mercredi 10 mars 2010

UN REGARD CRITIQUE SUR LE BOUDDHISME ENGAGÉ

Ken Knabb introduisit dans les années 70 les idées situationnistes aux États-Unis. Cet ancien anarchiste pense en radical et voit une certaine naïveté dans la proposition bouddhiste de "changer le monde" simplement en se changeant soi-même. Lui-même pratique le bouddhisme zen. Les écrits de Ken Knabb sont disponibles sur le site du Bureau of Public Secrets : www.bopsecrets.org. Les deux textes, "Fortes leçons pour les bouddhistes engagés" et "Esquiver la transformation du réel : le bouddhisme engagé dans l'impasse" sont les traductions françaises réalisées par Ken Knabb et Jérôme Waag de Strong Lessons for Engaged Buddhists et Evading the Transformation of Reality disponibles sur ce même site.
Qu'est-ce que le situationnisme ? Rejetant avec mépris les bureaucraties stalinienne ou trotskiste, tout en procédant à une critique radicale de la société de consommation capitaliste et de la mise en spectacle qu'elle organise, ce mouvement se proposait notamment, de mettre à profit, en les détournant, des situations (politiques, sociales ou culturelles) pour leur donner un contenu révolutionnaire. Outre leur revue l'Internationale Situationniste dont les 12 numéros parurent de 1958 à 1969, les thèses situationnistes furent principalement développées dans les ouvrages de Guy Debord (La Société du spectacle, 1967, plusieurs fois réédité) et de Raoul Vaneigem (Traité de savoir- vivre à l'usage des jeunes générations, 1967). On attribue à ce mouvement, qui ne regroupa jamais réellement qu'une douzaine de personnes environ, un rôle important dans les "événements" de mai 1968, sinon dans leur déclenchement, du moins dans beaucoup de leurs développements. (Encyclopédie Yahoo France). Un Zen Occidental,
55 rue de l’Abbé Carton 75014  http://www.zen-occidental.net
    Avez-vous appris des leçons seulement de ceux qui vous ont admiré, et qui vous ont traité avec tendresse, et qui vous ont laissé la voie libre ? N’avez-vous pas aussi appris de grandes leçons de ceux qui vous   rejettent et qui s’opposent à vous obstinément, ou qui vous traitent avec mépris, ou qui vous disputent le passage ? (Whitman, “Leçons plus fortes”)
En pleine guerre du Vietnam, Thich Nhat Hanh et quelques moines, moniales et laïques bouddhistes, rompaient avec une tradition bouddhiste apolitique vieille de 2 500 ans : ils fondaient l’ordre Tiep Hien afin de relier les pratiques éthiques et contemplatives bouddhistes aux questions sociales actuelles. Les membres de l’ordre organisèrent des manifestations contre la guerre, l’aide clandestine aux insoumis et de multiples projets de secours et d’assistance sociale. Bien que ce mouvement ait vite été réprimé au Vietnam, Thich Nhat Hanh a continué de mener des activités similaires depuis son exil français et la conception d’un “bouddhisme socialement engagé” s’est diffusée parmi les bouddhistes du monde entier. L’une de ses principales expressions en Occident, The Buddhist Peace Fellowship (l’Association Bouddhiste pour la Paix), se donne pour objectif “d’apporter une perspective bouddhiste aux mouvements pacifistes, écologiques et d’action sociale contemporains” et “de
susciter l’intérêt pour la paix, l’écologie, le féminisme et la justice sociale chez les bouddhistes occidentaux”
. L’apparition d’un bouddhisme engagé est un développement salutaire. Malgré les tares que le bouddhisme partage avec toutes les religions (superstition, hiérarchie, phallocratie, complicité avec l’ordre établi), il a toujours eu un cœur de pénétration authentique fondé sur la pratique de la méditation. C’est ce cœur vital, ainsi que sa liberté vis-à-vis des dogmes si caractéristiques des religions occidentales, qui lui ont permis de prendre si facilement racine, y compris dans les milieux les mieux éduqués d’autres cultures. Ceux qui luttent pour le changement social pourraient mettre à profit l’attention, l’équanimité et l’autodiscipline qui sont développées par la pratique bouddhiste. Quant aux bouddhistes apolitiques, ils pourraient sans aucun doute gagner à se confronter aux questions sociales.
Jusqu’ici, cependant, la conscience sociale des bouddhistes engagés est restée extrêmement limitée. S’ils ont commencé à reconnaître certaines réalités sociales choquantes, ils font preuve de peu de compréhension quant à leurs causes ou leurs possibles résolutions. Pour quelques-uns, l’engagement social se résume à des actions caritatives bénévoles. D’autres, sans doute inspirés par les remarques de Thich Nhat Hanh sur la production d’armements ou sur la faim dans le tiers-monde, prennent la décision de ne plus manger de viande ou encore à ne pas contribuer ou travailler pour des entreprises d’armement. De tels gestes peuvent avoir une signification personnelle, mais leurs effets réels sur la crise mondiale restent négligeables. Des millions de pauvres ont faim dans le tiers- monde, non par manque de nourriture, mais parce qu’il n’y a pas de bénéfices à tirer de nourrir des populations démunies. Tant qu’il sera possible de s’enrichir en fabriquant des armes ou en ravageant l’environnement, quelqu’un le fera, malgré les appels moraux à la bonne volonté. Et si des personnes de conscience le refusent, une multitude d’autres se bousculeront pour prendre leur place.
D’autres, sentant que de tels gestes individuels ne suffisent pas, se sont aventurés dans des activités plus “politiques”. Mais ce faisant, ils n’ont généralement fait qu’adhérer aux groupes existants, qu’ils soient pacifistes, écologistes ou soi-disant progressistes aux tactiques et aux perspectives quelque peu limitées. À de rares exceptions près, ces groupes acceptent le système social actuel comme allant de soi, ne manœuvrant à l’intérieur de celui-ci que pour promouvoir leurs intérêts particuliers, souvent aux dépens d’autres causes. Comme l’ont dit les situationnistes : “Les oppositions parcellaires sont comme les dents des roues dentées, elles s’épousent et font tourner la machine, du spectacle, du pouvoir.” (Internationale Situationniste n° 8, p. 39). Quelques bouddhistes engagés se rendent compte que le système actuel doit être dépassé. Mais ne pouvant reconnaître son racinement et sa dimension auto-reproductive, ils imaginent pouvoir le modifier doucement et graduellement de l’intérieur, se heurtant ainsi à des contradictions récurrentes. L’un des préceptes de l’ordre Tiep Hien dit : “Ne possédez rien qui ne revienne à d’autre. Respectez la propriété d’autrui, mais empêchez autrui de tirer profit de la souffrance humaine ou de la souffrance d’autres êtres vivants.” Comment peut-on empêcher l’exploitation de la souffrance en “respectant” la propriété qui l’occasionne ? Et que faire si leurs propriétaires refusent d’y renoncer paisiblement ?           
                      

samedi 6 mars 2010

POURQUOI ce SITE






Après la mort de Guy Debord en novembre 1994, et cela dès l'annonce de son suicide, la censure médiatique totale fut remplacée instantanément par une pompe funèbre ignominieuse, presque un soulagement pour ces rats. Sans aucun doute orchestré d'en haut, le chant des sirènes se fit élogieux à la une de tous les torche-cul du monde du spectacle.
Blablabla "quel artiste" "quel écrivain" "quel cinéaste" tout sauf un révolutionnaire disait leur chant appuyé par toutes les autorités du spectacle.
La première chose a faire, après avoir salué la sortie de l'Artiste par une méchante cuite, était de mettre au plus tôt en accès libre ses textes, documents et autres indispensables créations dans toutes les langues possibles pour barrer la route aux falsifications les plus évidentes qui menaçaient déjà.
La toute première information sur internet dans les milieux Autonomes en France date des "Transnationales pour l'Autonomie" à l'AGECA en 1988. Ce sont des camarades italiens qui diffusaient cette idée, ils avaient quelques PC déjà connectés au réseau. Le Minitel faisait fureur et certains laissaient de telles ardoises que même encore aujourd'hui ils sont triquard chez France-Télécom. Les Modems 2400 bit/s, 4800 bit/s et 9600 bit/s,  et les bricolages au 3614-3612, ça leur dit rien aux bisounours qui surfent sur CIA/NSA Facebook...
Le meilleur choix était le très anonyme P2P. Tel fut fait et vite et bien et cela explique la richesse des réseaux P2P en ressources  Guy Debord...
Un connard de journaleu remarqua dans les années 1995/96 que le WEB regorgeait de ressources sur Debord mais cet imbécile n'avait même par pris la peine de regarder au bon endroit.
Il faut donc considérer ce blog et quelques autres comme des balises  en place pour aider à la navigation sur le Net.
En plus de textes Situ et Post-Situ  on trouvera ici des textes "Conseillistes" et d'Ultra-Gauche anciens ou historiques ainsi que les derniers développements de la relecture critique de Marx (wertkritik) et aussi  le meilleur des textes libertaires et Autonomes.
Après le P2P, le FTF, GNUnet Freenet et les repositosles sites et les blogs sont des formules moins souples et moins anonymes mais qu'importe, l'essentiel a été fait au bon moment.
Les lois HADOPI visent d'abord a gendarmer les continents du net qui échappent a tout contrôle. Le prétexte invoqué étant le viol massif du droit d'auteur ce sont surtout les protocoles p2p qui sont visé par ces lois (EdK,Torrent, Kad). 
Le P2P reste le plus sûr de nos moyens d'échanges lorsqu'il est crypté/sécurisé.

Sur cette photo le nombre 300 indique seulement le Maximum par défaut
Situationniste.net
Traces Autonomes
http://sites.google.com/site/lefinmotdelhistoire/
http://inventin.lautre.net
palim-psao.over-blog.fr
http://www.notbored.org
http://www.internetdown.org
Pour nous joindre:
marat*no-log.org *=@
pbilliar*gmail.com *=@
 (ces mails sont "sécurisés" https et tout le toutim of couse, linux only ) 
cependant ne rêvons pas NSA partout...

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On trouve sur le Web actuellement  pléthore de ressources et cela va jusqu'à des livres entiers. Voici quelques liens concernant les classiques situationnistes:

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Un film basique sur les débuts du hacking 
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=JxfGpH-cjsw#!

vendredi 5 mars 2010

La secte derrière les nanotechnologies

Quoi que disent les communicants du Commissariat à l’Energie Atomique, de Minatec, NanoBio et du réseau Nano2Life, on avait compris que leurs projets de "changer en profondeur notre vie quotidienne" allait bien au-delà de la mise sur le marché de nouveaux gadgets électroniques (objets "communicants", écharpes "multimédia", frigos "intelligents"), de verres auto-nettoyants, voire de nouvelles armes ("poussières de surveillance", "carapaces" de fantassin, missiles "intelligents").
L’aiguillage vers les labos et les programmes de recherche en nanotechnologies de gigantesques flux de crédits ne vise pas seulement à s’assurer la suprématie lors du prochain cycle militaro-industriel. Il existe au-delà tout un courant fondateur et dominant des nano-sciences (Eric Drexler, Ray Kurzweil, Marvin Minsky, Hans Moravec, Mihail Roco, William S. Bainbridge, etc) qui, sous des noms divers : "cyborg", "successeur", "mutant", vise à l’avènement de l’homme-machine. Roboman, si l’on veut, censé être la version technoïde du surhomme nietzchéen. "Ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s’améliorer auront un sérieux handicap", déclare le cybernéticien Kevin Warwick ( Libération , 11-12/05/02). "Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur."
N’importe quel enfant pourrait dire à Warwick et à ses congénères que sa quête de la surhumanité par nano-processeurs aboutira à son contraire : l’automatisation du cheptel humain. L’asservissement assisté par ordinateur et les "technologies convergentes" (nano-bio-technologies, génétique, intelligence artificielle, robotique) d’une sous-humanité technifiée.
Les nanotechnologies ne donnent davantage de pouvoir qu’aux nanomaîtres : elles leur donnent le contrôle de l’immense masse des nano-serfs. Sous le terme "technique" de cyborg, c’est l’esclave, l’outil humain qui reparaît.
En Europe, à Grenoble, "ville des micro et nanotechnologies", les technarques du CEA, de l’UJF, de l’INPG ou de l’INRIA n’en disent pas si long. A quoi bon choquer les douairières progressistes qui, de la Ligue des Droits de l’Homme à l’Association Démocratie, Écologie, Solidarité, couvent d’un œil bénin ces "recherches scientifiques" ? Tout au plus les verra-t-on un jour former des recours contre les nuisances collatérales de ces activités. Les nanotubes et nano-particules de carbone, particulièrement dangereux pour les organismes, semblent ainsi de bons candidats à une critique parcellaire d’accompagnement.
Cependant que toutes sortes d’"unités mixtes" et de "recherches multidisciplinaires" s’emploient à faire ce qui n’est pas dit, un mystérieux "comité d’éthique" s’occupe lui de taire ce qui est fait. "Bruxelles craint de répéter ce qui s’est passé avec les OGM, explique Patrick Boisseau. Le chercheur au Commissariat à l’Energie Atomique (NDR : Grenoble) coordonne le réseau Nano2Life sur les applications médicales des nanotechnologies. "Nous voulons informer le public sur les risques éventuels. Nous suivons plusieurs groupes de citoyens pour voir leur perception des nanotechnologies (...) le réseau a son propre comité d’éthique de dix membres, sans doute le seul au monde sur les nanotechnologies."
( Le Figaro , 13/05/04)
Et en novembre 2003, c’est Françoise Charbit, responsable du projet NanoBio au CEA Grenoble, qui tentait d’entraîner Doug Parr, un responsable de Greenpeace, dans un fructueux dialogue sur "l’impact sociétal des nanotechs" : "Dear Mr Parr, (...) I would be very grateful if you could send me some contacts related to societal and ethical impacts of nanotechnology, especially people who could be interested by the convergence with life sciences. The network of Excellence Nano2Life, coordinated by the CEA Grenoble and to be launched in 2004, considers these points with a great interest. (...) We would be also interested in exploiting your idea to introduce civil society views in the definition of upstream research. We have already some collaborations with hospitals for instance, but introduce nanotechnology benefits to patients themselves is rather far from now (...)" 1
Il semble que ce courrier électronique ait connu une diffusion plus large que prévue. N’importe, on a saisi la tactique du CEA et des laboratoires satellites. Passer sous silence, et quand on ne peut le faire, compromettre des idiots utiles dans le "dialogue" ; mettre en place un service de surveillance et de prévention, chargé de "suivre" d’éventuels opposants et de prévenir leurs critiques ; recruter des "lanceurs d’alerte" afin de les intégrer au système de détection avancée de Nano2Life, et de répondre aux objections mineures pour mieux les faire collaborer à l’objectif final.
On a vu ainsi tel opposant à une centrale nucléaire la connaître mieux que son directeur lui-même et signaler avec beaucoup d’application chaque incident, chaque faille de ladite centrale pour en améliorer grandement le fonctionnement, sans jamais rapprocher d’un jour sa fermeture.
C’est à ces filandreuses précautions qu’on mesure le "retard" comme disent Jean Therme (CEA Grenoble), Alain Mérieux (Biomérieux) ou Philippe Busquin (commissaire européen à la Recherche) de l’Europe sur les États-Unis dans le domaine des nano-bio-technologies. Là-bas, non seulement les crédits affluent sans restriction, mais une secte scientiste, les "Transhumanistes", infiltre les lieux de pouvoir avec un programme d’automatisation de l’humain. Nous aussi, comme Patrick Boisseau et Françoise Charbit, découvrons les transhumanistes et leur projet. Pour une première approche, ci-dessous une enquête de Dorothée Benoit-Browaeys, journaliste à "Vivant"2.

Enquête

Les transhumains s’emparent des nanotechs

Aux abords du namomonde, les scientifiques entrevoient des possibilités techniques fascinantes : calcul quantique, électronique moléculaire, matériaux aux propriétés inédites ou médicaments pilotés... Tant mieux ! Mais attention ! Des mouvements “ transhumanistes ” infiltrent les nanosciences avec un impératif : doper les humains en intégrant les technologies disponibles, piloter les états mentaux et les foules. Sommes-nous partants pour ces usages ? Qui se mobilise pour débattre de ces projets politiques ?
Mikhail Roco est un rouquin plutôt timide, mais il ne fait pas dans l’ambiguïté : “ Le programme américain qui associe les nano-bio-info-cognitio-socio-technologies vise à améliorer les performances humaines, ses capacités d’apprentissage comme de défense ”, a-t-il affirmé lors du premier EuroNanoForum, organisé à Trieste (Italie), en décembre 2003, par la Communauté européenne. Mihail Roco est le coordonnateur de l’initiative américaine en matière de nanotechnologies, la NNI (National Nanotechnology Initiative).
Ses propos confirment le cap du volumineux rapport produit en juin 2002 par la National Science Foundation (NSF) et dont il fut coéditeur [1]. Désignant la nouvelle frontière par le sigle NBIC (Nanotechnology, Biotechnology, Information technology, and Cognitive science), il a l’avantage de préciser les ambitions des nanosciences outre-Atlantique. “ Ces technologies en convergence vont permettre l’unification des sciences et des techniques, le bien-être matériel et spirituel universel, l’interaction pacifique et mutuellement avantageuse entre les humains et les machines intelligentes, la disparition complète des obstacles à la communication généralisée, en particulier ceux qui résultent de la diversité des langues, l’accès à des sources d’énergie inépuisables, la fin des soucis liés à la dégradation de l’environnement ”, peut-on lire.
Interrogé sur les moyens à déployer et leur portée, Mihail Roco modère ses propos : “ nous ne voulons pas modifier l’intégrité humaine, ni contrôler les cerveaux ”. La question de la main-mise sur les capacités humaines est cependant posée. Car son collègue William Sims Bainbridge, coauteur du rapport NBIC, est un expert des idéologies. Sociologue des religions, ce dernier a étudié et infiltré divers groupes sectaires comme “ Children of God ” appelée aussi “ The Family ” ; il a développé des projets d’analyse des émotions et des croyances (Cyclone Project) et a publié plus de 15 ouvrages sur les religions, le contrôle social, les dimensions de la science fiction [2] avant d’être recruté par la NSF en 1999.
Aujourd’hui directeur de l’information et des systèmes intelligents de la fondation, son rôle dans la justification des NBIC est essentiel. À qui s’inquiète de l’avenir de la planète, il sait être rassurant : “ La science et la technologie vont de plus en plus dominer le monde alors que la population, l’exploitation des ressources et les conflits sociaux potentiels augmentent. De ce fait, le succès de ce secteur prioritaire est essentiel pour l’avenir de l’humanité. ” [1]
La réinvention de la nature
Pourquoi la NSF, puissante institution américaine qui emploie 1 360 personnes, confie-t-elle sa stratégie technologique à un spécialiste des phénomènes de manipulation mentale et d’adhésion des foules ? Serait-ce pour mieux anticiper d’éventuelles contestations de la société civile ? On ne peut l’exclure tant on constate l’implication de chercheurs en sciences humaines dans la promotion des technosciences et plus particulièrement des sciences cognitives. Patricia Churchland avec la neurophilosophie forgée autour du co-découvreur de la structure de l’ADN, Francis Crick [3], l’historienne Donna Haraway et son “ cyborg manifesto ” pour la “ réinvention de la nature ” [4] ou encore l’économiste Robin Hanson, entendent abolir les frontières entre le vivant et l’inerte, entre la machine et l’humain, entre le masculin et le féminin, et proclament qu’il faut construire des “ corps nouveaux ” pour une “ vie nouvelle ”.
Ce mouvement apparaît comme la suite logique des thèses cybernétiques pour lesquelles le réel et le virtuel se confondent par la réduction successive des objets physiques puis biologiques à des principes informationnels. Comme l’explique l’historienne américaine Lily Kay (Harvard), le code génétique est devenu après guerre le centre métaphorique de commande et de contrôle des êtres vivants [5]. Dans son ouvrage récent sur “ L’empire cybernétique ”, la sociologue Céline Lafontaine (Université de Montréal) précise : “ La cybernétique place non seulement les notions de communication et de contrôle au cœur de son projet, mais elle rend effectif le passage de la physique à la biologie en annulant toute distinction entre vivant et non-vivant. ” Avec les cyborgs, les biobots, “ on fait littéralement face à la mise en chair des métaphores cybernétiques (...) ”. Puis de commenter : “ Ce qui est oublié dans cette indifférenciation entre les êtres et les choses, c’est le fondement corporel inaliénable de toute vie terrestre. Le réductionnisme informationnel revient à nier que les êtres vivants sont d’abord des unités synthétiques indécomposables en segments codés. ” [6].
La culture par les automates mentaux
Le projet NBIC s’inscrit pleinement dans la mouvance cybernétique. Juste après guerre, celle-ci a procédé à la numérisation du monde, étendant ensuite son principe réducteur à l’information génétique (la biologie devint 100 % moléculaire) puis à l’information mentale avec la “ mémétique ”, transposition au monde cérébral du modèle informationnel a-corporel et a-temporel du gène, proposée en 1976 par l’évolutionniste britannique Richard Dawkins [7].
Il se trouve justement que William Bainbridge a publié en 1985 un livre intitulé “ Génétique culturelle ” [8]. Et il développe dans le rapport NBIC les perspectives de la mémétique (pp. 318 et suivantes) : “ Certaines idées peuvent avoir la force de "virus sociaux" aux effets aussi délétères que des virus biologiques ”, explique-t-il dans ce rapport. Il propose donc d’“ étudier la culture avec les méthodes de la bioinformatique ” et recommande une initiative analogue au projet Génome humain, le “ Human Cognome Project ”, pour “ comprendre et maîtriser les mystères du génome culturel ” [8].
On arrive ici au point culminant de cette nouvelle idéologie. Sa prétention est de décrire les “ automates mentaux ” de façon à les maîtriser puis les manipuler. Les courants de pensée deviennent des objets quantifiables. De même que l’on a abandonné la compréhension de la vie avec le gène, on abandonne celle de la pensée avec la neuroéthique (qui vise à localiser les aires de la morale ou de la religion) puis avec la mémétique. “ C’est seulement si nous renonçons à une explication de la vie au sens commun du mot que s’offre à nous une possibilité de prendre en compte ce qui la caractérise. ” estimait Niels Bohr. “ Dans la science moderne, la mathématisation de la nature s’est imposée comme une fin en soi ”, souligne le mathématicien Olivier Rey [9]. Mais avec elle, “ le monde n’est pas compris, il est mathématisé : par là il est fonctionnalisé mais il ne reçoit aucun sens. Au contraire tout sens lui est ôté : l’homme n’y trouve plus rien qui lui parle. ”
Davantage de technique, de moins en moins de sens
Avec le projet NBIC, on assiste donc à un effondrement, à un remplacement du réel par du “ quantifiable ”. Non limité aux phénomènes physiques, la prétention du modèle s’étend aux organismes vivants, aux cerveaux humains comme à leurs sociétés. On en arrive à confondre manifestation cérébrale mesurée par le débit sanguin capté par IRM (Imagerie par résonance magnétique) et expérience mentale. Avec pour corollaire de fausses équivalences : la douleur d’une personne, par exemple, est assimilée à la visualisation sur écran de son cerveau souffrant.
Dans ce tour de passe-passe, “ la science finit par constituer son propre remède à la crise qu’elle engendre en bouleversant les ordres anciens : une manière de supporter cette crise n’étant autre, en effet, que davantage de science, davantage de technique ”, poursuit Olivier Rey. “ Il ne peut en aller autrement quand, dans une large mesure, les présupposés de la technoscience se sont confondus avec les présupposés de la pensée tout court. ”Le monde fabriqué de la technique semble être le seul que ses promoteurs comprennent, comme le pressentait le philosophe Italien Giambattista Vico, qui constatait dès 1725 : “ Nous ne connaissons que ce que nous faisons. ” Parce qu’il est très opérationnel, ce système de réduction s’emballe. Le continuum “ nano-bio-info-cognitivo-sociologique ” apparaît finalement comme l’apothéose de l’impérialisme technique.
Certains scientifiques se complaisent à entretenir cet amalgame, en collaborant au “ neuromarketing ” ou aux expériences neuropolitiques de localisation cérébrale des “ zones de Bush ” ! [10]. Et l’on entend résonner ici les propos d’Hannah Arendt [11] : “ cet homme futur que les savants produiront comme un ouvrage de leurs propres mains paraît en proie à la révolte contre l’existence humaine telle qu’elle est donnée (...) La seule question est de savoir si nous souhaitons employer dans ce sens nos nouvelles connaissances scientifiques et techniques, et l’on ne saurait en décider par des méthodes scientifiques. ”
Y a-t-il un pilote dans les nanotech ?
L’expérience des OGM a montré que nos sociétés ne disposent pas d’outils appropriés pour arbitrer les choix techniques. Se posent donc aujourd’hui, avec les nanosciences, la question de savoir comment nous allons organiser la discussion sociale indispensable sur les applications souhaitées. Va-t-on reproduire les débats stériles et les invectives à propos d’analyses et de rapports strictement scientifiques ?
Le rapport dense et rigoureux produit en France le 29 avril 2004 par l’Académie des sciences et par l’Académie des technologies [12] a le mérite de poser les connaissances propices au débat. Mais en plaçant délibérément les nanobiotechnologies hors du champ analysé, toute l’interrogation centrale sur les connexions possibles entre le monde physique et le monde vivant (machines hybrides, prothèses nanométriques, pilotage cérébral...) est évacuée.
De même, le colloque “ Nanosciences et médecine du XXIème siècle ”, organisé par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) le 6 février dernier, n’a fait que répertorier le potentiel, les enjeux économiques, les conséquences sociales. La question du pilotage de ces productions techniques n’est jamais discutée. Qui sonde les citoyens sur leur besoin d’“ améliorer leurs performances humaines ” ? Que reste-t-il de libre dans l’exercice politique qui ne soit pas arrimé à l’ambition technique ?
Les connexions du transhumanisme
L’enjeu de la discussion démocratique s’impose ici d’autant plus que le pouvoir scientifique et technique est de plus en plus relayé par un noyautage idéologique puissant, celui de la doctrine transhumaniste. Laquelle revendique l’utilisation libre des nouvelles technologies pour dépasser les limites du genre humain et améliorer ses capacités physiques et mentales : “ De meilleurs esprits, de meilleurs corps, de meilleures vies ”, proclame l’Association mondiale des transhumanistes (WTA). D’ailleurs, William Bainbridge, grand promoteur des NBIC au niveau national, est éditeur associé de la principale revue des transhumanistes, le Journal of Evolution and Technology (JET). Son article sur l’“ opposition religieuse au clonage ”, paru en octobre 2003, y souligne la nécessité d’anticiper sur les conflits violents entre “ religieux, ou ennemis des sciences ” et “ laïcs ” [13].
Ce mouvement transhumaniste est en plein essor dans le monde, appuyé par des réseaux où se signalent trois autres éditeurs du JET : le philosophe suédois Nick Bostrom, David Pearce, promoteur de l’“ impératif hédoniste ” qui proclame que “ le génie génétique et la nanotechnologie vont abolir la souffrance de toute vie sensible ”, et le secrétaire de la WTA, James Hughes. Des adeptes ont créé la revue Extropy (5 000 abonnés) - l’extropie ou l’extropianisme étant un dérivé du transhumanisme - et ont fondé d’autres associations internationales (l’Extropy Institute) et nationales (Aleph en Suède, Transcedo aux Pays-Bas) et le colloque bisannuel “ Extro ”.
Avec les transhumanistes, l’humain n’est plus destiné à devenir meilleur par l’éducation (humaniste), et le monde par des réformes sociales et politiques, mais simplement par l’application de la technologie à l’espèce humaine. “ Ancrés dans un véritable messiannisme de substitution, les transhumanistes sont dans leur immense majorité des libertaires anarcho-capitalistes convaincus des seules vertus du marché ”, explique le philosophe Klaus-Gerd Giesen (Université de Leipzig) [14]. Ils rejoignent ainsi les prophètes-managers des biotechnologies comme William Haseltine, fondateur de la société Human Genome Sciences et de la société de médecine régénérative, ou Gregory Stock (Université de Californie, Los Angeles), apôtre de l’amélioration génétique de l’homme par la technique [15].
Infiltrations
Les posthumanistes commencent à infiltrer des mouvements sociaux comme la Progress Action Coalition (Pro-Act). Ils sont aussi très actifs pour revendiquer le droit illimité aux “ neuroceutiques ” ou “ emoticeutiques ”, produits permettant de jouer sur les états mentaux. Le juriste Richard Glen Boire, au sein du Center for Cognitive Liberty & Ethics (CCLE) - organisation qui co-sponsorisait avec la NSF la récente conférence “ NBIC Convergence 2004 ” - est ainsi parfaitement connecté avec la “ Neurosocieté ” portée par Zach Lynch, un évolutionniste versé dans le marketing qui annonce la prochaine “ vague des neurotechnologies ” directement soutenue par des nanosystèmes implantés.
En Europe, les mouvements “ extropiens ” trouvent des soutiens au sein de l’industrie pharmaceutique. Celle-ci a bien entendu de gros intérêts à développer les marchés de la médecine régénérative, du dopage des facultés physiques comme intellectuelles par nanopuces ou thérapies cellulaires. Très présents dans les milieux intellectuels et éthiques parisiens, les extropiens défendent la libre disposition des corps, l’accès à tous les moyens techniques pour les manipuler . Ils ont réalisé un important lobbying auprès des députés lors de la révision des lois de bioéthique, en décembre 2003. Ils caricaturent tellement leurs arguments qu’ils semblent jouer le même jeu que les dénonciateurs de catastrophes... dont on retrouve d’ailleurs, chez eux, quelques figures ! Confirmant ainsi qu’“ éthiciens-prophètes de malheur ” et “ promoteurs de la mutation ” peuvent concourir au même but : occuper l’opinion à des broutilles.
Un bras de fer idéologique
Nul ne peut nier le riche potentiel d’innovations des nanotechnologies. Avec le foisonnement d’applications qui se profile, il serait dangereux de laisser les scientifiques, préoccupés de connaissance et de performance, se laisser déborder par les projets politiques transhumanistes. Pour piloter ces affaires, où sont les philosophes, sociologues, historiens, citoyens, capables de peser dans le bras de fer redoutable qui s’amorce ?
Après avoir défini sa stratégie en matière de nanotechnologie, dans un rapport qui vient d’être rendu public [16], l’Europe devrait produire dans les mois qui viennent une réponse au rapport américain NBIC publié voilà deux ans. Un groupe de travail, présidé par l’historienne norvégienne Kristine Bruland (universié d’Oslo) et coordonné par Élie Faroult à la direction générale de la Recherche de la Commission européenne, entend poser les enjeux sociaux et les risques pour la santé des nanotechnologies. Mais osera-t-il interroger les finalités des réarrangements de la matière et du vivant ?
Dorothée BENOIT BROWAEYS
Journaliste à Paris
Notes
[1] M.C. Roco & W.S. Bainbridge (eds) “ Converging Technologies for Improving Human Performance. Nanotechnology, Biotechnology, Information technology and cognitive science ”, NSF/DOC-sponsored report, National Science Foundation, juin 2002, version pdf.
[2] R. Stark & W.S. Bainbridge (1985) The Future of Religion, Berkeley, University of California Press ; R. Stark, & W.S. Bainbridge (1987) A theory of Religion, New York, Toronto, Lang.
[3] B. Andrieu (1998) La neurophilosophie PUF, Paris.
[4] D.J. Haraway (1991) Simians, Cyborgs and Women. The Reinvention of Nature, New York, Routledge.
[5] L.E. Kay (2000) Who Wrote the Book of Life : A history of the Genetic Code, Stanford University Press.
[6] C. Lafontaine (2004)L’empire cybernétique, des machines à penser à la pensée machine Seuil, Paris.
[7] R. Dawkins (1976) The sellfish Gene, Oxford University Press, nv ed. 1989, trad. fr. Le gène égoïste.
[8] FW.S. Bainbridge (1985) “ Cultural Genetics ”, In : Religious movements, R. Stark (ed), New York, Paragon
[9] O. Rey (2003) Itinéraire de l’égarement. Du rôle de la science dans l ’absurdité contemporaine, Seuil Paris.
[10] J. Tierney, “ Neuromarketing Our Next President ”, New York Times, 20 avril 2004. Disponible sur le site du CCLE.
[11] H. Arendt (1961) La crise de la culture, réed. 1989 Folio Gallimard.
[12] Nanosciences - Nanotechnologies, Rapport sur la science et la technologie n°18, Académie des sciences, Académie des technologies, Tec&Doc, Paris, Introduction et principaux chapitres en version pdf.
[13] www.jetpress.org/editorialboard.htm et www.jetpress.org/volume13/bainbridge.html.
[14] Observatoire de la génétique de Montréal, Transhumanisme et génétique humaine, N°16, mars-avril 2004.
[15] G. Stock (2002) Redesigning Humans. Our Inevitable Genetic Future, Boston, New York, Houghton Mifflin Compagny.
[16] Towards a European strategy for nanotechnology, Bruxelles, 12 mai 2004, COM(2004) 338 final.

La Révolution de 1848 en France


Tandis que Blanqui subit sa détention dans les cellules du Mont Saint-Michel, tandis que les ministères se succèdent avec Broglie, Guizot, Thiers, Molé, Odilon Barrot et le maréchal Soult, l'agitation continue, progresse, se précise.
Le Parti catholique s'émeut de la violence que prend chez les républicains la haine de l'Eglise et des prêtres. Il songe à se constituer une aile libérale dont Lamennais et Lacordaire furent les plus séduisantes illustrations. Mais la politique d'immobilité de Louis-Philippe et de ses ministres se chargeait d'accentuer l'union des classes moyennes et du peuple. Les impôts directs n'augmentaient guère, en pleine prospérité industrielle. Par contre, les impôts indirects passaient en dix ans de 560 à 892 millions. Les commerçants subissaient les effets d'une politique douanière dont les profits ne leur étaient pas destinés. Les paysans continuaient de payer très cher leur outillage, de subir des contrats usuraires et d'hypothéquer leurs terres.
A l'avant-garde de toutes ces rumeurs, les ouvriers commençaient de découvrir que leur liberté se limitait à la nécessité de vendre leur force de travail à des prix dont ils n'étaient point maîtres et qui décidaient de leur vie. L'examen et la condamnation des excès du capitalisme avaient été fait sous toutes leurs formes. On avait énoncé les infamies de l'exploitation de l'homme par l'homme et depuis vingt ans, la littérature sociale en retentissait d'effroi. On avait apporté au problème d'innombrables suggestions et fabriqué des solutions. Personne n'avait encore en France entrevu les véritables perspectives de la lutte, lorsque du milieu ouvrier français jaillit la formule devenue célèbre : « Travailleurs de tous les pays, unissez-vous. »
Ce n'était plus un cri de douleur, mais un mot d'ordre - ce n'était plus la défensive, mais l'offensive - ce n'était plus la périlleuse aventure de quelques apôtres, mais la synthèse d'une classe qui n'allait plus maintenant cesser de progresser dans cette voie. Avant d'être expulsé de France par Guizot, Karl Marx tenta d'expliquer à Proudhon la signification de cette devise prolétarienne. Il lui montra que l'existence des classes était liée à des phases du développement de la production, que cette lutte ne peut se terminer que par le triomphe de la classe la plus nombreuse pour aboutir ensuite à la disparition de toutes les classes. Au début de 1848, la nouvelle Ligue des communistes publiait à Londres son Manifeste, rédigé par Marx. Incompréhensif et obstiné, Proudhon poursuivait sa propagande qui tendait à représenter les socialistes comme des « partageux » contre qui l'esprit laborieux du Français s'indignerait. Et cependant, les mouvements de sympathie vers le peuple tournaient parfois à l'ouvriérisme et les étudiants du café Soufflet se réclamaient d'une fraternité toute littéraire. Le gouvernement de Guizot accumulait les maladresses qu'allaient compliquer les suites inattendues de sa politique extérieure.
On avait pris coutume de désigner la politique d'asservissement à la Cité de Londres sous le nom d'« Entente cordiale ». Elle n'alla point sans heurts, car la moindre activité française la mettait en question. Les visées de Louis-Philippe en Afrique avaient failli la compromettre. Le soutien que Thiers avait voulu accorder à Méhemet-Ali, conquérant égyptien, ne pouvait plaire à l'Angleterre soucieuse de protéger sa route des Indes et de dominer en Méditerranée orientale. Certains crurent à la guerre - les rodomontades belliqueuses de Thiers n'eurent jamais de suite que contre les ouvriers. Guizot, pour apaiser Londres, accorda ensuite le droit de visite sur tous les navires de commerce dans l'Atlantique. La supériorité numérique de la marine militaire anglaise en faisait un monopole. Malgré cela, l'affaire Pritchard, citoyen britannique qu'on avait expulsé de Tahiti pour tentative de soulèvement, ne rendit pas seulement célèbre la reine Pomaré, mais parut à nouveau menacer cette entente cordiale qui tolérait déjà difficilement l'installation de la France en Algérie après la bataille de l'Isly. Louis-Philippe céda ; l'humiliation de la France fut si manifeste qu'elle saisit l'opinion. Mais pour faire triompher l'Entente cordiale, Londres, jamais rassasié d'influence, disposait en France d'autres arguments dont on vit bientôt les effets.
Depuis dix ans, la politique économique de l'Angleterre avait évolué. Forte de la supériorité de son outillage, de ses ressources en charbon et en matières premières coloniales, l'Angleterre, après avoir réussi par les guerres européennes à s'ouvrir les marchés du continent, allait maintenant l'exploiter. A la recherche des débouchés qu'il pouvait lui offrir, elle parla de libéralisme et se convertit au libre-échange. Cette conversion souleva des commentaires innombrables en Europe : pour pratiquer le libre-échange, l'Angleterre ne pouvait y être seule. La conclusion fut rapide. En 1845, on créa en France une Ligue pour la liberté des échanges et ses revendications furent d'abord très modérées. Le gouvernement français fit voter la suppression de quelques prohibitions. Le gouvernement de Londres allait-il obtenir un changement radical de la politique douanière française ? L'Angleterre se lança alors dans la politique des nationalités où, sauf l'Irlande et les Indes, les peuples devaient librement disposer d'eux-mêmes. La révolte contre l'oppression éclatait partout en Europe et la bourgeoisie intellectuelle, blessée par les obstinations de Louis-Philippe et de Guizot, s'enthousiasma pour ces libérations nationales ; faisant ainsi les affaires de l'économie britannique, une vague de libéralisme politique passa sur le continent. Elle n'allait pas emporter seulement le ministre français et son roi. Elle allait délivrer les diverses bourgeoisies européennes des dernières survivances féodales et instituer pour l'Europe de nouveaux motifs de conflits.
La politique intérieure de Guizot, rebelle à toute concession, se doublait à l'extérieur d'une politique d'alliance avec Metternich et le tsar Nicolas, pour vaincre partout les moindres tentatives démocratiques. Dans une parfaite inconscience de l'état réel des masses européennes, le gouvernement de Louis-Philippe reproduisait les erreurs de Charles X et reconstituait contre lui une unanimité sociale où la similitude des buts immédiats l'emportait sur leur ultérieure diversité. Parallèlement au mouvement ouvrier, l'hostilité de Guizot accéléra le regroupement de tous ceux qu'exaspérait le monopole du droit de vote entre les mains d'une minorité possédante. En 1845 et 1846, les récoltes furent mauvaises et la maladie des pommes de terre causa une disette dont souffrirent durement les classes pauvres. Le prix de la vie augmenta. Il y eut des émeutes paysannes contre les accapareurs de grains. Parmi les ouvriers, les sociétés de résistance se multiplièrent si bien que le gouvernement dut se résigner à les tolérer. Une crise industrielle accrut le chômage et, par répercussion des troubles du marché anglais, nombre de petites et moyennes entreprises commerciales françaises s'écroulèrent. De ces faillites jaillit plus promptement chez les commerçants un état d'esprit révolutionnaire qu'il n'avait mis de temps à se préciser dans le prolétariat. Vers la fin de l'année 1847, il était évident que la réforme électorale s'imposerait par la violence si la coalition parlementaire ne suffisait pas à l'obtenir. Comme le gouvernement avait interdit toute réunion, on était en pleine campagne de banquets. Pendant six mois, les partisans de la réforme électorale organisèrent en France des banquets de mille convives environ où l'on signait une pétition en sa faveur. Les républicains, qui s'affirmaient pour une réforme plus radicale encore et voulaient le suffrage universel, s'associèrent à cette campagne. Les ouvriers voyant dans la République l'issue sociale dont 93 leur avait laissé le mirage, on eut en France, dans la confusion des intérêts, des sentiments et des doctrines, une conscience révolutionnaire contre laquelle Louis-Philippe était impuissant.
Il veut garder Guizot et interdit le banquet du 22 février 1848 à Paris. C'était le dernier de la campagne et il devait être précédé d'un cortège. Le banquet n'eut pas lieu, mais le cortège devint une immense manifestation qui piétina jusqu'au lendemain sur les boulevards. Paris avait pris son aspect d'émeute. Rachel avait chanté la Marseillaise au Théâtre Français ; commerçants, étudiants et ouvriers disputaient le terrain à la troupe autour de la Concorde. Le 23 février à midi, place des Victoires, la garde nationale passa subitement aux côtés des manifestants et les protégea contre les cuirassiers : Paris se couvrit de barricades. Le peuple répondait à nouveau dans sa masse aux appels de la bourgeoisie et l'on aurait pu trouver parmi ces révolutionnaires, haïssant Guizot et son roi, tel fabricant cossu, tel boutiquier menacé de faillite, solidaires du plus misérable des chômeurs. Devant l'émeute, Guizot démissionne. Des Tuileries aux barricades, un cri de joie - on illumine. La révolution va-t-elle avorter ? Le 23 février au soir, un coup de pistolet tiré sur le boulevard des Capucines déclenche une fusillade. Toute la nuit, la foule traîna ses morts en appelant aux armes. Thiers avait succédé à Guizot. Il eût volontiers maintenant réprimé l'insurrection. Il offrit au roi d'évacuer Paris pour l'attaquer ensuite à force armée. Louis-Philippe se montra plus humain que son ministre et refusa. Les insurgés avançaient sur les Tuileries, on criait partout « Vive la République ». Des conciliabules firent le reste et les libéraux, après en avoir discuté chez le banquier Goudchaux, proposèrent un nouveau gouvernement. Louis-Philippe abdiqua en faveur de son petit-fils et reprit la route de l'exil, vers l'Angleterre. Il laissait derrière lui un Gouvernement provisoire qui allait tenter d'escamoter la République et le peuple de Paris qui entendait cette fois ne pas voir se renouveler la duperie de 1830.
Peu d'événements sont aussi pleins d'enseignements que ceux de 48. De tous les éléments sociaux qui y participent, seule la grande bourgeoisie est vraiment consciente de sa puissance et dispose d'une technique. Les classes moyennes seront rapidement le jouet de quelques mesures législatives ; elles suffisent pour les calmer ou les irriter tour à tour. Le peuple, qui vient à peine de prendre le sentiment de lui-même, a encore pour devise une formule qui le plus souvent annonce l'échec « la liberté ou la mort ». Le Gouvernement provisoire utilisa de main de maître les événements pour réussir à dissocier la coalition que les maladresses de Guizot avaient contribué à réaliser. Il y avait dans le Gouvernement provisoire Arago, Lamartine, Ledru-Rollin, Crémieux, Garnier-Pagès, Dupont de l'Eure. Ces hommes sont des modérés. Ils n'ont de commun avec les républicains qui se sont battus en 1839 qu'une phraséologie déclamatoire où des mots identiques appellent les mêmes applaudissements. On a longuement discuté chez Goudchaux de la nécessité d'utiliser le socialiste Louis Blanc. On a d'abord conclu à une solution transactionnelle. Louis Blanc sera secrétaire du gouvernement et lorsqu'on le proclama à la Chambre, son nom ne fut pas prononcé. Mais les insurgés avaient envahi le Palais-Bourbon et lorsque dans l'après-midi le gouvernement se rendit à l'Hôtel de ville, la foule lui imposa un ouvrier mécanicien Albert, qu'on alla chercher dans sa fabrique, Flocon et Raspail. Celui-ci, au nom de l'insurrection parisienne, exigea la proclamation de la République. Le gouvernement céda, s'adjoignit Louis Blanc, Albert, Raspail et publia un manifeste. Le lendemain, la République était inscrite sur tous les murs de Paris.
Reprenant la définition de Laffitte, Goudchaux aurait pu dire : le règne des banquiers continue. Février 48, c'était l'adjonction à l'aristocratie financière, de la bourgeoisie industrielle et commerçante. Dans cet élargissement du pouvoir, la banque trouvera le secret des progrès de sa domination où elle absorbera peu à peu les forces industrielles et commerciales du pays. Quant à la figuration républicaine, ce fut à la fois par contrainte et par habileté que le gouvernement s'y résigna. Le socialiste Louis Blanc parut finalement devoir rendre plus de services à la bourgeoisie qu'il ne pouvait la gêner. Sa présence au gouvernement, auprès de l'ouvrier Albert, permettait de rassurer le peuple et servirait par la suite à déconsidérer le socialisme dans l'esprit des classes moyennes dont il fallait absolument rompre l'alliance avec les ouvriers. L'histoire doit reconnaître que Louis Blanc se prêta à tous ces calculs : son attitude fut en définitive aussi répugnante que les manœuvres dont il fut l'objet. Le geste était habile et trompa les masses. Elles se déclarèrent prêtes à accorder « trois mois de misère » au Gouvernement provisoire pour lui permettre de réaliser la République. N'avait-on pas ouvert les portes des prisons aux insurgés de 1839 ? Sans doute, en se faisant acclamer au club du Prado, Blanqui, libéré du Mont Saint-Michel, parlait-il de mettre fin à l'exploitation capitaliste et ce n'était pas précisément de cela qu'il s'agissait pour le gouvernement. En effet, il venait de proclamer drapeau national les trois couleurs « qui avaient fait le tour du monde », et le Moniteur du 27 février avait ainsi commenté l'éloquence de Lamartine : « Comme signe de ralliement et comme souvenir de reconnaissance pour le dernier acte de la révolution populaire, les membres du Gouvernement provisoire porteront la rosette rouge, laquelle sera placée aussi à la hampe du drapeau. » Il s'agissait donc seulement de lire attentivement ce texte officiel. La bourgeoisie de 48 y enregistrait le dernier acte populaire. Elle n'ira pas plus loin et elle le dit. Ce qu'elle va consentir sous la pression des masses, ce sera contre son gré et elle n'aura de cesse de le leur reprendre. Elle va engager avec elles un duel subtil, infiniment souple, à quoi l'ignorance populaire n'est en état de rien opposer. Le peuple a tout à apprendre de la vie publique et Lamartine n'aura pas de peine à le payer de déclamations.
Le Gouvernement provisoire a fermé la Bourse et accordé une prorogation de dix jours pour l'échéance des effets de commerce. Comme les ouvriers réclament la journée de dix heures, la suppression du marchandage, la reconnaissance du droit au travail et un ministère pour l'organiser, on nomma une commission où figura Louis Blanc et qui s'installa au Luxembourg pour étudier la création d'ateliers nationaux. On abolit les lois sur la presse et on décréta le 5 mars qu'une Assemblée constituante serait élue un mois plus tard au suffrage universel : le peuple avait partout satisfaction.
Tandis que les événements de 48 à Paris secouaient l'Europe et ébranlaient les vieilles monarchies, Lamartine, ministre des Affaires étrangères, assurait le chargé d'affaires du tsar que le gouvernement français s'emploierait « à contenir les fanatiques des clubs » en introduisant dans la capitale les 20.000 hommes de troupes nécessaires au maintien de l'ordre. Quel ordre ? Non pas celui dont parlait le peuple et qui contenait de vagues entreprises socialistes, mais l'ordre de la bourgeoisie qui avait organisé la campagne des banquets et qui, de Thiers à Louis Blanc, comptait bien ne pas tomber dans les « excès ». Pour protéger la Banque de France, on avait décrété le cours forcé. La rente tombait et il fallait rendre confiance aux possédants. Le 8 mars, on rouvrit la Bourse et on refusa toute prorogation des effets de commerce. Et comme le Gouvernement provisoire avait besoin d'argent, et qu'il ne voulait pas s'adresser uniquement aux riches, on établit un impôt additionnel de 45 centimes par franc sur tous les impôts directs.
C'étaient là, coup sur coup, deux mesures de la plus remarquable stratégie politique. On accordait le suffrage universel au pays, mais on brisait l'unité d'action des masses en déconsidérant aux yeux des commerçants et des paysans la République proclamée sous la pression ouvrière. Livrés à la faillite par la République de Lamartine comme par la monarchie de Guizot, les boutiquiers s'inquiétèrent des revendications populaires. Et devant l'impôt des 45 centimes, les paysans moyens qui étaient jusqu'alors demeurés indifférents, réagirent contre ces singulières solutions de progrès : la paysannerie n'accepta point de faire presque à elle seule les frais de la République en frappant immédiatement à son épargne, les républicains du Gouvernement provisoire poignardaient cette République, la livraient à l'unique défense des ouvriers, coupaient le pays en deux, Paris et la province. Le suffrage universel, espérance des forces libérales de la nation, allait ainsi devenir un outil de réaction. Les banquiers et les industriels avaient réussi à diviser les masses. Le mot République prit dès lors plusieurs significations, selon que Thiers ou Blanqui le prononçaient et Lamartine envisagea pour la protection de sa République, l'écrasement des fanatiques. Il ajouta : « Le gouvernement, après un pareil crime, se remettra rapidement. »
Le peuple va donner dans tous les pièges. Blanqui semble avoir en avril aperçu le danger. Ce n'est plus le coup de main qu'il prêche, il a médité en prison, il pressent les intentions du gouvernement et dénonce les rassemblements de troupes autour de Paris. Une fois déjà, les ouvriers ont obtenu par une manifestation le renvoi des élections à la fin avril. Une deuxième tentative, le 16 avril, échoua. Un cortège se rendit du Champ-de-Mars à l'Hôtel de ville et s'y noya dans les phrases de Lamartine. Le peuple réclamait une politique active. A vrai dire, le Gouvernement provisoire n'y manquait point. Il aurait fallu seulement préciser laquelle. Pour l'instant, il s'employait à puiser dans le peuple lui-même ses éléments les plus sordides, repris de justice, dévoyés dont il constituait sa garde mobile. Elle défilait sur les boulevards dans l'enthousiasme. La garde nationale bourgeoise recevait ainsi des renforts, dûment rétribués, où les travailleurs ne virent pas de suite que ces mercenaires seraient utilisés contre eux.
Encore fallait-il attendre le résultat des élections. On sut le 23 avril que la tactique avait été juste. Les paysans de France avaient tous voté, comme un seul homme, contre la République. On pourrait donc liquider le socialisme et aménager le nouvel Etat. Financiers et industriels respiraient : sur 800 députés, il n'y avait pas 100 républicains. On avait l'assurance que dans le prochain conflit, les classes moyennes croyant tout terminé, se dresseraient contre leurs alliés d'hier, les ouvriers. Ont-ils, eux, dans toute cette complexité distingué leur chemin ? A coup sûr déjà, un étonnant instinct assure au peuple que son vrai chef n'est pas le journaliste dilettante qui siège dignement au Luxembourg, mais le militant éprouvé que la bourgeoisie n'a pas songé à appeler dans ses conseils, Blanqui. Face au démagogue qui pactise au pouvoir avec ses maîtres, Blanqui dresse sa belle figure de démocrate qui s'est voué à la cause du peuple et qui est resté dans l'action.
Le 15 mai, bien qu'il l'ait déconseillée, il est à la tête d'une manifestation formidable qui, de la Bastille à la Concorde, va protester devant la Chambre contre le résultat des élections et clamer à cette bizarre Asssemblée constituante la volonté républicaine du peuple parisien. Les manifestants sont armés, ils entrent au Palais-Bourbon, proclament un nouveau gouvernement, prononcent la dissolution de l'Assemblée et se portent sur l'Hôtel de ville, dont Blanqui s'empare. Mais en quelques heures la garde nationale disloqua la manifestation, arrêta Blanqui, puis le déporta à Belle-Isle et ferma les clubs. L'équipée fut pour la bourgeoisie un décisif avertissement. Elle comprit que ce socialisme-là pouvait devenir redoutable et qu'il était bien autre chose que celui de Louis Blanc, totalement étranger au soulèvement. Mais le Gouvernement provisoire eut l'adresse, au lendemain du 15 mai, de réhabiliter Louis Blanc dans l'esprit des ouvriers en l'excluant du Conseil des ministres et en décidant de le poursuivre, comme s'il avait été responsable d'événements qu'il avait ignorés. En s'en séparant comme si elle le redoutait, la bourgeoisie conservait à Louis Blanc son auréole politique, entretenait confusion dont elle avait joué en février et disposait entre elle et le peuple d'une zone trouble où viendraient s'ébattre, au plus grand dommage du progrès social, les arrivistes et les intrigants de la vie publique.
Il ne restait plus qu'à disperser les ateliers nationaux. C'est un moyen classique pour déconsidérer un adversaire politique que de travestir sa pensée et de falsifier ses théories. Le socialisme qui avait inspiré la création de ces ateliers apparaissait aux Français sous des aspects fantaisistes et depuis que Pierre Leroux en avait prononcé le nom, il avait prêté aux plus singulières interprétations. Il n'est pas douteux que dans l'esprit d'un ministre comme Marie, farouchement hostile à tout effort social, il n'y avait point d'hésitation à son sujet. Mais il est juste de reconnaître que dans cette période de formation du prolétariat français, les maximes mêmes de ses théoriciens facilitaient le discrédit dont la propagande bourgeoise entendait couvrir tout ce qui pouvait conduire à un progrès de la pensée socialiste. Les seuls qui voyaient clair dans son développement et qui le reliaient au processus historique, vivaient à Londres et étaient ignorés presque totalement en France : pour Marx et pour Engels, le socialisme était l'appropriation collective des moyens de production - étape indispensable vers un futur communisme. En dehors d'eux, socialisme et communisme se confondaient dans une même haine de tout partage immédiat nivelant les hommes et les privant du fruit de leur travail. Les deux formules qui ont eu alors le plus réel dynamisme parmi les masses furent celles qui terrifiaient le mieux la bourgeoisie : les termes repris par Proudhon, « La propriété c'est le vol », et le cri de la jeunesse de Blanqui, « qui a du fer a du pain ». Deux formules également fausses : Ni l'une ni l'autre ne risquaient de jamais donner aux masses populaires le levier nécessaire pour renverser l'édifice bourgeois. Ces formules traduisaient deux variétés d'anarchisme, si fréquentes dans ce moment de gestation sociale qu'elles parurent redoutables aux classes moyennes et que toute la polémique bourgeoise fut dirigée contre elles. Et c'est en s'acharnant à cette lutte presque inutile que, par un étrange retour des forces collectives, la bourgeoisie capitaliste contribua à resserrer les rangs ouvriers d'où naîtrait un jour la véritable décision révolutionnaire, cette fois dépourvue d'illusions.
Dans ce printemps de 1848, elles étaient générales. Des bourgeois humanitaires se déguisaient en maçons, on avait idéalisé le costume de la misère et du travail et les phrases suffisaient à tout, comme au théâtre. Pour le peuple, les ateliers nationaux étaient le début de cette organisation qu'avait réclamée Louis Blanc et dont la bourgeoisie avait paru admettre le principe. Louis Blanc avait habitué les ouvriers à l'idée que l'on pouvait, à côté du régime capitaliste, réaliser une organisation totale du travail et résoudre dans le cadre du régime, le problème social. Certes Louis Blanc a eu raison d'affirmer que les ateliers de 48 n'étaient qu'une caricature de ses projets ; n'était-il pas lui-même un paradoxal socialiste en s'opposant à toute limitation de la journée de travail ? Les ateliers créés par la Commission du Luxembourg furent simplement des ateliers de charité où s'entassèrent bientôt 100.000 travailleurs dont on ne cessa plus de diminuer les salaires et qui défilaient dans les rues, la pioche sur l'épaule. Défilés de la garde mobile, défilés des ateliers - l'idylle menaçait de continuer.
On avait montré au paysan une République aussi impitoyablement fiscale que la monarchie et il avait voté contre cette République. On agita devant les commerçants le « spectre du communisme » et ils s'effrayèrent de l'agglomération prolétarienne des ateliers. Le 30 mai, le comte de Falloux et Goudchaux, devenu ministre des Finances, les qualifient de grève permanente et demandent leur dissolution : le général Clément Thomas parle de charger la canaille. Lorsque le peuple apprend la nouvelle, stupeur et colère empoignent la rue. Des ateliers où se sont réfugiés tous les meurt-de-faim de la capitale, elle gagne Saint-Antoine et le Quartier latin. Une effervescence mystérieuse contribue au désordre. On distribue de l'argent comme au temps où le duc d'Orléans intriguait au début de 89. Cette fois, on reconnaît sur les boîtes d'allumettes le portrait du généreux agitateur qui se dit, lui aussi, socialiste : c'est l'aventurier de Boulogne, neveu de l'empereur, qui tente la partie sur la gloire de son nom. Un homme qui viendrait tout sauver, qui balaierait ce gouvernement de traîtres et ferait respecter la République - voeu des masses ouvrières dont l'anarchie est faite comme toujours d'ignorance et qui accepteraient de suivre un homme à défaut de savoir elles-même se diriger. Pendant ce temps, la Commission du Luxembourg ne cherche à faire appliquer aucune de ses décisions sur la journée de dix heures, sur les coopératives et sur le marchandage. Le gouvernement pousse à l'émeute, pour en finir. La détermination a été prise. Elle sera froidement exécutée, le général Cavaignac chargé d'accomplir le crime que Lamartine avait envisagé trois mois plus tôt. Pour le peuple qui allait se faire tuer, le rêve des « trois derniers mois de misère » s'accomplirait.
Le 21 juin, un arrêté publia la dissolution des ateliers nationaux. Une partie des ouvriers seraient enrôlés dans l'armée, les autres s'en iraient draguer les marais de Sologne. L'insurrection s'organise et pendant trois jours le gouvernement la laisse s'organiser. On appliquerait en partie les méthodes de Thiers, - isoler l'émeute pour la cerner. Partout, des cortèges circulent et le 23 juin sur les premières barricades éclate la fusillade. Les ouvriers sont 7.000 à la Bastille et au Panthéon, au Temple, à Saint-Denis, les insurgés se fortifient. Ils occupent la moitié de Paris. Des députés, pris de honte devant l'assassinat qui se prépare et auquel leur politique a contribué, voudraient parlementer et résoudre pacifiquement le drame. Arago s'interpose. Une voix lui répond : « Monsieur Arago, vous n'avez jamais eu faim. »

Cette insurrection engagée sans chefs - ils sont tous en prison depuis le 15 mai - sera encore une insurrection de la faim avec ses fautes, son absence d'esprit offensif et son invraisemblable héroïsme. Ce sont ces défaites-là qui ont ouvert le chemin social et désigné aux masses leur avenir. Le 24 juin, l'Assemblée constituante transmet ses pouvoirs au ministre de la Guerre, le général Cavaignac, qui traiterait les Parisiens comme il avait en Algérie massacré les Arabes. Pendant deux jours, la troupe se bat contre le peuple retranché derrière d'énormes barricades. La journée du 24 avait été mauvaise pour le gouvernement bien que les jeunes recrues de la garde mobile, largement payées et pourvues d'eau-de-vie, aient fait des merveilles d'atrocité. On nettoyait les magasins, les maisons occupées à coups de baïonnette tandis que l'artillerie tonnait sur le Panthéon. Cavaignac reçoit des troupes de renfort et le 25, redouble d'acharnement, en dépit de Thiers qui voudrait voir le gouvernement se retirer à Versailles pour assiéger Paris. Les munitions commencent à manquer chez les insurgés et l'une après l'autre les barricades tombent en se resserrant autour de la Bastille où flotte encore le drapeau rouge, l'ancien allié de la République de Février. Alors s'avance vers la place l'archevêque de Paris Mgr Affre. Il appartient à cette équipe de prêtres qui ont reconquis à l'église la considération populaire en se faisant libéraux et en donnant au clergé les forces de gauche sans lesquelles il risquait de tout perdre devant la poussée républicaine. Mgr Affre paraît en conciliateur. Il veut parler, devant la fusillade, et soudain il tombe sous les balles. Le prélat a été blessé à mort. Quelques jours plus tard, Mgr Parisis déclarera à l'Assemblée que son archevêque avait été tué par la garde mobile.
La haute bourgeoisie se vengea copieusement sur les ouvriers de la perte dé son évêque assassiné par la troupe. Le 26 juin à midi, une répression systématique commença : 12.000 prisonniers, 3.000 morts, 4.000 ouvriers déportés aux colonies sans jugement. La France appartenait à sa grande bourgeoisie et mettrait dès lors à son service les richesses de son sol, ses habitudes de travail, d'épargne et d'assiduité à l'effort. Sous la direction tutélaire de la banque, industriels et commerçants allaient entreprendre l'exploitation nationale.
Dès juillet 1848, quand il y avait encore des cadavres à ensevelir, Louis Blanc mit son vote à la disposition de la majorité de l'Assemblée. Proudhon s'exile, les républicains sincères contemplent atterrés, leur monstrueuse erreur. En laissant sacrifier le peuple, c'est leur propre liberté qu'ils ont abdiquée. « Je ne crois plus à une République qui commence par égorger ses prolétaires », écrit George Sand.

Étienne Marcel et Guillaume Callé


La Jacquerie et l'insurrection des marchands de Paris, la première manifestation des paysans et de la bourgeoisie française
Jean le Bon cherchait de l'argent pour continuer la guerre contre l'Angleterre et c'est à ses villes qu'il pensait surtout s'adresser. L'histoire officielle parle volontiers de ses inquiétudes mais oublie de noter qu'en échange des services que la royauté attendait des bourgeois, elle ne manquerait point de leur accorder le bénéfice de son autorité. C'est en 1350 que les maîtres des corporations obtinrent les premières mesures législatives sur le travail salarié. Ce début d'une réglementation qui ne cessera plus de se développer est bien significatif des progrès de la bourgeoisie, tant par les secours qu'en attendait le roi que pour les conditions dans lesquelles se trouvait alors l'ouvrier.
Des Etats généraux incomplets votèrent un prélèvement sur le revenu qui fut très mal accueilli. Une victoire militaire l'eût peut-être justifié aux yeux des marchands; ce fut à nouveau la défaite et la plus pitoyable qui soit. La nombreuse armée de Jean le Bon succomba près de Poitiers en 1356, devant les 8.000 hommes du Prince Noir. Les Français en perdirent autant, la noblesse s'enfuit, laissant son roi prisonnier. Les archers anglais avaient une fois de plus vaincu la féodalité française.

La révolte des marchands de Paris

Paris s'exaspère : le peuple entier est derrière le prévôt des marchands qui prend la tête du mouvement. Étienne Marcel s'était rendu populaire aux États généraux en soulignant la nécessité d'un contrôle sur les subsides qu'on accordait au roi. La défaite de Poitiers montrait combien ses revendications étaient justes. Le fils aîné de Jean le Bon, Charles, régent du royaume pendant la captivité de son père, dut réunir sur-le-champ de nouveaux États généraux et consentir à leurs conditions. Les bourgeois de Paris s'y montraient en pleine possession du sentiment de leurs intérêts. Le peuple des rues voyait dans leur résistance la lutte contre la misère et chacun coiffait le chaperon bleu et rouge du vaillant prévôt. Les États désignèrent une commission d'enquête, en attendant la constitution de ce conseil de surveillance qu'Étienne Marcel voulait instituer près du trône, composé de vingt-huit députés, dont douze bourgeois. Car ils tiennent à leur fortune récente. Depuis 1350, les procédés de Philippe le Bel sont devenus la règle fiscale et le marc d'argent a changé trente-neuf fois de valeur. Leur première revendication est donc une monnaie fixe. On discute partout sur les autres conditions que la prévôté veut faire triompher : les nobles ne doivent plus être dispensés de l'impôt, le droit de réquisition des seigneurs doit être aboli, les fourrages et les chevaux mis à l'abri du pillage. En échange de ces mesures les villes fourniront un homme d'arme par cent foyers. Le régent consent à tout, signe la Grande Ordonnance de 1357, mais montre aussitôt qu'il n'a point l'intention de l'appliquer. Ce conflit entre la bourgeoisie et la royauté faisait les affaires de Charles le Mauvais qui entra sans tarder en négociations avec la capitale. Il se montra digne de son passé en trahissant tour à tour les bourgeois, les Anglais et le roi. De ses infamies, on a tenté de rendre responsable Étienne Marcel qui poursuivait cependant les suites logiques de son action : pour arracher au régent le respect de son ordonnance, le peuple envahit la résidence de Charles en février 1358 et là, sous ses yeux, on abattit deux de ses conseillers qu'on tenait pour responsables de ses variations. Étienne Marcel le sauva sans doute en le couvrant du chaperon aux couleurs de la capitale. Charles, mesurant la portée future d'un tel geste, décida de quitter son hôtel Saint-Pol et s'enfuit à Compiègne. Alors, tandis que l'ennemi occupait la France, il investit Paris.

Et la révolte de « Jacques Bonhomme »

Les trahisons de Charles le Mauvais y poursuivaient leur besogne et la tentative des bourgeois manquant encore d'homogénéité commençait à se désagréger. La lutte avait pris des proportions qui en effrayaient la plupart et le soulèvement populaire terrifiait les amis mêmes d'Étienne Marcel.  [carte de la France] Cependant un allié inespéré venait de surgir : à leur tour, les campagnes se soulevaient. A Laon, à Soissons, dans toute la région parisienne, les paysans se dressaient contre l'autorité. Leur fureur avait les mêmes origines, plus tragiques, car pour leur extorquer de l'argent on allait jusqu'à leur brûler les pieds. Durant six semaines, ils se battirent en désespérés autour de Guillaume Callé. Ce fut la Jacquerie. De cette union subite des paysans et des bourgeois, pouvait en mai 1358 dépendre le sort de Paris. L'insurrection s'étendit à la Champagne, à la Brie et à la région d'Amiens. Des chefs populaires surgirent partout, retranchèrent les paysans dans des lieux forts, munis de palissades et de fossés, où l'on avait déjà résisté aux Anglais. L'alliance avec Étienne Marcel parut réussir lorsque les Jacques s'emparèrent du château d'Ermenonville. Les bourgeois de Meaux entraient dans la ligue qui faisait en somme l'union du monde du travail pour des revendications immédiates - toutes les idées politiques d'Étienne Marcel : faire cesser le gaspillage des deniers arrachés au pays et contrôler les responsables de cette gabegie. C'était pour les maîtres la défense de leurs premiers droits acquis. Combien plus émouvant l'espoir immense que le peuple mettait en eux, croyant par son sacrifice contribuer à la fin des souffrances du temps. Sans doute, il y avait eu déjà bien des émeutes populaires et les campagnes gardaient le souvenir de ces pastoureaux qu'on avait impitoyablement châtiés. Cette fois les Jacques font un essai de discipline et se sentent, dans leur lutte, solidaires des bourgeois de Paris. Pour une classe qui monte, c'est déjà vaincre que de se battre. Si Étienne Marcel fut si représentatif de l'essor de la bourgeoisie au XIVe siècle, c'est qu'il ne craint pas cette bataille où le régent a voulu l'amener. Mais les temps ne sont pas révolus. La bourgeoisie française peut alors fournir des personnalités audacieuses, elle n'est pas encore en état d'accomplir un acte collectif. Le sol se dérobe sous Étienne Marcel. Autour de lui, le conflit parait trop vaste et la propagande de Charles le Mauvais produit son effet. L'histoire des classes sociales a toujours commencé par celle de leurs défaites. C'est après avoir été d'abord écrasés que les esclaves se sont libérés. C'est par ses échecs que la bourgeoisie a appris à s'organiser. Sa liberté n'est pas encore inscrite dans les nécessités économiques : l'ambition d'Étienne Marcel échouera.

Trahison et Défaite

Après d'astucieux pourparlers, Charles le Mauvais trahit les Jacques et les détruisit à Meaux. Paris était livré à lui-même. Tandis que la répression la plus sanglante s'abattait sur les paysans coupables de s'être armés contre leurs seigneurs, la capitale grondait de frayeurs et de rivalités. Ne se sentant plus assez forts, les bourgeois reculaient. Étienne Marcel était perdu. Ce fut l'un de ses amis, Jean Maillard, qui l'assassina. La cour s'employa à calomnier la mémoire d'Étienne Marcel pour rendre infâme la cause qu'il avait défendue, celle des libertés bourgeoises.

De cette ébauche de révolution politique, il resta chez tous des souvenirs très vifs. Le régent Charles se rappela si bien la peur qu'il eut en février 1358 qu'il fit construire, dominant Paris, la Bastille Saint-Antoine, pour surveiller sa capitale. Cette Bastille sera pendant quatre siècles le témoin des progrès de ces bourgeois qu'elle a pour mission primitive de maintenir dans l'ordre - l'ordre féodal, auquel la bourgeoisie triomphante substituera l'ordre bourgeois : la Bastille de Charles le Sage, bâtie au lendemain d'une émeute vaincue, sera détruite par une révolution victorieuse.
 

Pourquoi j'ai quitté le CEA

 J’ai travaillé trois ans au CEA, entre 2000 et 2003. J’étais alors thésard (c'est-à-dire que j’allais passer de ce qu’on appelle bac +5 à bac +8 grâce à un de ces papiers que l’on nomme diplôme) au LETI, avec une bourse du ministère de l’Education Nationale. Le domaine dans lequel j’officiais était la micro-électronique, où ma tâche consistait à tester de nouveaux types de transistors mémoires créés avec une nouvelle technique de miniaturisation, inspirée d’une technique plus ancienne (donc une technique pas si « nouvelle » que ça, mais il faut toujours se persuader que ce que l’on fait est « majeur », « important », « nouveau » ou bien est une « grande avancée dans le domaine ». Personne n’est dupe, mais la hiérarchie y croit, elle). Rien de bien confidentiel, ni de bien mystérieux, ni de très « high-tech », à vrai dire. Avant ma thèse, j’ai été formé (mais pas tout à fait formaté) dans une des écoles d’ingénieur de Grenoble, l’ENSPG. Personnellement (mais c’est affaire de caractère), je ne considère pas m’être épanoui durant mes huit années d’étude après le bac, même si je reconnais qu’elles m’ont donné ce qu’il y a de plus précieux pour chacun : du temps pour soi. C’est une chose dont tout le monde ne dispose pas sur notre planète, certains s’arrogeant le droit de voler le temps des autres.
 Au moment de rentrer en thèse, j’ai commencé à me poser à nouveau des questions. Au lycée, je lisais, un peu de tout, je discutais avec mes amis, je rêvassais à un monde meilleur, j’apprenais, comme chacun, à penser par moi-même en dehors des cours (je pense d’ailleurs que l’important dans la vie, on l’apprend peut-être à l’école ou au lycée, mais certainement pas durant les heures de classe ! On l’apprend en rencontrant des gens, et c’est ce qui arrive durant notre scolarité). Après deux années d’école préparatoire et trois années d’école d’ingénieur, je me rendais compte que cela faisait un bon bout de temps que je n’avais pas lu quelque chose qui me plaisait. Durant mes années d’études, j’ai vaguement feuilleté des bouquins de cours, des bouquins techniques, survolé un ou deux journaux de-ci, de là, lu des polars et de la science- fiction, pour passer le temps. Mais quelque chose qui me plaise, qui me tente... Tiens, le premier livre que j’ai lu avec intérêt, c’est le Coran, exauçant une curiosité de lycéen ! En même temps j’ai commencé à lire le Monde Diplomatique (sur les conseils d’un ami), le Canard Enchaîné, de la presse alternative. Et là, c’était comme si le monde changeait sous mes yeux. Ainsi donc, les supermarchés étaient alimentés par un système international de production et de distribution qui appauvrissait les pays du Sud et exploitait les travailleurs dans ces hangars (si vous regardez au-dessus de vos têtes quand vous faites vos courses, vous verrez ce que sont véritablement ces temples de la consommation : des hangars, avec de gros néons à 2m50 au-dessus de nos têtes, enfin passons...) ; et ceux qui produisent tout ce que l’on achète sans même y penser parfois. Alors comme ça, nos élus subissaient des « contraintes », n’étaient pas tous honnêtes, et par-dessus tout se foutaient comme d’une guigne que nous puissions vivre à notre guise ? Et les baskets viennent de Chine ? Et des milliers d’enfants meurent par jour ? Et la planète se meurt ? Et certains en exploitent d’autres dans des proportions jamais atteintes depuis que les humains vivent dans des villes ? Et ce que je pense, c’est en partie ce que l’on veut que je pense, et pas ma pensée véritable ? Ah ben merde alors !
Au début, je vous assure, ça fait drôle. Surtout quand en même temps on entre en thèse afin d’éviter l’incorporation de force au service du travail dans une entreprise quelconque. Même si je n’étais pas conscient de grand chose, je savais d’instinct que je ne voulais pas aller bosser en entreprise. Par paresse, et aussi pour ne pas avoir à subir la fameuse « pression ». L’entreprise vue par moi, futur cadre, c’était l’antre de la compétition. Et pourtant, nous l’avons tous entendu au moins une fois durant notre cursus en prépa et en école d’ingénieur : nous sommes l’élite de la nation ! Mais se mesurer aux autres, non merci. J’entrais donc en thèse au Commissariat à l’Energie Atomique. Ah, le CEA ! L’espoir pour quelques-uns de ceux qui, comme moi sortent de l’école d’ingénieur et viennent d’obtenir leur DEA (Diplôme d’Etudes Approfondies) : « Le CEA, c’est pas mal ». Le CEA, ses 25 jours de RTT, son emploi stable, sa cantine (moi c’était cantine H3, à 11h45), sa bibliothèque, sa vidéothèque, sa bricothèque (sic), son parc immobilier (on n'en parle jamais, de ce parc-là), ses locations pour les vacances, sa prime pour les naissances, pour les mariages (mais pas pour les divorces !). Des milliers de gens, de 8h à 16h30 (du moins pour les non chercheurs et les non-cadres) : des secrétaires, des livreurs, des cantiniers et des cantinières (de Sodexho), des imprimeurs, des balayeuses (pardon, des agents d’entretien), des électriciens, des gardiens (les FLS, Forces Locales de Sécurité, avec en général une moustache et un flingue à la ceinture, même si ce sont des pompiers).
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