lundi 1 mars 2010

Unedic, zone de non-droit

Unedic, zone de non-droit : nous portons plainte

Le 19 février dernier, dans la salle des criées du Palais de justice de Paris, lors d'une conférence de l'Association française de droit du travail, nous interpellions publiquement Monsieur Jean-Paul Dommergue, directeur juridique de l'Unedic.                                  

Les grèves et les suicides de ses agents rappellent que Pôle emploi fabrique, des deux côtés du guichet, angoisse et incertitude. Lorsque le nombre de fins de droits à venir est livré à la publicité, on se souvient que l'Unedic n'indemnise qu'une minorité de chômeurs. Alors que, chaque semaine, la police intervient pour fermer des Pôle emploi et en évacuer des précaires qui réclament le respect et leurs droits, les discours officiels se chargent de faire oublier l'expérience concrète de millions de précaires, de chômeurs et d'intermittents de l'emploi.
L'opacité des institutions de gestion de la population doit à tout prix être préservée... Ce qui de l'Unedic doit demeurer caché est parfaitement mis en lumière par l'exemple des recalculés des congés maladie et maternité. En avril 2009, des centaines d'intermittents on vu du jour au lendemain et sans aucune explication, le montant de leur allocations amputé voire réduit à zéro durant plusieurs mois. Leur point commun ? Tous ces salariés avaient été en congé maternité, congé maladie ou en formation en 2008 ou 2009 et s'étaient vu attribuer par l'Unedic une allocation que celle-ci a ensuite considérée comme erronée avant de récupérer l'argent versé "par erreur" sans autre forme de procès, comme dans d'innombrables autres cas d'"indus". L'absence de notification de ces décisions ? Illégal. Des notifications après-coup ? Illégal. Des notifications rédigées sans "motivation en fait et en droit" ? Illégal. Des diminutions d'allocations qui ne respectent pas la quotité de revenu insaisissable au regard de la loi ? Là aussi, qu'importe... Face à la mobilisation d'une partie des concernés, on se contentera de concéder de simples réductions partielles de dette tout en continuant à la réclamer et à la prélever.
Combien de temps faut-il pour ouvrir des droits ? Combien de temps faut-il pour obtenir même un rejet de demande d'allocation spécifique de solidarité (ASS) lorsque l'on a épuisé ses droits ? Comment savoir qu'existe, pour certains précaires, une maigre prime de 500 euros distribuée par Pôle emploi ? Pourquoi tant d'intermittents du spectacle qui réunissent les conditions pour être indemnisés selon les annexes VIII et X de la convention d'assurance-chômage se voient-ils ouvrir des droits pour des durées plus brèves et des montants inférieurs ? Et qu'en est-il de ceux qui pourraient être indemnisés selon la règle commune et se voient basculés en "catégorie saisonnier" parce qu'à l'instar de millions de salariés leurs pratiques d'emploi sont discontinues ? Pourquoi l'utilisation dans les Pôle emploi de panneaux d'affichages attribués par la loi aux collectifs de chômeurs, d'intermittents de précaires doit-elle, selon une instruction Pôle emploi du 27 janvier dernier, proscrire "les messages à caractère militant" ? D'aucun trouveront inacceptable un trop irréfutable constat : l'arbitraire ne constitue pas l'exception mais l'une des modalités structurantes du fonctionnement de ces institutions de gestion des salariés.
Le Mouvement ouvrier avait progressivement conquis un droit du travail qui assurait des garanties au-delà des entreprises, du poste de travail. Or ce sont précisément ces retraites, ce chômage, ces droits sociaux qui constituent depuis longtemps déjà les enjeux d'une restauration, celle de la souveraineté que l'on voudrait incontestée - en fait et en droit - de la concurrence de tous contre tous. Ce n'est pas pour rien que la "refondation sociale" patronale de la fin des années 90 s'est d'abord appliquée à l'Unedic avec le Pare...
Face à cela, peu de recours des premiers concernés par ces décisions infondées en droit qui les spolient et les brisent ; moins encore de procédures juridictionnelles, une fabrication jurisprudentielle quasi inexistante. Le droit social est bien ce "droit diffus" dont seuls ceux qui l'ordonnent paraissent en mesure de se saisir. Face à cela, peu de conflits ouverts et, si ce n'est aux forceps, aucun espace public pour les mouvements collectifs qui savent ce que peuvent ces institutions et en font, plutôt que rien, quelque chose, une cause.
Comme ce fut le cas à une plus large échelle en 2004 suite à l'amputation rétroactive de droits ouverts, nous, recalculées par l'Unedic, nous préparons à porter plainte. Comme ce fut le cas durant les années 80, avant l'obtention d'un bien insuffisant RMI interdit aux jeunes, puis durant les 90, lorsque les mouvements de chômeurs et de précaires étaient réunis par le mot d'ordre "un revenu c'est un dû", puis, de nouveau, lors de la lutte des intermittents entamée en 2003, il n'y a pas d'autre choix que d'agir ensemble contre ce qui nous détruit. Il est temps que les chômeurs, les intermittents et l'ensemble des précaires se rencontrent et agissent pour leur compte.
Laurent Bloc, Flore Chagrin, Rosa Gelt, Louise Calusca sont intermittents recalculés de Pôle emploi, et membres de la Coordination des intermittents et précaires (Idf).
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Invitation à tous ceux qu'intéresse de près ou de loin l'émergence d'un mouvement de chômeurs
Le Mouvement des Chômeurs et Précaires en Lutte de Rennes, depuis les manifestations de décembre dernier, envisage la possibilité pour les précaires de recourir à un mode d’action inédit pour se faire entendre : la GRÈVE DES CHÔMEURS.

Il est facile de faire le constat du caractère structurel et expansif du chômage et de l’éclatement du salariat traditionnel ; pourtant, même si le passage par des phases de chômage est devenu massif, même si la précarité de l’emploi tend à devenir la norme, même si la formation continue, le développement de l’économie de la connaissance mettent à mal la distinction entre travail et non-travail, on fait comme si «le travail» était l’apanage des salariés en CDI. Ainsi le travail des chômeurs et précaires (contrats courts, intérim, formation, recherche d’emploi, reconversion, prospection…) n’est-il absolument pas reconnu. Bien au contraire, le chômeur est toujours un potentiel suspect de fraude aux allocations et il est sensé porter la responsabilité de sa situation. Ainsi le pouvoir s’octroie-t-il le droit de dicter l’usage que les chômeurs doivent faire de leur temps, et veut les voir se mener entre eux une concurrence acharnée pour décrocher des miettes d’emploi précaire ou des boulots de merde dans les secteurs dits «en tension».

Nous travaillons : nous n’avons pas à payer pour la crise de l’économie et du salariat.

Nous travaillons et ce travail n’est pas reconnu ; pire, il est exploité par le pouvoir économico-politique qui attend de nous que nous nous fassions «productifs», «compétitifs», corvéables et dociles.

Nous travaillons et nous pensons, comme la plupart des salariés, qu’il est préférable de travailler de manière autonome et coopérative ; que l’épanouissement de tous dans leur activité est la condition de l’épanouissement de chacun ; que toute entreprise «à but lucratif» est a priori suspecte. Nous pensons que le bien du marché n’est pas celui de la collectivité. Comme les salariés, nous sommes donc amenés à résister à une certaine idée, une certaine organisation du travail qu’on veut nous imposer.

Nous en avons assez d’être traités de parasites, quand la bourgeoisie est aujourd’hui si décomplexée, et quand l’ensemble de l’organisation du travail fait la preuve de son caractère globalement irresponsable, pathogène et nuisible.

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