jeudi 25 août 2011

Fukushima: Le vrai visage du capitalisme

Andreas Exner est rédacteur pour le magazine autrichien Streifzüge consacré à la critique de la valeur. Il est connu également pour son engagement écologiste. Il a notamment eu une longue correspondance avec André Gorz. Le texte suivant a été publié en allemand en mars 2011.

Cette horreur n’en finit pas. Fukushima, 11-septembre de notre système énergétique fondé sur l’utilisation du nucléaire et des combustibles fossiles. Le cauchemar d’un monde qui ne s’intéresse qu’au profit et à l’argent apparaît en résumé dans ce terrifiant réacteur nucléaire, émetteur d’invisibles et mortels rayonnements. Au vu des images et des informations qui nous parviennent du Japon, on croirait assister à un film catastrophe. L’idée que nous nous faisions du potentiel destructeur inhérent au capital semble s’être soudain matérialisée. Quelqu’un a fait remarquer un jour que nous avions moins de difficultés à nous représenter la destruction et les souffrances de populations entières que la vie dans une société fondée sur les notions de partage, d’attention, de coopération. Comment pourrait-il en être autrement ? Le monde ne se montre-t-il pas tel que nous le concevons ? Et de toute éternité nous l’avons conçu ainsi, puisque c’est ainsi qu’il nous apparaît.
Le capitalisme et ses innombrables atrocités nous semblent plus crédibles qu’aucune alternative : nous croyons au capital, funeste promesse d’une croissance infinie, et cyniquement nous lui rendons grâce, comme si la domination de l’homme sur l’homme et sur la nature participait à la grandeur de l’homme. Sans le capitalisme, dit-on, les forces productives n’auraient pas connu un développement aussi faramineux. Sans le capitalisme, nous habiterions encore de sombres masures de pierre et passerions nos journées à trimer sur des terres ingrates. Sans le capitalisme, il n’y aurait ni téléphones portables ni internet. Sans le capitalisme, nous serions incapables de soigner les cancers causés par les rayonnements radioactifs s’échappant de nos centrales. Et l’on en conclut que, sans le capitalisme, la vie serait bien pire.
Quel est le prix à payer pour atteindre une société de partage, d’attention et de coopération ? un autre Fukushima ? deux autres ? trois, quatre, cent autres Fukushima ? C’est une folie, évidemment. Et pourtant, nous avons érigé cette folie en système.
 
Une richesse au goût amer
 
Mettre les bienfaits supposés du capital en regard de l’invraisemblable lot de souffrances qu’il a causées, cause encore et continuera à causer tant que nous ne l’arrêterons pas, constitue une tâche déplaisante mais nécessaire. En l’occurrence, les innovations techniques imaginées par l’esprit humain et mises en œuvre par le capital au mépris des besoins matériels et des limites écologiques, quand ce n’est pas purement et simplement contre l’homme, ne peuvent même pas être portées au crédit du capital. Génie et inventivité ont toujours jailli partout où les hommes se sont associés et sans qu’il soit jamais nécessaire de les payer pour cela. En revanche, on peut imputer au capital la machine à faire de l’argent dans le seul but de faire de l’argent, machine implacable et totalement dépourvue de sens (mais pas d’objectifs) qui a soumis toute chose à sa loi à partir du moment où l’argent est devenu la forme dominante de « richesse » – un mot que l’on ose à peine prononcer dans ce monde qui a épousé la forme de l’argent. Mais cet argent qui constitue la forme inquestionnée de la « richesse », cette économie de marché qui dicte aux gens la manière incontournable dont ils doivent organiser leur existence, sont en réalité la cause de souffrances énormes et inutiles, en même temps que l’obstacle à tout changement.
Qu’entend-on par « capital » ? Le fait que certains hommes se voient contraints de vendre leur force de travail car c’est leur seul moyen d’existence ; que d’autres achètent cette force de travail car ils possèdent les moyens de production : les machines, les usines, les matières premières, la terre. La vente et l’achat, l’argent et le marché font le lien, constituent les rapports sociaux entre les uns et les autres. Marché et capital sont deux aspects d’un seul et même système. Le marché est la sphère où le capital réalise ses profits par le biais d’honnêtes ventes et s’approprie sans difficulté, par d’innocents achats, tout ce qui est nécessaire à l’exploitation : produits de la nature et matériel humain, métaux, énergie, terre et travail.
L’État, quant à lui, garantit que cela continuera éternellement : en gratifiant les travailleurs de quelques « prestations sociales », afin qu’ils se résignent à leur sort et se disent même que tout ne va pas si mal ; en envoyant de temps à autres la police et l’armée dès que quelqu’un relève la tête ; en contrôlant toujours davantage tous les aspects de l’existence, afin d’écraser dans l’œuf toute inquiétude, toute résistance, toute ébauche de société différente qui ne pourrait pas être absorbée et utilisée par le système. L’État est loin de se résumer à la police, l’armée, la justice et le gouvernement ; il faut lui inclure tout l’ensemble formé par les syndicats, les écoles et les universités, les entreprises, les journaux, les chaînes de télé, les associations, les ONG, les partis politiques, etc. – en un mot, les mille organisations chargées de maintenir le statu quo et de prévenir, par la terreur et la persuasion, toute remise en cause du capitalisme.
 
Des siècles de souffrance
Depuis ses premiers balbutiements, la forme de rapports sociaux que l’on désigne sous le nom de capital porte en germe la dévastation. Figures du désastre : en Europe occidentale, l’expulsion des paysans hors de leurs terres dès l’aube des temps modernes ; dans les pays du bloc « communiste » (en réalité, des capitalismes d’Etat), une modernisation de rattrapage qui se solda par des millions de morts ; l’expropriation et le déplacement forcés des habitants des ex-colonies consécutivement à l’obtention d’une indépendance toute formelle ; la suppression de terres agricoles qui nourrissaient d’immenses populations afin de faire place aux besoins consuméristes des classes moyennes autochtones en plein essor ; la réduction massive des Africains en esclavage ; la soumission de plus en plus rigoureuse des femmes à la loi masculine par la négation pure et simple de leurs droits à l’émancipation, à l’instruction et aux positions de pouvoir ; le pillage des colonies, la stigmatisation raciste de leurs habitants et la restructuration de leurs appareils étatiques pour servir les besoins du capital ; la destruction ciblée de l’artisanat, aussi bien en Europe que dans les colonies ; l’embrigadement des populations dans l’armée, les workhouses, les prisons, les hôpitaux psychiatriques, l’école, la ville planifiée ; et l’élimination de tous ceux qui ne parvenaient pas à s’adapter, ou le refusaient obstinément, se rebellaient et tentaient de bâtir autre chose : une société humaine fondée sur le partage et la coopération.
La dévastation gagne du terrain partout où s’installe le capital : à travers ses crises à répétition comme aussi ses périodes de prospérité, qui ne font qu’accroître la violence de la crise suivante et créent chez une partie des salariés un illusoire sentiment d’opulence reposant sur la consommation de marchandises, lesquelles servent à compenser le manque de liberté et à rétribuer les services rendus à l’ordre capitaliste ; à travers la misère de ceux que le capital refoule en masse vers les bidonvilles, les sweatshops et les usines ; à travers les guerres et autres campagnes d’extermination menées par le capital et son vassal, l’Etat. Tantôt la dévastation résulte d’un froid calcul, comme lors du putsch néolibéral de 1973 contre le président chilien Allende, tantôt on est à la limite de la démence, comme avec la « stratégie du fou » de Richard Nixon[2] vers la fin de la guerre du Vietnam, avec les milliers de soldats de 14-18 se précipitant ensemble à travers le no man’s land de mines et de grenades vers une mort certaine, avec enfin les moments de pure aliénation de l’Allemagne nazie finissante, quand l’assassinat des Juifs prenait le pas y compris sur les considérations militaires.
Le désastre planétaire que nous appelons capital n’apparaît pas encore dans toute son ampleur. Quantité de choses que la plupart de nos contemporains considèrent comme des « progrès » ou des « bienfaits » du capitalisme, comportent un héritage mortel dont le vrai visage ne se montrera pas avant des années, des décennies ou des siècles : le changement climatique, les déchets nucléaires, les substances toxiques, les OGM, l’exode rural, les zones mortes de l’océan, sans oublier une infrastructure qui, compte tenu des procédés de production, des passions humaines et des institutions qui lui sont liés, forme un ensemble dangereusement dépendant d’un système énergétique mortifère. Ledit système énergétique doit de toute façon faire face, dans un avenir proche, à un complet effondrement des ressources, qui n’épargnera pas celles indispensables aux centrales nucléaires. Mais d’ici là, il est encore capable de faire de la vie sur terre un enfer sans issue, si nous n’intervenons pas pour y mettre un terme.
 
D’Hiroshima à Fukushima
Si le Japon opta pour le nucléaire, c’est notamment parce que le pays, passé par une phase de modernisation capitaliste, ne disposait pas sur son territoire des capacités de production d’énergie nécessaires à ses besoins. Au début de la Seconde Guerre mondiale, le boycott américain menaçait le Japon. Craignant par-dessus tout d’être privé d’approvisionnement en pétrole, sur lequel s’appuyait déjà un système capital-marché-Etat en plein essor, le Japon répliqua par une brutale politique d’expansion impérialiste. Au bout du compte, l’indicible kyrielle de souffrances que fut la guerre mondiale s’acheva lorsque les Etats-Unis, se retranchant derrière l’absconse logique de mort des nécessités militaires, mirent l’énergie de l’atome au service de la pure destruction qui reste aujourd’hui encore associée aux noms d’Hiroshima et Nagasaki. Et cette fin était aussi un commencement, celui de l’industrie nucléaire civile qui s’imposa, d’abord avec moult hésitation, puis de façon toujours plus enthousiaste à partir des années 1980, et fournit au capital japonais et au mode de vie de ses salariés des quantités d’énergie sans cesse croissantes.
Ce qui débuta à Hiroshima ne conduisait pas inéluctablement à Fukushima. Bien que la catastrophe actuelle, d’autant plus insupportable que ce sont les hommes eux-mêmes qui en sont responsables, nous frappe et nous bouleverse au plus haut point, il est cependant un fait encore plus terrifiant mais dont la plupart d’entre nous n’ont pas encore pleinement pris conscience, à savoir que Fukushima constituera à terme un infime détail dans le paysage d’horreur et de dévastation que le capital nous prépare, si nous ne l’arrêtons pas. Au Fukushima du nord-est de Honshu, Japon, succèdera un « Fukushima du charbon » qui aggravera encore le dérèglement climatique – bien qu’il soit dès maintenant réclamé à grands cris par les défenseurs du système, au titre d’une « alternative propre » au nucléaire. Par ailleurs, nous vivons d’ores et déjà un « Fukushima de la biomasse » qui se traduit par une stupéfiante mainmise sur les terres du monde entier, arrachant à de vastes populations leurs moyens de subsistance – mais que les défenseurs du système brandissent néanmoins comme une source d’« énergie verte illimitée ». A ne pas confondre avec le « Fukushima des matières premières » que signifierait la mise en œuvre des énergies renouvelables sur une vaste échelle : exploitation de la planète jusqu’au dernier gramme de métal, destruction des conditions propices à la vie jusques et y compris dans les dernières zones protégées, et éradication des résistances à l’avènement du vide mental absolu – quoiqu’évidemment, aux dires de leurs nombreux zélateurs, ces énergies permettraient de rassasier l’immense soif du système capitaliste. Tournant en boucle sur les écrans de télé, le désastre qui a nom capital plonge le spectateur dans l’épouvante et l’apathie.
 
Fukushima est partout. Fukushima est le capitalisme
Mettre fin au règne du capital, du marché et de l’Etat est une solution. Elle permettrait la fondation d’une société nouvelle basée sur le partage et la coopération, une forme sociale susceptible de perdurer aussi longtemps que l’espèce humaine. Mieux : si nous voulons que l’espèce ait un avenir durable – et pourquoi pas la belle vie ? – il n’y a d’autre solution que d’établir cette société de partage et de coopération. Et c’est urgent.
  Andreas Exner[1]
Autres textes en français: http://www.streifzuege.org/navi/francais
 
[1] Paru dans la revue allemande Streifzüge n°51, mars 2011 : http://www.streifzuege.org/2011/fukushima-kapitalismus. (Ndt)
[2] Madman-Taktik : Espérant ainsi accélérer les négociations, Nixon imagina de faire croire aux communistes qu’il était assez fou pour recourir à la bombe atomique. (Ndt)

WikiLeaks: 35000 documents publiés


Depuis le 25 avril dernier, et la révélation des dossiers détaillés de 779 détenus du camp de Guantánamo, WikiLeaks s’était fait silencieux. Le site lanceur d’alerte fait son retour aujourd’hui, avec la publication de plus de 35 000 câbles diplomatiques américains faisant partie des 250 000 documents annoncés en novembre 2010 lors du « Cablegate ». La France est plutôt bien servie : 2 331 de ces câbles concernent ses relations avec les États-Unis. De quoi donner du travail aux amateurs des secrets des soirées de l’ambassadeur.
Hasard du calendrier ou non, Daniel Domscheit-Berg a confessé au journal allemand Der Spiegel, dimanche, avoir détruit 3500 documents secrets en sa possession. Cet ancien porte-parole de l’organisation, parti l’année dernière créer le rival OpenLeaks, explique qu’il l’aurait fait pour « s’assurer que les sources ne soient pas compromises ».
Parmi ces 3500 documents obtenus par WikiLeaks entre janvier et août 2010, des informations de taille : La liste des personnes interdites de vol aux États-Unis, des données détaillées concernant des groupes néo-nazis ainsi que des dizaines de milliers d’emails du parti national-démocrate allemand, et surtout 5 Go de documents concernant la Bank of America. Ces derniers, promis de longue date par Julian Assange, étaient effectivement restés lettre morte. Ils étaient censés être le prochain gros coup de WikiLeaks. Domscheit-Berg prétend toutefois qu’aucun document concernant la banque américaine ne se trouvait parmi ceux en sa possession. 

Dans un long communiqué, Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, n’a pas tardé à réagir en accusant son ex bras droit d’être de mèche avec la CIA. Depuis leur séparation, la protection des sources est l’un des points de désaccord entre Assange et Domscheit-Berg. OpenLeaks est d’ailleurs censé offrir davantage de garanties en termes de sécurité pour ces derniers. Un point qui a crée des remous la semaine dernière au dernier Chaos Communication Camp, le plus grand rassemblement de hackers européens. Questionné sur la fiabilité de la structure de son site, Domscheit-Berg a mis au défi les personnes présentes de pirater OpenLeaks. Beaucoup y ont vu une façon de crédibiliser la nouvelle plateforme sur leur dos et s’en sont énervés. Le Chaos Computer Club, l’influent groupe de hackers allemand dont fait partie Domscheit-Berg, a été jusqu’à le renvoyer. C’est pourtant lors du même évènement qu’Andy Müller-Maguhn, le porte-parole du CCC, était sensé tenter de conclure sa médiation qu’il entretient depuis 11 mois entre Assange et Domscheit-Berg pour la remise des documents dérobés.

Toute médiation semblant aujourd’hui définitivement impossible, les relations entre les deux sites rivaux ne devraient pas aller en s’arrangeant. Mais c’est surtout leur crédibilité qui est sérieusement remise en cause. L’idée de transparence totale se conjugue en effet mal avec celle de la destruction de documents. Pas sûr que les 35 000 câbles publiés par WikiLeaks parviennent à faire oublier cette affaire dans l’immédiat.

mercredi 24 août 2011

COURTE ADRESSE A TOUS CEUX QUI SE FIGURENT ENCORE QUE L’ON POURRAIT GERER PLUS HUMAINEMENT LA MERDE CAPITALISTE AU LIEU DE LA SUPPRIMER !


« Face à la radicale irruption critique du logos primordial, l'homme borné des ahurissements de masse, demeure toujours frappé d'effroi... »
Héraclite, Fragments sur la nature de l’être
 
 
« ... le passage de la propriété foncière au travail salarié constitue un véritable mouvement dialectique en tant que processus historique accompli puisque le dernier produit de la propriété foncière moderne est bien l’instauration généralisée du travail salarié qui, ensuite, apparaît comme la base de toute la merde contemporaine ».
Marx, Lettre à Engels du 2 avril 1858
 
L’homme qui veut vivre en l’être vivant de sa vie doit refuser toute idée d’améliorer la société de l’avoir car il sait bien qu’en celle-ci, travailler au croître de l’argent même de façon maîtrisée et régulée, c’est encore forcément mourir tous les jours…
Cette société n’est pas abjecte parce que les valeurs marchandes sont trop prégnantes. Ce monde n’est pas ignoble en raison du fait qu’il serait mal géré. La société du spectacle marchand est immonde parce qu’elle est gestion, c’est à dire appropriation de la vie de l’être par le travail de la vente et de l’achat et fabrication infinie d’une absorption mortifère de la centralité du vivre par la possession des choses.
Vivre en vérité de vie, ce n’est point entreprendre de ré-humaniser l’in-humain et de re-naturaliser l’anti-nature…A l’encontre de tous les projets d’acceptation et de renouvellement du spectacle de l’astreinte au trafic du négoce, la seule perspective humaine consiste à liquider les lois de l’économie sur la vie de l’être.
Un monde humain n’est pas un monde où l’on redistribue plus intelligemment les dépenses. Un monde humain est un vivre qui se vit en auto-satisfaction communautaire de l’anti-aliénable et de l’anti-rétributif et qui ignore radicalement le payer, l’escompte et l’intérêt.
Si pour les marchands d’enchantement aliénatoire, l’être n’est que le nom d’un supplément d’âme destiné à enluminer cogestionnairement les manufactures du spectacle de l’avoir afin de les rendre davantage acceptables, la critique radicale – par delà la publicité commerçante du simulacre – énonce, elle, clairement et distinctement que l’être du vrai de l’être est d’abord le mouvement réel de notre agir historique humain et que son manifester est avant tout l’immanence invariante de notre relation d’essence à la vie naturelle du cosmos en tant qu’impossible quantification de la qualité des sens de l’émotion humaine.
La logique de la marchandise c’est celle du spectacle totalitaire de l’économie de l’homme dispersé, émietté, éparpillé et désagrégé jusqu’à ne plus être que la lamentable carcasse du temps-argent. Les êtres humains pour re-devenir la communauté de leur être n’ont rien à se réapproprier de cette merde qui sacralise la domination des objets sur les hommes. Ils ne doivent pas en retourner l’emploi sur le terrain de la baliverne gestionnaire qui considère qu’il faut mettre les immondices de l’économie au service des hommes comme si administrer de manière plus participative les processus matériels de notre réification pouvait être autre chose qu’un renforcement de notre mise en pièces marchandes.
Notre ennemi irréconciliable aujourd’hui, ce n’est pas le libéralisme ou l’ultra-libéralisme des autoroutes géantes du capitalisme privé pas plus qu’hier c’était le bochévisme ou l’ultra-bolchévisme des geôles concentrationnaires du capitalisme d’Etat. Par delà les formes contradictoires, successives et complémentaires que peut prendre le cycle du bénéfice dans l’espace-temps du despotisme de la transaction, la seule anti-thèse historique à l’auto-émancipation humaine c’est bien l’organisation du marché du travail - quelle qu’elle soit – et telle qu’elle fait là travailler l’organisation du marché pour que chaque salarié continue indéfiniment de vendre sa vie réécrite en force de travail du trépas de sa présence au monde.
Tous les projets de nouvelle croissance, de nouvelle économie, de nouvelle politique, et de nouvelle démocratie renvoient par delà leurs rêves, leurs ambitions, leurs ignorances et leurs peurs à cette vieille permanence irréaliste de l’idéologie du « moindre mal » qui en nous offrant de sur-vivre autrement dans le monde du travail du marché pour sur-vivre mieux dans le travail du marché du monde, nous condamne finalement à un voyage sans fin au bout de cette sinistre nuit où l’on ne trouve que l’exploitation et la domination.
L'aliénation, c'est la pratique du dé-saisissement de l’être de l’homme dans le spectacle du fétichisme marchand. De même que l'homme, tant qu'il est sous l’emprise du marché de la religion du travail, ne peut et ne sait concrétiser son être qu'en en faisant un être fantastique, étranger et voilé à lui-même, de même il ne peut, sous l'influence de l’égocentrique besoin échangiste de la représentation sociale, s'affirmer pratiquement et produire des objets pratiques qu'en soumettant ces derniers ainsi que toute son activité à la domination d'une entité étrangère qui transforme tout ce qu’il fait en perte de lui-même.
Dans le système du spectacle des objets on ne rencontre plus que des objets systématiquement spectaclisés et l’homme de la misère intime généralisée n’a plus pour seul signification que celle que lui attribue la domination démocratique du travail de l’ennui et de l’abattement qui le place tout entier dans la subordination à la dialectique autocratique et ir-répressible de l'argent.
Les apôtres de la démocratie réelle quand, dans le meilleur des cas, ils critiquent certains aspects du mode de production capitaliste aboutissent toujours en dernier ressort à faire l’impasse sur la critique sociale pratique par laquelle le prolétariat sera amené à historiquement abolir ses propres conditions d'existence prolétarisée, c'est à dire annihiler le mode de production capitaliste en même temps que sa propre condition de prolétariat. Par conséquent, le seul point d’arrivée envisageable pour ces démocratistes réels, c’est de figer le prolétariat en tant que classe inamovible du travail, catégorie économique d’un capital éternel candidement ré-formé et où les hommes seraient simplement censés pouvoir amender leurs conditions immuables d'existence captive.
L'émancipation de l’être de l’homme, c'est son dés-enchaînement, non pas des soi-disant abus de l’avoir mais de l’avoir en tant que tel et le retour historique à un vivre humain véridique en tant qu’auto-mouvement de sa véritable communauté. Ce qui exprime là une insurrection en force du vouloir vivre, débarrassé de la dictature démocratique de la valeur telle que celle-ci couronne spectaculairement la scission de la réalité de l’homme emprisonné dans le citoyennisme des spéculations où le tout de la vie s’achète et se vend au prix du dépouillement des vivants de leur propre vie.
Lorsque la domination toujours plus réalisée de l’exploitation capitaliste a fini par s’emparer de la totalité des espaces de la sur-vie en rendant toujours plus difficile aux hommes de distinguer et de désigner leur propre misère en l’avoir, il est clair que le Tout ou Rien de l’intransigeance radicale tant galvaudé par les thuriféraires du il faut bien faire quelque chose et qui signifie en fait : il faut bien faire quelque chose dans le bouger de la chosification, vient là spécifier que tout essai de corriger l’horreur du monde n’a pas d’autre fonction que de satisfaire l’irrépressible besoin égotiste de s’imaginer participer à la notoriété spectaculaire du devenir trans-formiste des contes et des comptes de l’oubli de l’être.
Mais désormais puisque le Tout du monde est devenu en totalité l’exclusif déploiement de la misère marchande, nous nous trouvons bien dorénavant face à cette seule alternative, combattre réellement la totalité du marché de la misère ou rien…Etant entendu que ce rien perfide qui ne s’avoue pas ne peut plus être autre chose aujourd’hui que vaines proliférations de querelles internes aux formes aliénées du politique et de l’économique qui n’aspirent qu’à batailler pour faire prospérer différemment l’aliénation elle-même.
N’en déplaise aux propagandistes de la gestion humainement régulée des ressources de la nature arraisonnée par les Lumières marchandes, notre vieille terre n'est pas un territoire de rentabilité à mieux administrer pour les calculs de l’augmentation mais la phusis (?)  de l'indivisible nature de l'être en tant que dimension ontologique de l'anti-paraître et de l'anti-avoir...Ainsi, contre le temps de la fausse conscience du marché mondial qui s'annonce comme découpe aliénatoire en gérances de l'espace des patrimoines de la consommation, il convient d'impulser la critique radicale de la religion de la marchandise des vastes étendues de la non-vie régnante et singulièrement de toutes les intenses activités de ravalement que celle-ci nous propose afin de rationaliser décorativement son incohésion.
Le pire du capitalisme, ce ne sont pas les vraies nuisances de ses excès en dés-humanité, ce sont les supposés bienfaits de la marche paisible et normale de son procès de dés-humanisation qui emmagasine les êtres en simples spectateurs figés par l’économie narcissique des exhibitions de l’acquérir.
A l’heure où de l’extrême droite à l’extrême gauche du capital, la triomphante croissance économique de la vie fausse a très massivement perdu ses attraits à mesure que le développement de la crise marchande se transmutait en crise du développer marchand lui-même, la mode pour un nombre croissant de rackets politiques de la perpétuation de la marchandise consiste désormais à nous offrir, un peu, beaucoup ou passionnément, un ultime marché de dupes étiqueté croissance différente ou bien dé-croissance lequel par son dessein de capitalisme vivrier de proximité, n’aboutit bien sûr qu’à renverser trompeusement le mythe de la croissance de l’artificiel illimité qui continue de la sorte à perdurer à l’envers.
Être anti-productiviste sur le terrain aliéné de la marchandise maintenue dans son adoucissement et adouci dans sa maintenance, c’est toujours et encore demeurer sur le terrain aliénant de la production marchande qui se voit là préservée et protégée par le jeu duplice de sa persévérance simplement inversée.
Contre le village global de la mondialisation capitaliste, l’émancipation de l’être des ravages industriels de l’avoir ne passe pas l’apparition d’un bio-capitalisme allégé et organisé autour de villages locaux à comptabilité responsable par l’entremise d’un clavier monétaire bien tempéré où les hommes iraient monnayer leur vie sur des marchés moins gaspilleurs, plus sobres et davantage soucieux de l’humanisme de la marchandise.
En un temps de déchéance où la perte de soi dans la création chaotique et constamment renouvelée de l’errance en la marchandise révèle toute l’inconscience d'un monde qui échappe totalement à ses créateurs, la quasi totalité de nos vies asservies par la dictature démocratique de l’avoir laisse très clairement apparaître que face à la classe dirigeante du spectacle capitaliste mondialiste, nous constituons bien l’immense multitude internationale des prolétaires, c’est à dire de ces êtres à l’être perdu et sans aucun pouvoir sur la destination de leur existence. Mais, en le sachant et en le comprenant, nous pouvons simultanément et a contrario indiquer la direction des chemins d’un vrai vivre humain, c’est à dire d’une dialectique du surgir radical pour une authentique communauté de l’homme.
Nos pires ennemis sont les diffuseurs de la fausse critique qui fait la publicité d’un réaménagement des langages du marché et des métabolismes de l’argent.
Par-delà le marxisme qui n’est que l’ensemble des contre-sens historiques spectaculairement mis en scène par la domination réalisée de l’aliénation pour sauvegarder l’exploitation de la marchandise-force de travail, Marx qui n’a cessé de se déclarer non-marxiste - à l’opposé des conservateurs du salaire - insiste en permanence sur le fait fondamental que le seul projet adéquat à l’émancipation de l’être de l’homme est celui de l'abolition définitive du salariat et de l’Etat.
Pendant des millénaires anti-civilisationnels, les communautés organiques de l’être primordial ont constitué des dynamiques de vie sacrale où rien ne pouvait être converti en appartenir puisque le tout cosmique du vivre ensemble était fondamentalement défini comme l’intouchable et in-divisible inaliénabilité de la communauté. Pour les Sioux des vastes plaines comme pour les Germains de la forêt profonde, chaque geste de naturalité : respirer, aimer, manger, boire, rire, pleurer, chasser ou produire élaborait un moment de sacralité en l’immanence du séjournement dans l’habiter en le mouvement de la terre lequel ne pouvait évidemment être mercantilisable.
C’est seulement lorsque la société de l’avoir résultant des décombres de la communauté disloquée par les ravages de l’échange est née que l’on a pu voir survenir l’économie et la politique du profane négociant qui ont ainsi réduit le sacral primordial à une caricature dont le territoire n’a cessé d’être restreint et qui confisqué par les institutions religieuses de sa liquidation judiciaire a fini par ne plus représenter qu’un rituel vide jusqu’à portion de totale capitulation lorsque l’argent est devenu lui-même la théologie du monde.
A la tradition primordiale de l’être communautaire vrai a de la sorte succédé la tradition falsifiée des sociétés d’ancien-régime qui ont sanctifié la coexistence d’un sacral en voie de constante réduction et d’un profane en permanente extension durant cette longue durée culturelle où la civilisation de l’argent peu à peu a fini par conquérir toutes les territoires du temps de la vie domptée pour finalement partout imposer la victoire capitaliste des révolutions démocratiques de la pure quantité.
Dès lors, contre la dictature du temps historique de la profanation marchande qui a tout envahi pour en faire le spectacle mondial de toutes les circonstances, les hommes qui veulent être, doivent refuser le statut de libres producteurs et consommateurs du temps-marchandise de la fausse conscience. Ils ont l’ardente obligation de remettre révolutionnairement en cause l’expropriation violente de leur sacralité par laquelle la démocratie dictatoriale de l’avilir travailliste les a dépossédés des plaisirs ontologiques de leur être.
C’est ainsi que la compréhension révolutionnaire du retour au vrai désir humain a appris qu’ elle ne pouvait s’opposer à l’économie politique que sur le terrain de l’anti-économie et de l’anti-politique, non pas pour embellir l’ignominie de la vie niée mais pour exprimer que le sacral de l’être en sa totale récusation de l’avoir doit parler une langue vraie qui se reconnaît exclusivement en ceci qu’elle est un déchirement humain radical d’avec le monde des racines du déchirer l’humain.
La marchandise, l’argent, la valeur, le capital, le travail ne sont donc pas des catégories neutres qui ont dérivé fortuitement vers l’in-humain. Ce sont les catégories mêmes du monde de l’in-humanisation dés lors que la société de l’avoir s’est substituée à la vieille communauté de l’être organique et que les hommes, au lieu de produire pour la satisfaction des besoins de leur être cosmique, se sont vus emportés par le travail des échanges de la plus-value.
L’économie en tant qu’obscurantisme scientifique n’est rien d’autre que l’entreprise mythologique de la classe des appropriateurs de l’histoire qui tentent désespérément de dominer les catégories de l’aliénation alors même que celles-ci deviennent de plus en plus incontrôlables. Le regard économique sur les catégories de l’aliénation n’est là que la vision aveugle la plus aliénée de l’aliénation, celle qui s’oppose donc le plus à ce que le temps historique conscient devienne véritable conscience révolutionnaire de lui-même.
L’économie est la réalité spectaculaire du monde dés lors que le monde n’est plus le monde de la qualité de l’homme mais le monde de la quantité transactionnelle qui exile justement l’homme hors de sa propre nature humaine afin de l’en-fermer dans la production omni-présente de la soumission en l’abondance de sa propre misère. Le marché du spectacle de l’accumulation rend ainsi l’homme étranger à lui-même, dans la dé-possession et le clivage qui voit le parcours quotidien de chacun le réduire partout au rôle de simple épave circulante dans la production symphonique de la chosification du monde et du spectacle narcissique de la désolation représentative.
L’économie est la science de la justification mensongère de la marchandise, la conception qui veut absolument poser idéologiquement la négation définitive du vrai jouir humain incarcéré dans la raison du chiffre. La critique sociale, elle, trouve toute sa pertinence définitoire dans le fait qu’elle pose la réalité humaine comme jouissance vraie et donc comme éradication absolue de toutes les justifications mensongères de l’idéologie scientifique de l’économie de la marchandise.
La vraie limite de la marchandise, c’est finalement elle-même comme devenir-monde des contradictions de son propre essor de marchandisation. Mais par delà la dialectique d’auto-négation interne de la marchandise qui fait que celle-ci devient procès matériel de sa propre im-possibilisation lorsqu’elle a terminé de possibiliser le devenir de la matérialité de son propre procès, il convient de saisir en quoi le prolétariat est le cœur vivant de cette matérialité historique devenant pleinement elle-même.
En effet, le prolétariat est fondamentalement le procès de la marchandise devenant in-admissible pour cette raison ontologique radicale que lorsque la marchandise devient visiblement in-tolérable c’est essentiellement parce qu’elle est précisément la marchandise. La véritable limite de la marchandise, c’est de la sorte l’immense insatisfaction humaine du prolétaire qui pour être homme doit cesser d’être prolétaire. Cela indique, par delà l’indistinction universelle de l’argent en tant qu’ équivalent-général de toutes les formes possibles de l’unité de la misère que la distinction radicale de l’être de l’homme méprise les mécontentements mystifiants en l’économie narcissique de la sur-vie, telle qu’ils expriment simplement cette tiédeur complaisante et servile, simplement déçue par les nuisances, les pollutions, les dérèglements ou les exagérations de la merde marchande puisque la conscience vraie a pour objet l’insatisfaction fondamentale du prolétaire, de l’homme qui se sait prolétaire et qui ne veut plus le demeurer, du prolétaire qui s’insurge de ce qu’on lui dénie absolument la réalité de son humanité, du prolétaire in-satisfait de la marchandise parce qu’ en non-satisfaction ontologique de n’être que du prolétariat, c’est à dire de la chair à travail.
Devant la réalisation toujours plus parfaite de la domination accomplie de la crise mondiale de la vraie misère, de cette misère essentiellement humaine parce que résultant de notre condamnation à la privation explicite d’humanité, la marchandise en tant que rapport social mondial excrémentiel et en tant qu’elle est l’ennemi de la biosphère du plaisir humain ne peut que s’évertuer à dis-traire la masse des prolétaires par de nouvelles mises en scènes réformistes de plus en plus mondiales et de plus en plus fallacieuses pour nous amener à accepter de nouvelles recompositions de la gestion de la pourriture du temps du marché.
Ceux qui n’entendent pas devenir une force de pouvoir au sein des pouvoirs qui font la force du monde de l’argent mais aspirent au contraire à abattre la société de la non-vie, peuvent synthétiser leur projet par cette formule simple constamment reprise par ceux qui n’entendent pas préserver la prison salariale de la marchandise spectaculaire mais retrouver l’épanouir naturel du produire humain:
A bas le prolétariat, A bas la politique !
Non pas bien entendu au sens d’un antagonisme avec les hommes prolétarisés par la dictature démocratique de la valeur mais parce que l’on ne peut positivement épanouir la qualité d’être de homme qu’en s’opposant fondamentalement à son enfermement dans la condition prolétaire de la quantité commerciale..
Ceux qui veulent effectivement vivre en la vraie vie du développement humain, ne proposent pas l’amélioration du marché de la condition prolétarienne mais sa suppression car ils savent que si la révolution sera prolétarienne par ceux qui détruiront l’économie politique de l’oppression, elle sera anti-prolétarienne par le contenu de radicalité qu’elle fera surgir contre tous les asservissements politiques à l’économie de la mesure circulante.
Les batailles sociales réduites, éclatées et décevantes de ces vingt dernières années n’ont fait qu’accentuer la misère généralisée du salariat de plus en plus écartelé entre la course aux délocalisations et le poids de plus en plus lourd d’une armée de réserve immigrée savamment orchestrée par le capital tant pour casser le coût du travail que pour miner la spécificité de l’éco-système subversif des vieilles traditions ouvrières européennes. La crise de la finance de l’économie à mesure qu’elle révèle l’inévitable explosion à venir de l’économie de la finance elle-même ne pourra aller qu’en s’aggravant…A terme, la paisible issue tranquille est bien sûr impossible.
Pour l’instant les puissances syndicales et politiques du monde de la marchandise semblent conserver l’initiative... Mais rien pourtant n’est encore joué. Refuser la logique aliénatoire des terrains de l’ennemi qui entend nous emprisonner dans la réforme pour conserver le système du travail et de l’échange est donc vital. A partir de là, comprendre et reconnaître notre territoire de besoins et de désirs, c’est toujours et encore mettre en avant la possibilité d’un vivre en commun dans les nécessités du produire humain de l’authenticité de l’être. C’est ce à quoi contribue la saisie radicale des conditions objectives de la révolution sociale pour la communauté humaine. C’est ce par quoi nous pouvons agripper les armes théoriques et pratiques pour la conflagration décisive qui ne va pas manquer d’arriver.
Le plus grand empêchement à l’acte d’auto-émancipation du prolétariat est en l’acte permanent qui le fait lui-même foncièrement arrangeant à toute sa misère historique telle que celle-ci produit et reproduit à la fois toute son impuissance d’existence et sa façon si aisée de s’accommoder à tout cet exister impuissant. Et cependant l’expérience a appris aux hommes qu’il n’y aura pas de recours possible auprès du système qui les a déportés à l’envers d’eux-mêmes et qu’ils ne pourront trouver le satisfaire humain sans lutter. Mais ils préfèrent s’aveugler et se dis-traire dans les consolations du vide qui ornementent le cycle infini de leur passivité lamentable dans le faire semblant spectacliste.
Le renoncement et le fatalisme habitent la planète en tous ses habitats de corvée et d’obéissance jusqu’à ce point d’abrutissement advenu qui entend faire croire qu’il y aura toujours de l’économie, de la politique et du pouvoir car il paraîtrait qu’il en a toujours été de la sorte…
Le travail et son frère jumeau le loisir demeurent ici la meilleure des polices de l’âme et du corps. Ils tiennent chacun enfermé dans un cercle vicieux de satisfactions fictives mais de vraie servitude destiné à permettre l’infinie continuation omniprésente de l’arrachement de l’homme d’avec lui-même, la séparation de toutes les activités, le morcellement du temps, l’isolement des hommes et l’incarcération des voluptés.
Les réformes entreprises pour assurer un développement durable de l’éloge de la marchandise ne sont jamais et d’abord des conquêtes du prolétariat mais avant tout les restructurations que le système est obligé d’opérer stratégiquement pour assurer sa survie et la progression du spectacle de l’avoir. L’industrie de l’aliénation ne fait là en général qu’user de la pression tendancielle des masses constamment retournée contre elles-mêmes pour liquider ses archaïsmes les plus désuets. Le réformisme quel qu’en soit par ailleurs le drapeau n’arrive là en fin de compte qu’à garantir les nécessités mythologiques du développement capitalistique, en particulier celle de toujours davantage dompter et intégrer la force de travail pour pouvoir l’exploiter avec le moins de risque et le plus d’intensité.
Le besoin générique de la communauté humain constitue le cœur ontologique du communisme lequel n’a pas été inventé par des penseurs en mal de pensée. C’est à contrario, l’expression spontanée de l’histoire pratique de notre vie en mal de vie depuis que la communauté organique des origines a été disloquée par le mouvement économique du posséder. C’est l’ancestrale aspiration de la tradition primordiale à retrouver l’esprit et l’assemblée de la communauté qui des révoltes d’esclaves de l’antiquité aux insurrections ouvrières de la modernité en passant par les jacqueries paysannes de l’ancien régime, n’a pas cessé de crier que décidément la vraie vie qui n’a pas de prix est bien ailleurs que dans le temps-argent.
La communauté humaine retrouvée sur la base vivante de l’universel qui est le cosmos générique de l’espèce en tant que dialectique consciente de la biosphère implique la fin du marché, du travail et de l’entreprise comme unités indissociables de la vie confisquée par la production du temps-marchandise. Cela provoque la fin de la domination sociale de l’échange en permettant la suppression de l’argent qui constitue le vecteur fondamental des dynamiques échangistes de la réification. Mais bien évidemment, ce n’est nullement là pour revenir à cette forme primitive de l’échange qu’est le troc et qui d’ailleurs ne résoudrait rien quant au processus d’échappée du produit par rapport au produisant. Dans le communisme qui est l’auto-mouvement du produire la reproduction de la vie immédiate, les objets qui ont pour seule finalité le besoin humain ne circulent pas dans un sens avec pour compensation ( semi ou para-mercantile !) une circulation d’autres objets dans un sens inverse.
Les objets qui sont là immédiatement posés sur le terrain de l’anti-solvable sont répartis directement en fonction des besoins humains réels de chaque membre de la communauté. Dans un rapport de centralisation mondiale dé-concentrée où le local et le général se synthétisent en un universel dynamique par le biais de la fédération planétaire des Communes, ces objets sont voulus, conçus et produits aux seules fins de développer les possibilités d’activités les plus productives de sens communautaire humain. Cela s’effectue dans le champ d’un produire homogène et poly-valent qui ignore les aliénations du travail et de la division du travail ainsi que les coupures entre villes et campagnes héritées de la longue histoire qui a généré la séparation généralisée de l’homme et de son produit.
Le but de la révolution communiste pour la communauté humaine n’est pas de fonder un système de gestion économique nouveau mais d’engendrer au-delà et contre toute gestion et toute économie, une activité différente qui rompe avec la falsification de la vie sociale. Le problème du pouvoir économique ou politique de la médiation aliénatoire n’apparaît dans l’histoire que lorsque les hommes perdent le pouvoir immédiat et transparent de vivre, de se transformer eux-mêmes ainsi que leur environnement et dés lors qu’ils se trouvent contraints de basculer dans des formes d’agir qui ont un autre but que le contenu générique de leur nécessaire activité humaine et qu’il faut bien réunir artificiellement les activités séparées des hommes séparés par le biais d’un ré-unir supérieur qui relie politiquement et économiquement des existences précisément dé-liées de leur vérité humaine…
Beaucoup commencent à percevoir vaguement et obscurément que nous vivons la fin du monde des illusions marchandes même si bien entendu ils ne savent pas encore ce qui va advenir comme devenir contraire. Le mouvement du revenir à l’être n’a pas encore eu la force de rendre visible son contenu encore inconscient et d’affirmer ses perspectives de manière explicite. Ceux qui supportent de moins en moins la barbarie capitaliste et qui traînent leur vie privée de vie en l’angoisse infinie doivent découvrir ce à quoi ils aspirent en le refouler de toutes leurs divisions : le monde dont leur conscience malheureuse est porteur et qui appelle à la révolte vers un possible re-conquérir communiste du vécu.
La société de l’avoir a introduit une rupture essentielle avec le cosmos de la communauté de l’être en transformant ce dernier en monde de la tyrannie de l’économie et de la politique et en brisant ainsi la sacralité du rapport dialectique homme-nature.
Jadis, les besoins, les plaisirs et les goûts exprimaient le devenir du vibrer en la nature en tant que l’homme n’était justement que la nature sacrale prenant conscience d’elle-même. Désormais, depuis que l’achat et la vente ont fait de cette nature profanée un environnement hors-nature au service de la technique du profit, les nécessités des cycles de l’argent qui épuisent et défigurent l’homme et la terre ont remplacé le cycle des nécessité de vie.
Branche dérivée de la biologie, l’écologie entre là de plein pied dans les parcours fétichistes de la tyrannie scientifique des équations du rendement en tant que guide capitaliste pour une action réfléchie et raisonnée permettant à l’homo sapiens technologisé d’être mieux asservi au développement du gain, désormais corrigé, et d’un environnement économisé, c’est à dire davantage épargné et donc moins coûteux et plus rémunérateur.
En seulement quelques siècles, l’ordre des asservissements économiques et politiques qui unifie la société de l’avoir depuis que celle-ci s’est substituée à la communauté de l’être, est parvenu à tant souiller la terre, l’eau, l’air et le feu de notre cosmos ontologique que la poubellisation de l’existence toute entière est devenue la carte d’identité de la domestication quotidienne dans la dé-naturation lucrative de toutes les naturalités.
Toute société est d’abord, en tant qu’organisation disciplinaire de la non-vie collective, une forme d’appropriation aliénatoire de la nature vécue en tant que justement séparée de l’homme pendant que celui-ci précisément ne vit qu’en tant qu’il n’est plus que son propre démembrement au cœur de son lui-même. A travers la crise actuelle de l’usage capitaliste de la nature, à nouveau se pose donc, et cette fois universellement, la question sociale de la nécessité de la communauté en tant qu’unité humaine anti-marchande contre la marchandise qui est le spectacle unitaire de l’anti-humanisation.
En vue de conjurer cette menace, les défenseurs du toilettage de la société de l’avoir, ont fait de l’écologie la dernière valeur suprême pour assurer le développement durable de l’appauvrissement des hommes dans la dictature d’un quantitatif réparé, re-modelé, re-localisé, dé-libéralisé et re-socialisé dans un marché débarbouillé et lissé, ce qui évidemment et à supposer que ceci puisse exister ne changerait rien au fait que l’économie politique écologiste ne saurait produire autre chose que la falsification de la vie ripolinée aux couleurs du leurre.
La démocratie spectaculaire du mensonge marchand établit son diktat totalitaire par un tour de passe-passe organisé en permanence dans les structures conscientes et inconscientes du langage qui est à la fois l’âme de ce qui nous reste d’être et le vecteur de signification colonialiste de l’avoir. De la sorte, les dénominations peuvent subsister sur le marché linguistique de la dénaturation capitaliste alors même que ce qu’elles désignent est emporté par le vent de la modernisation qui altère, frelate et fausse l’ensemble de ce que l’on trouve sur les marchés où l’homme est séparé de sa vie. Il en est ainsi du fromage ou du vin qui peuvent fort bien conserver leur désignation ancestrale pendant que leur composition peut ne plus avoir aucun rapport avec ce que l’appellation exprime traditionnellement.
A l’inverse, le spectacle marchand du mensonge démocratique peut aussi changer le terme dont on use pour caractériser une réalité pendant que celle-ci a pourtant été captieusement poursuivie puisque l’illusionnisme de la marchandise trans-forme en tout lieu le vrai en faux jusqu’à faire disparaître toute capacité à saisir l’authenticité du temps.
De la même façon que pendant de longues décennies les experts universitaires et médiatiques du falsifié rayonnant dont le seul métier est de défendre la fausseté du monde en sa réalité renversée n’ont cessé de ne point vouloir qualifier le capitalisme étatique léniniste pour ce qu’il était en vérité, les laveurs de vitrines de la société spectaculaire marchande ont tous aujourd’hui pour spécificité de médire uniquement de l’ultra-libéralisme pour mieux de pas dire qu’ils entendent en réalité simplement remodeler le devenir-monde illusionniste des affaires. Mais après tout, il est somme toute normal que dans une époque où excelle le spectacle de la soumission de masse au charlatanisme des marchés, plus rien ne veuille plus rien dire du tout.
Entre le monde du spectacle de l’économie et le cosmos de la nature de l’être, l’antagonisme est total et de plus en plus absolu à mesure que le capital ne cesse de reproduire en l’élargissant la sphère aliénatoire des valeurs circulantes de la crise historique du fétichisme de la marchandise. Le dépassement de la loi de la valeur est là un impératif vital pour mettre fin à l’opposition entre les forces naturelles du cosmos et cette force d’anti-nature bien spécifique que produit l’activité productive humaine marchandisée. Autrement dit, seule l’abolition du travail en tant qu’activité séparée du vivre humain, destinée à reconduire l’échange des coûts de la servitude pour la reproduction du profit, rendra possible la reconquête de la communauté humaine en tant qu’humanité naturelle vivant en nature humanisée.
La dictature de la valeur se valorisant sur la nature ainsi de plus en plus dé-naturée ne disparaîtra qu’avec la fin du rapport social d’aliénation marchande dont elles est l’expression spectaculaire d’autonomisation. Le prolétariat se niant comme prolétariat ne détruit pas la dictature démocratique de la valeur comme substance extérieure à sa propre réalité mais immédiatement en tant qu’il se nie consciemment comme substrat de la réalité de ladite substance, en s’auto-abolissant donc comme humanité asservie au travail de la valeur.
Tout mouvement de pensée ou d’action qui recherche des solutions ou des moyens d’intervention dans le cadre du système marchand du spectacle de l’aliénation, en s’installant ainsi visiblement dans ce qu’il prétend éventuellement récuser démontre par là même qu’il ne peut élaborer autre chose qu’une simple et insignifiante refonte du système aliénatoire des installations du spectacle marchand.
Prolétaires, c’est à dire tous les hommes dont l’être est disloqué par l’avoir jusqu’à être privé de toute autorité sur leur propre existence, encore un effort pour cesser de l’être et pour abolir la condition prolétarienne afin d’enfin devenir des êtres humains véritables en la communauté de l’être…
Décidément, définitivement et résolument, la merde du spectacle de l’économie politique, est bien le monde dont il faut effectivement tout entier sortir le plus vite possible…
 
A BAS LA DOMESTICATION ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE…
VIVE LA COMMUNAUTÉ HUMAINE DE L’ÊTRE !

Gustave Lefrançais, juillet 2010



mardi 23 août 2011

La crise moderne de la forme-sujet

 

La domination acceptée de la valeur-travail a pour conséquence que le sujet ne peut se percevoir comme sujet positif qu'à la condition d'intérioriser les contraintes de la société de travail, et à expulser de lui tout ce qui s'y opposerait et qui constituera la « part obscure » de lui-même. Effet paradoxal : il ne se vit comme sujet vivant qu'à condition d'être l'agent d'un processus de mort (l'accumulation en travail mort, en capital, du travail vivant), et à expulser de lui ce qui serait entrave au processus de mort et que paradoxalement, il investit de haine. Le sujet de la valeur, le héros du travail (actif ou pas, exploiteur ou exploité, nanti ou « marginal », etc.) ne se vit et ne s'estime que dans le rejet et la haine de ce qui n'est pas vitesse, rationalité froide, concurrence acharnée : rejet et haine de la femme, de l'étranger, du rebelle, de l'autre...

On voit que ce que Freud a décrit comme la « pulsion de mort » est constitutif de la forme-sujet. L'abstraction rationnelle du sujet kantien ne s'obtient qu'au prix d'une projection haineuse sur l'autre de tout ce qui est dénigré par la valeur, tout ce qui est le monde concret, réel. Un monde dont le sujet doit se couper pour acquérir l'efficacité requise par la concurrence générale, dans laquelle chacun rivalise avec chacun dans l'indifférence glacée du chacun pour soi.

L'attitude « offensive » (« agressive » dit-on, par un anglicisme finalement révélateur) où il n'y a de salut que pour les meilleurs, mais où on nous martèle que tous, nous pouvons gagner, n'est jamais que la forme « civilisée » d'une guerre éternelle qui est l'autre nom du marché.

Beaucoup d'auteurs ont mis en évidence le lien profond qui unit la pulsion de mort et le narcissisme des sujets modernes [1]. Ce narcissisme n'est que la forme par laquelle se manifeste, dans une positivité illusoire, le déni d'une souffrance que provoque le vide intérieur exigé par l'efficacité sociale. La domination de la valeur impose une relation au monde qui est à la fois une relation de toute-puissance et d'impuissance. Toute-puissance à la condition que cette relation n'ait d'autre teneur que la valeur et le travail, impuissance dès le moment où deviennent conscients tous les aspects auxquels le sujet-valeur a dû renoncer pour être ce qu'il est.

Maintenant que le règne de la valeur atteint sa limite et que se craquèlent les modèles d'identification du sujet moderne, la face obscure de ce sujet ressurgit avec toute l'agressivité dont elle avait été chargée et prend la forme d'une barbarie protéiforme. Une barbarie qui a pour noms : violence des rapports sociaux, « incivilité » croissante, haine des femmes, homophobie, xénophobie, mais aussi violence du sujet envers lui-même, comme première cible de la haine.

La croissance de la violence sociale est un phénomène remarqué ses dernières années. Il ne s'agit pas tant de souligner la gravité de cette violence que de constater son omniprésence. Comme si ce qui constituait la qualité du sujet moderne « enfin arrivé à maturité », la raison et l'exercice d'une liberté uniquement limitée par la liberté dont doit jouir de manière égalitaire chaque sujet, ne parvenait plus à structurer l'individu.

Il n'empêche que la généralisation de cette violence qui évoque le désir de mettre fin à un monde, constitue un démenti de l'idée d'un progrès continu de la civilisation moderne. Elle met au défi de lui trouver une explication. Les grilles d'explication classiques, la grille « marxiste » y compris, restent insuffisantes.

La domination de la valeur qui n'accorde d'intérêt qu'à ceux qui sont capables de survivre à la concurrence généralisée a deux effets subjectifs. D'une part, elle impose une autodiscipline et la répression des mouvements émotionnels qui entraveraient l'efficience au travail. D'autre part, elle amène à contre-investir ces mouvements émotionnels de la vie sensible, ainsi qu'à dévaloriser radicalement, en un double bind, ceux qui ne parviennent pas à se constituer en sujet-valeur. A cet égard, les « perdants » se dévalorisent triplement à leurs propres yeux : ils sont des inutiles, ils sont des faibles, et ils sont des âmes mortes sans droit à l'existence.

On voit que les violences sociales, et en particulier mais pas seulement les violences des « banlieues », ne peuvent s'interpréter sous une grille simple. Une part au moins des « rebelles sociaux » veulent, non pas renverser un ordre gouverné par le sujet automate de la valeur, mais se faire une place dans cet ordre. Cependant, une autre part de la violence sociale est pure explosion de la pulsion de mort libérée par le craquèlement de la forme-sujet moderne, et l'insupportable conscience du vide. Ce qui se manifeste par la volonté obscure de détruire un monde vidé de sens parce qu'il n'a de fin que l'aveugle mouvement de l'accumulation absurde d'une forme sans contenu, la valeur.

On a remarqué que la folie des jeunes qui « courent l'amok » est essentiellement le fait de jeunes hommes qui s'identifient au modèle du héros occidental, froid et dominateur [2]. Cela suggère que leur violence est l'effet du déchaînement de la pulsion de mort qui surgit quand cette forme-sujet (indexée au mâle blanc occidental) se craquèle. Cela explique également le caractère sauvage de ce déchaînement dont les massacres commis par des lycéens ne sont qu'un exemple spectaculaire.

La marchandise se déploie et la violence se déchaîne. Rien ne sert de s'en étonner : c'est ce monde qu'il faut changer [3].
 
membre des groupes allemands Krisis et Exit
 
Voir aussi l'intégralité de ce petit livre Domination de la marchandise dans les sociétés contemporaines
NOTES:
[1] On peut citer par exemple Christopher Lasch (La culture du narcissisme, 1979) ou Dany-Robert Dufour (L'Art de réduire les têtes, 2003)
[2] Voir Götz Eisenberg Amok - Les enfants du froid [non traduit en français], 2000, Rowohlt, page 59.
[3] Rappelons les premiers mots du Rapport sur la construction des situations, adopté en 1957 par les délégués de trois avant-gardes artistiques (l'Internationale lettriste, le Mouvement International pour un Bauhaus Imaginiste et le Comité Psychogéographique de Londres) à la Conférence de Cosio d'Arroscia, où fut fondée l'Internationale situationniste : « Nous pensons d'abord qu'il faut changer le monde. »

lundi 22 août 2011

?νσελµ Γι?ππε: Οπαδο? της αποαν?πτυξης, ακ?μη μια προσπ?θεια…!

Οπαδοί της αποανάπτυξης, ακόμη μια προσπάθεια...!

Ο λόγος περί «αποανάπτυξης»* είναι μία από τις σπάνιες σχετικά νέες θεωρητικές προτάσεις που εμφανίστηκαν τις τελευταίες δεκαετίες. Το τμήμα του κοινού που είναι σήμερα δεκτικό στο λόγο περί «αποανάπτυξης» είναι ακόμη αρκετά περιορισμένο. Ωστόσο, είναι αναμφίβολα αναπτυσσόμενο. Αυτό οφείλεται σε μια συνειδητοποίηση μπροστά στην ολοφάνερη πραγματικότητα ότι η ανάπτυξη του καπιταλισμού μας οδηγεί σε μια οικολογική καταστροφή, και δεν θα λύσουν το πρόβλημα λίγα παραπάνω φίλτρα ή λίγο λιγότερο ρυπογόνα αυτοκίνητα. Διαχέεται μια δυσπιστία απέναντι στην ίδια την ιδέα ότι μια διαρκής οικονομική μεγέθυνση είναι πάντοτε επιθυμητή. Ταυτόχρονα, αυξάνεται η δυσαρέσκεια σε σχέση με μια κριτική στον καπιταλισμό η οποία ουσιαστικά τον κατηγορεί για την άδικη κατανομή των προϊόντων του ή μόνο για τις «καταχρήσεις» του, όπως οι πόλεμοι και οι παραβιάσεις των «ανθρωπίνων δικαιωμάτων». Το ενδιαφέρον για την έννοια της «αποανάπτυξης» εκφράζει την ολοένα και εντονότερη εντύπωση ότι το λάθος βρίσκεται στην ίδια την κατεύθυνση του ταξιδιού που έχει αναλάβει η κοινωνία μας, τουλάχιστον εδώ και μερικές δεκαετίες, και ότι βρισκόμαστε μπροστά σε μια «πολιτιστική κρίση» η οποία αφορά όλες τις αξίες της, ακόμη και στο επίπεδο της καθημερινής ζωής (λατρεία της κατανάλωσης, της ταχύτητας, της τεχνολογίας, κ.ά.).
Έχουμε εισέλθει σε μια κρίση που είναι οικονομική, οικολογική και ενεργειακή ταυτόχρονα, και η «αποανάπτυξη» λαμβάνει υπόψη της όλους αυτούς του παράγοντες και την αλληλεπίδρασή τους, αντί να επιδιώκει να «αναθερμάνει την ανάπτυξη» με τις «πράσινες τεχνολογίες», όπως κάνει ένα μέρος του οικολογισμού, ή να προτείνει απλά μια διαφορετική διαχείριση της βιομηχανικής κοινωνίας, όπως κάνει ένα μέρος της κριτικής που προέρχεται από το μαρξισμό.
Η «αποανάπτυξη» είναι επίσης αρεστή επειδή προτείνει ατομικά πρότυπα συμπεριφοράς τα οποία μπορούμε να αρχίσουμε να εφαρμόζουμε εδώ και τώρα, και επειδή ανακαλύπτει εκ νέου ουσιαστικές αρετές, όπως η αρμονική συμβίωση, η γενναιοδωρία, η εκούσια απλότητα και η δωρεά. Ωστόσο, προσελκύει το ενδιαφέρον και λόγω του ευγενούς ύφους της το οποίο μας επιτρέπει να πιστεύουμε ότι μπορούμε να πραγματοποιήσουμε μια ριζοσπαστική αλλαγή με μια γενική συναίνεση χωρίς να περάσουμε μέσα από ανταγωνισμούς και έντονες συγκρούσεις.
αποτέλεσαν το κοινό υπόβαθρο της αστικής κοινωνίας και της μαρξιστικής κριτικήςΠρόκειται για ένα ρεφορμισμό που εμφανίζεται ως ριζοσπαστικός. Η ιδέα της «αποανάπτυξης» έχει αναμφίβολα την αξία ότι θέλει πραγματικά να έρθει σε ρήξη με τον παραγωγισμό και τον οικονομισμό οι οποίοι για μεγάλο διάστημα της. Μια βαθιά κριτική του καπιταλιστικού τρόπου ζωής μοιάζει, κατ’ αρχήν, περισσότερο εμφανής στους οπαδούς της αποανάπτυξης παρά, για παράδειγμα, στους οπαδούς του νεο-εργατισμού οι οποίοι εξακολουθούν να πιστεύουν ότι η ανάπτυξη των παραγωγικών δυνάμεων (ιδιαίτερα η ανάπτυξη της πληροφορικής)
θα οδηγήσει στην κοινωνική απελευθέρωση. Οι οπαδοί της αποανάπτυξης επιχειρούν επίσης να ανακαλύψουν στοιχεία μιας καλύτερης κοινωνίας στη σημερινή ζωή, τα οποία έχουν συχνά αφήσει ως κληρονομιά οι προκαπιταλιστικές κοινωνίες, όπως η διαθεσιμότητα για δωρεά. Κατά συνέπεια, δε διακινδυνεύουν να βασίσουν τις ελπίδες τους -όπως κάνουν κάποιοι άλλοι- στη συνέχιση της αποσύνθεσης όλων των παραδοσιακών μορφών ζωής και στη βαρβαρότητα, οι οποίες υποτίθεται ότι προετοιμάζουν μια θαυμαστή αναγέννηση.

IT'S 1984 IN 2010


 

Ruiz wants surveillance cameras downtown


There is a hint of an Orwellian nature about the whole thing– security cameras in downtown Eugene. Big Brother watching you. This is exactly what City Manager, Jon Ruiz is proposing. He wants to spend $100,000 “to purchase automated behavior crime reporting software and cameras” according to the motion reviewed this February. City Council Member George Brown and vice president Betty Taylor were against the idea.
“This seems very dangerous to me,” Brown said. “I need much more information. Where will these cameras point? Will they swivel? Who will be targeted? It brings up a lot of questions that aren’t answered.” He is concerned with the abuse and misuse of these cameras ,suggested that once installed, it would be difficult to regulate how they are used and who would use them.
“Do we really want to go down that road?” asked Taylor. For her, it’s a privacy issue. “A person could be accidentally in close proximity with a criminal and be falsely accused of colluding,” she said. “There are probably possibilities for misuse that no one has thought of. I think that we need time to solicit opinions from the public and to think more before we act.”
Ruiz’s motion was amended to include “only after council approves Manager’s plan for number, location, use and on-going costs after considering expected effectiveness in fighting crime. If it motion passes, Eugene will join the ranks of cities that are being watched like Portland and New York.
Some activist groups refuse to sit by and let government surveillance turn our country into Oceania. Bill Brown started the Surveillance Camera Players in 1996 to gain public awareness for the amount and location of unmarked surveillance cameras in NYC and protest the violation of their right to privacy. The Surveillance Camera Players perform silent shows in front of cameras throughout the city, including an adapted version of “1984.” Since their founding, they have traveled the country mapping out highly surveyed cities. While the original posse is in New York, there are SCPs scattered throughout the world carrying their universal message – Down with Big Brother.
“Nineteen Eighty Four, though a great metaphor and image,doesn’t capture all of today’s reality,” Brown said. “For example, in the novel, (there are areas ) not surveyed; they are outside the Big Brother social system. That isn’t what’s happening today. Nevertheless, we get closer and closer to ‘1984′ every day. Surveillance may be strong and growing, but the society it allegedly ‘protects’ is weak and very vulnerable.”
In 2003, Brown traveled to Portland on a tip that it was surveillance heavy. Portland has relatively few cameras in comparison to NYC (only 61) but about 40 percent are government controlled. He reported the Portland Police Department relies on covert video surveillance to fight the “war on drugs” and noted that several of the cameras were pointed to areas believed to be suitable for drug exchanges. These cameras often point toward the poor neighborhoods, where homeless persons hang out day and night. Brown advises residents to be aware, make maps of camera areas and distribute them, and to “perform for the cameras.”
[...]
(Written by Sarah E. Moser and published on 25 March 2010 in The Drop Out, Eugene, Oregon.)

Contact the Surveillance Camera Players


dimanche 21 août 2011

Schwierigkeiten mit der Emanzipation


Auch die radikale Gesellschaftskritik kommt nicht umhin, sich im Medium der Sprache zu artikulieren. Ist die herrschende Sprache aber immer schon die Sprache der Herrschenden, im Zeitalter der „subjektlosen Herrschaft“ (Robert Kurz) der Abstraktion also die Sprache, welche absieht von ihrem je geschichtlich bestimmten Herrschaftscharakter – die abstrakte Sprache, Sprache mithin, die absieht von dem (vor allem historischen) Inhalt dessen, was zu artikulieren sie vorgibt, dann hat die Kritik durchgehend zu reflektieren, mit welchem „Material“ sie hier umgeht und mit welchen Fußangeln und Fallstricken sie dabei rechnen muss. In Sprache drückt sich Bewusstsein aus, weshalb kritisches Bewusstsein nicht umhin kommt, der herrschenden Sprache immer wieder Gewalt anzutun, um nicht umgekehrt ihrer Gewalt und damit der Herrschaft anheim zu fallen.
Man kontaminiert sich gewissermaßen mit dem Gift der allgegenwärtigen Abstraktion, so hat es der etwas abseitige Philosoph Emile M. Cioran einmal ausgedrückt, „wenn man die Sprache nicht foltert, wenn man sie nicht zermalmt.“1
Im Zusammenhang des wertabspaltungskritischen Denkens sind die Schwierigkeiten bekannt, die sich ergeben, wenn ein theoretisch entwickelter Gedanken in die passende sprachliche  Form gebracht werden muss. Einzelne Wörter schon können hier zum Problem werden. Man denke etwa an die Bredouille, in die wir immer wieder mit dem Wort „Gesellschaft“ geraten, wenn wir uns auf vormoderne Verhältnisse beziehen, theoretisch aber begriffen haben, dass von „Gesellschaft“ vormodern eigentlich nicht die Rede sein kann.
Eine ganze Reihe weiterer Beispiele könnte angeführt werden. Ich konzentriere mich in den folgenden Ausführungen indes auf einen der zentralen Begriffe kritischer Theorie, nämlich den der Emanzipation, der mir zunehmend mehr Schwierigkeiten bereitet.
Es scheint mir schlicht nicht angemessen zu sein, weiterhin von emanzipatorischer Theorie usw. zu sprechen, wenn gleichzeitig klar ist, dass der Begriff der Emanzipation vom Beginn seiner Entstehung an ein Herrschaftsbegriff war, woran sich m.E. bis heute nichts geändert hat. Emanzipation, der Herkunft des Wortes nach, bezeichnet nämlich zunächst keineswegs einen Akt der Selbstbefreiung, sondern einen Akt der Freilassung, nach dem römischen Recht sowohl die Entlassung von Sklaven als auch die des erwachsenen Sohnes (Zu prüfen wäre, welche Rolle in diesem patriarchalischen Zusammenhang die Töchter spielen und ob es ähnliche Freilassungsrituale auch bei ihnen gegeben hat) aus der väterlichen Gewalt. Die Angelegenheit vollzog sich in der Art eines Rituals, welches in einem bekannten religionswissenschaftlichen Nachschlagewerk wie folgt beschrieben wird: „Die Emanzipation ging in der feierlich-komplizierten Form eines dreimal wiederholten Scheingeschäftes2 vor sich, durch welches der junge Mann zunächst der Sklaverei unterworfen wurde (mancipatio), aus der ihn der (fiktive) Dienstherr in der vom Recht vorgeschriebenen Form freizulassen hatte (manumissio).“3 Emanzipation bedeutet hier also Entlassung aus persönlicher Abhängigkeit, welche definiert ist als erneute Unterwerfung, und zwar unter das Gesetz der herrschenden Ordnung. Sie bezeichnet also, und dies ändert sich auch im weiteren geschichtlichen Verlauf nicht, den Prozess der Entpersönlichung von Herrschaft, der später, vor allem im bürgerlichen Bewusstsein, als ein Prozess fortschreitender Befreiung missdeutet wird. 
Wer immer seit dem Beginn des bürgerlichen Zeitalters sich emanzipiert, wird befreit von alten Abhängigkeiten, nicht zu freier Tätigkeit, befreit sich also nicht selbst, sondern wird entlassen in die Wert-Freiheit, und zwar auf die doppelte Art und Weise, dass die alten „Werte“ persönlicher Herrschaft entwertet  werden, um die „Freiheit“ der schrankenlosen Verwertung des Werts immer reiner sich vollziehen zu lassen. Inmitten dieses Geschehens und durch dieses hindurch ist es einzig das Kapital als gesellschaftliches Verhältnis und „automatisches Subjekt“ selbst, das sich tatsächlich „befreit“, nämlich in wachsendem Maße und mit immer größerer Beschleunigung von seinen stofflichen Grundlagen und den es tragenden konkreten Menschen, die immer deutlicher sichtbar aus ihrem sozialen Dasein in das Nichts der leeren Selbstzweckhaftigkeit des sich verwertenden Werts hinein emanzipiert werden. Die geschlechtliche Abspaltung bleibt in allen ihren sich geschichtlich wandelnden Erscheinungsformen die „andere Seite des Werts“ und charakterisiert solchermaßen die kapitalistische Gesellschaft insgesamt nicht nur als ökonomische Formation, sondern zugleich immer auch als „Zivilisationsmodell“ (Roswitha Scholz)4,  innerhalb dessen sich die Menschen fortschreitend von alten Abhängigkeiten und Bindungen befreien, um insgesamt „immer rückhaltloser den Ausdruck der Ware“ (Walter Benjamin) anzunehmen, wobei alles Abgespaltene, das gegen die umfassend wertförmige Zurichtung sich sperrt, zugleich von dieser beherrscht und in Dienst genommen und/oder als „minderwertig“ ausgesondert wird, ohne jedoch in dem solchermaßen „in sich gebrochenen Formprinzip der gesellschaftlichen Totalität“5 restlos aufzugehen, weil eben der Wert und das von ihm Abgespaltene zwei Seiten desselben Verhältnisses darstellen, die weder getrennt noch in ein Verhältnis von Ursache und Wirkung gepresst werden können.
Emanzipation im modernen Sinne des Wortes bezeichnet so das Heraustreten aus dem Schatten der Relikte vormoderner Abhängigkeitsverhältnisse und den Eintritt in die Leere der modernen Subjektform des MWW. In diesem Zusammenhang ist m.E. die Frage zu klären, ob bzw. inwieweit die Abspaltung als ein historischer Gestaltwandel dieser persönlichen Abhängigkeitsverhältnisse betrachtet werden kann. Die Einbeziehung der Frauen in die Sphäre der Verwertungsrationalität und ihr gleichzeitiges Verwiesensein auf den Bereich der verwertungsrational nicht erfassbaren Reproduktionssphäre flexibilisiert und „versachlicht“ sozusagen die Abhängigkeit insofern, als hier die gesellschaftliche „Natur“ der Abspaltung als eine „dem Menschen“ schlechthin zukommende Lebensweise erscheint.
Das emanzipierte Subjekt ist das der modernen Subjektform geschichtlich schrittweise sich angleichende Subjekt, das in einem unsäglich brutalen Prozess der Zurichtung für die Verwertung verbogene und zur spezifisch wertförmigen „Freiheit“ verdammte Subjekt. Seine Freiheit besteht in seiner „Verrohstoffung“ (Günter Anders), in der Degradierung zum „Menschenmaterial“ oder  - vornehmer ausgedrückt -  „Humankapital“, wobei die weiblich bestimmten abgespaltenen Momente gewissermaßen das notwendige innere Ärgernis des Gesamtverhältnisses darstellen, weil sie die Unmöglichkeit der Abschließung zur gleichsam runden, restlosen, in sich aufgehenden Totalität dieses Verhältnisses repräsentieren, weil es ohne sie nicht bestehen könnte und umgekehrt.
Aus diesem Grund darf der Subjektbegriff auch nicht gleichgesetzt werden mit dem Begriff der Individualität im Sinne von Einzigartigkeit, welche in der Subjektform ja gerade tendenziell verschwindet, ohne ihrerseits wieder jemals gänzlich in ihr aufgehen zu können.
Ich denke, dass aus diesem Nicht-aufgehen-können, aus der in sich gebrochenen Totalität des Wertabspaltungsverhältnisses (vgl. Roswitha Scholz) auch das Leiden erwächst, und zwar sowohl am je eigenen Waresein (z.B. am Suchtcharakter des Konsumidiotismus oder der grassierenden Wohlstandsverwahrlosung der Geldsubjekte) als auch am Ausgeschlossensein aus dem Verwertungsprozess (z.B. Arbeitslose, die umgekehrt daran leiden, nicht Ware sein zu dürfen) oder an beidem zugleich in der „doppelten Vergesellschaftung“ der Frauen, die sozusagen mit einem Bein in der Verwertung stehen, mit dem anderen im abgespaltenen reproduktiven Bereich.
All dies gilt darüber hinaus in gleichem Maße für die Versuche, dieses Leiden im Streben nach identitärer Selbstvergewisserung zu überwinden, sei es als schrankenlose Selbstverwertung der Karrieremenschen oder als Idyllisierung privater Rückzugsräume, denn es gehört zum Wesen des Widerspruchs, dass er sich als zersägter, also in der Verabsolutierung einer seiner Seiten, als ganzer umso wirksamer durchsetzt und seine Zersäger umso nachhaltiger trifft, je intensiver diese sich der Illusion hingeben, ihm entflohen zu sein. Freiheit scheint in der Form der Freiheit schlicht nicht möglich, und Emanzipation nur denkbar als eine in diese Form hinein sich auflösende Bewegung einer letztlich zur völligen Inhaltsleere tendierenden Identität, in welcher das Nichts der gesellschaftlichen Realabstraktion zu sich selber zu finden droht. Werden Emanzipation und Freiheit aber auf diese Weise negativ bestimmt, dann hilft es weder weiter, sich zum Zweck der Überwindung des gesellschaftlichen Zwangsverhältnisses auf das Nichtidentische Adornos zu berufen, noch findet sich ein Ausweg im Anything goes postmoderner Freiheitsduselei à la Ulrich Beck, dessen „Kinder der Freiheit“ sich mit dem wachsenden Krisendruck ohnehin zunehmend in „Kinder des Chaos“ verwandeln, indem sich das von Beck beschworene sozialstaatlich abgepufferte luxuriöse Elend immer deutlicher in manifestes Elend verwandelt.
Übrig bleibt einzig die radikale Kritik am gesellschaftlichen Formprinzip selbst und damit der bedingungslose Abschied von der Form der Freiheit und Emanzipation insgesamt. Gerade das werabspaltungskritische Denken muss sich von den durch und durch aufklärerisch besetzten Begriffen Freiheit und Emanzipation verabschieden und darf nicht vor dem radikalen kategorialen Bruch zurückschrecken. Wertabspaltungskritik ist wesentlich Kritik der hohlen Formen, welche die traditionelle Kritik nie verlassen hat, um  – wie z.B. im Traditionsmarxismus –   das die Gesellschaft bereits bestimmende Prinzip in seinen sich auf der Oberfläche zeigenden Auswirkungen nur zu „verbessern“.
Die traditionelle Kritik entnahm ihre Maßstäbe immer und durchgehend dem Kritisierten selbst, und auch die Wertabspaltungskritik kommt nicht umhin, dies auf ihre Weise zu tun, denn sie schwebt nicht im luftleeren Raum über der Gesellschaft. Gleichwohl sollte sie sich der folgenden abgewandelte Form der bekannten 11. Feuerbachthese von Marx gegen alle Widerstände verpflichtet fühlen:
Die Kritiker wollten das Subjekt nur auf verschiedene Art befreien. Es kömmt darauf an, es zu überwinden!

Anmerkungen:

1 Emile M. Cioran, Vom Nachteil, geboren zu sein, Frankfurt am Main 1979,  26
2 Es scheint mir fragwürdig, ob hier wirklich von einem „Geschäft“ gesprochen werden kann. Im Blick auf die hier zur Verhandlung stehende Zeit ist wohl das Wort „Ritual“ angemessener.
3 RGG: Die Religion in Geschichte und Gegenwart. Handwörterbuch für Theologie und Religionswissenschaft, in Gemeinschaft mit Hans Frhr. v. Camphausen, Erich Dinkler, Gerhard Gloege und Knut Løgstrup herausgegeben von Kurt Galling (7 Bände), Tübingen 31986, Band 2, 450
4 Vgl. Roswitha Scholz, Neue Gesellschaftskritik und das Problem der Differenzen. Ökonomische Disparitäten, Rassismus und postmoderne Individualisierung. Einige Thesen zur Wert-Abspaltung in der Globalisierungsära, in EXIT! Krise und Kritik der Warengesellschaft, hrsg. vom Verein für kritische Gesellschaftswissenschaften e.V, Heft 1, Bad Honnef 2004, 17 ff
5 Ebd., 19

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