samedi 11 juin 2011

Situationnistes, encore un effort ! - Gérard Briche

Debord  était un piètre germaniste et sa rencontre avec Henri Lefebvre est fondamentale. C'est le principal intérêt de ce texte.
Concept de « spectacle » chez Guy Debord et critique de la valeur
 
Une parole de scandale dont on n’a pas fini d’entendre parler. La notion de spectacle, dont les situationnistes ont fait le concept critique le plus connu, est une notion équivoque. Sa banalité apparente a été beaucoup dans le fait, qu’il soit employé par nombre de coquins qui s’autorisent de Debord en toute inconscience ou en toute imposture. Le comble de ces impostures qui sont les plus conscientes, étant qu’on va attribuer aux situationnistes et à Guy Debord, au déni de l’évidence et des déclarations explicites de Guy Debord, une haine des images. Je cite quand même, par exemple, l’avis qu’il donne en tête de son Panégyrique : « Les tromperies dominantes de l’époque sont en passe de faire oublier que la vérité peut se voir aussi dans les images. » Et on sait, on le verra tout à l’heure, que Debord n’a jamais méprisé l’usage des images. Mon propos ne sera pas pourtant de préciser la théorie situationniste du spectacle. Il sera beaucoup plus modeste. Enfin, en même temps, plus modeste et plus ambitieux. Modeste parce qu’il va se limiter à situer le concept situationniste de spectacle. Ambitieux parce qu’il prétend en marquer le développement, en articulant l’analyse du spectacle à l’analyse de la marchandise. Je rappelle que la société du spectacle est désignée comme « société spectaculaire-marchande ». Guy Debord lui donne une consistance critique rigoureuse, mais, c’est en tout cas l’hypothèse que je voudrai vous proposer, il ne va pas au bout du chemin. Alors, est-ce que ce terme de spectacle serait une banalité de base ? Est-ce qu’il n’y a pas exagération à y voir un concept, un concept de l’analyse critique ? 
Alors c’est vrai, le spectacle n’est pas sorti de la cuisse toute armée de Guy Debord, ni de sa gueule de bois un jour de migraine, à l’instar de certains récits de la naissance de la fille de Zeus. Le concept de spectacle a été introduit dans le rapport sur les situations en 1957. C’est un texte à l’origine de la fondation de l’Internationale Situationniste, qui d’ailleurs est réédité dans les éditions Mille et une nuits. Et la première occurrence de la notion de « spectacle » est à propos du dramaturge allemand Brecht. Je cite Guy Debord, c’est à la page 28 de l’édition Mille et une nuits, c’est à la page 696 dans la réédition par Fayard de la totalité des revues situationnistes : « Seule l’expérience menée à Berlin par Bert Brecht nous est proche, par sa mise en question de la notion classique de spectacle. » La signification de cette proximité revendiquée est donc claire. Ce qui intéresse Guy Debord, c’est l’effort que fait Brecht, pour casser l’illusion théâtrale par ce qu’on appelle la distanciation. Au rebours de l’ambition théâtrale d’obtenir l’identification du spectateur aux personnages mis en spectacle, il y a la volonté de donner la conscience de cet écart entre le spectacle et la vie réelle, et de faire du spectacle non pas un instrument de désengagement de la vraie vie, mais au contraire même un outil permettant d’intervenir mieux encore dans la réalité. Il y a presque de la pédagogie et même de l’intervention dans la conception brechtienne du théâtre. Ça c’est la première occurrence. Il y en a une deuxième, encore plus explicite, c’est à la page 699 de la réédition chez Fayard : « il est facile de voir à quel point est attachée l’aliénation du vieux monde, au principe même du spectacle, la non-intervention. » Est ici introduite la notion d’aliénation qui fonctionne comme une définition de l’illusion théâtrale. Et l’idée que le vieux monde, est le monde de la dépossession de soi au profit de l’identification illusoire dans les personnages du spectacle. Je dirai rien de particulièrement situationniste dans tout cela, même si la première
thèse de la Société du spectacle, prend cette observation comme point de départ : « tout ce qui était directement vécu, s’est éloigné dans une représentation ». Rien de particulièrement situationniste apparemment. D’ailleurs il sera dans les premières années de l’Internationale, assez peu question de la notion de spectacle. Ce qui deviendra d’ailleurs un concept central, est dans un premier temps, un peu laissé un peu de côté. Les situationnistes sont davantage préoccupé par l’expérimentation ludique, la dérive, l’urbanisme unitaire. C’est à partir du numéro 4 de l’Internationale situationniste, numéro de juin 1960, que la notion de spectacle va être systématiquement cette fois, utilisée comme un concept critique. Et il n’est pas indifférent de préciser le moment. Cette reprise de la notion de spectacle, est le moment dans lequel cette notion va peu à peu devenir un véritable concept critique.
Ce moment est d’abord celui de la fréquentation par Guy Debord et Raoul Vaneigem, du philosophe Henri Lefebvre. On sait que cette amitié fut brève et violente. Et dura approximativement de 1959 à 1962, et qu’elle fut beaucoup dans ce qu’on peut appeler le marxisme de Guy Debord. Pour être juste d’ailleurs, il faut préciser que ce marxisme de Guy Debord, est redevable non seulement à Henri Lefebvre, mais aussi au groupe réuni autour de la revue Socialisme ou Barbarie. J’ai parlé de Lefebvre, il serait bien sûr réducteur d’identifier aux seuls ouvrages publiés par lui, ce que Guy Debord a appris. La curiosité intellectuelle et la familiarité de l’auteur de la Critique de la vie quotidienne, livre important pour les situationnistes publié par Henri Lefebvre en 1961, cette curiosité intellectuelle et cette familiarité avec la langue allemande de Henri Lefebvre, permettent d’imaginer qu’il a fait profiter de manière informelle, ses amis de ses connaissances d’auteurs qui à la date  étaient en France largement inconnus. On peut parler de Theodor Adorno, on peut parler de Gunther Anders, on peut parler de Georg Lukacs, on peut parler de Karl Korsch, il est vrai quelques uns de ces auteurs d’un marxisme que l’on pourrait parlé d’hétérodoxe, ont été également publié par la revue Arguments de Kostas Axelos, qui à l’époque était lue attentivement par les situationnistes. Je parle de l’amitié d’Henri Lefebvre et je pense que cette amitié fut importante, on sait que Lefebvre et Debord se sont appropriés chacun pour leur compte, ce qui avait sans doute été le produit commun de leurs longues discussions, ce qui a d’ailleurs donné des accusations réciproques anecdotiques ou misérables, de copie et de plagiat. Il n’empêche que la relation paradoxale que Henri Lefebvre a entretenu jusqu’à la fin de sa vie avec le marxisme traditionnel et son organisation politique n’est pas sans analogie avec le rapport paradoxal de Guy Debord avec le marxisme. Je rappelle tout de même que Henri Lefebvre, même s’il a été un philosophe marxiste turbulent, qui a, à plusieurs reprises pris ses distances avec le parti communiste, a finalement été un auteur du parti communiste, revendiqué comme tel, édité par lui, donc une relation qui pendant plus d’une dizaine d’années a été une relation d’amour/haine, en même temps écart avec le marxisme traditionnel, et pourtant il y avait une cohérence de la pensée d’Henri Lefebvre avec des pans entiers de ce marxisme traditionnel. Henri Lefebvre avait voulu maintenir une orthodoxie quant à la représentation marxiste de la société capitaliste et des luttes de classes. Et pourtant et en même temps, il revendiquait un développement moderne de la théorie de Marx. Et c’est vrai que quand je parle d’une analogie avec ce rapport paradoxal, de Guy Debord avec le marxisme, je préciserai dans quelques minutes, à quel point, en dépit du fait que Guy Debord ait donné les moyens théoriques de rompre radicalement avec le marxisme traditionnel, avec la vision de la tradition que le mouvement ouvrier avait laissé, et bien Guy Debord ne s’est jamais départi d’une solidarité prolétarienne finalement très gauchiste avec la classe ouvrière. J’ai parlé d’Henri Lefebvre, un autre auteur est important. La reprise critique de la notion de spectacle s’effectue ensuite au moment où les travaux de Joseph Gabbel sur l’analogie entre aliénation mentale et aliénation politique, aboutissent à la publication de sa thèse, très importante, qui sera publié aux éditions de Minuit dans la collection d’Arguments justement, sous le titre de La fausse conscience. Publication en 1962. L’ouvrage de Joseph Gabbel est important parce qu’en élaborant la notion marxiste d’aliénation au moyen des apports de la psychiatrie, l’auteur met en évidence l’intérêt des notions connexes de réification, de fétichisme, tant pour l’analyse des formes sociales de l’aliénation que pour ses formes psychotiques et singulièrement pour la schizophrénie. Joseph Gabbel estime d’ailleurs que la part la plus importante de la pensée de Marx, n’est justement pas ce que la tradition en a retenu et dont à son avis il n’y a rien à conserver. Joseph Gabbel s’est à plusieurs reprises exprimé sur ce sujet. Je donne un seul exemple dans son essai sur Communisme et dialectique qui est publié en 1958. Joseph Gabbel écrit, explique que le problème Lukacs, Lukacs justement, pose dans toute son acuité celui rapports des marxismes qui ne sauraient être que dialectiques et de sa réalisation étatique, c’est donc le problème général de l’incompatibilité des rapports du marxisme et du communisme qui se trouve posé à travers son cas personnel.Joseph Gabbel estime que ne peut être utilisé de Marx que sa théorie de l’aliénation. C’est là qu’il voit le seul marxisme authentique. Et c’est la raison pour laquelle, lui pour sa part se revendique du marxisme, et conteste que soit considérés comme marxistes les tenants de l’interprétation traditionnelle de Marx. Pour lui, Gabbel l’explique à la page 7 de La fausse conscience : « Marx apparaît comme l’un des fondateurs de la psychologie politique ». Pour lui, il l’écrit à deux reprises dans exactement les mêmes termes, à la page 7 et 237 de La fausse conscience, ce qui prouve que pour lui c’est important, pour lui donc, le marxisme est une théorie de la pensée délirante. Et on ne peut penser qu’à ce que disait Michel Henry que le marxisme était la somme des contre-sens sur la pensée de Marx (1). En se revendiquant du marxisme, quoique d’un marxisme ouvert, et en désignant paradoxalement le marxisme traditionnel ou orthodoxe dit dogmatique, comme un exemple parfait de pensée réifiante et réifiée, Joseph Gabbel était au coeur des débats qui agitaient à la date différents groupes qui s’attachaient à évaluer, à réévaluer l’intérêt de la pensée de Marx. La question de l’évaluation de l’usage qu’en faisaient les marxistes, qu’ils soient au pouvoir ou pas, était au centre des débats. Quelle fonction du marxisme dans les sociétés du « socialisme réel » ? Et si le marxisme dans son usage étatique n’était pas le marxisme authentique, quel était celui-ci ? Dans tous ces débats la notion d’aliénation était un enjeu stratégique. En effet si elle recoupait la question de l’importance à accorder aux écrits de jeunesse de Marx, ainsi que la question de la scientificité de ses écrits de maturité, elle constituait un outil d’analyse du fonctionnement idéologique des sociétés y compris du « socialisme réel », ce qui vient légitimement susciter la méfiance de leurs défenseurs.
  Je me suis un peu attardé sur ce qu’il en était de cette mêlée critique des années qui étaient entre le milieu des années 50 et le début des années 60, et il y a lieu de se demander, pourquoi alors que la discussion était animée dans tous ces cercles critiques, dans tous ces groupes, pourquoi les situationnistes ont voulu maintenir et donner une consistance de concept critique, à la notion de spectacle ? En effet on peut considérer que cette notion était une première manière intuitive peut-être de vouloir saisir des phénomènes que le marxisme prétend saisir avec les concepts de l’aliénation, du fétichisme, de la réification. Les situationnistes prétendaient intervenir dans la culture, dans l’art, en tout cas dans la première époque de leur action, c’est-à-dire dans ce que la tradition marxiste désigne comme les superstructures idéologiques ou culturelles, là où la lutte des classes se manifeste par la lutte contre les formes aliénantes de la culture et pour une culture participant à l’émancipation, ce projet dont la formulation générale correspond apparemment au projet situationniste. On pouvait imaginer une marxisation de la notion de spectacle qui serait devenue une version beaucoup plus moderne, plus puissante des concepts de l’aliénation, du fétichisme, de la réification. Cela n’est pas le choix qu’ont fait les situationnistes. Une réponse pourrait être qu’ils avaient la conviction, conviction un peu hautaine, de constituer une théorie qui, je cite, proposition de Guy Debord « avertissement » dans la troisième édition française pour la Société du spectacle, avertissement qu’il a rajouté lors de la réédition chez Gallimard en 1992, je cite : « Les situationnistes avaient la conviction de constituer une théorie qui aura été la première à définir avec exactitude les conditions générales de l’histoire présente ». Leur propos n’était donc pas d’en faire l’aggiornamento de la théorie critique de Marx, mais au contraire, qui intégrait ce que Marx et d’autres éventuellement, j’ai évoqué Henri Lefebvre, j’ai évoqué Joseph Gabbel, ce que d’autres pouvaient lui apporter. Processus que les situationnistes ont présenté de manière explicite. J’en veux pour preuve ce qu’écrit Mustapha Kayati dans le n°10 de l’Internationale Situationniste, pages 54-55, je cite : « Nous utilisons des concepts déterminés déjà utilisés par les spécialistes mais en leur donnant un contenu nouveau. Le mot aliénation par exemple, un des concepts clé pour la compréhension de la société moderne ». Une autre réponse serait qu’en faisant le choix d’élaborer la notion de spectacle en concept critique et de le faire hors du calme des bibliothèques et du débat du colloque, les situationnistes se sont donnés les moyens de l’aiguiser à l’occasion des multiples modalités de la pratique radicale. En cela, ils n’ont pas agi en philosophes, mais en stratèges. J’ai encore rappelé tout à l’heure, la réponse de Debord à Agamben : « je ne suis pas un philosophe, je suis un stratège ». En cela il reprenait le geste de Marx, plutôt que la théorie marxiste, en cela ils ont à la hauteur de leur ambition, et même au-delà de leur ambition je pense, réinventer la théorie radicale.
Le spectacle est en fait un concept paradoxal. L’essai de 1966, « Le déclin et la chute de  l’économie spectaculaire-marchande » manifeste que le spectacle est devenu la catégorie critique centrale de la théorie situationniste. Publié dans le n°10 de la revue, c’est-à-dire en mars 1966, il témoigne de l’intense activité de l’Internationale. Guy Debord et Raoul Vaneigem sont en train de rédiger leurs livres de théorie, comme Guy Debord, et dans quelques mois, ici même, le scandale de Strasbourg fera connaître à la France entière la misère en milieu étudiant. Dans cet essai on lit ceci, c’est à la page 9 de l’essai « Le déclin et la chute de l’économie spectaculaire-marchande », on peut le lire à la page 421 de l’édition Fayard : « Le spectacle est universel comme la marchandise, mais le monde de la marchandise étant fondé sur une opposition de classe, la marchandise est elle-même hiérarchique. L’obligation pour la marchandise et donc pour le spectacle, qui informe le monde de la marchandise d’être à la fois universel et hiérarchique, aboutit à une hiérarchisation universelle. Mais du fait que cette hiérarchisation doit restée inavouée, elle se traduit en valorisation hiérarchique, inavouable parce qu’irrationnelle dans un monde de la rationalisation sans raison. » A la lecture de ce texte on y entend la greffe des concepts du marxisme sur la théorie situationniste. Celle-ci prétend maintenant à la rigueur. Elle introduit les concepts de marchandise, de lutte des classes. La société capitaliste moderne d’ailleurs, la société du spectacle, est en rigueur, désignée comme société « spectaculaire marchande ». Et pourtant, à bien y regarder, cette greffe de marxisme est équivoque. Première citation : « La marchandise est hiérarchique. Cette hiérarchie désigne naturellement le fait que, entre les deux aspects de la marchandise que sont la valeur d’usage et la valeur d’échange, seule la valeur d’échange présente de l’intérêt pour le cycle capitaliste, et donc que la valeur d’échange est le maître, et la valeur d’usage le négligeable serviteur ». Il est vrai que Guy Debord préfère une métaphore plus guerrière, je cite Société du Spectacle thèse 46 : « la valeur d’échange est le condottiere de la valeur d’usage. » En soulignant que cette hiérarchie inavouée est au service de l’inavouable mouvement de la valorisation capitaliste, l’essai formule exactement la thèse de Marx, que le mouvement du capital est le mouvement d’un « sujet automate » qui passe sans fin de la forme argent à la forme marchandise, et de la forme marchandise à la forme argent, mouvement dans lequel bourgeois et prolétaires ne sont que des agents de fonction. Le terme de « sujet automate » est un terme qui dans la tradition marxiste en particulier française, n’est pas connu. En effet, on trouve dans l’édition allemande du Capital le texte (traduit par Joseph Roy) : « Dans la circulation A-M-A’ [argent, marchandise, davantage d’argent], marchandise et argent ne fonctionnent que comme des formes différentes de la valeur elle-même, de manière que l’un est la forme générale, l’autre est la forme particulière, et pour ainsi dire dissimulées dans la marchandise, forme particulière la valeur est dissimulée. La valeur passe constamment d’une forme à l’autre, sans se perdre dans ce mouvement. » Joseph Roy coupe ici la phrase allemande. La phrase allemande continue : « c’est ce qu’on appelle la transformation de la valeur en sujet automate ». La notion de « sujet automate » n’est pas indifférente. Cela veut dire en clair que le seul sujet capitaliste c’est la valeur, qu’il n’y a pas de prolétariat-sujet ou de bourgeoisiesujet. Marx est explicite à ce sujet. Et la volonté d’identifier le prolétariat en sujet qui serait destiné à devenir pour soi alors qu’il était en soi, ou d’une classe capitaliste, les bourgeois, qui seraient eux-aussi les sujets, c’est on va dire une vision hégélienne, dont Marx a l’époque du Capital s’est débarrassé. On pourrait d’ailleurs lire à cet égard Michel Henry qui là-dessus a des pages très précises. Je continue. Le spectacle informe ce monde de la marchandise, le spectacle oeuvre à la cohérence idéologique de ce monde de la marchandise. La formulation est originale, elle intègre la notion de spectacle, mais le phénomène d’autres auteurs ont contribué à le faire connaître, je pourrai par exemple évoquer Max Weber ou bien Karl Mannheim, qui si Debord n’a pas lu lui-même il a surement entendu parler d’eux par Henri Lefebvre, mais on pourrait également citer Emile Durkheim et son analyse de l’idéologie.
Donc, première citation qui est effectivement conforme à la pensée de Marx. La marchandise est hiérarchique, quand on va jusqu’au bout de l’analyse de la marchandise par Marx, on aboutit à l’identification du mouvement de la valeur comme sujet automate et on aboutit donc à cette espèce de dépréciation des deux pôles de ce mouvement et des agents de fonction qui les incarnent de manière empirique, comme étant quelque chose comme une erreur. Erreur qui en revanche constitue la vulgate du marxisme traditionnel. Marxisme traditionnel qui date de plus d’un siècle, partait de la première observation de la misère, de l’opposition de classe. Deuxième citation : « le monde de la marchandise est fondé sur une opposition de classe ». Cette formule qui est également extraite de l’extrait de l’essai cité, elle contredit la formule précédente. Car pour Marx, ce n’est pas l’opposition de classe qui fonde le monde de la marchandise, c’est au contraire le monde de la marchandise qui fonde l’opposition de classe. Encore une fois, bourgeois et prolétaires ne sont que des agents de fonction du cycle de la valorisation. Et on touche là à l’équivoque de la critique situationniste de la marchandise et de la notion de spectacle. Une équivoque que l’Internationale partage d’ailleurs avec l’ensemble du marxisme traditionnel, y compris dans ses courants hétérodoxes. J’ai tout à l’heure presque paraphrasé Georg Lukacs.
 
Ce qui est en question ici c’est le fétichisme de la marchandise. En prenant pour cible la société de la marchandise, société spectaculaire, société spectaculaire-marchande, l’Internationale Situationniste ne s’est pas trompée d’ennemi. Le paradoxe en revanche, c’est que par son refus radical du travail et son refus radical du spectacle, elle se donnait aussi les armes pour en faire une critique radicale. Une critique à partir de la racine. Et de ces armes, l’Internationale Situationniste n’a pas évalué toute sa portée. Quand je parle de refus radical du travail, je pense par exemple au slogan « Ne travaillez jamais ». Slogan tracé parait-il par Guy Debord en 1953 rue de Seine et qui lui était particulièrement cher, puisqu’il le reproduit dans le tome second de ses Panégyriques (1997 chez Fayard). L’Internationale Situationniste n’a pas été conséquente, elle s’est donnée les armes d’une critique radicale de la société spectaculaire-marchande, mais elle a maintenant la position traditionnelle qui fait de la lutte des classes le phénomène premier et la circulation des marchandises le phénomène second. En quelque sorte elle a reculé devant l’analyse du fétichisme de la marchandise, l’analyse de la forme valeur, l’analyse de son emprise sur la totalité sociale, ce qui l’aurait amené à critiquer toutes les catégories fétiches secrétées par la forme valeur. Or, seule la critique de la forme-valeur est susceptible de donner la clé des formes spectaculaires et de déterminer la réalité de ces formes.
Illusion, réalité… Dans les textes situationnistes, la teneur de  réalité  du spectacle n’est pas  toujours dépourvue d’ambiguïtés. La force d’attraction de l’interprétation psychiatrisante de l’aliénation n’a sans doute pas facilité les choses. De même, dans une brochure qui fut publiée ici même il y a plus de quarante ans, on peut lire ceci (p. 10 de la brochure De la misère en milieu étudiant):« La mise en spectacle de la réification sous le capitalisme moderne impose à chacun un rôle dans la passivité généralisée, rôle qu’il assumera en éléments positifs et conservateurs dans le fonctionnement du système marchand ». Un appel de note permet à l’auteur de préciser que « ces concepts de spectacle, de rôle, etc., sont employés dans le sens situationniste ». Mais ce « sens situationniste » ne permet pas vraiment de déterminer s’il s’agit ici d’une illusion théâtrale ou d’une emprise réelle. En revanche, on peut dire que le marxisme traditionnel, dans sa méfiance de l’analyse du fétichisme de la marchandise, est lui, très conséquent. On connaît la célèbre mise en garde de Louis Althusser qui recommandait de ne surtout pas commencer la lecture du Capital avec le chapitre sur la marchandise, premier chapitre. Chapitre trop difficile, chapitre trop périlleux et de n’y venir qu’après avoir lu tout le reste, ou peut sans faut. On pourrait voir là la déformation universitaire vulgaire de la conception schématique du marxisme dont le résumé pédagogique attribué à Staline est l’exemple canonique. Je fais bien sûr allusion à la petite brochure publiée en 1938 Matérialisme historique et matérialisme dialectique, je ne m’attarde pas, Michel Henry fait de cette déformation une analyse décisive.
 
Il est clair qu’en comprenant le mouvement de la valeur et l’emprise de la forme valeur, on risquait d’élucider la lutte des classes comme une lutte interne au mouvement du capital, et le renversement d’un des pôles de ce mouvement comme une simple redistribution spectaculaire des rôles au sein d’une formation sociale toute aussi capitaliste. Ce qui donné pour comprendre la nature des sociétés du socialisme réel des outils autrement performants que les notions de « déformation bureaucratique » ou de « dégénérescence révisionniste ». Je lis à la thèse 17 de la Société du spectacle de Guy Debord la phrase suivante : « le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image ». Dans sa concision, cette proposition de Guy Debord condense le concept de spectacle. En la développant on met en évidence ce qui est en même temps la force de ce concept mais aussi sa faiblesse. En quoi il se réapproprie la critique radicale par Marx du fétichisme, et en quoi il permet une interprétation idéalisante du fétichisme… Est-il nécessaire de souligner que cette interprétation idéalisante du fétichisme n’est que l’autre face de l’interprétation objectiviste ? Est-il nécessaire de souligner que l’opposition de l’une à l’autre de ces deux faces est précisément le cercle vicieux dans lequel le marxisme traditionnel reste enfermé ?
 Les premières occurrences du concept de spectacle mettent l’accent sur la séparation. Séparation entre le spectateur et le spectacle, séparation entre la vraie vie et la vie spectaculaire, séparation réelle entre les spectateurs qui n’ont de liens que par et dans le spectacle. Ces formulations justes n’évitent pas que l’on comprenne comme la désignation d’un écart entre ce qui est réel et ce qui est illusion, entre ce qui est de la terre et ce qui est du ciel, entre ce qui est vérité sensuelle et ce qui est croyance religieuse, ce qu’il en est du spectacle. Et l’interprétation du spectacle n’a pas évité ces interprétation somme toute très marxistes. Le développement de la proposition de Guy Debord en revanche permet de renouer avec la conception critique, celle de Marx, et de retrouver un concept que la tradition marxiste, elle, n’a pas retenu. Je cite un fragment de la thèse 4 de la Société du Spectacle de Guy Debord : « le capital n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social médiatisé par des images ». Cette formulation est démarquée du Capital de Marx et elle rappelle une connaissance de base : le capital n’est pas une chose mais un rapport social, ce n’est pas une somme d’argent, mais de la valeur représentée sous la forme d’argent qui entre dans un cycle où elle va se transformer pour se représenter sous forme de marchandise, pour se transformer encore et se représenter de nouveau sous la forme d’argent. Mais au cours de ce cycle, elle aura augmenté. Et elle aura augmenté grâce à la force de travail humain qui aura été dépensée.
Pardonner moi ce rappel schématique, nous allons voir qu’il est essentiel pour comprendre la thèse de Debord, de repartir de l’analyse de la marchandise. En effet, voir une marchandise quelconque comme un produit particulier, c’est se faire une illusion. Parce ce produit, que produit la dépense de travail humain, ce n’est pas un produit particulier présentant une valeur d’usage, c’est un produit général, c’est de la valeur qui se présente dans un produit particulier comme la valeur d’échange de ce produit particulier. En fait, la réalité de la marchandise c’est ce qu’on ne voit pas : c’est la cristallisation du travail humain en valeur. Et ce qu’on voit de la marchandise, c’est une illusion. C’est un objet d’intérêt négligeable du point de vue de la valeur. D’ailleurs cet intérêt négligeable est de plus en plus négligé, puisque l’intérêt réel, la valeur d’usage, est de plus en plus faible dans les marchandises aujourd’hui. On peut formuler cela en disant que le travail humain, tel qu’il se manifeste dans la production des marchandises, n’a d’intérêt, entendons-nous, intérêt pour le sujet automate dont j’ai rappelé qu’il était le seul sujet, qu’en tant qu’il se cristallise en valeur, en valeur invisible. On parlera de « travail abstrait » non parce qu’il n’est pas réel, il n’y a rien de plus réel au contraire, ni parce qu’il serait immatériel, il peut être au contraire extrêmement matériel (ça c’est une illusion que certaines idéologies pos-modernes cultivent que le travail abstrait et le travail immatériel désigneraient la même réalité, c’est faux). En fait, il est abstrait parce qu’on ne le voit pas : on peut parler d’abstraction réelle, dans la mesure où il s’agit de quelque chose d’abstrait et qui pourtant n’est pas un objet de pensée, mais une véritable réalité sociale. Alors j’ai introduit la notion d’abstraction réelle qui est sans doute étrangère à beaucoup, qui n’est pas utilisée dans la tradition française. La notion d’abstraction réelle a été introduite par Alfred Sohn-Rethel, un philosophe allemand scandaleusement méconnu en France, je crois qu’il n’y a quasiment rien de traduit en français de lui, il y a eu quelques années un petit fragment qui a été traduit dans une revue qui n’existe plus, dans la forme de l’époque. Alfred Sohn-Rethel a introduit l’idée d’abstraction réelle dans un essai de 1961, actuellement non traduit en français et qui s’appelle Forme marchandise et forme de pensée 2. Une fois de plus, pardonnez cette longue digression, en fait cela n’en est pas une, je ne me suis pas écarté de l’élucidation par Guy Debord du concept de spectacle.

En définissant le spectacle comme une condensation imagée du capital, Debord va à l’essentiel, il le définit comme une accumulation d’images, dont la vérité est aussi invisible qu’est invisible la vérité de la marchandise et dont la réalité est aussi réelle qu’elle. Ce qui au rebours de toutes les compréhensions idéalisantes du spectacle comme des vessies dont il faudrait se détourner, comme un tissu d’illusions dont il faudrait rejeter comme de la poudre aux yeux qu’il faudrait secouer, considère le spectacle comme la manifestation très réelle du capital et le lieu très concret de la guerre sociale. On est à cent lieux d’une conception de la représentation comme opposée à la réalité, et susceptible de se détourner d’elle. Le spectacle c’est le capital dans son abstraction réelle, il n’est pas la superstructure idéologique d’une base réduite à la pratique économique, ça c’est la vulgate de la tradition marxiste, et ça donne une consistance inattendue à Lautréamont. Je cite Lautréamont, Poésie 2, 1870 : « Les idées s’améliorent, le sens des mots y participe, le plagiat est nécessaire, le progrès l’implique, il sert de près la phrase d’un auteur, se sert de l’expression, efface une idée fausse, la remplace par l’idée juste » Je précise tout de même que cette citation constitue littéralement la thèse 207 de la Société du spectacle. Le spectacle ne désigne par un niveau idéologique surplombant comme une brume la réalité sociale, le spectacle est une abstraction réelle de cette réalité sociale. Et la lutte dans la culture, comme les situationnistes désignaient au commencement leur action, n’a pas moins de consistance que la lutte salariale. Marx chez Lautréamont, le plagiat et la pratique situationniste du détournement n’ont pas moins de consistance que l’activité syndicale. Ce qui justifie que les situationnistes se considéreront comme plus à leur place à côté des ouvriers qu’à côté des artistes, puisque ceux-ci croyant même par leur position de spécialiste à la pseudo-réalité spectaculaire de l’art, restent aveugles à la vérité de son abstraction réelle qu’on ne rend visible qu’à la dépouiller de ses oripeaux, en la révélant pour ce que c’est, de la marchandise. Thèse 193 de la Société du spectacle : « la culture est devenue intégralement marchandise »
Situationnistes encore un effort !
 
J’ai voulu montrer que l’élaboration du spectacle comme concept critique en s’appuyant sur l’analyse de Marx de la marchandise, permettait aux situationnistes de formuler de la société une critique totale, et je rappelle la phrase de Guy Debord : « le spectacle est universel comme la marchandise », et bien les situationnistes ne sont pas allés au bout de cette élaboration. Chose que j’ai désigné comme une inconséquence, dans la mesure où en même que cette critique radicale que permet le concept de spectacle, la théorie situationniste affirmait aussi le refus inconditionnel du travail. Malheureusement, ce refus du travail, ce juste refus du travail, a surtout été déployé dans la direction d’une revendication romantique, en sous-estimant la force subversive qu’il a dans la théorie. En effet, le refus du travail si on l’élabore à partir de
l’analyse de la marchandise (dont on ne sort pas), prend la consistance du refus non pas de l’activité humaine, mais de la dépense capitaliste de force de travail humaine qui permet la valorisation de la valeur. Le travail en vérité c’est cette abstraction réelle qui constitue le travail abstrait. Et refuser le travail, c’est refuser d’entrer dans le cycle de la valorisation capitaliste. Faire l’éloge du travail au contraire, c’est faire l’éloge de l’apparence trompeuse que prend le travail abstrait dans son effectuation particulière de production d’une marchandise particulière dont l’utilité réelle est indifférente à la valeur. A cet égard, la distribution du produit du travail est indifférente au cycle capitaliste, elle ne remet pas en cause la forme valeur. La lutte salariale et la lutte des classes se manifestent donc dans cette perspective, comme un phénomène secondaire, interne à la structure fétichiste de la forme valeur. 

Que penser du concept situationniste de spectacle ? Et bien je dirai qu’il aura été le premier pas vers ce qu’on pourrait appeler un post-marxisme, un post-marxisme dont la tâche serait de constituer la théorie critique radicale de la dernière société de la préhistoire fétichiste de l’humanité. De Marx à Debord, puis de Debord à Marx, et après.
 
(1) Michel Henry, Marx, Gallimard,2009 (1976)
 
 
                                                                 Gérard Briche

vendredi 10 juin 2011

Vaneigem ou l'or noir des situationnistes




L’influence de Raoul Vaneigem sur la jeunesse de Mai 68 fut grande, peut-être se répandit-elle plus facilement que celle de La Société du Spectacle de Debord, dont les thèses arides semblaient s’inscrire dans le même marbre que celui que grave la loi. Les écrits de Vaneigem, plus ouvertement libertaires, laissaient déjà poindre l’anarchisme hédoniste de l’auteur futur du Livre des plaisirs et de Nous qui désirons sans fin. Jusqu’à présent, il n’était jamais revenu aussi précisément sur ses années situationnistes. Avec Entre le deuil du monde et la joie de vivre, on entre dans une critique du "situationnisme", ce que la culture et les médias ont fini par faire de ce courant entre esthétique et politique, puis plusieurs livres s’enchâssent ici dans une langue solide, flirtant avec un classicisme teinté de saillies baroques, précieuses.

Ce n’est pas le moindre des plaisirs de lecture de ce livre que d’y entendre un verbe roide, hautain parfois, épouvanté d’une rage sombre, tantôt nonchalante, puis en basse continue, se déchaînant contre l’anéantissement de l’humanité. Il faut le dire, il y a un style, un ton, un humour souvent sarcastique, que nous ont laissé les situationnistes. Avec son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, en 1967, Raoul Vaneigem a marqué d’une pierre d’angle ce mélange de rigueur formelle et de concepts percutants. Beaucoup imitée, jamais égalée, cette belle machine rhétorique n’existe réellement qu’à travers deux œuvres : celles de Raoul Vaneigem et de Guy Debord. Leur amitié ne résista pas au reflux de 68. Dans sa lettre de démission à l’Internationale situationniste en 1970, Vaneigem pose la question qui va l’occuper jusqu’à ce dernier livre : "Comment ce qu’il y avait de passionnant dans la conscience d’un projet commun a-t-il pu se transformer en un malaise d’être ensemble ?", pour répondre, en partie, par le peu de pénétration des idées situationnistes dans le milieu prolétaire, de la même manière que d’autres groupes gauchistes. Quoi ? mais d'où vient cet aveuglement ? Les idées situs circulent en banlieue depuis les années 70. La seule chose authentiquement Bourgeoise c'est l'ouvriérisme façon "Opéraisme", c'est plus pop pour les bisounours...

Il se repose toujours la même question, est-ce à une d’élite d’apporter ses lumières théoriques à une classe opprimée et au nom de quoi ?, pour parvenir à un constat plus profond : le mode situationniste de comportement dupliquait une haine de soi, une volonté de démolition, qui n’était pas exempte de nihilisme, d’une pulsion de mort. Vaneigem interroge une forme de folie rance, celle qui a pu le transformer en "ange exterminateur" reproduisant symboliquement les actes staliniens d’exclusion, de crimes potentiels, d’une confrérie dupliquant le schéma meurtrier du bouc émissaire. Il déplie cette "table ronde" chevaleresque des égaux situationnistes où, comme il le dit, l’enjeu du pouvoir était dominant. On s’apercevra, avec le temps, que Entre le deuil du monde et la joie de vivre n’est pas un simple témoignage, mais une réflexion essentielle pour reprendre la liaison entre utopie et agir. 

Chaque phrase creuse le problème d’un mouvement qui avait vu la société de consommation comme une Vanité, une tête de mort disponible pour chaque citoyen, son tombeau, et là il faudrait citer tout le livre : "Mais voici que ce confort se dérobe entre les mains de millions de gens, qui se retrouvent sans humanité et sans avoir." La peur, l’effroi s’emparent de chaque travailleur subordonné à des puissances qui le dépassent, le détruisent. Et là où Vaneigem est important, c’est que quittant le "jouir sans entrave et vivre sans temps mort" de 68, il décape ce que le désir a pu devenir comme accélérateur pour les révolutions capitalistes. Les situationnistes appelaient de leurs vœux une société du jeu vital, de l’expression libre, mais ce dispositif fut idéalement capté par l’économisme. De fait, la critique du "Spectacle" servit de fleuron à celui-ci, le désir ou les désirs sont les proies que l’économie cherche et suscite pour les inféoder. On pourrait faire la même analyse pour nombre de philosophes de 68. Sans resserrer ces penseurs dans une même critique du désir comme producteur d’asservissement, le livre de Vaneigem, qui ne s’embarrasse pas de telles précautions, pointe l’impasse d’un certain type de révolution. 

Il ne faudrait pas restreindre Entre le deuil du monde et la joie de vivre à un arrachement aux errements des situationnistes, malgré leur perspicacité, mais à une méditation sur le devenir mortifère des révoltes : "Car enfin, nous avions entrepris la révolution en gageant ses espérances sur notre fin apocalyptique." Et, encore plus cinglant : "Dans l’hystérie paranoïaque de notre groupe d’hémophiles excoriés retentissait l’écho d’une exaltation que nous voulions romantique ; elle était seulement morbide." Les assertions claquent comme des refus de se laisser prendre, à nouveau, dans ce désir de pouvoir qui ne cache que celui de n'en avoir aucun. Vaneigem revient sur ces exclusions meurtrières que les situationnistes pratiquaient comme des purges internes, faute de trouver l’ennemi extérieur auquel s’affronter directement. Ce livre entrelace une biographie personnelle, intimement issue de l’histoire de la classe ouvrière, où le présent est décrit comme "Pénétrer dans l’abîme du calcul égoïste, c’est se laisser pénétrer par lui. Au regard des requins mercantiles qui le sillonnent, toute existence est une proie.", et puis ce retour violemment critique sur ses années situationnistes. 

Ce n’est en rien un reniement, une repentance, mais au contraire une fidélité qui perçoit en quoi il s’en fallut de peu pour que le monde ne bascule. C’est à ce centre de gravité, qui est aussi un hymne à la vie, que Vaneigem garde son adhésion. Même si l’on peut contester sa perception des émeutes de banlieues, qui reste classiquement marxiste, les classes dangereuses sont forcément traîtres à leur cause, il n’en reste pas moins que c’est le seul situationniste qui a fait la critique salutaire d’un mouvement, indépassé à ce jour, non pour le calomnier, mais pour lui donner sa teneur la plus forte, directe. Versé dans l’alchimie des désirs, il change l’or noir des situationnistes, leurs sarcasmes, pour ne garder que leur joie d’être, leur insurrection. Cette irruption intense de vie qui échappe à la volonté de puissance, cette révolution personnelle, incalculable, Vaneigem nous en donne le legs, avec une générosité rare, un timbre de voix qui résonne, comme une injonction à changer le monde.   

jeudi 9 juin 2011

Nuance et Amalgame

La nuance est avant tout l’inflexion logique, contextuelle, finalitaire voire téléologique de l’essence que l’on recherche dans le phénomène d’un fait, d’une situation pour son jugement objectif et équitable, alors que l’amalgame confond pernicieusement contingences et nécessités, brasse tout, préjuge de tout dans des associations mentales-herméneutiques dénaturantes souvent discriminatoires, toujours monstrueusement menteuses ou idéologiques. L’amalgame est un agent logique déviant du sens, trope de désignification de tout ce qu’il mélange. CLM

Dans l’analyse et le questionnement, tout le pari de la conscience-juge misant sur la vérité, c’est de parvenir à appréhender et discerner les nuances dans le jugement des faits et situations. Il s’agit d’éviter la mésalliance d’une obsession de vérifier ses préjugés et de découvrir en même temps la vérité. Sans les nuances, la saisie du monde est toujours un amalgame ou une confusion coulée dans le béton monstrueux des contrevérités et erreurs, toutes ces aberrations pires que les plus méchants mensonges car dans le mensonge on est trompé alors que l’absence de nuance dans le jugement, on se trompe soi-même, se gruge dans la plus cinglante auto-déviance. Comprendre les nuances qui révèlent les subtilités et les spécificités en se débarrassant des préjugés et prêts-à-penser, sont le gage du jugement juste aboutissant à la vérité et à la justice.
Préjugés et erreurs sont, en effet, souvent conséquences d’un manque de nuances. L’histoire de la philosophie, nous rappelle ce tournant, ce moment de la méthode herméneutique que constitue la phénoménologie pour le jugement des faits et situations. Cela tient au souci de vérité husserlien visant à décanter la saisie des faits et situations en séparant conscience thétique et conscience réfléchie, intentionnalité vide et pleine. Néanmoins, dans la jungle sociale où la très minoritaire faune du pouvoir manipule les pulsions et instincts de la masse qu’elle pousse à des manières de meute de chacals, les incongruités rébarbatives des illogismes les plus loufoques et des logiques les plus monstrueuses posées en jugement collectif, ostracisent imparablement l’esprit libre et averti voulant parvenir à la vérité en prenant la posture du recul phénoménologique pour appréhender le sens. Ainsi, ces deux choses essentielles et si pesantes de refus du préfabriqué idéologique et d’abord neutre dans tout jugement logique : sont trafiqués, dénaturés dès le constat et l’interprétation.
Ce qui nous fait souvent éluder les nuances dérangeantes, c’est la lâcheté et la promiscuité relationnelle nous poussant à ménager émotivités et susceptibilités et à atténuer la rigueur du jugement, voire à sacrifier la vérité. Le fait est clair, l’homme comme animal social et politique, pour conserver ses intérêts, se protéger lui et les siens, ment à lui-même ou se contente d’une vérité au rabais qui ne peut être que contrevérité. J’ai dit politique (c’est que, bien que cela existe dès la famille il y est privé et sans répercussion directe dans l’espace public) parce que la politique politicienne, est le domaine préférentiel, parce que public voir officiel, où l’on peut facilement vérifier la pusillanimité locutoire, le copinage et la promiscuité positionnelle des déclarations par complaisance grégaire. Complaisance qui va souvent avec la compromission langagière et la sujétion discursive au détriment de la vérité due aux citoyens. Dans les entourloupes de l’impureté satanique d’un système hypermatérialiste, qui lâche ses crapules zélées, ses chiens âpres à toutes les curées aux quatre coins du monde, l’esprit pur est souvent seul à se garder humain dans sa solitude. L’esseulement est alors la force des dignes qui refuse les amalgames.

Amalgames et jugements de masse…

L’amalgame, toujours mesquin et matois dans sa racine individuelle ou socioculturelle, part d’une logique trompeuse, toujours méchante et bornée avec des conséquences ultimes désastreuses. De fait, le racisme, l’ostracisme et toutes les discriminations non factuellement fondées sont des amalgames violents qui opèrent contre les altérités et donc, contre l’humanité. L’amalgame est essentiellement confusion, intrusion de composantes fictives artificiellement liées à un phénomène considéré, prêtées artificieusement à l’essence ainsi dénaturée des faits et situations dont il ose établir idées et perceptions factices en axiomes pervers et postulats inexorables.
En occident, le credo tout autant populacier qu’universitaire passe par la désinformation où la propagande équivaut à la liberté de la presse ; le libéralisme économique, assimilé à la liberté ; les élections cycliques, à la démocratie. Mélanger ainsi des notions sémantiquement proches pour se jouer des émotions et des limites intellectuelles collectives, c’est faire de l’amalgame. Amalgamer correspond à imprimer un sens faux, sur le plan idéel, à des notions ou des pratiques en leur annexant une justification morale factice ou un discrédit bernant via des données réprobatrices et accusatrices inexactes par un brassage explicatif, une mixture herméneutique à grands coups de pression sociale selon la diffusion massive du sens postiche voulu à travers les outils de communication sociale. Amalgamer, c’est créer à des individus, des institutions ou des faits, des connotations péjoratives voire incriminantes avec crasse rouerie et mesquinerie par l’agencement sordide de parties et de détails, d’insinuations et d’idées reçues, où un peu de vrai et un peu de faux subvertit, distord la signification et désubstantialise tout. C’est aussi dans certains cas, prendre le symbole pour le symbolisé inexistant afin de berner l’opinion publique.
Nous constatons aussi des amalgames idéologiques dans le traitement des relations entre les genres : dépendance affective, harcèlement (trop souvent respectivement confondus à l’affection intense et à la tentative tenace de séduction sans violence) évoqués à tout bout de champ, pour dénigrer le masculin et fragiliser le mâle toujours plus ou moins soupçonné de pulsion immodérée, de prédisposition à l’agression, toutes les conneries immondes d’une société utilisant les faibles d’esprit, montant femmes contre hommes, substituant une structurocratie tyrannique aux autocraties despotiques du passé et à leurs répressions immédiates, pour briser la force brute qu’est le mâle à l’heure des « démocraties » et de « l’État de droit ».
Un autre amalgame courant, devenu proverbe inavoué dans les sociétés occidentales, est que les pauvres sont des parasites, des assistés, liaison idiote chez la masse mais crassement idéologique chez les « élites », quand on sait que l’abomination, est la pauvreté dans le monde et dans des pays qui pillent la planète, provoquent de la rareté artificielle, entretiennent une poignée de vrais parasites crapuleux et riches qui se servent des structures de l’État pour régner en chiant sur le reste de l’humanité dans une société aliénée bêtement vouée à eux, prête à leur verser des taxes spéciales, à éponger leur gaspillage bancaire provocateur de crises économiques mondiales...
Encore un autre amalgame, raciste, celui-là, la croyance chez plusieurs petits leucodermes que le mélanoderme est souvent un voleur ! Ineptie à dormir debout. Si les noirs savaient tellement voler, ils ne seraient pas si pauvres se faisant souvent traiter en parias (sauf les cooptés par souci de visibilité multiethnique du système en pays d’immigration) pour une subsistance difficile même parmi les moins doués des blancs. Sans entrer dans la stupide guerre de « race » menée tantôt ouvertement tantôt subrepticement par les minables petits et grands racistes avoués ou inavoués au pouvoir, guerre honteuse pour l’humanité, et que nos abhorrons de tout notre être, disons simplement que l’histoire effective, celle qu’on élude et qui n’est guère massivement diffusée, mais dont les faits et conséquences sont palpables et bien présents, raconte totalement le contraire. De quelle couleur sont les moralistes colons, saints et religieux, qui ont volé des pays à leurs ressortissants en Amérique, en Afrique et sur tous les continents, et qui, non contents d’avoir pris terres et ressources à leurs possédants partout dans le monde, ont transformé (par l’esclavage, ce pillage de la vie d’un individu, cette prédation de l’Étant Humain) l’homme de ces pays en chose productrice, mis à mort avec les pires injures, s’il refusait son statut de chose au service du maître ? Prédation de pays, déprédation de terres, vol de vie, sans égard pour quiconque ou quoi que ce soit, voilà que de nos jours, on crache les pires insultes aux écrasés avec l’aval des plus flagorneurs d’entre eux, achetés, utilisés, forgés contre les leurs. L’on comprend aujourd’hui que certains moins que rien qui gouvernent les états jouent à l’arrogance et à la « noblesse bourgeoise » supérieure pour se laisser croire et faire croire qu’il sont d’origine pure, rudes travailleurs qui ont réussi, tandis que les pauvres sont de sales paresseux profiteurs venant le plus souvent de ces races inférieures qui peuplent le sud…
L’amalgame est donc le fait des prédateurs et des ignares manipulés de leur idéologie. Le recul qu’exigent les nuances, est de loin trop difficile pour ceux que la mollesse quotidienne, et l’ignorance et la pulsion de haine, tiennent, hélas, collés à la réalité sociale et à l’immédiat.
L’imposture d’une société - véritable cercle vicieux, circularité de la pérennité du mal infligé par les plus forts qui ont pillé, massacré et sont donc riches et armés - semble interminable dans un monde où la logique tronquée, mensongère des amalgames, sévit et tue le sens en se jouant des hommes ainsi faits choses d’autres hommes privilégiés, constituant l’infime minorité prédatrice, le quarteron obscur de monstres au pouvoir, cachés derrière les structures, monstres implacables et impitoyablement exterminateurs des multitudes majoritaires.
D’aucuns me diront, si tant est sombre et ténébreuse la condition sociale des hommes, pourquoi écrire, s’engager ? À cela, je réponds ceci : sachant que, fors les choses divines et métaphysiques, il y a toujours des alternatives mélioratives aux conditions sociales des peuples et des hommes car ces conditions sont humainement créées et maintenues sans aucun Deus ex machina transcendant, c’est-à-dire forgées dans le ludique des structures, fomentées par quelques-uns utilisant tous. Il faut donc scruter dans l’histoire et les choix de société, les causes des terribles malaises affectant la vie sociale de l’espèce tout en partageant et mettant en commun les réflexions pouvant faire éclairage sur les points d’ombre de l’ordre du mal qui est l’ordre du monde.

mercredi 8 juin 2011

On the fire at Saint-Laurent-du-Pont

The instantaneous incineration of the dance club[1] in Saint-Laurent-du-Pont, in which 146 people were burned alive on 1 November 1970, certainly aroused strong emotions in France, but the very nature of these emotions has been poorly analyzed, then and now, by many commentators. Of course, the incompetence of the authorities concerning security instruction has been revealed: these instructions are well conceived and minutely spelled out, but making them respected is quite another matter because, effectively applied, they more or less seriously interfere with the realization of profits, that is to say, the exclusive goal of capitalist enterprises in both their places of production and the diverse factories in which diversions are distributed or consumed. The dangerous character of modern [building] materials and the propensity for horrible decor to become the decor of horror have already been noted: "One knows that the polyester ceilings, the use of plastic covering on the walls and the inflatable seats burned like straw and cut off the retreat of the dancers, who were surprised in their race against death" (Le Figaro, 2 November 1970). This time, one can say, the diversions from boredom revealed an extreme and localized case of the general pollution and its costs. Beyond the current discontent with the interdependent specialists, who reserve for themselves a monopoly on the protection of society as well as a monopoly on the construction of all buildings, many people have been sensitive to the particular horror of exit denied to all those who flee, already on fire or close to it, by a barrier specially created to only open towards the interior and to close again after the passage of each individual: it is a question of avoiding the situation in which someone might enter without paying. The slogan on the signs carried by the parents of the victims a month later -- "They paid to enter, they should have been able to leave" -- seems to be obvious in human terms, but it is fitting to not forget that this is not obvious from the point of view of political economy, and the difference between these two projects is only and simply knowing which one will be the strongest. Indeed, to enter and to paid is the absolute necessity of the market system; this is the only necessity that it wants and the only one that preoccupies it. To enter without paying is to put the market system to death. To enjoy oneself (or not) on the inside of the air-conditioned trap, to possibly leave it -- all this has no importance for it, nor even any reality. At Saint-Laurent-du-Pont, the insecurity of the people was only the slightly undesirable by-product -- the nearly negligible cost -- of the security of the commodity.
But all this -- the fact that a class is responsible for such accidents -- is banal, even if at this moment men begin to find the reigning banalities that mutilate them and kill them to be astonishing and correctable. Nevertheless, the slaughter at Saint-Laurent-du-Pont has been more deeply felt than many other catastrophes, such as the rupture of a dam or an airplane crash. The importance of the fact -- as always -- can be read in the lies and the hesitations in which the spectacular news covers it. No one envisioned lying about the number of victims, as at Gdansk,[2] Mexico[3] or the rue Gay-Lussac.[4] But to attenuate as much as possible the violence of the brute fact, one has paradoxically hidden the number of survivors. At the moment when the pyre started, several people were strolling outside the building; several others immediately managed to get through the door. One has not wanted to cite the precise number of those who managed to get out, so as to not face the number of those who remained blocked within. Thus, many naive people have been able to believe that dozens of people (if not more) escaped. Nevertheless, some time later, the French police conducted an investigation, which gathered together the testimony of around thirty people who frequently went to the "Cinq-Sept" dance club. It goes without saying that included in this number were all those who were present [and survived] the night of the fire. Subtracting the six or eight people who were already outside, one can conclude that at most a dozen of those who were inside managed to get out. Fifteen times that number were burned alive.
How does this mass death differ from what happens to groups of people assembled by chance in a large store or on a train? The deaths at Saint-Laurent-du-Pont were almost exclusively young people, and the majority of the boys and girls were 16 to 20 years old. In addition, they were in the main poor people, young workers, many of them children of immigrant workers. Saturday night in Saint-Laurent-du-Pont was an example of the genre of life that market abundance offers the young and the workers: many of them have cars, and one can go as a group to pay the entry fee at a cheap place and be there together. This wasn't an attempt to leave solitude and boredom, but to experience a moment of the boredom that was supposed to be more amusing than the others. It is to this youth, which no longer accepts its conditions of existence, that the people at l'Isere offer -- as a salary for their weekly labor -- food, gasoline [for their cars] and the pleasures of Saint-Laurent-du-Pont. What else would they want? Those whom one bludgeons over there one burns over here.
Several days later, when the population of Saint-Laurent-du-Pont found it good to be in solidarity with their mayor, who was briefly sanctioned, the small firms in the area decided to strike for an hour, but as Le Monde for 8-9 November remarked, "at the most important company in the area, a cold-lamination factory (...) the personnel were not in complete agreement (...) Moreover, the petition that had been circulating was directed at voters, thus setting aside people younger than 21. But those who have been so much more sensitive to this discrimination than the victims of the fire at 'Cinq-Sept' have been for the most part people younger than 21."
The discrimination is much serious [than that] and its causes are profound. The three journalists from Le Figaro who together signed the article published on 2 November reported in the following terms what one of the escapees, Jean-Luc Bastard, said concerning what took place at the door: "We did everything to save as many people as possible. We pulled on the arms and legs that were thrust out in front of us. With our jackets soaked in the stream close to the dance club, we put out the flames on the clothes of those whom we managed to free. Car drivers stopped on the side of the road and watched us. Some were amused and laughed at us, refusing to participate in the rescue. Only two or three of them helped us." (Emphasis added).
When other newspapers subsequently quoted this witness, what he said about the drivers who refused to rescue the young people and laughed at seeing them burn was, as if by chance, suppressed. Nevertheless, this was the most sensational bit of news. Modern journalism knows how to sacrifice its narrowly professional imperatives in order to support the general interests of the society that produces it, and fire summons fire. In any case, one sees that journalists hardly merit any reprimand for "having over-heated the public," to quote the particularly unfortunate wording of Le Monde in its edition of 10 November. The automobile drivers of the region knew quite well that this dismal [funebre] dance club was a place for youthful consumption (thus, drugged hooligans and the lazy underworld) and for those adults who had renounced [this] life, whose numbers were greater than the capitalists and the members of several partially privileged social strata; that is to say, a place for all the victims of a system that estimates that the only thing that belongs to them (as existence and as property) is the alienation with which they are identified. The youth are detested; they are envied because they are thought to be freer than the adults, who at least keep their heads bowed (everything leads one to believe that the majority of the voters are monogamous). Nevertheless, this hatred of the young, which is only a passing figure for the more motivated hatred that is in the process of reappearing due to the return of class struggle (in which the totality of the aspects of [this] life is being put into question), reaches a level of violence unknown back in the days when the illusion of national and human communities was still believed in by the classes in conflict. A bourgeois contemporary of [Adolphe] Thiers certainly helped out a worker who'd come out of a burning building. At least until the 1950s, many of the settlements in Northern Africa were made for Arabs. But today's hatred of the youth is of a completely exceptional nature. And this only superficially derives from the governmental propaganda that is distributed by the mass media[5] for this purpose. Those resigned to self-mutilation do not detest the revolutionary affirmations of the youth because they are falsely informed about them by the spectacle, but more profoundly because they are spectators. To the excellent formula that a group of young revolutionaries[6] once enunciated -- "We are not against the old, but against what has made them old" -- the resigned people of today sincerely respond (if they dare), "We are not against the young, but what makes them live." In what happened at Saint-Laurent-du-Pont, as well as in the photo of the destroyed face of Richard Deshaies (which has been posted upon the walls of Paris), one can already read (as obvious as a paving stone or a charge by the CRS) the climate of civil war.
Violence has always existed in class society, but the current revolutionary generation has only begun to see that -- in the firms and on the streets -- violence can exist on both sides: thus the scandal and the televised worries of the government. Today, the proletariat and the youth know that they produce fear [in others], and the young workers (at the C.E.T. as well as in the factories) are the youngest of the young and the most proletarian of the proletarians. Because they produce fear, one hunts them down. And, by the same token, these young workers must learn to produce fear more efficaciously in order to vanquish their adversaries. At Saint-Etienne in La Courneuve, the cafe owners throw them out. Each time it is a question of "teaching them a lesson," and indeed it is a lesson than tens of thousands of people are learning. The escapees from Saint-Laurent-du-Pont remain far too few in number and too overwhelmed by the blow dealt against them to continue to object to the owner(s) of the dance club, that is, once they have attempted to lynch the profiteer in a justified rage. If they had done so, no doubt there would have been reprimands from Leftist journalists and Trotskyist bureaucrats. But, in the words of a song from the old French Revolution and with respect to the massacre of the governor of the Bastille: "How could one find fault with that?"
It has been a hundred years since the young have been this resolved to destroy the old world, and never in history have the young been so intelligent. (The poetry that is in the SI can now be red by a girl of 14 years; on this point, the desire of Lautreamont has been fulfilled.)[7] But, finally, it is not youth -- as a passing state -- that threatens the social order: it is modern revolutionary critique (in acts and in theory), the rapid expansion of which can be dated from the historical moment that we have lived. It begins in the young people of a particular moment, but it does not age. This phenomenon, which gets bigger every year, is not cyclical: it is cumulative. It is history that is at the gates of class society; it is its death that knocks. Those who reprimand the youth are actually defending themselves against proletarian revolution, and this amalgam condemns them. The fundamental panic felt by the owners of this society who are confronted with the young is founded upon a cold calculus, quite simple, but which one would like to keep hidden behind the display of so many stupid analyses and pompous exhortations: from now on, between the ages of 12 and 15, young people will be adults, adults will be old, and the old will be dead. One can easily imagine that the leaders of the class in power absolutely (and rather quickly) need to reverse the underlying decline in the level of their control over society. And they begin to think that they will not be able to do so.

Guy Debord

[1] All through this text, Debord will employ the Anglo-American word "dancing" to refer to dance clubs.
[2] In December 1970, Polish workers seized the shipyards at Gdansk and were eventually slaughtered.
[3] In October 1968, students, workers and activists occupied the main square in Mexico City and were eventually slaughtered.
[4] In May 1968, Parisian students, workers and activists built barricades on the rue Guy-Lussac and were eventually crushed by the CRS (the number of people killed is not known).
[5] English in original.
[6] The "Front de Liberation de la Jeunesse," publishers of Tout.
[7] This phrase would be repeated in The Real Split in the International: A Public Circular of the Situationist International, published April 1972.

(Originally written in 1971, for publication in the 13th issue of Internationale Situationniste. Translated by NOT BORED! July 2009. All footnotes by the translator.)

Guy Debord sur l’incendie du "5-7"


Evaluation de l’impact des rejets de FUKUSHIMA DAIICHI sur la FRANCE

 
LA CRIIRAD MAINTIENT SA DEMANDE D’ENQUETE1
 
Le 25 mai 2011, se basant sur des résultats d’analyse officiels publiés sur le site du réseau national de Mesure de l’environnement, la CRIIRAD annonçait que la France avait été contaminée dès le 22 mars 2011, plus tôt que ne l’indiquait l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire et que les masses d’air contaminé étaient majoritairement arrivées par la façade atlantique et non par le nord. Une demande d’enquête était adressée aux autorités en charge de la protection radiologique de la population (Premier ministre et Autorité de Sûreté Nucléaire). La CRIIRAD annonçait l’envoi d’un bilan plus complet des nombreuses anomalies relevées dans le travail de l’IRSN ainsi qu’une demande de garanties pour le contrôle des contaminations à venir. Lire le communiqué et les courriers de la CRIIRAD.
Le 26 mai 2011, l’IRSN a indiqué sur son site Internet qu’il confirmait ses résultats de mesures dans le cadre de la surveillance du territoire français après l’accident de Fukushima, ajoutant qu’il réfutait les « allégations » de la CRIIRAD, estimant qu’elles provenaient d’une « erreur d’interprétation » des résultats disponibles sur le site Internet du Réseau national de mesures de la radioactivité de l’environnement (RNM). A l’appui de ses déclarations, l’IRSN publiait une note technique de 4 pages intitulée « Réponse de l’IRSN au communiqué de la CRIIRAD du 25 mai 2011 relatif à la contamination des masses d’air sur le territoire national après l’accident de Fukushima. »
La CRIIRAD a procédé à l’analyse des éléments d’information publiés par l’IRSN et décidé en conséquence de maintenir sa demande d’enquête au Premier ministre et au Président de l’ASN. Un courrier a été adressé par fax, hier 30 mai au soir, à ces deux responsables. Voir document en annexe.
La CRIIRAD considère, en effet, qu’elle n’a pas commis d’erreur d’interprétation. Elle a tenu compte de l’ensemble des informations publiées par l’IRSN et ne les a utilisées qu’après avoir procédé à un certain nombre de vérifications. Une erreur a bien été commise, une erreur répétée dans le temps, qui fausse le bilan officiel de la contamination de l’air, mais elle est entièrement imputable à l’IRSN.
L’expert de l’Etat s’est en effet trompé sur ses propres données : des résultats qui portent sur des prélèvements d’air effectués sur plusieurs jours (jusqu’à 10 jours) ont été publiés, utilisés et commentés comme s’ils ne concernaient qu’un seul jour de prélèvement, le dernier. Comme la période de prélèvement inclut plusieurs jours pendant lesquels l’air n’était pas contaminé, cela a pour conséquence d’abaisser artificiellement l’activité réelle de l’iode 131 dans l’air. Comme l’erreur a été répétée sur toute une série de résultats qui se rapportent à la dernière semaine de mars, cela conduit l’IRSN à sous-évaluer l’activité réelle de l’air pendant toute cette période.
 
1/ Nous prions les lecteurs de nous excuser pour le retard de cet envoi. L’agenda de la mission au Japon s’est alourdi (participation à la conférence de presse de TEPCO le 30 mai, conférence de presse à destination des correspondants étrangers le 31 mai, audition dans le cadre d’un séminaire organisé par le Parlement japonais le 1 juin...) et plusieurs incidents nous ont mobilisé afin d’assurer au mieux la protection radiologique de l’équipe (le dernier en date est l’explosion survenue cette nuit à proximité du bâtiment réacteur n°4). Nous avons pris du retard sur le volet français de l’impact de Fukushima Daiichi mais nous répondrons progressivement à tous les points qui ont été soulevés.

Document CRIIRAD – Corinne CASTANIER
Courriel : contact@criirad.org / Web : http://www.criirad.org

Exemple de censure

Les Ordres sont les Ordres et les médiatiques sont forcément des flics !!!

Comme sur Bellaciao (censure plus facile à contourner...) il est INTERDIT de parler de ce blog ou même de citer un lien sur Rue89.
Normal, non ?

mardi 7 juin 2011

Penser l'exode de la société du travail et de la marchandise


C'est dans un long article paru, entre autre, dans « Mouvements » le 25 septembre 2007 que le philosophe André Gorz revient sur la dynamique du capitalisme financier et sur les raisons qui permettent de voir dans le revenu social garanti une occasion de sortir du capitalisme.
 Ce revenu social (je préfère dotation), souvent mal compris, parfois même porté à dérision lorsque certains voient dans l'Etat ou autres formes sociétales  une résurrection de Mère Thérèsa devient sous la plume de Gorz plus compréhensible. Ce volet sur le RSG ouvre la porte à une suite de volets de l'article que j'ai dû fractionner. Suivrons, la taxe Tobin, l'industrie financière, etc.

 L'allocation universelle d'un revenu social garanti (RSG) est-elle compatible avec le capitalisme ? Si oui, son but est-il de consolider la société capitaliste, voire de la sauver ? Sinon, peut-il miner les bases de cette société ou aplanir la transition d'un système économique fondé sur la valeur d'échange vers un système fondamentalement différent ? Je n'ai cessé de rencontrer ces questions depuis la fin des années 1970. J'étais convaincu dès le départ que le système mondial fondé sur la production de marchandises ne pourrait se perpétuer indéfiniment. Depuis la fin du fordisme et le début de la révolution informationnelle, il travaille avec une efficacité croissante à la destruction des bases de sa survie. Les Chemins du Paradis – paradis dans lequel, selon la prédiction de Léontieff, les hommes allaient mourir de faim parce que la production de marchandises n'emploiera plus guère de salariés et ne distribuera plus guère de moyens de paiement – avait déjà pour sous-titre « l'agonie du capital » [1].
 Mon point de départ, en effet, était le fait que la révolution microélectronique permet de produire des quantités croissantes de marchandises avec un volume décroissant de travail, de sorte que tôt ou tard le système doit se heurter à ses limites internes [2]. Ce capitalisme qui s'automatise à mort devra chercher à se survivre par une distribution de pouvoir d'achat qui ne correspond pas à la valeur d'un travail. Le pouvoir d'achat inconditionnellement distribué ne pourra toutefois avoir la forme normale de l'argent. Il ne pourra être un revenu de transfert, prélevé par l'impôt sur la consommation et les revenus primaires. Il est impossible, en effet, de faire croître les prélèvements fiscaux sur la consommation et les revenus quand la production, même croissante en volume, distribue de moins en moins d'argent à de moins en moins de gens. Le RSG devra donc avoir la forme d'une monnaie différente, d'une « monnaie de consommation » comme l'appelait Jacques Duboin. Celui-ci proposait que toute production marchande s'accompagne automatiquement de l'émission de son « équivalent monétaire » c'est-à-dire de la quantité de monnaie de consommation permettant l'achat des marchandises produites. La monnaie ainsi émise ne pourra servir qu'une seule fois : elle sera annulée à l'instant de tout achat.
 On voit aussitôt le problème : comment fait-on pour établir l'équivalent monétaire d'un produit au moment de sa production, surtout quand cette production informatisée, automatisée ne demande que très peu de travail ? Sa valeur d'échange, son prix ne peuvent être déterminés par le marché, puisque l'émission de monnaie de consommation doit avoir lieu avant ou à l'instant de la mise sur marché. Pour que la quantité de monnaie émise corresponde au prix de vente, il faut que les prix soient fixés ex ante, par un « contrat citoyen » entre consommateurs, entrepreneurs et pouvoirs publics [3]. Il faut, autrement dit, que les prix soient des prix politiques, que le système des prix soit le reflet d'un choix politique, d'un choix de société concernant le modèle de consommation et les priorités que la société entend se donner.
Le capitalisme mort-vivant
 Je ne m'étendrai pas sur les difficultés que ce modèle présente dans une économie post-fordiste où les grandes unités de production sont éclatées, externalisées en des centaines d'entreprises sous-traitantes de première, deuxième… voire cinquième rang, faisant appel aux micro-entreprises de centaines de « self-entrepreneurs » individuels travaillant souvent en réseaux. Le modèle distributiste a sans doute le grand mérite de rompre avec le marché, de mettre en évidence le caractère anachronique de la forme valeur, c'est-à-dire de la forme argent, de la forme marchandises, donc du capitalisme ; mais il en conserve les apparences et, surtout, le fondement principal : la division capitaliste du travail, la division entre consommateurs et producteurs, les rapports sociaux marchands d'achat et de vente. Il s'agit là d'une forme de « capitalisme mort-vivant » dont la valorisation du capital ne peut plus être le but mais qui, en préservant formellement la forme marchandise des richesses produites et le besoin d'argent pour y accéder, préserve un aspect essentiel des rapports de domination capitalistes.
 Ceux-ci subsistent dans la mesure où l'allocation d'un revenu individuel fait obstacle au développement de réseaux coopératifs d'autoproduction, à l'appropriation par des collectifs auto-organisés de moyens de production soustraits à la division capitaliste du travail et utilisables pour satisfaire une part croissante des besoins et désirs de tous. L'idée que, après son extinction, le capital doit pouvoir conserver son système de domination en conservant aux biens la forme marchandise et à leur mise à disposition la forme de la vente, cette idée chemine souterrainement depuis des décennies. Elle considère la consommation de marchandises comme un travail qui mérite d'être rémunéré en tant qu'il maintient l'« ordre marchand », l'ordre dans lequel les individus se produisent eux-mêmes tels que les puissances dominantes désirent qu'ils soient. « Les marchandises y achètent leurs consommateurs afin que ceux-ci se fassent, par l'activité de consommer, ce que la société a besoin qu'ils soient [4]. »
 Les moyens sur lesquels le capitalisme avait fondé sa domination – l'argent, le marché, le rapport salarial, la division sociale du travail – lui survivent comme des formes vides. Ce n'est plus la mise en valeur de la valeur, c'est le pouvoir de dominer qui devient le but de la production.

Foreword to the third French edition of The Society of the Spectacle

The Society of the Spectacle was first published in November 1967, in Paris, by Buchet-Chastel. The troubles of 1968 made it known. The book, of which I have never changed a single word, was reprinted in 1971 by Editions Champ Libre, which took on the name Gerard Lebovici in 1984, following the assassination of this publisher. Reprints were regularly made until 1991. The current edition has also remained rigorously identical to the one of 1967. The same rule will, furthermore, quite naturally be followed in the re-edition of the totality of my books by Gallimard. I am not someone who corrects himself.[1]
Such a critical theory need not be changed as long as the general conditions of the long period of history that this theory was the first to define with exactitude have not been destroyed. The continuing development of the period has only verified and illustrated the theory of the spectacle, the exposition of which -- reiterated here -- can also be considered historic in a less elevated sense of the word: this book testified to the most extreme positions taken during the struggles of 1968, and thus to what was already possible to know in 1968. The worst dupes of that era have, since then, learned -- through the disappointments of their entire existences -- what the "visible negation of life," the "loss of quality" tied to the commodity-form and the "proletarianization of the world" mean.
Moreover, I have added, at the appropriate times, other observations concerning the most remarkable novelties that the subsequent course of the same process has produced. In 1979, on the occasion of a preface to a new Italian translation, I dealt with the effective transformations in the very nature of industrial production and in the techniques of government that began to authorize the use of spectacular force.[2] In 1988, the Comments on the Society of the Spectacle clearly established that the preceding "global division of spectacular tasks" between the rival reigns of the "concentrated spectacular" and the "diffuse spectacular" had ended in their fusion into the communal form of the "integrated spectacular."[3]
This fusion can be quickly summarized by correcting Thesis 105, which -- concerning what had taken place prior to 1967 -- still distinguished between these previous forms, if not certain [previously] opposed practices. The Great Schism of class power having been completed through reconciliation, it is now necessary to say that the unified practice of the integrated spectacular has, today, "economically transformed the world" at the same time that it "transformed perception through police methods."[4] (The police in this circumstance is itself completely new.)
It is only because this fusion was already produced in the political-economical reality of the entire world that the world could finally proclaim itself to be officially unified. It is also because the situation in which separated power has universally found itself is so serious that the world needed to be unified as quickly as possible, so as to participate as a single bloc in the consensual organization of the global market, falsified and guaranteed spectacularly. And, finally, it will not be unified.
The totalitarian bureaucracy, "substitute dominant class for the market economy," never believed very much in its destiny. It knew itself to be the "underdeveloped form of the dominant class" and wanted to be better. Long ago, Thesis 58 established the following axiom: "The root of the spectacle is the terrain of the economy-become-abundant, and it is from this terrain that the fruits that finally tend to dominate the spectacular market come."
It was this will to modernize and unify the spectacle, which is tied to all the other aspects of the simplification of society, that in 1989 led the Russian bureaucracy, as if it were a single person, to suddenly convert to the current ideology of democracy: that is to say, the dictatorial liberty of the Market, tempered by the recognition of the Rights of the Spectator. No one in the West has held forth for a single day on the meanings and consequences of such an extraordinary mediatic[5] event. The progress of the spectacular technique can be seen here. One has simply recorded the appearance of a kind of geological tremor. One dates the phenomenon, and one estimates it to be quite well-understood, by limiting oneself to repeating a very simple, signaled message -- the Fall-of-the-Berlin-Wall -- as unquestionable as all of the other democratic signals.[6]
In 1991, the first effects of this modernization appeared with the complete dissolution of Russia.[7] Here the disastrous results of the general evolution of the economy appear even more frankly than in the West. Disorder is only the consequence. Everywhere is posed the same redoubtable question that has haunted the world for the last two centuries: How to make the poor work, where illusion has proved disappointing and force has been defeated?
Thesis 111, which recognized the first symptoms of Russia's decline, the final explosions of which we are witnessing, and which envisioned the collapse of a global society that, as one might say today, will be wiped from the computer's memory, enunciates this strategic judgment, the justness of which is easy to feel: "The global decomposition of the alliance of the bureaucratic mystification is, in the last analysis, the most unfavorable factor for the current development of capitalist society."
It is necessary to read this book with the idea in mind that it was intentionally written to harm spectacular society. This has never been an extravagant claim.[8]
30 June 1992 Guy Debord



http://www.notbored.org

[1] Because Debord certainly make corrections to Thesis 105, we must take this disavowal to mean that he is someone who is corrected by history, in this case, May 1968.
[2] In his translation of this foreword, Donald Nicholson-Smith renders this phrase thus: "I dealt with the effective changes in the nature of industrial production, as in the technique of government, that began with the deployment of the power of the spectacle" (emphasis added). Zone Books, New York, page 8. But Debord is in fact addressing the changes in the spectacle since 1967, many years after its original deployment: in particular, artificial terrorism in Italy in the 1970s.
[3] In his translation of both this foreword and The Society of the Spectacle itself, Donald Nicholson-Smith consistently renders spectaculaire as "spectacle." But Debord means "spectacular," in the way that American advertisers speak of a "Summer Sales Spectacular."
[4] Thesis 105 states that "the ideology that materializes itself here has not economically transformed the world, like capitalism that has arrived at the stage of abundance; it has only transformed perception in a police fashion."
[5] There is no adequate English equivalent for mediatique, which not only refers to "the media," but the spectacular, as well.
[6] In the precise way that American government officials say that "democratic signals are coming out of Iran."
[7] Note that Debord refuses to refer to "the Soviet Union" on the grounds that such a country never existed.
[8] In his translation of this foreword, Donald Nicholson-Smith renders this phrase as "There was never anything outrageous, however, about what it had to say" (p. 10).

(Translated from the French by NOT BORED! July 2009. All footnotes by the translator.)

samedi 4 juin 2011

Fin du dollar


Selon la journaliste Myret Zaki, le dollar a perdu 97 % de sa valeur depuis 1913. Comparé à l'or, le dollar perd 98 % de sa valeur entre 1971 et 2010. L'once d'or est passé en 40 ans de 35 à 1 250 dollars.

Le symbole du capitalisme est à l'agonie, le dollar perd sa "Valeur"

Les performances boursières seront faibles avec peut-être un krach durant les mois d'été. Les investisseurs commenceront à réaliser que l'économie n'est pas aussi saine qu'ils le pensaient. Les effets du QE2 (deuxième programme d'assouplissement monétaire de la Fed qui doit s'arrêter en juin) iront en s'estompant.

La crise de la dette se poursuivra. Les données économiques seront donc mitigées. Mais aucune reprise claire et réelle ne se déclarera. La Fed annoncera de nouvelles mesures : le QE3. Cela pourrait se produire à tout moment, mais fera probablement suite à une nouvelle crise. Un défaut de la Grèce, par exemple, ou une chute sévère des marchés.

Les mauvais chiffres ne sont pas limités qu'aux Etats-Unis. Le monde entier ralentit. Les marchés émergents sont forcés d'essayer de contrôler l'inflation. L'Europe s'inquiète de ce qui se passera quand la Grèce fera faillite. Et les Etats-Unis subissent le pire ralentissement immobilier de leur histoire. Les prix ont déjà reculé de 33%. Plus d'un propriétaire américain sur quatre est sous l'eau et la dégringolade se poursuit au rythme d'environ 1% par mois.

La situation est grave. Le ménage américain moyen essaie désespérément de garder son niveau de vie. Il n'a pas connu d'augmentation de salaire horaire réelle depuis 40 ans. Les prix grimpent désormais plus rapidement que les revenus, pour les actifs comme pour les retraités. Quant aux Américains qui possèdent une maison, ils s'appauvrissent, collectivement, au rythme d'environ 200 milliards de dollars par an.
Vous dites que les impressions monétaires de la Fed ont été un succès ? Vous en êtes certain ? Voilà des mois que nous disons que cela ne fonctionnerait pas. A présent, même la presse grand-public commence à comprendre. Voici ce qu'en pense le Wall Street Journal:

"Cela a coûté 600 milliards de dollars [...]. Et c'était censé secourir l'économie. L'analyse des chiffres réels donne une version bien différente. Certes, cela a déclenché un boom majeur sur le marché boursier. Les investisseurs ordinaires ont commencé à revenir en masse sur les actions".

"Mais même le boom boursier n'est pas ce qu'il semble. Une analyse montre que la majeure partie de la hausse de l'indice S&P 500 sous le QE2 est simplement le résultat d'un déclin du dollar, dans lequel les actions sont mesurées". "La vérité ? Le QE2 a créé une nouvelle bulle massive sur les actifs financiers basés en dollars -- des actions à l'or. Parallèlement, il n'a pas eu le moindre effet visible sur l'économie réelle".

"Vous parlez d'une reprise".

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