mercredi 17 mars 2010

L’appartenance à l’A.I.T. devient un crime le 14 mars 1872

Les tentatives de reconstitutions de la première Internationale et les débuts du mouvement anarchiste à Lyon (1871-1881).

Après l’épisode sanglant de la Commune, le législateur français souhaite se prémunir contre toute organisation ouvrière. C’est ainsi qu’est votée le 14 mars 1872, sur proposition de Thiers, la loi Dufaure criminalisant l’appartenance à l’Association Internationale des Travailleurs, bien que celle-ci n’ait joué aucun rôle dans le déclenchement des incidents tout aussi bien dans d’autres villes qu’à Paris. Mais, comme le rappelle judicieusement Yves Lequin : « La tendance à voir l’Internationale à l’origine de toutes ou presque toutes les agitations ouvrières n’est pas nouvelle ».
De plus l’occupation du territoire français par les troupes de l’empereur Guillaume qui se prolonge jusqu’au 16 septembre 1873 et la circulation des voyageurs allemands alimentèrent le mythe du complot ourdi contre la France.
La conséquence fut que la loi Dufaure considéra l’A.I.T. comme un Etat distinct, dont les membres devaient dès lors choisir entre cet Etat sans territoire et leur État de résidence.
Le mouvement internationaliste lyonnais était néanmoins dans une situation difficile avant même que le législateur ne s’arme de cette nouvelle disposition. A l’échec des tentatives insurrectionnelles de la Commune de Lyon le 23 mars 1871 ainsi que celle de la Guillotière le 30 avril 1871 et au revirement politique de deux de ses principaux meneurs (Albert Richard et Gaspard Blanc) devenus partisans du socialisme impérial, viennent s’ajouter l’exil volontaire de nombreux militants en Suisse et pour certains ayant préféré rester à Lyon, le procès d’août 1871.
L’année 1872 marque néanmoins un renouveau. L’exposition universelle de Lyon s’ouvrant le 7 juillet 1872, les internationalistes pensaient que le prétexte serait bon pour se rencontrer et s’organiser à nouveau. Et de fait, des sections se sont reconstituées à Oullins, à la Croix-Rousse sous l’impulsion de Henri Boriasse, à la Guillotière grâce à Pierre Dubois, mais aussi à Saint Just, Saint Etienne, Tarare, Grenoble, Villefranche et Roanne. Ces efforts de reconstitution de l’Internationale ont rapidement amené la réaction des autorités. Deux grands procès collectifs ont démembré les sections réorganisées. Tout d’abord, en mars 1873, un premier procès marque la fin de l’activité de la section d’Oullins, et puis en avril 1874, c’est la grande et célèbre affaire du complot de Lyon qui paracheva la mise à mort du mouvement ouvrier internationaliste.
Avant de suivre les avatars de ce courant après ces deux procès, nous pouvons examiner plus profondément le fonctionnement et l’idéologie qui le faisait vivre.
Sous l’impulsion donnée par le stéphanois Pierre Gillet, un programme était adopté proposant la complète autonomie des groupes et la multiplicité de ceux-ci, chacun devant être constitué de cinq membres seulement. Chaque groupe nommait un délégué et la réunion de ces délégués formait un comité départemental chargé de la correspondance et totalement dénué d’autorité. Un système identique s’appliquait aux échelons régionaux. Mais ce projet devait s’avérer difficile à mettre en place, toutes les régions n’étant pas au même stade de reconstruction.
De plus cette marche en avant était régulièrement stoppée par les arrestations des principaux promoteurs de l’A.I.T. Chaque affilié était en possession d’un livret où figurait ses nom, origine, naissance, profession et numéro d’adhérent. En échange d’une cotisation, il était délivré un timbre figurant sur le livret. Entre 1872 et 1874, cette cotisation est passée de 10 centimes par semaine à 25 centimes pour la même durée dans le groupe de la Croix-Rousse. Celles-ci étaient essentiellement destinées à l’achat de livres et de brochures, et au financement des voyages de propagande des militants.
Ce système présentait bien des inconvénients face à la surveillance policière. En conséquence, les cotisations ont cessé d’être répertoriées sur le livret puis ces mêmes livrets ont bientôt été supprimés.
Camille Camet, jeune tisseur croix-roussien, de retour à Lyon après la tenue du congrès de l’A.I.T. à Genève en septembre 1873, proposa un programme politique, lors de la tenue d’une réunion d’internationalistes le 18 octobre 1873. Ce programme comportait 6 articles contenant sa profession de foi :
- Lyon est déclarée commune libre et autonome
- La dissolution de la police est instituée, la surveillance est à la vigilance de chaque citoyen
- Les codes et la magistrature sont abolis et cette dernière remplacée par un tribunal populaire
- Les impôts indirects et directs sont abolis au profit d’une taxe sur la fortune et la propriété
- Les cultes sont abolis
- Également abolie, l’armée permanente.
De fait, des commissions étaient prévues pour assurer la sûreté générale ou les finances. Une commission de subsistance était créée pour apporter des secours aux indigents, et une autre instituait une milice de citoyen en remplacement de l’armée.
Mais ce programme, pour révolutionnaire qu’il soit, avait ses limites : ainsi, alors que la question du droit au travail est revendiquée, rien n’est dit sur la possibilité d’abolir le salariat. De même pour la collectivité de la propriété, écartée au profit de l’instauration d’une simple taxe sur la fortune et les biens. Camille Camet fut peu de temps après, arrêté et compris dans le procès d’avril 1874 dit du complot de Lyon.
Après les procès, les militants les plus avancés continuèrent individuellement et plus secrètement que jamais d’appartenir à l’A.I.T. Mais aucun groupe n’osa s’en revendiquer objectivement. Un congrès ouvrier, convoqué à Lyon pour le 28 janvier 1878, sous haute surveillance policière, fut l’occasion pour certains de sortir de la torpeur dans laquelle baignait le mouvement internationaliste. Quelques orateurs ouvriers s’éloignèrent parfois des notions à l’ordre du jour et des questions de corporations au profit de discours plus politique. L’amnistie des communards est même réclamée avec ferveur. Mais l’écho restait restreint. Le congrès pris fin le 10 février suivant non sans avoir demandé la tenue d’un autre congrès ouvrier, international celui là. Voulant éviter tout retour légal de l’A.I.T. sur le sol français, cette autorisation n’a pas été donnée.
Le 3ème congrès ouvrier eût lieu l’année suivante à Marseille. Parmi les résolutions, figure celle concernant un projet de formation d’une fédération des travailleurs socialistes. La France serait divisée en 6 régions soit en 6 fédérations régionales. Et l’été suivant, chaque région organisa un congrès pour constituer la fédération.
A Lyon, le 29 février 1880, au théâtre des Variétés, devant une assistance de 500 personnes, la fédération du parti ouvrier socialiste de la région de l’Est était créée. La doctrine de la nouvelle organisation se référait au collectivisme économique, mais était déchirée sur le plan politique entre les suffragistes et les abstentionnistes. Ces derniers ont alors fondé un groupe dit du Drapeau rouge en janvier 1881. Les tensions entre les deux camps allaient crescendo lorsque les abstentionnistes prirent l’initiative de dissoudre le parti ouvrier de la région de l’Est ; les suffragistes leur emboîtèrent le pas et les exclurent du parti. Dès lors, les abstentionnistes allaient marcher seul au combat sous le nom d’anarchistes.

Centre de Documentation Libertaire c/o La Gryffe, 5 rue Sébastien Gryphe.
Ouverture le mercredi de 14 à 18 h. Tél. : 04 78 61 02 25.                            

Mail : Cdllyon (arobase) no-log.org

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Louise Michel et le drapeau Noir                     

Le drapeau noir des canuts révoltés fait une apparition « remarquée » dans la manifestation des sans-travail aux Invalides à Paris, le 9 mars 1883, lors d’un meeting organisé par le syndicat des menuisiers. Louise Michel y arbore, pour la première fois, un drapeau improvisé, à partir d’un vieux jupon noir fixé sur un manche à balai.
Voici la défense du drapeau noir qu’elle fit lors de son procès le 22 juin 1883 :
« Il y a quelque chose de plus important, dans ce procès, que l’enlèvement de quelques morceaux de pain. II s’agit d’une idée qu’on poursuit, il s’agit des théories anarchistes qu’on veut à tout prix condamner.
On insiste sur la fameuse brochure : « A l’armée ! » à laquelle le ministère public semble s’être appliqué à faire une publicité à laquelle on ne s’attendait guère.
On a agi autrement durement envers nous en 1871.
J’ai vu les généraux fusilleurs ; j’ai vu M. de Gallifet faire tuer, sans jugement, deux négociants de Montmartre qui n’avaient jamais été partisans de la Commune ; j’ai vu massacrer des prisonniers, parce qu’ils osaient se plaindre. On a tué les femmes et les enfants ; on a traqué les fédérés comme des bêtes fauves ; j’ai vu des coins de rue remplis de cadavres. Ne vous étonnez pas si vos poursuites nous émeuvent peu.
Ah, certes, monsieur l’avocat général, vous trouvez étrange qu’une femme ose prendre la défense du drapeau noir. Pourquoi avons-nous abrité la manifestation sous le drapeau noir ? Parce que ce drapeau est le drapeau des grèves et qu’il indique que l’ouvrier n’a pas de pain.
Si notre manifestation n’avait pas dû être pacifique, nous aurions pris le drapeau rouge ; il est maintenant cloué au Père-Lachaise, au-dessus de la tombe de nos morts. Quand nous l’arborerons nous saurons nous défendre.
Nous n’avons pas fait appel à l’Internationale morte parce qu’on n’a pu en réunir les tronçons et parce que l’Internationale est un pouvoir occulte et qu’il est temps que le peuple se montre au grand jour.
On parlait tout à l’heure de soldats tirant sur les chefs : Eh bien ! à Sedan, si les soldats avaient tiré sur les chefs, pensez-vous que c’eût été un crime ? L’honneur au moins eût été sauf. Tandis qu’on a observé cette vieille discipline militaire, et on a laissé passer M. Bonaparte, qui allait livrer la France à l’étranger.
Mais je ne poursuis pas Bonaparte ou les Orléans ; je ne poursuis que l’idée.
J’aime mieux voir Gautier, Kropotkine et Bernard dans les prisons qu’au ministère. Là ils servent l’idée socialiste, tandis que dans les grandeurs on est pris par le vertige et on oublie tout.
Quant à moi, ce qui me console, c’est que je vois au-dessus de vous, au-dessus des tribunaux se lever l’aurore de la liberté et de l’égalité humaine.
Nous sommes aujourd’hui en pleine misère et nous sommes en République. Mais ce n’est pas là la République. La République que nous voulons, c’est celle où tout le monde travaille, mais aussi où tout le monde peut consommer ce qui est nécessaire à ses besoins…
On nous parle de liberté : il y a la liberté de la tribune avec cinq ans de bagne au bout. Pour la liberté de réunion c’est la même chose En Angleterre le meeting aurait eu lieu ; en France, on n’a même pas fait les sommations de la loi pour faire retirer la foule qui serait partie sans résistance Le peuple meurt de faim, et il n’a pas même le droit de dire qu’il meurt de faim. Eh bien, moi, j’ai pris le drapeau noir et j’ai été dire que le peuple était sans travail et sans pain. Voilà mon crime ; vous le jugerez comme vous voudrez.
Vous dites que nous voulons faire une révolution. Mais ce sont les choses qui font les révolutions : c’est le désastre de Sedan qui a fait tomber l’empire, et quelque crime de notre gouvernement amènera aussi une révolution.
Cela est certain. Et peut-être vous-mêmes, à votre tour, vous serez du côté des indignés si votre intérêt est d’y être. Songez-y bien.
S’il y a tant d’anarchistes c’est qu’il y a beaucoup de gens dégoûtés de la triste comédie que depuis tant d’années nous donnent les gouvernements. Je suis ambitieuse pour l’humanité moi je voudrais que tout le monde fût assez artiste, assez poète pour que la vanité humaine disparût. Pour moi, je n’ai plus d’illusion. Et tenez, quand M. l’avocat général parle de ma vanité. Et bien ! j’ai trop d’orgueil même pour être un chef : il faut qu’un chef à des moments donnés, s’abaisse devant ses soldats, et puis, tout chef devient un despote.
Je ne veux pas discuter l’accusation de pillage que l’on me reproche, cela est trop ridicule. Mais, si vous voulez me punir, je commets tous les jours des délits de presse, de parole, etc. Eh bien ! Poursuivez-moi pour ces délits.
En somme, le peuple n’a ni pain ni travail, et nous n’aurons en perspective que la guerre. Et nous, nous voulons Ia vie en paix de l’humanité par l’union des peuples.
Voilà les crimes que nous avons commis.
Chacun cherche sa route ; nous cherchons la nôtre et nous pensons que le jour où le règne de la liberté et de l’égalité sera arrivé, le genre humain sera heureux ».
Texte de la Défense de Louise Michel, prononcée le 22 juin 1883, devant la Cour d’Assise de la Seine ; in Ecrits sur l’Anarchisme - Ed Seghers, 1964.

mardi 16 mars 2010

Jacques Roux et les Enragés

 Les Enragé(e)s

"En 1792-93, ceux qu'on appelait les Enragés, la frange la plus radicale de la Révolution française, entendaient poursuivre la Révolution à laquelle modérés et Jacobins rêvaient de mettre un terme. À Paris et à Lyon, dans les sociétés populaires, les clubs, les émeutes, ils ont laissé des brochures, des discours, des journaux, un bouillonnement d'idées et de pratiques : démocratie directe, droit de tous aux produits de base, résistance à la dictature du commerce, pleine citoyenneté des femmes, sanctions contre les spéculateurs et les " agioteurs ". Ces questions, qui restent d'une brûlante actualité, continuent de nourrir notre réflexion et notre impatience." Claude Guillon

Ils revendiquent l'égalité civique et politique mais aussi sociale, préconisant la taxation des denrées, la réquisition des grains et des taxes sur les riches. On peut les situer à gauche des Montagnards.  Varlet,  Roux, Leclerc, ou les Républicaines Révolutionnaires comme Claire Lacombe et Pauline Léon, la référence au caractère populaire de la souveraineté, son exercice direct par le peuple est permanente. Cette aspiration à une démocratie populaire, corollaire dans la réflexion enragée d’une critique de la représentation nationale s’appuie sur une méfiance viscérale envers les représentants du peuple. Celle-ci s’accompagne naturellement de la volonté de contrôler fortement ces mandataires du peuple. Jacques Roux écrira ainsi : « Peuple ! Sous le règne de la liberté, tu dois avoir sans cesse les yeux fixés sur tes magistrats », Jacques Roux, Le Publiciste de la République française, n°247, 25 juillet 1793

Jacques Roux, est leur tribun, surnommé "le curé rouge". frappé d’interdit après avoir participé au pillage de châteaux. Vicaire de Saint-Thomas-de-Conac en 1790, il fut l'un des premiers prêtres (« curé rouge » selon Maurice Dommanget) à prêter serment à la Constitution civile du clergé. Il accompagna Louis XVI à l'échafaud avec Jacques-Claude Bernard. Sa faction des Enragés dont Jean-François Varlet fait partie), réclamait la taxation et la réglementation en termes de prix. Il dénonçait la bourgeoisie marchande plus terrible selon lui que « l'aristocratie nobiliaire et sacerdotale ».
Ce « prêtre socialiste » (Albert Mathiez) liait problème politique, crise sociale et question agraire et ce dès 1792. Il défendait l'idée que les principes de liberté défendues par la nouvelle législation servaient avant tout l'intérêt d'une classe au détriment de la société. L'expression la plus achevée de son programme fut sans doute celle contenu dans son Adresse à la Convention nationale (également connue sous le nom de Manifeste des Enragés) le 25 juin 1793 qui repose sur l'idée que
:

« La liberté n'est qu'un vain fantôme, quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément. L'égalité n'est qu'un fantôme, quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort de son semblable. La république n'est qu'un vain fantôme, quand la contre-révolution s'opère de jour en jour par le prix des denrées auquel les trois quarts des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes. »
Trois points peuvent apparaître comme les lignes de force de ce programme : taxation générale, répression de l'accaparement, prohibition du commerce de l'argent monnayé.
Son mouvement inquiétant la Convention, Roux était de plus en plus isolé. Les Montagnards déclenchent contre lui une campagne visant à le faire passer pour un contre-révolutionnaire. Arrêté en septembre 1793 pour être jugé par le Tribunal révolutionnaire, il préféra se donner la mort en se poignardant.
« Les lois ont été cruelles à l'égard du pauvre parce qu'elles n'ont été faites que par les riches et pour les riches. »

A lire: Maurice Dommanget. 1793, les Enragés contre la vie chère ; Les Curés rouges : Jacques Roux, Pierre Dolivier ; Manifestes des enragés et des égaux. -  Paris : Spartacus, 1976 [juil.-aout]. - 132 p.
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L'expression est reprise en 1967 par les étudiants contestataires de Nanterre qui vont fonder le Comité Enragés
et plus tard, en 68 à la Sorbonne d'abord, fusionner dans le Comité Enragés-Internationale Situationniste

Ivrognerie, alcool et biture

« J'ai observé que la plupart de ceux qui ont laissé des Mémoires ne nous ont bien montré leurs mauvaises actions ou leurs penchants que quand, par hasard, ils les ont pris pour des prouesses ou de bons instincts, ce qui est arrivé quelquefois. »


Alexis de Tocqueville, Souvenirs.

" .../... Après les circonstances que je viens de rappeler, ce qui a sans nul doute marqué  ma vie entière, ce fut l'habitude de boire, acquise vite. Les vins, les alcools et  les bières; les moments où certains d'entre eux s'imposaient et les moments où ils  revenaient, ont tracé le cours principal et les méandres des journées, des semaines,  des années. Deux ou trois autres passions, que je dirai, ont tenu à peu près  continuellement une grande place dans cette vie. Mais celle-là a été la plus  constante et la plus présente. Dans le petit nombre des choses qui m'ont plu, et que  j'ai su bien faire, ce qu'assurément j'ai su faire le mieux, c'est boire. Quoique  ayant beaucoup lu, j'ai bu davantage. J'ai écrit beaucoup moins que la plupart des  gens qui écrivent; mais j'ai bu beaucoup plus que la plupart des gens qui boivent. Je  peux me compter parmi ceux dont Baltasar Gracián, pensant à une élite discernable  parmi les seuls Allemands - mais ici très injuste au détriment des Français, comme je  pense l'avoir montré -, pouvait dire : « Il y en a qui ne se sont saoulés qu'une  seule fois, mais elle leur a duré toute la vie. »

Je suis d'ailleurs un peu surpris, moi qui ai dû lire si fréquemment, à mon  propos, les plus extravagantes calomnies ou de très injustes critiques, de voir qu'en  somme trente ans, et davantage, se sont écoulés sans que jamais un mécontent ne fasse  état de mon ivrognerie comme d'un argument, au moins implicite, contre mes idées  scandaleuses; à la seule exception, d'ailleurs tardive, d'un écrit de quelques jeunes  drogués en Angleterre, qui révélait vers 1980 -Sex Pistols PIL- que j'étais désormais abruti par  l'alcool, et que j'avais donc cessé de nuire. Je n'ai pas un instant songé à  dissimuler ce côté peut-être contestable de ma personnalité, et il a été hors de  doute pour tous ceux qui m'ont rencontré plus d'une ou deux fois. Je peux même noter  qu'il m'a suffi en chaque occasion d'assez peu de jours pour être grandement estimé, à Venise comme à Cadix, et à Hambourg comme à Lisbonne, par les gens que j'ai connus rien qu'en fréquentant certains cafés.

J'ai d'abord aimé, comme tout le monde, l'effet de la légère ivresse, puis très bientôt j'ai aimé ce qui est au delà de la violente ivresse, quand on a franchi ce  stade : une paix magnifique et terrible, le vrai goût du passage du temps. Quoique  n'en laissant paraître peut-être, durant les premières décennies, que des signes  légers une ou deux fois par semaine, c'est un fait que j'ai été continuellement ivre tout au long de périodes de plusieurs mois; et encore, le reste du temps, avais-je beaucoup bu. Un air de désordre, dans la grande variété des bouteilles vidées, reste tout de même susceptible d'un classement a posteriori. Je peux d'abord distinguer entre les boissons que j'ai bues dans leurs pays d'origine, et celles que j'ai bues à Paris; mais on trouvait presque tout à boire dans le Paris du milieu du siècle. Partout, les lieux peuvent se subdiviser simplement entre ce que je buvais chez moi; ou chez des amis; ou dans les cafés, les caves, les bars, les restaurants; ou dans les rues, notamment aux terrasses.

Les heures et leurs conditions changeantes tiennent presque toujours un rôle déterminant dans le renouvellement. Nécessaire des moments d'une beuverie, et chacune d'elles apporte sa raisonnable préférence entre les possibilités qui s'offrent. Il y a ce que l'on boit le matin, et assez longuement ce fut l'instant des bières. Dans Rue de la sardine, un personnage dont on peut voir qu'il est un connaisseur professe que « rien n'est meilleur que la bière le matin ». Mais souvent il m'a fallu, dès le réveil, de la vodka de Russie. Il y a ce que l'on boit aux repas, et durant les après-midi qui s'étendent entre eux. Il y a le vin des nuits, avec leurs alcools, et après eux les bières sont encore plaisantes; car alors la bière donne soif. Il y a ce que l'on boit à la fin des nuits, au moment où le jour recommence. On conçoit que tout cela m'a laissé bien peu de temps pour écrire, et c'est justement ce qui convient : l'écriture doit rester rare, puisque avant de trouver l'excellent il faut a voir bu longtemps.
Je me suis beaucoup promené dans plusieurs grandes villes d'Europe, et j'y ai apprécié tout ce qui méritait de l'être. Le catalogue pourrait être vaste, en cette matière. Il y avait les bières de l'Angleterre, où l'on mélangeait les fortes et les douces dans des pintes; et les grandes chopes de Munich; et les irlandaises; et la plus classique, la bière tchèque de Pilsen; et le baroquisme admirable de la Gueuze autour de Bruxelles, quand elle avait son goût distinct dans chaque brasserie artisanale, et ne supportait pas d'être transportée au loin. Il y avait les alcools de fruits de l'Alsace; le rhum de la Jamaïque; les punchs, l'akuavit d'Aalborg, et la grappa de Turin, le cognac, les cocktails; l'incomparable mezcal du Mexique. Il y avait tous les vins de France, les plus beaux venant de Bourgogne; il y avait les vins de l'Italie, et surtout le Barolo des Langhe, les Chianti de Toscane; il y avait les vins d'Espagne, les Rioja de Vieille Castille ou le Jumilla de Murcie.

J'aurais eu bien peu de maladies, si l'alcool ne m'en avait à la longue amené quelques-unes : de l'insomnie aux vertiges, en passant par la goutte. « Beau comme le tremblement des mains dans l'alcoolisme », dit Lautréamont. Il y a des matins émouvants mais difficiles. « Mieux vaut cacher sa déraison, mais c'est difficile dans la débauche et l'ivresse », pouvait penser Héraclite. Et pourtant Machiavel écrivait à Francesco Vettori : « Qui verrait nos lettres, ... il lui semblerait tantôt que nous sommes gens graves entièrement voués aux grandes choses, que nos coeurs ne peuvent concevoir nulle pensée qui ne fût d'honneur et de grandeur. Mais ensuite, tournant la page, ces mêmes gens lui apparaîtraient légers, inconstants, putassiers, entièrement voués aux vanités. Et si quelqu'un juge indigne cette manière d'être, moi je la trouve louable, car nous imitons la nature, qui est changeante. » Vauvenargues a formulé une règle trop oubliée : « Pour décider qu'un auteur se contredit, il faut qu'il soit impossible de le concilier. » Certaines de mes raisons de boire sont d'ailleurs estimables. Je peux bien afficher, comme Li Po, cette noble satisfaction : « Depuis trente ans je cache ma renommée dans les tavernes. »

La majorité des vins, presque tous les alcools, et la totalité des bières dont j'ai évoqué ici le souvenir, ont aujourd'hui entièrement perdu leurs goûts, d'abord sur le marché mondial, puis localement; avec les progrès de l'industrie, comme aussi le mouvement de disparition ou de rééducation économique des classes sociales qui étaient restées longtemps indépendantes de la grande production industrielle; et donc aussi par le jeu des divers règlements étatiques qui désormais prohibent presque tout ce qui n'est pas fabriqué industriellement. Les bouteilles, pour continuer à se vendre, ont gardé fidèlement leurs étiquettes, et cette exactitude fournit l'assurance que l'on peut les photographier comme elles étaient; non les boire.
Ni moi ni les gens qui ont bu avec moi, nous ne nous sommes à aucun moment sentis gênés de nos excès. « Au banquet de la vie », au moins là bons convives, nous nous étions assis sans avoir pensé un seul instant que tout ce que nous buvions avec une telle prodigalité ne serait pas ultérieurement remplacé pour ceux qui viendraient après nous. De mémoire d'ivrogne, on n'avait jamais imaginé que l'on pouvait voir des  boissons disparaître du monde avant le buveur.../... "                                 Extrait de Panégyrique                                                                                                      in girum
Guy Debord
[première édition : Éditions Gérard Lebovici, Paris, 1989                                                        

lundi 15 mars 2010

Moishe Postone

Philosophe et historien de la pensée allemande, C'est un spécialiste de l'antisémitisme moderne et de l'histoire des idées en Europe  ses recherches incluent la théorie sociale, en particulier la critique de la modernité, l'Allemagne du vingtième siècle et les transformations globales contemporaines. Moishe Postone est  un des fondateurs de la nouvelle critique de la valeur (Anselm Jappe), critique que l'on peut suivre en pointillés et de manière inachevée au travers des textes de Lukacs, Adorno, Khrahl, Backhaus, Coletti ou Perlman, mais qui est reprise surtout depuis 1986/87 par plusieurs théoriciens dans différents endroits du globe et dans des développements assez différents (Robert Kurz en Allemagne autour de la revue Krisis, Jean-Marie Vincent, et donc Postone aux États-Unis qui élabore le début de son interprétation dans son célèbre texte sur l'antisémitisme en 1986 [1]). En France, André Gorz, au soir de sa vie, racontait dans une de ses dernières interviews, que " Ce qui m'intéresse depuis quelques années, est la Nouvelle Interprétation de la théorie critique de Marx publiée par Moishe Postone chez Cambridge University Press. Si je peux faire un Vœu, c'est de la voir traduite en même temps que les trois livres publiés par Robert Kurz ". [2]
En partant  d'une mise en évidence du caractère historiquement spécifique de la critique de Marx, il dégage alors une nouvelle théorie critique qui s'attaque à l'essence même du capitalisme : la forme de travail spécifique à la formation sociale capitaliste. En effet, dans les sociétés non capitalistes, le travail est distribué par des rapports sociaux manifestes. Un individu acquiert les biens produits par d'autres par le médium de rapports sociaux non-déguisés. Les activités du travail reçoivent leur signification et sont déterminés par des rapports personnels, ouvertement sociaux et qualitativement particuliers (différenciés selon le groupe sociale, le rang social, le large éventail des coutumes, des liens traditionnels, des rapports de pouvoir non déguisés, des décisions conscientes, etc. [3]). Or, dans une formation sociale capitaliste, " les objectivations du travail sont le moyen par lequel on acquiert les biens produits par d'autres ; on travaille pour acquérir d'autres produits. C'est donc à quelqu'un d'autre que le producteur que sert le produit (en tant que bien, en tant que valeur d'usage) - au producteur, il sert de moyen pour acquérir les produits du travail des autres producteurs. C'est en ce sens qu'un produit est une marchandise : il est à la fois valeur d'usage pour l'autre et moyen d'échange pour le producteur. Cela signifie que le travail a une double fonction : d'un côté, c'est un type de travail spécifique qui produit des biens particuliers pour d'autres ; mais d'un autre côté, le travail, indépendamment de son contenu spécifique, sert au producteur de moyen pour acquérir les produits des autres " [4]. Cette fonction du travail, qui est spécifique à la vie sociale dans le capitalisme, est à la base de la socialisation moderne : on l'appelle le " travail abstrait ". Posé dans sa fonction de nouvelle médiation sociale des rapports sociaux, le travail sous le capitalisme n'est plus une activité extérieure au capitalisme, qui s'opposerait au capital, et qu'il faudrait " libérer ". Il est le fondement du capitalisme, et donc c'est le travail qu'il faut abolir.

Il apparaît de plus en plus aujourd’hui que le nouveau concept de “ fétichisme de la marchandise ”, qui n'a plus rien à voir avec une mystification de la conscience (une représentation inversée), constitue la partie centrale de l’héritage intellectuel de Marx. Le “fétichisme de la marchandise" n’est pas seulement une fausse représentation, et encore moins une adoration exagérée des marchandises. Le " fétichisme " va désormais être référé à la structure même de la marchandise. C'est alors une théorie du " fétichisme objectif " (Jappe) ou radicalisé, c'est-à-dire que tant qu'existent la valeur (objectivation de la fonction spécifique qu'a le travail sous le capitalisme), la marchandise et l'argent, la société est effectivement gouvernée par l'automouvement des choses créées par elle-même, et non pas par une manipulation subjective des classes dirigeantes. Les sujets ne sont pas les hommes, mais bien plutôt leurs relations objectivées qui sont au cœur de la socialisation sous le capitalisme. C'est que le fétichisme, note Postone, doit être analysé "en termes de structure de relations sociales constituée par des formes de praxis objectivantes et saisie par la catégorie du capital (et donc de la valeur). Le Sujet de Marx, comme celui de Hegel, est alors abstrait et ne peut pas être identifié avec aucun acteur social" (Postone, Time, p.75-76, version américaine). Ici le fétichisme consiste donc dans des rapports réifiés, réellement aliénés. Il est le monde “ réellement renversé ” du capital, où le travail abstrait (qui n’est pas le travail immatériel !) devient le lien social, une médiation sociale qui se médiatise par elle-même, en réduisant le travail concret à une simple expression du travail abstrait. Le travail abstrait est alors à la source de l'aliénation.

C’est à partir de ce concept qu’on peut bâtir une critique radicale de la marchandise, de l’argent, de la valeur, du travail et de la politique, c’est-à-dire une critique qui ne se limite pas à décrire les luttes menées autour de leur gestion et de leur distribution (la “lutte des classes ” traditionnelle), mais qui reconnaît que ces catégories elles-mêmes font problème : elles sont propres à la seule modernité capitaliste, et sont responsables de ses côtés destructeurs et auto-destructeurs.

  1. Voir le texte de M. Postone " Antisémistisme et national-Socialisme "
  2. Le Nouvel Observateur, le 14/12/2006. Voir aussi son dernier livre théorique, Ecologica, Galilée, 2008, p. 110 et suivantes. Voir aussi une critique de Gorz, dans Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise, p. 269.
  3. Moishe Postone comme Anselm Jappe, reconnaissent la pertinence jusqu'à un certain point de l'oeuvre de Karl Polanyi, La Grande Transformation : " Karl Polanyi souligne également la nature historiquement unique du capitalisme moderne : dans les autres sociétés, l'économie est enchâssée dans les rapports sociaux, alors que, dans le capitalisme moderne, les rapports sociaux son enchâssés dans le système économique ", in Temps, Travail et domination sociale, p. 223, version française
  4. Postone, Temps, travail et domination sociale, p. 222-223
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« Repenser la théorie critique du capitalisme » : conférence/débat de Moishe Postone.

"...Les transformations historiques fondamentales des décennies récentes - comme le repositionnement des États-providence dans l'Ouest capitaliste, l'écroulement ou la métamorphose fondamentale des États du parti bureaucratique dans l'Est communiste, l'apparition apparemment triomphante d'un ordre capitaliste global néolibéral et le développement possible de rivalités au sein de la  des blocs capitalistes concurrents - ont réaffirmé l'importance centrale de la dynamique historique et la grande échelle des changements structurels d'ensemble. Parce que ces changements ont inclus l'écroulement spectaculaire et la dissolution finale de l'Union soviétique et du communisme européen, ils ont été interprétés par plusieurs comme l'inscription de la fin historique du marxisme et plus généralement, de la pertinence théorique de la théorie sociale de Marx. Néanmoins, les événements historiques des décennies récentes ont aussi fait comprendre qu'une dynamique sous-jacente au capitalisme, y compris sociale et culturelle aussi bien qu'économique, a continué à exister tant à l'Est qu'à l'Ouest et que la vision, si répandue dans les décennies qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale, que l'Etat pourrait contrôler la dynamique, était au mieux temporairement valable. Cette renaissance manifeste des dynamiques du capitalisme met non seulement en question les théories de la primauté du politique comme elles avaient été formulées pendant l'âge d'or du capitalisme durant l'après-guerre, mais que la compréhension poststructuraliste de l'histoire est aussi complètement contingente. De plus, cette renaissance indique que notre compréhension de l'autodétermination démocratique telle que promulguée selon les théories de la société civile ou de la sphère publique, doit être repensée.
 
Les transformations historiques récentes suggèrent alors l'importance d'une rencontre renouvelée avec la critique que fait Marx de l'économie politique, parce que la problématique de la dynamique historique et des changements structurels globaux est au cœur même de cette critique. Néanmoins, l'histoire du siècle dernier suggère aussi que le marxisme traditionnel ne soit pas entièrement adéquat au monde contemporain et une théorie critique adéquate doit différer de façon importante et sur plusieurs points fondamentaux, avec les critiques traditionnelles du capitalisme.
 
Par le « marxisme traditionnel », je ne veux pas parler de l'histoire effective du marxisme, mais, plus généralement, d'une analyse du capitalisme essentiellement faites en termes de relations de classes enracinées dans des relations de propriété privée et réalisées par la médiation du marché. Dans cette structure interprétative générale, les relations de domination sont comprises essentiellement en termes de domination de classe et d'exploitation ; le socialisme est compris principalement comme une société caractérisée par la propriété collective des moyens de production et une société de planification centralisée dans un contexte industrialisé : un mode de distribution juste et consciemment réglé, adéquat à un mode de production industriel. Bien que des analyses économiques, politiques, sociales, historiques et culturelles puissantes aient été produites dans cette structure traditionnelle d'interprétation, ses limitations sont devenues de plus en plus évidentes à la lumière d'événements historiques comme la naissance et le déclin du « socialisme réellement existant » et du capitalisme d'Etat-interventionniste, l'importance de la croissance de la connaissance scientifique et de la technologie de pointe dans le processus de production, les critiques en progression du progrès technologique et de la croissance et l'importance accrue des identités sociales basées sur une logique non-classiste. Ces évènements suggèrent que l'approche traditionnelle ne puisse plus servir de base adéquate à une théorie critique d'émancipation.
 
Venant en accord avec la centralité inéluctable et évidente du capitalisme dans le monde d'aujourd'hui, cela exige alors une reconceptualisation du capital qui rompe fondamentalement avec le cadre marxiste traditionnel d'interprétation. Considéré rétrospectivement, c'est devenu évident que la configuration culturelle-économique-politique-sociale du capitalisme hégémonique a varié historiquement. Du mercantilisme, en passant par le capitalisme libéral du dix-neuvième siècle et le capitalisme fordiste du vingtième siècle, pour arriver au capitalisme mondial néo-libéral contemporain, chaque configuration a mis à jour un certain nombre de critiques pénétrantes - de l'exploitation et de la croissance inégale et injuste, par exemple, ou des modes technocratiques et bureaucratiques de domination. Mon travail essaye de contribuer à une compréhension critique de ce cœur du capitalisme, celui qui n'est limité à aucune des époques de cette formation sociale. Je soutiens qu'au cœur du capitalisme est un processus historiquement dynamique, associé aux configurations historiques multiples, et que Marx a cherché à saisir avec la catégorie de capital. Cette essence principale du monde moderne ne peut être saisie que si une théorie critique du capitalisme cherche à être adéquate à son objet. Une telle compréhension du capitalisme peut seulement être réalisée à un niveau très élevé d'abstraction. Elle pourrait alors servir de point de départ pour une analyse des changements d'époque du capitalisme, aussi bien que pour celle des subjectivités historiquement changeantes, exprimées dans les mouvements sociaux eux-mêmes historiquement déterminés..../..."      PDF complet
automne allemand
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DIE "KINDERKRANKHEIT"


DIE "KINDERKRANKHEIT" UND DIE DRITTE INTERNATIONALE

(Franz Pfemfert  -  7. August 1920)

Die Dritte Internationale soll sein: die Vereinigung des revolutionären Proletariats aller Länder, das gegen die Diktatur des Kapitalismus kämpft, gegen den bürgerlichen Staat, für die Herrschaft der arbeitenden Menschheit, für den Kommunismus. Daß sie in einem Lande geboren worden ist, in dem die Arbeiter sich diese Herrschaft bereits erkämpft haben, das hat der Dritten Internationale geholfen, sich die Sympathien des Weltproletariats zu erringen. Die Begeisterung für den neuen Weltbund der Ausgebeuteten ist identisch mit der Begeisterung für Sowjetrußland, für den unvergleichlichen Heldenkampf des russischen Proletariats. Das junge Gebilde Dritte Internationale allein hat noch nicht Zeit und Gelegenheit gehabt, sich als Organisation moralische Wirkungen zu verschaffen.
Die Dritte Internationale kann und wird eine moralische Kraft sein, wenn sie denWillensausdruck des revolutionären Weltproletariats darstellen wird, sie wird unzerstörbar und unersetzbar sein als Internationale der kämpfenden proletarischen Klasse. Die Dritte Internationale aber wäre unmöglich und hohle Phrase, wollte sie das Propagandainstrument einer einzelnen Partei sein oder einzelner Parteien.
Ist die Dritte Internationale der Bund des revolutionären Weltproletariats, dann wird sich dieses Proletariat eins fühlen mit ihr, ganz gleich, ob es schon formell angeschlossen ist oder nicht. Tritt die Dritte Internationale jedoch auf mit der Vollmacht der Zentralgewalt eines Landes, dann trägt sie den Todeskeim in sich und wird die Weltrevolution hemmen.
Die Revolution ist die Angelegenheit des Proletariats als Klasse; die soziale Revolution ist keine Parteisache!
Ich muß noch deutlicher werden:
Sowjetrußland geht zugrunde ohne die aktive Hilfe aller revolutionären Kämpfer. Alle wirklich klassenbewußten Arbeiter (hierzu gehören z. B. unbedingt auch die Syndikalisten!) sind bereit, aktiv zu helfen. Die Dritte Internationale würde verbrecherisch, gegenrevolutionär wirken, wollte sie - im Interesse einer Partei! - etwas tun, was geeignet wäre, das heilige Feuer brüderlicher Solidarität, das für Sowjetrußland (noch immer nicht: für die Dritte Internationale als Organisation an sich!!) in den Herzen aller Proletarier glüht, zu löschen!
Ist das denn so schwer zu begreifen? Ist es eine Dummheit,
Genosse Lenin, wenn ich Ihnen zurufe: nicht wir brauchen im Augenblick die Internationale, sondern die Dritte Internationale braucht uns?

II
Lenin ist heute der Meinung, es sei eine Dummheit. In der Schrift: "Der 'Radikalismus' - die Kinderkrankheit des Kommunismus", die er soeben dem revolutionären Proletariat entgegenschleuderte, geht Lenin von der Ansicht aus, die Dritte Internationale habe sich an das Parteistatut der Kommunistischen Partei Rußlands (Bolschewiki) zu halten und das revolutionäre Proletariat aller Länder habe untertan zu sein der Obrigkeit "Dritte Internationale" und somit der Taktik der Bolschewiki. Die Bolschewiki hätten darüber zu entscheiden, welche Waffen das kämpfende Proletariat der übrigen Welt zu benutzen habe. Und nur die unbedingt gehorchenden Proletarier seien auserwählt, dem Weltbund anzugehören. In den Leitsätzen zum Il. Kongreß der Dritten Internationale hat Lenin das noch eindeutiger formuliert: er hat nicht bloß Richtlinien allgemeiner Art gegeben, sondern alle Einzelheiten der Taktik, der Organisation und sogar - den Namen vorgeschrieben, den die Parteien in allen Ländern führen müßten. Und als Gipfel:
"Alle Beschlüsse der Kongresse der Kommunistischen Internationale, wie auch die Beschlüsse ihres Exekutivkomitees sind für alle der Kommunistischen Internationale angehörigen Parteien bindend."
Ist das auch Methode, so ist es dennoch Wahnsinn!
In einem so kleinen Lande wie Deutschland haben wir es wiederholt, zuletzt im März 1920, erlebt, daß eine Taktik, die z. B. für das Ruhrgebiet Siege brachte, in anderen Gebieten unmöglich war; daß der Generalstreik der Industriearbeiter in Mitteldeutschland für das Vogtland, wo seit November 1918 das Proletariat feiern muß, ein Witz blieb. Und Moskau soll uns und allen anderen Ländern Generalstab sein?
Was uns zur Dritten Internationale führt, ist das gemeinsame Ziel der Weltrevolution: die Diktatur des Proletariats, der Kommunismus. Die Dritte Internationale soll den kämpfenden Proletariern aller Länder dadurch zur Seite stehen, daß sie ihnen die verschiedenen Situationen und Arten des revolutionären Bürgerkriegs zeigt. Die Kämpfer müßten Esel sein und nicht Kämpfer, wollten sie es unterlassen, die Waffen zu untersuchen, mit denen die Brüder da und dort kämpfen. Aber die Kämpfer wären Schafe, wollten sie sich auf Wege drängen lassen, die sie längst als für sie unbenutzbar erkannt und deshalb verlassen haben.
Lenins Angriff auf uns ist in der Tendenz und in den Einzelheiten einfach ungeheuerlich. Oberflächlich ist die Schrift. Unsachlich. Ungerecht. Massiv nur in den Ausdrücken. Von der Schärfe des Denkers Lenin, die sich sonst besonders in Polemiken zeigt, keine Spur.
Was will Lenin? Der Kommunistischen Arbeiterpartei Deutschlands und dem revolutionären Proletariat aller anderen Länder sagen, daß sie Dummköpfe, Idioten und Schlimmeres seien, da sie sich nicht willig den Bonzenweisheiten beugen, da sie sich nicht stramm zentralistisch von Moskau herab (über Radek und Levi) gängeln lassen. Wenn Deutschlands revolutionäre Avantgarde sich gegen die Teilnahme an bürgerlichen Parlamenten wendet, wenn diese Avantgarde die reaktionären Gewerkschaftsverbände zu zertrümmern beginnt, wenn sie den politischen Führerpartelen den Rücken kehrt gemäß dem Wort: die Befreiung der Arbeiter kann nur das Werk der Arbeiter sein, dann besteht diese Avantgarde aus Dummköpfen, dann verübt sie "radikale Kindereien", dann wird sie (und das ist das Ergebnis der Broschüre) eben nicht - in die Dritte Internationale hinein dürfen! Nur falls die Arbeiter der KAPD als reuige Sünder in den alleinseligmachenden Spartakusbund zurückkehren, können sie zur Dritten Internationale kommen. Also: Zurück zum Parlamentarismus! Hinein in Legiens Gewerkschaften! Hinein in die sterbende Führerpartei KPD! - das ruft Lenin dem selbstbewußten deutschen Proletarier zu!
Ich sagte schon: ein ungeheuerliches Buch! Damit ist auch die Belanglosigkeit der Argumente gemeint, die Lenin aus dem Staub der achtziger Jahre hervorholt, um den deutschen Radikalen die Überzeugung beizubringen, daß er die Gänsefüßchen mit Recht gegen sie anwendet. Auf dem Niveau der USP bewegen sich alle Ausführungen in Sachen des Zentralismus und des Parlamentarismus. Und was Lenin zugunsten der Arbeit in den Gewerkschaften schreibt, das ist so famos opportunistisch, daß die Gewerkschaftsbonzen nichts Eiligeres zu tun wußten, als es sofort in Flugblättern nachzudrucken und zu verbreiten!
Skandalös flach, sträflich loddrig ist die Polemik, die Lenin gegen die KAPD führt. An einer Stelle heißt es zum Beispiel:
"Die deutschen Radikalen haben, wie bekannt, schon im Januar 1919 den Parlamentarismus für politisch überwunden gehalten, im Gegensatz zur Meinung hervorragender politischer Führer wie Rosa Luxemburg und Karl Liebknecht. Es ist klar, daß die 'Radikalen' geirrt haben. Schon dies allein stößt die These bis auf den Grund um, daß der Parlamentarismus sich 'politisch' überlebt habe."
Das schreibt der Logiker Lenin! Wodurch, bitte, ist "klar" geworden, daß wir geirrt haben? Etwa durch die Tatsache, daß die Nationalversammlung neben den Crispienleuten nicht auch Levi und Zetkin zeigte? Etwa durch den Reichstag, in dem jetzt dieses kommunistische Duett sitzt? Wie kann Lenin -leichtfertig, ohne den Schatten von Beweis anzuführen, niederschreiben, unser "Irrtum" sei klar, und daran die Forderung knüpfen: "Schon dies allein stößt die These usw."? Ungeheuerlich! Ungeheuerlich auch, wie Lenin die Frage: "Muß man sich an den bürgerlichen Parlamenten beteiligen? bejaht:
"Kritik - und zwar die schärfste, schonungsloseste, unversöhnlichste Kritik - muß nicht am Parlamentarismus oder an der parlamentarischen Tätigkeit, sondern an den Führern geübt werden, die Parlamentswahlen und Parlamentstribüne nicht auf revolutionäre kommunistische Art auszunutzen verstehen und mehr noch an denjenigen, die sie nicht ausnutzen wollen."
Das schreibt Lenin! Lenin will plötzlich die "Ausnutzung der Demokratie", die er selbst (in "Staat und Revolution", in "Renegat Kautsky", in "Bürgerliche Demokratie und proletarische Diktatur") als "Renegatenforderung" abgetan hat!
Das revolutionäre Proletariat Deutschlands hat sich vom "käuflichen und versumpften Parlamentarismus der bürgerlichen Gesellschaft" abgewandt, vom "System der Täuschung und des Betrugs". Das Proletariat hat die Kampfparole. "Alle Macht den Räten!" voll erkannt. Es hat einsehen müssen, daß der bürgerliche Parlamentarismus nicht "auszunutzen" ist. Es hat die Gewerkschaften als Institutionen erkannt, die eine Arbeitsgemeinschaft zwischen Ausbeutern und Ausgebeuteten herbeiführen müssen und damit den Klassenkampf sabotieren, ganz gleichgültig, ob die Mitglieder dagegen kritisieren oder nicht. Das revolutionäre Proletariat Deutschlands hat mit Gebirgen von Arbeiterleichen büßen müssen, daß es sich dem Führertum ausgeliefert hatte. Die letzte Illusion vernichtete die berüchtigte "Zentrale" des Spartakusbundes. Davon hat das Proletariat für alle Zeit genug!
Und jetzt kommt Lenin daher und sucht die bitteren Lehren der deutschen Revolution und seine eigenen Lehren vergessen zu machen? Sucht vergessen zu machen, daß Marx gelehrt hat, nicht Personen seien verantwortlich? Der Parlamentarismus und nicht das Einzelgeschöpf Parlamentarier ist zu bekämpfen!
Wir haben ja eben Monate hinter uns, wo "Kommunisten" im Reichstage wirkten. Man lese die Parlamentsberichte aus den Tagen, da Levi-Zetkin "auf revolutionäre kommunistische Art" (übrigens eine sinnlose Zeitungsphrase!) die Tribüne "ausnutzten"! Sie haben die Berichte gelesen, Genosse Lenin. Wo bleibt ihre "schärfste, schonungsloseste, unversöhnlichste Kritik"? Oder sind Sie befriedigt worden? ...
Es ist leicht nachzuweisen; die KAPD hat den "Wahlkampf" im Sinne revolutionärer Agitation wirksamer ausgenutzt und wirksamer ausnutzen können als die Parlamentskommunisten, eben weil sie keine "Kandidaten" hatte, die Stimmvieh suchten. Die KAPD hat den parlamentarischen Schwindel entlarvt und bis in die entlegensten Dörfer hinein die Räteideen getragen. Die Mandatsjäger aber haben in den paar Monaten ihrer Tätigkeit im Parlament bestätigt, daß wir Antiparlamentarier recht haben.
Ist Ihnen, Genosse Lenin, nie der Leninsche Gedanke in die Quere gekommen, daß es in einem Lande mit vierzigjähriger Parlamentsfaxerei der Sozialdemokratie (die ja anfangs die Tribüne auch nur propagandistisch "ausnutzen" wollte!) eine stockreaktionäre Handlung ist, ins Parlament zu gehen? Ist Ihnen nicht begreiflich, daß ein Land des parlamentarischen Kretinismus den Parlamentarismus nur durch Boykott brandmarken kann? Es gibt keine schärfere Brandmarkung, keine, die tiefer ins Bewußtsein der Arbeiter dringt! Ein von Proletariern durch Boykott demaskiertes Parlament wird Proletarier nie täuschen und betrügen können. Aber eine korrekte "programmatische" Rede, die Clara Zetkin unter dem Beifall bürgerlicher und sozialdemokratischer Blätter hält und aus der die Presse das wiedergibt, was der Presse zusagt, eine solche Rede schafft dem bürgerlichen Parlament Beachtung im Proletariat! - Wären die USP-Herrschaften nicht in die Nationalversammlung gegangen, die Selbstbewußtseinsentwicklung der deutschen Proletarier wäre heute schon weiter vorgeschritten!

III
Lenin ist für "straffste Zentralisation" und für "eiserne Disziplin". Er will, daß die Dritte Internationale dies proklamiere und alles fernhalte, was, wie die KAPD, der Führerallmacht kritisch gegenübersteht.
Militärische Parteiherrschaft wünscht Lenin in allen Ländern.

Ein wenig anders lauteten die Richtlinien des ersten Kongresses der Dritten Internationale! In diesen Richtlinien wird gegen die Unabhängigen, als gegen nicht absolut zuverlässige Kämpfer empfohlen: 


"die Taktik des Absplitterns der revolutionären Elemente, erbarmungslose Kritik und Entlarvung der Führer."
Und im übrigen wird gesagt:
"Auf der anderen Seite ist ein Block mit den Elementen der revolutionären Arbeiterbewegung notwendig, die, obgleich sie früher der sozialistischen Partei nicht angehörten, jetzt im großen und ganzen auf dem Standpunkt der proletarischen Diktatur in der Form der Rätemacht stehen. Solche sind an erster Stelle die syndikalistischen Elemente der Arbeiterbewegung. " ,
Davon ist nicht mehr die Rede. Im Gegenteil: Nieder die Syndikalisten! Nieder die gegen Bonzen unbotmäßigen "Dummköpfe"! Das Exekutivkomitee befehle, und seine Befehle seien bindend!
Lenin hat Karl Liebknecht gegen die "Radikalen" zitieren können geglaubt. Ich zitiere Karl Liebknecht gegen Lenin:
"Das ist der verhängnisvolle Zirkel, in dem sich die großen zentralisierten, mit fest besoldeten und von ihrem bisherigen Klassenniveau aus gut besoldeten Funktionären versehenen Organisationen bewegen, daß sie in dieser Berufsbürokratie eine den revolutionären Interessen des Proletariats geradewegs feindliche Schicht nicht nur erzeugen, sondern zu ihrem bevollmächtigten Führer und gar leicht Tyrannen machen, die ein energisches Interesse gegen eine revolutionäre Politik des Proletariats haben, während die geistige und moralische Selbständigkeit, der Wille, die Initiative, die Eigenaktion der Massen zurückgedrängt oder ganz ausgeschaltet wird. Zu dieser Bürokratie rechnen auch die besoldeten Parlamentarier.
Ein Übel, gegen das organisatorisch schon ein Kraut gewachsen ist: Beseitigung der besoldeten Bürokratie, oder ihre Ausschaltung von allen Beschlüssen, ihre Einschränkung auf technische Hilfsarbeit, Verbot der Wiederwahl aller Funktionäre nach bestimmter Dauer, wodurch zugleich die Zahl der organisationstechnisch bewanderten Proletarier vermehrt wird; jederzeitige initiative Absetzungsmöglichkeit während der Amtsdauer; Beschränkung der Zuständigkeit der Instanzen; Dezentralisation; Urabstimmung für wichtige Fragen (Veto und Initiative). Bei der Wahl der Funktionäre muß das entscheidende Gewicht auf ihre Erprobung im entschlossenen schlagfertigen, revolutionären Handeln, im revolutionären Kampfgeist, in rücksichtsloser Opferwilligkeit unter bereitwilliger Einsetzung der ganzen Existenz gelegt werden. Die Erziehung der Massen und jedes einzelnen zur geistigen und moralischen Selbständigkeit, zur Autoritäts-Ungläubigkeit, zur entschlossenen Eigen-Initiative, zur freien Aktionsbereitschaft und -fähigkeit, bildet wie die einzige sichernde Grundlage für die Entwicklung einer ihren historische.. Aufgaben gewachsenen Arbeiterbewegung überhaupt, so die wesentliche Voraussetzung für die Austilgung der bürokratischen Gefahren.
Jede Organisationsform, die die Schulung im internationalen revolutionären Geist und die selbständige Aktionsfähigkeit und Initiative der revolutionären Massen hemmt, ist zu verwerfen ... Keine Verbindung, die der freien Initiative Fesseln anlegt. Diese Initiative in den Massen zu fördern, ist gerade in Deutschland, dem Land des passiven Massen-Kadavergehorsams, die dringendste Erziehungsaufgabe, die gelöst werden muß, selbst auf die Gefahr hin, daß vorübergehend alle 'Disziplin' und alle 'strammen Organisationen' zum Teufel gehen (!). Dem Individuellen ist weit größerer Spielraum zu geben, als in Deutschland bisher Tradition. Auf das Wortbekenntnis ist geringstes Gewicht zu legen . . . Alle abgesplitterten radikalen Elemente werden zu einem nach den immanenten Gesetzen des Internationalismus bestimmten Ganzen zusammenschießen, wenn Intransigenz gegen allen Opportunismus, Weitherzigkeit gegen alle Bemühungen eines gärenden revolutionären Kampfgeistes geübt wird."

IV
Ich weiß, Lenin ist kein "Renegat" und nicht Sozialdemokrat geworden, wenn auch die "Kinderkrankheit" rein sozialdemokratisch wirkt (1878 haben die deutschen Führer fast wörtlich so gesprochen). Aber wie ist das Zustandekommen seiner Schrift gegen die Weltrevolution zu erklären ?
Monarchisten pflegen für Dummheiten (und Verbrechen) ihrer Monarchen stets als Entschuldigung anzuführen, die Majestäten seien "schlecht unterrichtet" worden. Revolutionäre können (und dürfen) für ihre Genossen solche Entschuldigung nicht gelten lassen. Gewiß wissen wir genau, daß Karl Radek und der Spartakusbund, um von den Ursachen ihres politischen Bankrotts abzulenken, Lenin bewußt die Unwahrheit berichtet haben über die Situation und über das revolutionäre Proletariat in Deutschland. Karl Radeks freches Schreiben an die Mitglieder der KAPD zeigt, wie die Dinge dem Genossen Lenin dargestellt worden sind. Doch das rechtfertigt Lenin keinesfalls! Eine Rechtfertigung ist überhaupt zwecklos, denn die Tatsache, daß Lenin dem revolutionären Proletariat Deutschlands den Kampf erschwert hat mit der dummen Broschüre, wird damit noch nicht beseitigt.
Und Lenin ist zwar in Sachen des Spartakusbundes und der KAPD wüst angelogen worden, aber er hätte doch sehr wohl sich sagen müssen, daß es Unfug ist, deutsche Verhältnisse mit russischen Verhältnissen zu identifizieren. Lenin ist sehr wohl in der Lage gewesen, trotz Radek, zu unterscheiden zwischen deutschen Gewerkschaften, die stets ein gegenrevolutionäres Dasein geführt haben, und den russischen Gewerkschaften. Lenin weiß sehr wohl, daß die russischen Revolutionäre nicht gegen parlamentarischen Kretinismus zu kämpfen hatten, da das Parlament in Rußland weder Tradition noch Ansehen im Prole: tariat besaß. Lenin weiß (oder müßte es wissen), daß in Deutschland das Führertum in Partei und Gewerkschaften durch "Ausnutzung" des Parlaments zum 4. August 1914 kommen mußte! Daß der autoritative militärische Charakter der Partei mit dem Kadavergehorsam Jahrzehnte hindurch die revolutionären Kräfte in der Arbeiterbewegung Deutschlands geknebelt hat. Das alles hätte Lenin sich überlegen müssen, bevor er gegen die "Radikalen" zu kämpfen begann. Das Verantwortlichkeitsgefühl hätte Lenin dann gehindert, die unverzeihliche Schmähschrift zu schreiben.

V
Um das Weltproletariat davon zu überzeugen, daß er in der "Kinderkrankheit" den richtigen Weg zur Revolution für alle Länder freilegt, führt Lenin ihm den Weg vor Augen, den die Bolschewiki gegangen sind und der zum Siege geführt habe, weil er der rechte Weg war (und ist).
Lenin befindet sich auch hier auf völlig unhaltbarem Posten. Wenn er den Sieg der Bolschewiki als Beweisargument erwähnt dafür, daß seine Partei in den fünfzehn Jahren ihrer Existenz "richtig" gearbeitet habe, dann ist das irreführend! Der Sieg der Bolschewiki im November 1917 ist kein Sieg der revolutionären Kraft der Partei allein gewesen! Die Bolschewiki sind mittels der bürgerlich-pazifistischen Parole: "Friede!" zur Macht, zum Sieg gekommen! Diese Parole allein hat die Nationalmenschewiki niedergezwungen, hat den Bolschewiken die Armee gesichert!
Also nicht der Sieg an sich kann uns überzeugen, daß die Bolschewiki im Sinne der Prinzipienfestigkeit "richtig" gearbeitet haben. Eher schon die Tatsache, daß sie nun beinah drei Jahre lang diesen Sieg zu verteidigen wissen!
Aber - und das ist eine Frage der "Radikalen" - haben die Bolschewiki in diesen Jahren ihrer Parteidiktatur immer so manövriert, wie Lenin in der "Kinderkrankheit" es vom revolutionären Proletariat Deutschlands fordert? Oder ist die Lage der Bolschewiki derart, daß sie Lenins "Bedingung" nicht zu beachten brauchen, die von der revolutionären Partei verlangt:
"daß sie es versteht, sich, mit der breiten Masse der Werktätigen, in erster Linie mit der proletarischen, aber auch mit der nichtproletarischen werktätigen Masse zu verbinden, zu vereinigen, und wenn man will, bis zu einem gewissen Grade zu verschmelzen." ("Kinderkrankheit", Seite 6)
Die Bolschewiki haben bisher nur eins durchführen können und durchgeführt: die militärisch-straffe Parteidisziplin, die "eiserne" Diktatur des Partei-Zentralismus. Oder haben sie es verstanden, sich "zu verbinden, zu vereinigen, und wenn man will, bis zu einem gewissen Grade zu verschmelzen" mit der von Lenin genannten "breiten Masse"? ...


VI
Es ist eine lokale Angelegenheit der russischen Genossen, welche Taktik sie anwenden. Wir haben dagegen protestiert und ihn als Gegenrevolutionär bezeichnen müssen, als Herr Kautsky sich erlaubte, die Taktik der Bolschewiki zu infamieren. Wir haben es den russischen Brüdern zu überlassen, sich ihre Waffen auszuwählen. Aber das eine wissen wir: in Deutschland ist eine Parteidiktatur unmöglich, in Deutschland kann (und wird!) nur die Klassendiktatur, die Diktatur der revolutionären Arbeiterräte siegen und (das Wichtigste) den Sieg verteidigen können.
Ich könnte nun, nach Lenins "Kinderkrankheits"-Rezept, niederschreiben: "Das ist klar" und dann vom Thema abschwenken. Wir haben jedoch nicht nötig, auszuweichen.
Deutschlands Proletariat ist in verschiedenen politischen Parteien organisiert, die Führerparteien mit scharf autoritativem Charakter sind. Die reaktionären Gewerkschaften, durch die streng zentralistische Art ihres Aufbaus der Gewerkschaftsbürokratie ausgeliefert, sind für "Demokratie", für den Wiederaufbau der kapitalistischen Welt, ohne die sie nicht leben können. Parteidiktatur in diesem Deutschland heißt: Arbeiter gegen Arbeiter. (Die Noskeepoche begann als SPD-Parteidiktatur!) Eine Parteidiktatur der KPD (Spartakusbund) (und eine andere hat Lenin nicht im Auge!) müßte sich durchsetzen gegen USP-Arbeiter, SPD-Arbeiter, Gewerkschaften, Syndikalisten, Betriebsorganisation und gegen die Bourgeoisie. Solche Parteidiktatur hat Karl Liebknecht mit dem Spartakusbund nie angestrebt, wie seine ganze Revolutionsarbeit bewies (und wie die Ausführungen zeigen, die ich in diesem Aufsatz zitiert habe).
Es ist unbestreitbar, daß alle Arbeiter (auch die von Legien und Scheidemann genasführten Arbeiter!) die Träger der kommunistischen Neuordnung sein müssen, soll nicht Selbstzerfleischung die Niederhaltung der Bourgeoisie unmöglich machen. Wollen wir auf den jüngsten Tag warten, bis alle oder auch nur ein paar Millionen Proletarier in der KPD vereinigt sein werden (die heute nur noch aus einem kleinen Häuflein von Angestellten und ein paar Gutgläubigen besteht)? Will etwa (wie Karl Radek und Herr Levi es sich ausgeklügelt haben) die Dritte Internationale das Pressionsmittel sein, das die revolutionären Arbeiter in die KPD hineinzwingen soll? Wird der Führeregoismus die Tatsache ignorieren dürfen, daß schon heute die Mehrzahl der Industriearbeiter und des Landproletariats für eine Klassendiktatur reif und zu gewinnen sind?
Wir brauchten eine Parole für die Zusammenfassung des deutschen Proletariats. Wir haben sie: "Alle Macht den Arbeiterräten!" Wir brauchen einen Sammelplatz, auf dem sich alle klassenbewußten Arbeiter vereinigen können, ohne durch Parteibonzen gestört zu werden. Wir haben den Platz: es ist der Betrieb. Der Betrieb, die Keimzelle der neuen Gemeinschaft, er ist auch der Boden der Sammlung. Wir brauchen für die siegreiche Durchführung der proletarischen Revolution in Deutschland nicht Bonzen, sondern selbstbewußte Proletarier. Ob sich die nun Syndikalisten oder Unabhängige nennen: haben sie mit uns das Ziel gemein: den kapitalistischen Staat zu zertrümmern und die kommunistische Menschengemeinschaft zu verwirklichen, dann gehören sie zu uns, dann werden wir uns mit ihnen in den revolutionären Betriebsorganisationen "verbinden, vereinigen, verschmelzen"!
Die Kommunistische Arbeiterpartei ist deshalb keine Partei im üblen Sinne, weil sie nicht Selbstzweck ist! Sie propagiert die Diktatur des Proletariats, den Kommunismus. Sie formiert die Kämpfer in den Betriebsorganisationen, in denen die Kräfte aufgespeichert sind, die die kapitalistische Gesellschaft beseitigen, die Herrschaft der Räte errichten und den Aufbau der neuen kommunistischen Wirtschaft ermöglichen werden. Die Betriebsorganisationen sind in der Union zusammengeschlossen. Die Betriebsorganisationen werden die Herrschaft des Proletariats als Klasse gegen alle Führermachinationen, gegen alle Verräter zu sichern wissen. Nur eine Klassenherrschaft (das zeigte der Kapitalismus!) gibt ein breites, festes Fundament.

VII
Die Kommunistische Arbeiterpartei Deutschlands hat die "Kinderkrankheit" Lenins und den Fluch Radeks und die Verleumdungen des Spartakusbundes und aller Führerparteien erleben müssen, weil sie für die Klassenherrschaft des Proletariats kämpft, weil sie Karl Liebknechts Auffassungen über Zentralismus teilt. Die KAPD wird die "Kinderkrankheit" gut überleben und alles andere. Und ob es nun Karl Radek einsieht oder nicht, ob Lenin eine Broschüre gegen uns (und gegen sich) schraubt oder nicht. die proletarische Revolution wird in Deutschland andere Wege gehen als in Rußland. Wenn Lenin uns "Dummköpfe" nennt, dann kompromittiert er sich und nicht uns. Denn in diesem Falle sind wir - die Leninisten. Wir wissen: mögen nationale oder internationale Kongresse noch so spezialisierte Reiserouten ihr vorschreiben, die Weltrevolution wird in jedem Lande den Gang gehen, den die Geschichte bestimmt! Mag der II. Kongreß der Dritten Internationale versuchen, der KAPD zugunsten einer Führerpartei das Verdammungsurteil zu sprechen: die revolutionären Kommunisten Deutschlands werden das leicht zu tragen wissen und nicht, wie die USP-Bonzen, flennen. Wir gehören zur Dritten Internationale, denn die Dritte Internationale ist nicht Moskau, nicht Lenin, nicht Radek, sondern das um seine Befreiung kämpfende Weltproletariat!

Franz Pfempfert
The Council Communist Archive
www.kurasje.org



les expulsions

Contre les expulsions de locataires

La fin de la fameuse trêve hivernale des expulsions locatives est l’occasion, comme chaque année, de rappeler l’ampleur des inégalités face au logement et la situation difficile que vivent des personnes de plus en plus nombreuses. On compte plus de quinze manifs en France à cette occasion ce week-end, notamment à l’appel du tout nouveau RESEL (Réseau Stop aux Expulsions de Logements).
Une manif à l’appel des Ateliers populaires d’Urbanisme de Lille a lieu samedi 13 mars à 14h30.
La Caravane des Mal-Logés, à l’occasion de son passage dans la région, multiplie les actions : à Calais, manif jeudi 11 mars avec Salam, à Dunkerque, rencontre avec les salariées de Total et réquisition d’un immeuble, à Arras avec un rassemblement (10-14h Place Verlaine).
Il y a 15 jours, l’APU Vieux-Lille organisait un rassemblement de soutien à une famille expulsée. Et depuis le mois de février, une grève des loyers est en cours dans les résidences universitaires de la métropole lilloise, contre la vétusté des logements qui n’empêchent pas les hausses de loyers.

10.000 expulsions chaque année

Chaque année, plus de 100.000 décisions de justice d’expulsion sont prononcées, et plus de 10.000 expulsions sont réalisées avec l’aide de la force publique. Dont certaines touchent des familles reconnues pourtant prioritaires par les commissions du droit au logement opposable (Dalo) !
«C’est quand même un scandale que l’Etat déloge des personnes qui ont été reconnues prioritaires et donc pour qui l’Etat a l’obligation de les reloger dans les six mois», dénoncent les membres du comité de suivi de la mise en œuvre de la loi Dalo.
Réunis vendredi, ils ont adopté à l’unanimité une motion demandant aux pouvoirs publics de suspendre tout recours à la force publique, donc toute expulsion, pour les personnes reconnues prioritaires tant qu’elles n’ont pas obtenu «une offre de logement adaptée à (leurs) besoins et (leurs) capacités».

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