informatisé comprenant des données sur les auteurs mais aussi les victimes de crimes et délits - a été mis en place et utilisé à partir de 1996 alors que sa reconnaissance légale, par décret, date de juillet 2001 ! Mais l’exemple du Judex, l’équivalent du STIC chez les gendarmes, est encore plus flagrant : alors que les magistrats de la CNIL exercent depuis des années leur droit d’accès indirect, le décret de création n’a toujours pas été publié. "Il ne faut pas oublier que la CNIL fait partie du service public, soupire un de ses membres. Plusieurs fois, le gouvernement a choisi d’ignorer la Commission, comme pour la loi du 18 mars 2003 sur la sécurité quotidienne, ou bien lors de la création, par amendement sénatorial, du fichier de suivi des délinquants sexuels."
La CNIL a cependant, à de nombreuses reprises, dénoncé des créations suspectes de fichiers informatisés aux parquets. Elle a ainsi décidé, le 20 juin 2000, de dénoncer au parquet de Paris l’Eglise de scientologie d’Ile-de-France, en qualité de personne morale, pour avoir conservé dans ses fichiers les coordonnées d’une personne qui avait demandé à ne plus y figurer, et pour avoir entravé l’action de la CNIL. En 1997, la Commission avait été saisie par un particulier qui ne voulait plus recevoir de courriers de la Scientologie. Autre exemple : la CNIL a dénoncé au parquet de Nanterre, en juillet 1999, les extravagances du fichier de candidatures d’un grand laboratoire.


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