samedi 13 février 2010

L’Identité française et L'Empoisonnement

samedi 13 février 2010 par Deborah Baker 
( Mal traduit de l'anglais of course - 3 possibilités pour cette  femme: 
1 - elle est dingue - Cela confirme que ce monde rend fou
2-  elle dit vrai - Mais a des difficultés a s'exprimer
3 - elle exagère des ennuis réels de surveillance
La troisième hypothèse nous séduit: Une activiste débutante qui pète les plombs car déjà sujet sensible et peu équilibré...
Laissons lui la parole. 
L’Identité française

Imaginez-vous un scénario ainsi. La CIA a au coeur le programme du Nouvel ordre mondial. Ce programme est anti-humain et anti-terre. Le travail de la CIA est de détruire des gens est des organisations qui se renforcent des liens humains et des liens de la vie à la terre. La CIA est une des plus puissantes organisations du monde. Les vrais dirigeants de la France, aussi des promoteurs du Nouvel ordre mondial, veulent être en activité au même niveau où se trouve la CIA. Leur initiation : montrer leur puissance en assassinant un innocent, quelqu’un qui s’occupe de la justice sociale, sans être aperçu comme des meurtriers. Le démenti plausible est la tactique numéro un de la CIA.
Bonjour ! Nous ne nous reconnaissons pas encore. Je suis une demandeuse d’asile politique américaine. J’habite à Paris depuis avril 2007. Il n’existe pas encore un site internet d’indymedia  Paris. J’écris donc à vous ! Hello !
J’ai fui les États-Unis parce que j’étais empoisonnée. J’étais enseignante d’anglais aux immigrés et j’étais activiste. L’empoisonnement s’agissait sans doute de mon militantisme.
Le 17 novembre 2005, le premier jour où j’ai été empoisonnée, a été le jour où j’ai organisé une soirée avec une célèbre activiste antinucléaire, Dr. Helen Caldicott. Elle a annulé la soirée, mais j’ai été empoisonnée ce soir, comme une analyse de cheveux montre, avec des métaux lourds qui sont utilisés dans l’industrie nucléaire (uranium, strontium, cadmium, nickel, plomb...).
La direction d’une usine d’enrichissement d’uranium dans l’Ohio, ou j’habitais, voulait que l’usine rouvre. Pendant que quelques activistes, mois inclus, posaient des questions sur l’usine, on a appris qu’une activité illégale avait lieu dans l’usine. Auparavant, j’ai diffusé l’information qu’il paraissait que quelques-uns au sein du gouvernement américain étaient impliqués dans les attaques du 11 septembre 2001. Avec la nouvelle de l’activité illégale dans l’usine, je pouvais voir qu’il était possible que une nouvelle attaque, comme celui du 11 septembre, pourrait avoir lieu. Les autres pensaient que le vrai gouvernement (sous GW Bush) voulait vraiment que cette activité eût lieu. Je crois que c’est pour ça que je suis poursuivie. Par ailleurs, Elsebeth Baumgartner a été arrêtée, je crois, pour une pareille raison (qui concerne le vol des technologies microbiologiques.)
D’abord je suis allée en Suisse. C’était une erreur ! La Suisse a rejeté ma demande d’asile, et j’ai été empoisonnée plus en Suisse. Les médecins ne m’aidaient pas, mais après que ma demande d’asile était rejetée, un médecin a fait deux analyses de cheveux. L’une montre que j’ai eu plus de métaux lourds après que j’habitais en Suisse que j’avais eu après mon empoissonnement aux États-Unis. La deuxième analyse montre qu’avant novembre 2005, je n’avais pas eu de métaux lourds dans les cheveux (c’est-à-dire, dans l’organisme).
Puis, je suis entrée en France. Ici, je suis encore empoisonnée. Je suis allée à la police, qui a envoyé ma plainte d’empoisonnement au procureur. Le procureur m’a écrit que ma plainte ne s’agit pas d’une infraction. Alors, il est légal en France de m’empoisonner.
Je suis allée à l’Hôpital Européen Georges Pompidou. Je leur ai expliqué la situation et je leur ai montré les trois analyses de cheveux et la bouteille de jus qui me rendait malade le jour avant. Ils ont jeté dans la poubelle les deux analyses qui montrent que je souffre des niveaux de métaux lourds trop hauts ; ils ont regardé dans mon dossier seulement l’analyse des cheveux qui avaient poussé de la tête avant novembre 2005—l’analyse qui montre qu’avant mon empoisonnement de novembre 2005, je n’avais pas des métaux lourds dans l’organisme. L’hôpital n’a fait aucune analyse d’empoisonnement eux même. Puis ils ont déclaré que je suis "délirante".
J’ai essayé de faire analyser des échantillons de nourriture et de médicament alternatif. Les associations comme Que Choisir ont refusé d’analyser les échantillons. Le Laboratoire de chimie analytique et minérale à Strasbourg (lié, parmi d’autres organisations, à l’Université Louis Pasteur) a accepté la tâche et les échantillons, puis il a arrêté de communiquer avec moi. Je n’ai jamais reçu ni les résultats ni les échantillons. Des preuves de ces affirmations étaient filmées ; ces vidéos sont sur youtube.com. Voyez la fin de l’article.
Il est presque "normal" maintenant qu’il y a des cambriolages chez moi, mais je peux aussi acheter de la nourriture qui est déjà empoisonnée aux marchés et aux supermarchés. Donc, je suis allée aux beaucoup de bureaux de l’Etat pour me plaindre. Ils m’ont entendue et ils m’ont crue. Un fonctionnaire m’a dit qu’ils ont fait des analyses et ils ont commencé une enquête. Mais ce fonctionnaire et les autres n’ont voulu ni parler à moi, ni me donner des informations.
Je crois que c’est la CIA qui me poursuit. Mon ennemi est très puissant : les avocats, les médecins—les hôpitaux !—ont peur de m’aider. La Poste ne m’a jamais rendu un paquet qui m’était envoyé recommandé. Mon ennemi est indépendant de l’autorité politique : mes activités ne plairaient à Bush, mais la Maison blanche de Obama compatit à moi. Les méthodes qui sont utilisées contre moi sont des méthodes de la CIA. Mais vraiment, je ne peux pas être sûre. Et puis, il y a des factions de la CIA : des factions au sein de la CIA et des factions des gens qui travail avec la CIA mais qui ne font pas partie de la CIA. Le scandale de Iran-Contra est un exemple de la deuxième sorte.
En France, je voyais qu’il y a des français qui me suivaient. Ils voulaient savoir qu’est-ce que se passait, je pensais. J’ai vu aussi qu’il y avait des gens qui n’étaient pas français qui me suivaient. Après quelques mois, j’ai parlé à eux. "Travaillez-vous pour la CIA ?" "Pardon. Où travaillez-vous ?" Un homme travaillait pour l’Eurostar, la compagnie qui est responsable du tunnel sous la Manche, dans lequel il y a toujours des accidents. A quelques femmes : "Excusez-moi. Vous venez de quel pays ?" Réponse : "France !" Moi : "Oh. Vous venez de quelle région ?" (pause) "La région Parisienne." "Non ! Vous n’êtes pas français !" "Oui, oui ! Je suis français !" Une fois, le soir, un homme a descendu avec moi à la station du métro près de chez moi (Alexandre Dumas—sympa, mais pas de site touristique). Il a essayé de saisir mon caméscope. "Arrête !" j’ai cri. "Vou(s) arrête !" il a répondu !
Maintenant je crois que je peux identifier les américains qui me suivent (peut-être des employés de la CIA) sans parler avec eux. Ils sont presque tous blancs, pâles et de l’âge mûr. Ils mangent souvent en prenant des transports en commun ou en marchant. Ils font souvent des grimaces ; ils marmonnent à eux-même. Ils lisent en prenant des transports en commun, parfois du courrier que, on doit supposer, ils ont reçu ici chez eux. Ils tussent souvent près de moi ; si je tusse après, ils disent que je suis folle. Ou ils éternuent, bâillent, ou ils touchent la tête ou la figure. Ils boitent parfois. Ils essayent de cacher la figure : ils portent des lunettes (souvent noires), un chapeau ou un foulard. Les femmes se teignent les cheveux. Les femmes sont souvent petite ou mince. Les hommes ont souvent les petits pieds. La première fois quand je l’ai exprimé, l’homme dont j’ai parlé a levé la main pour ajuster les lunettes, tout en me regardant, mais il a seulement utilisé le troisième doigt ! Ils essayent parfois de paraître plus jeune. Parfois ils s’habillent comme une femme.
(Comprenez que des descriptions que j’écrivais peuvent se changer. Si des employés de la CIA lisent cet article, peut-être ils arrêtent de manger en prenant des transports en commun et de faire des grimaces, par exemple.)
Après un espace de temps, je me suis aperçue que les français qui me suivaient ont commencé à imiter les employés de la CIA. (Les flics secrets sont souvent plus jeunes que les employés de la CIA, et ils incluent aussi des gens (hommes) d’origine arabe et africain.) Puis je me suis aperçue que l’empoisonnement dans la nourriture était devenu beaucoup plus toxique, et que des employés des magasins savaient que la nourriture qu’ils vendaient était empoisonnée. Les vendeurs ont l’air très enthousiaste de me servir. Ils chuchotent à leurs collègues en me regardant. Deux fois, des employés ont pris quelque chose que j’ai achetée et l’a remplacée avec quelque chose d’autre. Une fois, la caissière m’a dit que la caisse ne pouvait pas compter l’article. Puis l’article qu’elle m’a donné a été très toxique. L’autre fois, le caissier a remplacé mon article avec un article similaire d’une autre marque. Je ne l’ai pas remarqué avant que je suis rentrée chez moi. Je ne l’ai pas mangé. Quelques fois des caissiers, voire des hommes de sécurité, ont regardé des gens qui ont ouvert mon sac à cabas, qui était devant la vitrine, et ont empoisonné la nourriture à l’intérieur, pendant que je faisais les courses.
Enfin j’ai compris : ce sont les français qui m’empoisonnent maintenant. Peut-être les vendeurs sont si heureux de me servir parce qu’il n’y a pas d’autre place pour poser des déchets radioactifs, dont il y en a trop en France. Mais non ; je pense plutôt qu’ils sont sadiques. Le terme "passive-agressive" décrit quelqu’un qui a envie d’être agressif, mais normalement a trop de peur d’être agressif. Il fait donc des faits méchants.
Les autorités français savent pourquoi je suis en France. Ils savent que je ne suis pas criminelle et que je travaille pour la justice sociale. Ils savent que j’ai fui des États-Unis pour trouver protection contre ceux qui m’empoisonnent.
Les français disent qu’ils ont beaucoup d’estime pour les droits de l’homme. (Je ne crois pas que le problème est que je suis femme.) Mais les français vivent dans un monde de fantaisie. Je ne peux pas demander le chemin sans qu’un français ment à moi. La France faisait partie de quel camp pendant la seconde guerre mondiale ? Pourquoi on dit que la France était un des grands pays des Alliés ? C’est une pure invention à dire que tous les français faisaient partie de la Résistance. Le gouvernement élu des français soutenait les nazis. Les français exécutaient des antifascistes, dont beaucoup étaient étrangers. Les français eux-même ont envoyé des juifs aux camps de concentration. Seulement après le fait, les nazis ont décidé de diriger cet effort. L’Italie fasciste sous Mussolini n’a pas envoyé des juifs aux camps de concentration.
La presse française n’est pas libre à nous dire toute la vérité. J’ai appelé beaucoup de journalistes parce que je voudrais que mon histoire fût publiée. Une journaliste du Canard enchaîné m’a dit que son journal ne publierait pas mon histoire parce qu’il publie seulement des articles sur la politique. Un journaliste du journal Plan B m’a demandé pourquoi les français doivent s’intéresser à une empoisonnement de la nourriture. Un journaliste de L’Express m’a demandé pourquoi les français doivent s’intéresser à une américaine qui est empoisonnée par une partie de son gouvernement. Seulement l’Agence France Presse paraissait de vouloir écrier la vérité. Il y avait des très grandes bannières sur son bâtiment qui disaient qu’elle est bâillonnée. Il y a quelques mois j’ai lu que la direction et les finances de l’AFP se changeraient, et qu’elle craignait qu’elle perdrait sa indépendance.
C’est la France.
Je l’explique comme ça :
Je m’imagine que les français sont une grande tribu ou une fédération des Gaulois. Pour eux, il est nécessaire de se soutenir toujours ; sinon, l’individu peut être en danger. Ça explique aussi la xénophobie des français.
Puis, on ajoute les dirigeants. Après les romans, c’étaient les francs, une tribu allemande. Ensuite, jusqu’à aujourd’hui, il paraît que les dirigeants sont souvent dirigé par des membres des sociétés secrètes. Le Point ne cesse pas de nous dire comment les francs-maçons sont vachement puissants en France. La France est un centre des sociétés secrètes depuis des siècles. Ces sociétés sont intimement liées aux gouvernements français, celui de de Gaulle inclus, que le livre L’Enigma Sacrée, de Baigent, Leigh et Lincoln, explique en détail.
Selon ma théorie, les sociétés secrètes de l’Europe et des États-Unis (on pense de la société de Skull and Bones de Yale Univerity) ont le même secret et le même but. Je crois qu’elles sont un moyen de produire et de conduire des dirigeants (des esclaves) du Nouvel ordre mondial (the New World Order) dont GHW Bush (membre de Skull and Bones), parlait, parmi d’autres. Le Nouvel ordre mondial est une continuation du Nouvel ordre des nazis.
On dit que les révolutions américaine et français étaient le travail des francs-maçons parce que sous les anciens régimes, on n’avait pas la chance de diriger un pays si on ne faisait pas partie de l’aristocratie. Si une société s’est fondée sur l’argent, ceux qui manipulent l’argent dirigent la société. The Pecora Commission du Sénat du Congrès américain enquêtait sur l’origine de la crise de Wall Street de 1929. Elle a trouvé que des dirigeants des banques comme la Chase Bank et la National City (future Citibank) ont été impliqués. Récemment, la crise des prêts "subprimes" hypothécaires était clairement planifiée. Beaucoup de gens ont averti Alan Greenspan et la Fédéral Réserve (la banque centrale des États-Unis, dirigée par des banques privées) que si les banques continuaient à accorder des prêts à ceux qui n’avaient pas les moyens de les rembourser, il y aurait une grand crise. La crise suivante (la crise dernière) était la faute des manipulations des experts.
De nous jours, les bombes atomiques sont aussi liées avec la puissance. Les centrales nucléaires sont liées aux bombes atomiques parce que elles produisent du plutonium, qui est utilisé pour commencer les réactions nucléaire dans une bombe. C’est plus facile que l’utilisation de l’uranium. La France est évidement obsédée des choses nucléaire. C’était Charles de Gaulle qui l’a commandé ? Mais la France a beaucoup plus plutonium et d’autres déchets nucléaires dont elle a besoin. Elle exporte des technologies et des matériels nucléaires. Mais cela peut, à la fin, mettre la France en danger. Peut-être ces décisions ne sont pas prises pour la gloire de la France, mais pour un autre but. A propos de cela, la CIA pardonnait la diffusion au monde des technologies et des matériels nucléaires du réseau pakistanais de AQ Khan.
En France comme ailleurs, ceux qui promeuvent le Nouvel ordre mondial ne abandonnent jamais le pouvoir. Les français, toutefois, aiment la politique à l’extrême, depuis qu’il étaient les Gaulois, au moins. Ils s’aiment aussi très. La trêve : si les français réclament trop fortement le pouvoir, les vrais dirigeants (des esclaves du Nouvel ordre mondial) les massacrent. Il y a aujourd’hui plus de flics que des manifestants à une manifestation.
Il y a peu de différence entre une dictature communiste (le socialisme international, pour tous) et le fascisme (le socialisme national, pour une ethnie.) Les deux idéologies étaient très populaires en France avant qu’elles ont été devenues politiquement incorrectes. Une différence importante : les communistes font le seul groupe qui lutte toujours contre le fascisme. Est-ce que ça explique l’acharnement avec lequel le communisme est poursuivi par des pouvoirs capitalistes ?
La France n’a pas une dictature, mais elle est un pays très centralisé dans lequel personne n’a pas de responsabilité. Si je veux rendre quelque chose qui m’a rendu malade au magasin où je l’ai achetée, la direction du magasin ne veut pas ni prendre ma plainte ni me rembourser. Beaucoup de magasins ne veulent pas me rembourser des achats toujours dans l’emballage original encore fermé. Seul le chef de l’Etat accepte la responsabilité, et les français disent qu’il ne fait pas des fautes.
La France, une démocratie ? Combien des "élus" en France sont élus par la base ? Liberté, égalité, fraternité ? Ceux ne sont pas les principes directeurs des français en Algérie avant son indépendance. Beaucoup d’estime pour les droits de l’homme ? Quand j’ai appelé la Ligue des droits de l’homme pour me plaindre de la décision de l’Hôpital Georges Pompidou, une femme m’a demandé de leur rappeler quelques heures plus tard. Quand j’ai rappelé, un homme m’a dit qu’il était dans une cabine téléphonique, que ça n’était pas le numéro de téléphone de la Ligue des droit de l’homme. Je trouve que c’est presque une règle que les français ne disent pas la vérité.
Cela j’explique comme ça :
Pour les français à admettre que leurs grands amours, celui de la politique et celui de la solidarité, leur sont démentis, c’est presque à démentir leur être. Au lieu de cela, ils habitent dans un monde imaginaire. Je trouve que l’excès de divertissement à Paris (je ne connais pas toute la France) est une évasion de la réalité. Je veux parler d’un empoisonnement politique et de l’avenir du monde, mais c’est impossible (plus qu’une seule fois) avec les français, sauf si la discussion est surveillée par des amis du Nouvel ordre mondial. Mais si je voudrais aller à une exhibition d’art, à un festival de film, à une pièce, à un concert, etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., j’aurais trop de choix.
La voilà. Les français—des autorités et des citoyens—me tuent. C’est un devoir de quelques-uns, c’est l’identité nationale des autres.
Auparavant, j’ai publié deux articles en anglais sur des sites d’indymedia (en mai et en août 2009 sur les sites américains de Saint Louis, San Francisco, Portland, et d’autres). http://pittsburgh.indymedia.org/new... (le deuxième) a un lien à http://www.indybay.org/newsitems/20... (le premier). J’ai aussi essayé de partager un vidéo de trois parties sur youtube.com, aussi en anglais : http://www.youtube.com/watch?v=8YYl... et http://www.youtube.com/watch?v=0iDu... . La troisième partie ne paraît jamais. Jusqu’à maintenant (le 13 février 2010), on ne peut pas trouver les deux premières parties avec une recherche des tags, du nom de l’auteur (moi) ou d’une partie du titre. Il faut taper tout le titre : "An American in Paris seeking asylum".
 

jeudi 11 février 2010

Conscience de classe

Conscience de casse
Presque un gros mot dans la fosse à purin  spectaculaire-marchande du 21e siècle. 
Mais où il est, le prolétariat ?
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La revue Variations présente un numéro hors-série, l'essai Conscience de casse d'Alexander Neumann. Il élabore une critique du "monde tel qu'il va" en s'appuyant sur la sociologie de l'école de Francfort. Allusion ironique au célèbre ouvrage de Lukas, Histoire et conscience de classe, cet essai développe une analyse du marxisme occidental et de ses lacunes conceptuelles, qui fait rejaillir la formule d’Adorno "Les sociologues doivent affronter cette plaisanterie sarcastique qui pose la question : Mais où il est, le prolétariat ?". Au moment du crash historique de la social-démocratie, du PCF et du discours néolibéral, au moment de la crise mondiale du capitalisme, des cris, des élans utopiques et des suicides que celle-ci provoque, pareille approche sociologique montre que la Théorie critique n'a pas dit son dernier mot.
Un peu de lecture:
Conscience de classe
CONSCIENCE DE CASSE
La sociologie critique de l’Ecole de Francfort

Nulle faute de frappe n’est venue troubler le double titre de l’ouvrage. La conscience de casse veut saisir les brisures et éclats du mouvement émancipateur, afin de sauver ces fragments, au nom d’une critique persistante du monde tel qu’il va. Nommer les choses, prendre conscience de l’étendue des problèmes laissés en suspens par un marxisme doctrinaire à bout de souffle. Alors que le communisme n’est plus que son ombre, que le socialisme européen n’est plus hanté par des spectres, mais mort-vivant, alors que la théorie de la conscience de classe n’a plus de parti ni de
patrie où s’appuyer, il s’agit d’interroger les concepts fondateurs et de scruter les expériences vivantes. Je me réfère en particulier au « courant chaud » de l’école de Francfort dont il sera question tout au long de cet ouvrage.
Le titre du livre est une allusion ironique au célèbre thème de Lukaçs, Histoire et conscience de classe, qui a marqué le marxisme occidental, acquise à l’idée que le parti apporterait la conscience aux opprimés, de l’extérieur de leur propre vie. Vision battue en brèche à travers la chute du mur de Berlin, le débordement des partis ouvriers, une critique créative et des résistances au travail qui ne suivent aucun mot d’ordre préconçu.
Il s’agit ainsi d’exposer sans retenue l’étendue des dégâts du marxisme de parti, afin de troubler la répétition mortifère qu’entretiennent les organisations issues du mouvement ouvrier. Avec l’espoir secret de contribuer à élargir les brèches qui se font désormais jour dans les dispositifs routiniers et les discours doctrinaires qui les justifient.
Pourquoi la crise du capitalisme mondial ne favorise-t-elle pas les courants de gauche, radicaux ou institutionnels, en Europe ? En réalité, ce sont les mouvements d’extrême droite qui progressent, comme le signalent les élections de 2009. Il s’agit de percer à jour ces phénomènes à travers un regard critique.
Ce regard me vient de la sociologie critique de l’Ecole de Francfort, qui ne se limite en rien auxspéculations philosophiques de ses représentants académiques les plus connus, Habermas et Honneth. Intuitivement, citoyens et chercheurs sentent que peu de concepts nomment les dégâts que
provoquent les rapports concurrentiels et autoritaires dont tous font l’expérience. La crise du capitalisme mondial ne fait plus de doute. Des mouvements de contestation vifs arrivent à jeter dans la rue plusieurs millions de personnes, le temps d’un jour ou d’une saison, contre la guerre, la
précarité du travail, à l’encontre des manifestations les plus flagrantes du racisme, de la violence moderne. Contre le fascisme façon pop. Pour l’égalité, la liberté, parfois pour la joie de vivre.
L’espace public n’en garde pourtant à peine la trace. La subjectivité politique des acteurs de la contestation se révèle elle-même aléatoire, tantôt polarisée par la résistance, tantôt happée par l’industrie du spectacle, sinon la dépression. La critique sociale contemporaine approche ces phénomènes de manière plutôt tâtonnante, sans que le travail théorique et l’observation empirique se touchent toujours.
Il ne sert à rien de relativiser des phénomènes qui se confirment tous les jours, je veux parler des ressorts brisés des partis de gauche, des syndicats ouvriers et des Maîtres à penser. Tous nous proposent encore une mise en mouvement qui ne cesse d’engendrer des revers chaque fois plus amples. En France et ailleurs, les partis issus du mouvement ouvrier se montrent impuissants face à des alliances néo-conservatrices. L’Europe de l’Est en témoigne de façon éclatante. En Allemagne, la social-démocratie historique n’arrive à se maintenir qu’en supportant une Chancelière de droite, puritaine et autoritaire. L’ensemble de ces gouvernements ont décrété la “ liquidation de Mai 68 ”, après avoir jeté le discrédit sur le moment égalitaire et libérateur de la Révolution française.
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mercredi 10 février 2010

Roms, gitans, manouches au pays des françois

Conférence de presse sur la répression des Roms dijonnais
Le 23 février à 18h, au Cinéma Eldorado, 21 rue Alfred de Musset à Dijon.
«Des mois de prison pour rien ! Les dessous de la chasse aux Roms à Dijon : Délation, répression, propagande xénophobe et “nettoyage” des villes…»
En avril 2009, une dizaine de ressortissants roumains sont arrêtés ou poursuivis à Dijon sous des accusations de recel, d’escroquerie à la CAF et à la CPAM ou encore d’aide au séjour irrégulier. Ces arrestations permettent à l’époque de semer la peur chez les autres Roms, de légitimer les discours discriminants sur des personnes qui vivraient «d’escroquerie permanente» et de justifier la répression institutionnelle mise en œuvre pour les faire partir de la ville et vider les squats. Aujourd’hui la procédure judiciaire est en pleine déroute et la plupart des Roms inculpés viennent d’obtenir un non-lieu sans même qu’un procès soit requis, après avoir pourtant passé parfois des mois en prison et sous contrôle judiciaire. À l’heure où une certaine presse locale se déchaîne pour dénoncer le «problème Rom», et où le harcèlement policier s’intensifie de nouveau contre la centaine de Roms qui occupent les anciennes casernes, il est nécessaire de revenir sur les tenants et aboutissants d’un montage policier, politique et médiatique exemplaire des dispositifs répressifs employés contre les populations «indésirables» à Dijon.
Cette conférence de presse publique sera plus généralement l’occasion de faire le point sur la situation et la répression des Roms à Dijon ainsi que sur les initiatives de solidarité possibles.
Conférence de presse à l’initiative de la Caisse de solidarité dijonnaise
Avec la présence de Maître Samuel Estève et Maître Dominique Clemang, avocats des ex-mis en examen, ainsi que celle du collectif «Soutien Roms» dijonnais.

À Dijon, chasse aux Roms et propagande xénophobe, ça suffit !

Caisse de Solidarité dijonnaise (contact), 10 février 2010.
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Suite 
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révélations sur la répression des roms à dijon

Une contre-enqûete à lire et diffuser et un retour sur les luttes :
Un numéro spécial du journal "blabla" http://www.brassicanigra.org/articl...
- comment une dizaine de ressortissants roumains ont été arrêtés en avril 2009, suite à des dénonciations d’un président d’association culturelle franco-roumaine proche des autorités.
- comment Dijon a été la seule ville en France ou des Roms se sont retrouvés des mois en prison pour avoir touché en toute légalité des aides de la CAF et de la CPAM ou pour avoir accueilli des Roms quelques jours chez eux.
- comment l’affaire a été exploitée pour semer la peur chez les autres Roms présent à Dijon, pour légitimer les discours discriminants d’élus sur de personnes qui vivraient « d’escroquerie permanente » et pour justifier la répression institutionnelle mise en oeuvre pour les faire partir de la ville et vider les squats.
Après des mois de prisons et de contrôle judiciaire pour certains, et des non-lieux qui ont fini par arriver fin janvier sans même qu’un procès soit requis, la contre-enquête proposée dans ce journal démonte et analyse point par point les différents chefs d’inculpations à l’encontre des Roms arrêtés en avril dernier : "escroquerie à la CAF ET CPAM", "recel", "aide au séjour irrégulier", ainsi que que les motifs politiques qui les recouvrent et les dessous de cette affaire. Elle analyse la construction d’un dispositif répressif global et les connexions entre les différents acteurs : Mairie, Préfecture et police, services sociaux, justice, médias locaux, jusqu’à certains associatifs qui s’affichaient pourtant comme "relais" auprès des Roms à Dijon.
Ce dossier revient aussi sur les luttes et initiatives de solidarité depuis plus d’un an, contre la xénophobie, pour le logement et l’accès à des conditions de vie décentes. Il dénonce le harcèlement policier actuel dans les habitations des Roms à Dijon et notamment à la Caserne occupée par une centaine de personnes. Il contient divers encarts détaillés sur les barrages légaux et institutionnels que rencontrent les Roms et ressortissants roumains, ainsi qu’une interview d’une des ex-inculpées.
Autant d’infos que vous ne risquez pas de trouver dans le Bien public* !

* Quotidien local qui a publié une série d’article propageant la version policière sur cette affaire, en titrant notamment "Oui, il y a un problème Rom"
- L’intégralité des articles en ligne : http://www.brassicanigra.org/articl...
- La version mise en page au format PDF pour lecture et photocopie/distribution light : http://www.brassicanigra.org/IMG/pd...
- La version mise en page au format PDF pour photocopie/distribution grande qualité : http://www.brassicanigra.org/IMG/pd...
 
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Les Tsiganes en France se partagent en plusieurs groupes



1-Les Manouches, les Sinti,sont européen mais d'origine indienne ils sont installés en France depuis plusieurs siècles. Parmi eux des noms célèbres, Django Reinhart pour la musique, Torino Zigler pour la peinture, les Bouglione, les Zavata, pour le cirque. Les Manouches sont dans la région de la Loire parmi les plus modestes, certains vivent encore avec des véhicules hippomobiles. (2005)
Les Manouches d'Alsace ont crée des écoles de musique et contribuent à la richesse de cette culture inépuisable.

2- Les Gitans qu'ils soient andalous ou catalans ont connu une influence espagnole importante et ont marqué très fortement de leur personnalité la musique et la danse du flamenco. Ils résident plus au sud et vivent avec difficultés une sédentarisation forcée qui est bien souvent un échec.


3- Les Roms ou Rroms Les Roms sont un peuple européen d'origine indienne, dont les ancêtres sont venus de la moyenne vallée du Gange, en Inde du Nord, il y a environ 1000 ans. Ils sont aujourd'hui dispersés dans le monde entier, surtout sur notre continent. Parvenus en Europe par l'Asie Mineure et le Bosphore, ils se sont installés d'abord dans les Balkans, puis dans les Carpates et petit à petit dans tous pays européens, de la Grèce à la Finlande et de la Russie à l'Europe occidentale . Qu'ils soient Kalderas, Lovara, Curara,ils ont vécu en Europe Centrale. Conservateurs des traditions certains sont de grands voyageurs.En France on rencontre surtout des Roms Kalderas.

Kaj sasto te aves!

Les Yéniches. Les Yéniches sont un groupe ethnique européen. Certains se disent d'origine celtique mais la thèse est très contestée, tout comme celle qui en fait les descendants de commerçants juifs itinérants. Ils sont nombreux sur le Département de la Loire. Leur origine est encore mal connue, Au moment de la guerre de trente ans ils auraient à la suite d'événements historiques, quittés le Palatinat et adoptés le mode de vie des Tsiganes ( période palatine 1618-1623). De nombreux mariages eurent lieu entre les Manouches et les Yéniches au cours des siècles.
C'est en 1714 qu'on trouve le premier document avec le nom de "Yéniche". 

 
Mais pour tous, le voyage est d'abord un état d'esprit. 


Aujourd'hui les chercheurs semblent unanimes à reconnaître l'origine indienne des Tsiganes.
Les linguistes ont confirmé que la langue des tsiganes était proche du sanskrit" hindi-rajasthani" et qu'elle s'était enrichie, au cours de leurs voyages de mots empruntés aux vocabulaires des pays traversés.
On ne connaît pas les raisons qui ont déterminé leur départ de l'Inde vers le IXe et Xe siècle. Leurs premières migrations les ont conduits du nord de l'Indus vers l'Iran, la Grèce et l'Europe via l'Empire byzantin.
La présence des Tsiganes est clairement attestée à Constantinople en 1150. Une longue implantation dans l'Empire byzantin a soumis leur langue à une influence importante du grec.

C'est en août 1419 qu'ils sont signalés en France à Châtillon-sur-Chalaronne, au pays de Bresse.
C'est déjà au XIVe siècle que les Roms commencèrent à venir en Europe centrale. Pour beaucoup d'historiens, ce siècle est qualifié de "siècle d'or des Roms en Europe", puisque les Roms étaient reçus par des aristocrates, obtenaient des sauf-conduits de protection, bénéficiaient de différents privilèges. 
L'un de ces sauf-conduits de protection est une véritable pièce de conviction en ce qui concerne le séjour des Roms sur le territoire tchèque.
Il fut édité, le 17 avril 1423 au Château de Spis, par Sigismond, empereur romain et roi tchèque. Il est dit dans le texte de ce sauf-conduit qui fut conservé jusqu'à nos jours:

"Nous, Sigismond, roi hongrois, tchèque, dalmatien, croate..., notre Ladislav, seigneur fidèle, chef de son peuple tsigane, nous a demandé humblement de solliciter notre indulgence exceptionnelle. Nous vous prions donc de bien vouloir tenir compte de cette supplique et de ne pas refuser cette lettre. Or, si Ladislav mentionné plus-haut et ses gens apparaissent à un quelconque endroit de notre empire, en ville ou à la campagne, vous êtes prié de lui faire preuve de la même fidélité que vous avez à notre égard. Protégez-les pour que Ladislav et son peuple puissent séjourner sans préjudice entre vos murs. S'il y a parmi eux un ivrogne ou un bagarreur, nous voulons et ordonnons que Ladislav soit le seul à avoir le droit de juger, de punir, de pardonner, et de l'exclure de votre cercle..."

Les Tsiganes ont emmené ce sauf-conduit en France.
Et comme il fut édité en Bohème, les français appelaient les nouveaux venus, les Bohémiens.

Guy Debord: «trésor national» quel aveu de la tyrannie, foutre !

Cette tyrannie  qui se vantait de liquider mai68 reconnaît Guy Debord comme Théoricien patrimoine de la France alors que sa vie durant il fut censuré et falsifié par ces ordures.
Que sa vie durant il a dénoncé et combattu leur système de mort.
Que sa vie durant il  a soutenu le combat révolutionnaire partout ou il s'exprimait.

Guy Debord: des mécènes privés à la rescousse d'un «trésor national»  
Il manque plus d'un million d'euros pour conserver les archives de Guy Debord sur le sol français... Sans quoi il faudra traverser l'atlantique pour consulter la somme de documents réunie par l'écrivain entre 1950 et 1994.
Rappel des faits : l'université américaine de Yale avait proposé à la veuve de l'auteur, Alice Becker-Ho, entre deux et trois millions d'euros pour acquérir le fonds dans son centre de recherche sur les avant-gardes. En février 2009, Christine Albanel, alors ministre de la Culture, s'était opposée à ce que ces documents quittent la France, les classant « trésor national ». L'état disposait ainsi de trente mois pour faire une offre équivalente à celle de Yale, et garder les manuscrits à la Bibliothèque Nationale de France. Benoît Forgeot, le libraire qu'Alice Debord avait chargé de mener la transaction avec Yale, s'était félicité de ce que « l'Etat accueille désormais l'enfant terrible ».
Un an plus tard, il semble que l'Etat ait du mal à suivre financièrement cette politique patrimoniale. Un « avis d'appel au mécénat d'entreprise » portant sur 1.080.000 euros est paru au Journal Officiel du 4 février. Ceci pourrait indiquer que Bruno Racine, directeur de la BNF, a réuni plus de la moitié de la somme requise. Mais pour le reste, il faudra que le privé mette la main à la poche.
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Les archives de l'écrivain et philosophe situationniste Guy Debord devaient quitter la France pour l'université américaine de Yale qui souhaitait les acquérir. L'état français en a décidé autrement: ce fonds, classé «trésor national» par le ministère de la Culture et de la Communication, va rejoindre la BNF, qui se chargera de le mettre en valeur. 
Le fonds comprend la quasi-intégralité des archives de Debord (1931-1994), notamment  le manuscrit de «La Société du spectacle» (1967), l'un des textes fondateurs de l'Internationale situationniste, qui prône une critique radicale du mode de société occidental.
L'ensemble, classé et trié par Guy Debord avant son suicide en 1994, puis par sa veuve, Alice Debord, faisait l'objet d'une demande d'exportation vers les États-Unis, où l'Université de Yale, qui possède déjà un centre de recherche sur les avant-gardes, souhaitait s'en porter acquéreur.
Le libraire Benoît Forgeot, qui a inventorié ce fonds, précisait qu'Alice Debord souhaitait avant tout que l'ensemble des documents «soit conservé en un seul lieu, à la disposition des chercheurs, que ces archives soient montrées, confrontées». La proposition de Yale lui semblait répondre à ces impératifs.

Saisie par le ministère de la Culture, la Commission consultative des trésors nationaux a rendu un avis négatif à l'exportation, considérant que «cet ensemble s'avère unique pour l'étude de la genèse de l'œuvre de Guy Debord, l'un des penseurs contemporains les plus importants et capital dans l'histoire des idées de la seconde moitié du XXe siècle».
Avis suivi par le ministère qui a refusé le certificat d'exportation par arrêté du 29 janvier, publié au Journal officiel du 12 février.
L'état dispose  d'un délai de trente mois pour parvenir à un accord avec Alice Debord, détentrice des droits moraux du philosophe, pour acquérir le fonds. Après accord, les archives seront considérées comme trésor national de manière pérenne et devraient rejoindre le département des manuscrits de la Bibliothèque nationale (BNF).
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Artcurial organise le 16 décembre à l'hôtel Marcel-Dassault, une vente aux enchères qui comportera la correspondance de Guy Debord avec l'historien Jean-François Martos, auteur de l'« Histoire de l'Internationale situationniste ».
Jean-François Martos avait déjà publié ces lettres dans un livre avant qu'il ne soit retirées des librairies et interdit par la veuve de l'écrivain, Alice Becker-Ho. Cette vente interviendra presque un an jour pour jour après que le ministère de la Culture alors dirigé par Christine Albanel ne fasse classer les archives de l'agitateur « trésor national », en réponse à la convoitise de l'Université américaine de Yale.

Debord Encore
Situationniste.net 

Crédit à Mort

Crédit à mort
           (Revue Lignes n°30, La crise comme méthode de gouvernement, Paris, octobre 2009)

        « Le site du Guardian pointait vendredi que l'immeuble de Time Square, au cœur de Manhattan, affichant sur son fronton le montant de la dette publique américaine, n'a plus assez de place pour loger la quantité astronomique de milliards de dollars, précisément 10 299 020 383, une énormité due notamment au financement du plan Paulson et à la mise sous perfusion des agences Freddie Mac et Fannie Mae. Il a même fallu éliminer le symbole '$', qui occupait la dernière case de l'affichage, pour que le passant puisse boire ce chiffre jusqu'à la lie 1. » Qui veut s’en souvenir maintenant ? La grande peur d’octobre dernier semble déjà plus loin que la « grande peur » du début de la Révolution française. 
Il y a un an pourtant, on avait l’impression que des voies d’eau s’étaient grandes ouvertes et que le navire coulait à pic. On avait même l’impression que tout le monde, sans le dire, s’y attendait depuis longtemps. Les experts s’interrogeaient ouvertement sur la solvabilité des États même les plus puissants, et les journaux évoquaient en première page la possibilité d’une faillite en chaîne des caisses d’épargne en France. Les conseils de famille discutaient pour savoir s’il était nécessaire de retirer tout l’argent de la banque et de le garder chez soi ; des usagers des trains se demandaient, en achetant un billet à l’avance, si ceux-ci circuleraient encore deux semaines plus tard. 
Le président américain George Bush s’adressait à la nation, pour parler de la crise financière, en des termes semblables à ceux employés après le 11 septembre 2001, et Le Monde intitulait son magazine d’octobre 2008 : « La fin d’un monde ». Tous les commentateurs étaient d’accords pour estimer que ce qui était en train de se passer n’était pas une simple turbulence passagère des marchés financiers, mais la pire crise depuis la Deuxième Guerre Mondiale, ou depuis 1929.
Il était bien étonnant de constater que les mêmes, du top manager au RMiste, qui, jusqu’à la crise, semblaient convaincus que la vie capitaliste ordinaire continuerait à fonctionner durant un temps indéfini, pourraient se faire si vite à l’idée d’une crise majeure. L’impression générale de se sentir au bord d’un précipice était d’autant plus surprenante qu’il ne s’agissait alors, en principe, que d’une crise financière dont le citoyen moyen n’avait connaissance que par les médias. Pas de licenciements de masse, pas d’interruptions dans la distribution des produits de première nécessité, pas de caisses automatiques qui ne distribuent plus de billets de banque, pas de commerçants qui refusent les cartes de crédit. Pas encore de crise « visible », donc. Et pourtant, une atmosphère de fin de règne. Ce qui ne s’explique qu’en supposant que, déjà, avant la crise, tout un chacun sentait vaguement, mais sans vouloir s’en rendre entièrement compte, qu’il avançait sur une mince couche de glace, ou sur une corde tendue. Quand la crise a éclaté, aucun individu contemporain n’a été, au fond, davantage surpris qu’un gros fumeur à qui l’on apprend qu’il a le cancer. Sans que cela apparût clairement, la sensation était déjà largement répandue que cela ne pouvait plus continuer « comme ça ». Mais peut-être faut-il s’étonner davantage encore de la célébrité avec laquelle les médias ont mis l’apocalypse au rancart, pour recommencer à s’occuper des pêcheurs d’huîtres ou des frasques de Berlusconi. S’étonner des économistes qui annoncent avec aplomb que c’est déjà fini et que tout ira à nouveau pour le mieux ; des épargnants qui s’approchent à nouveau de leur banque sans la moindre crainte de la trouver fermée ; du citoyen moyen pour qui la crise se résume à des vacances plus courtes cette année...
Même les experts qui nous expliquent benoîtement que rien ne s’est passé et que rien de fâcheux n’arrivera, devraient s’inquiéter, et tenir pour suspect un soulagement et un oubli aussi subits. Mais eux aussi continuent à faire comme le malade du cancer qui fume ostensiblement pour se démontrer que sa santé est excellente. Eux aussi se sont déjà habitués à faire avec. Pendant des décennies, un taux de croissance économique insuffisamment élevé était tenu pour une catastrophe nationale – aujourd’hui, la croissance est, pour la première fois depuis soixante ans, vraiment négative. Qu’à cela ne tienne : la croissance sera de retour dès l’année prochaine – ils l’assurent, imperturbables.
Rien de nouveau sous la couche d’ozone trouée : ni la science officielle, ni la conscience quotidienne ne parviennent à imaginer quelque chose de différent de ce qu’ils connaissent déjà – du capitalisme donc et du capitalisme encore. Celui-ci peut traverser un orage, il peut montrer des « excès », les temps prochains peuvent être durs, mais les responsables en tireront les leçons : les Américains, d’ailleurs, ont enfin élu un président raisonnable, et les réformes nécessaires vont être adoptées – après la pluie, le beau temps ! Il n’est guère surprenant que les optimistes appointés, les seuls normalement autorisés à s’exprimer dans les institutions et les médias, annoncent ainsi à chaque hirondelle le retour du printemps. Que pourraient-ils dire d’autre ?
Mais au plus fort de la crise de 2008, les médias se sentirent obligés de donner de temps à autre la parole à ceux qui en offraient une interprétation « anticapitaliste », donc à ceux qui présentaient cette crise comme la manifestation d’un dysfonctionnement plus profond, et qui ne manquaient donc pas d’en appeler à des « changements radicaux ». Tandis que le « Nouveau parti anticapitaliste » et ses congénères claironnaient, évidemment, qu’il « n’est pas question de payer leur crise », en sortant de leurs caves les tracts qui restaient de manifestations d’il y a dix, vingt ou trente ans, les représentants les plus connus de ce qui est considéré aujourd’hui comme une critique implacable de la société contemporaine – c’est-à- dire les Badiou, Zizek, Negri – ont eu droit à des tribunes plus longues que d’habitude dans la presse, ou se sont de toute manière sentis le vent en poupe. Ceci est tout de même quelque peu surprenant, la possibilité d’une crise majeure du capitalisme, non provoquée par une résistance des « exploités » ou de la « multitude », mais par un enrayement de la machine – sans aucun responsable donc – n’étant pas du tout prévue dans leurs analyses. Et en effet, eux aussi ont expliqué, à leur manière, qu’il faut circuler et qu’il n’y a rien à voir ; que c’est une crise comme une autre, qui passera comme les autres ont passé, parce que la crise est le fondement normal du capitalisme. Mais ce qu’ils appellent la crise – l’effondrement des bourses, la déflation mondiale – n’est en vérité qu’un ensemble de phénomènes secondaires.
Ce sont les manifestations visibles, l’expression en surface de la crise véritable, de cette crise véritable qu’eux-mêmes ne réussissent pas à penser. Les adversaires déclarés du capitalisme – gauche « extrême » ou « radicale », marxistes de diverses obédiences, « objecteurs de croissance » ou écologistes « radicaux » – s’acharnent presque tous à croire à l’éternité du capitalisme et de ses catégories, davantage parfois que certains de ses apologistes 2.
Cette critique du capitalisme ne s’en prend qu’à la finance, considérée comme la seule responsable de la crise. L’« économie réelle » serait saine et ce serait seulement une finance ayant échappé à tout contrôle qui mettrait en danger l’économie mondiale. De là que l’explication la plus expéditive, mais qui est aussi la plus répandue, en attribue toute la responsabilité à l’« avidité » d’une poignée de spéculateurs qui auraient joué avec l’argent de tous comme s’ils étaient au casino. Et, en effet, ramener les arcanes de l’économie capitaliste, lorsque celle-ci se met à fonctionner mal, aux agissements d’une conspiration de méchants s’inscrit dans une tradition longue et dangereuse. C’en serait la pire des issues possibles que de désigner une nouvelle fois des boucs émissaires, la « haute finance juive » ou autre, à la vindicte du « peuple honnête » des travailleurs et des épargnants. Et il n’est pas beaucoup plus sérieux d’opposer un « mauvais » capitalisme « anglo-saxon », prédateur et sans bornes, à un « bon » capitalisme « continental », considéré comme plus responsable. On a vu qu’il n’y a guère plus que des nuances pour les distinguer. Tous ceux qui appellent maintenant à « réguler davantage » les marchés financiers, de l’association ATTAC à Sarkozy, ne voient dans les folies des bourses qu’un « excès », une excroissance sur un corps sain.
L’« anticapitalisme » de la gauche radicale n’est qu’un « antilibéralisme ». La seule alternative au capitalisme qu’elle ait jamais pu concevoir était constituée des dictatures à économie dirigée de l’Est et du Sud du monde ; depuis que celles-ci on fait banqueroute, ont changé de cap ou sont devenues complètement indéfendables, le seul choix laissé à ces anticapitalistes est un choix entre différents modèles de capitalisme : entre libéralisme et keynésianisme, entre modèle continental et modèle anglo-saxon, entre turbo-capitalisme financiarisé et économie de marché sociale, entre jubilation des bourses et « création d’emplois ». Il peut y avoir différents modes de valorisation de la valeur, d’accumulation du capital, de transformation de l’argent en plus d’argent ; et c’est surtout la distribution des fruits de ce mode de production qui peut changer, profitant davantage à certains groupes sociaux plutôt qu’à d’autres. La crise sera même utile au capitalisme, prévoient-ils : les capitaux en excès seront dévalorisés, et on sait depuis Schumpeter que la « destruction créatrice » est la loi fondamentale du capitalisme. Impossible d’imaginer – si l’on veut éviter d’être taxé d’utopiste niais, ou d’émule de Pol Pot, c’est-à-dire de partisan des seules alternatives au capitalisme que la conscience dominante sache encore évoquer – que l’humanité puisse vivre autrement qu’avec la valorisation de la valeur, l’accumulation du capital et la transformation d’argent en plus d’argent. Il peut y avoir une limite externe à la croissance du capitalisme, sous forme d’épuisement des ressources et de destruction des bases naturelles ; mais en tant que forme de reproduction sociale, le capitalisme serait indépassable.
Ce que Le Figaro déclare ouvertement, les néo-marxistes, les bourdieusiens, les altermondialistes et les décroissants le disent avec des périphrases : le marché est naturel aux hommes. Les anticapitalistes-antilibéraux proposent simplement de retourner au capitalisme « social » des années soixante (indûment idéalisé, cela va de soi), au plein-emploi et aux salaires élevés, à l’Etat social et à l’Ecole « ascenseur social » ; d’aucuns voudraient y ajouter un peu d’écologie, de volontariat ou même de la « décroissance ». En vérité, ils doivent espérer que le capitalisme reprendra bientôt ses esprits et recommencera à tourner à plein régime pour pouvoir réaliser leurs beaux programmes onéreux .
La crise actuelle représente à leurs yeux l’occasion rêvée de trouver enfin des oreilles attentives aux propositions qui sont les leurs depuis longtemps. La crise sera salutaire : elle constituera certes une petite saignée pour certains, elle n’en forcera pas moins les hommes et les institutions à revoir leurs habitudes nocives. Ainsi, chacun de ces critiques bienveillants espère apporter de l’eau à son moulin : régulation des marchés financiers, limitation des primes des managers, abolition des « paradis fiscaux », mesures de redistribution, et surtout un « capitalisme vert » comme moteur d’un nouveau régime d’accumulation et générateur d’emplois. L’affaire est entendue : la crise est l’occasion d’une amélioration du capitalisme, pas d’une rupture avec lui. Même sur ce plan-là, ils risquent cependant d’être déçus. Dans le contexte de la crise, des réactions tout à fait opposées sont en train de se produire. Ainsi, pour dépasser la crise, on peut prôner des mesures écologiques (comme le promettent Obama ou Sarkozy) ou, au contraire, s’attaquer aux protections existantes elles-mêmes au nom de la « relance de la croissance » et de la « création de postes de travail » (comme le fait Berlusconi, comme le demande l’industrie, surtout celles du bâtiment et de l’automobile, et une partie considérable du public) 3. Et que dire lorsque des ouvriers licenciés, pour obtenir de meilleures conditions de départ, menacent de déverser des produits toxiques dans une rivière, comme c’est déjà arrivé plusieurs fois en France ? Est-ce qu’on verra des écologistes en venir aux mains avec des ouvriéristes ? La gauche « radicale » devra maintenant se décider : soit passer à une critique du capitalisme tout court, même s’il ne se proclame plus néolibéral, soit participer à la gestion d’un capitalisme qui a incorporé une partie des critiques adressées à ses « excès ».
Certains observateurs semblent aller plus loin, qui parlent d’un capitalisme qui détruit le monde et est en train de s’autodétruire. Ces cris d’alarme ne dénotent-ils pas une prise de conscience face aux désastres du capitalisme, autant quand il marche « normalement » que dans ses périodes de crise ? Cependant, ces attaques ne sont dirigées, dans la plupart des cas, que contre la récente phase « dérégulée » et « sauvage » du capitalisme, la phase néolibérale, et pas du tout contre le régime d’accumulation capitalise en tant que tel, contre la logique tautologique qui commande de transformer un euro en deux euros et qui consomme le monde concret comme simple matériel pour cet accroissement de la forme-valeur. Selon eux, un retour au capitalisme « sage », parce que « régulé » et soumis à la « politique », devrait logiquement résoudre le problème.
Est-ce donc que le discours « anti-néolibéral » nie qu’il y ait une crise actuelle ? Non, mais il ne veut que guérir les symptômes de la maladie. D’ailleurs, l’incapacité générale d’imaginer que la crise puisse déboucher sur autre chose que le capitalisme encore et toujours forme un contraste frappant avec la perception vague, mais persistante et universelle, de vivre dans une crise permanente. Depuis des décennies, l’atmosphère est au pessimisme. Les jeunes savent, et acceptent avec résignation, qu’ils vivront plus mal que leurs parents et que les nécessités de base – travail, logement – seront de plus en plus difficiles à obtenir et à conserver. L’impression générale est de glisser le long d’une pente. Le seul espoir est de ne pas glisser trop vite, mais non de pouvoir vraiment remonter. Il y a la sensation diffuse que la fête est finie et que les années de vaches maigres vont commencer, une sensation souvent accompagnée de la conviction que la génération précédente (celle des « baby-boomers ») a tout dévoré et peu laissé à ses enfants. La plupart des jeunes en France, au moins parmi ceux qui décrochent quelque diplôme, sont encore convaincus qu’ils réussiront à trouver un trou pour survivre, sur le plan économique : mais rien de plus. On ne peut plus parler d’une crise propre à certains secteurs au profit d’autres qui, eux, seraient en progression : l’effondrement boursier, en 2001, de la « nouvelle économie », pourtant présentée pendant des années comme le nouveau moteur du capitalisme, le démontre. Et nous n’assistons pas à la dévalorisation de quelques métiers au profit d’autres, comme lorsque les maréchaux-ferrants on été remplacés par les garagistes, et comme la manie des « requalifications » voudrait encore nous le faire croire. Maintenant, il s’agit d’une dévalorisation générale de presque toutes les activités humaines, visible dans l’appauvrissement rapide et inattendu des « classes moyennes ». Si l’on y joint la conscience, désormais bien ancrée dans toutes les têtes, des désastres environnementaux présents et à venir et de l’épuisement des ressources, il est possible de dire que la très grande majorité regarde aujourd’hui le futur avec crainte.
Ce qui peut paraître étrange, c’est le fait que l’impression, si répandue, d’une aggravation générale des conditions de vie s’accompagne souvent de la conviction que le capitalisme fonctionne à plein régime, que la mondialisation bat son plein, qu’il y a plus de richesse que jamais. Le monde serait en crise, mais pas le capitalisme, ou, comme l’affirment Luc Boltanski et Eve Chiapello au début de leur ouvrage Le Nouvel esprit du capitalisme, paru en 1999 : le capitalisme est en expansion, c’est la situation sociale et économique de nombreuses personnes qui se dégrade. Ainsi, le capitalisme est perçu comme une partie de la société opposée au reste, comme l’ensemble des hommes qui détiennent l’argent accumulé, et non comme un rapport social qui englobe tous les membres de la société actuelle.
Certains, qui se croient plus avisés, voient même dans le discours de la crise une simple invention : des industriels pour baisser les salaires et augmenter les profits, ou de la « domination » elle-même, pour justifier l’état d’urgence planétaire que les crises, passées et actuelles, ont servi et servent souvent de légitimation à l’Etat, surtout depuis que celui-ci ne présente plus de projet « positif », mais se limite à gérer les urgences, en mettant lui-même en relief tout ce qui ne va pas (à la différence de la propagande du passé, vouée au « tout le monde est heureux grâce à la sagesse du gouvernement »). Sa tâche est de créer les conditions-cadres du seul but admis, de la seule finalité reconnue de la société mondiale contemporaine, où que ce soit (sauf en Corée du Nord, en Iran et dans quelques autres pays musulmans) : permettre aux individus un maximum de consommation de marchandises et d’« épanouissement personnel ». Si les crises n’existaient pas, les États les inventeraient, c’est vrai. Mais seulement les crises secondaires, pas celles qui en menace les fondements. Durant cette crise, on eut plus que jamais l’impression que les « classes dominantes » ne dominaient pas grand-chose, qu’elles étaient au contraire elles-mêmes dominées par le « sujet automate » (Marx) du capital.
 Une critique du capitalisme contemporain très différente de celles évoquées jusqu’ici a cependant été avancée. Elle demande : et si la financiarisation, loin d’avoir ruiné l’économie réelle, l’avait, au contraire, aidée à survivre au-delà de sa date de péremption ? Si elle avait donné du souffle à un corps moribond ? Pourquoi est-on si sûr que le capitalisme lui-même échappe au cycle de la naissance, de la croissance et de la mort ?
Ne pourrait-il pas contenir des limites intrinsèques à son développement, des limites qui ne résident pas seulement dans l’existence d’un ennemi déclaré (le prolétariat, les peuples opprimés), ni dans le seul épuisement des ressources naturelles ?
Pendant la crise, il était de nouveau à la mode de citer Marx. Mais le penseur allemand n’a pas seulement parlé de luttes des classes. Il a également prévu la possibilité qu’un jour la machine capitaliste s’arrête seule, que sa dynamique s’épuise. Pourquoi ? La production capitaliste de marchandises contient, dès l’origine, une contradiction interne, une véritable bombe à retardement située dans ses fondements mêmes. On ne peut faire fructifier le capital, et donc l’accumuler, qu’en exploitant la force de travail. Mais le travailleur, pour engendrer un profit pour son employeur, doit être équipé des outils nécessaires, et aujourd’hui des technologies de pointe. Il en résulte une course continuelle – concurrence oblige – dans l’emploi des technologies. Chaque fois, le premier employeur à avoir recours à de nouvelles technologies y gagne, parce que ses ouvriers produisent davantage que ceux qui ne disposent pas de ces outils. Mais le système entier y perd, parce que les technologies remplacent le travail humain. La valeur de chaque marchandise singulière contient donc des parts toujours plus minces de travail humain – qui est cependant la seule source de survaleur, et donc du profit. Le développement de la technologie diminue les profits dans leur totalité. Cependant, pendant un siècle et demi, l’élargissement de la production de marchandises à l’échelle globale a pu compenser cette tendance à la diminution de la valeur de chaque marchandise particulière.
Depuis les années 1960, ce mécanisme – qui déjà n’était pas autre chose qu’une fuite en avant permanente – s’est enrayé. Les gains de productivité permis par la micro-électronique ont, paradoxalement, mis en crise le capitalisme. Des investissements toujours plus gigantesques étaient nécessaires pour faire travailler, selon les standards de productivité du marché mondial, le peu d’ouvriers restants. L’accumulation réelle du capital menaçait de s’arrêter. C’est à ce moment que le « capital fictif », comme l’appela Marx, prit son envol. L’abandon de la convertibilité du dollar en or, en 1971, a éliminé la dernière soupape de sécurité, le dernier ancrage à l’accumulation réelle. Le crédit n’est pas autre chose qu’une anticipation des gains futurs espérés. Mais lorsque la production de valeur, et donc de survaleur, dans l’économie réelle stagne (ce qui n’a rien à voir avec une stagnation de la production de choses – mais le capitalisme tourne autour de la production de survaleur, et non de produits en tant que valeurs d’usage), il n’y a que la finance qui permette aux propriétaires de capital de faire les profits désormais impossibles à obtenir dans l’économie réelle. La montée du néolibéralisme à partir de 1980 n’était pas une sale manœuvre des capitalistes les plus avides, un coup d’Etat monté avec la complicité de politiciens complaisants, comme veut le croire la gauche « radicale ». Le néolibéralisme était, au contraire, la seule manière possible de prolonger encore un peu le système capitaliste que personne ne voulait sérieusement mettre en question dans ses fondements, ni à droite ni à gauche. Un grand nombre d’entreprises et d’individus ont pu garder longtemps une illusion de prospérité grâce au crédit. Maintenant, cette béquille s’est également cassée. Mais le retour au keynésianisme, évoqué un peu partout, sera tout à fait impossible : il n’y a plus assez d’argent « réel » à la disposition des États. Pour le moment, les « décideurs » ont renvoyé encore un peu le Mane, Thecel, Pharès en ajoutant un autre zéro derrière les chiffres fantasques écrits sur les écrans et auxquels ne correspond plus rien. Les prêts accordés pour sauver les banques sont dix fois supérieurs aux trous qui faisaient trembler les marchés il y a vingt ans – mais la production réelle (disons, banalement, le PIB) a augmenté environ de 20-30 % ! La « croissance économique » des années 1980 et 1990 n’avait plus une base autonome, mais était due aux bulles financières. Et lorsque ces bulles auront crevé il n’y aura pas d’« assainissement » après lequel tout pourra repartir. Pourquoi ce système ne s’est-il pas encore écroulé complètement ? A quoi doit-il sa survie provisoire ? Essentiellement, au crédit. Face aux difficultés croissantes, au long du siècle, de financer la valorisation de la force de travail, donc d’investir en capital fixe, le recours à des crédits toujours plus massifs n’était pas une aberration, mais était inévitable. Même pendant le règne des monétaristes néolibéraux, l’endettement a augmenté fortement. Que ce crédit soit privé ou public, interne ou externe ne change pas beaucoup à l’affaire.
L’évolution continuelle et irréversible de la technologie creuse en permanence l’écart entre le rôle de la force de travail – qui, répétons-le, est la seule source de la valeur et de la survaleur – et le rôle, toujours plus important, des instruments de travail, qui doivent être payés avec la survaleur obtenue par l’exploitation de la force de travail. Par conséquent, le recours au crédit ne peut qu’augmenter au cours des années et évoluer vers un point de non-retour. Le crédit, qui est un profit consommé avant d’avoir été réalisé, peut reporter le moment où le capitalisme atteint ses limites systémiques, mais il ne peut pas l’abolir. Même le plus bel acharnement thérapeutique doit se terminer un jour. l’exemple d’un pays comme le Brésil, où il est possible d’acheter un téléphone portable et le payer en dix versements, où l’entretien de la voiture peut être réglé en trois fois, et où les stations d’essence ne se font pas concurrence sur les prix du carburant, mais sur l’encaissement des chèques – à 90, 180 jours...
Le crédit ne prolonge pas seulement la vie du système en tant que tel, mais également celle des consommateurs. On sait que l’endettement privé a atteint des chiffres énormes, par exemple 15 000 € pour chaque famille italienne, et beaucoup plus aux États-Unis. Et surtout, il augmente rapidement. On peut prendre conscience de l’avenir de ce genre de vie avec payer en dix versements, où l’entretien de la voiture peut être réglé en trois fois, et où les stations d’essence ne se font pas concurrence sur les prix du carburant, mais sur l’encaissement des chèques – à 90, 180 jours...
Certains parviennent à s’extasier devant cette « virtualisation » du monde et lui pronostiquent un grand avenir. Mais seule une conscience entièrement post-modernisée est capable de croire qu’une virtualisation sans bases réelles pourra durer toujours. Quelques-uns ont voulu mettre en discussion et « déconstruire » le concept même d’« économie réelle ». Il est sûr que cela arrangerait beaucoup de monde de démontrer que la fiction vaut autant que la réalité, tout en étant beaucoup plus ouverte à nos désirs. Il n’est cependant pas nécessaire d’être un grand prophète pour prévoir que les « dénis de la réalité » prononcés avec des sourires suffisants depuis trente ans n’ont plus beaucoup d’avenir dans une époque de crises « réelles ». L’éditorial du Monde déjà cité disait avec raison : « Retour au réel par la case désastre. »
Ce point de vue radical sur la crise – et pour la formulation duquel nous sommes toujours débiteurs des analyses de Robert Kurz – annonce donc d’abord que, même sur le plan strictement économique, la crise ne fait que commencer. Il continue à exister de très nombreuses banques et grandes entreprises qui cachent leur situation désastreuse en falsifiant leurs bilans, et on parle, parmi d’autres faillites à venir, d’un prochain effondrement du système des cartes de crédit aux États-Unis. Les sommes astronomiques jetées par les États dans l’économie, en abandonnant d’un jour à l’autre la dogmatique monétariste au nom de laquelle on avait poussé des millions de personnes vers la misère, et les annonces d’une régulation majeure n’ont rien à voir avec un retour au keynésianisme et à l’Etat social d’antan.
Il ne s’agit pas d’investissements dans les infrastructures, du genre « New Deal », ni d’une création de pouvoir d’achat populaire. Ces sommes ont du coup fait augmenter la dette publique des États-Unis de 20 %, mais elles n’ont suffit qu’à éviter l’effondrement immédiat du système de crédit. Pour une véritable « relance de l’économie », il faudrait des sommes encore beaucoup plus gigantesques et qui, en l’état actuel, ne peuvent être obtenues qu’en créant de l’argent par décret, ce qui ne pourra aboutir qu’à une hyperinflation mondiale. Une brève croissance alimentée par l’inflation aboutirait à une crise plus grande encore, parce qu’on ne voit nulle part de nouvelles formes possibles d’accumulation qui, après une « stimulation » initiale exercée par l’Etat, seraient à même de produire une croissance qui reposerait ensuite sur ses propres bases.
Mais la crise n’est pas seulement économique. Quand il n’y a plus d’argent, rien ne marche plus. Au long du XXe siècle, le capitalisme a englobé, pour étendre la sphère de la valorisation de la valeur, des secteurs toujours plus larges de la vie : de l’éducation des enfants à la garde des anciens, de la cuisine à la culture, du chauffage aux transports. On y a vu un progrès, au nom de l’« efficacité » ou de la « liberté des individus » affranchis des liens familiaux et communautaires. Maintenant, on en voit les conséquences : tout s’écroule s’il n’est pas « finançable ». Et ce n’est pas seulement de l’argent que tout dépend, mais pire encore : du crédit. Quand la reproduction réelle est à la traîne du « capital fictif » et que les entreprises, les institutions et des Etats entiers ne survivent que grâce à leurs cotations en bourse, chaque crise financière, bien loin de ne regarder que ceux qui jouent à la bourse, finit par affecter d’innombrables hommes dans leur vie la plus quotidienne et intime. Les nombreux Américains qui avaient accepté des retraites en actions et qui se retrouvent après les cracks sans rien pour leur vieillesse ont été parmi les premiers à goûter de cette mort à crédit. Ce n’était que le début ; quand la crise se répercutera réellement sur la réalité – quand une brutale hausse du chômage et de la précarisation s’accompagnera d’une forte chute dans les recettes de l’Etat –, on verra des secteurs entiers de la vie sociale abandonnés à l’art de survivre au jour le jour.
Les différentes crises – économique, écologique, énergétique – ne sont pas simplement « contemporaines » ou « liées » : elles sont l’expression d’une crise fondamentale, celle de la forme-valeur, de la forme abstraite, vide, qui s’impose à tout contenu dans une société basée sur le travail abstrait et sa représentation dans la valeur d’une marchandise. C’est tout un mode de vie, de production et de pensée, vieux d’au moins deux cent cinquante ans, qui ne semble plus capable d’assurer la survie de l’humanité. Peut-être n’y aura-t-il pas un « vendredi noir » comme en 1929, un « jour du Jugement ». Mais il y a de bonnes raisons de penser que nous sommes en train de vivre la fin d’une longue époque historique 4.
L’époque où l’activité productrice et les produits ne servent pas à satisfaire des besoins, mais à alimenter le cycle incessant du travail qui valorise le capital et du capital qui emploie du travail. La marchandise et le travail, l’argent et la régulation étatique, la concurrence et le marché : derrière les crises financières qui se répètent depuis plus de vingt ans, chaque fois plus graves, se profile la crise de toutes ces catégories. Qui, il est toujours bon de le rappeler, ne font pas partie de l’existence humaine partout et toujours. Elles ont pris possession de la vie humaine au cours des derniers siècles, et elles pourront donner lieu à quelque chose d’autre : de meilleur ou de pire encore. Peut-être y aura-t-il une petite reprise pendant les prochains mois, ou même pendant quelques années 5. Mais la fin du travail, du vendre, du se vendre et de l’acheter, la fin du marché et de l’Etat – toutes catégories qui ne sont nullement naturelles et qui disparaîtront un jour, ainsi qu’elles ont remplacé elles-mêmes d’autres formes de vie sociale – est un procès de longue durée. La crise actuelle n’en est ni le début, ni la conclusion, mais une étape importante.
Mais pourquoi cette critique, qui est à peu près la seule à se trouver confirmée par la crise récente, suscite-t-elle si peu d’attention ? Essentiellement parce que personne ne peut vraiment imaginer la fin du capitalisme. L’idée même suscite une peur bleue. Tout le monde pense qu’il a trop peu d’argent, mais chacun se sent menacé dans son existence, même sur le plan psychique, si l’argent fait mine de se dévaloriser et de perdre son rôle dans la vie sociale.
Dans la crise, les sujets s’accrochent plus que jamais aux seules formes de socialisation qu’ils connaissent. Il y a un accord général au moins sur une chose : il faut toujours continuer à vendre, à se vendre et à acheter. Voilà pourquoi il est si difficile de réagir à cette crise ou de s’organiser pour y faire face : parce que ce n’est pas eux contre nous. Il faudrait combattre le « sujet automate » du capital, qui habite également dans chacun de nous, et donc une partie de nos habitudes, goûts, paresses, inclinations, narcissismes, vanités, égoïsmes... Personne ne veut regarder le monstre en face. Combien de délires propose-t-on, plutôt que de mettre en question le travail et la marchandise, ou simplement la voiture !
Des « grands scientifiques » déraisonnent sur des satellites géants capables de renvoyer une partie des rayons du soleil ou des appareils capables de refroidir les océans. On propose « de produire des légumes dans des serres hydroponiques ou même aéroponiques » et de fabriquer de la viande « directement à partir de cellules souches » ; et d’aller chercher les ressources défaillantes, littéralement, sur la lune : « Elle recèle, entre autres, un million de tonnes d'hélium 3, le carburant idéal pour la fusion nucléaire. Une tonne d'hélium 3 devrait valoir environ 6 milliards de dollars,  l'énergie qu'elle peut fournir. Et ce n'est qu'une des raisons pour lesquelles tant de pays se concentrent sur un retour à la lune 6 ». Dans le même esprit, on propose de « s’adapter » aux changements climatiques au lieu de les combattre 7. Plutôt que de sortir de la « terreur économique », on redouble la menace : « Plus que jamais les organisations et les humains qui sauront, voudront et pourront s‟adapter ont un avenir économique et social. Les tenants de l‟immobilisme pourraient perdre toute employabilité 8 », et donc disparaître du monde. Malthus l’avait déjà dit : la faim est le meilleur éducateur au travail. Tout ce qui ne sert pas à la valorisation du capital est un luxe, et dans des temps de crise le luxe n’est plus de mise. Ce n’est pas une perversion, c’est tout à fait logique dans une société qui a fait de la transformation d’argent en davantage d’argent son principe vital.
Tableau apocalyptique, nous rétorquera-t-on : on nous annonce la fin du capitalisme depuis qu’il est né, à chaque difficulté qu’il rencontre. Il resurgit cependant après chaque crise, comme le phénix renaît de ses cendres. En même temps, chaque fois il a changé, et il est très différent aujourd’hui de ce qu’il était en 1800, ou en 1850, ou en 1930. N’assistons-nous pas à une autre mutation de ce genre, où il changerait pour persister mieux ? Pourquoi cette crise serait-elle plus grave que toute autre depuis plus de 200 ans ? Le capitalisme ne pourrait- il pas continuer à exister sous des formes atypiques, entre catastrophes et guerres ? La crise ne serait-elle pas la forme éternelle de son existence, voire de celle des sociétés historiques en général ? Dresser la liste de tous les dysfonctionnements du capitalisme actuel ne peut constituer – ainsi poursuit l’objection – la preuve de sa crise finale que lorsque la brève période fordiste de stabilité est prise pour le seul fonctionnement possible du capitalisme, et toutes ses autres formes d’existence pour des déviations. Les guerres civiles en Afrique et la reféodalisation en Russie, le fondamentalisme islamiste et la précarisation en Europe démontreraient seulement qu’il était impossible d’étendre le modèle fordiste, en tant que tel, au monde entier, mais non la faillite du capitalisme, qui en tant que système mondial consisterait justement dans la coexistence de toutes ces formes, dont chacune, dans son contexte, serait utile au système mondial. Le capitalisme pourrait aussi marcher très différemment que dans l’Europe des années soixante : cela ne ferait que démontrer sa flexibilité. Les destructions qu’il cause, de l’atomisation des individus et de la dissolution de la famille jusqu’aux maladies psychiques et physiques et à la pollution, ne seraient pas nécessairement un symptôme de crise – ils créeraient des besoins et des secteurs de marché toujours neufs qui font marcher l’accumulation.
Mais cette objection ne tient pas : ce qu’elle décrit, c’est la naissance et la perpétuation de formes toujours changeantes de domination et d’exploitation, mais non l’émergence de nouveaux modèles d’accumulation capitaliste. Les formes « non classiques » de création de profit ne peuvent fonctionner qu’en tant que participation indirecte au marché mondial, donc en parasitant les circuits globaux de la valeur (par exemple : en vendant cher la drogue aux pays riches, certains pays du « Sud » dirigent vers eux une partie de la « véritable » survaleur
obtenue dans les pays riches). Si la création de valeur dans les centres industriels devait s’éteindre tout à fait, il en serait fait aussi des barons de la drogue et des trafiquants d’enfants. Ils pourraient alors tout au plus forcer leurs sujets à créer de nouveau pour leurs patrons un surplus agricole, matériel. Mais même les défenseurs les plus convaincus de l’éternité du capitalisme n’oseraient plus appeler cela un nouveau modèle d’accumulation capitaliste.
Plus généralement, il faut toujours se souvenir que les services et les réparations ne productifs. Ce n’est pas seulement la théorie de Marx qui le dit (et sur ce point encore plus que sur les autres, elle n’est pas arrivée jusqu’au marxistes), mais même l’expérience de tous les jours : en temps de récession, culture et éducation, préservation de la nature et santé, subventions aux associations et défense du patrimoine, loin de pouvoir servir de « moteur de croissance », sont les premiers à être sacrifiés par « manque de finances ».
Bien sûr, on ne peut pas « démontrer » abstraitement que nous assistons à la fin de la société marchande pluriséculaire. Mais certaines tendances récentes sont effectivement nouvelles. Une limite externe a été atteinte, avec l’épuisement des ressources – et surtout de la ressource la plus importante et la moins remplaçable : l’eau –, comme avec les changements irréversibles du climat, les espèces naturelles perdues, les paysages disparus. Le capitalisme se dirige également vers une limite interne, parce que sa ligne de développement est linéaire, cumulative et irréversible, et non cyclique et répétitive comme d’autres formes de production. Il est la seule société ayant jamais existé qui contient à sa base une contradiction dynamique, et pas seulement un antagonisme : la transformation du travail en valeur est vouée historiquement à l’épuisement à cause des technologies qui remplacent le travail.
Les sujets vivant dans cette époque de crise externe et interne subissent aussi un détraquement des structures psychiques qui ont longtemps défini ce qu’est l’homme. Ces nouveaux sujets imprévisibles se trouvent en même temps dans la position de gérer des potentiels de destruction inouïs. Finalement, la réduction de la création de valeur dans le monde entier comporte le fait que, pour la première fois, il existe – et partout – des populations en excès, superflues, qui ne servent même plus à être exploitées. Du point de vue de la valorisation de la valeur, c’est l’humanité qui commence à être un luxe superflu, une dépense à éliminer, un « excédent » – et ici on peut parler d’un facteur tout à fait nouveau dans l’histoire !
Malheureusement, la « crise » n’entraîne pas derrière elle une « émancipation » garantie. Il existe beaucoup de gens en colère parce qu’ils ont perdu leur argent, ou leur maison, ou leur travail. Mais cette colère, à la différence de ce que la gauche radicale a toujours cru, n’a rien d’émancipateur en tant que tel. La crise actuelle ne semble pas propice à l’émergence de tentatives émancipatrices (au moins dans une première phase), mais au sauve- qui-peut. D’ailleurs, elle ne semble pas plus propice aux grandes manœuvres de rétablissement de l’ordre capitaliste, aux totalitarismes, aux nouveaux régimes d’accumulation sous la férule. Ce qui s’annonce a plutôt l’air d’être une barbarie à petit feu, et pas toujours évidente. Plutôt qu’au grand clash, on peut s’attendre à une spirale descendant à l’infini, une morosité perpétuelle laissant le temps de s’y habituer. On assistera assurément à une diffusion spectaculaire de l’art de survivre de mille manières et de s’adapter à tout, plutôt qu’à un vaste mouvement de réflexion et de solidarité, où tous mettent leurs intérêts personnels de côté, oublient les aspects négatifs de leur socialisation et construisent ensemble une société plus humaine. Afin qu’une telle chose arrive, il devrait d’abord se passer une révolution anthropologique. On peut difficilement affirmer que les crises et les écroulements en cours faciliteront une telle révolution. Et même si la crise comporte une « décroissance » forcée, celle-ci ne va pas nécessairement dans le bon sens. La crise ne frappe pas en premier lieu les secteurs « inutiles » du point de vue de la vie humaine, mais les secteurs « inutiles » de l’accumulation du capital. Ce ne sont pas les armements qu’on réduira, mais les dépenses de santé – et une fois qu’on a accepté la logique de la valeur, il est assez incohérent de protester contre. Commencer alors avec de petites choses, l’aide entre voisins, les systèmes locaux d’échange, le potager dans le jardin, le bénévolat dans les associations, les « AMAP » ? Souvent, c’est sympathique. Mais vouloir contrecarrer l’effondrement du système mondial avec ces moyens équivaut à vouloir vider la mer avec une cuillère.
Sur quoi débouchent ces considérations désabusées ? Au moins sur un peu de lucidité. On peut ainsi éviter de faire partie des populistes de tout bord qui se bornent à pester contre les banques, la finance et les bourses et contre ceux qui sont censés les contrôler. Ce populisme aboutira facilement à la chasse aux « ennemis du peuple », en bas (immigrés) et en haut (spéculateurs) 9, en évitant toute critique contre les véritables bases du capitalisme, qui apparaissent au contraire comme la civilisation à sauvegarder : le travail, l’argent, la marchandise, le capital, l’Etat. Cela provoque effectivement le vertige d’envisager la fin d’un mode de vie où nous sommes tous engloutis jusqu’au cou et qui, maintenant, est en train de sombrer sans que personne ne l’ait décidé, en nous laissant dans un paysage de ruines. Tous les antagonistes prétendus d’antan, le prolétariat et la capital, le travail et l’argent accumulé risquent de disparaître ensemble, enlacés dans leur agonie : c’est la base commune de leurs conflits qui est en train de disparaître.
Pour sortir de la situation, il faut un si grand bond dans l’inconnu que tout le monde – et on le comprend ! – s’y refuse d’abord. Mais le fait de vivre à une telle lisière d’époque est aussi une chance inouïe, malgré tout. Donc : que la crise s’aggrave 10 ! Il ne s’agit pas de « sauver » « notre » économie et « notre » mode de vie, mais de les pousser à disparaître plus vite, tout en donnant lieu à quelque chose de meilleur. Prenons l’exemple des longs conflits récents dans l’éducation et l’Université : plutôt que de se plaindre des crédits réduits pour l’éducation et la recherche, ne vaudrait-il pas mieux mettre en question le fait même qu’il n’y ait pas d’éducation et de recherche si elles ne sont pas « rentables » ? Est-ce qu’on doit renoncer à vivre parce que l’accumulation du capital ne marche plus ?
Finalement, la sortie ! est le titre d’un tableau de Paul Klee. Déjà pendant la brève crise d’octobre 2008, on avait un peu l’impression que le couvercle était en train de sauter : on commençait à discuter ouvertement des méfaits et des limites du capitalisme. On peut alors avoir confiance, malgré tout, dans le fait que pendant une grave crise prolongée les langues vont se délier, les tabous et les interdits fondre, de nombreuses personnes mettre spontanément en question ce qu’ils considéraient jusqu’à la veille comme « naturel » ou « inévitable » et commencer à poser les questions les plus simples et les moins souvent soulevées : pourquoi y a-t-il crise s’il n’y a que trop de moyens de production ? Pourquoi mourir de détresse, si tout le nécessaire (et même beaucoup plus) est là ? Pourquoi accepter que tout [ce] qui ne sert pas à l’accumulation s’arrête ? Faut-il renoncer à tout ce qui n’est pas payable ? Peut-être que, malgré tout, comme dans les fables, le mot qui sera dit rompra l’enchantement.
Anselm Jappe, philosophe, enseigne actuellement l'esthétique à l'école d'art de Frosinone (Italie). Il a publié plusieurs essais : Guy Debord, Editions Denoël, 2001 (1993) ; Les Aventures de la marchandise - Pour une nouvelle critique de la valeur, Éditions Denoël, 2003. Avec Robert Kurz : Les Habits neufs de l'Empire - Remarques sur Negri, Hardt et Rufin, Éditions Lignes, 2003 ; L'avant-garde inacceptable - Réflexions sur Guy Debord, Éditions Lignes, 2004. Ancien membre du groupe Krisis (Nuremberg) – auteurs du Manifeste contre le travail [téléchargement libre sur www.infokiosques.net], 1999, trad. Fr. Editions Léo Scheer, 2002, rééd. 10/18, 2004 – Anselm Jappe publie de nombreux articles dans divers revues et journaux dont Iride (Florence), Il manifesto (Rome), L'indice (Milan), Mania
(Barcelone), Lignes (Paris) et Exit ! (Allemagne).
1   E. Fottorino, « Retour au réel par la case désastre », Le Monde 11. 10. 2008
2 « Les cent cinquante intervenants (dont une soixantaine d‟étrangers) qui se sont exprimés les 4, 5 et 6 juillet lors des 9e Rencontres d‟Aix-en-Provence, organisées par le Cercle des économistes, ont, dans leur immense majorité, tenu des propos plus alarmistes. Il y a d‟abord ces chiffres, terrifiants, de l‟Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). D‟avril 2008 à avril 2009, le chômage a crû de 40 % dans les pays les plus riches. De 2007 à 2010, il devrait même y avoir 26 millions de chômeurs en plus, un bond de 80 %, sans précédent en si peu de temps. “Le plus gros de la détérioration reste à venir”, a mis en garde Martine Durand, responsable de l‟emploi. Or, selon Patrick Artus (banque Natixis), “les emplois perdus le sont de façon irréversible”. » (Frédéric Lemaître, « Et si la crise économique ne faisait que commencer ? », Le Monde, 6. 7. 2009.)
3 « On prône les « reconversions » (changer de croyance pour changer d‟activité) en vue d‟une plus grande sobriété, on accuse le « tout à la bagnole », le gaspillage des ressources, l‟envahissement de la vie par le travail aliéné, la malédiction du progrès. Mais, dès que la machine se grippe, que le secteur automobile entre en crise, que la publicité déserte les journaux et menace leur équilibre financier, que le chômage touche un nombre important de salariés, le ton change et les vieilles certitudes refont surface », a écrit Gilbert Rist le 26. 11. 2008 dans un blog proche de la « décroissance ».
4 A peu près le seul à avoir affirmé dans les grands médias que le capitalisme était arrivé, après 500 ans, à sa dernière étape et que quelque chose de nouveau allait se mettre en place a été Immanuel Wallerstein (voir son article « Le capitalisme touche à sa fin » dans Le Monde du 11. 10. 2008). Cependant, il ne voit dans la crise actuelle rien d’autre que l’éclatement d’une bulle spéculative, qui remonte aux années 1970 ; il la compare à d’autres crises du passé. S’il prévoit une « phase de chaos politique », de « crise systémique » et la fin du capitalisme dans les prochaines décennies, c’est à cause du rapport changé entre « centre » et « périphérie ». Son interprétation est donc très différente de celle que nous proposons ici.
5 Pendant les dernières décennies, après chaque crise, on a assisté à une « reprise » – surtout des indices boursiers – qui semble démontrer que tout cela n’est qu’une question de cycles, de hauts et de bas. Mais aucune de ces « reprises » n’était le fruit d’un nouveau mode de production utilisant massivement du travail de manière rentable. Ce n’étaient que des croissances fictives de valeur, obtenues en vendant et achetant des titres et en investissant parfois ce capital fictif dans la consommation ou l’achat des services – ce qui a créé chaque fois des bulles financières encore plus grandes et encore plus dénuées de fondement, surtout dans le secteur immobilier.
6 En guise de punition, on livre ici au public le nom de l’auteur de ces propos : « Plus de croissance est en nous », par Xavier Alexandre, Le Monde du 30. 11. 2008, « Chroniques d’abonnés ».
7 « S’adapter au changement climatique plutôt que de le limiter ? », Le Monde du 21. 08. 2009, sur l’étude que le « Centre de consensus » [!] de Copenhague a confiée à la fondation scientifique italienne « Enrico Mattei », liée au groupe pétrolier italien ENI.
8 Même punition que pour l’autre : « Le prévisible déclin du salariat », par Camille Sée, Le Monde du 09. 08. 2009, « Chronique d’abonnés ».
9 Autant la gauche qu’une certaine droite ont protesté (au moins aux Etats-Unis) contre le sauvetage des banques.
10 F. Partant, Que la crise s'aggrave, Paris, Solin, 1978.


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Crédit a mort.pdf



Texte copieux et certainement l'un des meilleurs sur la crise depuis 2007.


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