dimanche 14 mars 2010

Le CCI et ses fantasmes

Bien que défendant une position correcte sur les mensonges anti-fascistes et l'internationalisme, le CCI souffre de ses origines gauchistes (au moins assume t-il franchement son histoire ce qui n'est pas si courant lire ici) qui sont visibles dans certaines de ses affirmations à l'esbroufe. Alors que ce texte est bien documenté et sérieusement argumenté il reste volontairement obscure pour nuire a ceux qu'il désigne comme "certain courant intellectuel, composé de marxologues, de conseillistes et d'anarchistes" relent de jésuitisme-stalinien:
Lire ci-après.

La théorie du déclin du capitalisme et la lutte contre le révisionnisme

Engels entrevoit l'arrivée de la crise historique du capitalisme

D'après un certain courant intellectuel, composé de marxologues, de conseillistes et d'anarchistes, la théorie marxiste est devenue stérile après la mort de Marx en 1883 1; selon eux, les partis sociaux-démocrates de la Deuxième Internationale auraient été dominés par la pensée d'Engels. Ce dernier ainsi que ses partisans auraient transformé la méthode d'investigation de Marx en un système de pensée à demi mécaniste qui assimilerait, à tort, la critique sociale radicale à la démarche des sciences de la nature. Ils accusent également la "pensée d'Engels" de revenir de façon quasi mystique aux dogmes hégéliens, en particulier lorsqu'il tente d'élaborer une "dialectique de la nature". Dans la conception de ce courant, ce qui est naturel n'est pas social, et ce qui est social n'est pas naturel. Si la dialectique existe, elle ne peut s'appliquer qu'à la sphère sociale.
Cette rupture dans la continuité entre Marx et Engels (qui, sous sa forme la plus extrême, rejette quasiment l'ensemble de la Deuxième Internationale en tant qu'instrument de l'intégration du mouvement ouvrier au service des besoins du capital) est souvent utilisée pour rejeter toute notion de continuité dans l'histoire politique de la classe ouvrière. De Marx - que peu de nos "anti-Engels" rejettent (au contraire, ils sont fréquemment devenus des "experts" de tous les détails du problème de la transformation de la valeur en prix ou d'autres aspects partiels de la critique faite par Marx à l'économie politique), on nous convie à sauter à pieds joints par dessus Engels, Kautsky, Lénine et par dessus les Deuxième et Troisième Internationales ; et tout en reconnaissant, à contre-cœur, que certaines parties de la Gauche communiste ont fait certains développements malgré leur parenté douteuse, on considère qu'après Marx, ce sont quelques intellectuels clairsemés... qui assurent la continuité véritable de sa théorie. Seuls ces brillants individus ont vraiment compris Marx au cours des dernières décennies – ils ne sont en fait personne d'autre que les partisans de la thèse "anti-Engels".
Nous ne pouvons ici répondre à l'ensemble de cette idéologie. Comme tous les mythes, elle se base sur certains éléments de la réalité qui sont distordus et amplifiés hors de toute proportion. Au cours de la période de la Deuxième Internationale, période au cours de laquelle le prolétariat se constituait comme classe en une force organisée au sein de la société capitaliste, il y a eu en effet une tendance à schématiser le marxisme et à en faire une sorte de déterminisme, en même temps que les idées réformistes exerçaient un poids réel sur le mouvement ouvrier ; et même les meilleurs marxistes, y compris Engels, n'y échappaient pas 1. Mais même si Engels a commis des erreurs importantes au cours de cette période, écarter platement les travaux d'Engels après la mort de Marx pour être une négation et un détournement de la pensée réelle de Marx est absurde étant donnée la coopération très étroite que les deux hommes ont eue du début à la fin de leurs relations. C'est Engels qui a assuré l'énorme tâche d'éditer et de publier Le Capital de Marx, dont les Volumes II et III cités par ceux qui dressent un mur entre Marx et Engels. Pense-t-on que cela aurait été possible si Engels avait été réellement été porteur des incompréhensions qui lui sont prêtées ?
L'un des tenants principaux de la ligne de pensée "anti-Engels" est le groupe Aufheben en Grande Bretagne, dont la série "Décadence : Théorie du déclin ou déclin de la théorie" 2, semble considérée par certains comme ayant porté le coup fatal à la notion moribonde de décadence du capitalisme, vu le nombre de fois où cette série est citée par tous ceux qui sont hostiles à cette notion. A son point de vue, la décadence du capitalisme est fondamentalement une invention de la Deuxième Internationale : "La théorie de la décadence du capitalisme est apparue pour la première fois dans la Deuxième Internationale. Le programme d'Erfurt soutenu par Engels établissait que la théorie du déclin et de l'effondrement du capitalisme était un point central du programme du parti" (Aufheben n°2, traduit par nous). Et ils citent les passages suivants :
"Ainsi la propriété privée des moyens de production change sa nature originelle en son contraire. (...) Jadis ce mode de propriété accélérait la marche de l'évolution sociale. La propriété privée est aujourd'hui la cause de la corruption, de la banqueroute de la société. Aujourd'hui, il ne s'agit plus de savoir si l on veut ou non maintenir la propriété privée des moyens de production. Sa disparition est certaine. La question qui se pose est la suivante : la propriété privée des moyens de production doit-elle entraîner dans sa chute la société tout entière ; la société doit-elle, au contraire, se débarrasser du fardeau néfaste qui l'écrase, pour, devenue libre et en possession de nouvelles forces, continuer à suivre la voie que lui prescrivent les lois de l'évolution ? (p.110-111) Les forces productives qui se sont développées au sein de la société capitaliste ne sont plus compatibles avec le mode de propriété qui forme sa base. Vouloir maintenir cette forme de propriété, c'est rendre à l'avenir son progrès social impossible, c'est condamner la société à la stagnation, à la corruption, mais à une corruption la frappant (...) (p.112) La société capitaliste est à bout. Sa dissolution n'est plus qu'une affaire de temps. L'irrésistible évolution économique conduit nécessairement à la banqueroute du mode de production capitaliste. La constitution d'une nouvelle société, destinée à remplacer celle qui existe, n'est plus seulement souhaitable, elle est devenue inévitable. (p.141) Il est impossible de demeurer plus longtemps en civilisation capitaliste. Il s'agit soit de progresser jusqu'au socialisme, soit de retomber dans la barbarie. (p.142)"
Dans le résumé qui présente l'article suivant de la série, dans Aufheben n°3, l'argument selon lequel le concept de décadence trouve ses racines dans "le marxisme de la Deuxième Internationale" est encore plus explicite :
"Dans la première partie, nous avons examiné comment cette notion de déclin ou de décadence du capitalisme a ses racines dans le marxisme de la Deuxième Internationale et a été maintenue par deux courants qui se réclament être les vrais continuateurs de la "tradition marxiste classique" – le trostkysme-léninisme et le communisme de gauche ou de conseils." (notre traduction)
Bien que la citation qu'Aufheben présente comme faisant partie du Programme d'Erfurt, semble provenir plutôt des commentaires de Kautsky sur le Programme (Le programme socialiste 1892 3), le préambule au Programme contient effectivement une référence à la notion de déclin du capitalisme et affirme même que cette période est déjà ouverte :
"L'abîme qui sépare les possédants et les non-possédants est encore élargi par les crises qui ont leur principe dans l'essence du mode de production capitaliste, crises qui deviennent toujours plus étendues et plus dévastatrices, qui font de l'insécurité générale l'état normal de la société et fournissent la preuve que les forces productives de la société actuelle ont trop grandi pour cette société, que la propriété privée des moyens de production est devenue inconciliable avec un sage emploi et avec le plein développement de ces moyens de production." 4
En réalité, et bien que du point de vue d'Aufheben, le Programme d'Erfurt soit très dépendant de la théorie de la décadence, une lecture rapide de celui-ci donne plutôt l'impression qu'il n'y a aucun lien entre l'évaluation globale du système mentionnée plus haut et les revendications mises en avant dans le Programme, qui sont toutes des revendications minimum pour lesquelles il faut se battre au sein de la société capitaliste ; et même les nombreuses critiques détaillées portées par Engels et d'autres marxistes à ces revendications ne font quasiment aucune référence au contexte historique dans lequel celles-ci sont posées. 5
Ceci dit, il est vrai que dans les travaux d'Engels et d'autres marxistes de la fin du 19e siècle, on trouve de plus en plus de références à la notion d'entrée du capitalisme dans une crise de sénilité, une période de déclin.
Mais alors que pour Aufheben, cette notion s'éloignerait de Marx – qui, affirment-ils, a seulement dit que le capitalisme était un système "transitoire" et n'a jamais mis en avant l'idée d'un processus objectif de déclin ou d'effondrement du capitalisme comme fondement pour les luttes révolutionnaires du prolétariat contre le système – nous avons pour notre part cherché à montrer dans les précédents articles de cette série que le concept de décadence du capitalisme (comme des précédentes sociétés de classe) faisait partie intégrante de la pensée de Marx.
Il est vrai aussi que les écrits de Marx sur l'économie politique ont été produits au cours de la phase encore ascendante d'un capitalisme triomphant. Ses crises périodiques étaient des crises de jeunesse qui permettaient de propulser la marche impériale de ce mode de production dynamique sur toute la surface du globe. Mais Marx avait également vu, dans ces convulsions, les signes avant-coureurs de la chute finale du système et déjà commencé à entrevoir des manifestations de l'achèvement de la mission historique du capitalisme avec la conquête de régions les plus reculées de la planète, tandis que, dans le sillage des événements de la Commune de Paris, il affirmait que la phase des héroïques guerres nationales avait touché à sa fin dans "la vieille Europe".
De plus, au cours de la période qui a suivi la mort de Marx, les signes avant-coureurs d'une crise aux proportions historiques et pas seulement une répétition des anciennes crises cycliques, se manifestaient de plus en plus clairement.
Ainsi, par exemple, Engels a réfléchi sur la signification de la fin apparente du "cycle décennal" de crises et sur le début de ce qu'il appela une dépression chronique affectant la première nation capitaliste, la Grande Bretagne. Et tandis que de nouvelles puissances capitalistes se frayaient leur chemin sur le marché mondial, l'Allemagne et les Etats-Unis avant tout, Engels vit que cela aboutirait inévitablement dans une crise de surproduction encore plus profonde :
"L'Amérique va casser le monopole industriel de l'Angleterre – ou ce qui en reste – mais l'Amérique ne peut succéder à ce monopole. Et à moins qu'un pays ait le monopole des marchés mondiaux, au moins dans les branches décisives du commerce, les conditions – relativement favorables – qui existaient ici en Angleterre de 1848 à 1870 ne peuvent se reproduire nulle part, et même en Amérique, la condition de la classe ouvrière doit sombrer de plus en plus. Car s'il y a trois pays (disons l'Angleterre, l'Amérique et l'Allemagne) qui sont en concurrence sur un pied d'égalité pour la possession du Weltmarkt (marché mondial, en allemand dans le texte), il n'y a pas d'autre possibilité qu'une surproduction chronique, chacun des trois étant capable de produire la totalité de ce qui est requis." (Engels à Florence Kelley Wischnewetsky, 3 février 1886, traduit de l'anglais par nous)
En même temps, Engels voyait la tendance du capitalisme à engendrer sa propre ruine avec la conquête accélérée des régions non capitalistes qui entouraient les métropoles capitalistes :
"Car c'est l'un des corollaires nécessaires de la grande industrie qu'elle détruise son propre marché interne par le processus même par lequel elle le crée. Elle le crée en détruisant la base de l'industrie intérieure de la paysannerie. Mais sans industrie intérieure, les paysans ne peuvent vivre. Ils sont ruinés en tant que paysans ; leur pouvoir d'achat est réduit au minimum : et jusqu'à ce qu'en tant que prolétaires, ils se soient installés dans de novelles conditions d'existence, ils ne fourniront qu'un très pauvre marché aux nouvelles usines créées.
La production capitaliste étant une phase économique transitoire est pleine de contradictions internes qui se développent et deviennent évidentes en proportion de son développement. Cette tendance à détruire son propre marché interne en même temps qu'elle le crée, est l'une de ces contradictions. Une autre est la situation insoluble à laquelle cela mène et qui se développe plus vite dans un pays qui n'a pas de marché extérieur, comme la Russie, que dans les pays qui sont plus ou moins aptes à entrer en concurrence sur le marché mondial ouvert. Cette situation sans issue apparente trouve une sortie, pour ces derniers pays, dans des convulsions commerciales, dans l'ouverture violente de nouveaux marchés. Mais même alors, le cul de sac vous éclate à la figure. Regardez l'Angleterre. Le dernier nouveau marché qui pourrait apporter un renouveau de prospérité temporaire en s'ouvrant au commerce anglais est la Chine. Aussi le capital anglais insiste pour construire des chemins de fer chinois. Mais des chemins de fer en Chine signifie la destruction de la base de toute la petite agriculture chinoise et de l'industrie intérieure, et comme il n'existera même pas le contrepoids de la grande industrie chinoise, des centaines de millions de gens se trouveront dans l'impossibilité de vivre. La conséquence en sera une émigration énorme telle que le monde n'en a pas encore connue, l'Amérique, l'Asie, l'Europe submergées par les chinois qui sont haïs, une concurrence pour le travail avec les ouvriers d'Amérique, d'Australie et d'Europe sur la base du niveau de vie chinois, le plus bas de tous – et si le système de production n'a pas changé en Europe d'ici là, il devra alors changer.
La production capitaliste travaille à sa propre ruine et vous pouvez êtes sûr qu'il le fera aussi en Russie. (Lettre à Nikolai Danielson, 22 septembre 1892, traduit de l'anglais par nous)
La croissance du militarisme et de l'impérialisme, visant avant tout à achever la conquête des aires non capitalistes de la planète, lui ont également permis de voir avec une extrême lucidité les dangers que cette évolution ferait rebondir en retour au centre du système – en Europe, menaçant d'entraîner la civilisation dans la barbarie tout en accélérant en même temps la maturation de la révolution.
"Aucune guerre n'est plus possible pour l'Allemagne prussienne sauf une guerre mondiale et une guerre mondiale d'une étendue et d'une violence inimaginables jusqu'ici. Huit à dix millions de soldats se massacreront et ce faisant dévoreront toute l'Europe jusqu'à la laisser plus anéantie qu'aucun nuage de sauterelles ne l'a jamais fait. La dévastation de la Guerre de Trente ans condensée en trois, quatre années et répandue sur le continent tout entier : la famine, les fléaux, la chute généralisée dans la barbarie, celle des armées comme celle des masses des populations ; une confusion sans espoir de notre système artificiel de commerce, d'industrie et de crédit aboutissant dans la banqueroute générale, l'effondrement des anciens Etats et de leur sagesse traditionnelle d'élite à un point tel que les couronnes vont tomber par douzaines et il n'y aura personne pour les ramasser ; l'impossibilité absolue de prévoir comment cela finira et qui sortira vainqueur ; un seul résultat est absolument certain : l'épuisement général et la création des conditions pour la victoire finale de la classe ouvrière." (15 décembre 1887, traduit de l'anglais par nous)
Au demeurant cependant, Engels ne voyait pas cette guerre comme un facteur de rapprochement inévitable de la perspective socialiste : il avait peur avec raison que le prolétariat ne soit aussi affecté par l'épuisement général et que cela le rende incapable d'accomplir sa révolution (d'où, pourrait-on ajouter, une certaine attraction pour des schémas quelque peu utopiques qui pourraient retarder la guerre, comme le remplacement des armées permanentes pas des milices populaires). Mais Engels avait des raisons d'espérer que la révolution éclaterait avant une guerre pan-européenne. Un lettre à Bebel (24-26 octobre 1891) exprime ce point de vue "optimiste" :
"... Selon les rapports, vous avez dit que j'avais prévu l'effondrement de la société bourgeoise en 1898. Il y a une légère erreur quelque part. Tout ce que j'ai dit, c'est que nous pourrions peut-être prendre le pouvoir d'ici 1898. Si cela n'arrive pas, la vieille société bourgeoise pourrait encore végéter un moment, pourvu qu'une poussée de l'extérieur ne fasse pas s'effondrer toute la vieille bâtisse pourrie. Un vieil emballage moisi comme ça peut survivre à sa mort intérieure fondamentale encore quelques décennies si l'atmosphère n'est pas troublée." (traduit de l'anglais par nous)
Dans ce passage, on trouve à la fois les illusions du mouvement de l'époque et sa force théorique sous-jacente. Les acquis durables du parti social-démocrate, surtout dans le domaine électoral et en Allemagne, donnèrent naissance à des espoirs excessifs sur la possibilité d'une progression inexorable vers la révolution (et la révolution elle-même allait jusqu'à être considérée en termes semi-parlementaires, malgré les mises en garde répétées contre le crétinisme parlementaire qui constituait un aspect central du bourgeonnement rapide de l'idéologie réformiste). En même temps, les conséquences de l'incapacité du prolétariat à prendre le pouvoir sont clairement établies : la survie du capitalisme pendant plusieurs décennies comme un "vieil emballage moisi" – bien qu'Engels comme la plupart des révolutionnaires de l'époque n'avait sûrement jamais imaginé que le système pourrait survivre dans sa phase de déclin encore un siècle ou plus. Mais le soubassement théorique permettant d'anticiper une telle situation est clairement établi dans ce passage.

Luxemburg mène la bataille contre le révisionnisme.

Pourtant, précisément parce que l'expansion impérialiste des dernières décennies du 19e siècle a permis au capitalisme de connaître des taux de croissance énormes, on se rappelle cette période comme celle d'une prospérité et d'un progrès sans précédent, d'une augmentation constante du niveau de vie de la classe ouvrière, non seulement grâce aux conditions objectives favorables mais aussi du fait de l'influence croissante du mouvement ouvrier organisé en syndicats et dans les partis sociaux-démocrates. C'était le cas, en particulier, en Allemagne et c'est dans ce pays que le mouvement ouvrier fut confronté à un défi majeur : la montée du révisionnisme.
Précédés par les écrits d'Edouard Bernstein à la fin des années 1890, les révisionnistes défendaient que la social-démocratie devait reconnaître que l'évolution du capitalisme avait invalidé certains éléments fondamentaux de l'analyse de Marx – surtout la prévision de crises toujours plus grandes et l'appauvrissement du prolétariat qui devait s'ensuivre. Le capitalisme avait montré qu'en utilisant le mécanisme du crédit et en s'organisant en trusts et en cartels gigantesques, il pouvait surmonter sa tendance à l'anarchie et à la crise et, sous l'impulsion d'un mouvement ouvrier bien organisé, faire des concessions de plus en plus grandes à la classe ouvrière. Le but "ultime", la révolution, incarné dans le programme du parti social-démocrate devenait donc superflu et le parti devait se reconnaître pour ce qu'il était vraiment : un parti social-démocrate réformiste", avançant vers une transformation graduelle et pacifique vers la transformation du capitalisme en socialisme.
Un certain nombre de figures de la gauche de la social-démocratie répliquèrent à ces arguments. En Russie, Lénine polémiqua contre les économistes qui voulaient réduire le mouvement ouvrier à une question de pain ; en Hollande, Gorter et Pannekoek menèrent la polémique contre l'influence croissante du réformisme dans les domaines syndical et parlementaire. Aux États-Unis, Louis Boudin rédigea un livre important, The Theoretical System of Karl Marx (1907), en réponse aux arguments des révisionnistes – nous y reviendrons plus loin. Mais c'est surtout Rosa Luxemburg en Allemagne qui est associée à la lutte contre le révisionnisme dont le cœur était la réaffirmation de la notion marxiste de déclin et d'effondrement catastrophique du capitalisme.
Quand on lit la polémique de Luxemburg contre Bernstein, Réforme sociale ou Révolution, on est frappé du point auquel les arguments mis en avant par ce dernier ont été répétés depuis, quasiment à chaque fois que le capitalisme a donné l'impression –quoique superficielle – de surmonter ses crises.
"D’après Bernstein, un effondrement total du capitalisme est de plus en plus improbable parce que, d’une part, le système capitaliste fait preuve d’une capacité d’adaptation de plus en plus grande et que, d’autre part, la production est de plus en plus différenciée. D’après Bernstein, la capacité d’adaptation du capitalisme se manifeste dans le fait qu’il n’y a plus de crise générale ; ceci, on le doit au développement du crédit, des organisations patronales, des communications, et des services d’information ; dans la survie tenace des classes moyennes, résultat de la différenciation croissante des branches de la production et de l’élévation de larges couches du prolétariat au niveau des classes moyennes ; enfin, dans l’amélioration de la situation économique et politique du prolétariat, grâce à l’action syndicale." (chapitre 1, "La méthode opportuniste") 6
Combien de fois en effet nous a-t-on répété que les crises appartiennent au passé et cela, pas seulement de la part des idéologues officiels de la bourgeoisie mais aussi de ceux qui proclament défendre une idéologie bien plus radicale, parce qu'aujourd'hui, le capitalisme est organisé à l'échelle nationale ou même internationale, parce qu'il a la possibilité infinie de recourir au crédit et à d'autres manipulations financières ; combien de fois nous a-t-on dit que la classe ouvrière avait cessé d'être une force révolutionnaire parce qu'elle n'était plus dans la misère absolue que décrit Engels dans son livre sur les conditions de la classe ouvrière à Manchester en 1844, ou parce qu'elle se distinguerait de moins en moins des classes moyennes ? C'était notamment le grand refrain des sociologues des années 1950 et 1960, auquel les adeptes de Marcuse et de Castoriadis ont apporté un vernis radical ; et on a ressorti la rengaine du placard une nouvelle fois dans les années 1990, après l'effondrement du bloc de l'Est et avec le boom financé par le crédit dont le vernis factice ne s'est révélé que très récemment.
Contre ces arguments, Luxemburg a souligné que l' "organisation" du capital en cartels et au moyen du crédit était une réponse aux contradictions du système et tendait à exacerber ces contradictions à un degré supérieur et plus dévastateur.
Luxemburg considérait le crédit essentiellement comme un moyen de faciliter l'extension du marché tout en concentrant le capital dans un nombre de mains de plus en plus limité. A ce moment de l'histoire, c'était certainement le cas – il existait une véritable possibilité pour le capitalisme de s'étendre et le crédit accélérait cette expansion. Mais, en même temps, Rosa Luxemburg saisissait l'aspect destructeur du crédit du fait que cette expansion du marché constituait aussi la prémisse du futur conflit avec la masse des forces productives mises en mouvement :
"Ainsi le crédit, loin de contribuer à abolir ou même à atténuer les crises, en est au contraire un agent puissant. Il ne peut d’ailleurs en être autrement. La fonction spécifique du crédit consiste - très généralement parlant - à corriger tout ce que le système capitaliste peut avoir de rigidité en y introduisant toute l’élasticité possible, à rendre toutes les forces capitalistes extensibles, relatives et sensibles. Il ne fait évidemment ainsi que faciliter et qu’exaspérer les crises, celles-ci étant définies comme le heurt périodique entre les forces contradictoires de l’économie capitaliste." (chapitre 2, "L'adaptation du capitalisme", ibid.)
Le crédit n'était pas encore ce qu'il est en grande partie devenu aujourd'hui – pas tant un moyen d'accélérer l'expansion du marché réel, mais un marché artificiel en lui-même, dont le capitalisme est de plus en plus dépendant. Mais sa fonction comme remède qui aggrave le mal est devenue ainsi plus évidente à notre époque, et avant tout depuis ce qui est appelé le "credit crunch" en 2008.
De même, Luxemburg considérait la tendance du capitalisme et des capitalistes à s'organiser au niveau national et même international non comme une solution aux antagonismes du système mais comme une force potentielle qui les exacerbe à un niveau supérieur et plus destructeur :
" (...) ils aggravent la contradiction entre le caractère international de l’économie capitaliste mondiale et le caractère national de l’Etat capitaliste, parce qu’ils s’accompagnent toujours d’une guerre douanière générale ; ils exaspèrent ainsi les antagonismes entre les différents Etats capitalistes. À cela il faut ajouter l’influence révolutionnaire exercée par les cartels sur la concentration de la production, son perfectionnement technique, etc.
Ainsi, quant à l’action exercée sur l’économie capitaliste, les cartels et les trusts n’apparaissent pas comme un "facteur d’adaptation" propre à en atténuer les contradictions, mais bien plutôt comme l’un des moyens qu’elle invente elle-même pour aggraver sa propre anarchie, développer ses contradictions internes, accélérer sa propre ruine." (idem)
Ces prévisions, surtout quand l'organisation du capital est passée de la phase des cartels à celle des "trusts d'Etat national" qui s'affrontaient pour le contrôle du marché mondial en 1914 –allaient se trouver pleinement validées au cours du 20e siècle.
Luxemburg répondit aussi aux arguments de Bernstein selon lesquels le prolétariat n'avait pas besoin de faire la révolution puisqu'il jouissait d'une augmentation de son niveau de vie grâce à son organisation efficace en syndicats et à l'activité de ses représentants au parlement. Elle montrait que les activités syndicales comportaient des limites internes, les décrivant comme un "travail de Sisyphe", nécessaire mais constamment limité dans ses efforts d'accroître la part des ouvriers dans les produits de leur travail du fait de l'accroissement inévitable du taux d'exploitation apporté par le développement de la productivité. L'évolution ultérieure du syndicalisme dans la vie du capitalisme allait mettre encore mieux en évidence ses limites historiques, mais même à une époque où l'activité syndicale (ainsi que dans les domaines d'action parallèles du parlement et des coopératives) avait encore une validité pour la classe ouvrière, les révisionnistes altéraient déjà la réalité en défendant l'idée que ces activités pouvaient assurer à la classe ouvrière une amélioration constante et infinie de ses conditions de vie.
Et alors que Bernstein voyait une tendance à l'atténuation des rapports de classe à travers la prolifération d'entreprises à petite échelle et donc la croissance de la classe moyenne, Luxemburg affirmait l'existence de la tendance qui allait devenir prédominante dans le siècle suivant : l'évolution du capitalisme vers des formes de concentration et de centralisation gigantesques, tant au niveau des entreprises "privées" que de l'Etat et des alliances impérialistes. D'autres de la gauche révolutionnaire comme Boudin répondaient à l'idée selon laquelle la classe ouvrière allait devenir une classe moyenne en défendant que beaucoup de "cols blancs" et de techniciens qui étaient supposés engloutir le prolétariat étaient eux-mêmes, en réalité, un produit du processus de prolétarisation – là encore une tendance qui allait être très marquées au cours des dernières décennies. Les paroles de Boudin en 1907 retentissent de façon très moderne de même que les arguments spécieux qu'elles combattent :
"Une très grande proportion de ce qu'on appelle la nouvelle classe moyenne et qui apparaît comme telle dans les statistiques sur les revenus, constitue en réalité une partie du prolétariat ordinaire, et la nouvelle classe moyenne, quelle qu'elle soit, est bien plus petite que ce qui apparaît dans les tableaux des revenus. Cette confusion provient, d'une part, du vieux préjugé profondément ancré selon lequel Marx aurait attribué la propriété de créer de la valeur uniquement au travail manuel et, d'autre part, à la rupture de la fonction de surveillance de la possession de propriété – effectuée par les compagnies comme on l'a noté auparavant. Dans ces circonstances, de larges parties du prolétariat sont comptées comme faisant partie de la classe moyenne, c'est-à-dire la couche inférieure de la classe capitaliste. C'est le cas pour ces activités, nombreuses et croissantes, dont la rémunération est appelée "salaire" au lieu de "wage". Toutes ces personnes salariées, quel que soit leur salaire, qui constituent la majeure partie, et certainement une grande portion, de la "nouvelle" classe moyenne, font tout autant partie du prolétariat que le simple ouvrier journalier." (The Theoretical System of Karl Marx, 1907, traduit de l'anglais par nous)

En route vers la débâcle de la civilisation bourgeoise

La crise économique ouverte d'aujourd'hui a lieu dans un stade très avancé du déclin du capitalisme. Luxemburg répondait à Bernstein dans une période qu'elle caractérisait, avec une remarquable lucidité une fois encore, comme une période qui n'était pas encore celle du déclin mais dont l'approche devenait de plus en plus évidente. Ce passage est écrit en réponse à la question empirique (et empiriste) de Bernstein : pourquoi n'avons-nous pas assisté à l'ancien cycle décennal depuis le début des années 1870 ? Luxemburg insiste dans sa réponse sur le fait que ce cycle est en réalité l'expression de la phase de jeunesse du capitalisme ; maintenant le marché mondial se trouvait dans une "période de transition" entre sa période de croissance maximum et l'ouverture d'une époque de déclin :
"Le marché mondial se développe toujours. L'Allemagne et l'Autriche ne sont entrées dans la phase de véritable production industrielle à grande échelle que dans les années 1870 ; la Russie seulement dans les années 1880 ; la France est encore en grande partie à un stade de petite production ; les Etats balkaniques, pour la plus grande partie, ne se sont pas encore débarrassés des chaînes de l'économie naturelle ; et ce n'est que dans les années 1880 que l'Amérique, l'Australie et l'Afrique sont entrés dans un commerce étendu et régulier de biens avec l'Europe. Aussi, d'une part, nous avons maintenant derrière nous une ouverture soudaine et vaste de nouvelles aires d'économie capitaliste comme c'est arrivé périodiquement jusqu'aux années 1870 ; et nous avons derrière nous, pour ainsi dire, des crises de jeunesse qui ont suivi ces développements périodiques. D'autre part, nous ne sommes pas encore arrivés au degré de développement et d'épuisement du marché mondial qui produira la collision périodique, fatale entre les forces productives et les limites du marché, qui constitue la véritable de vieillesse du capitalisme. Nous sommes dans une phase où les crises n'accompagnent plus la montée du capitalisme et pas encore son déclin." (chapitre 2, traduit de l'anglais par nous)
Il est intéressant de noter que dans la deuxième édition de sa brochure, publiée en 1908, Luxemburg a omis ce passage et le paragraphe suivant, et mentionne la crise de 1907-1908, qui avait précisément pour centre les nations industrielles les plus puissantes : évidemment, pour Luxemburg, "la période de transition" touchait déjà à sa fin.
De plus elle fait aussi allusion au fait que l'attente précédente d'une nouvelle période qui s'ouvrirait pas "une grande crise commerciale" pourrait s'avérer une erreur – déjà dans Réforme sociale ou Révolution, elle souligne la croissance du militarisme, une évolution qui allait la préoccuper de plus en plus. C'est sûrement la possibilité que l'ouverture de la nouvelle période soit marquée par la guerre et non par une crise économique ouverte qui se trouve probablement derrière l'observation suivante :
"Dans la thèse socialiste affirmant que le point de départ de la révolution socialiste serait une crise générale et catastrophique, il faut à notre avis distinguer deux choses : l’idée fondamentale qu’elle contient et sa forme extérieure.
L’idée est celle-ci : on suppose que le régime capitaliste fera naître de lui-même, à partir de ses propres contradictions internes, le moment où son équilibre sera rompu et où il deviendra proprement impossible. Que l’on ait imaginé ce moment sous la forme d’une crise commerciale générale et catastrophique, on avait de bonnes raisons de le faire, mais c’est finalement un détail accessoire pour l’idée fondamentale elle-même." (Ch.1)
Mais quelle que soit la forme prise par "la crise de sénilité" du capitalisme, Rosa Luxemburg insistait sur le fait que sans cette vision de la chute catastrophique du capitalisme, le socialisme devenait une simple utopie :
"Pour le socialisme scientifique la nécessité historique de la révolution socialiste est surtout démontrée par l’anarchie croissante du système capitaliste qui enferme celui-ci dans une impasse. Mais si l’on admet l’hypothèse de Bernstein : l’évolution du capitalisme ne s’oriente pas dans le sens de l’effondrement - alors le socialisme cesse d’être une nécessité objective. (...) La théorie révisionniste est confrontée à une alternative : ou bien la transformation socialiste de la société est la conséquence, comme auparavant, des contradictions internes du système capitaliste, et alors l’évolution du système inclut aussi le développement de ses contradictions, aboutissant nécessairement un jour ou l’autre à un effondrement sous une forme ou sous une autre ; en ce cas, même les "facteurs d’adaptation" sont inefficaces, et la théorie de la catastrophe est juste. Ou bien les " facteurs d’adaptation " sont capables de prévenir réellement l’effondrement du système capitaliste et d’en assurer la survie, donc d’abolir ces contradictions, en ce cas, le socialisme cesse d’être une nécessité historique ; il est alors tout ce que l’on veut sauf le résultat du développement matériel de la société. Ce dilemme en engendre un autre : ou bien le révisionnisme a raison quant au sens de l’évolution du capitalisme - en ce cas la transformation socialiste de la société est une utopie ; ou bien le socialisme n’est pas une utopie, et en ce cas la théorie des " facteurs d’adaptation" ne tient pas. That is the question : c’est là toute la question." (idem)
Dans ce passage, Luxemburg fait ressortir avec totale clarté le rapport intime entre le point de vue révisionniste et le rejet de la vision marxiste du déclin du capitalisme et, inversement, la nécessité de cette théorie comme pierre de touche d'une conception cohérente de la révolution.
Dans le prochain article de cette série nous examinerons comment Luxemburg et d'autres ont cherché à situer les origines de la crise qui s'approchait dans le processus sous-jacent de l'accumulation capitaliste.
Gerrard lire ici
1: Il ne précise pas de qui est composé ce Courant,  mais il s'agit d'une attaque en règle contre l'ensemble des courants Libertaires et Autonomes (désigné comme anarchiste volontairement) de l'ensemble des Conseillistes et aussi des courants marxistes qui en reprennent la lecture et l'interprétation un peu partout dans le monde et plus particulièrement au sein d'une nouvelle École de Francfort. En bref tout ceux qui n'ont pas adhéré au CCI.
Une bonne base de départ pour des Internationalistes qui se déclarent prêt au dialogue sans exclusive avec les différentes tendances révolutionnaires du prolétariat !!!


Quelques Liens:
critique de la valeur 
kurasje.org
Mouvement Autonome
palim-psao
situationnist.net

 

samedi 13 mars 2010

Documents Situationnistes 8

Les « Thèses de Hambourg » en septembre 1961
(Note pour servir à l’histoire de l’Internationale Situationniste)
[Internationale situationniste. 1958-1969. Librairie Arthème Fayard, Paris, mai 1997]
 

LES « THÈSES DE HAMBOURG » constituent assurément le plus mystérieux de tous les documents qui émanent de l’I.S., parmi lesquels beaucoup ont été très abondamment répandus, et d’autres fréquemment réservés à une diffusion discrète.
Les « Thèses de Hambourg » ont été évoquées plusieurs fois dans les publications situationnistes, mais sans qu’une seule citation en ait jamais été donnée : par exemple, dans I.S. n° 7, pages 20, 31 et 47 ; plus indirectement dans I.S. n° 9, page 3 (avec le titre de l’éditorial Maintenant, l’I.S.) ; et aussi dans les contributions, demeurées inédites, d’Attila Kotányi et de Michèle Bernstein, lors du débat de 1963 sur les propositions programmatiques d’A. Kotányi. Elles sont mentionnées, sans commentaire, dans la « table des ouvrages cités », à la page 99 de L’Internationale situationniste (protagonistes, chronologie, bibliographie), par Raspaud et Voyer.
Il s’agit en fait des conclusions, volontairement tenues secrètes, d’une discussion théorique et stratégique touchant l’ensemble de la conduite de l’I.S. Cette discussion eut lieu durant deux ou trois des tout premiers jours de septembre 1961, dans une série aléatoirement choisie de bars de Hambourg, entre G. Debord, A. Kotányi et R. Vaneigem, qui voyageaient alors sur le chemin du retour de la Ve Conférence de l’I.S., tenue à Göteborg du 28 au 30 août. À ces « Thèses » devait ultérieurement contribuer Alexander Trocchi, qui n’était pas lui-même présent à Hambourg. Délibérément, dans l’intention de ne laisser filtrer hors de l’I.S. aucune trace qui puisse donner prise à une observation ou une analyse extérieures, rien n’a jamais été consigné par écrit concernant cette discussion et ce qu’elle avait conclu. Il a été convenu alors que le plus simple résumé de ces conclusions, riches et complexes, pouvait se ramener à une seule phrase : « L’I.S. doit, maintenant, réaliser la philosophie. » Cette phrase même ne fut pas écrite. Ainsi, la conclusion a été si bien cachée qu’elle est restée jusqu’à présent secrète.
Les « Thèses de Hambourg » ont eu une importance considérable, au moins à deux égards. D’abord parce qu’elles datent la principale option dans l’histoire même de l’I.S. Mais également en tant que pratique expérimentale : de ce dernier point de vue, c’était une innovation frappante dans la succession des avant-gardes artistiques, qui jusque-là avaient toutes plutôt donné l’impression d’être avides de s’expliquer.
La conclusion résumée évoquait une célèbre formule de Marx en 1844 (dans sa Contribution à la critique de la Philosophie du Droit de Hegel). Elle signifiait à ce moment que l’on ne devrait plus prêter la moindre importance aux conceptions d’aucun des groupes révolutionnaires qui pouvaient subsister encore, en tant qu’héritiers de l’ancien mouvement social d’émancipation anéanti dans la première moitié de notre siècle ; et qu’il ne faudrait donc plus compter que sur la seule I.S. pour relancer au plus tôt une autre époque de la contestation, en renouvelant toutes les bases de départ de celle qui s’était constituée dans les années 1840. Ce point établi n’impliquait pas la rupture prochaine avec la « droite » artistique de l’I.S. (voulant faiblement continuer ou seulement répéter l’art moderne), mais la rendait extrêmement probable. On peut donc reconnaître que dans les « Thèses de Hambourg » a été marquée la fin, pour l’I.S., de sa première époque — recherche d’un terrain artistique véritablement nouveau (1957-61) ; et aussi a été fixé le point de départ de l’opération qui a mené au mouvement de mai 1968, et à ses suites.
D’autre part, à ne considérer que l’originalité expérimentale, c’est-à-dire l’absence de toute rédaction des « Thèses », l’application socio-historique ultérieure de cette innovation formelle est tout aussi remarquable : après qu’elle ait subi, bien sûr, un complet renversement. Guère plus de vingt ans après, en effet, on pouvait voir que le procédé avait rencontré un insolite succès dans les instances supérieures de nombreux États. On sait que désormais les quelques conclusions véritablement vitales, répugnant à s’inscrire dans les réseaux des ordinateurs, enregistrements magnétiques ou télex, et se méfiant même des machines à écrire et des photocopieuses, après avoir été le plus souvent ébauchées sous forme de notes manuscrites, sont simplement apprises par cœur, le brouillon étant aussitôt détruit.
Cette note a été écrite spécialement à l’intention de …, qui a si infatigablement couru le monde pour retrouver les traces de l’art effacé de l’Internationale Situationniste, et aussi de ses divers autres forfaits historiques.
Novembre 1989
GUY DEBORD


« Après la clôture de cette dernière séance de travail, la Conférence s’achève en fête, beaucoup plus constructive, pour laquelle on ne dispose malheureusement d’aucun procès-verbal. Cette fête qui a frisé elle-même la dérive à partir de la traversée du Sound, en mène beaucoup jusqu’au port de Frederikshavn ; et pour d’autres se prolonge jusqu’à Hambourg. »La Cinquième Conférence de l’I.S. à Göteborg (Internationale situationniste n° 7, avril 1962).

L’étape suivante

L’étape suivante(Deuxième version, mars 1963)
APRÈS les entretiens intensifs qui ont eu lieu entre le 10 et le 18 octobre 1961 à Hambourg, nous sommes parvenus à la conclusion générale que :
1. Les spécialistes de la pensée, de la logique, du langage et du langage artistique, de la dialectique et de la philosophie, avaient en gros abandonné ou n’avaient pas hérité des thèmes principaux, des résultats, des ambitions historiques, de l’audace dans la critique, des espoirs méthodiques, des rêves et des souhaits de leurs prédécesseurs ;
2. Pour ces raisons, nous avons été contraints d’adopter l’hypothèse suivante : en tout homme des pays industrialisés, on peut découvrir, sous une forme ou sous une autre, une aspiration évidente à une vie quotidienne intéressante et à la critique — par nous formulée — de sa mise en scène, même si cette aspiration et cette critique sont en grande partie refoulées.
On ne peut pas dire qu’avant octobre 1961 nous nous soyons sentis isolés, comme cela peut sembler normal pour d’autres groupes d’avant-garde. Nous avons passé ces années en bonne société, sur des positions à l’écart du monde des spécialistes (voir les numéros 1 à 7 de la revue (Internationale situationniste), n’ayant eu ni plus ni moins de perspective que, par exemple, un artiste isolé, c’est-à-dire la perspective de trouver un jour un écho plus large. En octobre 1961, le degré d’espérance mathématique de nos perspectives s’est élevé brusquement, car nous avons connu et reconnu notre « isolement » comme un moment contenu dans toutes les formes du vécu. (Moment : crise, rencontre ou instant ?)
L’étape suivante de l’I.S. consiste à tirer une conclusion claire de cette transformation brusque de la probabilité.
La conclusion que nous avons tirée : si donc, malgré toute apparence et toute démonstration contraire, notre existence est démontrable, alors nous devons la démontrer et nous allons nous attacher à le faire.
ATTILA KOTÁNYI
L’étage suivant


L’étage suivant

QUEL EST l’élément le plus révolutionnaire qui fait son apparition dans l’I.S. ? Le plus révolutionnaire : c’est-à-dire susceptible du plus de futur. Et de quel côté est le point le plus critique ? Pour répondre à cette question, j’analyse le programme de l’I.S. comme si je parlais avec un philosophe. Entreprise audacieuse, entreprise absurde ! Je vois l’élément novateur dans le fait que nous commençons à mieux connaître la bizarrerie de notre « existence dans le monde », et à mieux connaître la nature de notre programme : les conséquences de l’incompatibilité de notre programme, en tant qu’expression, avec les moyens d’expression et moyens de réception disponibles.
Qu’est-ce qui est le plus gênant, qu’est-ce qui peut empêcher les gens de dormir, dans le programme original de l’I.S. ? Répondre à cette question en termes philosophiques est nettement absurde. Et pourtant, comme la philosophie actuelle se situe entièrement à l’intérieur d’un thème qui est « l’abandon de la philosophie » (cf. Thèses de Hambourg), cela nous donne l’occasion de causer une certaine surprise, et la surprise est reconnue par tous les théoriciens de l’information comme la condition de la transmission d’une « quantité d’information ».
Dès le début, le projet situationniste était un programme révolutionnaire. Il était pratique, quasi-politique, objectif, pour la transformation du monde ; et lié à l’actuelle transformation réelle, réifiante mais générale et inter-bureaucratique. D’un autre côté, ce programme était inter-subjectif, nourri par le désir, par ce qui est radicalement anti-aliénatif dans la vie de tout le monde. Une boisson mixée de soif. Dès le début, on était conscient qu’il existe une troïka, composée du manager dirigeant, du sociologue et de l’artiste, qui est payée pour faire croire que les désirs sont canalisables, ou que les énergies de ces désirs sont convertibles en « besoins sans avoir jamais été désirs ». On était également conscient qu’une chance historique unique permettait aux dirigeants d’exproprier pour leur but « l’ensemble des instruments par lesquels une société se pense et se montre à elle-même ». La sous-estimation de ce pouvoir, nourrie par les sources les plus diverses et en partie par l’ignorance diffusée par ces mêmes canaux des spectacles et des « informations », multiplie leur efficacité. En bref : le pouvoir est entré en possession d’une prise directe sur le système par lequel un individu communique avec soi-même et avec les autres (or, la responsabilité de tout le monde dans ce système est reconnue par tout le monde, sauf le pouvoir).
Ces éléments existaient dès le début dans l’I.S. Ce contenu classique correspondait au critère classique de Marx vis-à-vis de la théorie révolutionnaire : ne pas laisser exploiter le côté subjectif par les idéalistes.
Nous en sommes à un dépassement de ce stade classique. Il devient plus clair à mesure que les autres mouvements — surréalisme, marxisme, existentialisme, etc. — laissent tomber le marron trop chaud pour eux (que l’on n’oublie pas le hégélien, le philosophe, même si lui a oublié que sa dialectique était à l’origine la dialectique du subjectif et de l’objectif). Le dépassement, comme je l’ai dit, je le vois dans le fait que nous commençons à mieux connaître la bizarrerie de notre « existence dans le monde », les conséquences de l’incompatibilité de notre programme, en tant qu’expression, avec les moyens d’expression disponibles. Et j’ajoute qu’il ne s’agit pas seulement de « notre programme ». Que tout le monde participe d’office, pour ou contre, mais dans ce « conflit infiniment compliqué de l’aliénation et de la lutte contre l’aliénation » (Lefebvre), au programme situationniste.
Dès le début des discussions autour des implications du programme situationniste, on a posé des revendications conformes à ce programme et on a proposé des constructions. En même temps, on a reconnu le caractère « chimérique », « utopique », de certaines de ces images et le caractère « manichéen » de certaines des revendications. Dans les textes édités, on trouve facilement une série d’exemples. Malgré cela, l’approche de ce problème restait accidentelle et on insistait sur la légitimité de l’utopie momentanée, sur la valeur révolutionnaire de telles revendications, sur la nécessité de moyens matériels, ou tout au contraire, sur la nécessité, dans un stade primitif, de « penser nos idées assez rigoureusement en commun » (Internationale Situationniste 2).
Je pense que ces remarques, bien qu’elles aient été accompagnées d’une certaine gêne, étaient profondément justes. Et pourtant, c’est ici que je vois une avance déjà faite par rapport au premier stade programmatique, et la possibilité d’une grande évolution future.
ATTILA KOTÁNYI

Black Panther Party

The Ten Point Plan

Black Panther Party to day

  1. WE WANT FREEDOM. WE WANT POWER TO DETERMINE THE DESTINY OF OUR BLACK AND OPPRESSED COMMUNITIES. We believe that Black and oppressed people will not be free until we are able to determine our destinies in our own communities ourselves, by fully controlling all the institutions which exist in our communities.
  2. WE WANT FULL EMPLOYMENT FOR OUR PEOPLE. We believe that the federal government is responsible and obligated to give every person employment or a guaranteed income. We believe that if the American businessmen will not give full employment, then the technology and means of production should be taken from the businessmen and placed in the community so that the people of the community can organize and employ all of its people and give a high standard of living.
  3. WE WANT AN END TO THE ROBBERY BY THE CAPITALISTS OF OUR BLACK AND OPPRESSED COMMUNITIES. We believe that this racist government has robbed us and now we are demanding the overdue debt of forty acres and two mules. Forty acres and two mules were promised 100 years ago as restitution for slave labor and mass murder of Black people. We will accept the payment in currency which will be distributed to our many communities. The American racist has taken part in the slaughter of our fifty million Black people. Therefore, we feel this is a modest demand that we make.
  4. WE WANT DECENT HOUSING, FIT FOR THE SHELTER OF HUMAN BEINGS. We believe that if the landlords will not give decent housing to our Black and oppressed communities, then housing and the land should be made into cooperatives so that the people in our communities, with government aid, can build and make decent housing for the people.
  5. WE WANT DECENT EDUCATION FOR OUR PEOPLE THAT EXPOSES THE TRUE NATURE OF THIS DECADENT AMERICAN SOCIETY. WE WANT EDUCATION THAT TEACHES US OUR TRUE HISTORY AND OUR ROLE IN THE PRESENT-DAY SOCIETY. We believe in an educational system that will give to our people a knowledge of the self. If you do not have knowledge of yourself and your position in the society and in the world, then you will have little chance to know anything else.
  6. WE WANT COMPLETELY FREE HEALTH CARE FOR All BLACK AND OPPRESSED PEOPLE. We believe that the government must provide, free of charge, for the people, health facilities which will not only treat our illnesses, most of which have come about as a result of our oppression, but which will also develop preventive medical programs to guarantee our future survival. We believe that mass health education and research programs must be developed to give all Black and oppressed people access to advanced scientific and medical information, so we may provide our selves with proper medical attention and care.
  7. WE WANT AN IMMEDIATE END TO POLICE BRUTALITY AND MURDER OF BLACK PEOPLE, OTHER PEOPLE OF COLOR, All OPPRESSED PEOPLE INSIDE THE UNITED STATES. We believe that the racist and fascist government of the United States uses its domestic enforcement agencies to carry out its program of oppression against black people, other people of color and poor people inside the united States. We believe it is our right, therefore, to defend ourselves against such armed forces and that all Black and oppressed people should be armed for self defense of our homes and communities against these fascist police forces.
  8. WE WANT AN IMMEDIATE END TO ALL WARS OF AGGRESSION. We believe that the various conflicts which exist around the world stem directly from the aggressive desire of the United States ruling circle and government to force its domination upon the oppressed people of the world. We believe that if the United States government or its lackeys do not cease these aggressive wars it is the right of the people to defend themselves by any means necessary against their aggressors.
  9. WE WANT FREEDOM FOR ALL BLACK AND OPPRESSED PEOPLE NOW HELD IN U. S. FEDERAL, STATE, COUNTY, CITY AND MILITARY PRISONS AND JAILS. WE WANT TRIALS BY A JURY OF PEERS FOR All PERSONS CHARGED WITH SO-CALLED CRIMES UNDER THE LAWS OF THIS COUNTRY. We believe that the many Black and poor oppressed people now held in United States prisons and jails have not received fair and impartial trials under a racist and fascist judicial system and should be free from incarceration. We believe in the ultimate elimination of all wretched, inhuman penal institutions, because the masses of men and women imprisoned inside the United States or by the United States military are the victims of oppressive conditions which are the real cause of their imprisonment. We believe that when persons are brought to trial they must be guaranteed, by the United States, juries of their peers, attorneys of their choice and freedom from imprisonment while awaiting trial.
  10. WE WANT LAND, BREAD, HOUSING, EDUCATION, CLOTHING, JUSTICE, PEACE AND PEOPLE'S COMMUNITY CONTROL OF MODERN TECHNOLOGY. When, in the course of human events, it becomes necessary for one people to dissolve the political bonds which have connected them with another, and to assume, among the powers of the earth, the separate and equal station to which the laws of nature and nature's God entitle them, a decent respect to the opinions of mankind requires that they should declare the causes which impel them to the separation.

    We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal; that they are endowed by their Creator with certain unalienable rights; that among these are life, liberty, and the pursuit of happiness. That to secure these rights, governments are instituted among men, deriving their just powers from the consent of the governed; that, whenever any form of government becomes destructive of these ends, it is the right of the people to alter or to abolish it, and to institute a new government, laying its foundation on such principles, and organizing its powers in such form as to them shall seem most likely to effect their safety and happiness. Prudence, indeed, will dictate that governments long established should not be changed for light and transient causes; and, accordingly, all experience hath shown that mankind are most disposed to suffer, while evils are sufferable, than to right themselves by abolishing the forms to which they are accustomed. But, when a long train of abuses and usurpation, pursuing invariably the same object, evinces a design to reduce them under absolute despotism, it is their right, it is their duty, to throw off such government, and to provide new guards for their future security. 
_________________________________

  1. Panther Platform 
  2. Black Panthers   
  3.                  

vendredi 12 mars 2010

Analyse chimique des poussières du WTC

                               Analyse chimique des poussières
Traduction française de l’article original, par l’association Reopen911.info

                           Des températures extrêmement élevées
                     lors De la Destruction Du WorlD traDe center

Steven E. Jones1, Jeffrey Farrer 2, Gregory S. Jenkins3, Frank Legge4, James Gourley, Kevin Ryan5, Daniel
Farnsworth, et Crockett Grabbe6.
       Enseignant/Chercheur (retraité) ; université Brigham Young, Provo, Utah
  
      

Dans un effort visant à mieux comprendre les conditions qui ont conduit à l’effondrement intégral du World Trade Center et de la tour du WTC 7, nous avons effectué une analyse au microscope électronique (SEM) et à énergie dispersive de spectroscopie à rayon X (XEDS) pour analyser méthodiquement les poussières générées, en mettant l'accent sur les microsphères observées dans la poussière du WTC. La formation de sphères en fusion à haute teneur en fer ainsi que d'autres espèces dans la poussière du WTC requiert des températures extrêmement élevées. Nos résultats sont comparés avec ceux d'autres laboratoires. Les températures requises pour la formation de sphères en fusion et l'évaporation de matière tel qu’observée dans la poussière du WTC sont sensiblement plus élevées que les températures associées à la combustion du kérosène et du matériel de bureau dans les bâtiments du WTC.
     1. Introduction
Les événements du 11/09/2001 ont été tragiques, mais également remarquables dans leurs aspects physiques, tel que le montrent l'exhaustivité et la rapidité de l'effondrement des trois gratte-ciels et l’importante quantité de fines poussières toxiques générée. Afin de mieux comprendre ces événements, nous avons obtenu et examiné deux échantillons de poussière indépendants acquis très peu de temps après les attentats. La provenance des deux échantillons analysés pour cette étude est décrite dans l'annexe. Il convient de souligner que les deux échantillons ont été prélevés en intérieur et très tôt après l'événement du 11/09/2001. Un échantillon a été recueilli sur un rebord de fenêtre à l'intérieur d’un appartement le 14/09/2001, trois jours après la catastrophe, alors que la recherche de survivants sous les décombres se poursuivait, et dans un bâtiment à quatre rues de « Ground Zero ».
L'autre échantillon a été acquis dans un quatrième étage (dont la partie supérieure des fenêtres a éclaté au cours de l'effondrement du WTC) quelques jours plus tard. Nous avons cherché les échantillons obtenus très peu de temps après l'effondrement, afin de réduire considérablement les chances de contamination par des opérations de nettoyage (voir appendice). En outre, comme nous allons le voir, des échantillons indépendamment collectés par d'autres chercheurs corroborent les indicateurs de haute température que nous observons.
     2. Méthodes
Un microscope à balayage électronique FEI XL30-SFEG (MEB), équipé d'un système EDAX Genèse d’énergie dispersive de spectroscopie à rayon X (XEDS), a été utilisé pour acquérir les spectres XEDS. Un détecteur au silicium (SiLi) avec une résolution supérieure à 135 eV a été utilisé. La résolution d'affichage est fixée à 10 eV par canal. Les conditions d'exploitation pour les analyses de la poussière ont été de 20 keV, sur un temps d’acquisition de 60 à 120 secondes (temps direct). Les échantillons ont été analysés par une distance de 10 millimètres de travail et ont été montés sur des plaques de carbone conductrices. L'examen optique des échantillons de poussière a été réalisé en utilisant un stéréomicroscope (Nikon Epiphot 200) ayant un grossissement de 10-200X.
      3. Résultats
Nous avons trouvé une multitude de minuscules gouttelettes solidifiées en forme approximativement sphérique (sphérules) dans les échantillons de poussière du WTC, comme le montrent la figure 1 (microscope optique), et la figure 2 (microscope électronique). Figure 1. Micrographie optique des particules de poussière 

     
Figure 2. Une image de SEM (Scanning Electron Microscope) collectées dans l’échantillon 2 de poussière du WTC, montrant     obtenue à partir de l'échantillon 2 montre un certain nombre des sphérules brillantes métalliques et semi-transparentes riches de sphérules ainsi que d'autres particules de poussière en silicates. (Par exemple, la gouttelette en forme de pilule à l'extrême droite est riche en silicates.)
Les sphérules trouvées dans la poussière du WTC étaient surtout riches en fer (apparaissant métalliques) et en silicates (apparaissant miroitantes sous microscope optique). Nous avons observé les sphérules dans une large gamme de diamètres, d'environ 1 micron à 1,5 mm. Les figures 3 à 5 fournissent le résultat des analyses d’énergie dispersive de spectroscopie à rayon X des sphérules riches en fer des différents échantillons de poussière du WTC.                                                                     
Suite ici dossier complet en PDF
http://www.reopen911.info

De l’auto-réplication des nanorobots

Eric Drexler, l’oracle du Forsight Institute, a été le premier à l’imaginer et à y lier le destin des nanotechnologies. Nombreux sont ceux qui ont opposé des objections de principe, invoquant un moratoire, moins nombreux ceux qui ont apporté des objections scientifiques ; tel le chimiste Richard Smalley. L’émergence des nano-bio-technologies renouvelle cette question.
« Moreover, self-replication is unnecessary : the development and use of highly productive systems of nanomachinery (nanofactories) need not involve the construction of autonomous self-replicating nanomachines. Accordingly, the construction of anything resembling a dangerous self-replicating nanomachine can and should be prohibited. »
Safe exponential manufacturing Chris Phoenix et
Eric Drexler, 6 avril 2004
(les traductions des passages en anglais sont regroupées à la fin de l’article)
L’institut de prédiction
Où l’on découvre La Mecque des nanotechnologies.
Cette organisation, fondée par Eric K. Drexler et dont il est le porte-parole, a pour objectif de prévoir les implications des nouvelles technologies à fin de mieux y préparer la société. Son importance dans la fortune actuelle des « converging technologies », leur orientation et leur financement, est indéniable. Tous ceux qui se sont intéressés à ces technologies émergentes (chercheurs, investisseurs, experts, décideurs, artistes) ont été influencés par les publications de l’institut ; originellement par le désormais « classique » Engines of creation publié par Drexler alors qu’il était encore étudiant au M.I.T. sous la direction de Marvin Minsky, en 1986.
Sur la base de ces engins créateurs , les « drexlériens » prophétisent un futur radieux : une production « propre » à coût quasi-nul (économie de temps, d’énergie, de matière, de main d’œuvre...), solution pour un « développement durable » ; des machines intelligentes qui seconderont les hommes, les suppléeront (ou les supplanteront) ; un renouvellement de l’exploration spatiale, vers l’exploitation des ressources extraterrestres voire la colonisation indéfinie de l’univers ; l’éradication des maladies et des pandémies (cancers, sida, ...), l’allongement de la durée de vie ad libitum et la résurrection des cryogénisés ; l’amélioration de la nature et de l’homme, la « bionique », d’abord pour pallier des infirmités puis pour augmenter les capacités ou en créer de nouvelles ; une gestion raisonnée ( ?) de la planète, avec des bactéries qui métabolisent la pollution ou régulent le taux de CO2 dans l’atmosphère...Enfin, last but not least , les inestimables applications militaires.
Pour utopique (et délirante) qu’elle paraisse, cette liste non-exhaustive se trouve plus ou moins reprise, un peu partout dans le monde, pour justifier les investissements énormes, tant publics que privés, consentis dans la recherche en nanotechnologie. Ce sont les espoirs communs des chercheurs, experts et idéologues des nanotechnologies à l’horizon des dix, vingt ou quarante années à venir. Promesse d’un monde exempt de souffrance, de manque, de maladie, de mort. La résurrection des corps (cryogénisés) en prime : un âge d’or .
Technologie moléculaire
Des atomes à l’objet, description des nanotechnologies selon Drexler.
L’idée de base de Drexler, explicitée dans l’ouvrage sus-cité, repose dans la conception d’un « assembleur moléculaire ». Sorte de nanomachine capable d’assembler la matière, atome par atome ou molécule par molécule, pour fabriquer n’importe quel objet et notamment d’autres assembleurs identiques. Une myriade de ces assembleurs, constituant une nano-usine (nanofactory) serait ainsi à même d’assembler une télévision, une voiture ou pourquoi pas un sandwich, en un temps raisonnable et pour un coût dérisoire.
Deux personnalités ont avant lui tracé la voie.
D’une part, Richard Feynman, célèbre physicien atomiste ayant participé au Projet Manhattan, qui a exprimé, au cours d’une conférence prononcée au Cal Tech en 1959, sa vision prémonitoire d’une technologie moléculaire et même atomique. Il y affirme que rien ne s’oppose (aucune loi physique) à la manipulation de la matière à l’échelle de l’atome pour fabriquer à terme l’équivalent de nos machines macroscopiques (voitures, robots, ordinateurs, etc.) au niveau moléculaire.
D’autre part, John von Neumann, mathématicien, logicien, informaticien, père spirituel des sciences cognitives et de la complexité, pour ses études sur les « automates cellulaires », soit des automates capables de se répliquer, voire de s’auto-complexifier. Travaux repris et approfondis ensuite par la Nasa et qui ont permis de démontrer que la complexité d’un tel automate n’était pas excessive.
On voit très clairement comment les deux liés, la fabrication à l’échelle de l’atome envisagée par Feynman et les automates réplicateurs de Von Neumann, conduisent aux assembleurs moléculaires. Prestigieuse généalogie et caution scientifique d’excellence pour les conceptions d’Eric Drexler, à quoi s’ajoute la notoriété de son mentor, Marvin Minsky, qui fait autorité en intelligence artificielle.
Controverse
Les nanorobots sont-ils possibles ?
La publicité faite par Drexler à son assembleur auto-réplicateur suscite des réactions en chaînes. La montée en puissance des nanotechnologies à la fin des années quatre-vingt-dix entraine des réactions négatives qui prennent appui, notamment, sur la crainte de l’auto-réplication. Successivement l’Etc Group, Bill Joy et le Prince Charles, demandent un moratoire sur cet aspect de la recherche.
En septembre 01, par un article intitulé Of chemistry, love and nanobots paru dans l’ American scientific , le chimiste Richard Smalley a fustigé les constructions virtuelles de l’ingénieur Eric Drexler. Le sous-titre de l’article est explicite : « How soon will we see the nanometer-scale robots envisaged by K. Eric Drexler and other molecular nanotechnologists ? The simple answer is never ». À cette adresse Drexler a répondu par une lettre ouverte publiée sur le site web du Forsight Institute.
En décembre 03 la controverse entre les deux hommes s’est étalé dans les pages du Chemical & engeneering news . Le débat peut surprendre plus de quinze années après la publication par Eric Drexler d’ Engines of creation  ; ouvrage qui de l’aveu même de Smalley l’a orienté vers la recherche en nanotechnologie.
Parmi les arguments du chimiste, il y a surtout l’idée que les « doigts » des assembleurs seraient trop gros et trop collants (fat and sticky fingers) et les réactions chimiques trop subtiles (à l’image de l’amour) pour permettre une manipulation et un positionnement précis des atomes ou des molécules. S’il concède à Drexler que le vivant dispose de doigts pour manipuler la matière au niveau moléculaire (enzymes, ribosomes, protéines...) c’est pour mieux faire le distinguo entre une chimie du vivant en milieu aqueux et les besoins de l’industrie en matériaux spécifiques ; les ordinateurs ou les voitures ne sont pas constitués de bois et d’os. De son côté, l’ingénieur imagine toute une nano-usine complexe de nano-convoyeurs, nano-positionneurs, nano-ordinateurs soumis à des fréquences de l’ordre du giga hertz et en réfère in fine à la vision prémonitoire de Richard Feynman d’une fabrication moléculaire strictement mécanique. Les deux hommes ne tombent pas d’accord.
La technicité du débat ne doit cependant pas nous égarer sur le véritable enjeu de la polémique. La clé s’en trouve dans la conclusion que le professeur Smalley a eu le privilège d’apporter. « You and people around you have scared our children. I don’t expect you to stop, but I hope others in the chemical community will join with me in turning on the light, and showing our children that, while our future in the real world will be challenging and there are real risks, there will be no such monster as the self-replicating mechanical nanobot of your dreams. »
Il faut noter qu’entre-temps Michæl Crichton, auteur à succès, a mis en scène de tels nanobots dans son roman Prey (02) de manière dramatique, puisque « la proie », en l’occurrence, c’est l’homme (et le carbone qu’il contient). De quoi marquer les jeunes esprits américains.
Il semble que, sur ce point, le coup porté par Smalley aux élucubrations de Drexler ait touché au but. Si ce dernier n’a pas abandonné les principes de base de sa technologie moléculaire, il parait avoir écarté la nécessité de l’auto-réplication des assembleurs ainsi qu’en témoigne la citation tirée de Safe exponential manufacturing , ici mise en exergue. Certainement Drexler est-il animé du souci de garantir une publicité positive à sa technologie moléculaire et aux nanotechnologies en général ; dans le droit-fil de l’activité de lobbying propre au Forsight.
Doit-on en conclure que l’auto-réplication serait désormais bannie de la recherche en nanotechnologie ?
Auto-catalyse, auto-assemblage, auto-organisation...
De bas en haut : les nanotechnologies réellement existantes.
Les nanotechnologies représentent plus qu’un changement d’échelle d’un facteur mille au regard des microtechnologies, dans le cadre d’un procès continu de miniaturisation de l’électronique (loi de Moore). Elles opèrent un renversement dans la façon de penser la production des objets, que ceux-ci soient in fine nano-, micro- ou macroscopiques.
L’approche traditionnelle consiste à usiner un matériau ; retirer de la matière. Partir de grand et faire de plus en plus petit. Que ce soit la taille du silex pendant la préhistoire ou la photogravure sur silicium au vingtième siècle, la méthode reste fondamentalement la même.
À l’échelle du nanomètre, des dispositifs ont été conçus pour « voir » et manipuler la matière (STM et AFM), d’autres sont à l’étude pour réaliser la nano-impression ou la nano-gravure ; soit un usinage fin. Cependant les contraintes industrielles d’une production à grande échelle et à faible coût se heurtent à la seconde loi de Moore qui prévoit une croissance exponentielle du coût des unités de production à mesure de la miniaturisation.
L’alternative revient à procéder à la fabrication d’un nano-objet fonctionnel, en partant des briques élémentaires, atomes et molécules, par auto-assemblage et auto-organisation. C’est l’approche dite « bottom-up ». « Dans les perspectives liées à cette approche, un consensus apparaît pour considérer la voie de l’auto-assemblage comme la seule voie permettant la construction de structures organisées à grande échelle. En France, le précurseur de cette voie est J. M. Lehn (Prix Nobel de Chimie) dont les travaux ont donné naissance au concept de chimie supramoléculaire. »
Cette méthode ne permet pas seulement de poursuivre dans la voie de la miniaturisation de l’électronique, mais aussi de développer de nouvelles architectures, à la fois plus complexes et moins coûteuses à produire. Cas des techniques hybrides, sur support silicium (CMOS), avec croissance de nano-jonctions, nano-plots, nano-fils ; typiquement des nanotubes de carbone. Vers une tridimensionnalité des circuits. Cas de l’électronique moléculaire pour laquelle l’objectif d’une molécule unique représentant le circuit électronique, ouvre la voie de la computation quantique et d’une picotechnologie .
À l’échelle des phénomènes considérés, sous la barre des 100nm, apparaissent des effets quantiques. On parle d’échelle mésoscopique. Les propriétés manifestées par les nano-objets sont difficilement prédictibles ou modélisables, elles sont plus souvent découvertes. Une difficulté majeure repose dans la mesure des propriétés électriques et autres des nano-objets. Ou la difficulté du transfert d’information entre un système nanoscopique et un système macroscopique, de façon fiable. Et la nécessité pour le chimiste de contrôler parfaitement la production de ses molécules.
Aux procédés chimiques d’auto-assemblage, auto-catalyse, synthèse, compatibles avec les technologies actuelles ; s’ajoutent de plus en plus des procédés biotechnologiques.
... Auto-réplication
Comment on asservit déjà le vivant.
De fait des machines moléculaires dotées de la capacité de se répliquer existent depuis longtemps, et elles ont déjà envahi la planète, en la modifiant radicalement. Ce sont les cellules vivantes, les bactéries en premier lieu. On peut les considérer - et les idéologues des nanotechnologies ne s’en privent pas - comme des usines moléculaires utilisant les molécules présentes dans leur environnement pour s’alimenter, se défendre, produire et se reproduire.
La tentation est grande, à la croisée des bio et des nano technologies, d’utiliser ces « machines » pour de nouvelles et prometteuses applications. À l’échelle nanométrique, protéines, enzymes, brins d’ADN, représentent les briques non-vivantes du vivant.
Une avancée notable des nano-biotechnologies a été la synthèse d’un moteur biomimétique (dont le modèle existe dans la nature) par une équipe franco-japonaise. Il s’agit en fait d’un composé biologique extrêmement courant, l’ATPase F1, une protéine qui fonctionne comme un moteur rotatif. Pouvant faire office aussi bien de moteur que de générateur, sa rotation peut être parfaitement contrôlé. Ce qui implique une technologie hybride.
Au Technion Institute, dans le cadre de recherches sur la miniaturisation des circuits électroniques, Erez Braun a utilisé les propriétés de recombinaison et de repli sur soi des molécules d’ADN pour induire un processus d’auto-assemblage de nanotubes de carbones à fin de réaliser le plus petit nano-transistor fonctionnel existant.
Milan Stojanovic, chercheur à la Columbia University de New York, et Darko Stefanovic, de l’université du Nouveau Mexique à Albuquerque, ont présenté un automate cellulaire constitué d’enzymes et de molécules d’ADN. Capable pour l’instant de « jouer au morpion » (et de ne pas perdre !) ils espèrent fabriquer des machines nanoscopiques, capables de détecter des cellules malades et de les soigner, conçues sur le modèle de cet automate.
Animé de la même intention, le professeur Ehud Shapiro de l’Institut Weizman (Israël) a mis au point un ordinateur à ADN. « Prototype d’un ordinateur médical moléculaire capable de diagnostiquer des maladies et de produire un médicament si le diagnostique est positif », dixit le professeur. Des dizaines de milliers de milliards de ces « automatons » contenus dans une goutte d’eau pourront être injectés dans le corps du patient et travailler en réseau au sein des tissus.
Angela Belcher, de l’Université du Texas à Austin, sélectionne des virus ayant une prédisposition à s’attacher à certaines molécules métalliques spécifiques (manière d’utiliser le vivant dans la production d’artefacts). Comme les virus ne se répliquent pas tout seul, elle infecte des bactéries pour produire des millions de clones de ses virus, les met en contact du matériau, rince, réplique à nouveau ceux qui sont restés collés, sept à dix fois. Les applications potentielles sont légions et Angela dispose de sa propre société pour rentabiliser ses « bébés ».
Ces illustrations, qui frisent la zoologie, exemplifient l’utilisation des biotechnologies au niveau nano. Biomimétisme, contrôle précis d’assemblages macro-moléculaires tridimensionnels pour l’éléctronique ou la robotique, ordinateurs à ADN... La structure de l’ADN permet à la fois un contrôle précis (avec auto-correction) des formes et une résolution computationnelle d’un certain type de problèmes (automates cellulaires) ainsi que la synthèse in situ de molécules actives (drogues).
D’une manière la convergence des nano et des bio technologies constitue surtout une reprise du projet biotechnologique, la modification du génome de bactéries (très souvent escheria coli ) pour la production, telle l’insuline depuis quelques années, un plastique biodégradable aujourd’hui, demain de la soie d’araignée ; ou d’insectes. Dans ce sens la cellule minimum, conservant sa propriété d’auto-réplication, a été sélectionnée ; elle ne possède plus que quelques centaines de gènes, auxquels il sera possible d’ajouter de nouvelles fonctions
Les noces des bio et des nano technologies ne font que commencer. Chaque discipline scientifique réunie dans le domaine du nanomètre et alentours, défriche un champ nouveau pour elle. Beaucoup d’inconnues demeurent en protéomique, en génomique, et l’industrie cellulaire est loin d’être percée à jour.
La question demeure, identique depuis le débat entre Drexler et Smalley : comment reproduire artificiellement ce que fait le vivant ou comment faire travailler le vivant hors du milieu aqueux qui le caractérise ?
Nature artificielle
Un nouvet oxymore, en guise de conclusion provisoire.
Un exemple d’artefact auto-réplicateur est un « ver » (worm) informatique. Pour certains, vers et virus, petits bouts de programme informatique, sont les prototypes d’une forme artificielle de « vie ». Ce genre de joujoux échappe nécessairement à celui qui l’a conçu. Ils illustrent la possibilité de reproduire des « mécanismes » du vivant : auto-réplication, auto-complexification.
Encore de ces monstres engendrés par le sommeil de la raison. Depuis les premières publications de Drexler, l’ambition ultime de la convergence nanotechnologique demeure l’émergence d’une nature artificielle . Ainsi que le réaffirment, en introduction de leur réflexion Nanoscience : nouvel âge d’or ou apocalypse ? MM Louis Laurent et Jean-Claude Petit. « On peut imaginer une synergie ultérieure de ces disciplines [physique, chimie, biologie] avec la science de la complexité, étape manquante pour passer de l’objet nanométrique bien maîtrisé à des systèmes beaucoup plus « riches » à l’image de ce que fait la nature avec les cellules ou le cerveau. »
Complexité et Maîtrise sont-elles compatibles ?
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jeudi 11 mars 2010

Communism in France Socialisme ou Barbarie, ICO and Echanges

Letter to Castoriadis

Anton Pannekoek - 1953  


Dear Comrade Chaulieu,
I offer you many thanks for the series of eleven issues of Socialisme ou Barbarie that you gave to comrade B.... to give to me. I read them (though I haven’t yet finished) with great interest, because of the great agreement between us that they reveal. You probably remarked the same thing when reading my book Les Conseils ouvriers. For many years it seemed to me that the small number of socialists who expounded these ideas hadn’t grown; the book was ignored and was met with silence by almost the entire socialist press (except, recently, in the Socialist Leader of the ILP). So I was happy to get to know a group that had arrived at the same ideas through an independent route. The complete domination by workers of their labor, which you express by saying: “The producers themselves organize the management of production,” I described in the chapters on “the organization of workshops” and “social organization.” The organisms the workers need for deliberations, formed of assemblies of delegates that you call “soviet organisms,” are the same as those that we call “conseils ouvriers,” “arbeitrrate,” “workers councils.”
Certainly there are differences. I will deal with them, considering this as an essay in contribution to the discussion in your review. While you restrict the activity of these organisms to the organization of labor in factories after the taking of social power by the workers, we consider them as also being the organisms by means of which the workers will conquer this power. In the conquest of power we have no interest in a “revolutionary party” that will take the leadership of the proletarian revolution. This “revolutionary party” is a Trotskyist concept that (since 1930) has found adherents among many former partisans of the Communist Party who have been disappointed by the practice of the latter. Our opposition and criticism go back to the first years of the Russian Revolution, and were directed at Lenin and were caused by his turn towards political opportunism. We have remained outside the Trotskyist road: we have never been under his influence. We consider Trotsky the most able spokesman for Bolshevism, and he should have been Lenin’s successor. But after having recognized in Russia a nascent capitalism, our attention was principally on the western world of big capital where the workers will have to transform the most highly developed capitalism into real communism (in the literal sense of the word). By his revolutionary fervor Trotsky captivated all the dissidents that Stalinism had thrown out of the Communist Parties, and in inoculating them with the Bolshevik virus it rendered them almost incapable of understanding the great new tasks of the proletarian revolution.
Because the Russian Revolution and its ideas still have such a strong influence over people’s spirits, it’s necessary to more profoundly penetrate its fundamental character. In a few words, it was the last bourgeois revolution, though carried out by the working class. “Bourgeois revolution” signifies a revolution that destroys feudalism and opens the way to industrialization, with all the social consequences this implies. The Russian Revolution is thus in the direct line of the English Revolution of 1647, and the French Revolution of 1789, as well as those that followed in 1830, 1848 and 1871. During the course of these revolutions the artisans, the peasants and the workers furnished the massive strength needed to destroy the ancien régime. Afterwards, the committees and political parties of the men representing the rich strata that constituted the future dominant class came to the forefront and took control of governmental power. This was a natural result, since the working class was not yet mature enough to govern itself. In this new class society, where the workers were exploited, such a dominant class needs a government composed of a minority of functionaries and politicians. In a more recent era, the Russian Revolution seemed to be a proletarian revolution, the workers having been its authors through their strikes and mass actions. Nevertheless, the Bolshevik Party, little by little, later succeeded in appropriating power (the laboring class being a small minority among the peasant population). Thus the bourgeois character (in the largest sense of the term) of the Russian Revolution became dominant and took the form of state capitalism. Since then, due to its ideological and spiritual influence in the world, the Russian Revolution has become the exact opposite of a proletarian revolution that liberates the workers and renders them masters of the productive apparatus.
For us the glorious tradition of the Russian Revolution consists in the fact that in its first explosions, in 1905 and 1917, it was the first to develop and show to the workers of the whole world the organizational form of their autonomous revolutionary action: the soviets. From that experience, confirmed later on, on a smaller scale in Germany, we drew our ideas on the forms of mass action that are proper to the working class, and that it should apply in order to obtain its own liberation.
Precisely opposed to this are the traditions, the ideas, and the methods that come from the Russian Revolution when the Communist Party takes power. These ideas, which only serve as obstacles to correct proletarian action, constituted the essence and the basis of Trotsky’s propaganda.
Our conclusion is that the forms of organization of autonomous power, expressed by the terms “soviets” or “workers councils” must serve as much in the conquest of power as in the direction of productive labor after this conquest. In the first place this is because the power of the workers over society cannot be obtained in any other way, for example by what is called a revolutionary party; in the second place, because these soviets, which will later be necessary for production, can only be formed through the class struggle for power.
It seems to me that in this concept the “knot of contradictions” of the problem of “revolutionary leadership” disappears. For the source of contradictions is the impossibility of harmonizing the power and the freedom of a class governing its own destiny, with the requirement that it obey a leadership formed by a small group or party. But can such a requirement be maintained? It clearly contradicts the most quoted idea of Marx’s, i.e., that the liberation of the workers will be the task of the workers themselves. What is more, the proletarian revolution can’t be compared to a simple rebellion or a military campaign led by a central command, nor even to a period of struggle similar, for example, to the great French revolution, which itself was nothing but an episode in the bourgeois ascension to power. The proletarian revolution is much more vast and profound; it is the accession of the mass of the people to the consciousness of their existence and their character. It will not be a simple convulsion; it will form the content of an entire period in the history of humanity, during which the working class will have to discover and realize its own faculties and potential, as will as its own goals and means of struggle. I attempted to elaborate on certain aspects of this revolution in my book Les Conseils Ouvriers in the chapter entitled “The Workers’ Revolution.” Of course, all of this only provides an abstract schema that can be used to bring to the forefront the diverse forces in action and their relations.
It’s possible that you will now ask: Within the framework of this orientation what purpose does a party or a group serve, and what are its tasks? We can be sure that our group won’t succeed in commanding the working masses in their revolutionary action: besides us there are a half-dozen or more groups or parties who call themselves revolutionary, but who all differ in their programs and ideas, and compared to the great Socialist Party, these are nothing but Lilliputians. Within the framework of the discussion in issue number 10 of your review it was correctly asserted that our task is essentially theoretical: to find and indicate, through study and discussion, the best path of action for the working class. Nevertheless, the education based on this should not be intended solely for members of a group or party, but the masses of the working class. It will be up to them to decide the best way to act in their factory meetings and their Councils. But in order for them to decide in the best way possible they must be enlightened by well-considered advice coming from the greatest number of people possible. Consequently, a group that proclaims that the autonomous action of the working class is the principal form of the socialist revolution will consider that its primary task is to go talk to the workers, for example by means of popular tracts that will clarify the ideas of the workers by explaining the important changes in society, and the need for the workers to lead themselves in all their actions, including in future productive labor.
Here you have some of the reflections raised by the reading of the very interesting discussions published in your review. In addition, I'd like to say how satisfied I was by the articles on “The American worker,” which clarifies a large part of the enigmatic problem of that working class without socialism, and the instructive article on the working class in East Germany. I hope that your group will have the chance to publish more issues of its review.
You will excuse me for having written this letter in English; it’s difficult for me to express myself satisfactorily in French.
Sincerely yours,
Ant. Pannekoek November 8, 1953



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The split of Socialisme ou Barbarie in 1958 was about organization. After the de Gaulle coup d'etat in May 58, there was an influx of members into S ou B. These are mainly students fighting against the Algerian war because of the draft. The number of members jumped up suddenly from less than 20 to more than 100. The problems of organization that had previously been discussed almost constantly became a practical problem and not simply theoretical speculation in a narrow circle. This problem was closely connected to a political analysis with two contradictory positions (this opposition never appeared publicly in the review, but could be seen in the internal bulletins): on one hand a majority followed, for a short period, Chaulieu (Cornelius Castoriadis) in foreseeing a workers'  revolt against the "fascism" of de Gaulle; on the other hand the minority said that de Gaulle was there to solve the problems of French capitalism and to end the Algerian war.
Two months later, Chaulieu adopted this position but, on the way he managed to push the minority out of the group using the army of new recruits who wanted "to fight" to build the new organization in traditional structures, thinking that,
at last it would be the basis for a new development of the group. We can see that the "wrong" analysis manipulating the "mass" was then paving the road to the party. The two proposed structures were not compatible:
- the majority following Chaulieu wanted to create cells which would meet from time to time in a general assembly to define the group's policy and to elect a political board which would have the function to implement the adopted policy.
The members would have had to defend the position of the majority in public and to follow it even if they disagreed. Disagreements would have to be contained inside the group as a whole or in the cells.
- the minority wanted to promote autonomous workers cells where all problems would be discussed, even the general line discussed in general assemblies. Everybody could express his own ideas at any moment and through any means. It should be said that neither the majority nor minority followed what they were looking for on paper.
Socialisme ou Barbarie was active up to the end of the Algerian war (1962) and then started a slow decline. This decline began after the split of Pouvoir Ouvrier, when Chaulieu openly dropped Marxism, and the group disappeared in 1967 after a totally wrong political statement on the impossibility of a general movement in France.
The ILO was formed with the members that had been obliged to leave Socialisme ou Barbarie, (mainly students and intellectuals). In order to follow their ideas, they organized regular workers' meetings with workers who had a militant extra syndicalist practice in their work place. Initially these meetings were called the "Inter-factory Committee." Little by little these meetings became more important than the ILO meetings and in 1962 the ILO group disappeared and the
other committee was transformed into the ICO. The structure of the ICO was a practical structure rather than a political or theoretical structure. In a certain way it was what the ILO dreamed of building when it split from Socialisme ou Barbarie: Most of the participants of the regular meetings were informal militants of informal factory groups. The ICO paper reported the situation and struggles in each factory according to the regular meeting reports and there was a kind of consensus around autonomous activity rather than a political statement. Participants were from various origins, anarchists, Marxists, or non- aligned militants, but linked by a strong feeling about class struggle. Interest in other struggles in France and abroad developed with more contacts, and from time to time in more general discussions, but the group, though slowly growing, stayed small up until 1968. In 1968 a lot of people, again mostly students, became connected with the ICO. The ICO became a kind of federation of small groups scattered all over the country. During the 15-day May General Strike, everybody was strongly involved in the struggle at his place of work and everybody then agreed not to act like a group "organizing the workers" but to encourage autonomy wherever he was.
After 1968, the character of the ICO had completely changed. The group had become more of a political organization with perhaps several hundred loose participants. The workers were a minority and voted with their feet as the discussions were moving very far from their struggles. Several tendencies were fighting to lead the ICO toward a specific orientation and after four years it burst into several pieces.
One of these pieces was Echanges. It was again different of what we had seen previously. Echanges was built to try and maintain the close international links created during the previous period in several European countries (mainly through international meetings). This was the reason why from the start Echanges had an edition in English and was based more on England rather than France, and more on individuals in each country connected with, an informal circle of supporters. 
Now after more than twenty years Echanges is more centered on France, with a small group meeting regularly mainly to discuss politics in general, struggles and the content of the bulletin. Two years ago, on the proposal of an American comrade we started a short news bulletin which appears every two months, with a print run of up to 3000 copies. It is distributed free and seems to be the start of a new basis of relations again all over the country. The experience of the past twenty years has taught us practically what some theoretical discussions had put on the table: there is presently no room for the kind of traditional organization for which many people are still looking. For the time going "organization" is more a kind of network in which everybody, or some affective groups, defines at any moment their participation in a struggle or in a publishing activity and the connection between others doing the same thing. We don't think or don't know if it will be a permanent thing and if something else will appear. We think that in this important question, we have to follow (knowing exactly what we don't want as workers), but not to precede, to learn and to tell what we have understood and not to teach.          Henri Simon
Communism in France: S&B, ICO and Excahnges
1998






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