jeudi 7 juillet 2011

L'invention du travail dans l'imaginaire social par Serge Latouche


« Pauvre, joyeux et indépendant ! - tout cela est possible simultanément ; pauvre, joyeux et esclave ! - c'est aussi possible - et je ne saurais rien dire de mieux aux ouvriers esclaves de l'usine : à supposer qu'ils ne ressentent pas en général comme une honte d'être utilisés, comme c'est le cas, en tant que rouages d'une machine et, pour ainsi dire, comme un bouche-trou pour les lacunes de l'esprit humain d'invention ! Fi ! croire que l'on pourrait remédier par un salaire plus élevé à l'essentiel de leur détresse, je veux dire de leur asservissement impersonnel ! Fi ! se laisser persuader que grâce à un accroissement de cette impersonnalité, à l'intérieur de la machinerie d'une société nouvelle, la honte de l'esclavage pourrait devenir vertu ! Fi ! avoir un prix auquel on cesse d'être une personne pour devenir un rouage ! êtes-vous complices de la folie actuelle des nations qui ne pensent qu'à produire le plus possible et à s'enrichir le plus possible ? Votre tâche serait de leur présenter l'addition négative : quelles énormes sommes de valeur intérieure sont gaspillées pour une fin aussi extérieure. Mais qu'est devenue votre valeur intérieure si vous ne savez même plus ce que c'est que respirer librement ? Si vous n'avez même pas un minimum de maîtrise de vous-même ? [1] » (Nietzsche, Aurore, III).

Pour dire les choses crûment et en forçant un peu le trait, le travail est une invention de la bourgeoisie. Pour discréditer l'aristocratie, la bourgeoisie montante a développé, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, une propagande « travailliste » sur le thème « Qui ne travaille pas ne mange pas ». Cette formule empruntée à saint Paul et déjà remise en service par l'éthique monastique puis protestante acquiert une portée nouvelle [2]. Cela revient à dire : nous, les bourgeois des villes, nous travaillons dur pour produire le bien-être de tous, nous avons donc par cela même un droit légitime à la richesse et au pouvoir. Tandis que vous, les aristocrates et, dans une moindre mesure, vous, les prêtres séculiers et les moines, vous êtes des oisifs, des fainéants, des parasites, autant dire des nuisibles qui avez jusqu'à présent indûment accaparé les biens de ce monde. Les hérésies, souvent portées par des tisserands, avaient déjà usé de cette propagande. Les paysans et les manouvriers ne pouvaient qu'approuver cette idéologie et se solidariser avec la bourgeoisie artisanale et commerçante. Le piquant dans cette affaire, c'est que les bourgeois ne travaillaient pas vraiment non plus. Certes, il est indéniable que les bourgeois entreprenants du capitalisme naissant, anxieux de percevoir dans leur réussite matérielle des signes d'élection divine, s'activaient énormément, à la différence de nos bourgeois rentiers, mais cette activité ne correspondait pas à ce qu'on peut appeler le « paradigme » du travail. Celui-ci est fait de la juxtaposition contradictoire d'un imaginaire émancipateur et d'une réalité asservissante. L'imaginaire, c'est celui de l'homo faber [ouvrier, artisan, l'Homme en tant qu'être susceptible de fabriquer des outils] (voire de l'homo habilis [3] [littéralement « homme habile »]) et plus précisément l'idéologie de l'artisan libre qui vit du fruit de son habileté à transformer la nature pour la satisfaction de nos besoins. On reconnaît là tout un pan central de l'imaginaire de l'économie classique. La réalité est celle de l'aliénation spécifique au rapport  salarial. La condition pénible de l'animal laborans [voir Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne, Pocket, 2002] exécutant dans la subordination des tâches le plus souvent fastidieuses à l'usine ou au bureau. C'est la soumission formelle et réelle au capital, sans la maîtrise technique des processus, ni bien sûr la capacité économique de réappropriation du fruit de son activité. Dans le temps même où l'idéologie travailliste (en particulier chez Locke) fonde la légitimité du pouvoir de la bourgeoisie et de son droit de propriété, la réalité du labeur salarié asservit et abrutit le travailleur sans lui laisser espoir de devenir jamais propriétaire.
De leur côté, les prolétaires ont pris très au sérieux cette construction idéologique. Ils l'ont retournée avec un certain succès contre la bourgeoisie elle-même, reprenant à leur compte le message : « à chacun son travail ! », précisant bien que ce sont eux les « vrais » travailleurs. Cela a permis aux bureaucrates de l'Union soviétique d'instaurer leur pouvoir, Staline faisant même inscrire dans la Constitution de 1936 la formule de saint Paul ! Comme le dit Raoul Vaneigem : « La bourgeoisie, affranchie du mépris dont l'accablait la prétendue noblesse, auréola le travail d'une gloire que le prolétariat - ou du moins ses représentants - s'empressa de revendiquer alors qu'il en était la plus infortunée des victimes. Un tel malentendu fut sans doute moins étranger qu'on ne le croit à la longue résignation des travailleurs [4]. »
Mais alors, en devenant, entre autres, activité de paperasserie, l'illusion même d'un contenu « objectif » du travail - la transformation de la nature - s'est évanouie. Le caractère idéologique et imaginaire du travail aurait dû apparaître évident. Or, il n'en a rien été. La propagande travailliste a réussi au point que ses victimes l'ont rajeuni en proposant une redéfinition du « vrai » travail comme activité créatrice, renvoyant à l'accouchement de la femme « en travail », le découplant ainsi du salariat auquel il est historiquement lié [5]
Il est vrai que la vision paradigmatique, faite d'un imaginaire émancipateur et d'un vécu asservissant, se trouve brouillée par l'existence des exceptions et par les modalités du vécu. D'une part, subsistent toute une série d'activités -, de l'œuvre de l'artiste ou de l'écrivain au service domestique non marchand, en passant par la carrière de l'enseignant et les professions libérales -, qui sont tout à la fois hors paradigme et prises dans sa logique, comme le montre bien ce qui vient de se passer en France avec les intermittents du spectacle ou la transformation récente de la pratique médicale [6]. On assiste à une entreprise tenace de mise au pas des récalcitrants et à une normalisation des exceptions. Autrement dit, les « œuvres » (soit la réalisation de soi dans l'objet d'art ou d'artisanat) et « l'action » (soit l'expression de la vie politique du citoyen), ces deux autres formes de l'activité humaine selon Hannah Arendt, se trouvent plus ou moins colonisées par le paradigme du travail. On est fondé avec les auteurs du Manifeste contre le travail de parler d'un « impérialisme du travail », en ce sens que le terme ne désigne plus seulement l'activité salariale sous domination capitaliste, mais en vient à signifier abusivement n'importe quelle forme d'activité finalisée [7]. On en arrive même à déplorer que le travail n'ait pas étendu suffisamment son empire et son emprise sur la vie et que le « travail » de maison ou le bénévolat ne soient pas pris en compte, voire rétribués. D'autre part, les situations concrètes sont infiniment variées et vécues entre les deux extrêmes de l'idéologie et de la réalité. On trouve de l'émancipation et de l'épanouissement, même au sein du travail salarié [8].
Il n'en demeure pas moins qu'en naturalisant le travail, c'est toute l'économie qu'on naturalise. On se prive ainsi des moyens de la comprendre et plus encore d'en sortir. Pour étayer cette vision d'une genèse du travail, il faut toucher du doigt, même brièvement, le scandale de l'absence de travail dans les sociétés précapitalistes ou prébourgeoises, et analyser comment il s'institue dans l'imaginaire et dans la réalité de l'Occident moderne...
Lire la suite en PDF lien direct PDF ici.

NOTES:

[1] Gallimard, coll. « Idées », § 206, p. 215 [consultable ici].
[2] On a beaucoup épilogué sur les glissements sémantiques entre saint Paul et les utilisateurs successifs de la formule. Si son inventeur ne lui donne sûrement pas le sens que lui donneront les repreneurs soviétiques - Saül (saint Paul) ayant lui-même exercé le métier d'artisan itinérant -, sans doute possède-t-elle néanmoins une connotation « travailliste » dès l'origine.
[3] C'est le point de vue d'Y. Schwartz qui définit le travail comme « activité industrieuse humaine » et le fait remonter à 2,5 millions d'années. Voir sa contribution « Le travail et le temps », in Figures du temps, Marseille, Ed. Parenthèses, 2002, p. 77.
[4] R. Vaneigem, [lien direct PDF] Nous qui désirons sans fin, Paris, Le Cherche-Midi, 1996.
[5] Certains tentent désespérément de « sauver le travail » en le redéfinissant de façon idéale et en oubliant le travail « réellement existant ». C'est la position d'A. Souplot. Ce n'est pas un hasard si cette position m'a été opposée dans un débat avec les Verts pour « sauver le développement ». En vérité, le combat et les enjeux sont bien les mêmes. Voir D. Méda, « Notes pour en finir vraiment avec la 'fin du travail' », La Revue du MAUSS, n° 18.
[6] Voir S. Latouche, « Quand on a un marteau dans la tête », Cassandre, n° 55, automne 2003, et Ph. Batifoulier et B. Ventelou, « L'érosion de la 'part gratuite' en médecine libérale », La Revue du MAUSS, 1er semestre 2003, n° 21.
[7] Krisis, Manifest gegen die Arbeit [Manifeste contre le travail, en téléchargement libre ici], 1999, trad. Fr. Editions Léo Scheer, 2002, rééd. 10/18, 2004. Voir aussi Ph. Godard, Contre le travail, éd. Homnisphères, Paris, 2005 [résumé en téléchargement libre ici].
[8] Voir Y. Benarrosh, « Le travail, norme et signification », in Travailler est-il (bien) naturel ? La Revue du MAUSS, n° 18, 2e semestre 2001.

Baudrillard, détournement par excès




Si l'on voulait établir un classement des concepts utilisés actuellement de la manière la plus superficielle, la « société du spectacle » se trouverait assurément dans le groupe de tête. Qui est désireux de faire savoir qu'il n'est pas dupe des médias glissera ce terme au détour d'une phrase, peut-être sans même savoir que c'était le titre du livre fondamental de Guy Debord, paru en 1967. Mais s'il y a un terme capable de concurrencer la « société du spectacle » dans les discours vaguement critiques autour des méfaits des moyens de communication de masse, ce sera probablement le « simulacre » de Jean Baudrillard, ou un autre de ses termes. En effet, ces deux auteurs se trouvent souvent associés en tant que ceux qui auraient émis les diagnostics les plus impitoyables de l'impact des mass-médias sur la société contemporaine. Et, qui plus est, Baudrillard est souvent vu comme un continuateur de Debord, ou Debord comme le prédécesseur de Baudrillard. Les concepts centraux de Baudrillard (le « simulacre », la « simulation », l'« hyperréalité », etc. - peu importe au grand public que Baudrillard ne les ait pas employés tous en même temps) apparaissent alors comme une radicalisation du concept de « société du spectacle », ou comme sa reprise plus adaptée au monde postmoderne et moins encombrée de terminologie marxiste. L'éditeur anglais Verso vient de publier La Transparence du mal (1990) de Baudrillard dans une série de livres consacrés à des « penseurs radicaux » comme Adorno, Benjamin, Lukàcs, Althusser, Lénine, et, justement, Debord.

Qu'en est-il de cette continuité prétendue ? Est-ce qu'on peut dire, au-delà du jugement qu'on veut donner sur chacun des ces penseurs, que leurs théories se situent dans la même ligne ? Biographiquement, la comparaison est vite faite. Baudrillard, qui était d'ailleurs plus âgé de deux ans que Debord, n'a jamais été situationniste et a commencé sa trajectoire de théoricien en 1968, lorsque La Société du spectacle et presque tous les numéros de la revue Internationale Situationniste étaient déjà parus. Il est vrai que Baudrillard, ayant été assistant de Henri Lefebvre à l'Université de Nanterre, lequel a bien connu les situationnistes, a assurément entendu parler d'eux et en a peut-être croisé quelques-uns. Dans la revue Internationale Situationniste et dans la correspondance de Debord, on ne trouve que quelques références fugaces, et naturellement méprisantes, à l'égard de Baudrillard. Debord ne le mentionne pas non plus dans ses écrits successifs, au moins pas directement. Baudrillard, de sa part, n'a jamais revendiqué une filiation situationniste, mais s'en disait inspiré [1].
Leurs attitudes, c'est bien connu, étaient radicalement différentes. Debord était discret, jusqu'à n'apparaître presque jamais en public, hautain et sérieux, tandis que Baudrillard, pour contester les formes habituelles de la vie intellectuelle, allait jusqu'à la bouffonnerie - on se souvient de ses conférences en paillettes - et donnait des conférences entières basées sur des jeux des mots, par exemple entre le Daseinde Heidegger et le design[2]. On peut se demander, sans lui faire de tort, s'il se prenait toujours au sérieux et s'il ne se moquait pas parfois de son public - avec de bonnes raisons d'ailleurs, et en pataphysicien qu'il était. Cependant, cette attitude était aussi cohérente avec sa théorie que le dédain de Debord avec la sienne. Il ne nous reste donc qu'à nous tourner vers une comparaison théorique. Il est vrai que même celle-ci est rendue plus difficile par le fait que Baudrillard restait souvent dans une ambiguïté voulue et aimait répondre qu'on ne l'avait pas bien compris et qu'il fallait prendre au « second degré » ses affirmations les plus controversées, par exemple sur la guerre du Golfe de 1991 qui « n'aura pas lieu ». En outre, il est passé par plusieurs phases dans sa réflexion et a souvent critiqué les concepts qu'il avait lui-même employés auparavant, pour rejeter quelques années plus tard les termes mêmes de sa critique antérieure, etc., si bien qu'on ne sait jamais trop bien où l'on en est avec lui. Ici, nous analysons surtout des écrits des années 1980 et 1990.

Quelques similitudes entre Debord et Baudrillard ne manquent pas. Ce dernier a repris, surtout au début de sa carrière, une partie de la critique situationniste de l'urbanisme. Mais c'est surtout le concept de « spectacle » qui revient fréquemment dans ses œuvres, normalement sous forme de références fugaces : «Si notre société n'était plus celle du "spectacle", comme on le disait en 68, mais, plus cyniquement, celle de la cérémonie [3] ? », parfois même sans le nommer directement: « S'il ne s'agissait plus d'opposer la vérité à l'illusion, mais de percevoir l'illusion généralisée comme plus vraie que le vrai ? ... Et si tout cela n'était ni enthousiasmant, ni désespérant, mais fatal[4] ? ». Dans une phrase comme : « Si la pensée n'anticipe pas sur ce détournement par son écriture même, c'est le monde qui s'en chargera, par la vulgarisation, le spectacle ou la répétition [5] », on trouve même deux concepts-clefs des situationnistes : « spectacle » et « détournement », ainsi que la volonté, typiquement situationniste, de se dérober à la « récupération » par le « système ».

Mais pour l'essentiel, tout dans leurs théories diverge (et l'on pourrait aller jusqu'à voir dans Debord un platonicien et dans Baudrillard un anti-platonicien). Baudrillard lui-même a bien défini ce qui les séparait. Dans Le Crime parfait (1995), il écrit : « La virtualité est autre chose que le spectacle, qui laissait encore place à une conscience critique et à une démystification. L'abstraction du "spectacle", y compris chez les Situationnistes, n'était jamais sans appel. Tandis que la réalisation inconditionnelle, elle, est sans appel. [...} Alors que nous pouvions affronter l'irréalité du monde comme spectacle, nous sommes sans défense devant l'extrême réalité de ce monde, devant cette perfection virtuelle. En fait, nous sommes au-delà de toute désaliénation[6] » Le concept de spectacle proposé par Debord n'est pas une critique des seuls médias, mais une actualisation du concept d'« aliénation » tel qu'il a été élaboré par Hegel, Feuerbach et Marx. La citation de Feuerbach portant sur la préférence scandaleuse que l'époque moderne accorde à la copie au détriment de l'original et que Debord a posée comme exergue de La Société du spectacle contient le noyau de la théorie de Debord. Le concept d'aliénation comporte celui d'« authenticité » et, dans son sillage, ceux d'« original », d'« essence », de « vérité » et de « substance » ; le « spectacle » s'associe chez Debord constamment au « mensonge », à la « falsification >> et à l'« idéologie matérialisée ». Baudrillard, au contraire, résume ainsi son propre parcours : « Dans un premier temps, la simulation, le passage généralisé au code et à la valeur-signe, est décrite en termes critiques, à la lumière (ou à l'ombre) d'une problématique de l'aliénation. C'est encore, à travers des arguments sémiologiques, psychanalytiques et sociologiques, la société du spectacle qui est en cause, et sa dénonciation. La subversion s'y cherche encore dans la transgression des catégories de l'économie politique : valeur d'usage, valeur d'échange, utilité, équivalence. Les référents de cette transgression seront la notion de dépense chez Bataille et celle de l'échange-don chez Marcel Mauss, la consommation et le sacrifice, c'est-à-dire encore une version anthropologique et antiéconomiste, où la critique marxienne du capital et de la marchandise se généralise en une critique anthropologique radicale des postulats de Marx. Dans L'Échange symbolique et la Mort, cette critique passe au-delà de l'économie politique [7]. »...


NOTES:
[1] Voir Jean Baudrillard : « À cette époque, le concept de révolution existait encore », entretien avec Frédéric Martel dans Magazine littéraire n° 399, juin 2001, dossier « Guy Debord et l'aventure situationniste ».
[2] Un ex-ami à lui m'a confié que Baudrillard et lui passaient, dans les années 1970, des après-midi entiers à s'amuser à ces jeux de mots - mais qu'il n'aurait jamais imaginé qu'un jour Baudrillard les prendrait au sérieux et les présenterait au public...
[3] J. Baudrillard, L'Autre par lui-même. Habilitation, Paris, Galilée, 1987, p. 89-90.
[4] Idem,p.90.
[5] Idem, p. 85.
[6] J. Baudrillard, Le Crime parfait, Paris, Galilée, 1995, p. 49-50.
[7]  J. Baudrillard, L'Autre par lui-même. Habilitation, op. cit.. p. 67-68.

Communiqué du comité de soutien à Hermann Fuster

Un monde ou prendre au col un paltoquet est considéré comme un crime !
Souvenez-vous, le 30 juin dernier à Brax (Tarn et Garonne), Sa Talonnette Suprême se faisait bousculer lors d’un bain de foule et manquait de se manger un gadin. Suite à quoi, un comité de soutien s’est monté pour soutenir l’auteur de la présidentielle bousculade, un certain Hermann Fuster.

Communiqué
Il y va d’un pouvoir comme d’un individu : pour connaître sa nature profonde et ses soubassements (idéologiques et psychologiques), on ne doit pas se contenter de regarder ce qu’il a exposé au grand jour. Le pouvoir fait montre d’une certaine « clémence » à l’égard d’Hermann, mais il l’a fait publiquement et c’est précisément ce qui révèle son hypocrisie et suggère ses intentions. Maître Bruneau évoquait déjà la « double parole » lorsque Nicolas Sarkozy a fait savoir qu’il ne porterait pas plainte, alors que son ministère public menaçait d’une sanction pénale Hermann. De double, nous voilà passé à la triple parole, c’est-à-dire que moins médiatique et moins publique est l’affaire, plus la sanction doit lui porter un coup décisif : châtier dans le plus grand secret.
Le Parquet n’ayant pas fait appel, jugeant certainement que les soutiens d’Hermann étaient plus importants qu’ils ne le pensaient et que leur détermination n’avait pas flanché, il y avait quelques risques que le Ministère Public n’a pas voulu prendre, d’exposer au grand jour la très grande impopularité de Nicolas Sarkozy.
Il reste qu’Hermann est désormais soumis à une sanction civile. Une commission de la mairie d’Agen doit statuer sur son sort.
Les déclarations de M. Lusset, premier adjoint, sont sans ambiguïtés : ils veulent sa « tête », sa mort sociale est programmée et ce qu’elle révèle, c’est précisément, les soubassements idéologiques et psychologiques d’un Pouvoir qui n’a cessé depuis plusieurs années, au mépris de toutes les oppositions qu’il a suscité, de maintenir son cap, sans considérations des français. Lusset, personnage hautement improbable, affirme, dans « le Sud-Ouest » (édition du 05/06) qu’il y a aura une sanction lourde contre Hermann Fuster. Il en appelle à la démocratie pour la justifier. Nous préférerons le terme d’oligarchie pour désigner un régime qui ne tient plus que par 19 % d’intentions de vote, c’est à dire 9 % de la population française, qui est par la plus grande des coïncidences, la proportion la plus riche. Égoïstement riche. Car s’il fallait à M. Lusset un minimum de conscience il ne s’acharnerait pas sur Hermann Fuster mais travaillerait plutôt à débarrasser la France du péril nucléaire en proposant, par exemple, pour stabiliser la flambée des prix de l’électricité, après la suppression des Centrales, de ponctionner de l’argent parmi les fortunes. Mais M. Lusset ne le fait pas, et son électorat ne l’accepterait pas, parce que la soif d’argent qui les anime a pour soubassements idéologiques et psychologiques une véritable haine du vivant, qui se manifeste, par ailleurs, par le mépris dans lequel ils tiennent les masses qui ont vu décroître leurs moyens de bien vivre, leurs libertés, avec la conséquence de propager partout une guerre de tous contre tous, qui a sabré la paix sociale. M. Lusset et ses semblables gouvernent de par le monde, par le chaos. Quelle démocratie ? S’il ne fallait tenir compte que des chiffres, ils s’arrangeraient d’intentions de votes qui leur sont déjà défavorables, sans prendre en compte d’autres chiffres, pourtant plus décisifs et autrement plus significatifs : les taux de suicides, les affections psychologiques, les dépressions, les taux de radiations etc.
Une commission doit se réunir pour statuer sur le sort d’Hermann. Elle est paritaire : élus et personnel de la mairie. Mais voilà le personnel de la mairie prévenu, par M. Lusset, qu’il faudra avoir la main lourde contre Hermann. Sans quoi… La belle démocratie en somme… Un juge administratif présidera la Commission. Nous ne savons pas quand la Commission se réunira, c’est encore, belle règle démocratique (!), à la seule discrétion du maire. Ça peut être en fin de semaine, comme ils peuvent laisser traîner tout l’été pour éprouver Hermann et ses soutiens…
Tout cela sur fond de radiations nucléaires, de suicides, de caméras et de radars pour les vaches à lait… Nous n’avons décidément aucune leçon de démocratie à recevoir de la part de M. Lusset. Cela rappelle une certaine république d’Allemagne qui n’avait de démocratique que le nom. À cette différence décisive c’est que la RDA ne menaçait pas le monde, ce qui n’est pas le cas de la France nucléaire. Ça sent le cancer place de la Mairie…
Sachez vieilleries coulissantes que vous êtes, qu’il y a quantité de jeunes gens qui ont parfaitement conscience de votre hypocrisie et que vous tenez tout entier dans cette sentence criminelle que vous imposerez aux générations à venir « après moi le déluge ».
Le geste d’Hermann a eu ce mérite, nous l’avons constaté avec beaucoup de satisfactions, de retisser un lien social perdu et condamné d’avance par la « division pour mieux régner », en rassemblant quantité de gens très différents autour d’une colère, d’une lassitude ou d’un dépit communs et pour ceux qui le connaissaient et savaient l’apprécier, autour d’Hermann.
Hermann nous dit justement qu’en sortant de dépression, la reprise de son emploi, lui fut salutaire. Il apprécie son travail et il y est unanimement apprécié des élèves, des parents d’élèves, des professeurs et du personnel du Conservatoire.
Hermann, sans la moindre équivoque, nous dit qu’il veut conserver son emploi.
Rien ne permet d’affirmer dans le jugement prononcé au pénal, qu’Hermann est sorti de son devoir de réserve et de neutralité. Il s’est contenté de poser la main sur le président. Geste qui a déchaîné la violence du service de sécurité et c’est dans sa chute qu’Hermann a failli entraîner celle du président. Le jugement ne précise pas si les SMS qu’il a envoyé la veille au soir ont été interceptés par les services de renseignements, raison pour laquelle il a été violemment projeté au sol alors qu’il se contentait de tater la veste du despote. Le jugement n’en dit rien parce que « 1984 » n’est déjà plus une démocratie et un régime où il est interdit de s’exprimer par SMS sans risquer de déchaîner la violence d’un service de sécurité, la sanction d’un tribunal et dans plus de confidentialité sans risquer une mort sociale, un tel régime est une dictature habilement masquée. C’est pourquoi tout ce qui fut exposé au public ne rendit jamais compte que de ce qui pouvait donner encore l’illusion d’un régime démocratique et d’un despotisme éclairé. Mais si Hermann paye le prix lourd pour tout cela nous aurons la confirmation de ce que nous savons, qui ne trompe plus que les imbéciles…
Or il n’y a pas tant d’imbéciles, le mécontentement est grand, en France et dans le monde…
Nous avons renoncé à exprimer toutes ces vérités aux journaux. Ils n’en rendront pas compte. C’est encore une leçon de démocratie…
Dans le cas où Hermann ferait appel au service d’un avocat, spécialisé dans le droit public, s’il y a des frais importants, nous ferons, peut-être appel à votre générosité, sous forme de dons minimes, qui cumulés, devraient pouvoir assurer à Hermann de payer son défenseur.
Soyez tous remerciés. Bien à vous
Comité de soutien à Hermann Fuster
Infozone, 6 juillet 2011.
Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant sera opéré mardi «pour un pontage coronarien», a annoncé jeudi le ministère.

Geschlecht, Sprache und soziale Realität



Geschlechtergerechte Sprache mit materialistischer Sprachtheorie in den Blick genommen

Ein geläufiger Gegenstand des gesellschaftlichen Antifeminismus ist die Kritik an geschlechtergerechter Sprache. Auf der konservativen bis rechtsextremistischen Internetseite "Politically Incorrect" heißt es beispielsweise:
"Während sich Feministinnen für Gender Mainstreaming, die Durchsetzung des Binnen-I in der deutschen Sprache oder für weibliche Verkehrszeichen engagieren, werden in Europa immer mehr Frauen wie Haustiere gehalten und ebenso behandelt. Das Interesse und die Kritik der politisch engagierten Frauenrechtlerinnen an dieser abstoßenden Praxis halten sich in bescheidenen Grenzen."1
Gemeint ist hier der Islam, dessen Verbreitung in Europa gestoppt werden soll. Dass dabei auf die notwendige Differenzierung von Islam auf der einen und Islamismus auf der andere Seite verzichtet wird, soll an dieser Stelle nicht weiter Thema sein.2 Bezogen auf die Sprache wird in dem Zitat einer Veränderung gesellschaftlicher Realität statt sprachpolitischer Reformbemühungen das Wort geredet. Das wird auch ganz deutlich so benannt, etwa in einem Artikel der österreichischen Zeitung "Die Presse":
"Die Bewegung selbst war an den nordamerikanischen Unis der späten Sechzigerjahre entstanden. Die Studenten wollten durch eine Änderung in der Sprache die Diskriminierung von Minderheiten und Frauen beseitigen."3
KritikerInnen, so lesen wir, habe sich aber schon bald die Frage gestellt, "ob Ungleichheiten in der Gesellschaft tatsächlich beseitigt werden, indem man andere Begriffe verwendet. Die Ersatzbegriffe allein würden keine Veränderung erzielen".
Nicht zuletzt in marxistisch inspirierten Kreisen ist eben das ein häufig angeführtes Argument. Bei geschlechtergerechter Sprache handele es sich, so können wir hier erfahren, um eine Variante idealistischer Polit-Praxis. Da es gemäß Marx das gesellschaftliche Sein sei, welches das Bewusstsein hervorbringe und nicht umgekehrt, sei eine solche Sprach-Politik, die das Reden über die Welt und nicht die Welt selber verändern will, nicht akzeptabel. Mit dem Marx der Deutschen Ideologie ließe sich dann etwa wie folgt argumentieren:
"Ganz im Gegensatz zur deutschen Philosophie, welche vom Himmel auf die Erde herabsteigt, wird hier (in der marx‘schen Methode, 180°) von der Erde zum Himmel gestiegen. D.h., es wird nicht ausgegangen von dem, was die Menschen sagen, sich einbilden, sich vorstellen, auch nicht von den gesagten, gedachten, eingebildeten, vorgestellten Menschen, um davon aus bei den leibhaftigen Menschen anzukommen; es wird von den wirklich tätigen Menschen ausgegangen und aus ihrem wirklichen Lebensprozeß auch die Entwicklung der ideologischen Reflexe und Echos dieses Lebensprozesses dargestellt. Auch die Nebelbildungen im Gehirn der Menschen sind notwendige Sublimate ihres materiellen, empirisch konstatierbaren und an materielle Voraussetzungen geknüpften Lebensprozesses."(4)
Nicht das gesprochene Wort soll Bedeutung haben, sondern der "wirklich tätige Mensch" in seinem materiell-gesellschaftlichen Dasein. Kurzum: "Das Bewußtsein kann nie etwas Andres sein als das bewußte Sein, und das Sein der Menschen ist ihr wirklicher Lebensprozeß."5
Wer nun aber auf geschlechtergerechte Sprache poche, wer also Binnen-I oder Unterstrich als linkes ‘must have‘ definiere, versündige sich an eben dieser banalen Erkenntnis der Materialismus. Statt die marx‘sche Erbschaft aufzunehmen, werde versucht, durch die Veränderung der Benennung bestimmte soziale Sachverhalte in das Bewusstsein der Menschen zu rücken, anstatt einfach diese sozialen Sachverhalte als solche zu kritisieren. Stellvertretend für diese Position sei hier der Gegenstandpunkt (GSP) zitiert: „Schlimm, so unsere Auffassung, ist nicht der Klang, sondern die Sache. Sie gehört korrigiert.“6 In alter materialistischer Tradition wird hier der Veränderung der Umstände gegenüber einer Veränderung des Bewusstseins Vorrang eingeräumt.
Diesen Ansichten soll im Folgenden in zweierlei Hinsicht widersprochen werden. Zum einen soll die Charakterisierung geschlechtergerechter Sprache hinterfragt werden, zum anderen soll die simple Gegenüberstellung von materieller Realität auf der einen und Gedanken und Sprache auf der anderen Seite mit einer wesentlich komplexeren Realität (die übrigens auch Marx so erkannt hatte) konfrontiert werden.

Gesellschaftliche Veränderungen und sprachliche Repräsentation

Bürgerliche Gesellschaften zeichnen sich durch die Trennung in eine öffentliche und eine private Sphäre aus. Der öffentlichen Sphäre gehören gemäß allgemeiner Ansicht die gesellschaftlich strukturierenden Bereiche an: Wirtschaft, Politik und Verwaltung sind die Bereiche gesellschaftlicher Öffentlichkeit. Was in heimischen vier Wänden passiert, soll demnach als privat und für das Öffentliche nicht weiter interessant gelten. Und tatsächlich sind es ja auch diese Bereiche, die gesellschaftliche Hegemonie für sich beanspruchen können und in denen festgelegt wird, in welche Richtung sich Gesellschaften entwickeln. Das kann bewusst passieren durch politische Entscheidungen, es kann aber auch ganz unbewusst passieren, etwa durch die Dynamik von Markt und Wertverwertung.
Trotz alledem bleibt die Sphäre der Öffentlichkeit auf den ausgesonderten Bereich des Privaten stets angewiesen. Hier werden in gewisser Weise die Voraussetzungen produziert, ohne die jener gar nicht zu existieren in der Lage wäre. In gewisser Weise ließe sich sagen, dass das Private von der gesellschaftlichen Allgemeinheit abgespalten wird.7
Entsprechend dieser materiellen Realität haben sich nun über viele Jahre hinweg auch Sprache und Bewusstsein entwickelt: Die öffentlichen Sphären galten stets als männliche und die in ihnen tätigen Menschen wurden auch stets als männliche angesehen. Es war von Politikern die Rede und von Managern, von Arbeitern, Ärzten, Konsumenten, Kunden und Zuschauern.
In den 60er Jahren hat sich diesbezüglich eine nicht zu unterschätzende Veränderung in der sozialen Realität der europäischen und nordamerikanischen Staaten vollzogen. Mehr und mehr traten Frauen in den Bereich der Öffentlichkeit. So ist seit den 60er Jahren die Frauenerwerbstätigkeit kontinuierlich gestiegen und auch in politischen Parteien und sozialen Bewegungen nahm das faktische Gewicht von Frauen zu. Sie saßen vermehrt in den Parlamenten, initiierten zivilgesellschaftliche Prozesse und dergleichen mehr. Diese Veränderung des sozialen Seins spiegelte sich entsprechend in Bewusstsein und Sprache wieder. Immer mehr wurden nicht nur Themen auf die Tagesordnung gesetzt, die das Geschlechterverhältnis betrafen. Auch in den sprachlichen Formulierungen mehrten sich die Hinweise auf die Existenz von Frauen: Statt von Politikern war nun von PolitikerInnen, statt von Arbeitern von ArbeiterInnen die Rede. Diese Veränderungen wurden kommentiert und begleitet von der ebenfalls in den 60ern entstandenen feministischen Linguistik, die im englischen Sprachraum entwickelt wurde und sich von dort aus auch in den deutschen und französischen Sprachraum ausbreiten konnte. Wenn Marx und Engels in der "Deutschen Ideologie" schreiben, "die ihre materielle Produktion und ihren materiellen Verkehr entwickelnden Menschen ändern mit dieser ihrer Wirklichkeit auch ihr Denken und die Produkte ihres Denkens"4, so ist das genau das, was wir hier beobachten können. Die feministische Linguistik ist das Produkt einer materiellen Veränderung in den kapitalistischen Gesellschaften des 20. Jahrhunderts.
So entstand ein Geflecht aus sich veränderter sozialer Realität, neuer Sprachpraxis und einer Veränderung von Einstellungen in Bezug auf geschlechterspezifische Fragen. Diese Veränderungen haben stets den Unwillen männerbündischer Strukturen auf sich gezogen, die durch sie an Macht und Einfluss zu verlieren drohten. Von diesen Bastionen aus wurde dann ein breiter politischer Angriff auf den Feminismus gefahren, da dieser die alteingesessenen Werte bedrohe. Das konnte etwa das Prestige des deutschen Facharbeiters in der Firma sein. Plötzlich stand dieser in der Gefahr, zumindest im Einzelfall mal eine Frau als Vorgesetzte zu bekommen und auch die ‘Alte‘ daheim ließ sich nicht mehr so rumschubsen, wie ihm das in vielen Jahren lieb geworden war. Die Wertvorstellungen und sozialen Praxen, die ihm als wirklich wichtig galten, waren bedroht. Was aber durch praktisches Handeln nicht mehr rückgängig zu machen schien, sollte nun durch eine idealistische Sprachpraxis korrigiert werden. Und so wurde sich über das „Binnen-I“ und die immer selbstverständlicher werdende Benutzung der weiblichen Form beschwert, wo immer sich die Möglichkeit bot. Der Kampf um den patriarchalen Sprachpurismus war dem unorganisierten Dumpfdeutschen der rettende Strohhalm, mit dem er seine männliche Ehre zu retten suchte.
Das konnte aber auch für sich als links gerierende Polit-Akteure gelten. Hier wurde durch die politischen Interventionen des Feminismus die liebgewonnene Fokussierung auf die ‘eigentlichen‘ und ‘wirklich wichtigen‘ Fragen des Lebens in Frage gestellt. Nicht ausschließlich der Klassenkampf sollte auf der Tagesordnung stehen, auch ein vermeintliches Patriarchat stand nun auf der Abschussliste. Das verwirrte und warf Fragen nach den eigenen Verstrickungen in die soziale Praxis von Herrschaft auf. Um sich diesen Fragen nun nicht hingeben zu müssen, verhielten sich viele linke Männer nicht zuletzt marxistischer Herkunft wie eben dieser dumpfdeutsche Sprachpurist: Sie suchten ihre Ehre und ihr kulturelles Kapital zu retten, indem sie feministische Praxis immer dort zu bombardieren suchten, wo sie ihnen unterkam: in der Sprache.
Die Menschen sollten sich die falschen Vorstellungen von geschlechtergerechter Sprache, die doch gerade auch einer wenn auch langsamen Veränderung gesellschaftlicher Repräsentanz heraus entstanden war, aus dem Kopf schlagen. Da auch sie sich nicht in der Lage sahen, die neuen materiellen Realitäten zu ändern, griffen sie zur Sprachpolitik. Sie suchten ihre altangestammten Rechte zu verteidigen durch die Umsetzung von Sprachhygiene: Jeder Hinweis auf feministisches Aufbegehren, jeder Hinweis auf gesellschaftliche Widersprüche jenseits des Klassenkampfes sollte aus ihrer wahrnehmbaren Umgebung getilgt werden.
Dazu passt, dass genau die Gruppierungen für gewöhnlich eine besonders unnachgiebig männliche Sprachpolitik betreiben, die auch sonst für ihre zutiefst idealistischen Vorstellungen von gesellschaftlicher Veränderung bekannt sind. Gerade die Zusammenhänge, die dem Redaktionskollektiv Gegenstandpunkt nahestehen, benehmen sich wie unverbesserliche Sprachfanatiker*Innen, sobald ihnen irgendwo eine weibliche Form unterkommt. Das passt zu den Vorstellungen von Revolution, denn auch die soll gemäß dieser Strömung vor allem dadurch ermöglicht werden, dass klug geschulte Polit-Agitator*Innen der Menschheit die besseren, weil vermeintlich richtigen Argumente an die Hand geben. Sobald diese dann auch bereit ist, die Richtigkeit dieser Argumente zu erkennen, wird sie in einer kollektiven Aktion die angestrebte Revolution vollziehen. Deutscher Idealismus, wo hin das Auge blickt.

Sein, Bewusstsein und Sprache

Allerdings ist die marxsche Argumentation nicht ganz so platt und eindimensional, wie das in der Rede vom Sein, das das Bewusstsein determiniere, angelegt ist. Denn weil das Bewusstsein sich artikulieren und mithin praktisch werden muss, um sich anderen Menschen mitteilen zu können, stellt sich die Sache als etwas komplizierter dar, wie ebenfalls in der Deutschen Ideologie nachzulesen ist:
"Die Sprache ist so alt wie das Bewußtsein - die Sprache ist das praktische, auch für andre Menschen existierende, also auch für mich selbst erst existierende wirkliche Bewußtsein, und die Sprache entsteht, wie das Bewußtsein, erst aus dem Bedürfnis, der Notdurft des Verkehrs mit andern Menschen"8
Marx und Engels führen zur Kategorisierung von Sprache also zweierlei Bestimmungen an. Zum einen gilt sie ihnen - beispielsweise im Zitat in der Einleitung - als Teil des Bewusstseins. Andererseits wissen sie aber sehr wohl, dass Sprache Teil der menschlichen Praxis und damit auch Teil des gesellschaftlichen Seins ist. Sie ist damit unauflöslich mit den gesellschaftlichen Verhältnissen verbunden und das bleibt nicht ohne Folge für das, was sie bezeichnet.
Denn ein Begriff benennt niemals einfach etwas zu Bezeichnendes, das als solches bereits vor der Sprache gegeben wäre, sondern immer etwas, das bereits in einem bestimmten gesellschaftlichen Kontext steht. Es ist also beileibe nicht so, wie es der Gegenstandpunkt als vermeintliche Selbstverständlichkeit hinstellt:
"Neger oder Schwarzer, Ami oder Amerikaner, ‘Kapitalist‘ oder ‘Unternehmer‘ leisten dasselbe, wo es um nichts als eine Kennzeichnung geht."9
Die Formulierung "Neger" beispielsweise bezeichnet nicht einfach einen Menschen mit schwarzer Hautfarbe, wie das zunächst auch von Wikipedia nahegelegt wird.10 Der Begriff erschließt sich erst vollständig durch die Berücksichtigung der sozialen Umstände, in denen er entstand und gebraucht wurde:
"Der Begriff wurde in Zusammenhang mit dem Kolonialismus im 17. Jahrhundert aus dem französischen nègre und dem spanischen negro als Nachfolgeformen des lateinischen Wortes niger („schwarz“) entlehnt und ist mit der überholten Vorstellung einer „negriden Rasse“ verbunden. Er erlangte im 19. Jahrhundert mit dem Aufkommen des europäischen Imperialismus und den damals als wissenschaftlich geltenden Rassentheorien weite Verbreitung, sowohl in der Gelehrten- als auch in der Literatur- und der Alltagssprache."
Der Begriff "Neger" bezeichnet also einen Menschen mit schwarzer Hautfarbe, der in einem kolonialen Unterdrückungsverhältnis lebt und dessen Minderwertigkeit und Fremdheit stets vorausgesetzt wird. Die in dem Begriff enthaltenen Vorstellungen von Fremdheit und Minderwertigkeit werden dementsprechend auch mittransportiert, wann immer er gebraucht wird. Deutlich wird das beispielsweise in der umgangssprachlichen Formulierung "Ich bin doch nicht dein Neger", mit der die Ausführung unliebsamer Tätigkeiten verweigert wird. Hier ist es ganz offensichtlich nicht auf Hautfarbe, sondern ein bestimmter sozialer Status, auf den angespielt wird. Insofern schwingt in der Bezeichnung von Schwarzen als Neger immer auch die kolonialistische Vorstellung von ihrer Minderwertigkeit mit.
Dieser Zusammenhang von sozialer Realität und sprachlicher Praxis, für den sich im Übrigen noch dutzende weiterer Beispiele angeben ließen, wird in der Annahme, es gäbe neutrale Begrifflichkeiten, ignoriert. Das vom Gegenstandpunkt vorgebrachte Argument, erst "mit dem Prädikat und dessen Begründung"11 würde das Bezeichnete in einen gesellschaftlichen Kontext gerückt, ist falsch.
Dieser Fehler liegt in dem bereits oben angedeuteten Vorgehen, statt Sprache in ihrem gesellschaftlichen Kontext zu betrachten von idealisierten Annahmen über dieselbe auszugehen. Hier wird von der Existenz einer Idealsprache ausgegangen, die von jedem gesellschaftlichem Kontext befreit aus der reinen Anschauung unterschiedlichster Dinge an sich gewonnen werden kann.12
Wenn nun Peter Decker argumentiert,13 das Wort "Student" bezeichne sowohl männliche als auch weibliche Studierende und die spezifische Benennung männlicher Studierender würde die korrekte Formulierung "männliche Studenten" nach sich ziehen, so unterstellt er den Menschen, dass sie beim Sprechen von der von ihm konstruierten Idealsprache abweichen und sich am laufenden Band in Fehler verstricken würden - denn schließlich spricht niemand außerhalb der GSP-Redaktion ernsthaft von "männlichen Studenten".
Durch die Betrachtung von Sprache in ihrem gesellschaftlichen Kontext wird klar, welche Bedeutungsverschiebungen sich im Laufe der Jahre ergeben. So war es für lange Zeit tatsächlich so, dass mit der Bezeichnung "Student" tatsächlich nur männliche Studierende gemeint waren. Das war der Tatsache geschuldet, dass es nahezu ausschließlich Männer waren, die sich an den Hochschulen tummelten. Gerade die veränderte soziale Realität, in der auch Frauen an den Universitäten keine Seltenheit mehr sind, verleitet Decker nun zu dem Fehlschluss, diese Realität müsse ja in der von ihm bevorzugten Begrifflichkeit abgebildet sein. Er schließt hier jedoch von einer vorausgesetzten Existenz eines Begriffes ("Student") auf das damit Bezeichnete, das nun auf Gedeih und Verderb in dies vorgegebene Schema gepresst werden muss. Dieses Vorgehen jedoch hat mit materialistischer Gesellschaftstheorie nichts, mit reaktionärem Antifeminismus jedoch alles zu tun. 

Literaturhinweise:


1) Europa: Defätismus, Feigheit und Verzagtheit.
2) Zum Verhältnis von Islam und Islamismus vgl. Ernst Lohoff: Die Verzauberung der Welt. Online abrufbar unter: http://www.krisis.org/2008/die-exhumierung-gottes
4) 4) Marx/Engels: Die Deutsche Ideologie. In: MEW 3,26
5) Marx/Engels: Die Deutsche Ideologie. In: MEW 3,26
6) 6) Political Correctness: Was man nicht sagen darf. http://www.gegenstandpunkt.com/gs/06/4/leser1.htm
7) 7) vgl. hierzu ausführlich: Roswitha Scholz: Der Wert ist der Mann. Online abrufbar unter: http://www.exit-online.org/link.php?tabelle=autoren&posnr=25
8) 8) Marx/Engels: Die Deutsche Ideologie. In: MEW 3, 30
9) 9) Sprachhygiene – kein Nebenkriegsschauplatz, sondern antikritische Political Correctness. http://www.gegenstandpunkt.com/gs/06/4/leser1.htm
10) "Der Ausdruck Neger ist ein Begriff für Menschen dunkler Hautfarbe."; http://de.wikipedia.org/wiki/Neger
11)
Sprachhygiene – kein Nebenkriegsschauplatz, sondern antikritische Political Correctness. http://www.gegenstandpunkt.com/gs/06/4/leser1.htm
12) Damit fällt der Gegenstandpunkt sogar hinter die analytische Philosophie zurück, die sich eine solche Idealsprache zwar zu konstruieren vornimmt, aber immerhin realitätstüchtig genug ist um zu erkennen, dass eine solche Sprache faktisch nicht existiert.

 

mercredi 6 juillet 2011

La Cnil se réveille

 La Cnil dénonce le manque de sécurité de la riposte graduée

La Commission nationale de l'informatique et des libertés a mis en demeure les ayants droit et leur prestataire TMG. Elle leur laisse trois mois pour sécuriser le mécanisme de collecte des adresses IP des internautes sur les réseaux de «peer to peer», touché par une faille.

Cette mise en demeure fait suite à la découverte, par un blogueur, d'une faille de sécurité sur les serveurs de TMG, dont l'accès n'était pas sécurisé. Informée le 16 mai, la Cnil a mené un contrôle dans les locaux du prestataire les 17 et 18 mai et a constaté «la mauvaise application de la loi Informatique et Libertés à ses propres traitements». En cause, notamment, «une absence de durée de conservation pour certaines données à caractère personnel».

Cette obligation de contrôle de TMG n’avait jamais été appliquée ni par les ayants droit ni par la Hadopi. La haute autorité promettait pourtant des audits dès septembre 2010. La SCPP, cliente donc de TMG, reconnaissait en mai 2011, sur PC Inpact, qu’aucun contrôle n’avait été mené depuis la mise en production de la riposte graduée. Blabla bla

Deux ou trois choses que vous ignorez sur le sexe...

(et que vous ne risquez pas d’apprendre auprès des « féministes ») 
« Ce qui est devenu évident, c’est qu’en ce qui concerne l’assignation sexuelle, plus rien n’est évident. » Cette phrase n’est tirée d’aucun ouvrage. Mais elle aurait pu l’être de nombreux textes d’inspiration féministe. En effet, on pourrait présenter la revendication féministe comme avant tout la remise en cause de ce qui, en matière de sexe, allait de soi, ad majorem viri gloriam. Et d’abord que le sexe, dans sa plénitude, était l’attribut de l’homme, du mâle. La femme n’étant définie que par son absence. Ce qu’on formulait par une suave antiphrase, en disant que la femme était « le beau sexe », voire « le sexe ». À cet égard, le titre même de l’essai fondamental de Simone de Beauvoir, « Le deuxième sexe » (1949), constituait une prise de position féministe : le sexe masculin « n’est que » l’un des deux sexes.

On peut considérer « Le deuxième sexe » comme le texte fondateur du féminisme moderne. Certes, des femmes avaient de longue date refusé de n’être que les descendantes de la côte du premier homme. Mais l’essai de Simone de Beauvoir, outre qu’il faisait le bilan de toutes les représentations de la femme dans l’histoire, la science, la philosophie et la littérature, posait les bases d’une identité sexuelle propre. Face à l’homme, et à égalité avec lui, elle pouvait et devait (en cohérence avec la doctrine existentialiste) exister dans un projet de mitsein avec l’autre sexe. Simone de Beauvoir fondait philosophiquement la lutte du « deuxième sexe » pour la reconnaissance et l’égalité face à l’autre sexe (le « premier » ?), mais elle permettait aussi une critique fondamentale de l’assignation sexuelle. Un aspect auquel le féminisme va largement rester aveugle, ce qui le mettra paradoxalement, et au rebours de sa prétention, dans l’incapacité d’en comprendre le sens et d’améliorer radicalement le sort des femmes.
Du manque au sexe
Il est bien connu que Freud indexe l’identité sexuelle au phallus. Certes, il s’agit du phallus (symbolique) et non du pénis (réel), et les conséquences de cette distinction ne sont pas négligeables. Mais « en avoir ou pas »,1 comme disait Ernest Hemingway, voilà ce qui définit si on est un homme ou une femme. Lacan reçoit l’héritage freudien : « la fonction phallique [sert aux hommes] à se situer comme hommes».2 Quant à la femme, « ce n’est pas parce qu’elle n’est pas dans la fonction phallique qu’elle n’y est pas du tout. Elle n’y est pas pas du tout. »³ La référence à Jacques Lacan n’est pas arbitraire. D’abord parce qu’il réélabore la théorie freudienne du phallus, en confirmant qu’il n’y a de sexe que masculin, mais en ouvrant la voie d’une pensée du féminin comme pastoute et d’une pensée d’une jouissance dont les hommes sont exclus. Et ensuite parce que dans le MLF qui vient de naître,4 nombreuses sont celles qui écoutent cette réélaboration de la psychanalyse. Et qui vont s’y appuyer pour penser le « deuxième sexe », et de manière contradictoire. D’abord comme le « toutautre» que le sexe masculin, et en ce sens elles donnent raison à l’affirmation qu’il n’y a qu’un sexe et que c’est celui de l’homme. Ensuite comme un « tout-autre » propre à la femme, et en ce sens elles donnent raison à l’affirmation qu’il y a un essentiel féminin (une essence de la femme ? un éternel féminin ?). Quoique rhabillée en opposition « phallus/tout-autre », l’opposition « phallus/non-phallus » est maintenue. Au bénéfice d’un autre sexe qui est en fait l’autre du seul sexe ; ce qui, par rapport à l’essai critique de Simone de Beauvoir, constitue ce qu’il faut bien appeler une régression. Cela prend, au sein du féminisme, la forme d’une glorification du sexe de la femme, et de ce « féminin » énigmatique à Freud et étranger à l’homme. D’où les recherches pour retrouver cette spécificité inaccessible à l’homme et opprimée par lui. Quel est l’authentique orgasme féminin ? (réponse d’Anne Koedt : l’orgasme clitoridien5). Y a-t-il une écriture féminine ? (oui, répondent Hélène Cixous ou Luce Irigaray ; mais aussi Gilles Deleuze et Félix Guattari6). Etc.

Le caractère paradoxal de cet « autre sexe » radicalement hétérogène explique la fortune contradictoire du féminisme issu du MLF. Pour une part, il va constituer une version relookée de l’éternel féminin, mystérieux et désirable. À ce titre, il se coulera plus tard sans difficulté dans la revendication soft d’uneégalité des droits, dans la différence bien entendu, pour la femme moderne. Mais d’autre part, au delà d’une mise en cause de la représentation masculine du « deuxième sexe », il va permettre d’interroger radicalement la représentation masculine du « premier sexe », et plus globalement l’assignation sexuelle. Un questionnement qui va d’abord traverser la mouvance homosexuelle et qui débouchera sur la question du genre.
Du sexe au genre

Identifier le sexe de manière spécifique et irréductible, c’est le poser comme quelque chose d’acquis, qu’on peut chercher à élucider, mais qu’on ne remet pas en cause. Et en exaltant le sexe (féminin) comme une réalité définitive et définitivement obscure à la perception masculine, une partie des féministes va littéralement enfermer les femmes dans un ghetto homosexuel et s’interdire tout regard critique.7 Se rendant ainsi, paradoxalement, incapable de comprendre ce qu’il en est du sexe (et des sexes). Au rebours de l’entreprise de Simone de Beauvoir qui, elle, récusait toute conception essentialiste de la femme (« On ne naît pas femme, on le devient »8). Avec au surplus le risque de tomber dans le sexisme, c’est-àdire d’identifier un individu par référence à son sexe.9
À l’opposé de ce « retour à l’ordre » d’une partie des féministes du MLF, les marges les plus radicales du mouvement vont détacher l’assignation sexuelle de tout enracinement biologique. En s’appuyant sur le courant de pensée initié par les recherches de Michel Foucault qui, dans « Les mots et les choses » (1966), a montré que l’homme était avant tout un effet de discours.10 De la même façon, on peut considérer que le sexe est avant tout un effet de discours, ou mieux, une performance. Détacher le sexe de toute essence, de tout enracinement, c’est se donner les moyens de penser le genre. Et de faire l’hypothèse que l’assignation biologique est seconde, et le résultat d’un effet performatif de discours. Lequel est l’exercice d’un pouvoir, et peut donc être aussi le lieu d’une résistance ou d’une subversion. En cela, la réflexion des philosophes « foucaldiens » rejoint les pratiques « trans-genre » des travestis et des drag Queens.
L’ouvrage de Judith Butler, « Trouble dans le genre » (1990), est représentatif de cette réflexion. Et faire de son auteur une féministe procède au mieux d’une lecture hâtive. Car au sens strict, Judith Butler n’est pas féministe ; elle serait plutôt « anti-féministe » ou mieux encore post-féministe. En effet, sa réflexion est exemplaire d’une évolution qui, à partir d’une analyse dece qu’il en est de l’assignation sexuelle, arrive à une conception performative du sexe. Ce qui constitue une rupture radicale avec la conception essentialiste, quelle qu’en soit la variante, du féminisme. Le postféminisme, ou mieux la pensée queer,11 reçoit l’héritage de toutes les pensées qui, au lieu de revendiquer l’égalité des sexes, ont contesté l’idée même d’identifier un sexe, pour mettre en avant le jeu, le trouble, l’ironie.
On débouche sur le « constructionnisme », qui nie radicalement que le sexe ait un substrat biologique et qui subordonne à son assignation performative sa construction physique (y compris dans sa dimension chirurgicale). Ce qui, d’une certaine façon, confirme à quel point on se trouve ici dans le cadre de la pensée post-moderne. Si celle-ci se caractérise par une disparition du réel au profit d’une circulation infinie des signes, l’épiphanie du genre constitue une manière de disparition du sexe. Dérégler tous les genres pour construire « un, deux, trois, de nombreux sexes ! » serait alors l’un des mots d’ordre post-modernes. Il ne s’agit plus d’être, comme le recommande l’ordre des choses, un homme moderne ou une femme moderne « bien dans son sexe et dans sa peau », mais d’être un individu post-moderne au sexe ironique et non dépourvu d’inquiétante étrangeté. La problématique du genre est donc potentiellement subversive, dans la mesure où elle déstabilise les identités, et avant tout l’identité sexuelle. Une fois de plus, on mesure la distance avec la revendication féministe dont le souci d’une égalité de droits pour les femmes se pense dans le cadre d’un ordre existant.
La problématique du genre permet aussi au féminisme égalitariste de légitimer la lutte contre la domination du masculin dans les signes. Ainsi, il faut lutter dans le langage, « puisque c’est tout le langage qui fait écho dans ses structures aux différences de sexe que notre société impose ».12 Une manière de se donner à bon compte une image de radicalité pourtant très suspecte. En effet, nombre de mots désignent des abstractions fonctionnelles incarnées sur la seule base d’une compétence. Y valoriser le genre (le sexe) manifeste surtout la tentation sexiste. Là encore, l’analogie avec le racisme est instructive. Qui oserait parler du « minist’e » si le ministre était un Noir ? Alors pourquoi parler de « la » ministre quand le ministre est une femme ?* Sans parler de la grotesque féminisation de « chancelier », puisqu’une chancelière est une sorte de sac pour tenir les pieds au chaud.13
L’identification du sexe à une essence ou à une sémiotique, non seulement peut mener à des apories, mais reste incapable de saisir à la racine le phénomène de l’assignation sexuelle. Et par voie de conséquence reste incapable de remettre fondamentalement en cause l’oppression réelle des femmes. Avec le théorème de la dissociation-valeur, la théoricienne allemande Roswitha Scholz propose en revanche une analyse du fondement de cette assignation, reconnu comme un procès de fétichisation.14 Et rend pensable une émancipation de tous les sexismes.
Du genre au fétiche

La différence entre la critique de Roswitha Scholz et la critique des mythes dont les femmes sont l’objet est, pour reprendre le mot de Monique Wittig, que cette critique est « matérialiste ».15 C’est-à-dire qu’elle rapporte la constitution d’une identité féminine à la constitution même de la société moderne, par le procès de la dissociation-valeur. La constitution de « la femme » est au cœur de la constitution la société moderne, et celle-ci a pour condition la constitution de « la femme ».
En effet, la société moderne étant fondée sur la valeur et l’accumulation capitaliste de la valeur (Roswitha Scholz reprend ici l’analyse de Marx), elle privilégie des qualités comme le goût d’entreprendre, la volonté de réussir dans une lutte généralisée où il faut être parmi les meilleurs, etc. C’est-à-dire des qualités qui permettent la focalisation de l’activité sociale sur la production et la consommation de marchandises perçues sous l’angle de l’argent qu’elles peuvent rapporter. À ce titre, les qualités qui ne peuvent être utilisées et qui seraient même des handicaps dans ce procès de croissance de la valeur sont méprisées ou tout au moins mises en marge : l’attention, la douceur, etc. On assiste donc à un mouvement structurel de dissociation où, sous la loi de la valeur, on sépare les qualités « fortes », rapidement identifiées au sexe masculin, et les qualités « faibles », identifiées comme féminines.
Cette analyse montre d’une part à quel point la constitution de la « féminité » est l’ombre portée d’une société de concurrence marchande dont le moteur est l’accumulation infinie de la valeur. Une analyse qui ressemble à l’idée que l’oppression des femmes serait une caractéristique parmi d’autres d’une société d’exploitation de l’homme par l’homme. Mais elle se distingue radicalement des analyses marxistes (ou tout simplement des constats compassionnels et« bien-pensants ») en ce qu’elle présente comme illusoire le projet d’une libération des femmes opprimées spécifiquement dans leur sexe. En effet, l’assignation sexuelle n’est qu’un aspect de la constitution sociale. Elle n’est que la forme fétiche, constituée en sexes (en genres), de deux ensembles de qualités dont seul le rassemblement caractérise l’être humain générique.
En ce sens, la « libération » des femmes ne peut être, au mieux, que la possibilité pour les femmes d’entrer dans des « rôles sociaux » d’hommes, ce qui ne remet aucunement en cause l’ordre social. Lequel maintient la grande majorité des femmes dans les tâches assignées comme « féminines », et à ce titre moins bien considérées, de l’activité sociale globale. Il n’y a ainsi d’autre perspective d’émancipation que celle qui abolit, non pas l’infériorité des femmes, mais la constitution de la « féminité », c’est-à-dire par voie de conséquence la constitution même des sexes (des genres), c’est-à-dire par voie de conséquence la société présente, qui n’est elle-même que la constitution fétichiste de la communauté humaine. Mais ça, bien sûr, comme l’écrivait Rudyard Kipling, « c’est une autre histoire »...
Gérard Briche
Notes:
1 To Have and Have Not, 1937.
2 In Encore (Séminaire, livre XX : 1972-1973), Seuil, coll. « Points Essais », 1999, p. 67.

3 Ibid., p. 69.
4 Voir « Libération des femmes, année zéro », Partisans n° 54-55, juillet-octobre 1970.
5 Voir « Le mythe de l’orgasme vaginal » dans le numéro cité de Partisans, où il est expliqué que l’orgasme vaginal n’est qu’un mythe phallocrate.
6 « [Les hommes] deviennent-femme en écrivant. » Mille plateaux, 1980, p. .

7 C’est très précisément le sens des premiers textes d’une Antoinette Fouque, par exemple.
8 Le deuxième sexe, t. II, p. 13.
9 De la même façon qu’il y a racisme dès qu’on définit un individu par référence à sa « race », et ce, sans qu’il soit nécessaire d’évoquer une quelconque hiérarchie des « races ».
10 « [Les discours des sciences humaines] ont dessiné le profil de l’homme et l’ont disposé pour un savoir possible », op. cit. p. 390.

11 Le mot américain queer souligne la bizarrerie d’une performance qui sème le trouble dans toute assignation sexuelle définie ; c’est pourquoi il a souvent la préférence des auteurs de ce que j’ai désigné, de manière peu satisfaisante, comme le post-féminisme.
12 Jacqueline Feldman, La sexualité du Petit Larousse, 1980, p. 115.
13 Sur les aberrations de ce « féminisme », on lira avec profit les ouvrages d’Annie Le Brun, par exemple Vagit-prop, Lâchez tout et autres textes, Ramsay/J.-J. Pauvert, 1990.
14 Il n’y a aucun livre de Roswitha Scholz publié en français.

15 Monique Wittig, qui fut, et de loin, la théoricienne la plus intéressante du MLF, le quitta rapidement et s’expatria aux États-Unis où elle resta jusqu’à sa mort en 2003. On peut lire un recueil de ses essais : La Pensée straight, Balland, coll. « Modernes », 2001.

(membre des groupes-revues allemands Krisis et Exit !, pour une critique renouvelée radicale de la société capitaliste-marchande)
Ce texte est paru initialement dans la revue « Parade. Revue d'art et de littérature de l'École supérieure d'art de Tourcoing », n°6,  « Parler Sexe », mai 2006.

Wissenschaftliches Arbeiten und politische Praxis Film: Walter Benjamin gegen seine Liebhaber verteidigen? Mit Public Value zur Gegenhegemonie?



 Versuch einer historisch-materialistischen Policy Analyse des neuen ORF-Gesetzes

Diplomarbeit, Wien 2010.

Abstract

Das Ziel dieser Arbeit ist der Versuch einer historisch-materialistischen Policy Analyse des neuen ORF-Gesetzes, unter besonderer Berücksichtigung der Rolle des Public Value Konzeptes. Theoretischer Bezugspunkt ist dabei die Hegemonietheorie Antonio Gramscis. Mit deren Hilfe wird von einer neoliberalen Hegemonie, auch im Bereich der Medienpolitik ausgegangen.
Daran schließt sich die Fragestellung an, welches Potenzial das Public Value Konzept besitzt diese neoliberale Hegemonie zu unterlaufen. Zunächst wird gezeigt, dass das Public Value Konzept in seiner Widersprüchlichkeit und seiner Entwicklung (Mark H. Moore, BBC, EU) als „postneoliberal“ zu verstehen ist. Diese allgemeinen Überlegungen werden schließlich im zweiten großen Teil, der empirischen Realanalyse des Konflikts ums neue ORF-Gesetz, weitergeführt.
Zuerst wird die Vorgeschichte der aktuellen Entwicklungen skizziert, sowie die zentralen Akteure des gegenwärtigen Konflikts vorgestellt. Die Analyse des Konflikts selbst verläuft im Wesentlichen chronologisch unter besonderer Berücksichtigung der Rolle der EU.
Danach wird der eingangs erwähnten zentralen Fragestellung nachgegangen – die der Arbeit auch ihren Titel gegeben hat: Wie ist das gegenhegemoniale Potenzial des Public Value Konzeptes zu bewerten?
Das Ergebnis des Konflikts ist das neue ORF-Gesetz. Dieses wird im letzten Kapitel analysiert, mit Blick auf die Rolle des Public Value Konzeptes sowie der hegemonietheoretisch inspirierten Frage: Welchen Akteuren ist es gelungen eigene Interessen im Gesetz zu verallgemeinern? Dabei kommt diese Arbeit zum Schluss, dass sich die neoliberale Hegemonie im aktuellen ORF-Gesetz fortschreibt.

Martin Bartenberger


mardi 5 juillet 2011

Extrasolar Planetary Systems




Detection of Earth-like Planets with Large Telescopes


Using large space-based telescopes (>10-meter) Astronomers could search for terrestrial planets with atmospheres suitable for life as we know it. Spectroscopy could be used to detect the presence of Ozone, an indicator of oxygen in the atmosphere as well as water bands. Methane produced as a result of biogenic activity could be searched for using the same methods.
Using telescopes in Earth orbit planets could be searched for using direct detection methods. Stellar coronagraphs can be used to supress the light from the planet's parent star making detection easier. There is a higher probability of detecting planetary companions around nearby stars in the infrared portion of the electromagnetic spectrum. This is due to the fact that the star to planet flux ratio is less in this region of the spectrum than in the visible.
To separate a planetary companion from its primary stellar halo, one must use a telescope (or array of telescopes) with an aperture (or baseline) B such that r/D is greater than or equal to the wavelength at which the observation is being carried out divided by the aperture (or baseline) of the telescope (or array of telescopes). 

Archives du blog