mardi 5 juin 2012

Aveugles face à la crise

   
Depuis que le keynésianisme s’est, en pratique, échoué sur la « stagflation » des années 1970, postes et publications dans l’enseignement académique de la macroéconomie sont sous l’emprise du dogme néoclassique, qui se résume à prôner l’harmonie du marché : qu’on veuille bien laisser celui-ci se débrouiller tout seul, un équilibre entre l’offre et la demande s’établira, pour le bien de tous. Les manuels spécialisés ne reflètent ainsi nullement la réalité de l’économie capitaliste, et on y cherchera en vain le mot « crise », par exemple. En revanche, on y trouvera des préjugés idéologiques injectés dans des modèles mathématiques que l’on superpose simplement à la réalité. Au fond, avec le règne de l’école néoclassique, la science économique a tourné le dos à son objet et n’est plus à proprement parler qu’une idéologie rehaussée de termes scientifiques. C’est devenu d’autant plus évident depuis l’éclatement de la crise à l’automne 2008.
Seulement voilà : pour extirper des cervelles une idéologie, il ne suffit pas, loin de là, de mettre en lumière son incompatibilité avec la réalité. Sur ce point, la doctrine néoclassique ne fait pas exception. Certes, au regard des phénomènes de crise capitaliste, elle s’est désormais complètement discréditée. Mais cela n’empêche pas ses zélateurs en place de donner aux hommes politiques, et ce depuis des décennies, des recommandations toujours identiques. Et les pseudo-arguments servant à légitimer le dogme néoclassique remplissent plus que jamais la rubrique économique de nombre de quotidiens ou d’hebdomadaires et déterminent la pensée de la classe politique.
Parmi les éléments constituant cet édifice doctrinal, s’est imposée – doublement – une façon de voir exclusivement microéconomique : d’abord, le point de vue propre à la gestion d’entreprise passe pour le seul et unique point de vue d’où il serait judicieux de considérer « l’économie ». Par métaphore, ensuite, les unités macroéconomiques sont traitées, elles aussi, comme des individus, l’Etat étant ainsi censé, à l’instar du « bon père de famille » ou de la proverbiale « ménagère souabe », réaliser de drastiques économies aujourd’hui, après que la famille ait vécu au-dessus de ses moyens.
Les ratés actuels au sein de la zone euro et les mesures proposées pour y remédier tant bien que mal montrent bien à quel point ce mode de pensée est pernicieux. La Grèce s’est ainsi vu ordonner une cure d’austérité digne des recettes de la « ménagère souabe », cure à l’exécution de laquelle veillera sévèrement la troïka formée par la Commission européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne. Naturellement, lorsqu’un ménage cherche à se désendetter, la solution peut consister à donner pendant quelques temps un coup de collier tout en freinant drastiquement sa consommation. Seulement, ce modèle n’est pas transposable à la macroéconomie, car une réduction de la consommation étatique et privée a pour conséquence de ralentir la production et, partant, conduit droit à la récession. C’est d’ailleurs précisément ce qu’on observe en Grèce : le PIB s’est effondré en 2010 de plus de 5%, les recettes fiscales se sont contractées et la dette extérieure s’est mise à grimper de plus belle. A partir de là, la banqueroute de l’État grec n’est plus qu’une question de temps. Et l’on parle de prescrire prochainement cette recette miracle également à l’Espagne et à l’Italie...
Même la recommandation éculée invitant les pays endettés de la zone euro à bien vouloir s’aligner sur le modèle allemand découle de la vision gestionnaire, laquelle passe totalement à côté de la situation réelle. La balance commerciale négative des pays de l’Europe du Sud et leur endettement qui croît en proportion ne sont finalement rien d’autre que le revers d’un excédent allemand à l’exportation provenant en grande partie du commerce interne à l’UE. Pourquoi ne pas donner le même conseil aux clubs qui ont fini derniers lors de la Bundesliga de football ? Faites comme le Bayern Munich et vous serez tous champions d’Allemagne à la prochaine saison !
Tout cela ne doit pas susciter l’impression que la doctrine néoclassique aurait provoqué la crise de plus en plus aiguë du système capitaliste mondial. Ce serait lui faire trop d’honneur. Ce qui pose problème, c’est plutôt le fait que cette doctrine n’ait rien à dire sur la crise : elle ne l’envisage tout simplement pas. Intervenir aujourd’hui, au beau milieu de la crise, en se basant sur les points de vue et les recettes néoclassiques revient à se mettre des œillères à travers lesquelles même la pragmatique « navigation à vue » (Wolfgang Schäuble[1]) devient impossible. Si nous nous dirigeons vers le précipice, gardons au moins les yeux ouverts.
                                                                                  

                                                                                                                           Claus Peter Ortlieb*

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Paru dans Ossietzky n°24, novembre 2011
Traduction de l’allemand: Sînziana


* Claus Peter Orlieb est mathématicien est membre du comité de rédaction de la revue allemande Exit ! Crise et critique de la société marchande

dimanche 3 juin 2012

Arbeitszwang und Arbeitsethos



Offenbar sind wir achtzig Jahre und eine Weltwirtschaftskrise später kein bisschen klüger geworden, im Gegenteil: Die Arbeitsproduktivität in Industrie und Landwirtschaft dürfte sich seither ungefähr verzehnfacht haben, und doch kann keine Rede davon sein, dass sie zum Zwecke eines behaglichen und sicheren Lebens aller Menschen eingesetzt würde. In Europa, dem es ja immer noch vergleichsweise gut geht, ist die Arbeitslosigkeit auf Rekordhöhe angestiegen und steigt weiter, während die verbliebenen Inseln der globalen Wettbewerbsfähigkeit schon seit Jahren mit neuen, durch Arbeitsverdichtung verursachten Volkskrankheiten kämpfen: Vom Burn-out-Syndrom über den gewohnheitsmäßigen Psychopharmaka-Konsum bis hin zum plötzlichen Tod durch Überarbeitung.
Nun handelt es sich allerdings bei der von Russell konstatierten übertriebenen Arbeitsamkeit keineswegs bloß um eine einfach abzulegende, da obsolet gewordene Gewohnheit aus Zeiten, in denen es noch keine Maschinen gab. Tatsächlich wurde im Mittelalter, das die Arbeit als Selbstzweck nicht kannte, weniger gearbeitet als heute. Der Grund dafür ist simpel: Arbeit nach heutigem Verständnis, also die abstrakte, von ihrem Inhalt unabhängige Verausgabung von Arbeitskraft, ist historisch spezifisch. Es gibt sie nur im Kapitalismus. Die hier ja allgemein verbreitete Vorstellung, dass „jede Arbeit besser als keine“ sei, wäre in jeder anderen Gesellschaftsformation zurecht als völlig verrückt angesehen worden.
Diese Verrücktheit beherrscht als abstraktes Prinzip die gesellschaftlichen Beziehungen im Kapitalismus. Von kriminellen Aktivitäten einmal abgesehen, ist Arbeit – als eigene oder als Aneignung fremder Arbeit – das einzige Mittel, an der Gesellschaft teilzuhaben. Auf den Inhalt der jeweiligen Tätigkeit kommt es dabei nicht an; ob ich Kartoffeln anbaue oder Streubomben produziere, spielt keine Rolle, solange mein Produkt einen Käufer findet und so dafür sorgt, das aus Geld mehr Geld wird. Arbeit als Basis der Wertverwertung ist Selbstzweck und gesellschaftliches Zwangsprinzip, dessen einziger Sinn darin besteht, immer mehr „tote Arbeit“ als Kapital anzuhäufen.
Ein Zwang, dem alle gleichermaßen unterworfen sind, lässt sich nur dann dauerhaft aufrechterhalten, wenn die an ihn Gefesselten gelernt haben, ihre Ketten zu lieben. Auch darin unterscheidet sich die bürgerliche Gesellschaft von ihren Vorgängerinnen. Von Aristoteles über Augustinus bis zu Thomas von Aquin haben antike und mittelalterliche Philosophen die Muße und nicht etwa die Arbeit als Weg zum guten Leben propagiert:1
Es gilt als ausgemacht, dass die Glückseligkeit sich in der Muße findet. (Aristoteles, 384 - 322 v. Chr.)
Arbeit und Tugend schließen einander aus. (Ders.)
Bei der Muße soll nicht etwa träges Nichtstun locken, sondern das Erforschen und Auffinden der Wahrheit. (Augustinus, 354 – 430)
Es ist also zu sagen, dass das beschauliche Leben schlechthin besser ist als das tätige Leben. (Thomas von Aquin, 1225 - 1274)
Müßiggang ist Sünde wider Gottes Gebot, der hier Arbeit befohlen hat. (Martin Luther, 1483 - 1546 )
Es ist von der größten Wichtigkeit, daß Kinder arbeiten lernen. Der Mensch ist das einzige Tier, das arbeiten muß. (Kant: Über Pädagogik, 1803)
Die größte moralische Vollkommenheit des Menschen ist: seine Pflicht zu tun. Und zwar aus Pflicht. (Ders.: Metaphysik der Sitten, 1797)
Es gibt nur eine Ausflucht vor der Arbeit: Andere für sich arbeiten zu lassen. (Ders.: Kritik der Urteilskraft, 1790)
Unter den drei Lastern: Faulheit, Feigheit und Falschheit scheint das erste das Verächtlichste zu sein. (Ders.: Anthropologie in pragmatischer Hinsicht, 1798)
Man erkundige sich nur näher nach den Personen, die durch ehrloses Betragen sich auszeichnen! Immer wird man finden, dass sie nicht arbeiten gelernt haben oder die Arbeit scheuen. (Fichte, Reden an die deutsche Nation, 1807)
Jeder muss von seiner Arbeit leben können, heißt der aufgestellte Grundsatz. Das Lebenkönnen ist sonach durch die Arbeit bedingt, und es gibt kein solches Recht, wo die Bedingung nicht erfüllt worden. (Fichte, Grundlagen des Naturrechts nach Prinzipien der Wissenschaftslehre, 1796)
In den heißen Ländern reift der Mensch in allen Stücken früher, erreicht aber nicht die Vollkommenheit der temperierten Zonen. Die Menschheit ist in ihrer größten Vollkommenheit in der Rasse der Weißen. Die gelben Indianer haben schon ein geringeres Talent. Die Neger sind weit tiefer, und am tiefsten steht ein Teil der amerikanischen Völkerschaften. (Kant: Physische Geographie, 1802)
Der Barbar ist faul, und unterscheidet sich vom Gebildeten dadurch, daß er in der Stumpfheit vor sich hin brütet, denn die praktische Bildung besteht eben in der Gewohnheit und in dem Bedürfen der Beschäftigung. (Hegel: Grundlinien der Philosophie des Rechts, 1820)
Es ist die Wut des weißen Arbeitsmannes über den selbst auferlegten Zwang, die sich hier ausagiert. Sie richtet sich gegen alles, was diesem Zwang nicht zu unterliegen und ein Leben ohne Arbeit zu führen scheint: Gegen die Frauen, die in dem von der Arbeit abgespaltenen Privatbereich der bürgerlichen Familie für das „eigentliche Leben“ zuständig sind; gegen jede Art Volk (die Zuschreibungen sind hier vielfältig), dem sich ein Leben in Saus und Braus ohne Arbeit andichten lässt; und gegen das „raffende Kapital“, das sich den von anderen geschaffenen Mehrwert ohne eigene Arbeit aneigne. Die modernen Ideologien des Sexismus, Rassismus, Antiziganismus und Antisemitismus sind auch im Arbeitsethos fundiert.
Seit den 1970er Jahren haben die mikroelektronischen Rationalisierungspotentiale in immer stärkerem Maße die Arbeit aus dem Produktionsprozess verschwinden lassen und den Kapitalismus damit in die Krise geführt. Gleichwohl hat sich der innere und äußere Zwang zur Arbeit nicht verringert, sondern durch die zunehmende Verknappung der „Arbeitsplätze“ sogar verschärft. Die Bedingungen für die Herausgefallenen sind härter geworden: Es sind inzwischen zu viele, als dass sich ihre menschenwürdige Versorgung mit der Aufrechterhaltung der globalen Wettbewerbsfähigkeit noch dauerhaft vereinbaren ließe. Der „Sachzwang, Menschen in Arbeit zu bringen“ (Angela Merkel), vernebelt schon die Problemwahrnehmung: Nicht das allmähliche Verschwinden der Arbeit sei schuld an der Arbeitslosigkeit, sondern die Arbeitslosen seien es, die daher mit allen zur Verfügung stehenden Zwangsmitteln in gar nicht mehr existente Arbeit gebracht werden müssen. Ähnliches vollzieht sich auf europäischer Ebene: Den ins Hintertreffen geratenen „Pleitestaaten“ werden Austeritätsprogramme aufgezwungen, auf dass sie, ist das Tal der Tränen erst durchschritten, wieder wettbewerbsfähig werden. Das ist so aussichtsreich, wie es ein Versuch des Deutschen Fußballbunds wäre, durch geeignete Trainingsprogramme alle achtzehn Bundesligavereine auf die vier vorhandenen Champions-League-Plätze zu hieven.
Offenbar kann die Lösung nur in der Abschaffung der Arbeit liegen, was freilich die Abschaffung des Kapitalismus bedeutet. Dagegen steht auch das über mehrere Jahrhunderte andressierte Arbeitsethos:
Man wird behaupten, daß wohl ein wenig Muße angenehm sei, daß die Leute aber nicht wüßten, womit ihre Tage ausfüllen, wenn sie nur vier von vierundzwanzig Stunden arbeiten würden. Soweit das in der modernen Welt zutrifft, ist damit unserer Zivilisation das Urteil gesprochen; für jedwede frühere Epoche hätte es nicht gegolten. (Bertrand Russell: Lob des Müßiggangs, 1932)
Langfassung des unter dem Titel „Zwang und Ethos“ in konkret 5/2012 erschienenen Textes

ClausPeter Ortlieb

jeudi 31 mai 2012

« Cette utopie collective n’est pas morte, les yeux brillent encore »



A propos de TEKNO et Free Party


Il est dommage que les Free teufeur n'aient pas étudié les mécanismes de la répression utilisés contre les squatteurs et Autonomes des années 70/80, ils auraient compris à quelle sauce les polices les mangeraient car c'est la répétition des mêmes principes qui sont utilisés contre tous les undergrounds (Rap, Rock alternatif, punk, Free party et Ravers sauvages...)
C'est dès le début des années 90 que la répression les a ciblés en priorité avec l'éternel Damoclès des "Drogues" (comme la Poudre était le fil rouge des squats parisiens en 78/79).
La répression a effectivement écrémé le mouvement TEKNO qui caillait comme un mauvais lait et donné par exemple TecknoPlus et les groupes Tekno Autonomes qui officient dans les démarches les plus radicales de ce mouvement.
Le fait qu'ils soient capable de répondre aux critiques de PMO est plutôt bon signe et annonciateur d'un dépassement du "Gros Son" pour aller vers des créations de situations auto-critique et créative. Plus de fluidité et moins de récupération genre Livre des Records du nombres de bisounours attirés comme des mouches par le battage médiatique autour des Technivals qui ne sont que des braderies pour drogues invendues...
Finalement c'est la répression elle-même qui permet de casser les "séparations" lorsque les ciblés s'aperçoivent qu'ils ont en commun avec d'autres les même ennemis et le même système.
La séparation est comprise dans l'acte créateur lui-même de ces mouvements mais les undergrounds sont fait pour se rencontrer se renforcer mutuellement et entamer des dépassements.

[Free Party] 

« Cette utopie collective n’est pas morte, les yeux brillent encore »


Ils ne voulaient pas d’argent. Ni transiger avec les autorités. Ni écouter de la musique insipide produite au kilomètre. Ils voulaient l’improvisation et la folie, l’enthousiasme et le plein air. Leurs fêtes étaient libres, rebelles et illégales, sans règles imposées. Retour sur l’explosion d’une contre-culture, avec Guillaume Kosmicki, auteur de Free Party. Une histoire, des histoires.

Dans les années 1990, les enfants de la tekno [Oui, avec un « k ». Le terme « techno » est réservée au versant plus officiel du genre.], activistes de la free party, ont organisé certaines des plus classieuses fêtes de tous les temps. Mais au cours des années 2000, l’utopie a pris du plomb dans le son. Trop de monde, d’attention médiatique. De flics et de marchands du temple. Plus assez de politique, de valeurs partagées. Les folles fêtes se sont faites conformes et mortifères.

Le mouvement free party n’est pas mort, pourtant : dans les campagnes, les forêts, les failles urbaines, il bouge encore. Et certains n’ont jamais cessé de danser, bien décidés à ne rien lâcher. Guillaume Kosmicki, ancien activiste et musicologue, en dresse le joli constat dans Free Party. Une histoire, des histoires (éditions Le mot et le reste [Guillaume Kosmicki y a aussi publié Musiques électroniques : Des avant-gardes aux dance floors (2009). Ainsi qu’une préface aux Sermons Radiophoniques (2011), compilation de textes d’Hakim Bey]). L’ouvrage, qui compile des dizaines de témoignages, trace le beau (et parfois triste) panorama de plus de quinze ans d’utopie tekno, par la voix de ceux qui y ont participé. Et n’omet pas une certaine déception – révolution teknoïde avortée. Bilan.

Ta première fois ?

C’était en 1994. Étudiant à Aix-en-Provence, je rentrais à la cité U avec des amis, après une soirée en ville. Il était tard, on marchait en bord de route ; un camion s’est arrêté. Les mecs nous ont donné un flyer, juste comme ça. Il s’agissait des Psykiatriks, l’un des premiers sons français, des Parisiens versés dans le hardcore [Hardcore et hardtekno sont des variantes musicales, plutôt rapides et agressives, de la tekno].

J’y suis allé, à cette fête. Et j’ai pris une claque. Une vraie claque. À cause de la manière dont les choses se goupillaient. Du fait de débarquer dans un endroit pas du tout prévu pour ça, sans aucune des normes habituellement imposées – pas de droit d’entrée, de videurs ou de service de sécurité, de lieu officiel. Et de la musique qui ne paraissait respecter aucune règle, libre d’emprunter, de mélanger et fusionner.


2001 : les Heretik organisent une free party dantesque à la Piscine Molitor, en plein 16e arrondissement de Paris.

J’ai pris le train en marche. On se retrouvait alors en pleine cambrousse, ou dans des hangars abandonnés, des endroits parfois totalement fous où régnait une liberté incroyable. Il n’y avait pas vraiment de début ou de fin, pas de concert ni de scène ou d’artiste star. Juste un truc qui se faisait, où tout le monde semblait avoir un rôle à jouer. Chacun acteur. Les musiciens, peu visibles ou même cachés, n’étaient jamais en position de performance spectaculaire. Ça participait de l’utopie de la fête, cette espèce de communion partagée par tant d’inconnus issus de milieux différents. Toute une faune éparpillée dans ses goûts et ses délires, et se retrouvant pourtant avec le même plaisir.

Tu t’y es investi à fond ?

Avec plusieurs casquettes. Teufeur, bien sûr. Musicien, aussi, au sein d’Öko System. À l’époque, j’étais plutôt axé hard, expérimental, voire parfois hardcore ou hardtek, mais jamais trop dans les rails. On se produisait parfois avec un ami qui venait du jazz, et qui joue aujourd’hui sous le nom Mekanik Kantatik ; c’était toujours très chaotique, avec des textures un peu distordues et un son agressif. Il y avait beaucoup d’improvisation ; il arrivait même qu’on perde les gens en route…

J’étais aussi observateur. En 1995, je suivais un cursus de musicologie, et un prof m’a poussé à travailler sur les free parties. Il pensait à raison que cela pouvait faire un bon sujet d’enquête. Je débarquais donc en teuf avec mon petit calepin et mon enregistreur. Parfois, je m’amusais ; à d’autres moments, j’étais plus sérieux, façon observation participante. Au fond, on peut dire que je n’ai jamais cessé ce travail commencé en 1995 – je continue aujourd’hui à réfléchir sur le mouvement des free parties, j’écris, je donne des cours ou des conférences.

Ce qui nous amène à ton ouvrage, Free Party. Une histoire, des histoires…

J’avais déjà écrit quelques articles sur le sujet, plutôt scientifiques, avec un regard assez distancié. Mais pour ce livre, je ne voulais pas d’un ton univoque, façon cours magistraux. Et encore moins d’une quelconque objectivité : ce mouvement, j’en suis. Je me refusais aussi à dresser une histoire officielle de la free party – celle-ci n’existe pas. En fait, ce sont les trajectoires individuelles qui m’intéressaient. Avec l’idée qu’elles participent toutes d’une grande et multiple histoire, d’un mouvement très divers qui existe depuis plus de 15 ans.


J’ai donc recueilli une quarantaine de témoignages. Ceux d’anciens, actifs au milieu des années 1990, ou de plus jeunes, de membres de sound systems [Sound system ou « son » : collectif constitué autour d’un matériel de sonorisation et organisant des fêtes] ou d’électrons libres, de musiciens ou de teufeurs, d’anonymes ou de gens un peu plus connus. Certains ont participé à des sons restés plus ou moins mythiques – Spiral Tribes [Collectif tekno actif au Royaume-Uni de 1990 à 1993. Face à une répression très dure, des membres des Spiral Tribe ont gagné la France en 1993. Ils y ont joué le rôle de tête de pont du mouvement tekno, alors tout juste émergent. Et en gardent une aura mythique.], Facom Unit, Tomahawk, Sound Conspiracy ou Heretik. Beaucoup se sont investis sans compter, montant des sons, prenant la route en camion, en mode travellers, ou vivant en squats. D’autres se sont « contentés » d’aller danser chaque week-end. Mais tous sont traités sur un pied d’égalité, sans hiérarchie, qu’ils aient découvert la teuf en 1994 ou s’y soient mis après 2000. Ce qui m’importe, c’est la façon dont la free party a changé leur vie.

Elle-même a changé. Pas forcément en bien, d’ailleurs…

Je situerais la cassure en 1998-99, quand le public a commencé à débarquer de façon massive. Là, les choses ont en effet commencé à changer, une part croissante des teufeurs se comportant en consommateurs. Ils ne cherchaient plus à s’investir, à participer d’une manière ou d’une autre.

Il y a quelques signes assez marquants de cette évolution. En 1999, les premiers stands de merguez, présents d’ordinaire sur les marchés ou les fêtes foraines, se sont incrustés sur de gros événements. Ces gens n’avaient rien à voir avec le mouvement, ils étaient juste là pour écouler leur marchandise. Le signe évident d’une dégradation par rapport à l’idéal premier, qui veut que chacun soit autonome, prévoie de quoi boire et manger le temps de la fête. Où est le do it yourself quand tu peux acheter ton sandwich à prix fixe, à un mec dans une guérite ?

Et puis, il y a eu aussi l’arrivée massive de dealers. La drogue a toujours été présente, et le deal également – les produits psychotropes participent de la fête tekno, de son côté hédoniste. À une époque, certains sons en vendaient d’ailleurs eux-mêmes, pour s’autofinancer. Mais l’arrivée du deal en masse, avec de gros trafiquants écoulant leurs produits à la criée, a eu un effet très négatif. Minh-Thu, activiste marseillaise, remarque ainsi dans le livre : « Les deux dernières teufs que j’ai faites m’ont éloigné de tout ça : je me suis tapé un kilomètre à pied dans un supermarché de la drogue, avec des personnes qui n’avaient rien à voir avec le mouvement et qui en ont profité pour se faire des couilles en or […]. Je ne l’avais pas vu avant, j’ai percuté en 99. »

Le comportement des participants s’est aussi modifié. On a vu de plus en plus de gens qui, après une nuit ou quelques jours de fête, abandonnaient tous leurs déchets par terre. Laisser ses poubelles sur place parce qu’on sait que quelqu’un va les ramasser : quoi de plus consommateur ? Les mêmes ne cherchaient pas à sortir des sentiers battus, à faire des découvertes musicales. Et ils sifflaient le Dj quand ils le jugeaient trop expérimental ou trop mou ; pas assez conforme, en somme.

La fête libre devenait normée ?

C’était sans doute fatal. Tout mouvement, même très ouvert à la base, finit par se fabriquer des codes. Ce n’est pas que péjoratif : ceux-ci participent de la culture. Mais s’ils deviennent monolithiques et impératifs, si la personne qui n’est pas habillée en kaki des pieds à la tête [Au cours des années 2000, l’uniforme kaki-casquette s’est généralisé chez les teufeurs] et qui n’adopte pas une attitude plutôt dure a droit à des regards de travers, ça devient beaucoup moins sympathique. Comme le remarque Vincent, teufeur des débuts : « Les choses prédéfinies ont une tendance à l’intolérance. À partir du moment où la free party s’est définie elle-même en disant ’On est ça !’, elle est devenue intolérante.

Teknival

Il y a ainsi eu, au début des années 2000, une période assez déprimante. Ça tournait en rond, et le public en était partiellement responsable. Il était désormais trop massif pour qu’il soit possible de partager avec lui certaines valeurs. Et il était aussi trop pressé d’en être, de trouver comment ça marche : il se reportait sur les codes les plus basiques.

Mais le public n’est pas seul en cause : certains sons n’ont clairement pas transmis le bon modèle. Eux aussi se sont comportés de façon trop stéréotypée, dans la musique comme dans l’attitude. Pour certains, le fait d’organiser une teuf se suffisait à lui-même – il n’y avait plus de réflexion artistique, musicale ou politique. Et une bonne partie des sound systems les plus connus se sont lancés dans une course en avant ; il fallait organiser les plus grosses fêtes, avec des murs de son [Soit l’empilement d’enceintes assurant la sonorisation d’une free party] démesurés. Spectaculaire, mais triste.

Pour parfait symbole de la période, d’immenses teknivals [À l’origine, free party géante, réunissant plusieurs – et jusqu’à plus d’une centaine – sound systems différents] réunissant des dizaines de milliers de personnes…

Les activistes de la free ont toujours voulu partager leur culture. Faire venir le plus de monde possible, avec un côté parfois prosélyte. Les Spiral Tribes ont même distribué des flyers dans le métro parisien, au début des années 1990…

Mais quand il y a trop de monde, ça devient ingérable. Les gens se montrent responsables quand ils ne sont que quelques centaines ; ils s’en fichent quand ils se comptent par milliers. En mai 2004, le teknival de Chambley, organisé sous l’égide de Sarkozy, a rassemblé près de 95’000 personnes… Ça n’avait plus de sens.

Les médias ont joué un rôle dans cette course au gigantisme. Rien de très neuf : les premiers articles très négatifs sur les raves [À la différence des free, les raves sont organisées légalement, avec un prix d’entrée fixe] sont parus dans les journaux français en 1992-93. Alors même qu’une culture très forte voyait le jour, avec des gens lançant des associations et initiant des projets passionnants, les médias et les autorités ont participé d’une même répression, qui a largement tué dans l’œuf ce premier élan. Ils ont joué la diabolisation, certains allant jusqu’à faire le lien entre danseurs et nazis. Cela explique en partie la faiblesse de la culture rave en France.

Les médias ont ensuite embrayé sur les free parties – particulièrement à partir de 2001. Ils en ont fait des tonnes, notamment à la télé, et ont traité le mouvement de façon idiote, avec des raccourcis et des préjugés permanents. Cette alliance d’une couverture médiatique massive et d’une dramatisation inepte a paradoxalement donné envie à beaucoup de jeunes d’aller faire un tour en teuf. C’était the place to be, le public accourait parce qu’il en avait entendu parler au 20 Heures et qu’il voulait découvrir en quoi ça consistait, et non plus parce qu’il croyait à certaines idées. Dans ces phénomènes de masse ingérables, la culture free party s’est noyée ; il ne restait plus que des milliers de personnes, trop souvent là pour de mauvaises raisons.

Les choses se sont ensuite un peu calmées. La répression très dure lancée en 2001 contre les free parties a sans doute contraint le mouvement à se replier sur lui-même…

Il faut préciser le contexte. Nous sommes en 2001, le gouvernement Jospin fait passer la Loi sur la sécurité intérieure (LSQ). Laquelle comprend un amendement dirigé contre les free parties, déposé initialement par le député RPR Thierry Mariani : il impose une déclaration préalable en préfecture, sous peine de saisie du matériel. Dans le livre, un teufeur, Olive, explique : « Mariani […] est notamment le mec qui défend le milieu des boîtes de nuit. Il était réputé pour être un connard fini, utilisé pour lancer à l’Assemblée les débats sur les sujets les plus chauds. Il s’est emparé de ça, et ça a commencé à baver grave, on s’en est pris plein la gueule. » L’application de son amendement a entraîné des dizaines et dizaines de saisies, sans pour autant permettre aux sound systems d’organiser des événements de façon légale : tout était fait pour que les fêtes n’aient plus lieu. En arrière-plan, les violences policières, la chasse aux Teufeurs et une répression permanente.

En tant que telle, cette loi est liberticide et scandaleuse. Mais de façon paradoxale, elle a peut-être fait du bien au mouvement sur le long terme. Parce qu’elle a mis fin aux rassemblements gigantesques et aux débordements qui les accompagnaient, enclenchant une décrue du nombre de participants. Py, du sound system breton Mandragore, note ainsi qu’on est depuis « revenus à des soirées beaucoup plus petites, plus confidentielles, peut-être plus ’underground’ ». Pas faux.

La free n’est pas morte, alors ?

Bien au contraire ; et j’espère que cela ressort du livre. J’ai été très surpris de constater l’enthousiasme de jeunes sound systems – disons, ceux nés après la loi de 2001. En Bretagne, c’est le cas de sons comme Epsylonn-Otoktone ou Mandragore : ils font preuve de la même ferveur que leurs aînés des années 1990, leurs fêtes sont colorées et ouvertes, la musique y est variée et inventive. S’il y a eu une large désillusion autour de ce mouvement, certains se battent encore pour lui. Et ils ont su garder ce désir de mélanger les cultures, de mettre tout le monde à égalité, de voyager pour faire découvrir la musique… Cette utopie collective n’est pas morte, les yeux brillent encore. L’immédiatisme a toujours de l’avenir.

L’immédiatisme ?

Il s’agit d’un concept artistico-politique basé sur la création collective et développé par Hakim Bey, l’auteur de Zone d’Autonomie Temporaire, TAZ – livre ayant énormément marqué le monde de la free. Pour résumer, l’immédiatisme prône la distance avec la médiation : il faut privilégier les activités artistiques qui y ont le moins recours, les pires étant celles qui passent par la télévision, et réintégrer l’art dans le quotidien.

Hakim Bey explique donc qu’il convient de se passer de toute médiation au profit de l’intervention collective directe. Selon lui, « il faut sortir de l’héritage du Néolithique », qui a mené au partage du travail et aux sociétés industrielles, « pour renouer » avec la manière dont les hommes pratiquaient l’art au Paléolithique. Revenir à des pratiques collectives et « préservées par le secret », en réinventant une économie du don.

Ce concept entre en concordance avec nombre d’idées portées par le mouvement free party. Notamment parce que la composition d’une œuvre y est éminemment collective. Tu pars d’un sample pris sur un morceau qui n’est pas le tien, tu composes avec ce sample un nouveau morceau, et un autre Dj va le mixer avec d’autres morceaux qu’il n’aura pas créés non plus. Il s’agit d’une chaîne de création, dans laquelle chacun a un rôle à jouer et où la propriété intellectuelle ou artistique n’a plus cours. Tout le monde amène sa petite pierre à l’édifice, poursuivant l’œuvre collective. Mais Hakim Bey ne le verrait sans doute pas totalement ainsi ; lui refuse l’ordinateur et les nouvelles technologies.

Le collectif anti-productiviste Pièces et Main d’Œuvre (PMO) vient justement de publier Techno, le son de la technopole [Éditions L’échappée, 2011], ouvrage très critique sur l’utopie tekno. Ils écrivent notamment : « Non seulement les beats électroniques ne suppriment en rien l’aliénation à la machine, mais ils accompagnent l’émergence du capitalisme high-tech, partageant sa soumission à la tyrannie technologique, son projet de monde hors-sol et sa fabrique de l’homme-machine post-moderne. »

J’ai parcouru Le Son de la technopole, et je ne suis pas d’accord avec ce que j’ai lu. Dans leur composition, les morceaux teknos sont – c’est vrai – une imitation de la machine omnipotente, celle qui écrase. La machine est un outil d’oppression, le philosophe Jürgen Habermas en parlait déjà dans les années 1960, analysant sous cet angle la technologie et la communication.

Il est aussi vrai que dans le milieu tekno, on s’abreuve littéralement de bruits oppressants et répétitifs, assez semblables à ceux d’une usine. Et on le fait en masse, devant un grand totem d’où a complètement disparu l’être humain – la plupart du temps, le Dj se cache ; et même s’il est devant nous, on ne le regarde pas. Mais à la différence de PMO, j’estime que ce dispositif a pour but de jouer avec la domination, et de la critiquer. Dans un très grand nombre de morceaux teknos, le rôle du break est essentiel – plantades, cassures, suspensions, ralentissements et accélérations font la musique. La machine est sans cesse contrainte. Et ce sont justement les instants où elle est mise à mal qui déclenchent le plaisir des danseurs.

La machine n’est finalement centrale qu’en ce que le battement du beat, ce boum-boum, évoque celui du cœur. Elle n’existe que tant qu’elle est humaine, et qu’elle se plante à répétition. Tant qu’elle est à notre image. Elle n’est plus seulement mécanique, mais aussi organique. C’est d’ailleurs le message que portaient au début les Spiral Tribe, qui revendiquaient l’alliance entre la technologie et la nature.    


                                                                                            Guillaume Kosmicki

Cet entretien a été publié dans le huitième numéro de la version papier d’Article 11, en février 2012.
http://www.article11.info/?Guillaume-Kosmicki-Cette-utopie#pagination_page

dimanche 27 mai 2012

Québec: Ça fait juste commencer les amis. Check it out


La longue grève des étudiants québécois ne rencontrait à ses début qu'une sympathie modérée de l'opinion publique encore embrumée par le souvenir de l'ancien statut étudiant que la crise a liquidé.
Il ne s'agit plus d'une future élite endettée et assuré des meilleurs places dans la société québécoise mais comme en Europe d'une armée de mendiants bradé au capitalisme universitaire et que l’État "Libéral" ne veut plus prendre a sa charge.

Les  75% d'augmentation des frais d'inscription ont au moins le mérite de mieux enchaîner ces consommateurs turbulents que sont les jeunes pour en faire de parfait salariés et citoyens responsables...
Mais l'outil répressif canadien est dirigé par de tels ringards que d’erreurs en conneries une sympathie nouvelle se construit dans la population a chaque mauvaise décision des autorités et par ce coté cela ressemble furieusement au début du Mai68 français.

Interdiction de porter des masques à Montréal, interdiction de manifester pendant un an sous peine d'amendes faramineuses n'ont pas impressionné les contestataires mais propagé la révolte à l'ensemble de la société et grandement fatigué les polices locales qui doivent chasser du manifestant toutes les nuits dans le labyrinthe urbain de Montréal. La créativité de ce mouvement se nourrit de tous ceux qui l'ont précédé ces dernières années, source inépuisable de réjouissance spontanées comme les concerts de casseroles la nuit ou coups d'audace payant comme les 3 fumigènes bloquant le Métro aux heures de pointes et provoquant le Chaos dans la ville entière suite à la fermeture totale du réseau. La liste est longue des opérations réussit qui attirent de plus en plus de participants.
Plus que des pôles de radicalité c'est l'ampleur des rassemblements qui provoque un effet Boule-de-neige dans tous le corps social, se redécouvrant dans sa pleine force en tant que tout détenteur du seul et vrai pouvoir, face au néant prétentieux d'un gouvernement de Techno-Gérontocrates dépassés depuis le début et incapables de sortir du piège qu'ils ont eux-même construit.
La suite reste à écrire et tout est désormais possible sauf un échec du mouvement.



Grand Tintamarre Saint-Denis et Saint-Zotique

Mardi soir, tout de même, une nouvelle pratique s’est diffusée dans tout Montréal (et probablement ailleurs) qui produit déjà autre chose. Aux coups de huit heures (20h), des gens sortent de partout sur leurs balcons en cognant sur leurs casseroles, comme en Argentine, en Islande etc. Du coup, dans certains coins de la ville, ça a déjà donné lieu à des petites manifs ou assemblées de quartier spontanées. De là peut-être quelque chose peut commencer à prendre forme qui ne serait plus soumis à l’initiative des seules associations étudiantes et à leur temporalité syndicaliste.

Ça fait juste commencer les amis. Check it out.


[« La fête, la vraie fête »] Des lois spéciales, et du feu !

En passant sa loi 78, Charest qui voulait à tout prix réduire le mouvement à une pleurnicherie d’étudiants gâtés, aura bientôt réussi a faire du carré rouge le symbole d’un mouvement général pour sa destitution. Plus que jamais, ça n’est plus qu’une affaire de frais de scolarité, et un paquet de monde en est bien conscient.

Avec la nouvelle marge de manœuvre de la police, il ne manque plus qu’un couvre-feu général pour avoir vraiment le style « loi martiale ». Or, le couvre-feu est déjà une réalité pour des dizaines voire des centaines d’arrêtés qui ont été relâchés sous des conditions très strictes, et contre des cautions allant parfois à plus de 10’000 $.
L’ambiance est de plus en plus celle de la perte de contrôle, de la grécification de la situation. L’économie québécoise n’est pas aussi ouvertement agonisante que chez nos amis les Hellènes, mais depuis vendredi, on a aussi droit à l’éclairage aux cocktails molotovs.  Samedi soir, c’est la rue St-Denis, prise par la fête, la vraie fête, qui a été littéralement allumée. Des milliers de gens se sont retrouvés à chanter et danser autour d’un feu de plusieurs mètres de haut, qui a brûlé plus d’une demi-heure. Après une première dispersion, les flics sont repartis rapidement vers d’autres lieux de tumulte dans la ville. Mais quelques minutes plus tard déjà, une nouvelle marée humaine inondait tout le bas de la rue St-Denis pour venir voir ce feu dont la rumeur s’était répandue sur la ville. Devant le reste de cendres fumantes, il n’y avait qu’un moyen d’être sûr de n’être pas venu pour rien. Quelques instants auront suffi pour que deux nouveaux feux de joie, plus gros encore, soient rallumés. La proximité de chantiers de construction pourvoyait l’essentiel des matériaux à brûler et ceux qui ont servi à ériger des barricades sur trois des intersections.

Dimanche, une autre nuit d’émeutes et de saccage en règle des chars de popo. Cette fois, plutôt que le feu, ce fût l’eau : sur St-Denis encore, une borne d’incendie est ouverte full blast, offrant l’occasion de se rafraîchir en cette soirée de canicule. Puis ça y est, encore 300 arrêtés, et avec les nouvelles dispositions des flics, les prix des amendes distribuées a été multiplié par cinq. Soit 300 × 635 $. Mais ça ne paye pas le coût des opérations.

Avec les nouvelles mesures de répression, tout manifestant étant d’emblée illégal, les « blacks blocs » apparaissent pour plusieurs non plus comme les irresponsables qui mettent en péril la manif, mais comme les seuls qui peuvent la protéger contre les assauts de la flicaille.

samedi 26 mai 2012

Vandalisme Tranquille

Ou acte malveillant de terroristes cruels Anarcho-Autonomes voulant se venger de l'ancienne  Présidence de la Croix-Rouge française de 1989 à 1992 Georgina Dufoix.  
Connue aussi pour son pantouflage éhonté comme Déléguée générale à la lutte contre la drogue et la toxicomanie (de 1989 à 1993), période des OD mortelles maximum et son rôle inoubliable dans l'affaire du Sang Contaminé...
".../...Georgina Dufoix a été relaxé le 9 mars 1999 de l’accusation d’homicide involontaire. La totalité des acteurs de cette époque, médecins, administratifs, politiques n'ont pas été jugés coupables au motif que les connaissances scientifiques de l’époque ne permettaient pas de prendre d’autres décisions...": « responsable mais pas coupable ».
Excellente vendeuse de scanners israéliens hors de prix au marché captif des hôpitaux.

vendredi 25 mai 2012

Législatives et vote par Internet en France


Les ratés du "Vote des français de l'étranger par internet" sont normales.


Comme il est de tradition en France les systèmes informatiques des services de l’État et des grandes entreprises sont aux mains de marchés captifs.
Si depuis plus de 30 ans administrations et entreprises vont d'échecs en échecs et se couvrent de ridicule, cela n'a rien à voir avec des compétences informatiques mais tout à voir avec le système français de réseaux occultes qui structurent l'ensemble de ce pays.
Qu'importe en effet que l'on vous pose deux fois la même question stupide dans le même formulaire ou que les personnels soient ridiculement sous-formés, l’essentiel n'est pas là.
On donnera toujours le marché à des amis plus onéreux et moins compétent mais qui renvoient l’ascenseur et permettent les financements occultes indispensable à l'ensemble capitaliste français. 
C'est plus cher, c'est moins performant mais les rétro-commissions sont juteuses et le reste n'a pas d'importance...
Le PPF (Parti Pirate Français) a donc parfaitement tord d'essayer de démontrer les choix calamiteux du vote électronique, rien ne changera jamais dans ce paradis capitaliste qui satisfait pleinement ceux qui le dirige et le dirigeront jusqu’à la fin.
La seule attitude "Responsable" est de construire en dehors du système capitaliste et contre lui en essayant de survivre à son effondrement.
Tout le reste est baliverne.

Comment  donner 100% à Cheminade par exemple ?


mercredi 23 mai 2012

Photographie politique


"La préfecture de police, au service du public de l'agglomération parisienne"

 

"La direction du renseignement"

"Face à la montée des violences urbaines, aux nouvelles formes d’extrémisme politique ou à la persistance de la menace terroriste, la direction du renseignement est un rouage essentiel de la sécurité de la capitale et de la région francilienne. Connaissance, analyse et anticipation de tous ces phénomènes constituent ainsi le fondement sur lequel l’ensemble des services de la préfecture de police peut s’appuyer pour mener à bien ses missions opérationnelles."

"Prévenir le terrorisme"

"La lutte contre les extrémismes à potentialités violentes et le terrorisme, en particulier l’islamisme radical, est l’une des priorités de la direction du renseignement. Les investigations visent principalement à déjouer les projets d’attentats et à démanteler les filières d’acheminement des jeunes vers les zones de combat. Les recherches portent également sur le soutien logistique et financier que certains groupes ou individus sont susceptibles d’apporter à des structures terroristes et sur le prosélytisme en faveur du djihad exercé par certains. Ce travail peut déboucher sur la mise en cause judiciaire des individus ou des groupes qui se livrent à de telles activités et conduire à l’expulsion d’islamistes jugés dangereux.
Cette mission de renseignement intérieur est menée en étroite collaboration avec la section spécialisée de la brigade criminelle et les services de la direction centrale du renseignement intérieur participant à l’unité de coordination et de liaison antiterroriste (Uclat)."
 Bla blabla bla....

 Au TGI de Paris une salle aménagé avec vitre sans tain permet de photographier discrètement. Presse, magistrats, avocats, parties civiles, témoins, familles...
Tout y passe.
Ces temps ci des "Anticapitalistes" sont la cible enfin surtout leurs "soutiens"...

Cette femme avait été surprise par les témoins du procès d'un ex-commandant de police et l'huissier de justice, au moment où ils étaient entrés dans cette salle réservée aux témoins, d'où l'on peut observer à travers une glace sans tain les personnes venues assister au procès. Munie d'un appareil photo a objectif longue portée et de son trépied, elle avait expliqué être photographe amateur avant d'être sortie de la salle par l'huissier.

Cette policière, appartenant à la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris, selon cette source, était entrée dans "cette salle vide sans savoir qu'elle n'en n'avait pas le droit". En fait, à travers cette salle, la policière pouvait observer sans être vue les allées et venues du procès qui se tenait juste à côté, à la 10e chambre correctionnelle, celui d'"anticapitalistes" accusés d'appartenir à la mouvance "Anarcho-Autonome" et d'avoir planifié des actes criminels de terrorisme horrible et particulièrement sanguinaire.
Sont-ils sous les ordres du Chef d'Orchestre de Tarnac accusé d'avoir fait dérailler des centaines de Trains Fantômes ?
Ici deux agents de la "Direction du Renseignement" veillent à la bonne utilisation des préservatifs par des parisiens en galipettes, nouvelle forme d’extrémisme urbain:

Mais ou est la SONO ?
Rien n'a été tenté pour savoir de quelle nature exacte est le "Dispositif policier" d'ensemble et rien ne filtre sur la sonorisation des débats et des huis-clos...
L'indépendance de la justice ?

Et les désordres du "terrorisme"


lundi 21 mai 2012

Splendeurs et misères des travailleurs


Pour une critique de la masculinité moderne 1


La crise du travail est aussi celle de la masculinité moderne. Car le citoyen des temps modernes, dans le tréfonds de son identité, se constitue et se structure en tant que travailleur : cet être entreprenant, ce créateur agissant délibérément et rationnellement, efficace, pragmatique et toujours soucieux de ce que le résultat de ses efforts soit quantifiable. La « sueur de son front » n’est pas indispensable ; de ce point de vue, l’identité masculine moderne est assez permissive. Managers, consultants et fonctionnaires, en dépit de leur costume-cravate, se considèrent comme d’authentiques producteurs, au même titre, sinon davantage, que les ouvriers du bâtiment, des chaînes de montage ou du transport routier. Et s’il est vrai que ces dernières figures ne déclenchent plus depuis longtemps les vocations professionnelles masculines et échoient désormais à ceux qui ne parviennent pas à franchir les obstacles sociaux dans la course vers la catégorie supérieure des emplois de bureau, elles demeurent néanmoins et d’autant plus, sur le plan symbolique, des représentations de la vraie virilité. Prenez un gaillard musclé à demi nu brandissant une clé anglaise ou un lourd marteau, et campez-le devant le décor esthétisé d’un atelier automobile ou d’un haut fourneau, dont vous aurez soin d’agrémenter la propreté presque aseptique de quelques pittoresques taches de cambouis : vous obtenez l’icône de la masculinité moderne.
Les publicités pour les costumes de marque et les parfums pour hommes réactivent des fantasmes d’identification fermement et profondément ancrés dans la structure de l’identité masculine. Ainsi, le frêle et pâle employé de banque ou le directeur des ventes obèse, au souffle court, d’une fabrique de soda, peuvent eux aussi s’identifier à l’homme musclé. Du point de vue physique, ce dernier représente pour eux un rêve à jamais inaccessible ; mais psychologiquement parlant, ils voient en lui quelque chose de plus primordial : les muscles fermes et le corps d’acier sculpté incarnent l’affirmation du pouvoir. Pouvoir sur les autres, sur le monde et sur eux-mêmes. Certes, il peut sembler minable, le pouvoir qui se résume à diriger une poignée de salariés, à évincer un concurrent en lançant une nouvelle boisson gazeuse ou à réaliser un bénéfice supérieur à celui de l’année précédente. C’est en outre un pouvoir extrêmement précaire, toujours menacé et disputé ; car il ne dépend pas seulement de votre capacité (qui peut faire défaut à tout moment) à surclasser la concurrence, mais aussi d’une conjoncture économique sur laquelle l’individu n’a aucune prise. Du fait précisément de cette incertitude, une affirmation de soi permanente et agressive s’avère indispensable.
On ne peut donc pas dire que le corps bardé de muscles en tant que tel constitue l’homme moderne ; il est plutôt l’incarnation d’une fermeté relevant avant tout d’un état d’esprit et d’une préparation mentale. « Un homme, un vrai », se doit d’être dur envers lui-même comme envers les autres. Le biceps saillant symbolise le self-control, la discipline et le refus ; le pouvoir de la volonté sur son propre corps. L’esprit est tout disposé à obéir mais la chair est faible ; l’homme doit donc commencer par la dompter s’il entend maîtriser tout le reste. C’est ici que l’on s’écarte de l’ancienne notion d’un esprit sain dans un corps sain. Certes, celle-ci proclamait déjà la dissociation du corps et de l’esprit, mais leur relation équilibrée restait cependant à l’ordre du jour. En revanche, le point de vue moderne met l’accent sur la tyrannie de l’esprit qui soumet le corps à sa volonté. Le « libre arbitre », se rêvant détaché de toute sensualité, condamné à lutter contre elle en permanence justement parce qu’il la nie, et vivant dans une angoisse mortelle à l’idée qu’il pourrait perdre ce combat, constitue le noyau socio-psychique de l’individu mâle.

Le travail de désensualisation

Cette identité masculine moderne répond à la perfection aux exigences du travail dans notre société fondée sur la production généralisée de marchandises. Car le travail sous le capitalisme est, par essence, une forme d’activité désensualisée et désensualisante, et ce à plusieurs égards. En premier lieu, son but n’est pas la fabrication d’objets spécifiques mais la production de marchandises comme moyen permettant la valorisation du capital. Les biens ne sont donc pas produits pour leurs qualités sensorielles et matérielles, mais seulement dans la mesure où ils représentent une certaine quantité de valeur et contribuent ainsi à transformer une somme d’argent en davantage d’argent. A cet égard, la matérialité de la marchandise n’est qu’accessoire : un « mal nécessaire » (Marx), dont on ne peut malheureusement pas se dispenser, car alors le produit serait invendable. Deuxièmement, la production de marchandises va de pair avec une totale indifférence pour les ressources naturelles ; celles-ci n’importent, en définitive, qu’en tant que matière brute à exploiter, et continuent par conséquent d’être englouties avec la plus imperturbable inconscience, alors même qu’on sait depuis belle lurette que cela engendre d’épouvantables catastrophes menaçant l’existence de dizaines de millions de gens. Troisièmement, le travail sous le capitalisme est également une forme d’activité désensualisée en ce qu’il s’inscrit dans une sphère particulière et séparée des autres sphères de l’existence, une sphère astreinte uniquement à la logique de la rentabilité et de l’efficience, et où il ne reste pas la moindre place pour les fins, les besoins et les sentiments rebelles à cette logique.2
Quatrièmement, enfin, cette forme de travail ne se traduit pas uniquement par un mode de production historiquement spécifique : c’est l’ensemble du contexte social qu’elle détermine de manière tout à fait fondamentale. Ainsi, loin de se borner, sur un plan quantitatif, à transformer directement un nombre croissant de domaines de l’existence en secteurs économiques et en opportunités d’investissement, le travail dans la société capitaliste a surtout pour particularité de constituer le principe central médiatisant les rapports sociaux ; une médiation qui prend essentiellement la forme de l’objectivation et de l’aliénation. Car la construction de ces rapports ne se fait pas sciemment, par la concertation ou la communication directe ; c’est au contraire via l’interdépendance des produits du travail qu’ils se construisent : par le fait que les hommes, à la fois, se vendent en tant que force de travail, et produisent des biens qu’ils écoulent sur le marché en vue de réaliser un profit. D’une certaine manière, on peut donc dire que les gens communiquent entre eux à travers les produits du travail, conformément au code objectivé de la logique capitaliste. La médiation du travail n’est ainsi que la subordination des hommes aux lois tacites de la valorisation, qui possèdent leur dynamique automatique propre ; s’y opposer équivaut à s’insurger contre d’inviolables lois naturelles – alors même qu’il s’agit en réalité d’une forme de rapports sociaux.3

Le monde, ce corps étranger

Imposer aux quatre coins du globe cette forme historiquement inédite d’activité et de rapports sociaux n’aurait pas été possible sans la création d’un certain type anthropologique lui correspondant et garantissant son bon fonctionnement. Aucune forme relationnelle, fût-elle objectivée, ne peut exister indépendamment des individus sociaux ; il faut qu’elle passe sans cesse à travers eux et soit en permanence activement reproduite. Ce type anthropologique adéquat n’est autre que l’homme moderne, sujet du travail et de la marchandise, pour qui le monde se conçoit essentiellement comme quelque chose qui lui est extérieur, un corps étranger dans lequel il pénètre et évolue. Le rapport qu’il entretient avec son environnement social et naturel, avec les autres hommes, voire avec son propre organisme et les sensations qu’il éprouve, est un rapport aux choses. Des choses qu’il manipule, organise, considère de manière objective : des objets soumis à sa volonté. Il n’est pas jusqu’à ses émotions que le sujet moderne ne cherche à gérer et réguler sur le mode utilitariste. Et s’il échoue régulièrement dans ce projet, en dépit du nombre effarant de livres qui prétendent l’y aider, il n’est cependant pas près d’y renoncer.
La manifestation la plus symptomatique de ce rapport au monde et à soi réside certainement dans la vente par le travailleur de sa force de travail, qui entraîne la perte de la maîtrise de son corps et sa brutale soumission aux impératifs de la logique capitaliste. Et que celui qui travaille à son compte ne s’imagine surtout pas échapper à cette logique ; comme les autres, il est contraint de devoir faire abstraction de ses besoins sensoriels et des qualités physiques de la marchandise qu’il produit, laquelle ne représente pour lui qu’un moyen de gagner sa vie : de la valeur et rien d’autre. Comprenons bien, toutefois, que nous ne parlons pas d’un acte de soumission passive à une contrainte purement extérieure : la subjectivité moderne est structurée en fonction de cette contrainte. De cette façon seulement obtient-on qu’elle fonctionne sans relâche, qu’elle objective et s’auto-objective pour toute la durée du procès de travail, sans pourtant qu’aucun garde-chiourme armé d’un fouet soit nécessaire. La contrainte extérieure se double d’une contrainte intérieure. C’est précisément ce qui explique que le modèle objectivant d’action et de comportement ne se cantonne pas aux sphères du travail et de l’économie, mais imprime sa marque sur l’ensemble des rapports sociaux. Dans la mesure où la conduite qu’on attend de lui exige une tension et un effort constants, et où l’échec menace en permanence, à tel point que la pression se révèle à la longue insupportable, le sujet moderne du travail et de la marchandise éprouve une véritable haine envers les minables qui ne parviennent pas à s’adapter à cette double contrainte ou qui la refusent en bloc.4
C’est d’abord l’éthique protestante du travail qui éleva au rang d’idéal ce type anthropologique capable de se détacher de sa propre sensualité et de se penser lui-même comme l’agent d’une réussite sociale objectivée. A une époque où le mode de production capitaliste concernait à peine quelques îlots clairsemés sur l’océan de la société féodale, l’histoire des idées annonçait les exigences futures des rapports sociaux médiatisés par le travail et la marchandise, contribuant ainsi de façon non négligeable à leur diffusion et à leur généralisation. Dans la réalité, il fallut encore des siècles pour que le type d’homme satisfaisant à ces exigences se constitue et devienne la norme. Toute l’histoire de l’avènement et des premiers temps du capitalisme peut se lire comme celle d’un violent dressage – qui est à la fois un autodressage – des êtres humains, afin de les transformer en sujets du travail et de la marchandise, mais aussi, parallèlement, comme le récit de la résistance acharnée qui se dressa contre cette transformation, avant d’être finalement vaincue.
Le fait que, dans ce processus, la forme sujet moderne ait été bien déterminée également du point de vue sexuel, en sorte qu’elle corresponde à l’identité masculine moderne, s’explique en premier lieu par la longue période de domination patriarcale qu’avait connue l’humanité, domination que la société capitaliste prolongea à sa manière et transforma. Le paradigme identifiant l’homme à la pensée abstraite et la femme à une sensualité tout à la fois dévalorisée, désirée et combattue, suit une longue tradition : remontant au moins à la Grèce antique, il fut adopté par le christianisme, qui le consolida tout en le réinterprétant en fonction de ses besoins propres. Dans la société capitaliste, cependant, où la tendance à l’abstraction et à l’objectivation du monde devient le mode universel de socialisation, ce paradigme acquiert une importance nouvelle et centrale, dans la mesure où il entre fortement en résonance avec les fondements même de la structure sociale. Le dressage des hommes pour en faire les acteurs de l’objectivation plonge ses racines dans certains aspects de la structure de la masculinité patriarcale d’antan qui, outre une identification à la raison, abritait surtout une identification à la figure du guerrier, du conquérant brutal. Mais étant donné l’objectivation de tous les rapports sociaux modernes, ces figures sont rassemblées dans une forme particulièrement cohérente et compacte : « l’homme ».
Cette forme n’aurait pas pu s’imposer sans la création d’une contre-identité féminine réunissant à l’inverse tous les traits qui n’entrent pas dans le système de coordonnées de la construction identitaire masculine, dont, par conséquent, le sujet moderne ne peut tolérer la présence en lui et d’avec lesquels il doit faire sécession. Ainsi s’explique la construction de l’« autre » féminin : la femme sensuelle, émotive et impulsive, incapable de penser logiquement ou de planter un clou dans le mur mais soucieuse des enfants, du ménage et du bien-être de « son » homme. Outre qu’elle stabilise l’identité du sujet mâle, l’invention de cet « autre » instaure et légitime une division sexuelle du travail parfaitement adaptée à l’entreprise capitaliste, puisqu’en libérant le travailleur des tâches de la vie quotidienne, elle lui permet de se consacrer pleinement au travail et à la production de marchandises.5

Le travailleur à l’heure de la crise

Aujourd’hui, bien que ce carcan identitaire féminin soit remis en cause à la fois par le mouvement féministe et par la large implication des femmes dans le procès de travail capitaliste, il reste malgré tout étonnamment présent et inscrit au cœur même de ce procès. D’une part, en effet, si un certain nombre de femmes ont conquis des positions de pouvoir dans la société, elles n’y sont parvenues qu’au prix d’une adaptation aux standards masculins en matière de travail, de concurrence et de performance abstraite. D’autre part, à l’échelle de la société tout entière, elles n’en conservent pas moins la charge de la plupart des fonctions domestiques et de soin aux enfants. Et l’on ne parlera même pas de la réification du corps féminin pour les fantasmes érotiques des hommes : un simple coup d’œil aux affiches publicitaires et aux couvertures de magazines suffit à démontrer de manière incontestable à quel point elle est ancrée dans les mœurs.
A première vue, la persistance de ces identités sexuelles diamétralement opposées accompagnant le capitalisme peut sembler surprenante. Mais, tant que les rapports objectivés que sont la marchandise, l’argent et le travail structureront la société, le sujet mâle inscrit dans ces rapports perdurera également. L’actuel processus de crise, qui jette par millions les gens au chômage ou les oblige à accepter des conditions de travail de plus en plus précaires, ne contribue nullement à les renverser. Car, bien que la crise ait fait voler en éclats l’un des principaux piliers de l’identité masculine, elle conduit en même temps à une concurrence accrue dans tous les domaines de la vie quotidienne. Sous les conditions que nous vivons, les traits traditionnels du mâle moderne – fermeté, assurance, insensibilité – paraissent plus utiles que jamais. Il ne faut donc pas s’étonner si le culte de la masculinité fait un retour en force aujourd’hui, entraînant dans son sillage un surcroît de violence raciste et sexiste. Une critique radicale du sujet moderne structuré en tant que travailleur mâle apparaît donc, particulièrement dans ce contexte de crise globale, indispensable à l’ouverture de nouvelles perspectives d’émancipation sociale.

                                                                                                          Norbert Trenkle1
Deutsche Version English version

1 Article paru en 2008 dans la revue allemande Krisis : http://www.krisis.org/2008/aufstieg-und-fall-des-arbeitsmanns. [NdT]
2 « Cette sphère [du travail] est devenue autonome et supérieure aux autres. C’est seulement dans la société capitaliste que le travail devient son propre principe d’organisation, parce que c’est seulement ici que la production, son élargissement et les exigences qui en dérivent deviennent la raison d’être de la société. Dans les sociétés précédentes, la production avait pour but de créer de la richesse matérielle et concrète, mais celle-ci était à son tour au service de la reproduction de l’ordre social donné », Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise, 2003. Cf. également Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale, 2009. [NdT]
3 « Le vrai sujet est la marchandise », A. Jappe, op. cit., p. 98 ; « [La valeur] entre, pour ainsi dire, dans la peau des hommes et en fait les exécuteurs dociles de sa logique », ibid., p. 91 ; « Dire que le travail du menuisier est “dans” la table est en vérité une pure fiction, une convention sociale. Aucune analyse chimique de la table ne peut y retrouver le “travail” qui l’a créée. [...] Croire que les marchandises “contiennent” du travail est une fiction acceptée par tous les membres de la société marchande. Cette “loi” prétendue n’est pas du tout une base naturelle que le fétichisme voile – comme le veut le marxisme traditionnel – mais est elle-même un fétichisme, un totémisme moderne », ibid., p. 228-229. [NdT]
4 Cette contrainte structurellement implantée ayant ses limites – qu’on songe, notamment, à la vague de suicides chez France Télécom (plus d’une cinquantaine depuis 2008) –, le travailleur a désormais massivement recours à la pharmacopée antidépressive… en attendant la mise au point des neurotechnologies du contrôle : « [...] les singes qu’ils ont ainsi modifiés, au National Institute for Mental Health [sic], abandonnent leur habituelle procrastination pour se mettre au travail de façon désintéressée et accomplissent les missions qu’on leur confie avec une ardeur sans pareille, même sans punition », Pièces et main d’œuvre, Clinatec : le laboratoire de la contrainte, 2011. [NdT]
5 Cf. Roswitha Scholz, « Remarques sur les notions de “valeur” et de “dissociation-valeur” » et Robert Kurz, « La femme comme chienne de l’homme », in Illusio n°4/5, 2007 ; articles disponibles en ligne à l’adresse : http://palim-psao.over-blog.fr/article-dossier-critique-de-la-valeur-genre-et-dominations-47134207.html. [NdT]

jeudi 17 mai 2012

Défense du cancer français

Chaise en PVC




Intéressant échange entre porteurs de moignons mais encore salariés et PMO.







Un peu de sérieux, il n'y aura pas de ré-industrialisation française.
Seulement  du temps gagné pour le système capitaliste agonisant par François et sa clique pour tenter de maintenir l'ordre sans faire intervenir les nervis NAZI (comme en Grèce) ou l'armée (comme bientôt en Grèce).
Les "Luddites" de PMO demandent aux derniers ouvriers:
"...encore un effort dans le combat pour la vie. Vous, qui mourez en première ligne, encore un effort de cohérence pour tirer les conséquences de ce que vous savez. Le chlorure de vinyle tue ? Supprimons-le. Même communiste, autogéré, verdi, responsable, durable et citoyen, il n’y a pas de PVC propre et il ne peut pas y en avoir. Parce que nous sommes cohérents et que nous tirons des conséquences, nous refusons le PVC, quels que soient ses usages.../..."
Et ils ont raison.
Encore un effort
"Luddites" de PMO pour cerner au plus près les conséquences définitives du "fétichisme de la marchandise".


Défense du cancer français : séquelles

10 avril 2012 par Pièces et main d’œuvre

Vendredi 6 avril 2012, nous avons publié un texte intitulé « "Réindustrialisons" : quand "Là-bas si j’y suis" défend le cancer français ».
Celui-ci pointait l’angle mort d’un reportage consacré à la cession du pôle vinylique d’Arkema à un « vautour » américain : l’absence de toute mention du caractère homicide de la production de ce pôle. Cette lacune étant évidemment liée aux positions politiques du producteur, du journaliste et des intervenants de cette émission, qu’on n’insultera pas en disant que, syndicalistes, militants du Front de gauche ou journalistes engagés, ils font actuellement la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. On n’étonnera non plus personne – ni eux-mêmes - en rappelant que le Parti communiste, le Parti de gauche, la CGT et Là-bas si j’y suis soutiennent le parti de l’industrie et de l’emploi à tout prix.

De toutes les réactions suscitées par notre texte, nous avons choisi de répondre à celle qui nous paraissait la plus poignante et la plus instructive, celle peut-être qui permet pour une fois d’aller au vif du sujet.


Version prête à circuler:

mercredi 16 mai 2012

Le désespoir et la colère en Italie


Cela fait dix jours que la machinerie médiatique européenne cherche à nous vendre le scénario soigneusement écrit du Spectacle Terroriste Made in Italia.
Lorsque montent les tensions sociales en Italie c'est une constante de miser sur La Brigade Rouge qui de nos jours est affublée du joli nom de FAI pour "Anarchistes Informels" Fédérés.
L'exercice est toujours le même, manipuler l'opinion publique en sur-vendant une "menace terroriste" Fast-food avec du bleu flic partout et des sirènes hurlantes pour imposer le réflexe "pavlovien" de Peur et ainsi se donner les moyens extra-légal d'interdire toute contestation au profit de manifestations sur-encadrées et faisant l'apologie du contrôle social syndicalisé.
L'affaire est bien huilée et des télés aux syndicats toute la machinerie répressive se met en marche, le coupable désigné est anarchisant...
Un excellent texte génois explique en détail ce que signifie en réalité l'irruption des "jambisateurs informels" leurs actions débiles en apparence et leur revendication coupé/collé pour en mouiller beaucoup d'autres comme à l'habitude.
Bien qu'indispensable il n'est pas certain que ce texte soit suffisant pour bloquer la machinerie contre-révolutionnaire en Italie. Cette fois les syndicats devront appeler à la grève pour soutenir préventivement un encadrement qui pourrait bien être victime de la Paix Sociale Terroriste...

"sept nouveaux attentats en Italie, pour chacun des sept «frères grecs»" bla blablabla bla assurément un beau métier journaliste...

Lire ici:"I puntini sulle i

mardi 15 mai 2012

Pussy Riot


 Les Féministes punk 

Qui assurent que Poutine chie dans son froc...

et en appellent à la Vierge Marie.



Action Des Pussy Riot

http://freepussyriot.org/fr/news-fr

Le 11 mai, la cour de justice de Moscou a confirmé le maintien en détention de Maria Alekhina. Une décision similaire avait été prise le 19 avril au sujet de Nadjda Tolokonnikova et Ekaterina Saloutsevitch. Les avocats des trois jeunes femmes ont décidé de porter plainte auprès de la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg.
Le soutient international s'organise car elles risquent  sept ans de prison pour Blasphèmes, une peine déjà prononcée en Russie dans le passé pour des accusations de "vandalisme".
Un film documentaire sur les Pussy Riot intitulé "Les provocateurs" décrit leur action comme préméditée dans le but d'offenser les sentiments des croyants et de déstabiliser la société.
 "On les présentent carrément comme des sorcières", d'après Inna Doulkina.

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