lundi 10 octobre 2011

Examen critique de l'ouvrage de Jean-Claude Michéa

 

 " L'Empire du moindre mal " » 

Selon certains, le capitalisme, également appelé économie de marché plus démocratie, est en train de vivre actuellement une phase de grande expansion. Selon d’autres, ces triomphes ne sont qu’une fuite en avant qui masque sa situation chaque jour plus précaire. Mais tous sont d’accord pour dire que nous vivons une phase historique de très grands changements qui ne ressemble à aucune autre. Tous, sauf ceux qui ont fait de la critique du capitalisme leur métier. On aurait pu espérer que la fin définitive du « socialisme d’État » en 1989 eût également mis un terme au genre de marxisme lié, d’une manière ou d’une autre, à la modernisation « de rattrapage » qui a eu lieu dans les « États ouvriers ». Le champ semblait désormais libre pour l’élaboration d’une nouvelle critique sociale, à la hauteur du capitalisme postmoderne et capable de reprendre les questions de base. Mais l’appauvrissement rapide des classes moyennes, évolution que presque personne n’avait prévue, a redonné une vigueur inattendue à des récriminations qui ne reprochent au système capitaliste que les injustices de la distribution et les dommages collatéraux qu’il produit, sans jamais mettre sérieusement en question son existence même et la vie qu’il crée. C’est souvent en prenant appui sur les concepts les plus périmés du marxisme traditionnel que trotskistes électoraux, négristes et autres citoyennistes présentent leur requête de gestion différente de l’évolution de la société industrielle capitaliste. Ici, la critique sociale se réduit essentiellement au dualisme entre exploiteurs et exploités, dominants et dominés, conservateurs et progressistes, droite et gauche, méchants et bons. Donc, rien de nouveau sous le soleil. Les fronts sont toujours les mêmes. Et un Marx réduit au pourfendeur des « profits immoraux » jouit alors de nouveau d’un droit de présence dans les grands média.

Heureusement, en marge de cette confrontation médiatico-électorale entre libéralisme et altermondialisme - version modernisée de la social-démocratie -, d’autres formes de critique sociale ont commencé à se formuler. Dégagés de l’obligation de lancer des slogans pour rassembler des foules, certains auteurs ont notamment pris la liberté de focaliser leur critique sur le statut réel des sujets créés par le capitalisme et de mettre en doute le mythe d’une gauche, ou d’une extrême gauche, héroïquement opposée à un capital toujours désireux d’annuler les « conquêtes des travailleurs » ou des « minorités ». Malgré leurs très grandes différences, voire oppositions, sur de nombreux points, on peut retrouver cette perspective chez des auteurs comme Luc Boltanski, Serge Latouche (et plus en général les auteurs liés au thème de la « décroissance »), Dany-Robert Dufour, Annie Lebrun, Jaime Semprun ou Jean-Claude Michéa, pour se limiter à des auteurs français. Leurs sources sont très variées et vont des idées situationnistes jusqu’à la psychanalyse lacanienne, du surréalisme à l’écologie. En même temps, on commence à assister à la diffusion d’une critique qui a son point de départ dans une reprise des catégories de la critique de l’économie politique formulée par Marx (le Marx « ésotérique ») : c’est la critique de la valeur et du fétichisme de la marchandise. J’en ai exposé l’essentiel dans mon livre Les aventures de la marchandise[2]. Il est encourageant de pouvoir constater un début d’échanges entre ces différentes approches qui aboutira peut-être un jour à une nouvelle critique sociale capable d’unir l’acuité de la description phénoménologique à la rigueur des analyses de fond.
C’est dans ce sens que je me propose de commenter une partie de l’œuvre de Jean-Claude Michéa. On y trouve des aspects auxquels non seulement on peut souscrire sans réserve, mais qui ouvrent en outre des véritables perspectives nouvelles pour la compréhension de l’« apocalypse de notre temps » et pour lesquels il faut lui savoir gré. En revanche, il y a d’autres développements sur lesquels on ne peut qu’exprimer, du point de vue de la critique de la valeur, un désaccord, parfois même très fort. Et c’est un bon signe pour les nouvelles conditions de la critique : il n’existe plus une échelle unique pour déterminer si une pensée est proche ou éloignée d’une autre, on ne doit plus s’inscrire obligatoirement dans un des partis de la réflexion qui font que ceux qui partagent les opinions sur « a » les partagent forcément aussi sur « b ».
 
La thèse principale de Michéa ne peut que paraître provocatrice pour un militant de la gauche : il décrit « la gauche » comme une forme du libéralisme. Cependant, cette amère constatation est effectivement essentielle pour comprendre l’histoire du capitalisme. Au début de Les Aventures de la marchandise, j’ai écrit que Marx, avec une partie de son œuvre (la partie « exotérique »), a été « le théoricien de la modernisation, le “ dissident du libéralisme politique ” (Kurz), un représentant des Lumières qui voulait perfectionner la société industrielle sous la direction du prolétariat » (p. 12). Michéa a absolument raison de souligner que le capitalisme n’est pas conservateur par son essence et que l’esprit bourgeois n’est pas égal au capitalisme. Il analyse avec acuité la contribution que beaucoup des combats de la gauche post-soixante-huitarde ont fournie à la modernisation du capitalisme, comme le culte de la jeunesse, du nomadisme et des hommes sans qualités et sans liens (dont Deleuze a été le chantre le plus excessif)[3]. Il pointe les ambiguïtés de la « philosophie du soupçon » et de la « démolition des héros », et plus généralement les ravages de l’éducation contemporaine. En même temps, on comprend que sa critique des Lumières est toujours conduite au nom du « projet moderne d’émancipation » et n’a rien à voir avec un simple regret nostalgique du monde qui fut, y compris son ordre social – regret qui commence à se répandre, même dans certaines niches de la critique anti-industrielle. Michéa combat la conviction que la croissance des forces productives renversera les rapports de production dans un sens émancipateur et il voit, à raison, dans les théories d’A. Negri et de ses suiveurs un avatar de cette illusion qui dure depuis deux siècles.
 
Finalement, la grande force de Michéa, c’est d’insister sur la nécessité d’une réforme morale pour sortir du bourbier de la société marchande. Ce thème est rarement abordé par ceux qui se veulent des ennemis du système, parce que l’exigence morale suppose que chacun est capable de faire un effort personnel pour se dérober partiellement au système, au lieu de se concevoir comme sa simple victime. Des meilleures pages de Michéa se dégage, comme d’ailleurs chez son inspirateur Christopher Lasch, un véritable air de « sagesse », où le personnel rejoint l’universel.
 
Cependant, les théories de Michéa suscitent au moins deux grandes objections. La première concerne son refus de reconnaître la centralité de la critique de l’économie politique pour comprendre la société capitaliste. La deuxième, qui d’une certaine manière en découle, touche à la place centrale que les concepts de « common decency » et de « peuple » occupent dans sa réflexion.
 
Il est communément admis que le « matérialisme historique » constitue un des piliers de la pensée de Marx et du marxisme entier. Cette affirmation n’est pas fausse, même si Marx et Engels ont peu à peu approfondi les premières définitions un peu simplistes qu’ils en avaient données dans leurs œuvres de jeunesse L’Idéologie allemande et Misère de la philosophie, auxquelles se réfère Michéa (EMM 63[4]). L’explication matérialiste de l’histoire a signifié une grande rupture avec toute historiographie précédente, et un certain unilatéralisme, que le matérialisme historique a toujours gardé même chez Marx lui-même, est aussi dû à cette nécessité de soutenir avec vigueur une perspective entièrement nouvelle (en effet, les libéraux n’avaient jamais appliqué leur anthropologie de l’égoïsme à l’histoire). La fossilisation de l’œuvre de Marx dans le marxisme ultérieur, devenu l’idéologie officielle d’un mouvement ouvrier qui agissait désormais à l’intérieur des catégories capitalistes de base qui n’étaient plus mises en question, a également transformé l’intuition matérialiste originelle en article de foi et en dénonciation obsessionnelle de l’« idéalisme bourgeois ». Mais à la différence de ce que pense Michéa (EMM 69), l’explication matérialiste de l’histoire n’est pas logiquement identique à la croyance dans le progrès, sur laquelle d’ailleurs le vieux Marx commençait à avoir des doutes. Le matérialisme historique a plutôt partie liée avec le schéma « base » versus « superstructure », selon lequel les activités de production et reproduction matérielles, d’un côté, et tout le reste de l’existence humaine, de l’autre, se trouvent dans une relation de cause à effet. L’activité économique serait, toujours et partout, au centre de la vie humaine. C’est le constat, dès lors, de l’importance indéniable d’autres facteurs, tels que le langage, la psychologie ou la religion qui a valu au marxisme, et à Marx lui-même, le reproche d’« économisme » et a poussé beaucoup d’intellectuels partis de Marx – comme Castoriadis ou Habermas – à ravaler le marxisme au rang de « science auxiliaire », encore utile pour comprendre certains mécanismes économiques, mais absolument inadéquate pour saisir la complexité de la vie moderne.

Un des points forts de la critique de la valeur est d’avoir rompu radicalement avec la dichotomie de base/superstructure – non au nom d’une « pluralité » supposée de facteurs, mais en prenant appui sur la critique marxienne du fétichisme. Le fétichisme de la marchandise n’est pas une fausse conscience, une mystification, mais une forme d’existence sociale totale, qui se situe en amont de toute séparation entre reproduction matérielle et facteurs mentaux, parce qu’il détermine les formes mêmes de la pensée et de l’agir. Il partage ces traits avec d’autres formes de fétichisme, telle la conscience religieuse. Il pourrait ainsi être caractérisé comme un a priori – qui cependant n’est pas ontologique comme chez Kant, mais historique et sujet à évolution. Cette interrogation sur les codes généraux de chaque époque historique sauvegarde en même temps, contre la fragmentation introduite par l’approche poststructuraliste et postmoderne, une perspective unitaire. Le développement de cette approche en est encore à ses débuts, mais on peut indiquer, comme exemple de son pouvoir heuristique, le regard qu’il permet de jeter sur la naissance du capitalisme aux XIVe et XVe siècles
[5] : il y a un lien entre les débuts d’une vision positive du travail dans les monastères le long du Moyen Âge, la substitution du « temps abstrait » au « temps concret » (et la construction des premières horloges), les innovations techniques et l’invention des armes à feu – cette dernière était à l’origine du besoin énorme d’argent des États naissants, qui a impulsé la transformation des économies de subsistance en économies monétaires. Il est impossible d’établir dans ce cas une hiérarchie entre des facteurs « idéaux » (la conception du temps, la mentalité de travail) et les facteurs matériels ou technologiques ; en même temps, il ne s’agit pas d’une simple coïncidence entre éléments indépendants. L’aptitude à l’abstraction et à la quantification semble constituer ici ce fétichisme, ce code a priori, cette forme de conscience générale sans lesquels les innovations technologiques ou les découvertes géographiques n’auraient pas eu le même impact – et vice-versa.
 
Ce « dépassement » du matérialisme historique – une véritable Aufhebung au sens hégélien – n’est pas une tâche aisée ; il s’agit plutôt d’un travail de longue haleine. Malheureusement, le rejet – très justifié – de la vulgate matérialiste a conduit beaucoup d’esprits, à partir des années soixante, à saisir simplement l’autre alternative du dilemme traditionnel et à retourner à des formes d’explication « idéaliste » de l’histoire. C’est le cas de l’œuvre de M. Foucault avec ses « épistémès » venus de nulle part, ainsi que du « déconstructivisme ». Michéa, lui aussi, tient à se démarquer explicitement du « matérialisme historique » (EMM 63). Il semble ainsi que le capitalisme et la société libérale existent parce que quelqu’un les a imaginés et que quelqu’un d’autre s’est appliqué à mettre en pratique ces idées. Le capitalisme serait, selon Michéa, « d’abord une métaphysique (et seulement ensuite le système réellement existant engendré par la volonté politique d’expérimenter cette métaphysique) » (IAS 130, italiques dans l’original). Il écrit dans son dernier livre : « Je soutiens, en effet, que le mouvement historique qui transforme en profondeur les sociétés modernes doit être fondamentalement compris comme l’accomplissement logique (ou la vérité) du projet philosophique libéral, tel qu’il s’est progressivement défini depuis le XVIIe siècle » (EMM 14, italiques dans l’original). Le libéralisme a été voulu avant d’être mis en œuvre et, depuis plus de deux siècles, les « élites politiques occidentales » ont entrepris de « matérialiser les dogmes à l’échelle du monde entier » (EMM 68)[6].
Or, il est juste de mettre en relief que le capitalisme possède des racines métaphysiques et n’est pas seulement, comme il se présente lui-même, un projet rationnel de domination du monde, issu des Lumières et par définition au-delà de toute métaphysique et de toute religion. On peut démontrer, au contraire, que la valeur économique et son auto-valorisation permanente n’ont pas seulement pris la place des anciens dieux auxquels il fallait sacrifier, mais que la valeur (et donc le travail, le capital, l’argent, etc.) ont des origines directes dans les anciennes métaphysiques. Ils sont en bonne partie des sécularisations de ce qui  dans le passé se présentait ouvertement comme religieux. Walter Benjamin a été un des premiers à faire des réflexions intéressantes à ce propos[7].
Mais chez Michéa il s’agit de quelque chose d’autre : il affirme que les conditions pour la naissance du capitalisme avaient déjà été réunies plusieurs fois dans l’histoire et que le capitalisme n’est donc pas la « conséquence inéluctable du degré de développement objectif » (IAS 63), parce qu’il fallait aussi une certaine « configuration politique et philosophique » (IAS 64). Cependant, il ne décrit pas un processus anonyme, où les actes sociaux et les idées sont les deux faces de la même forme fétichiste, mais il nous présente une philosophie qui a été, selon lui, capable de remodeler la réalité. Sa thèse est exposée avec clarté : les horreurs des guerres de religion aux XVIe et XVIIe siècles ont fait naître le projet libéral de bâtir une société qui ne demande plus aux hommes d’être bons, mais seulement de respecter certaines règles qui leur permettent de suivre leur intérêt propre. Mais c’est ici que surgit un problème : si un siècle de massacres au nom de la religion peut effectivement expliquer la philosophie d’un Hobbes ou d’un Spinoza, il n’explique pas du tout la persistance de cette pensée une fois les guerres de religion terminées. Le trauma a été trop durable ? L’histoire démontre cependant que les idées tombent très vite dans l’oubli dès que disparaît le contexte qui les a fait naître. Lorsque le libéralisme a commencé à remporter ses véritables triomphes, au début du XIXe siècle, il y avait maintes choses beaucoup plus présentes à l’esprit des contemporains que les guerres de religion. Il y a alors deux possibilités : ou le libéralisme a gagné parce qu’il était « en phase » avec les « nécessités » du capital, une fois que celui-ci était devenu la forme prédominante de reproduction sociale. Ou il faut attribuer un rôle déterminant aux idées et aux « élites » capables de les imposer par la force et la ruse. Cette deuxième hypothèse conduit ainsi vers une explication du capitalisme comme conspiration permanente des grands seigneurs méchants contre le bon peuple. Michéa refuse explicitement les « théories du complot », mais on se demande si ainsi elles ne risquent pas de rentrer par la fenêtre.
On peut appliquer au rôle des idées – par exemple, le « projet d’organiser scientifiquement l’humanité » (EMM 67) auquel Michéa attribue un grand rôle en ce qui concerne la naissance de l’Union soviétique – l’argument que Michéa oppose très justement à ceux qui attribuent un rôle décisif aux inventions technologiques (et qui n’existent pas seulement dans le champ marxiste – il suffit de penser à M. McLuhan) : des inventions comme la machine à vapeur ont été faites plusieurs fois dans l’histoire, mais encore fallait-il que toutes les autres conditions – sociales et « de mentalité » – fussent réunies avant que ces inventions pussent être adoptées et développer leur potentiel. Ce raisonnement vaut aussi pour les idées : pourquoi une pensée qui existait, ou qui aurait pu exister, depuis longtemps, a-t-elle commencé à jouer son rôle historique en ce moment précis ? Déjà Campanella voulait faire diriger sa « Cité du soleil » par des prêtres- scientifiques. 
Finalement, Michéa a raison de critiquer la projection rétrospective des catégories économiques modernes sur les sociétés précapitalistes, comme le fit Engels dans ses dernières œuvres. Mais le « matérialisme historique » n’est pas seulement né dans la société moderne, il dit aussi la vérité sur celle-ci : c’est le développement capitaliste lui-même qui a effectivement soumis la totalité de l’existence humaine aux impératifs économiques – ou directement, ou indirectement avec la création d’idéologies et de sphères de vie qui doivent assurer le fonctionnement de la machine économique. Le totalitarisme de la marchandise a donc réalisé le matérialisme énoncé par le marxisme. Cette constatation prend tout son sens lorsqu’on considère que la domination de l’économie capitaliste n’est pas un projet qui serait éthiquement injuste, mais rationnel et réalisable – il est plutôt la quintessence de l’irrationnel et de l’autodestruction. Et ceux qui dénoncent l’« économisme » de Marx croient découvrir une insuffisance de la théorie de Marx, quand en vérité ils nient le défaut principal de la réalité capitaliste : son « économisme réellement existant ».
Souvent, on jette avec l’eau sale de l’« économisme » toute la critique de l’économie politique. Pour une critique sociale qui se veut radicale, il est fondamental de reconnaître dans les catégories de base de la société capitaliste – la marchandise, la valeur, le travail, l’argent, le capital, la concurrence, le marché, la croissance – des catégories appartenant à la seule modernité capitaliste, et non des éléments indispensables à toute vie en société. Il ne suffit pas de critiquer les seules idées dominantes et de croire que le système fonctionne essentiellement en manipulant les consciences des gens. La critique de la « représentation économique du monde » (IAS 53) est prioritaire selon Michéa – mais il ne s’agit pas seulement de la « représentation », c’est-à-dire de la prédominance de l’économie dans les têtes. Il faut surtout battre en brèche la domination réelle de l’économie, qui frappe également ceux qui la détestent. On peut souvent constater dans les milieux « critiques » la conviction que le capitalisme entrerait en crise si seulement il perdait l’approbation de ses sujets[8]. Mais la crise écologique démontre clairement la dissociation totale entre la conscience et ce que les mécanismes anonymes de la concurrence nous forcent à faire tous les jours. Ces discours – pour ne pas parler des théories déconstructivistes, pour lesquelles agir sur les représentations est la seule façon d’agir tout court, parce que les représentations sont la seule réalité – finissent toujours par nous ramener à la fameuse phrase du début de L’Idéologie allemande, où Marx et Engels se moquent des jeunes hégéliens (véritable chaînon manquant entre les sophistes et les postmodernes) qui croient que les hommes se noient parce qu’ils ne réussissent pas à se libérer de l’idée de la pesanteur…

 Anselm Jappe


http://palim-psao.over-blog.fr
[1] L’empire du moindre mal, éd. Climats 2007

[2] Éditions Denoël, 2003. Voir également le Manifeste contre le travail (éd. 10/18) et les écrits de Robert Kurz traduits en français (Lire Marx, éd. La Balustrade ; Avis aux naufragés, éd. Lignes ; Critique de la démocratie balistique, éd. Mille et une nuits), ainsi que Le temps, le travail et la domination sociale, de Moishe Postone,  à paraître prochainement chez Fayard.

[3] Le passage du libertaire au libéral explique en effet bien l’expérience de ma génération et les conséquences inattendues des meilleures intentions. Je me souviens de l’époque (j’étais lycéen en Allemagne dans les années soixante-dix) où nous (les jeunes d’extrême gauche, les anarchistes, les freaks, soucieux surtout de n’être pas « bourgeois ») nous sentions courageux parce que nous soutenions que chacun n’est mû que par son intérêt personnel et qu’en dernière raison on fait tout par égoïsme, même ce qui se présente comme un acte de générosité (on le fait alors pour sa réputation). Cela nous semblait provocateur et « progressiste » : nous mettions à nu l’hypocrisie bourgeoise. En effet, il était assez juste de s’opposer aux assertions – encore très courantes – selon lesquelles les enseignants n’opéraient que pour le bien des élèves, que les parents se sacrifiaient pour les enfants, que l’État pensait à ses citoyens, que les fonctionnaires publics n’agissaient que par leur sens du devoir et que nous devions donc en retour à ces figures d’autorité de la gratitude et de la confiance, parce que même lorsque leurs actes ne nous convenaient et ne nous convainquaient pas du tout, cela n’était dû qu’à notre manque de maturité. Certains enseignants nous accusaient d’« ingratitude ». Cela me faisait tomber des nuages. Nous aurions dû éprouver de la gratitude pour ceux qui avaient gâché notre jeunesse pour nous « adapter » (mot-clef de nos discours) à un système méprisable ? Mais nous ne nous arrêtions pas au fait de découvrir les intérêts propres de nos tuteurs. Les échos qui nous parvenaient du matérialisme historique et de la psychanalyse, encore mal vus de l’idéologie officielle, nous conduisaient à démolir avec une espèce de joie méchante toute l’idéologie « bourgeoise » de l’altruisme, sans nous laisser apercevoir qu’avec une telle anthropologie pessimiste il serait assez difficile de construire cette société émancipée qui restait notre horizon politique. Ainsi, nous avons involontairement anticipé sur un stade du développement capitaliste qui alors était encore à venir : le libéralisme pur et dur, libre du tribut hypocrite que ses prédécesseurs payaient encore à la « vertu ». Le culte que certains vouaient à Sade constituait également une manière de célébrer l’égoïsme le plus total au nom de l’émancipation (voir mon article « Sade, prochain de qui ? » in Illusio n° 4, 2007).
[4] EMM = L’Empire du moindre mal, Climats, 2007 ; IAS = Impasse Adam Smith, Climats, 2002.

[5] Michéa, lui aussi, se propose d’expliquer la naissance de cette « exception occidentale » (EMM 20) – mais en faisant débuter sa genèse au XVIIe siècle, ce qui est décidemment trop tard.

[6] Il faudrait aussi remarquer que les libéraux d’aujourd’hui n’ont pas du tout le droit de se revendiquer de penseurs comme Tocqueville. Certaines des considérations de celui-ci comptent parmi les meilleures mises en garde jamais faites contre les dangers du totalitarisme « doux » d’une société parfaitement libérale et marchande.

[7] W. Benjamin, « Kapitalismus als Religion », en français en ??? 

[8] Il apparaît donc très douteux que, comme l’affirme Michéa, « le système capitaliste développé s’effondrerait d’un seul coup [ !] si les individus n’intériorisaient pas en masse, et à chaque instant, l’imaginaire de la croissance illimitée, du progrès technologique et de la consommation comme manière de vivre et fondement de l’image de soi » (« Conversation avec Jean-Claude Michéa », dans À contretemps n° 31, p. 8). En effet, il dit ailleurs très justement que « nous sommes globalement libres de critiquer le film que le système a décidé de nous projeter […] mais nous n’avons strictement aucun droit d’en modifier le scénario » (idem, p. 10).

vendredi 7 octobre 2011

YALLA, YALLA, FISSA, FISSA !

Philippe Labbey est  Mort fin août 2011

ET L'ON VOYAIT MARCHER CES VA-NU-PIEDS SUPERBES SUR LE MONDE ÉBLOUI  

I


« A la fin tu es las de ce monde ancien. »

(Guillaume Apollinaire)




La révolte dans le monde arabe s'est ingéniée à démentir un grand nombre de penseurs ou de commentateurs autorisés. On se souvient de l'affirmation malheureuse de Hegel : « Dans la partie principale de l'Afrique, il ne peut y avoir d'histoire » (Remarque très discutable, on croyait Martos meilleur connaisseur de Hegel qui ici désigne Spécifiquement l’Afrique noire...). Puis au siècle dernier du thème de la fin de l'histoire agité en tous sens par Fukuyama et consorts. Plus récemment les experts de tous poils affirmaient doctement que si le système dit communiste (en réalité capitaliste d’État) s'était effondré en 1989, il était impossible qu'un bouleversement d'une ampleur comparable puisse se produire dans la sphère arabe, qui constituait une exception puisqu’elle était « inapte à la démocratie ». Les mêmes experts stipendiés, à la botte du spectacle, ont ensuite essayé de faire croire à leurs pauvres lecteurs ou auditeurs que les dictatures arabes ne pourraient aucunement s’effondrer face à la révolte, car elles avaient des assises inébranlables comme une armée et une police redoutables. Et cela ils l'affirmaient encore la veille même de la chute d'un Ben Ali ou d'un Moubarak. Si tout expert « sert son maître, (...) l’expert qui sert le mieux, c’est, bien sûr, l’expert qui ment. Ceux qui ont besoin de l’expert, ce sont, pour des motifs différents, le falsificateur et l’ignorant. Là où l’individu n’y reconnaît plus rien par lui-même, il sera formellement rassuré par l’expert. » (Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle). Et Machiavel, autre fin connaisseur, observe justement que « pour prévoir l’avenir, il faut connaître le passé, car les événements de ce monde ont en tout temps des liens aux temps qui les ont précédés. Créés par les hommes animés des mêmes passions, ces événements doivent nécessairement avoir les mêmes résultats ». En 1848 la plupart des régimes européens se sont effondrés en l'espace de six mois. 



II  

         

« Les peuples somnolaient mais le destin prit soin qu'ils ne s'endormissent pas.» 
 (Hölderlin)

Mais les révoltes arabes expriment aussi bien la déconfiture des tendances technophobes pseudo critiques qui ne voient dans la technique en général et dans Internet en particulier que de l'aliénation et rien d'autre. Il est vrai que la dialectique s'est toujours refusée à ces sectes troglodytes. Or la dialectique c'est d'abord faire ce que l'on peut avec ce que l'on a, et ça passe aujourd’hui par le bon usage ou le détournement des blogs, des réseaux sociaux (technologies qui sont évidemment à double tranchant, comme Twitter ou le si justement décrié Fesse Bouc). La domination ne s'y trompe pas qui coupe prioritairement Internet et téléphone dès qu'elle se sent menacée, de l’Égypte à la Syrie et jusqu'en Mongolie. Lors de la grève de l'usine Honda à Zhongshan, en 2010, les ouvriers et syndicalistes réussirent à s'organiser sur les réseaux sociaux et vidéo par téléphone portable, malgré le contrôle policier : de quoi donner des idées aux quatre cent cinquante millions d'internautes chinois. Et le Beijing Youth Daily du 6 mars 2011 de fustiger ceux qui « utilisent l’Internet pour fabriquer et disséminer de fausses informations, inciter à des rassemblements illégaux afin d’importer en Chine le chaos du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, et semer la confusion en Chine ». A Pékin les dirigeants ressassent chaque matin, de plus en plus inquiets, la pensée de leur ancien prédécesseur : « Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine » (Mao Tsé-Toung, 1930). L'étincelle en l’occurrence ce fut Mohamed Bouazizi qui en s'immolant à Sidi Bouzid déclencha un incendie (la révolte du bassin minier de Gafsa en 2008 ayant préparé le terrain ; il faut lire De Bello Punico (La guerre sociale en Tunisie), l'édifiant texte de Quentin Chambon publié par les Éditions Antisociales en Juin 2011) qui aboutit un mois plus tard à la fuite du dictateur tunisien. C'est par Internet que la nouvelle a circulé et mis le feu si vite à la Tunisie, alors qu'elle aurait pu rester localisée et ignorée, car Internet sert aussi à informer, rassembler, ameuter, émeuter ; de même les images numériques de particuliers comme de professionnels donnent une vue planétaire instantanée d'une manifestation, de sa répression, des blessés, des dégâts, permettant une réaction et une interaction spontanées. Lorsque ce qui se passe dans un endroit de la planète a un effet rapide et majeur en un autre endroit, le virus de la liberté peut se répandre comme une traînée de poudre, et de la place Tahrir à la Puerta del Sol il n'y a plus qu'un pas : si los de abajo se mueven, los de arriba se caen. Ces conditions nouvelles facilitent une participation immédiate et directe des masses à leur propre histoire, et permettent de se passer de chefs et autres sauveurs suprêmes. Que cette accélération de la technologie produise aussi une accélération de l'histoire, voilà bien une conséquence savoureuse de ce que Guy Debord annonçait, comme admis partout, dans ses Commentaires (…) : « C’est une société fragile parce qu’elle a grand mal à maîtriser sa dangereuse expansion technologique » (une conséquence contraire étant que le réacteur en fusion de Fukushima continue à s'enfoncer dans le sol à l'heure où j'écris). De plus, lorsque le despotisme de la vitesse prend de vitesse les despotes, la domination doit nécessairement s'adapter. « Avec les nouveaux moyens de communication on ne gouverne plus de la même façon » (Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa). Ces nouveaux moyens de communication, lorsqu'ils sont utilisés comme armes de mobilisation massive, permettent aussi d'infliger certains dégâts à l'ennemi. Exemple parmi d'autres, le collectif informel de pirates Anonymous (dont la devise est : « Nous sommes Anonymous. Nous sommes légion. Nous ne pardonnons pas. Nous n'oublions pas. Redoutez-nous. ») a lancé depuis la fin de l'année 2010 plusieurs cyberattaques contre les sites officiels de la plupart des dictatures arabes, et revendiqué le détournement du site du ministère de la défense syrien. La page d'accueil du site de ce ministère avait été remplacée par un message disant : « Au peuple syrien, le monde est à vos côtés, contre le régime brutal de Bachar Al-Assad. Sachez que le temps et l'histoire sont de votre côté » (Le Monde du 9/8/11). 


III 
                                                                                                           
 « Tout semble voué à la disparition, rien ne demeure. »
                                                                      (Hegel)

Mais si à l'échelle de ce temps historique irréversible la dictature tunisienne, puis égyptienne, ont été renversées assez vite, celle de Kadhafi a trainé un peu. Après avoir éliminé la monarchie en 1969, puis nationalisé le pétrole, Kadhafi instaura un régime de capitalisme d’État. Le kadhafisme fut un invraisemblable salmigondis où se mêlaient anti-impérialisme et fascisme, islamisme et nationalisme, sans oublier une bonne touche d’anarcho-syndicalisme. A demi fou, entre franche corruption et répression féroce, le personnage s'assura cependant le relatif soutien d'une couche limitée de la population en redistribuant, sur un mode par ailleurs fort inégal, une petite partie de la manne pétrolière. Les conditions de survie des libyens étaient parmi les moins mauvaises du continent africain, et ce ne sont pas tant l'augmentation des matières premières et les émeutes corollaires de la vie chère qui firent éclater la révolte, mais tout le reste de la vie qui était devenu irrespirable après quarante deux ans de dictature : « J'irai jusqu'au bout, c'est la liberté ou la mort ! dit un insurgé le regard fier.» (Le Monde du 9/3/11). L'insurrection, déclenchée spontanément en février et vite suivie de la création d'un Conseil National de Transition, fut assurément l'occasion pour Sarközy de Nagy-Bocsa de tenter de redorer son blason après la franche bévue tunisienne, tout en visant sa réélection ; et l'intervention militaire extérieure contre l'ami et allié de la veille fut décidée sur la base du jugement stratégique époustouflant d'un amuseur public : « Monter une offensive terrestre supposerait, pour Kadhafi, une logistique dont il n’a plus les moyens dans l’état de débandade avancé où se trouvent aujourd’hui, selon nos informations, son régime et son armée. » (Bernard-Henri Levy le 6 mars 2011, dans le Journal du Dimanche du même jour). Puis, parmi ceux qui soutinrent mordicus le dictateur libyen malgré sa sanglante répression de la révolte, on remarque le leader de la « révolution bolivarienne », qui écrit le 25 février : « Vive la Libye et son indépendance ! Kadhafi est confronté à une guerre civile ! » avant il est vrai de moduler par la suite : « Je ne vais pas condamner Kadhafi, je ne suis pas sûr que ce soit un assassin ». Mais si le président Chávez n'est pas sûr que Kadhafi est un assassin, qu'en pense le conseiller de son ministre de l'information et de la communication, Eduardo Rothe, qui fut membre de l'Internationale Situationniste ? Et pense-t-il également comme Chávez que la Syrie est victime d'un complot impérialiste alors que le peuple syrien se fait massacrer dans tout le pays ? Eduardo Rothe a-t-il donc abdiqué tout esprit critique, lui qui manifesta quelques qualités dans l'IS et ensuite ? Comme disait Orwell : « Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres (...) ». En réalité le chavisme, cette auberge espagnole de tous les gauchismes qui se présente comme le « socialisme du XXIe siècle », n'est que le dernier avatar de la révolution comme spectacle, un autre capitalisme d’État paternaliste basé sur la redistribution des revenus du pétrole, mais où l’initiative autonome du prolétariat fait le plus souvent cruellement défaut. Mais revenons-en à l'intervention de l'OTAN : si l'opération « Aube de l'Odyssée » a, à juste titre, été dénoncée comme une ingérence non dénuée d'arrières pensées pétrolières sous couvert d'humanitaire, elle eut aussi l'inconvénient de vouloir transformer rebelles et insurgés en soldats d'une armée régulière plongés dans une militarisation à outrance du conflit, ce qui n'est jamais très bon du point de vue de la révolution sociale. Mais il était pourtant nécessaire de chasser le dictateur en armant les insurgés, faute de voir l'insurrection écrasée pour de longues années, avec de néfastes conséquences dans le reste du monde arabe, en Syrie notamment, et sans doute au delà (ce que même un trotskyste pouvait comprendre : « " Notre solidarité pleine et entière va au peuple libyen, auquel il faudrait donner les moyens de se défendre, les armes dont il a besoin pour chasser le dictateur, conquérir la liberté et la démocratie ", a indiqué le parti d’Olivier Besancenot », Libération du 19 mars 2011). Il n'y a finalement nulle contradiction dans tout cela, mais plutôt cette ruse de la raison dans l'Histoire, où les puissants poursuivent des buts personnels tout en étant aussi sans le vouloir ni le savoir au service de ce qui les dépasse. Aujourd’hui Kadhafi est enfin dégagé, les insurgés peuvent s’expliquer entre eux ; la question qui importe désormais est : jusqu’où pourra ou voudra aller la tendance la plus radicale de cette insurrection ?


IV




« Si tu ne cherches pas l'inespéré, tu ne trouveras rien. »
(Héraclite)



Renversement de perspective, fin de la passivité spectaculaire : « Avant je regardais la télévision, maintenant c'est la télévision qui me regarde », s'exclamait un manifestant victorieux de la place Tahrir, et partout dans le monde arabe d'innombrables spectateurs sont devenus en un même mouvement acteurs de leur propre vie et sujets conscients de l'histoire. Après la décennie Huntington où le prétendu choc des civilisations et sa stigmatisation corollaire ont entretenu une réaction symétrique dans la sphère arabe, c'est aujourd'hui directement et sans médiation que les masses se sont mises en mouvement (« Ce qui est bien dans ces révoltes arabes est qu'elles n'ont pas été faites au nom de l'Islam, ni au nom de la cause palestinienne, deux choses qui ont été énormément utilisées pour soumettre les peuples arabes », Majida Khattari, Le Monde du 11 septembre 2011 ) ; ce qui est enclenché dans les têtes, c'est la baisse tendancielle du pouvoir d'attraction du fondamentalisme et de l' intégrisme, qui ne sont plus au centre de ce qui monte, et seront bientôt à la périphérie de ce qui reflue. Il y aura encore des soubresauts, mais on entre dans une autre période : les révolutions tunisienne, égyptienne et libyenne, en créant des conditions objectives prometteuses tout en amorçant une libération irréversible des subjectivités, ont initié un processus qui s'il s'approfondit mènera jusqu’à la désaliénation totale ; mais encore faut-il pour cela que ce début de prise en main par chacun de sa propre vie, comme l'esquisse d'autogestion apparue ci et là, dans divers comités révolutionnaires ou de quartier notamment, ne s’évanouissent pas dans les sables de la démocratie spectaculaire formelle ; mais bien plutôt qu'ils s'étendent au moyen de la démocratie directe, fusionnant avec les révoltes du monde, qui déjà s'inspirent de leur spontanéité sans leaders, de leur autonomie et de leur auto organisation. Si la durée de ce processus aux conséquences universelles dépend de divers facteurs en bonne partie imprévisibles, la tendance la plus radicale, au sens le plus extrémiste, s'est donnée pour but d'en accélérer le mouvement, déjouant les coups tordus de la domination comme les tentatives de récupération. Nous sommes pressés, cela va sans dire. 
                                                         


(18 septembre 2011)


lundi 3 octobre 2011

Vertus féminines

Crise du féminisme et management postmoderne
S’il faut en croire le mythe biblique de la création, la femme fut créée par Dieu à partir d’une côte ôtée à l’homme. Cette vision patriarcale est cependant ambiguë : d’une part, certes, la femme n’y est conçue qu’en tant que produit dérivé de l’homme ; mais il est dit, d’autre part, que l’homme est blessé par la « dissociation »[2] d’avec le féminin et souffre d’un sentiment de perte. Bien entendu, le problème ne se situe pas sur le plan anatomique. La « petite différence » que les enfants découvrent très tôt sur leur corps ne dit rien d’essentiel sur la façon dont les rôles sociaux et culturels sont attribués en fonction des sexes. La domination masculine (le patriarcat) ne découle pas de caractéristiques biologiques mais constitue au contraire un aspect déterminant de la forme sociale et résulte par conséquent de processus historiques.
Le patriarcat n’est pas une fatalité. Au cours de l’histoire, nombre de sociétés ont connu un rapport plus égalitaire entre les sexes. De surcroît, l’ethnologie comparée nous apprend que même les « caractères » sociaux ou psychiques qui nous paraissent aujourd’hui, en toute évidence, « typiquement féminins » ou « typiquement masculins », peuvent se voir distribués de façon complètement différente à d’autres époques, sous d’autres structures sociales et d’autres modes de production.
L’universalisme abstrait de la civilisation marchande moderne nous a toujours fait l’effet d’un système sexuellement neutre. La marchandise est la marchandise, et l’argent est l’argent : où donc la discrimination sexuelle pourrait-elle s’inscrire ? La persistance de structures patriarcales dans la famille et la société nous apparaît ainsi, à première vue, comme le simple reliquat d’un passé pré-moderne. C’est en ce sens que, depuis la Révolution française, le féminisme revendique l’« égalité » promise implicitement par la forme universelle de l’économie monétaire moderne. Et la réduction au masculin de la devise « liberté, égalité, fraternité » est déjà, de ce point de vue, le fruit d’un pur arbitraire, héritage d’une domination masculine enracinée dans les traditions. Il restait à ouvrir ce mot d’ordre aux dimensions d’une « sororité ».
Jusqu’à nos jours, sur le plan politique, le féminisme n’a guère réclamé davantage que la participation des femmes à l’universalisme de la société marchande, faisant valoir que l’« individu abstrait », particule élémentaire de la société, peut tout aussi bien être une femme qu’un homme. Mais, d’autre part, la recherche féministe en histoire et en sociologie a depuis longtemps montré que la discrimination et l’infériorisation dont la femme fait l’objet à l’ère moderne ne résultent ni d’un « reliquat » de conditions pré-modernes ni d’une simple volonté de pouvoir de la part du sujet mâle : elles s’ancrent au contraire profondément dans nos conditions modernes même. Car le système moderne de production de marchandises n’est pas aussi universel qu’il prétend l’être. Il possède une sorte de revers que la théorie sociale officielle préfère occulter et qui concentre tous les domaines et les moments de l’existence ne pouvant pas être exprimés en termes monétaires. De surcroît, cet envers du système est rien moins que sexuellement neutre, car c’est essentiellement aux femmes qu’on en a confié la responsabilité.
Il est constitué, en premier lieu, d’un certain nombre d’activités spécifiques devant prendre place dans le cercle domestique, hors du secteur de la production marchande : cuisine, ménage, garde des enfants, etc. Cependant, ces tâches connotées « féminines » ne se réduisent pas à un travail purement mécanique ; la femme est, en plus, chargée de créer une atmosphère agréable et chaleureuse, où l’on soit à l’abri du vacarme strident de la concurrence régnant « au dehors », dans le monde « réel » capitaliste de l’économie, de la politique et des sciences. Enfin, sur elle repose également le « soin » et l’« affection » – le « travail d’amour », pour ainsi dire – à l’égard de l’homme et des enfants. Dans cette perspective, sens des relations personnelles, qualités émotionnelles et « douceur » font clairement partie des nécessaires « vertus féminines ». A l’inverse, le « masculin » est associé à l’intellect, à la fermeté, et, par-dessus tout, à la compétitivité. Il n’est pas indispensable que l’homme soit beau, mais c’est là, en revanche, le premier devoir de la femme.
Quoiqu’en pensent la plupart des gens, la modernisation n’a pas atténué la domination patriarcale ; elle l’a, au contraire, intensifiée. Il revient à l’économie capitaliste d’avoir opéré entre hommes et femmes une scission si extrême qu’on pourrait croire qu’ils sont issus de planètes différentes. Dans les sociétés pré-modernes, aucune séparation stricte entre production de biens et sphère domestique n’existait encore. Les assignations de genre, par conséquent, y étaient autant moins rigoureuses, les femmes ayant pleinement leur place dans la production agricole et artisanale. Mais l’économie de marché moderne transforma la production de biens en une sphère autonome visant la maximisation d’un profit économique abstrait, et ainsi en un élément central de la sphère publique bourgeoise dominée par les hommes. Nous le savons bien : capitalistes et hommes d’affaires se recrutent majoritairement parmi la gent masculine.
Ce strict partage des fonctions entre les sexes apparu avec l’ère moderne ne pouvait pas être égalitaire. Certes, on ne peut nier que les activités et comportements connotés « féminins » soient tout aussi indispensables socialement que ceux qui concernent la production de biens, assignée, elle, au domaine fonctionnel « masculin » des affaires. Mais les femmes ne se voient aucunement remerciées pour leur participation à la reproduction sociale totale. Précisément et a fortiori parce qu’elles reçurent en partage tout ce qui, par nature, ne peut s’exprimer en termes monétaires – et, partant, « ne vaut rien » du point de vue capitaliste –, les femmes, au même titre que les domaines d’activités, caractères et vertus à elles impartis, ressortissent de l’inférieur et du secondaire.
Naturellement, avec l’avènement de l’ère moderne, les femmes, si elles y furent toujours rares, n’ont pas pour autant totalement disparu des sphères publiques bourgeoises, que l’on parle du monde du travail et de l’économie, ou de la vie politique, culturelle, etc. Néanmoins, le stigmate de dévalorisation qui les frappe s’est étendu également à ces domaines.[3] Une femme active professionnellement ou politiquement ne se débarrassera pas pour autant des caractéristiques sociales que la culture mâle dominante associe au « sexe faible ». Elle restera, de fait, en charge de la cuisine, des enfants et de l’« amour », et ne se verra jamais prise tout à fait au sérieux sur les plans économique et politique. Et nous ne parlons pas là seulement d’un carcan imposé de l’extérieur. Celui-ci existe, mais se double d’une représentation psychique intériorisée acquise par le biais de l’éducation. C’est bien connu : les femmes ayant une vie publique et professionnelle sont, aujourd’hui encore, moins nombreuses que les hommes, atteignent en général plus rarement une position élevée et sont aussi moins bien rémunérées.
A ce stade, le dilemme du mouvement féministe devient clair : renverser vraiment le patriarcat impliquerait de mettre en question l’ensemble du mode de production moderne ; non pas, bien sûr, à travers une idéalisation passéiste des sociétés agraires, mais par la revendication d’un changement radical dans l’organisation des forces productives. Tant que la logique « masculine » et destructrice qui pilote l’économie ne sera pas détrônée, les formes d’activité et les caractères soi-disant « féminins » demeureront qualifiés d’inférieurs et relégués à la sphère privée. Dépasser la dissociation structurelle entre, d’un côté, « logique » de l’argent et, de l’autre, « irrationalité » de la sphère domestique, du soin aux personnes et des émotions, apparaît comme la seule voie vers l’élaboration de rapports hommes-femmes plus émancipateurs.
En revanche, un féminisme qui en reste à revendiquer l’« égalité des droits » sans remettre en cause le mode de production, se condamne à l’impuissance du point de vue de la forme scindée de la vie sociale. L’appel au seul sens moral des hommes, qui réclamait que ceux-ci prennent part aux activités et comportements dissociés de la vie personnelle et familiale, s’éteint sans avoir reçu le moindre écho, et le féminisme a réduit peu à peu son champ aux seules sphères économique et politique. L’émancipation des femmes ne se mesure plus aux changements d’attitude des hommes en privée mais à la place des femmes dans la vie publique. L’idéal féminin postmoderne n’est pas la femme irrationnelle et câline, mais la « businesswoman » carriériste et androgyne. Au côté des figures encore bien vivantes de l’idiote blonde, de la vamp et de la ménagère toute dévouée à sa famille, voici venir la banquière célibataire qui pratique le jogging, surfe sur internet et trace son chemin en piétinant ses concurrents exactement comme un homme.
On assiste, au moins dans les métropoles où se concentre le capital financier, à une inquiétante convergence entre les sexes et entre les rôles qui leur sont assignés. Alors que la femme active doit faire preuve de davantage de fermeté et de froide « objectivité » si elle compte faire carrière, le management postmoderne, à l’inverse, découvre les vertus d’une soi-disant « intelligence émotionnelle » pour la stratégie d’entreprise et la performance individuelle en situation de guerre économique. Dernièrement, le « management affectif » a fait son apparition comme programme de coaching proposé par des livres et des séminaires. Des hordes d’« experts en émotions » et autres « chercheurs en sciences affectives » plaident pour la reconnaissance d’une « culture de l’émotion » ou de la possibilité d’une « gestion émotionnelle » du stress. Il s’agit clairement de manipuler ses propres sentiments et ressentis subjectifs, afin de les réguler dans une optique utilitariste. Les émotions, naguère reléguées à la sphère dissociée de la vie privée et des femmes, se voient donc en partie « récupérées » par le capitalisme et exploitées dans le cadre de techniques visant la réussite professionnelle.
Le côté pervers de ce projet devient particulièrement manifeste lorsque ces « techniques émotionnelles » sont employées à des fins de gestion du personnel. L’économiste allemand Hans Haumer, par exemple, va jusqu’à évoquer un « capital émotionnel », duquel on attend un certain rendement. Au moyen de « coefficients de capital émotionnel »[4], on s’emploie à mesurer à quel degré l’investissement personnel de telle ou telle unité de « technologie humaine » contribue au profit réalisé par l’entreprise. En clair, cela signifie que l’assujettissement des salariés aux exigences de flexibilité de l’économie, aux diktats de toutes sortes et à l’idéologie de la performance individuelle, pourrait, dans une certaine mesure, recevoir le renfort d’une « rationalisation des émotions ». Un patron doué d’« intelligence émotionnelle » évitera ainsi les frictions et donnera à ses employés le sentiment qu’ils sont aimés et appréciés, quand bien même en réalité il ne les considère ni plus ni moins que comme du matériel humain. L’utilisation du « capital émotionnel » aura atteint sa pleine efficacité lorsque, les larmes aux yeux, les gens remercieront la direction qui les jette à la rue.
De toute évidence, les comportements et les modes de vie séparés se rejoignent donc à nouveau – mais du mauvais côté : la sphère autonome de l’économie commence à absorber les normes de conduite, rôles et « caractères » réservés jusqu’ici à l’intimité et au foyer, afin de les instrumentaliser au service de la logique de l’argent. C’est seulement dans la mesure où l’homme postmoderne gagne en émotivité, que, parallèlement, la femme postmoderne peut désormais trouver une fonction économique à ses « vertus féminines » socialisées. Lorsque les médias suggèrent que le football féminin, le striptease masculin ou les mariages gays et lesbiens contribuent à apaiser les tensions dans la guerre des sexes, il n’est en réalité question que de réduire à ses fonctions économiques l’affectivité de la sphère privée. L’androgyne, qu’il soit mâle ou femelle, saura mobiliser sa « sensibilité » au même titre que sa « fermeté » pour vaincre la concurrence, et allier expertise dans le domaine professionnel et compétences relationnelles basées sur l’émotion, afin de faire tourner la machine à fric.
Si les tâches et les vertus entretenant l’équilibre émotionnel de la société capitaliste étaient naguère mal réparties entre les sexes, elles se voient aujourd’hui irrémédiablement fragilisées. A cet égard, la loi de la rareté rencontre une illustration ironique : la part de don de soi et de sensibilité utilisée pour lubrifier la machine économique, est perdue pour la sphère dissociée de la vie privée et de l’intimité. Dès lors que les activités et comportements « féminins » ne sont plus rejetés hors de la production marchande en tant qu’ils sont jugés incompatibles avec l’économie capitaliste, mais au contraire aspirés par celle-ci, il ne peut en résulter qu’une nouvelle dimension de la crise. En définitive, les moments de la vie sociale qui sont indispensables mais ne peuvent s’exprimer en termes monétaires, ne seront pas supportés ensemble par des hommes et des femmes émancipés : ils tombent simplement en désuétude.
La figure qui donne le ton aujourd’hui est en effet celle, médiatique, de la « femme qui veut tout », qui réconcilie carrière professionnelle et vie de famille et, de surcroît, parvient à se rendre jour après jour plus belle et plus appétissante en tant qu’« objet de désir ». Mais pour la plupart, cela représente un mode de vie beaucoup trop exigeant pour être supportable. Le pourcentage de femmes qui réussissent à accomplir avec classe ce numéro d’acrobate est infime. Seul un petit nombre de « businesswomen » peuvent se permettre d’entretenir l’illusion en déléguant les corvées du ménage, des enfants, etc., à des domestiques féminines (immigrées, noires, pauvres) – lesquelles n’ont alors plus de temps à consacrer à leur propre famille. Une écrasante majorité de femmes s’efforce désespérément de faire face à la gageure consistant à être présente à la fois dans les domaines économique, domestique et « affectif ». A l’ère postmoderne, comme l’a noté la féministe allemande Roswitha Scholz, le patriarcat ne disparaît pas : il revient « à l’état sauvage » et se scinde en différentes formes de barbarie.[5] C’est un monde qui fait de ses enfants des tueurs et des psychopathes.

[1] Paru dans la revue EXIT !, 2003 : http://www.exit-online.org/link.php?tabelle=autoren&posnr=140. [NdT]
[2] Cf. Roswitha Scholz, « Remarques sur les notions de “valeur” et de “dissociation-valeur” », in Illusio n°4/5 : Libido. Sexes, genres et dominations, 2007, article en ligne à : http://palim-psao.over-blog.fr/article-dossier-critique-de-la-valeur-genre-et-dominations-47134207.html. [NdT]
[3] « [...] contrairement à ce que certaines hypothèses stéréotypées peuvent laisser penser, le rapport entre les sexes n’a pas son “lieu” objectivé dans les sphères privée et publique. Depuis toujours, les femmes ont été présentes dans des sphères publiques, surtout dans le monde du travail ; mais la dissociation se poursuit à l’intérieur même de ces sphères publiques », Roswitha Scholz, op.cit. [NdT]
[4] Emotionaler Kapitalkoeffizient. En économie, le « coefficient de capital », rapport du stock de capital fixe productif (machines, bâtiments, etc.) à la valeur ajoutée, entre dans le calcul de la productivité. [NdT]
[5] « [...] au fur et à mesure que s’aggrave la crise structurelle du système capitaliste qui s’étend désormais à toute la surface de la planète, on assiste à une barbarisation globale du patriarcat producteur de marchandises », Roswitha Scholz, op. cit. [NdT]
 

vendredi 30 septembre 2011

Nous avions promis nous avons tenu parole...

Le "copwatch" (littéralement, surveillance de flics) est une pratique lancée aux États-Unis par le mouvement des Black Panthers dans les années 1960.

En décembre 2010, une polémique digne d'une comédie est née suite à la diffusion d'une dizaine de photos de policiers en civil parisiens. Le syndicat Alliance, à la pointe de la contestation policière, par l'intermédiaire de son secrétaire général Jean Claude Delage, s'en est allé pleurnicher auprès du ministre de l'intérieur de l'époque Brice Hortefeux, qui a immédiatement porté plainte. Comme de bien entendu, une enquête judiciaire a été ouverte (voir document en bas de page) à l'encontre de la pratique du COPWATCHING. Cette technique de lutte qui consiste à observer, répertorier et empêcher les violences policières a été rapidement criminalisée et réduite par les médias à une vulgaire réaction « antiflic ». En France, filmer les violences et dérives de la police est aussitôt pour eux devenu un délit.
Aujourd'hui, après des mois d'élaboration et parce qu'il était nécessaire de le faire, le premier site dédié au copwatching en France est né . Regroupant les données collectées dans un premier temps sur trois agglomérations du Nord de la France, Paris, Lille et Calais, ce site est consacré à la diffusion de renseignements précis sur l'ensemble des forces de l'ordre par le biais d'articles, d'images (photos et vidéos), mais aussi et surtout de trois larges bases de données sur la police. Ces bases de données, accessibles par tous, permettront à toute personne victime d'abus, d'humiliations ou de violences de la part des flics, d'identifier le ou les policiers auteurs de ces actes. Désormais, il ne sera plus question de quelques photos publiées de façon hasardeuse sur des sites dispersés, mais une mise en commun de dizaines de témoignages et d'images permettant d'avoir une vue d'ensemble des pratiques policières.Un accent tout particulier sera mis sur la surveillance des policiers en civil qui, sous couvert d'anonymat ont tendance à se comporter comme une milice politique digne de certains régimes autrement plus totalitaires. De Tunis à Millau, en passant par Téhéran, Paris et Athènes, les milices en civil ont retrouvé leur place dans les rangs de la répression d'État. Face à la montée du racisme et dans la prévision d'une nouvelle victoire idéologique de l'extrême-droite, ce site veut anticiper les futures violences de flics confortés par un pouvoir toujours plus fascisant. Par expérience, nous savons que le Front National et ses rejetons identitaires constituent un vivier pour beaucoup de flics, qui n'attendent que le moment où le pouvoir, qu'il soit sarkozyste ou lepeniste, leur lâchera la bride..
La recrudescence des actes violents commis par les forces de l'ordre, en toute impunité le plus souvent, ne nous a guère laissé d'autre possibilité. Toute compassion ou toute empathie pour les flics est exclue de ce site: nous considérons que les policiers ou les militaires, si tant est qu'ils ont un cerveau pour penser, savent dans quoi ils sont engagés et le font en toute conscience. Et la pénibilité de leur tâche n'excuse en rien leurs dérives autoritaires et violentes. Ces derniers temps, des vidéos montrant les dérives de la Police Aux Frontières (PAF) de Coquelles (Calais) envers les migrants a atteint le comble de l'ignominie et a considérablement renforcé notre volonté de combattre cette machine répressive et l'idéologie nauséabonde qui l'accompagne.
Après avoir infiltré des forums glorifiant la police nationale et des groupes facebook policiers, nous avons pu voir à quel point la xénophobie, les liens intimes avec les milieux néo-nazis et la diffamation atteignent des sommets, il nous est apparu indispensable de pointer du doigt ces attitudes malsaines et infantiles dans la police. Il nous a semblé crucial de démontrer que cette tendance est directement responsables des abus qui se multiplient, et qui peuvent amener des personnes à êtres mutilées ou assassinées par des tirs de flashball ou de taser, intimidées, humiliées, harcelées sexuellement ou frappées en garde-à-vue, par des policiers toujours plus confortés dans leur sentiment d'impunité.
Nous n'hésiterons pas à user de termes sévères à l'égard de la Police et de la Gendarmerie, car nous considérons ces institutions comme la fosse commune de l'humanité, le charnier de l'évolution, la mise à mort quotidienne de la déontologie et de l'éthique. Nous serons sans équivoque.
Ce site est véritablement à la disposition de toute personne ayant été témoin ou ayant subi la répression policière. Les informations qui nous seront communiquées seront vérifiées scrupuleusement et confrontées à d'autres témoignages si nécessaire, avant d'être diffusées.

La police n'a pas été créée pour protéger la population, mais pour la mettre au pas. Elle est un outil au service du Pouvoir, pour empêcher toute velléité de révolte et la tuer dans l'œuf, pour imposer un ordre social protégeant les élites et le système qui les engraisse.
Policiers, nous vous identifierons tous un-à-un,
Que votre impunité trouve une fin...

Communiqué

A l'attention des syndicats de police

  C'est sans surprise que nous constatons que le second syndicat de policiers, ALLIANCE, a réagi à la création du site internet copwatch nord-idf. Alliance tente une stratégie de communication que nous connaissons que trop bien. D'abord on fait passer le site pour anti- flic puis on fait croire que les familles de policiers vont être mises en danger. Tout cela est une belle mise en scène mais il faudrait parfois penser à évoluer. Ce site ne diffuse et ne diffusera jamais une seule donnée concernant les familles des policiers et comme nous l'avons dit précédemment, toutes ces informations récoltées sont basées sur un travail de terrain, d'observation, de contre-renseignement mais aussi de ruses. Nous appliquons les mêmes méthodes que vous, à la seule différence que vous, vous détruisez des familles entières. Avez vous réagi à la diffusion de policier de la PAF de Coquelles tabassant les migrants de Calais???NON.

          Pendant des mois nous n'avons rien dit, mais alors rien, mais qu'est ce qu'on a bossé sur vous. Et des choses, on va vous en montrer....

          Les méthodes anglo-saxonnes en matière de lutte contre l’oppression et la répression des forces de sécurité sont sans doute les meilleurs en la matière. Les polices états-uniennes subissent le copwatch depuis 20 ans et les résultats ont été sans équivoque. En conséquence et cela dans un futur proche, nous dévoilerons de nouvelles vidéos sur la répression calaisienne à l'encontre des migrants et des activistes. A Lille, une enquête sur les relations entre la police Lilloise, supporter fasciste du losc et groupe néo nazis de la maison flamande sera divulguée après 8 mois de recherches. Enfin à Paris, c'est la chasse aux pauvres et toutes les violences commises depuis des mois que nous diffuserons. Nous conseillons aux syndicats policiers de mesurer leur propos et leur menace au vu de ce que nous possédons. Nous allons montrer qui vous êtes réellement et la répression quotidienne que vous faites subir à la frange la plus pauvre de la population.

Nous étendrons le copwatching, nous vous l'imposerons et vous le subirez.


Des individus




 Répression face au mouvement lycéen a Paris

Ce faux bruit "d'un mois de vacance en moins décidé par Sarko" est un artifice destiné a ridiculiser par-avance tout Mouvement lycéens.




Au lycée Dorian à Paris, un groupe de lycéens à tenté à plusieurs reprises de mettre en place un blocage. L’administration plutôt que d’aller discuter avec ces lycéens a décidé d’appeler directement la police. Un lycéens a été mis en garde à vue durant 34h pour avoir selon un élève de l’établissement tenté d’enflammer un journal. Les jeunes manifestants ont ensuite été gazés peu après des contrôles d’identité. Plusieurs jeunes ont eu les yeux irrités par les gazes.
Ce jeudi, le lycée Dorian a de nouveau eu droit à des tentatives de blocage mais pour d’autres raisons. Les lycéens dénoncent depuis un an le refus de l’administration de les laisser sortir durant la pause déjeuner. L’action ne concernait donc cette fois pas la défense de l’école publique. Toutefois, une 15 ène de policiers étaient à nouveau présents, l’un d’eux avec probablement un flash ball dans les mains. Les forces de l’ordre auraient bousculé vigoureusement les élèves qui tentaient de résister en faisant une chaine humaine. Un second lycéen a été interpellé.
Ailleurs en Ile de France, d’autres lycées étaient concernés aujourd’hui par des blocages en rapport avec la journée de mardi. Toutefois ce mouvement ne semble pas encore prendre de l’ampleur et devrait à priori cesser d’ici la prochaine journée de manifestation nationale.

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