lundi 21 janvier 2013

NDDL: Les raisons de l'acharnement

Il ne manque à ce bon texte qu'un:

C) La nécessité capitaliste vu par VINCI

Désormais la Valorisation capitaliste ne peut passer que par la force d'un détournement des fonds publiques (qui autrefois étaient utilisés par exemple pour soigner les populations ou toute autre nécessité sociale basique qui justifiait la Paix Sociale) 
La fusion économico-étatique a renforcé le contrôle des appareils d'Etat par les puissances capitalistes comme VINCI qui étaient déjà structurellement liées au pouvoir en France. Les impôts servent donc directement à rémunérer les actionnaires via les "Concessions" à long terme, véritables pompes à fric que jalousent les concurrents...
En langage propagande-média cela donne "Une baisse des dépenses de l’État Providence qui vivait très au-dessus de ses moyens" en terme plus directe: des SDF, des taulards, des malades qui "renoncent aux soins", des suicides...


NDDL: les raisons de l'acharnement

Ce qui se vit à Notre-Dame-des-Landes est historique. Le combat cristallise des visions du monde incompatibles à une échelle que nous n'avions pas connue depuis longtemps. Cette lutte permet d'éclairer des aspects du politique qui n'apparaissent pas aussi distinctement en temps normal, à savoir la bataille de l'opinion et la confiscation du pouvoir.

A) La bataille de l'opinion

Si les élus socialistes et les promoteurs de l'aéroport s'acharnent à réduire les opposants aux « jeunes cagoulés violents », ce n'est pas tant parce qu'il y a des gens qui pensent que c'est là un moyen efficace de lutter contre ce projet, que parce qu'en admettant que l'opposition soit multiple, massive et transversale, ils perdent la seule chose qui fonde leur discours : la « légitimité démocratique ». Les élus ne peuvent s'opposer aux personnes qui les ont fait roi, alors ils tapent sur les plus radicaux tout en sachant que la menace réelle est faible au regard de la puissance étatique ; comme si frondes, cocktails ou pétards pouvaient menacer la sûreté de l'État.

En politique, il n'y a pas de vrai ou de faux, mais seulement des rapports de force. Dans la plupart des cas, les projets aussi aberrants que NDDL passent comme une lettre à la poste, les opposants étant méprisés et balayés avec les éternels maux de passe : « loi », « démocratie », « emploi », « développement », « terroristes », « violence », « modernité », puisque la seule chose qui importe réellement au pouvoir, c'est gagner la bataille de l'opinion pour avoir les mains libres.

Il se trouve qu'à Notre-Dame-des-Landes ces poncifs ne suffisent plus. Le pouvoir a donc dilapidé l'argent public pour intensifier la stigmatisation des opposants avec la mobilisation des gendarmes & des policiers. Ces derniers ont été mobilisés massivement non pas pour répondre à une menace réelle mais pour faire croire qu'il y en avait une. Sans quoi, comment expliquer qu'il y ait aussi peu de personnes arrêtées ?
La stigmatisation des opposants et la mobilisation des forces armées n'ayant pas suffi, le pouvoir a lancé un appel d'offre pour s'attaquer au cœur du problème : faire du lobbying sur internet et reconquérir l'opinion publique (tentative elle-même avortée).

La riposte des promoteurs du projet face à l'opposition s'est faite de manière graduée : stigmatiser par le verbe en usant et en abusant de la « légitimité démocratique », par le symbole en mobilisant l'armée puis par la propagande directe avec les agences de communication. Toutes ces méthodes ont échoué et conduisent à la même conclusion : le pouvoir ne représente que lui-même.

B) La confiscation du pouvoir par le pouvoir

Cette dernière assertion se vérifie à travers l'angle de la démocratie participative, la lutte de NDDL étant une véritable université populaire. Les citoyens épluchent les dossiers, questionnent, se réunissent, discutent, s'organisent, écrivent, partagent, pensent, rient, s'affichent, déchirent, grimpent, construisent, s'opposent, jouent, dansent, s'expriment... autour d'un dossier symbolique pour notre époque.

Tout cela, le pouvoir ne peut le supporter pour au moins deux raisons :

1° Les grands élus méprisent le peuple. Pour arriver aux postes à responsabilité, ils ont dû renoncer au combat des valeurs et faire le jeu des puissants, jouer des coudes pour décrocher le pompon. Car il en a fallu de la patience, de la compromission, des coups bas, des mensonges et des combats pour arriver en haut. Pourquoi dès lors se laisser emmerder par ceux qui n'ont pas abdiqué et dont seul le nombre fait la force ?

2° Plus les citoyens se penchent sur le dossier, plus celui-ci nous donne une triste image de ce qu'est réellement notre système politique : un préfet aux ordres, des flics provocateurs infiltrés, des lois piétinées, une parole politique abjecte et ridicule, des groupes privés qui se nourrissent sur la bête, le bruit des bottes républicaines, la stigmatisation des opposants et ses relents xénophobes (seule la marchandise doit circuler), le gaspillage de l'argent public, le bidouillage des données, la caricature de consultation, etc.

Voilà en substance deux raisons de l'acharnement socialiste, le mépris du peuple et la dissimulation du contenu réel dossiers. La lutte de NDDL est une percée dans le réel qui renverse l'ordre des choses puisque l'espace public redevient politique et qu'il empêche les grands élus de fonder leur pouvoir sur l'ignorance. Et c'est précisément parce que les citoyens se sont emparés du dossier que nous allons gagner.

samedi 19 janvier 2013  Eddy 

Commentaire: 
Félicitations


N'ayant rien écrit sur ce média depuis 2010, je me risque à féliciter l'auteur Zadiste pour sa claivoyance et son esprit de synthèse sur NDDL et le rôle de l'Etat. Ce projet inutile révèle une à une, comme les couches d'un oignon, toutes les strates du mensonge d'Etat.

Nous soutenons NDDL parce que la Raison a tranché : projet i-nu-ti-le, direction : corbeille à papier !

Il est hors de question de sacrifier au culte de l'emploi ou du salariat, au culte d'une multinationale, au culte de la vitesse, au culte des riches, au culte de l'objet, de la marchandise, au dieu Argent et à la névrose du Pouvoir.

Plus la société sera malade, plus nous passerons pour fous, plus elle sera policière, plus nous paraîtrons pour insurgés et passible des tribunaux.

Pourtant nous sommes pacifiques mais, sans le savoir, nous serons 'jugés' comme des 'combattants' par l'armée des cons sinistres, des brutes à la langue de bois, de ceussent qu'ont un balais dans le cul, un diplôme d'administration pénale dans la tête, une chaîne à leurs poignets ou un anneau dans le nez et qui clament "merci!" chaque fois qu'on frappe un ZADiste, un gauchiste, un pas humain en somme ...

Rions pourtant en nos tréfonds, car ces Hommes en costume anthracite, ces Femmes en tailleur strict, tout en deuil d'idées, sont ridicules. Ils jouent une pièce qui date des années 1950, on les voit en noir et blanc, leur voix de perroquet, leurs gestes surannés, leur sceau préfectoral estampillant un ordre d'expulsion. Quelles simagrées, quelle caricature de sous-despotisme au sabre flic et au goupillon médiatique !

Quel destin se mijotent-ils donc si ce n'est de paraître, dans trente ans, en note de bas de page à l'article 'imbécilité' de l'encyclopédie du savoir-vivre ?


par kruger44

samedi 19 janvier 2013

La torture comme source de renseignement


Un exemple de la soupe-propagande servie par les médias après sa fabrication pas les puissances mondialisées. Ici il s'agit de justifier la politique d'intervention militaire en Irak et Afghanistan. Le but, contrôler au plus près les ressources de pétrole, maintenir un prix internationale acceptable pour le capitalisme et surtout faciliter la mise en place du plan US stratégique "Gaz de Schistes" dont les investissements ne peuvent être rentabilisés que de cette manière.
Le 11/09/2001 fournit la justification à condition d'élaborer rapidement une fable parole d'évangile justifiant l'ensemble des opérations.
- Kevin Ryan est l'ancien directeur du laboratoire d’expertise chimique de Underwriters Laboratories. Il fut renvoyé après avoir mis en cause le rôle de sa compagnie dans l’établissement du rapport du NIST sur les attentats du 11-Septembre. Il est co-rédacteur en chef du Journal of 9/11 Studies. Il est membre fondateur de Scholars for 9/11 Truth & Justice et du 9/11 Working Group of Bloomington.

Abou Zoubeida, la « balance d’Al-Qaida »


Toujours emprisonné à Guantánamo Bay, Abou Zoubeida est la principale source de renseignement occidental sur Al-Qaida. Il a donné sous la torture le nom d’autres responsables de l’organisation terroriste qui ont été arrêtés à leur tour et ont fourni les autres informations dont disposent les autorités états-uniennes. Bref, ce que les autorités US disent savoir sur Al-Qaida, elles le doivent d’abord à cette source. Problème : il est aujourd’hui admis qu’Abou Zoubeida n’a jamais été membre d’Al-Qaida et que ses aveux obtenus sous la torture n’étaient qu’un moyen pour lui d’abréger ses souffrances. L’essentiel de ce que le contre-espionnage US déclare savoir d’Al-Qaida est sorti de son imagination fertile. Et tout est faux.
Washington DC (États-Unis) | 17 janvier 2013



Abou Zoubeida, un homme autrefois qualifié de « chef des opérations » d’al-Qaïda, semble être au cœur d’une remise en cause de la légende officielle autour de cette organisation. Depuis sa capture au début de l’année 2002, Zoubeida est connu comme le premier « détenu  » à avoir été torturé [par la CIA]. Les informations que ses tortionnaires lui auraient extirpées furent déterminantes dans l’élaboration du récit officiel du 11-Septembre, ainsi que dans la justification du recours permanent à de telles méthodes. Pourtant, en septembre 2009, le gouvernement des États-Unis a admis que Zoubeida n’avait jamais été un membre ou un associé d’al-Qaïda. Ces faits soulèvent un nombre alarmant de questions quant à la véracité de ce que l’on sait à propos d’al-Qaïda. Ils nous amènent également à reconsidérer nos certitudes quant à la véritable identité des personnes suspectées d’être derrière les attaques du 11-Septembre.

Contrairement aux autres leaders présumés d’al-Qaïda, dont Khaled Cheikh Mohammed (KCM) et Ramzi ben al-Chaïba, Zoubeida n’a jamais été accusé d’un quelconque crime. Alors que les autres principaux suspects du 11-Septembre attendent un procès militaire continuellement repoussé, Zoubeida est balayé de l’histoire. Pourquoi le gouvernement des États-Unis voudrait-il que l’on oublie cet homme, pourtant considéré comme le premier et le plus important des agents d’al-Qaïda arrêtés après le 11-Septembre ?

La Commission sur le 11-Septembre a qualifié Zoubeida d’« associé d’al-Qaïda », d’« allié de longue date de ben Laden », de « lieutenant de ben Laden » et de « lieutenant d’al-Qaïda ». [1] Cependant, les allégations de la Commission étaient quelque peu contradictoires puisque, dans son rapport officiel, elle décrivait Zoubeida comme un leader d’al-Qaïda. Dans le même temps, elle l’accusait d’être un simple partenaire terroriste de cette organisation, avec laquelle il collaborait dans le recrutement et l’entraînement d’agents opérationnels. Par exemple, la Commission rapporta que Zoubeida « contribua à faire fonctionner un célèbre camp d’entraînement terroriste près de la frontière avec le Pakistan [le camp Khalden] ». Parallèlement, elle affirma que ben Laden avait passé un accord avec lui afin de « mener des efforts réciproques de recrutement [,] par lesquels on promettait aux individus s’entraînant dans les camps qu’ils seraient invités à rejoindre al-Qaïda ». La raison pour laquelle un « lieutenant de ben Laden » aurait eu besoin d’un tel accord réciproque n’est pas claire.

La Commission sur le 11-Septembre lança d’autres accusations, avançant que « KCM [Khaled Cheikh Mohammed] et Zoubeida [avaient] tous deux joué un rôle central dans la facilitation des voyages des agents d’al-Qaïda », et que « Zoubeida avait été une figure clé dans les projets terroristes [de cette organisation prévus pour le passage à l’an 2000]. » Ces allégations s’appuyaient principalement sur les témoignages obtenus par les tortionnaires de Zoubeida et d’autres individus, et sur le « journal » de ce dernier.

La série télévisée 24 (2001-2010), distribuée mondialement, a progressivement évolué jusqu’à présenter la torture comme une technique banale d’interrogation. Ce feuilleton a été co-financé par la CIA.

En 2009, à l’occasion d’un incroyable revirement, un avocat de Zoubeida écrivit dans The Guardian que la majorité des accusations contre son client étaient considérées comme fausses par chaque partie. En réalité, il écrivit que «  leur caractère fallacieux était connu dès lors qu’elles furent prononcées. » [2] Ainsi, l’avocat Brent Mickum déclara que son client, qui était décrit comme « le numéro trois d’al-Qaïda », n’avait jamais été un associé ou un membre de cette organisation, et que « [c]es faits [n’étaient] vraiment plus remis en cause : Zoubeida ne fut pas, et n’a jamais été, un membre des talibans ou d’al-Qaïda. La CIA put le déterminer après l’avoir longuement torturé. » En fait, il n’avait « jamais été un membre ou un partisan de telle ou telle force armée liguée contre les États-Unis », ni même le « chef d’un camp militaire qui entraînait des terroristes. Cette accusation est totalement fausse. »

Il s’avère que l’article du Guardian était exact, et que la « relation supposée d’Abou Zoubeida avec al-Qaïda [était] entièrement une légende. » [3] Nous pouvons l’affirmer car, à partir de septembre 2009, le gouvernement des États-Unis reconnut que Zoubeida n’avait jamais été un agent d’al-Qaïda. Lors de la requête en habeas corpus de cet homme [, soit la dénonciation judiciaire de sa détention arbitraire], le gouvernement admit qu’Abou Zoubeida n’avait jamais fait partie de cette organisation, et qu’il n’avait jamais été impliqué dans les attentats contre les ambassades US en Afrique ou dans les attaques contre les États-Unis le 11 septembre 2001. [4] La requête, présentée par le gouvernement US, affirma que :

« […] dans cette procédure, le Gouvernement n’a pas soutenu que le Requérant [Zoubeida] était un membre d’al-Qaïda, ou qu’il était formellement identifié comme faisant partie de cette organisation.

Le Défendeur [le Gouvernement des États-Unis] ne soutient pas que le Requérant ait été un ‘membre’ d’al-Qaïda, au sens qu’il ait prêté serment d’allégeance (bayat) ou qu’il ait rempli tout autre critère considéré comme nécessaire par le Requérant ou par al-Qaïda afin d’intégrer cette organisation. Le Gouvernement ne maintient pas non plus en détention le Requérant sur la base d’une accusation voulant que ce dernier se considère comme faisant partie d’al-Qaïda, dans sa conscience personnelle et subjective, son idéologie ou sa vision du monde.

Dans cette procédure, le Gouvernement n’a pas soutenu que le Requérant ait joué un rôle direct ou qu’il ait eu une pré-connaissance des attaques terroristes du 11 septembre 2001.

[…] le Gouvernement n’a pas soutenu que le Requérant ait été personnellement impliqué dans la planification ou l’exécution des attentats à la bombe de 1998 contre les ambassades [US] […] ou des attaques du 11 septembre 2001. »

Dans son article du Guardian de 2009, Maître Mickum poursuivit ses révélations en soulignant que Zoubeida était une figure centrale dans les enregistrements des tortures détruits par la CIA – à propos desquels cette dernière avait d’abord menti auprès de la Commission sur le 11-Septembre –. Selon Mickum, « les bandes vidéos de ses tortures furent supprimées. Très récemment, le gouvernement a révélé que 90 vidéos sur les 92 détruites par la CIA concernaient notre client. » Il fit de plus amples révélations en déclarant que le gouvernement des États-Unis avait effacé toute « référence à [son] client sur les procès-verbaux et sur les factual returns [, soit les réponses gouvernementales aux requêtes en habeas corpus] des autres prisonniers qui étaient poursuivis. Les récits des médias et les documents officiels de [la prison de] Guantánamo ont lié Abou Zoubeida à presque 50 détenus et anciens prisonniers. Parmi eux, environ 25 ont vu leurs accusations abandonnées, ou ont été libérés de prison. » En réalité, [le gouvernement des États-Unis a] « balayé Abou Zoubeida de l’histoire ».

Évidemment, cette tentative de faire oublier un important responsable présumé du 11-Septembre devrait changer radicalement le récit officiel de ces événements. En effet, puisque nous savons que cet homme n’a jamais eu aucun lien avec al-Qaïda, nous devrions nous attendre à d’importantes révisions du Rapport de la Commission sur le 11-Septembre.

Afin de comprendre à quel point Zoubeida fut une source majeure dans le récit officiel du 11-Septembre, nous devons analyser les très nombreuses accusations que le gouvernement US et les médias grand public ont proférées à son encontre au fil des années. Nous avons vu que la Commission sur le 11-Septembre l’appela (à tort) un « lieutenant d’al-Qaïda ». Dans l’enquête de la commission mixte du Congrès, il fut également appelé le « lieutenant de ben Laden capturé en mars 2002 », ainsi qu’« Abou Zoubeida, un leader d’al-Qaïda ». Aussi tard qu’en 2006, le rapport de l’inspecteur général du département de la Justice sur les attaques du 11-Septembre le qualifia de « lieutenant de ben Laden ».

En mars 2002, lorsque Zoubeida fut capturé, les responsables du gouvernement des États-Unis le présentèrent comme la plus grosse prise dans la guerre contre le terrorisme, du moins jusqu’à l’arrestation de Khaled Cheikh Mohammed (KCM). Robert Mueller, alors directeur du FBI, déclara que sa capture contribuerait à empêcher d’autres attaques. [5] Ari Fleischer, le porte-parole de la Maison Blanche, affirma que Zoubeida pourrait fournir une mine de renseignements sur al-Qaïda. [6] Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld avança qu’il était « un homme au courant d’autres attaques », qui avait « entraîné des gens pour cela », et qu’il était un gros poisson ayant de vastes connaissances [à propos d’al-Qaïda]. [7]

Les nombreuses accusations lancées contre Abou Zoubeida se multiplièrent. Il fut notamment avancé qu’il était :

- avec KCM, l’un des « principaux dirigeants opérationnels d’al-Qaïda » – Richard Clarke, le « tsar du contreterrorisme » des présidents Bill Clinton et George W. Bush, dans son livre Contre tous les ennemis ;
- « sinistre », et qu’« il existe des preuves démontrant qu’il est un planificateur ainsi qu’un dirigeant [d’al-Qaïda]. Je pense qu’il est une figure clé [de cette organisation] ». – Michael Sheehan, l’ancien directeur du contreterrorisme au sein du Département d’État ; [8]
- « extrêmement dangereux », et qu’il était un organisateur du 11-Septembre – John B. Bellinger III, conseiller juridique du Département d’État, dans un briefing de juin 2007 ; [9]
- un formateur, un recruteur, qu’il comprenait la fabrication des bombes, qu’il était un falsificateur, un logisticien, quelqu’un qui concrétisait les projets et qui avait fait « fonctionner al-Qaïda » – Bob Grenier, ancien chef de station de la CIA ; [10]
- « un proche associé d’[Oussama ben Laden] et, à défaut d’être le numéro deux, [il était] très proche de la personne qui occupe cette position au sein de l’organisation [al-Qaïda]. Je pense que tout cela est bien établi. » – Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld ; [11]
- « un très haut responsable d’al-Qaïda qui a été étroitement impliqué dans une série d’activités pour la al-Qaïda [sic]. » – Donald Rumsfeld ; [12]
- un « très important agent d’al-Qaïda » – Donald Rumsfeld ;
- un « recruteur essentiel de terroristes [,] un planificateur opérationnel et un membre du premier cercle d’Oussama ben Laden » – Ari Fleischer, le porte-parole de la Maison Blanche ; [13]
- quelqu’un dont la capture était un « très sérieux revers » pour al-Qaïda et que par conséquent, l’une des « nombreuses tentacules » de cette organisation avait été « coupée » – Ari Fleischer ;
- « l’un des plus importants agents [d’al-Qaïda,] élaborant et planifiant la mort et la destruction aux États-Unis » – Le Président George W. Bush ; [14]
- « l’un des plus hauts dirigeants d’al-Qaïda », qui « était parmi les principaux responsables opérationnels [de cette organisation], consacrant beaucoup de temps à élaborer et à planifier des meurtres. » – Le Président George W. Bush ; [15]
- « le chef des opérations d’al-Qaïda » – Le Président George W. Bush ; [16]
- « l’un des trois plus hauts responsables  » au sein d’al-Qaïda – Le Président George W. Bush ; [17]
- quelqu’un dont les interrogatoires « menèrent à des renseignements fiables », un « fournisseur prolifique » d’informations, qui fut à l’origine d’environ 25 % des renseignements d’origine humaine au sujet d’al-Qaïda – Le directeur de la CIA Michael Hayden ; [18]
- l’un des trois individus les mieux « placés pour être au courant d’atrocités terroristes imminentes » – Michael Hayden. [19]


Alors que la légende autour d’Abou Zoubeida s’étoffait, il fut rapporté dans la presse que cet homme :
- « valait une tonne de gars à Guantánamo » ; [20]
- était « un haut responsable de ben Laden » et l’« ancien chef du Jihad islamique basé en Égypte » ; [21]
- « joua un rôle central dans les attaques contre les ambassades [des États-Unis] en Afrique de l’Est » ; [22]
- était listé comme étant un « adjoint de confiance » de ben Laden, ayant un « pouvoir grandissant [au sein de son organisation] » ; [23]
- contrôlait al-Qaïda ; [24]
- était un adjoint de ben Laden qui avait dirigé des camps d’entraînement en Afghanistan et qui avait « coordonné des cellules terroristes en Europe ainsi qu’en Amérique du Nord » ; [25]
- était un «  recruteur essentiel de terroristes, un planificateur opérationnel et un membre du premier cercle d’Oussama ben Laden » ; [26]
- était le « PDG de ben Laden », [27] ainsi qu’« une figure centrale au sein d’al-Qaïda » ; [28]
- était le « planificateur des voyages » de ben Laden ; [29]
- faisait partie d’« une poignée d’hommes chargés de diriger le réseau terroriste en cas de mort ou de capture d’Oussama ben Laden  » ; [30]
- était un important lieutenant de ben Laden, suspecté « d’organiser les ressources d’al-Qaïda afin de perpétrer des attaques contre des cibles US » ; [31]
- était le numéro quatre d’al-Qaïda après Oussama ben Laden, Ayman al-Zawahiri et Mohammed Atef ; [32]
- connaissait les identités de « milliers » de terroristes qui étaient passés par les camps d’entraînement d’al-Qaïda en Afghanistan ; [33]
- était un collègue de Richard Reid, le terroriste aux chaussures piégées ; [34]
- était l’un des principaux planificateurs d’opérations terroristes pour le compte de ben Laden, et qu’il connaissait les plans d’al-Qaïda ainsi que ses cellules ; [35]
- incarnait la « connexion entre ben Laden et la plupart des cellules opérationnelles d’al-Qaïda » ; [36]
- était la source de l’information selon laquelle le Vol 93 d’United Airlines devait frapper la Maison-Blanche. [37]

Puisque l’on sait à présent que Zoubeida n’a jamais été un agent ou même un associé d’al-Qaïda, nous sommes contraints de réaliser avec stupeur que toute cette histoire était fausse. Parmi les questions ainsi soulevées, quelle part de ce que l’on sait sur al-Qaïda et sur la guerre contre le terrorisme fut élaborée grâce aux témoignages – obtenus sous la torture – d’un homme qui ne pouvait absolument rien savoir de cette organisation ?

Initialement, on nous a dit que Zoubeida fût le premier à identifier KCM comme étant l’associé de ben Laden que l’on surnommait « Mokhtar ». Cette information nous vient d’Ali Soufan, le fonctionnaire du FBI qui a été la première personne à interroger Zoubeida dans une prison secrète de la CIA en Thaïlande. Soufan avança également que ce dernier avait accusé KCM d’être le « cerveau » des attaques du 11-Septembre. Dans son livre publié en 2007, le directeur de la CIA George Tenet alla encore plus loin, affirmant qu’« interroger Abou Zoubeida avait conduit à Ramzi ben al-Chaïba ». [38]

Mais comme nous le savons à présent, lors d’un interrogatoire, la CIA aurait affirmé à Zoubeida avoir découvert qu’il n’était pas un combattant, un membre ou même un partenaire d’al-Qaïda. [39] Pourtant, KCM et ben al-Chaïba furent malgré tout capturés et torturés.

Le Rapport de la Commission sur le 11-Septembre se basait beaucoup sur des récits élaborés par des tiers à partir de ce que ces détenus déclarèrent sous la torture – « deux des trois parties dans la communication étant des employés gouvernementaux » –. [40] La Commission elle-même écrivit que « [l]es chapitres 5 et 7 s’appuient largement sur les renseignements obtenus des membres capturés d’Al-Qaida ». [41] En réalité, plus de la moitié du Rapport de la Commission sur le 11-Septembre se base sur des témoignages totalement biaisés car extirpés sous la torture, auxquels la Commission n’a eu absolument aucun accès – n’ayant même pas été autorisée à questionner les interrogateurs –. Les témoignages de KCM obtenus sous la torture sont cités à 221 reprises dans le Rapport, et ceux de ben al-Chaïba 73 fois. Au total, la Commission a utilisé comme source un ou plusieurs de ces « interrogatoires » à 441 reprises dans les notes de son rapport.

Le gouvernement des États-Unis a admis que Zoubeida avait subit le supplice de la baignoire à 83 reprises, et que KCM fut torturé de cette manière 183 fois. Sachant que la plupart des gens ne peuvent supporter cette torture au delà d’une poignée de secondes, ces sessions n’étaient visiblement pas destinées à obtenir des renseignements. En revanche, elles auraient pu être menées afin d’éliminer des informations sensibles à travers la destruction psychique des victimes. Dans les brefs témoignages que ses avocats ont été autorisés à produire, Zoubeida a également décrit comment il fut maintenu pendant de longues périodes dans une cage, qu’il qualifia de « minuscule cercueil ». [42]


Les tortures infligées à Zoubeida furent spécifiquement utilisées pour soutenir les allégations sur les plans et les actions de ben Laden, les orientations d’al-Qaïda, le recrutement des pirates de l’air et des autres agents de cette organisation, ainsi que les détails sur les responsables de la planification du 11-Septembre. [43] Selon l’auteur Jane Meyer, l’agent de la CIA John Kiriakou déclara que « Zoubeida admit ouvertement son rôle dans les attaques du 11-Septembre [, et qu’il] prétendit regretter d’avoir tué autant de citoyens des États-Unis. » [44] Visiblement, la Commission sur le 11-Septembre considéra que cette assertion n’était pas crédible, bien qu’elle ait repris d’autres informations douteuses qui auraient été obtenues en torturant les suspects [du 11-Septembre].

Au vu des « erreurs » évidentes liées au fait que Zoubeida ait été décrit comme un leader d’al-Qaïda, il semble que d’importantes révisions du récit officiel du 11-Septembre soient nécessaires. Mais en réalité, il est peu probable que les informations attribuées à Zoubeida soient si tardivement expurgées du mythe officiel légitimant la guerre contre le terrorisme, ainsi que les actions correspondantes du gouvernement des États-Unis. La raison à cela est que les tortures infligées à cet homme ont été utilisées afin de soutenir des actes et des bouleversements politiques sans précédent :

- Le Président Bush en personne se servit de l’importance attribuée à la capture et à la torture de Zoubeida afin de justifier les méthodes de torture de la CIA, ainsi que la détention de suspects dans les prisons secrètes de l’Agence à travers le monde. [45]
- Le gouvernement des États-Unis utilisa les renseignements douteux obtenus [en torturant] Zoubeida afin de justifier l’invasion de l’Irak. Les responsables gouvernementaux déclarèrent que ce dernier était la source des allégations liant al-Qaïda et l’Irak. Celles-ci avançaient que cette organisation et ce pays entraînaient conjointement des individus à utiliser des armes chimiques. Ces accusations n’ont jamais fait l’objet d’une vérification indépendante. [46]
- Le témoignage sous la torture de Zoubeida fut également utilisé afin de justifier le recours aux tribunaux militaires, empêchant le procès des prétendus suspects d’al-Qaïda devant des juridictions civiles et publiques. Lors d’un discours prononcé en septembre 2006, le Président Bush demanda au Congrès d’élaborer des règles spéciales afin de juger Abou Zoubeida devant une commission militaire à Guantánamo. [47] Pourtant, à la fin du mois d’avril 2002, soit moins d’un mois après sa capture, les responsables du département de la Justice déclarèrent qu’il était « un candidat presque idéal pour un procès devant les tribunaux [civils] ». [48] Ironiquement, Zoubeida pourrait être le seul principal suspect [du 11-Septembre] à ne jamais être jugé.
- En plus de la justification du recours à des méthodes de torture illégales, l’administration Bush utilisa la capture de Zoubeida afin d’accélérer la mise en œuvre de son programme d’espionnage intérieur. À l’époque, l’argument avancé était que ce programme permettrait d’agir rapidement afin d’exploiter les numéros de téléphone et les adresses saisies durant l’arrestation de Zoubeida. [49]

Récemment, un second avocat d’Abou Zoubeida écrivit un autre article, qui parut dans la presse grand public. Dans celui-ci, Maître Amanda Jacobsen souligna que :

«  Les responsables [du gouvernement] US ont déclaré qu’Abou Zoubeida était un terroriste de premier plan au sein d’al-Qaïda. Ils avancèrent qu’il était le « Numéro 3 » de cette organisation, son chef des opérations qui travaillait directement avec Oussama ben Laden. Ils prétendirent qu’il était personnellement impliqué dans les attaques du 11 septembre 2001, ainsi que dans chaque opération majeure d’al-Qaïda, et qu’il connaissait en détail les plans des futures attaques.
Mais toutes ces accusations étaient fausses. » [50]

Le gouvernement des États-Unis ayant admis qu’il n’existe aucune raison de poursuivre Abou Zoubeida, et que ce dernier n’a jamais eu aucun lien avec al-Qaïda, va-t-il le libérer ? Comme Maître Mickum l’a demandé, son client sera-t-il autorisé à raconter sa propre version de l’histoire ? Question encore plus déterminante : Afin que les fausses informations sur Zoubeida cessent d’alimenter la guerre contre le terrorisme, le récit officiel du 11-Septembre sera-t-il révisé pour être expurgé des affirmations attribuées à cet homme (ainsi que des accusations proférées à son encontre) ?

La réponse est non, presque certainement non.

Une décision juridictionnelle impose de classifier « chaque témoignage prononcé par les accusés » lors des procès de KCM et des autres suspects [du 11-Septembre]. [51] Cependant, si l’on autorise Zoubeida à s’exprimer, nous pourrions découvrir que son esprit n’a pas été totalement anéanti par les tortures qu’on lui a infligées. Et la légende officielle sur le 11-Septembre et al-Qaïda pourrait s’effondrer face aux témoignages publics – non contraints par la torture – des personnes accusées d’avoir commis ces crimes. Finalement, il semble que l’affaire Zoubeida soit une menace pour al-Qaïda elle-même. Elle constitue également un aveu public que certains mensonges doivent subsister afin de protéger l’imposture globale qui légitime la guerre contre le terrorisme.

                                                                                                                              Kevin Ryan
Blog de Kevin Ryan: http://digwithin.net/2012/10/15/zubaydah/                                                                                                                                                   Traduction: Maxime Chaix
                                                                                                                                               

    - Conséquences des aveux extorqués d’Abou Zoubeida en France

    « Le comité exécutif d’Al-Qaida est alors formé, en dehors de Ben Laden, [notamment d’une] section d’accueil des moudjahidin. Cette dernière est placée sous l’égide d’Abou Zoubeida, dont le nom reviendra constamment dans toutes les procédures judiciaires françaises. »
    Juge Marc Trevidic, Au cœur de l’antiterrorisme (février 2011)
    Les faux aveux obtenus sous la torture d’Abou Zoubeida ont été transmis au Parquet anti-terroriste français et utilisés dans de nombreuses procédures. Ils ont été validés par les aveux tout aussi imaginaires de Djamel Beghal, considéré pendant un temps comme le responsable d’Al-Qaida en France.
    Ce qui importe ici, c’est que des aveux obtenus sous la torture ont servis de base à des analyses politiques et militaires erronées qui ont justifié des restrictions inutiles des libertés publiques. Pis, ces aveux ont empêché la prise des bonnes décisions.
    On observera que les nombreux ouvrages rédigés par des « experts anti-terroristes » sur Al-Qaida et les réseaux jihadistes à partir des faux aveux d’Abou Zoubeida sont toujours en circulation et servent toujours de base à des analyses politiques et militaires bien que leurs fondements soient imaginaires.


                                                                                                                                                                           RV
http://www.reopen911.info

[1] Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis, Rapport final de la commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis , 2 février 2005 pour l’édition française, 22 juillet 2004 pour l’édition originale (téléchargeable ici).
[2] Brent Mickum, « The truth about Abu Zubaydah », The Guardian, 30 mars 2009.
[3] Ibid.
[4] Zayn al Abidin Muhammad Husayn v. Robert Gates, Respondents Memorandum of Points and Authorities in Opposition to Petitioner’s Motion for Discover and Petitioner’s Motion for Sanctions. Civil Action No. 08-cv-1360 (RWR), septembre 2009.
[5] « NEWS SUMMARY : Arrest May Deter Attacks », New York Times, 4 avril 2002.
[6] World : United States Western Mail, 3 avril 2002.
[7] Donald Rumsfeld News Transcript , Département de la Défense, 3 avril 2002.
[8] « Report : Insider May Testify On Zubaydah », United Press International (UPI), 2 avril 2002.
[9] United States Helsinki Commission Briefing Transcript Political/Congressional Transcript Wire, 22 juin 2007.
[10] Transcription d’un reportage de Kelli Arena sur Guantanamo, diffusé par CNN le 24 septembre 2006.
[11] Department of Defense News Briefing , Département de la Défense, 1er avril 2002.
[12] Gerry Gilmore, « Rumsfeld Confirms Capture of Senior Al Qaeda Leader », Département de la Défense, 2 avril 2002.
[13] « Profile : Abu Zubaydah », BBC News, 2 avril 2002.
[14] Remarks by the President at Connecticut Republican Committe Luncheon, discours du Président George W. Bush, Hyatt Regency Hotel, Greenwich (Connecticut), 9 avril 2002.
[15] Remarks by the President to the George C. Marshall ROTC Award Seminar on National Security, discours du Président George W. Bush, Virginia Military Institute, Lexington (Virginie), 17 avril 2002.
[16] Remarks by the President in Address to the Nation, discours du Président George W. Bush, Maison Blanche, 6 juin 2002.
[17] Remarks by the President at Thaddeus McCotter for Congress Dinner, discours du Président George W. Bush, Ritz Carlton Hotel, Dearborn (Michigan), 14 octobre 2002.
[18] Jeff Bliss et Tony Capaccio, « Iraq Group May Attack Outside Nation, McConnell Says Bloomberg.com », 5 février 2008 ; Richard Esposito et Jason Ryan, « CIA Chief : "We Waterboarded" », ABC News, 5 février 2008.
[19] Philip Shenon, « MIDEAST TURMOIL : INTELLIGENCE ; Officials Say Qaeda Suspect Has Given Useful Information », New York Times, 26 avril 2002.
[20] « More attacks have been prevented, officials say », The Seattle Times, 11 janvier 2003.
[21] David A. Vise et Lorraine Adams, « Bin Laden Weakened, Officials Say », The Washington Post, 11 mars 2000.
[22] Ibidem.
[23] Ibidem.
[24] Massimo Calabresi et Romesh Ratnesar, « Can we stop the next attack ? http://edition.cnn.com/ALLPOLITICS/... », CNN News, 4 mars 2002.
[25] Ibidem.
[26] « Who’s Who in al-Qaeda ? http://news.bbc.co.uk/2/hi/2780525.stm », BBC News, 27 avril 2007.
[27] Nick Schou, « One Degree of Separation », Orange County Weekly, 4 octobre 2001.
[28] Marlise Simons, « A NATION CHALLENGED : FRANCE ; Ninth Man Held in Suspected Plot Against Paris Embassy », New York Times, 4 octobre 2001.
[29] « Bin Laden Videos Suggest Location », The Cincinnati Post, 5 décembre 2001.
[30] Philip Shenon, « A NATION CHALLENGED : BALKAN TRAIL ; U.S. Labels an Arab Captive a Planner of Qaeda Attacks », New York Times, 23 janvier 2002.
[31] « U.S. Seeks New Head of Al Qaida Anti-American Operations », United Press International (UPI), 15 février 2002.
[32] Ibidem.
[33] Ibidem.
[34] « Profile : Abu Zubaydah », BBC News, 2 avril 2002.
[35] « BANK TERROR ATTACK FEAR ; Warning issued after interview », Birmingham Evening Mail, 20 avril 2002.
[36] John J. Lumpkin, « Al-Qaida Captive Talks of Terror », AP News, 24 avril 2002.
[37] Bush Faces Dissent on European « Bush Faces Dissent on European Triphttp://edition.cnn.com/TRANSCRIPTS/... », transcription, CNN News, 23 mai 2002 ; « Bush : ‘No war plans on my desk’ for Iraq », CNN.com, 23 mai 2002.
[38] George Tenet, At the Center of the Storm : The CIA During America’s Time of Crisis (Harper Perennial, New York, 2007).
[39] Peter Finn et Julie Tate, « CIA Says It Misjudged Role of High-Value Detainee Abu Zubayda, Transcript Shows », The Washington Post, 16 juin 2009.
[40] Washington’s Blog, « The Reason for the Cover-up Goes Right to the White House », 18 mars 2010.
[41] Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis, Rapport final de la commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis.
[42] Jane Meyer, The Dark Side : The Inside Story of How The War on Terror Turned into a War on American Ideals, (First Anchor Books, New York, 2009).
[43] Le Rapport de la Commission sur le 11-Septembre a basé onze de ses accusations sur les témoignages d’Abou Zoubeida obtenus sous la torture : les notes 18, 43 et 75 dans le chapitre 2 ; les notes 19, 31, 35 et 106 dans le chapitre 5 ; les notes 8 et 125 dans le chapitre 6 ; et les notes 90 et 108 dans le chapitre 7.
[44] Jane Meyer, The Dark Side.
[45] George W. Bush, discours de septembre 2006 ; « Bush Concedes CIA Held Suspects in Secret Prisons », NPR, 6 septembre 2006.
[46] Ron Hutcheson et James Kuhnhenn, « Iraq deal with Congress nears Bush says », Milwaukee Journal Sentinel, 26 septembre 2002 ; « Bush Says He and Congress Will Band Together on Iraq ; Capitol Hill Still Sour », Knight Ridder/Tribune Business News, 27 septembre 2002 ; Andrew Sullivan, « One tortured lie : that’s all it took for war », The Sunday Times, 26 avril 2009.
[47] Warren Richey, « ‘Alternative’ CIA tactics complicate Padilla case », The Christian Science Monitor, 15 septembre 2006.
[48] Neil A. Lewis, « A NATION CHALLENGED : THE DETAINEES ; U.S. Is Seeking Basis to Charge War Detainees », New York Times, 21 avril 2002.
[49] James Risen et Eric Lichtblau, « Bush altered rules on spying », International Herald Tribune, 17 décembre 2005.
[50] Amanda L. Jacobsen, « Why hasn’t Abu Zubaida been tried ? », The Washington Post, 28 mars 2012.
[51] Peter Finn, « Judge’s Order Could Keep Public From Hearing Details of 9/11 Trials », The Washington Post, 7 janvier 2009.

jeudi 17 janvier 2013

Mokhtar le Borgne met l'Algérie des putschistes à genoux.


4 jours de défis !


Stratégiquement les deux gagnants sont Mokhtar et Hollande.  Les putschistes algériens se sont fait rouler dans la farine deux fois. Une première fois lors des négociations bidon en décembre 2012 avec Ansar Dine qui préparait tranquillement avec ses alliés leur offensive vers le sud du Mali. Une seconde fois avec l’opération d'In Aménas qu'avait préparé depuis 3 mois Mokhtar (il le dit dans sa revendication: "...qu'on savait d'avance que le régime allait bien être l'allié de la France dans la guerre contre l'Azawad"). Il savait que dès le début de l'attaque vers Bamako l'Algérie le trahirait et n'ayant d'autre choix que de soutenir l'intervention française  devrait être punie par des opérations a front renversé sur son territoire, ce qu'avait prévu Mokhtar en bon stratège.
Quant à Hollande il ne s'est laissé abusé ni par les palabres algériennes ni par sa propre diplomatie, mais à choisi l'option des militaires qui avaient remarqué les concentrations de troupes en vue d'une attaque vers le sud.
Le bilan véritable des 4 jours de combats et de prise de contrôle du complexe gazier d'In Aménas ne sera jamais avoué par l'Algérie mais avec 40 otages tués et 29 islamistes sur les 35 ou 40 engagés il est certain que l'armée algérienne à subie de lourdes pertes, au moins 35 hommes dans le meilleur des cas...
Plus de 100 morts en une seule opération c'est un coup de massue aux certitudes sécuritaires des dirigeants algériens et un coup de frein aux projets pétroliers internationaux sur son territoire.



Mokhtar Belmokhtar, le boss du commando qui a attaqué le site gazier d'In Aménas, à la frontière entre l'Algérie et la Libye, est un précurseur. Il a participé au soulèvement massif des années 1990 et au prétendu ralliement à "Ben Laden" aprés les épisodes GIA, GSPC et AQMI il est proche du MUJAO mais commande ses propres forces dont sa fameuse katiba (El Moulathamine, Les signataires par le sang). Il a commencé sa nouvelle carrière de guerrier du désert en supervisant en 2003 la première grande rafle d'Occidentaux dans le Sahara. 17 touristes allemands et autrichiens avaient été capturées puis libérés contre une importante rançon. Ses hommes passent pour les mieux formés et organisés du désert.
Ses diverses activités lui ont permis de nouer des liens étroits avec les communautés touarègues, notamment avec les combattants qui ont participé au printemps 2012 à l'offensive ayant abouti à la prise du nord du Mali avec leurs alliés islamistes de l'époque. Pour asseoir son influence dans la région, il aurait notamment pris des Touarègues pour épouses.
La réaction par un carnage (de plus) des militaires putschistes algériens est la confirmation de leur impuissance bornée. Le groupe de Mokhtar prouve qu'il peut frapper quant il veut et ou il veut les objectifs les mieux défendu d'Algérie.
C'est une cible de choix, un des objectifs les plus stratégiques qu'il a touché en plein coeur. Jamais aucune opération n'avait réussit à pénétrer l'industrie des hydrocarbures qui est surprotégée par l'armée à la solde des généraux dictateurs du pétrole.
Il démontre brillament qu'il peut cogner fort à tout moment et en tout lieux les objectifs les mieux gardés et en plus il se paye le luxe de semer la zizanie chez les faux-culs occidentaux qui font mine de pleurer leurs chers otages et de tancer la junte algérienne pour son incapacitée à produire mieux qu'un carnage à la Poutine, une spécialité des régimes ex-stalinoïdes...
Cette opération a en plus le mérite d'obliger nombre de pays hésitants à s'engager dans la croisade franco-française (USA, GB, Allemands, Italiens...) et affaiblit la position algérienne sur la scène internationnale, tout bénéfice pour François-la-norme, un véritable allié ce Mokhtar...
Au niveau "africain" les renforts sont des figurants incapables de combattre autre chose que des civils mais l'armée malienne s'en charge dèjà en tabassant des civils Peuls au prétexte que certains combatants des armées Touarègues sont de cette ethnie, seuls les Tchadiens sont des soldats redoutables qui ont souvent mis en déroute les colonnes lybiennes de feu Kadhafi.
Le Borgne est le nouveau "Renard du désert". Depuis Rommel en 1941 aucun groupe armé n'avait été capable de parcourir plus de 1700 kilométres sans se faire détecter, concentrer 40 hommes sur-armés et changer de front en passant 4 frontières en 3 jours (Mali, Niger, Lybie, Algérie) pour cogner aussi fort et en surprenant l’adversaire dans son sanctuaire le mieux gardé.
Le MUJAO peut se féliciter de possèder de tels hommes et l'AQMI regretter de l'avoir perdu.
Le brut devrait grimper assez vite...

Sur l’immense décharge du capital fictif

La Debordiste Maria Alekhina  

Le groupe KRISIS continue imperturbablement son analyse du capitalisme agonisant.

03.08.2012 
Les limites de l’ajournement de la crise par le capital financier et le délire des programmes d’austérité.

Deutsche Version

1.

Au cours des trente dernières années, le capitalisme a changé dramatiquement de visage: jamais dans son histoire le secteur financier n’a pris autant d’importance par rapport à l’ensemble de l’économie qu’à l’époque actuelle. Dans les années 1970, les produits financiers dérivés étaient encore quasiment inconnus. Aujourd’hui, d’après les estimations fournies par la Banque des Règlements Internationaux, la somme totale de ce seul outil financier arriverait à six cent mille milliards de dollars, c’est-à-dire environ 15 fois la somme de tous les produits intérieurs bruts. En 2011, le volume quotidien des transactions financières était de 4,7 milliers de milliards de dollars. Moins d’1% de cette somme provenait des transactions de marchandises. L’achat et la vente d’actions, de titres et autres promesses de paiements sont devenus centraux dans l’accumulation du capital et “l’économie réelle” est devenue un accessoire de “l’industrie financière”.

Ce développement est critiqué de tous les côtés depuis que l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis a fait plonger l’économie mondiale à une vitesse vertigineuse comme on ne l’avait plus vu depuis les années 1930. La cause de ce malaise serait le gonflement de la superstructure financière. Après le krach de 2008, la colère s’était retournée essentiellement contre les banques et contre d’autres acteurs financiers privés qui, dans leur cupidité, seraient devenus aveugles et insensés. Depuis, le regard s’est focalisé sur l’endettement étatique, et ce sont les gouvernements emprunteurs, prétendument irresponsables et dépensiers, qui sont pointés du doigt. Mais là comme ici, l’idée de base est la même: tout le monde rêve d’un capitalisme “sain”, basé sur “le travail honnête”, un capitalisme dans lequel “l’économie réelle” dicterait la marche, et où l’économie financière jouerait ce rôle secondaire, de service, s’alignant sur ce qu’essaient aujourd’hui de nous faire croire les manuels scolaires de l’économie nationale.

Le capitalisme est un système profondément absurde, et c’est dans la crise que ses contradictions criantes et sa folie se manifestent le plus ouvertement. Mais la pensée dominante ne veut rien savoir, elle admet tout au plus des “erreurs” ou des “abus spéculatifs” dans certains domaines du système. De cette manière, elle prétend non seulement qu’il n’y a pas d’alternative à l’économie de marché, mais elle personnifie en plus les maux de la société en les projetant sur “les banquiers et les spéculateurs”, ou, de manière encore plus générale, sur “la côte ouest américaine”. La critique simpliste du capital spéculatif et de l’endettement croissant qu’on retrouve partout est idéologiquement absurde et dangereuse, et renverse, en outre, le contexte économique réel. Ce n’est pas parce que les manifestations de crises auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui prennent leurs origines dans la sphère financière que c’est là qu’il faut chercher les causes fondamentales et structurelles de ces crises. La confusion entre déclencheur et cause ne date pas d’aujourd’hui. En 1857, lors du premier grand krach mondial, de telles explications erronées avaient déjà été avancées. Un certain Karl Marx se moquait à l’époque: “Si, au bout d’une certaine période de commerce, la spéculation apparaît comme annonciatrice d’un effondrement, il ne faudrait pas oublier que cette spéculation est née auparavant dans cette même période de commerce et qu’elle représente donc un résultat, une apparence et non pas une cause ou une essence. Les représentants de l’économie politique qui tentent d’expliquer les soubresauts de l’industrie et du commerce en les attribuant à la spéculation ressemblent à l’école défunte des philosophes de la nature qui considéraient la fièvre comme la cause fondamentale de toutes les maladies.”  (En allemand : Marx Engels Werke, tome 12, page 336)

2.

La production capitaliste ne connaît qu’un seul but: la transformation d’argent en plus d’argent. Si le capital n’a plus la valorisation en perspective, il cesse d’être capital. C’est pour cela que le système capitaliste est condamné à l’expansion. Il doit perpétuellement investir de nouveaux domaines pour réaliser la valorisation, absorber toujours plus de travail vivant, et empiler toujours plus de marchandises. Déjà, au cours du 19ème siècle, on constatait régulièrement des interruptions dans ce processus d’expansion. En comparaison de la quantité de capital accumulé, on se retrouvait périodiquement confronté à l’absence de possibilités d’investissements rentables dans “l’économie réelle”. A l’approche de ces crises de suraccumulation, les capitaux avaient tendance à se déplacer vers la superstructure financière où, sous la forme de “capital fictif” (Marx), ils pouvaient se reproduire pendant un certain temps à travers l’accumulation de créances monétaires. Et c’était uniquement au moment où cette reproduction de capital, sans passer par la valorisation, atteignait ses limites qu’on assistait à de véritables épisodes de crises.

C’est ce schéma de base qui se reproduit actuellement, à une échelle tout à fait nouvelle, lors des processus de crises. Sa durée est déjà éloquente. A l’époque, l’accroissement du capital fictif était un phénomène de courte durée, tout au plus un ou deux ans, qu’on retrouvait à l’aube des crises cycliques. Aujourd’hui, la multiplication du capital fictif est devenue la caractéristique principale de toute une période. Depuis le début des années 1980, le volume total des titres échangés sur les marchés financiers croît sans arrêt et de manière exponentielle. Et même si le support de cette dynamique change régulièrement (emprunts d’Etats, actions, crédits hypothécaires, produits dérivés, etc.), ce n’est pas un hasard si c’est toujours “l’industrie financière” qui constitue le centre dont dépend l’accumulation du capital. A la différence des stades de développement capitaliste antérieurs, le déplacement vers les structures financières, lors des dernières trente années, n’est pas juste le résultat d’une absence momentanée de possibilités de valorisation dans l’économie réelle. Depuis la fin des trente glorieuses et du fordisme, une accumulation auto-entretenue dans l’économie réelle est devenue définitivement impossible. L’énorme gain de productivité qui a suivi la troisième révolution industrielle entraîne une éviction massive de la force de travail hors des secteurs produisant de la valeur et mine ainsi la seule base de la valorisation de la valeur: l’utilisation de force de travail vivante dans la production de marchandises. Depuis plusieurs décennies, le mouvement global d’accumulation ne peut se poursuivre que grâce à la sphère financière qui, en produisant inlassablement de nouvelles créances monétaires, est devenue le moteur central de l’accroissement du capital. Si ce “processus de production” de l’industrie financière s’enraye, l’effondrement catastrophique de l’économie mondiale devient inéluctable.

3.

Dans le jargon boursier, on dit toujours que le cours des actions serait “nourri” par des attentes et que les marchés financiers font commerce avec “l’avenir”. A travers de telles formules, même si elles ne sont pas bien comprises, on peut apercevoir le secret de base du capitalisme contemporain. Lors de la création de nouveaux titres de propriété, une chose incroyable se produit qui serait impensable dans le monde des biens réels et de la richesse matérielle et sensible. La richesse matérielle et sensible doit avoir une existence en amont de sa consommation. Jamais par exemple on ne pourra s’assoir sur une chaise dont la construction est en projet. Pour la richesse produite par l’industrie financière, cette logique temporelle est renversée. De la valeur qui n’est pas encore produite, et qui ne verra éventuellement jamais le jour, se transforme à l’avance en capital, en capital fictif. Lorsque quelqu’un achète des parts d’emprunts d’Etat ou d’entreprises, lors de l’émission d’actions ou de nouveaux produits financiers dérivés, on voit de l’argent-capital qui était dans les mains d’un acheteur s’échanger contre une promesse de paiement. L’acheteur se lance dans cette transaction avec l’espoir que dans le futur, la revente de cette promesse de paiement lui rapportera plus que ce qu’il lui en a coûté aujourd’hui pour l’acheter. C’est grâce à cette perspective que la promesse de paiement devient la forme actuelle de son capital.

Pour le bilan global de la richesse du capitalisme, ce n’est pas tant la question de la conversion des promesses qui est importante. Ce qui est particulier, c’est une bizarrerie qui se produit dans le laps de temps entre l’émission et la vente d’un titre de propriété. Aussi longtemps que cette promesse de paiement est valable et crédible, elle constitue un capital supplémentaire, à côté du capital de départ. Par la simple création d’une créance monétaire écrite, on dédouble le capital. Ce capital supplémentaire n’existe pas uniquement sur le papier comme simple écriture dans le bilan d’un capitaliste monétaire, il mène une vie autonome, participe en tant que titre de propriété au circuit économique et au processus de valorisation, tout comme un capital monétaire provenant de la valorisation réelle l’aurait fait. En tous points semblable, il peut être utilisé pour l’achat de biens de consommation ou être investi, sa provenance ne se reconnaît pas.

4.

A l’ère de la troisième révolution industrielle, le capitalisme ne peut survivre que s’il réussit à ramener toujours plus de valeur future vers le présent. C’est pour cela qu’aujourd’hui les produits financiers sont devenus le type de marchandises le plus important. Alors que la production de valeur se rétrécit, c’est la mutation du capitalisme vers un système basé sur l’anticipation de valeur future qui lui a permis de se créer de nouvelles marges de développement. Mais l’expansion de l’industrie financière se heurte de plus en plus à ses limites. La “ressource avenir” n’est pas aussi inépuisable qu’elle en a l’air. Au niveau logique, l’accumulation du capital fictif par ce processus de duplication au sein de l’industrie financière possède des particularités par rapport à l’accumulation du capital provenant de la production de valeur. L’une parmi d’autres a déjà été citée: la durée de vie limitée de ce procédé de multiplication de capital. A l’échéance d’un titre de propriété (remboursement, terme d’une créance, etc.), la somme de capital fictif supplémentaire qu’il incarnait rejoint le royaume d’Hadès. Pour qu’il puisse y avoir expansion, il doit d’abord être remplacé par de nouveaux titres. Pour que la production de titres puisse jouer le rôle de moteur pour relancer l’ensemble du fonctionnement capitaliste, son débit d’émission doit croître beaucoup plus rapidement que la production dans les secteurs clefs de l’économie réelle des périodes précédentes. Elle est soumise à une obligation de croissance exponentielle, car elle doit en permanence transformer en capital de la nouvelle valeur future tout en trouvant, sans répit, un remplacement pour les anticipations de valeur précédentes qui arrivent à échéance. Le fait que la multiplication de capital fictif ait explosé durant les dernières décennies n’est pas une erreur de parcours sur laquelle on pourrait juste revenir. Ce développement était obligatoire pour un système capitaliste qui est basé sur l’anticipation de la production de valeur future.

Mais plus le poids de l’avenir capitaliste, déjà consommé, pèse lourd, plus il devient difficile de maintenir en vie la dynamique de création de capital fictif. Ce qui aggrave le problème, c’est que la ponction de valeur future ne peut marcher que si les titres de propriété proposés se réfèrent à un secteur de l’économie réelle promettant des gains futurs. A l’ère de Reagan, ce secteur était constitué par les bons du trésor américain (emprunts d’Etat); à l’ère de la nouvelle économie, c’étaient les start-up dans le domaine de l’Internet, et dans les années 2000, c’était l’immobilier dont les prix semblaient pouvoir monter jusqu’au ciel. Mais si de tels secteurs prometteurs viennent à manquer, le capitalisme maintenu en vie par la perfusion de valeur future parvient à ses limites. Dorénavant, ce point critique a été atteint. Depuis la crise de 2008, l’expansion des produits financiers a pu continuer, mais cette dynamique n’est portée par aucune perspective de gains dans aucun secteur croissant de l’économie privée. Cette expansion n’est alimentée que par les budgets des Etats et des banques centrales. Afin d’éviter l’effondrement immédiat du système financier, c’est la puissance publique, traditionnellement le débiteur le plus fiable, qui a repris les crédits pourris. Les banques centrales ont même franchi un pas supplémentaire. Non seulement elles proposent aux banques d’affaires des montants de crédits, à des niveaux jamais atteints et à des taux d’intérêts proches de zéro, mais en plus elles se sont transformées en des “Bad Banks”, des sortes de décharges pour déchets toxiques de l’avenir capitaliste déjà consumé. Elles acceptent des titres de propriété qui ne trouvent plus preneur sur le marché comme garantie pour accorder des crédits, et en plus elles achètent, pour refinancer la puissance publique, des emprunts de leurs propres Etats. Il est clair qu’à terme on ne peut pas enrayer un processus de crise avec de telles mesures: on ne fait que le déplacer tout en lui attribuant une nouvelle qualité.

5.



La mutation des banques centrales en “Bad Banks” est déterminante pour l’avenir. Les gardiens monétaires peuvent, momentanément, en rachetant des titres de propriété pourris, maintenir à flot la création de capital fictif, mais en ce faisant, ils créent un énorme potentiel inflationniste. Tôt ou tard, la dévalorisation du capital fictif va entraîner, aux Etats-Unis comme en Europe, une dévalorisation du médium argent. En Chine, ce processus se manifeste déjà.

Mais ce qui est plus caractéristique de la situation actuelle, c’est la double politique paradoxale de rigueur et d’endettement. Afin d’entretenir leur crédibilité sur les marchés financiers et de pouvoir continuer à trouver de l’argent frais, les Etats mettent en place des programmes d’austérité pour l’avenir. Le cas de l’Allemagne est symptomatique: en pleine année de crise 2009, tous les partis ont décidé de la mise en place, à partir de 2016, d’un programme de “frein à l’endettement”. Depuis, cette politique a été exportée vers la moitié de l’Europe. On sait déjà pertinemment que le moment venu, ces programmes seront abandonnés, ou alors “suspendus temporairement” comme ce fut le cas l’année dernière aux Etats-Unis lors du conflit budgétaire. Toute autre attitude aurait des répercussions catastrophiques sur l’économie. Dans un premier temps, l’annonce que l’on va  faire des économies calme les esprits sur les marchés financiers, apaise l’opinion inquiète et garantit à l’Allemagne sa notation AAA, ce qui lui permet de contracter de nouveaux crédits à des conditions favorables.

Mais évidemment, la politique d’austérité proclamée ne reste pas sans conséquences. La volonté de faire des économies est mise en ?uvre de manière pédagogique sur le dos de ceux qui sont considérés comme “inutiles pour le système”. Ce n’est pas pour rembourser les dettes de l’Etat qu’on leur enlève les dernières miettes, mais pour garder un peu plus longtemps un semblant de crédibilité face aux marchés financiers, dans le but de pouvoir continuer à emprunter. C’est le caractère cynique des programmes d’austérité mis en place dans les pays du sud de la zone Euro et en Irlande. C’est uniquement pour que la zone Euro puisse maintenir encore un temps le simulacre de la capacité de rembourser ses dettes que la majorité des populations sont poussées dans la misère.

6.

La manière de légitimer ces programmes de paupérisation est bien connue. L’idéologie d’austérité arrache jusqu’aux dernières miettes de pain de la bouche de la retraitée grecque, en proclamant que la société vit “au dessus de ses moyens”. L’absurdité de cet argument dépasse même son insolence. Elle renverse le problème de base auquel la société mondiale est confrontée aujourd’hui. Depuis longtemps notre société vit, quantitativement comme qualitativement, loin en dessous des possibilités qu’offrirait une utilisation sensée du potentiel de production engendré par le capitalisme. Avec moins de cinq heures hebdomadaires d’activité productive par personne, on pourrait produire une richesse permettant une vie décente à tous les habitants de la planète, et vraiment à tous, et cela sans détruire les bases naturelles de la vie. Si cette possibilité ne s’est pas réalisée, c’est que, sous les conditions du capitalisme, les richesses matérielles ne possèdent de raison d’existence que si elles se soumettent au but de l’accumulation du capital en adoptant la forme de la richesse abstraite.

Avec l’avènement de la troisième révolution industrielle, la société a atteint un tel niveau qu’elle est devenue trop productive pour le but auto-référentiel et misérable de la valorisation de la valeur. Ce n’est que l’anticipation grandissante sur de la future valeur produite ainsi que la pré-capitalisation de valeur qui ne sera jamais produite qui ont permis pendant trois décennies de maintenir la dynamique capitaliste. Mais depuis, cette stratégie d’ajournement délirante est elle-même tombée dans une crise profonde. Ceci n’est pas une raison de se “serrer la ceinture”, ni de se complaire dans des fantaisies régressives au sujet d’un capitalisme “sain” basé sur du “travail honnête”. Un mouvement émancipateur contre “l’austérité” et la gestion répressive de la crise devrait viser à rompre, consciemment, le lien obligatoire entre la production de richesses sensibles et la production de valeur. Il s’agit de refuser de manière offensive la question de la “viabilité financière”. Savoir si des logements seront construits, des hôpitaux entretenus, de la nourriture produite ou des lignes de chemin de fer maintenues ne peut pas dépendre du fait de savoir s’il y a assez d’argent. Le seul et unique critère doit être la satisfaction des besoins concrets. S’il a été décidé, par “manque d’argent”, d’abandonner des ressources, il faut se les réapproprier et les transformer à travers une opposition consciente à la logique fétichiste de la production de marchandises. Une vie décente pour tous ne peut exister qu’au-delà de la forme de richesse abstraite.

mercredi 16 janvier 2013

La ZAD ne se raconte pas, elle se vit.


Notre ZAD

Nous ne la raconterons donc pas ici.

Vous dormez, ceci est un rêve.

Après une heure et demie de route, nous arrivons à Notre-Dame-des-Landes. Nous nous garons sur un petit parking, en face de la mairie. Un panneau directionnel tagué indique, en grand, « ZAD », nous ne sommes plus très loin.
Si, en droit de l’urbanisme, l’acronyme ZAD signifie « Zone d’aménagement différé », pour nous, il prend d’autres significations. Les 2000 hectares sur lesquels Vinci projette de construire un aéroport et le réseau routier qui va avec ont été rebaptisés « Zone à défendre » par l’ensemble des opposants à ce projet. Ce projet ne sera pas réalisé. Les opposants au projet d’aéroport envisagent déjà l’avenir et les possibilités de mise en application de leurs désirs. D’une posture défensive, ils luttent maintenant « pour », pour une « Zone d’autonomie définitive ».
Nous entrons dans un petit local ou se tient la permanence de l’ACIPA (Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d’Aéroport de Notre-Dame-des-Landes). On nous accueille avec le sourire. Sur une table, des dizaines de tracts et d’autocollants différents sont disponibles. Des cartes mises à jour de la ZAD sont également imprimées, en format A3. Nous en prenons une. On nous conseille sur la route à prendre. On nous prévient de la présence militaire sur le site et des fouilles possibles aux principaux carrefours. On nous conseille de nous diriger vers le point info de la ZAD, là on pourra nous diriger vers les lieux où nous pourrons donner un coup de main.
« Un troisième dortoir est en construction à La Chat-Teigne, on vous enverra surement là-bas. »
Nous reprenons la voiture et partons donc vers la Rolandière, en direction du point info. Au carrefour des Ardillières, des militaires nous font signe de nous arrêter, une autre voiture est déjà à l’arrêt devant nous. Après présentation des papiers du véhicule et du permis de conduire, les militaires nous demandent d’ouvrir le coffre pour le fouiller. Nous nous exécutons. Eux jettent un coup œil sur le contenu du coffre : tentes, sac de couchage, bottes. Ils nous laissent continuer notre route sans un mot. Nous continuons sur cette route départementale, sur laquelle de nombreux panneaux manifestent l’entrée de la ZAD.
« Non à l’aéroport ! »
« Être des cons pressés ou décompresser »
Nous passons devant un grand hangar, sur un grand écriteau en bois est écrit son nom « la Vache Rit ».
« Garez-vous à gauche » Toujours à gauche. De nombreux véhicules sont déjà stationnés. Sur la droite, nous apercevons un grand chapiteau dans un champ. De part et d’autres de la route, plusieurs tentes sont déjà montées, reliées par un chemin de palette en bois pour éviter de marcher dans la boue. Nous nous garons. Nous chaussons tout de suite nos bottes et nous dirigeons vers le point info. Derrière un bidon qui sert de brasero, un préau fait office d’accueil. Dedans, on s’active. On cherche des piles neuves pour un talkie-walkie, on discute, on rigole. Nous demandons où nous pouvons monter nos tentes et où se rendre pour donner un coup de main : « Où l’on veut ». Ici nous sommes libres.
Le grand chapiteau est entouré d’une petite centaine de tentes, de toutes les formes, de toutes les couleurs, des caravanes et des yourtes complètent ce grand campement. La diversité des abris contraste avec l’unité du sol, boueux et d’un marron uniforme. Au fond, des toilettes sèches et un lieu qui permet de trier les poubelles. Après avoir fait le tour du champ, nous repérons un des rares endroits où il est encore possible de monter une tente sans avoir de la boue jusqu’aux chevilles. Nous les installons sous un vent d’ouest, qui se lève.
Carte en main, nous décidons de nous rendre à La Chat-Teigne, si un troisième dortoir est en construction là-bas, il doit y avoir besoin d’aide. Nous continuons donc à pied vers le sud, en direction du carrefour de La Saulce. Deux cents mètres avant le carrefour, nous décidons de couper à travers la forêt, à droite, pour éviter le barrage militaire qui occupe le carrefour. La forêt de Rohanne est paisible. On n’est loin d’imaginer qu’elle était le lieu d’affrontements violents quelques jours auparavant. Le chemin n’est probablement pas le plus court pour parvenir à La Chat-Teigne, mais il fait beau et encore jour et nous profitons du calme des lieux. Nous arrivons à un carrefour de plusieurs chemins forestiers. En haut d’un arbre, une grande vigie à été construite. De là, on doit pouvoir observer les environs et surveiller les mouvements militaires. Deux des routes qui partent de ce carrefour, sont barricadées. Un panneau « Point Info Chat- Teigne » pointe vers une troisième voie, nous l’empruntons. Elle est complètement entourée de d’arbres, elle est surtout plus boueuse que les autres. Nous devinons qu’elle a beaucoup été utilisée ces derniers jours, et pas seulement pas des piétons.
Nous nous félicitons d’avoir suivi les conseils du site internet de la ZAD https://zad.nadir.org et en particulier celui qui précise de se munir de « bottes et chaussures chaudes, si possible imperméables ». Au bout du chemin, nous apercevons un tracteur à l’arrêt, puis un autre, un troisième est derrière. Nous constatons qu’une cinquantaine d’engins entoure le site, tous reliés entre eux par des câbles résistants et tendus. Cette mesure de protection, aussi symbolique soit-elle, constitue une véritable barrière physique qui marque l’entrée dans La Chat-teigne. Sur notre gauche, nous entendons des coups de marteau, on est en train de s’affairer autour d’une structure en construction (nous apprendrons plus tard qu’il s’agit de la futur crèche). Nous percevons aussi au loin le bruit d’une tronçonneuse électrique, probablement un autre chantier en cours. Au sol, des chemins en bois facilitent la marche et la progression à l’intérieur de ce véritable village. Derrière de grandes tables, plusieurs maisons en bois ont été construites, sur pilotis. Un atelier, une grande cuisine avec un garde-manger, une taverne. Le bâtiment principal dispose même d’un petit préau qui permet d’abriter quelques vêtements qui sèchent autour d’une table au dessus de laquelle un panneau indique que le point info est ici. En cette fin d’après-midi, on ne tient pas la permanence.
L’ambiance du lieu est forte. Malgré le jeune âge des ces constructions, nous ressentons déjà qu’une histoire lourde y a déjà eu lieu. Nous sentons beaucoup d’activité plus loin, nous nous dirigeons vers la deuxième partie de la Chat-Teigne : la Soucherie. En chemin, nous rencontrons Camille. On nous prévient :
« C’est la première fois que vous venez ? Attention, la ZAD, quand tu y gouttes une fois, tu deviens accro ».
Là, nous découvrons un bâtiment en chantier, deux fois plus haut que tous les autres déjà construits. Une magnifique structure en bois à été édifiée. La charpente, réalisée dans les règles de l’art est déjà terminée. On nous explique que c’est le troisième dortoir, plus grand que les autres, il disposera d’une mezzanine. Autour, on s’active pour isoler le toit de ce bâtiment. Le bruit de tronçonneuse venait bien d’ici.
Nous continuons notre chemin en présence de Camille qui a besoin d’aide pour aller chercher du matériel aux Rosiers :
« Les Rosiers, c’était une ferme il y a encore une semaine, ils ont tout rasé. On va essayer de récupérer ce qui est récupérable... ».
Nous suivons Camille. On nous rejoint en chemin. Nous revenons sur nos pas, jusqu’au carrefour barricadé. Nous prenons la voie Ouest, une de celles qui sont barricadées : le chemin de Suez. La première barricade, « le pont-levis », est très bien réalisée. Un poste de guet en torchis permet d’observer les allées et venues à l’abri du vent et de la pluie. Nous empruntons le pont, qui chevauche un profond fossé. De l’autre coté, un message clair est tagué, pour eux :
« Ça va chier !! Halte ! ».
Des pieux à pointe violette, tels des crayons de couleurs, ajoutent un coté médiéval/burlesque à cette barricade décidément originale. Nous progressons sur la route. Nous franchissons une autre barricade, en round-baller, plus classique. Puis, toujours sur la même route, on traverse une troisième barricade. L’importance du système défensif parle de lui-même, n’oublions pas que nous sommes sur une « zone à défendre ». Si la période est calme, militairement, cela n’a visiblement pas toujours été le cas.
Après avoir bifurqué à gauche, à travers champs, nous arrivons près d’une ruine. Le corps de ferme a été rasé. La grange à pris feu et il ne reste presque plus rien. Parmi les décombres, seul un mur reste debout. Dessus, un beau graff : Pascal Brutal casse un avion sur sa tête,
« NON, c’est NON ! Vinci dégage ! », « Ayrault, une balle ! Vinci, une rafale ! ».
Un camion est là, avec une remorque, nous chargeons les tôles que nous pouvons récupérer et les plus belles poutres dessus. Au bout de vingt minutes, la remorque est surchargée. Nous stockons le reste de ce qui est récupérable sur le bord de la route, pour un prochain voyage.
Le vent ne se calme pas. Il commence à faire sombre et nous rentrons à la Chat-Teigne. Sur le chemin, on constate des reflets d’essence, dans les marres d’eau, dans les champs. Les bombes lacrymogènes des militaires ne sont pas biodégradables... Nous entrons dans la cuisine, après avoir traversé le garde-manger remplis de légume de saison. On commence la préparation du repas. D’abord, se laver les mains. Des réserves récupèrent l’eau de pluie des toits des différentes maisons. L’eau non potable ne manque donc pas. L’eau potable est, elle, acheminée à pied, à travers la boue. Son usage est donc strictement réservé pour boire et cuisiner. Au menu, ce soir : salade de radis noir et rose, puis risotto de légumes. On monte un atelier épluchage/lavage/découpage des légumes. On n’ose pas s’attaquer à la côte de bœuf qui à été donnée aujourd’hui, elle attendra demain. Le festin de légumes garanti quant à lui qu’on n’aura pas faim ce soir. Si on n’a pas faim ce soir, c’est bien grâce aux nombreux dons de nourritures.
Si on veut soutenir la lutte, on peut donner. On peut donner de l’argent, de l’eau, des légumes, des matériaux de construction, des outils. On peut donner un coup de main, travailler, une journée, un mois, revenir toutes les semaines. On peut préparer l’avenir, les futurs actions, les réunions, écrire des tracts, des appels. On peut participer aux comités de travail. On peut travailler dans les comités de soutien, partout en France. On peut.
L’important c’est qu’on peut.
Au cours du repas, on discute sur la journée de demain.
La Sécherie, un autre lieu à défendre, risque d’être expulsée dès demain matin alors qu’un chantier est en cours pour reconstruire la moitié du corps de ferme qui y a été détruit par Vinci. Il faudra du monde. Mais ce soir l’ambiance est joyeuse dans la petite « No TAV-èrne ». Le lieu est petit, on est serré, quelques banquettes, deux tables, un petit poêle à bois et sur la droite, un bar. On arrive à tenir à trente à l’intérieur. On discute, on boit, on chante, on boit, on joue de la musique. Les classiques de Brassens et de Brel sont revisités, les chants de marin sont chantés en cœur, on improvise au rythme des claquements de mains de l’assistance. On est bien.
Direction le dortoir, pour poser son duvet sur un matelas et dormir au chaud. Dans la nuit, on se relais pour monter la garde sur chacune des barricades. On observe les mouvements des militaires. A l’aube, pas d’inquiétude, seuls les habituels fourgons sont là. La Sécherie ne sera pas expulsée aujourd’hui.
On se réveille. Avec le café, on se partage des restes de viennoiseries, données la veille.
Avant de se lancer dans un chantier, première chose, retourner à la Rolandière pour démonter les tentes. La perspective de dormir dans une tente sur un terrain boueux ne vaut pas le confort des dortoirs. Puis, nous allons directement à la Sécherie où le chantier a besoin de monde. En chemin, nous croisons des enfants qui courent dans la boue, qui crient. On se balade en famille. Aujourd’hui, c’est cours d’autogestion familiale sur la ZAD. Nous arrivons au carrefour de la Saulce, toujours occupés par les militaires. Échange de regards entre nous et eux. Pas de contrôle d’identité aujourd’hui. La Sécherie n’est plus très loin. Sur place, tous les matériaux sont déjà là. On est nombreux. On attend de comprendre ce qu’il faut faire avant de se lancer. Le plan de la partie à reconstruire a été dessiné et voté collectivement il y a quelques jours : un grand dortoir, une salle d’eau avec un four à bois pour chauffer de l’eau pour tout le monde et une petite cuisine.
Maintenant, à nous de nous mettre au travail. Le sol a déjà été mis à niveau, il faut monter les fondations en pneus et les murs en bois de palette. On s’occupe aussi de refaire un petit mur en pierre de taille sur la face nord du bâtiment. Les murs mitoyens avec les parties existantes de la ferme sont consolidés avec un mélange sable/chaux.
Le chantier démarre tranquillement, sans chef, c’est de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins. Mais, une fois lancé, on avance vite et surtout dans la bonne humeur. L’autogestion en action : pas d’ordre, ni de chef. Le travail libre pointe son nez et au vu du résultat, il sera difficile pour nous de le quitter.
La suite ? Le pot au feu de sanglier ? L’assemblée générale réunissant tous les opposants (habitants, paysans, zadistes, élus...) à la Vache Rit ? Les Féélés en vélos venu d’Ardèche ? L’avenir de la lutte ? Les militaires qui militarisent ? 
Leurs faux tracts pour essayer de semer le trouble entre nous ? Barricades ou chicanes ? Les feux d’artifice ? 
Les rencontres avec les paysans ? Les comités de travail ? Le soutien aux inculpés, devant la prison de Nantes ? Le pot au feu offert par les paysans ? Camille(s) ? Le Far West ? 
Les écureuils ? Les projections/débats à la Chat-Teigne ? Les réunions ? Le lac ? Les collectifs de soutien qui viennent de toute la France ? La convergence des luttes ? La ZAD partout ? Nous ?
... la suite ne se raconte pas non plus, elle se vit. Réveillez-vous et vivez-la.

Décembre 2012
Par Camille

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