mercredi 12 décembre 2012

Combien de Voitures brûlées en France en 2012 ?



Depuis les émeutes de 2005 ce chiffre est devenu une affaire d’État. C'était pourtant l'un des défis du regretté Nicolas Sarkozy qui avait juré de faire baisser le nombre des carbonisations mais constatant un doublement du chiffre pour la seule année 2005 il avait peu à peu renoncé à communiquer sur cette Tradition bien française (MAI68) jusqu'à en faire une interdiction. En effet les chiffres sont tenu secret par les différentes préfectures de police de France et la "Libre presse" a ordre de n'en pas parler, ce qu'elle fait. Même les entrefilets de Faits Divers deviennent rare sur le sujet... 
Chuttttt...

Constatant une censure totale sur ce sujet sensible jusqu'à indymedia Nantes (voir plus bas commentaire censuré de son lien), la tradition sera ici respecté et le sujet abordé surtout en cette période de fêtes qui est aussi celle des records et POTLATCH entre les quartiers.
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La question n'est pas de savoir comment réagiront les 150 comités ZAD à une concentration policière offensive contre la ZAD de NDDL mais comment réagirons les 15000 quartiers ZUP ?
Prioritaire ça veut dire Prioritaire !

La période des fêtes est toujours propice à la Fête justement...
http://www.politique.net/2009051101-le-tabou-des-statistiques-des-voitures-brulees.htm

Les chiffres varient, les estimations sont donc très approximatives. On peut tout de même effectuer les prémices d'un tableau de statistiques sur la base de chiffres avancées dans des articles de presse.

1999 : 16 088 véhicules incendiés (L'Express)
2005 : 45 000 véhicules incendiés (Marianne)
2006 : 44 000 véhicules incendiés (La Dépêche du Midi)
2007 : 42 700 véhicules incendiés (Rue89)
2008 : 36 700 véhicules incendiés (Rue89)

Les chiffres de la nuit de la Saint Sylvestre

S'il n'existe pas de statistiques globales récapitulant le nombre de voitures brûlées par an depuis 2000, il est possible en revanche de faire un bilan chiffré des incendies de véhicules pour les nuits du 31 décembre, sur la base des statistiques officielles fournies par la police.

C'est ce qu'a fait Rue89 en janvier 2009. Ainsi, en 2009, 1 147 voitures (100 de moins que le chiffre fournit par Marianne) auraient été incendiées dans la nuit du 31 décembre 2008 au 1er janvier 2009. En décembre 2007, ce chiffre était de 878. En un an, il y a donc eu une hausse de 30%.
Entre 2002 et 2005, il y avait moins de 400 véhicules incendiés pendant la nuit du Réveillon. Le chiffre a fortement augmenté depuis 2006, frisant les 1000 véhicules brûlés. Toutefois, Rue89 prend soin de préciser que les chiffres de 2002 et 2005 ont peut être été sous-évalués puisqu'il s'agit des chiffres fournis par la police, non recoupés par la presse locale comme en 2009.

lundi 10 décembre 2012

Repenser « Le Capital » à la lumière des « Grundrisse »


Le pavé de Postone "temps, travail et domination sociale" est incontournable pour comprendre que les relectures de Karl Marx aboutissent parfois à changer les marxistes en marxiens ou hégelo-marxiens. Guy Debord était un hégelo-marxien et pas un "hégelo-marxiste".

 Repenser « Le Capital » à la lumière des « Grundrisse »

Théorie critique de la société et monde contemporain


La théorie critique de la société semble avoir été dépassée par les transformations globales des trois dernières décennies. L'intense et fructueux renouveau de la pensée et des enseignements marxiens dans les années 60 et 70 fut suivi d'un profond désintérêt de la part de nombreux théoriciens. L'espace intellectuel devint dominé par les approches postmodernes et poststructuralistes, qui apparaissaient pour certains comme des critiques viables du marxisme. Pourtant, il semble de plus en plus évident que de telles approches ne saisissent pas de manière adéquate l'époque actuelle. Elles échouent à élucider les changements historiques de base qui ont reconfiguré le monde durant ces dernières décennies. Même des penseurs majeurs tels que Habermas, Foucault et Derrida apparaissaient désormais comme les théoriciens d'une configuration historique finissante – le fordisme déclinant. Leurs approches critiques éclairent de moins en moins l'univers social contemporain.

Une des faiblesses évidentes de ces discours post-marxistes a été l'absence d'une prise en compte sérieuse de l'économie politique, une absence devenue flagrante face à la globalisation. Dans le même temps, si importante que soit l'intégration des problématiques de l'économie politique dans les théories critiques du monde contemporain, il est clair qu'un retour au marxisme traditionnel n'est pas pertinent. Cette grille de lecture critique traditionnelle a échoué à fournir les bases d'une analyse historique des régimes communistes d'accumulation. Ses présupposés d'économie politique ont été défiés sur la base de l'importance croissante du savoir scientifique et des technologies de pointe dans le processus de production. Enfin, ses idéaux d'émancipations se sont progressivement éloignés des thématiques des mécontentements sociaux et culturels les plus courants.

Toutefois, les tendances historiques les plus récentes suggèrent l'importance d'une théorie critique du capitalisme adéquate. Bien que ces tendances incluent une réflexion sur le caractère anachronique du marxisme traditionnel – par exemple l'émergence des nouveaux mouvements sociaux tels que les mouvements écologistes de masse, les mouvements de femmes, les mouvements gay, les mouvements pour l'émancipation des minorités, ainsi que les mécontentements exprimés par de nombreux mouvements « fondamentalistes » – les dernières décennies se sont aussi caractérisées par la ré-émergence d'un éclatement économique mondial et l'intensification des rivalités intercapitalistes à une échelle globale. Ces évolutions suggèrent qu'une analyse critique adéquate au monde contemporain doit être en mesure de saisir à la fois de nouvelles dimensions significatives et la continuité sous-jacente propre au capitalisme.

Les « Grundrisse der Kritik der politischen Ökonomie » de Marx pourraient fournir le point de départ d'une analyse critique stimulante basée sur une nouvelle réflexion fondamentale sur la nature même du capitalisme (Marx 1973). Ecrits en 1857 et 1858, ces manuscrits furent publiés pour la première fois en 1939 et ne connurent pas de renommée plus large avant la fin des années 60 et le début des années 70. Bien que Marx n'élabora pas, dans les « Grundrisse », l'ensemble des aspects ultérieurs de sa critique, le fond général de sa critique de la modernité capitaliste, ainsi que la nature et la signification des catégories fondamentales de sa critique y apparaissent très clairement. Le Capital est plus difficile à déchiffrer et sa lecture peut mener à des incompréhensions tant il est structuré comme une critique immanente – une critique amorcée à partir d'un point de vue immanent à son objet d'investigation. Pour cette raison, ses catégories peuvent être incomprises et perçues comme positives plutôt que critique. Ainsi, bien trop souvent, l'objet de la critique de Marx est interprété comme étant son point de vue – ce sur quoi nous reviendrons. Ce problème se pose de manière moins pressante à la lecture des Grundrisse qui ne sont pas structurés de manière rigoureuse. Parce que Marx était encore en train d'y former son analyse catégorielle[1]. Son intention stratégique y est plus accessible que dans Le Capital. Ainsi, les Grundrisse peuvent éclairer la nature et le fond de la critique de l'économie politique des écrits ultérieurs de Marx. Quand elle est lue à travers le prisme des manuscrits de 1857-1858, cette critique peut fournir la base d'une théorie critique du monde contemporain plus adéquate que celle élaborée à travers le cadre du marxisme traditionnel[2].


Le marxisme traditionnel


Avant de développer cette idée en s'appuyant sur des sections essentielles des Grundrisse, je vais d'abord décrire brièvement ce que j'entends par « marxisme traditionnel. » Cela ne fait pas référence à une tendance historique spécifique du marxisme, mais de manière plus générale à toute analyse du capitalisme faite essentiellement en termes de relations de classe, enracinées dans la propriété privée et médiatisées par le marché. Les relations de dominations y sont comprises essentiellement en termes de domination de classe et d'exploitation. Dans cette approche interprétative générale, le capitalisme est caractérisé par la contradiction structurelle grandissante entre les relations sociales de base régissant la société (interprétées comme étant la propriété privée et le marché) et les forces de production (interprétées comme étant le mode de production industriel). Le socialisme, quant à lui, est compris en termes de propriété collective des moyens de production et de planification centralisée, dans un contexte industrialisé. Il est donc conceptualisé comme un mode de distribution régulé, conscient et juste, qui conviendrait au mode de production industriel (qui est lui-même compris comme un processus technique intrinsèquement indépendant du capitalisme).

Cet état de compréhension général est lié à une compréhension particulière des catégories de base de la critique de l'économie politique élaborée par Marx. Sa catégorie de valeur, par exemple, a été généralement interprétée comme une manière de montrer que le travail humain direct crée de la richesse sociale partout et toujours, une richesse qui se retrouve médiatisée par le marché dans le capitalisme. Sa théorie de la plus-value [surplus value], dans une telle approche, démontre l'existence de l'exploitation dans le capitalisme en montrant que le travail seul crée le surplus de production, qui est ensuite approprié par la classe capitaliste[3].

Cette interprétation est basée sur une compréhension transhistorique du travail comme étant une activité de médiation entre la nature et les hommes, transformant la matière d'une manière motivée par un but, et qui est une condition de la vie sociale. Le « travail », ainsi interprété, est perçu comme la source de richesse dans toutes les sociétés et comme étant ce qui constitue ce qui est universellement et authentiquement social. Mais, dans le capitalisme, la pleine réalisation du « travail » est entravée par des relations de fragmentation et particularisées. À partir de là, l'émancipation se réaliserait dans une forme sociale où le « travail » transhistorique, libéré des déformations imposées par le marché et la propriété privée, s'affirmerait comme étant le principe de régulation de la société. (Cette idée, bien évidemment, est soumise au fait que la révolution socialiste soit l'« auto-réalisation » du prolétariat.) Ici, le « travail », fourni le point de départ de la critique du capitalisme.

À partir du cadre de base du « marxisme traditionnel », ainsi conceptualisé, toute une variété d'approches théoriques, méthodologiques et politiques ont été construites[4]. Pourtant, bien que des analyses économiques, politiques, sociales, historiques et culturelles puissantes aient été élaborées à partir de cette grille de lecture, ses limites sont depuis longtemps manifestes au regard de l'évolution historique au XXe siècle. Dépasser l'inévitable centralité du capitalisme dans le monde d'aujourd'hui, nécessite alors une reconceptualisation du capital qui rompe avec le cadre du marxisme traditionnel.

Rétrospectivement, il est devenu évident que la configuration sociale/politique/économique/culturelle de l'hégémonie du capital a historiquement évolué – du mercantilisme au capitalisme libéral du XIXe siècle, du capitalisme fordiste centré sur l'Etat du XXe au capitalisme global néo-libéral contemporain. Cela implique que le capitalisme ne peut être entièrement identifié à partir d'une de ses configurations historiques et cela pose la question de la nature du noyau fondamental du capitalisme en tant que forme de vie sociale, c'est-à-dire, de la nature même du capital.


Les Grundrisse : le noyau du capitalisme


Les Grundrisse aident à clarifier la conception ultérieure de Marx quant au noyau du capitalisme, ainsi que la nature de son succès historique, de manière beaucoup plus approfondie que l'interprétation marxiste traditionnelle. Dans une section essentielle du manuscrit « Contradiction entre la fondation de la production bourgeoise (la valeur comme mesure) et son développement », Marx indique explicitement ce qu'il perçoit comme étant le noyau du capitalisme et la contradiction fondamentale qui implique la possibilité historique d'une forme de vie sociale postcapitaliste. Il commence ce chapitre en écrivant que « l'échange de travail vivant contre du travail objectivé – c'est-à-dire la place du travail social en fonction de la forme de la contradiction du capital et du travail salarié – est le développement ultime de la relation de valeur et de la production reposant sur la valeur. » (Marx 1973 : 704). Le titre et la phrase d'ouverture de ce chapitre des Grundrisse indique que, pour Marx, la catégorie de valeur explique la base des relations de production dans le capitalisme – ces relations sociales qui caractérisent profondément le capitalisme en tant que forme de vie sociale. Dans le même temps, la catégorie de valeur exprime une forme de richesse déterminée. Il s'ensuit qu'une analyse de la valeur doit élucider ces deux aspects. En tant que forme de richesse, la valeur a généralement été comprise comme une catégorie de médiation, par le marché, de la richesse créée par le travail. Ainsi, quand Marx évoque dans le passage cité « l'échange » en jeu dans la « relation de valeur », l'échange ne se réfère pas à la distribution mais à la production – « l'échange de travail vivant contre du travail objectivé. » Chez Marx, la caractérisation de la valeur en tant que « fondation de la production bourgeoise » indique qu'elle ne doit pas être comprise simplement comme une catégorie du mode de distribution des marchandises, ou une critique du marché soit-disant auto-régulé. Elle doit plutôt être comprise avant tout comme une catégorie de la production capitaliste elle-même.

Dans les Grundrisse donc, l'analyse de la contradiction entre les « relations de production » et « les forces de production » dans le capitalisme diffère de celle proposée par les théories marxistes traditionnelles. Ces dernières se concentrent sur une critique du mode de distribution (le marché, la propriété privée) et perçoivent cette contradiction comme l'antagonisme entre les sphères de distribution et de production. Marx critique explicitement les approches théoriques qui conceptualisent le changement historique en termes de mode de distribution, sans considérer la transformation potentielle du mode de production. C'est pourquoi il cite, pour les illustrer, John Stuart Mill qui affirmait : « les lois et conditions de la production de richesse ont des caractéristiques de vérités physiques (…). Il n'en va pas de même avec la distribution de la richesse. Celle-ci n'est qu'une question d'institutions humaines.[5] » Cette séparation est, selon Marx, illégitime : « Les ''lois et conditions'' de la production de richesse et les lois de ''la distribution de richesse'' sont les mêmes lois sous des formes différentes, elles évoluent ensemble, suivant le même processus historique » (Marx 1973 : 832).

Si le processus de production et les relations sociales fondamentales dans le capitalisme interagissent, le premier ne peut pas être confondu avec les forces de productions, qui peuvent potentiellement entrer en contradiction avec les relations de production capitalistes. Mais il convient par contre de considérer le processus de production lui-même comme étant intrinsèquement lié au capitalisme. En d'autres termes, ce que Marx entend comme la contradiction fondamentale du capitalisme n'est pas celle entre la production industrielle d'un côté, et le marché et la propriété privée de l'autre. Cela mérite d'être approfondi.

Quand il présente la production reposant sur la valeur, il la décrit comme un mode de production dont « la présupposition est – et reste – la masse de temps de travail direct, la quantité de travail employée, comme le facteur déterminant dans la production de richesse » (Marx 1973 : 704 ; je souligne). Ce qui caractérise la valeur en tant que forme de richesse, selon Marx, est ce qui est constitué par la dépense du travail humain direct dans le processus de production, mesurée temporellement. La valeur est une forme sociale qui exprime, et qui est basée sur, l'extension du temps de travail direct. Cette forme, toujours pour Marx, constitue précisément le cœur du capital. En tant que catégorie des relations sociales fondamentales qui constituent le capitalisme, la valeur exprime ce qui est, et reste, la fondation de base de la production capitaliste. Alors, la production basée sur la valeur génère une dynamique qui accentue la tension croissante entre cette fondation du mode de production capitaliste et les conséquences de sa propre évolution historique :


« Mais dans la mesure où l'industrie se développe, la création de richesse réelle en vient à moins dépendre du temps de travail et de la quantité de travail employé, que sur le pouvoir des agents en mouvements pendant le temps de travail, dont la « puissante efficacité » est elle-même (…) non proportionnelle au temps de travail direct dépensé pour leur production, mais dépend plutôt de l'état général de la science et du progrès technique. (…) La richesse réelle se manifeste plutôt (…) dans la disproportion monstrueuse entre le temps de travail dépensé et son produit, autant que dans le déséquilibre qualitatif entre le travail, réduit à une pure abstraction, et le pouvoir du processus de production qu'il supervise. » (Marx 1973, 704-5)


Le contraste entre valeur et « richesse réelle » se manifeste entre une forme de richesse basée sur le « temps de travail et la quantité de travail employé » et une autre qui ne dépend pas directement du temps de travail. Ce contraste est essentiel pour comprendre la théorie de la valeur de Marx et sa notion de contradiction de base de la société capitaliste. Cela va encore plus loin : la valeur n'est pas qu'une catégorie du marché, qui décrirait un mode de distribution sociale de la richesse historiquement spécifique. Une telle interprétation centrée sur le marché – qui est liée à la position de Mill sur la possibilité de transformation historique du mode de distribution mais pas de celui de production – implique l'existence d'une forme transhistorique de richesse distribuée différemment dans des sociétés différentes. Pourtant, selon Marx, la valeur est une forme spécifique de richesse sociale, intrinsèquement liée à un mode de production historiquement spécifique. Cela suggère que des formes de sociétés différentes impliquent des formes de richesse différentes. (L'argumentation de Marx à ce sujet suggère que la forme de richesse, la forme du travail et la base des relations sociales diffèrent dans de nombreuses sociétés.)

De nombreuses discussions sur l'analyse par Marx de la place centrale du travail comme source de valeur – qu'elles y adhèrent ou qu'elles la critiquent – ignorent la distinction faite entre la « richesse réelle » (ou « richesse matérielle ») et la valeur. Les Grundrisse, au contraire, indiquent que la « théorie de la valeur par rapport au travail » n'est pas une théorie des propriétés propres au travail en général. Elle est une analyse de la spécificité historique de la valeur comme forme de richesse et donc, implicitement, une analyse du travail qui la constitue. Par conséquent, il est inutile de débattre pour ou contre la théorie de la valeur de Marx comme si elle était une théorie de la richesse (transhistorique) par rapport au travail – c'est-à-dire comme si Marx avait écrit un traité d'économie politique plutôt qu'une critique de l'économie politique[6]. Cela ne signifie pas, bien-sûr, que l'interprétation de la catégorie de valeur de Marx en tant que catégorie historiquement spécifique valide toute son analyse de la société moderne. Mais cela pousse à considérer l'analyse de Marx dans ses propres termes historiques, et non pas comme si elle était une théorie transhistorique d'économie politique, telle que celle qu'il a fortement critiqué.

Ces réflexions suggèrent que la valeur, saisie dans la lecture de Marx, est une catégorie critique qui révèle la spécificité historique des formes de richesse et de production qui caractérisent le capitalisme. Le passage cité plus haut montre que, selon Marx, la forme de production basée sur la valeur se développe d'une manière qui tend à la possibilité de la négation historique de la valeur elle-même. Dans une analyse qui semble bien en phase avec la situation contemporaine, Marx argumente qu'à mesure que la production industrielle capitaliste se développe, la valeur devient de moins en moins adéquate pour mesurer la richesse sociale. Il pointe alors le contraste entre la valeur, qui est une forme de richesse soumise à l'utilisation du temps de travail humain, et le gigantesque potentiel de production de richesse de la science et de la technologie modernes. La valeur devient anachronique par rapport au potentiel du système de production qu'elle sous-tend. La réalisation de ce potentiel entraînerait l'abolition de la valeur.

Cette possibilité historique ne signifie pas pour autant que la toujours plus grande masse de biens produits pourrait être fabriquée sur la base du mode de production industriel existant, et distribué de manière plus équitable. La logique de la contradiction entre la « richesse réelle » et la valeur, qui tend vers la possibilité que le premier dépasse le second comme forme déterminante de la richesse sociale, implique également la possibilité d'un mode de production différent. Celui-ci serait alors basé sur une structure renouvelée et davantage émancipatrice du travail social :


« Le travail ne semble plus vraiment faire partie du processus de production ; au contraire, l'être humain devient davantage un surveillant et un régulateur de ce processus. (…) Il se retire du processus de production au lieu d'en être l'acteur principal. Dans cette transformation, ce n'est ni le travail humain direct qu'il réalise lui-même, ni le temps pendant lequel il travaille, mais plutôt l'appropriation de son propre pouvoir productif en général, sa compréhension de la nature et de sa maîtrise par lui-même comme un ensemble social – c'est, en un mot, le développement de l'individu social qui apparaît alors comme la pierre angulaire de la production et de la richesse. Le vol du temps de travail de l'autre, sur quoi la richesse actuelle est basée, apparaît comme une base misérable comparée à cette nouvelle fondation, crée par la grande industrie elle-même. » (Marx 1973 : 705 ; je souligne le deuxième passage)


Cette section des Grundrisse rend évident que, pour Marx, le capitalisme avancé implique l'abolition de la valeur comme forme sociale de richesse, ce qui implique à son tour le dépassement du mode de production déterminé développé par le capitalisme. Le temps de travail ne servirait plus à mesurer la richesse, et la production de richesse ne serait plus créée en premier lieu par le travail humain direct dans le processus de production : « Dès que le travail dans sa forme directe a cessé d'être le grand créateur de richesse, le travail humain cesse et doit cesser d'être sa mesure, et donc, la valeur d'échange d'être la mesure de la valeur d'usage. » (Marx 1973 : 705)

En d'autres termes, Marx analyse les relations sociales de base du capitalisme, sa forme de richesse, et sa forme matérielle de production, comme étant interconnectées : la production reposant sur la valeur, le mode de production construit sur le travail salarié et la production industrielle basée sur le travail prolétarien sont intrinsèquement reliés, dans cette analyse. Ainsi, le caractère toujours plus anachronique de la valeur signifie également le caractère toujours plus anachronique du processus industriel de production développé dans le capitalisme. Le capitalisme avancé, selon Marx, mène à une transformation fondamentale de la forme matérielle de la production, de la manière dont les gens travaillent.

Malgré cela, la société socialiste, toujours pour Marx, n'émerge pas automatiquement telle la conséquence d'un développement historique linéaire et évolutionniste. La transformation radicale du processus de production mentionnée plus haut n'est pas le résultat quasi-automatique du développement rapide des savoirs techniques et scientifique et de leurs applications. C'est plutôt une possibilité qui naît d'une contradiction sociale intrinsèque croissante. Bien que la course du développement capitaliste génère la possibilité d'une structure nouvelle et émancipatrice du travail social, sa réalisation générale est impossible dans le capitalisme.


« Le capital lui-même est la contradiction en mouvement, en cela il pousse à réduire le temps de travail au minimum, tandis qu'il place le temps de travail, d'un autre côté, comme l'unique source et mesure de richesse. Ainsi il diminue le temps de travail dans sa forme nécessaire pour l'augmenter dans sa forme superflue, et le superflu se présente de plus en plus comme une condition – une question de vie ou de mort – pour le nécessaire. » (Marx 1973 : 706)


La question du temps de travail « nécessaire » et « superflu » ne peut être entièrement développée ici. Mais il est important de noter que, selon Marx, bien que le capitalisme tend à développer de puissantes forces de production dont le potentiel rend toujours plus obsolète une organisation de la production basée sur la dépense de temps de travail direct, sa structure est telle qu'elle ne peut permettre la pleine réalisation de ce potentiel. La seule forme de richesse qui constitue le capital est celle basée sur la dépense de temps de travail direct. Ainsi, malgré la différence croissante entre la valeur comme mesure et la richesse matérielle, la valeur n'est pas simplement remplacée par une nouvelle forme de richesse[7]. Au contraire, elle reste pour Marx la précondition structurelle nécessaire de la société capitaliste (bien qu'il argumente dans Le Capital que ce n'est pas ouvertement le cas).

Sur la base de ses catégories de valeur, marchandise et capital, Marx montre que le capitalisme se caractérise par une dynamique de développement intrinsèque. Mais cette dynamique reste soumise au capitalisme, elle ne se réalise pas d'elle-même. Les catégories éclairent autant cette dynamique que ses limites : ce qui devient « superflu » dans la production de richesse matérielle reste structurellement « nécessaire » pour le capital. Le capitalisme porte véritablement la possibilité de sa propre négation, mais il n'évolue absolument pas automatiquement en quelque chose d'autre. Que la dépense de temps de travail humain direct reste centrale et indispensable pour le capital, alors qu'elle est rendue anachronique à cause des développements générés par le capital, fait surgir une tension interne. Comme je l'ai montré dans Temps, travail et domination sociale, c'est à partir de cette tension que Marx analyse la nature de la production industrielle et sa trajectoire de développement.

Ces extraits des Grundrisse indiquent que la notion de Marx d'une contradiction structurelle dans le capitalisme ne devrait pas être immédiatement ramenée à un antagonisme social tel que le conflit de classes. Ils révèlent également que la compréhension de la contradiction capitaliste par Marx ne se réfère pas de manière fondamentale à une opposition entre l'appropriation privée et la production socialisée[8]. En cela, ses analyses sont fondamentalement différentes de celles du marxisme traditionnel. Marx n'analyse pas la contradiction du capitalisme, dans les Grundrisse, comme étant celle entre le processus de production et la valeur, c'est-à-dire, entre la production dans le capitalisme et les relations sociales capitalistes. Au contraire, il traite le premier comme étant moulé dans le second : la production dans le capitalisme est le « mode de production basé sur la valeur. » C'est en ce sens que, dans ses écrits ultérieurs, Marx évoque explicitement le mode de production industriel comme étant une « forme spécifiquement capitaliste de production (…) (et aussi technologiquement) » (Marx 1973 : 428). Ces passages des Grundrisse impliquent que la forme matérielle de la production doit être transformée dans le capitalisme avancé. Ils démentent également l'idée que la théorie critique de Marx serait une forme d’évolutionnisme technologique déterministe[9]. Au contraire, il considère la technologie et le processus de production comme étant socialement constitués ; tous deux sont formés par la valeur. Ils ne devraient donc pas être simplement identifiés aux « forces de productions » qui entrent en contradiction avec les relations sociales capitalistes. Pourtant, bien que la technologie et le processus de production soient moulés par les relations capitalistes, ils donnent corps à une contradiction. L'analyse de Marx distingue la réalité de la forme de production constituée par la valeur et son potentiel – un potentiel qui appelle la possibilité d'une autre forme de production. Cette distinction est enracinée, au final, dans la nature contradictoire des relations capitalistes, que Marx, dans Le Capital, situe dans le double caractère des catégories de la vie sociale moderne et capitaliste.

Il est évident à partir des passages cités que quand, dans les Grundrisse, Marx décrit le dépassement de la contradiction du capitalisme et écrit que « la masse des travailleurs doit elle-même s'approprier le surplus de son propre travail » (Marx 1973 : 708), il ne se réfère pas seulement à l'expropriation de la propriété privé et à l'utilisation du surplus produit dans d'une manière plus rationnelle, juste et efficace. L'appropriation qu'il évoque implique aussi l'application réflexive du potentiel propre à la production capitaliste avancée dans le processus de production lui-même. Le système de production social par lequel la richesse est créée grâce à l'appropriation du temps de travail direct, et, à l'activité des travailleurs traités tels les engrenages d'un appareil de production, pourrait être aboli. Pour Marx, ces deux aspects du mode de production capitaliste sont liés. Ainsi, le capitalisme avancé, tel qu'il est présenté dans les Grundrisse, implique implicitement le dépassement des aspects matériels et formels du mode de production basé sur le travail salarié. Cela mène à l'abolition d'un système de distribution construit sur l'échange de force de travail, comme marchandise contre un salaire, avec lequel les biens de consommations sont acquis. Cela mène également à l'abolition d'un système de production basé sur le travail prolétarien, c'est-à-dire, sur le travail fragmenté et unilatéral, caractéristique de la production industrielle capitaliste. Par rapport à la structure du travail social, la contradiction marxienne doit donc être comprise comme une contradiction croissante entre la sorte de travail effectué par les gens dans le capitalisme, et la sorte de travail qu'ils pourraient effectuer si la valeur était abolie et si le potentiel productif développé par le capitalisme était réflexivement utilisé pour libérer les gens du contrôle des structures aliénées construites par leur propre travail. Loin de mener à la réalisation du prolétariat, le capitalisme avancé implique l'abolition matérielle du travail prolétarien. L'émancipation du travail requiert l'émancipation contre le travail (aliéné).

Cette interprétation, en fournissant la base pour une critique historique des formes concrètes de production dans le capitalisme (mais aussi, bien-sûr, de la médiation et de la domination abstraites exprimées par les catégories de valeur et de capital) met en lumière l'affirmation bien connue de Marx selon laquelle la formation sociale capitaliste marque la fin de la préhistoire de la société humaine (Marx 1987 : 264). L'idée d'une généralisation du travail prolétarien implique que cette « préhistoire » doit être comprise comme une référence aux formations sociales dans lesquelles le surplus continu de production existe mais est basé en premier lieu sur le travail humain direct. Cette caractéristique se retrouve dans les sociétés dans lesquelles le surplus est créé par l'esclave, le serf, ou le travail salarié. Mais la formation basée sur le travail salarié, pour Marx, est la seule à être caractérisée par une dynamique qui offre la possibilité historique que le sur-produit basé sur le travail humain, comme élément interne au processus de production, puisse être dépassé. Une nouvelle formation sociale peut alors être créée, dans laquelle « le surplus de travail de la masse a cessé d'être la condition de développement de la richesse générale, tout comme le non-travail d'un petit nombre, au profit du développement des pouvoirs généraux de la tête humaine » (Marx 1973 : 705).

Pour Marx donc, la fin de la préhistoire signifie l’avènement de l'opposition entre les travaux manuel et intellectuel. Pourtant, cette opposition ne peut être dépassée en mélangeant simplement le travail manuel et le travail intellectuel. La vision de la production par Marx dans les Grundrisse implique non seulement que la séparation de ces deux modes de travail, mais aussi que les caractéristiques déterminantes de chacun, sont enracinées dans la forme de production existante. Leur séparation pourrait être dépassée en transformant les modes existants des travaux manuel et intellectuel, c'est-à-dire, par la construction d'une nouvelle structure et organisation du travail. Une telle structure renouvelée devient possible, selon l'analyse de Marx, quand la production du surplus n'est plus basée nécessairement et avant tout sur le travail humain direct.

La section des Grundrisse sur la contradiction fondamentale du capitalisme indique donc que la théorie critique de Marx doit être comprise essentiellement comme une critique du travail dans le capitalisme ; plutôt qu'une critique du capitalisme du point de vue du travail (comme le fait le marxisme traditionnel). Cela a d'importantes conséquences dans la compréhension du Capital et trace une distinction fondamentale entre la critique de l'économie politique de Marx et sa fréquente (in)compréhension comme une économie politique critique. Élaborer pleinement une telle lecture du Capital sur la base des Grundrisse n'est bien-sûr pas possible avec le cadre proposé par cette argumentation. Toutefois, pour pouvoir esquisser ses contours, il est important de considérer une autre section essentielle des Grundrisse intitulée « La méthode de l'économie politique » (Marx 1973 : 100-8).


Les Grundrisse : les catégories de Marx


Dans cette section, Marx s'efforce de trouver un point de départ adéquat à son analyse critique. Il rend évident que les catégories de son analyse ne devraient pas être comprises dans des termes économiques étroits. Au contraire, elles « expriment les formes d'être [Daseinsformen], les déterminations de l'existence [Existenzbestimmungen] (…) de cette société spécifique » (Marx 1973 : 106). En tant que telles elles sont, dans un premier temps, autant des formes de la subjectivité et de l'objectivité ; elles expriment « ce qui est donné, aussi bien dans la tête que dans la réalité » (Marx 1973 : 106). Cela signifie que les catégories de Marx proposent de saisir comment les dimensions économiques, sociales, et culturelles de la vie moderne et capitaliste sont intrinsèquement inter-reliées, alors qu'elles sont généralement traitées comme liées les unes autres de manière extrinsèque et contingente. Cette approche des catégories contredit la compréhension des relations entre l'objectivité et la subjectivité sociales en termes de infra/superstructure[10].

Plus encore, Marx insiste sur le fait que les catégories de sa critique sont historiquement spécifiques. Même les catégories qui semblent être transhistoriques et qui jouent bien un rôle dans des périodes historiques antérieures – telles que l'argent et le travail – sont pleinement développées et ne deviennent vraiment elles-mêmes que dans la société capitaliste (Marx 1973 : 103).


« L'exemple du travail montre de manière frappante comment les catégories les plus abstraites, en dépit de leur validité (…) dans toutes les époques, sont toutefois, dans le caractère spécifique de cette abstraction, elles-mêmes tels le produit des relations historiques, et ne possèdent pleinement leur validité seulement dans et pour ces relations. » (Marx 1973 : 105)


En d'autres termes, aussi simplement « modernes » que soient les catégories abstraites « autant sont les relations qui créent cette abstraction simple » (Marx 1973 : 103)[11].


« Puisque les catégories abstraites, pleinement développées, sont historiquement spécifiques, il serait (…) infaisable et faux de laisser les catégories économiques s'enchaîner les unes les autres dans la même suite que dans laquelle elles furent historiquement décisives. Leur enchaînement est en fait déterminé par leurs relations dans la société bourgeoise moderne, ce qui est précisément l'opposé de ce à quoi (…) correspond le développement historique. » (Marx 1973 : 107)


Au contraire, l'analyse critique doit partir de ce qui est essentiel pour son objet. Dans la société bourgeoise, « le capital est le pouvoir économique tout puissant » et partant, il « doit être le point de départ tout comme l'objectif. » (Marx 1973 : 107)

L'insistance de Marx sur la spécificité historique de son objet d'investigation est intrinsèquement liée à la question du point de départ de son analyse critique. Comme plus tôt dans L'idéologie allemande, Marx insiste sur la construction sociale et historique des formes de conscience, ceci est affiné dans les Grundrisse avec la référence à la notion du caractère objectif/subjectif des catégories structurantes de la société capitaliste. Cela implique qu'aucune position, y compris celle de Marx, n'a de signification transhistorique et universelle. La relativisation historique de la pensée ne signifie pas pour autant qu'une théorie valide soit impossible. Une théorie historiquement spécifique peut être rigoureusement adéquate à son objet. Cela nécessite que la théorie soit auto-réflexive : elle doit être capable d'appliquer à ses propres conditions de possibilité au moyen des mêmes catégories qui lui permettent de saisir son objet, c'est-à-dire, son propre contexte.

Plus encore, le caractère historiquement spécifique de la théorie n'est pas qu'une question de contenu, mais aussi une question de forme. Sa forme ne doit pas contredire le caractère historiquement spécifique de la théorie. Par exemple, elle ne peut se présenter comme étant une forme transhistorique, comme une « méthode » universellement valide qui pourrait s'appliquer à des objets différents, auxquels elle n'est liée que de manière contingente. Au contraire, la spécificité historique de la théorie demande à ce que le concept soit propre à son objet. (Ironie du sort, c'est quand la théorie est auto-consciente et réflexivement spécifique historiquement que la sentence hégélienne, apparemment transhistorique, trouve sa validité.)

Le point de départ de l'analyse critique ne peut donc trouver appui de manière cartésienne, dans une vérité supposément indubitable et valide transhistoriquement. Au contraire, le point de départ doit être historiquement spécifique, sur la base d'une analyse historiquement déterminée de la formation historiquement spécifique qu'est son contexte. Si Hegel, dans La science de la logique était préoccupé par le problème du point de départ pour l'exposition d'une logique qui ne présuppose pas une logique, c'est-à-dire un appui en-dehors de ce qu'il cherche à démontrer, Marx était lui préoccupé par la question du point de départ historiquement spécifique pour une théorie critique de la société qui ne s'appuierait pas sur autre chose que son objet/contexte.

                                                                                      Moishe Postone




                                                                                                                
Version PDF:
Repenser_Le_Capital_a_la_lumiere_des_Grundrisse_par_Moishe_Postone.pdf


[1] Pour éviter les malentendus par le terme « catégorique », j'utilise celui de « catégoriel » pour renvoyer à l'ambition de Marx de saisir les formes de la vie sociale moderne à travers les catégories élaborées dans sa critique ultérieure.

[2] Certains des arguments présentés ici sont développés dans Temps, travail et domination sociale.

[3] Voir par exemple, G.A. Cohen, History, Labour and Freedom (Cohen 1998 : 209-238) ; Maurice Dobb, Political Economy and Capitalism (Dobb 1940 : 70-78) ; Ronald Meeks, Studies in the Labour Theory of Value (Meeks 1956) ; John Roemer, Analytical Foundations of Marxian Economic Theory (Roemer 1981 : 158-159) ; Ian Steedman, « Ricardo, Marx, Sraffa » (Steedman 1981 : 11-19) ; Paul Sweezy, The Theory of Capitalist Development (Sweezy 1968 : 52-53).

[4] Y compris les interprétations les plus récentes de Marx – le structuralisme et la Théorie Critique. Althusser, par exemple, a formulé une critique tranchante et épistémologiquement sophistiquée du « travail idéalisé » et de la conception des gens en tant que sujet ; il introduisait l'idée que les relations sociales sont des structures irréductibles à l’inter-subjectivité anthropologique. Pourtant, sa focalisation sur la question du surplus en terme d'exploitation, tout comme sur la dimension physique « matérielle » de la production, renvoient indubitablement à une compréhension traditionnelle du capitalisme (Althusser et Balibar 1970 : 145-154, 165-182). Lukács et les membres de l’École de Francfort, cherchant à interpréter théoriquement les transformations du capitalisme d'une forme centrée sur le marché à une forme bureaucratique centrée sur l’État, reconnaissaient tacitement les inadéquations d'une théorie critique de la modernité ne définissant le capitalisme que dans les termes du dix-neuvième siècle – c'est-à-dire en termes de marché et de propriété privée des moyens de production. D'un autre côté pourtant, ils restaient soumis à certaines hypothèses de cette théorie (voir Postone 1993 : 71-120).

[5] John Stuart Mill, Principals of Political Economy (seconde édition, London 1849), volume 1, pp. 239-240 (cité dans Marx, 1973 : 832).

[6] Jon Elster fourni un exemple d'un tel argument. Il contredit la théorie de la valeur et de la plus-value de Marx en déniant que « que les travailleurs ont une capacité mystérieuse à créer ex-nihilo » ; il soutient au contraire que « la capacité de l'homme à se servir de l'environnement rend possible un surplus dépassant tout niveau de consommation donné » (Elster 1985 : 141). En posant la question de la création de richesse de cette manière, l'argument d'Elster traite implicitement la valeur en catégorie transhistorique, éludant ainsi la distinction faite par Marx entre « valeur » et « richesse réelle ».

[7] L'idée selon laquelle la valeur pour Marx n'est pas une catégorie de la richesse en général, mais qu'elle spécifie la forme de richesse et les relations sociales au cœur du capitalisme, a été incomprise par des penseurs aussi différents que Jürgen Habermas, Daniel Bell et Antonio Negri. Bell et Habermas affirmaient au début des années 70, que la théorie de la valeur par rapport au travail avait été annulée historiquement et que la société contemporaine nécessitait une « théorie de la valeur par rapport à la science et la technologie ». Tous deux réfutaient alors la distinction faite par Marx entre valeur et « richesse réelle », et donc également la dynamique dialectique qu'il développait (Habermas 1973 : 222-229) ; (Bell 1973 : XIV). Negri quant à lui arguait que la description faite par Marx de ce que j'ai montré comme étant une organisation postcapitaliste, décrivait en fait le capitalisme contemporain. Celui-ci ne serait plus basé sur la loi de la valeur mais sur la « loi de l'ordre » (Negri 1989 : 144ff.). De telles positions substituent implicitement une perception linéaire de l'histoire à l'analyse dialectique du nécessaire et du superflu faite par Marx.

[8] L'idée que la contradiction de base du capitalisme est, selon Marx, structurel et ne renvoie pas simplement à l'antagonisme social a également été développée par Anthony Giddens. Cependant, ce dernier situe la contradiction dans l'antagonisme entre l'appropriation privée et socialisée de la production, c'est-à-dire, entre les relations bourgeoises de distribution et la production industrielle (Giddens 1979 : 135-141).

[9] Pour un tel développement, voir G.A. Cohen, « Forces and Relations of Production » (Cohen 1986 : 19-22).

[10] En dépit de leurs différences, Georg Lukács, Theodor Adorno et Alfred Sohn-Rethel reconnaissent le caractère objectif/subjectif des catégories de Marx, rompant ainsi avec le schéma infra/superstructure.

[11] Un des nombreux accomplissements du Capital fut d'enraciner socialement la projection transhistorique des catégories valides seulement dans la société capitaliste dans toutes les formes de la vie sociale humaine. Marx le fit en basant ces projections dans les nombreuses formes fétichisées des catégories, qui sont générées par le jeu entre l'abstraction particulière et les dimensions concrètes des formes de médiations sociales constitutives de la société capitaliste.

[12] Cela est développé dans Temps, travail et domination sociale.

[13] Voir John Patrick Murray, « Enlightenment Roots of Habermas' Critique of Marx », The Modern Schoolman, 57, n°1 (November 1979), pp. 13ff.

vendredi 7 décembre 2012

l'insurrection Égyptienne 2012


En 2011 au début de l'insurrection Égyptienne circulait ce PDF tiré d'un petit manuel papier de 9 pages qui se propageait alors dans les rues d’Égypte pour lancer le mouvement. Le PDF se trouve Toujours sur les réseaux P2P nous en publions ici quelques bonnes feuilles.
A cette heure nos camarades égyptien(es) combattent dans les rues du Caire l'oppression policière/islamo/capitaliste.

La liberté est le crime qui contient tous les crimes c'est notre arme absolue !


lundi 3 décembre 2012

Le pouvoir va tenter de vider Notre-Dame des Landes cette semaine


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Alors pourquoi ne pas profiter de la focalisation sur Lyon et ses manifestations NO TAV ?

En effet le pouvoir dispose d'assez d'effectifs pour profiter d'un éventuel affaiblissement provisoire dans la défense de la ZAD pour mettre le paquet comme semble l'indiquer les deux arrêtés préfectoraux signées par Patrick Lapouze, et enfumer en parlant du 5/10 décembre comme dates d’exécution mais agir plus vite.
Il faut s'attendre à TOUT avec ces bétonneurs ZoZialiste. 

Comme de nombreux activistes font le parallèle entre les deux luttes sans en voir les différences, le pouvoir peut espérer un effet de "vases-communicants"
Traiter la ZAD de simple "Lutte Anticapitaliste" est une erreur de même que de faire un simple parallèle entre ZAD et le NO TAV.
Si les deux sont des projets industriels anciens caractérisés par une résistance acharnée il faut aussi voir ce qui sépare ces deux luttes.
Le projet NO TAV se heurte à une lutte basé sur un refus de la part des habitants de la vallée comme de ceux qui les soutiennent un peu partout en Italie et en France. Cependant ce refus aussi radical soi-il n'est que le refus d'un projet capitaliste de grande taille, une ligne TGV avec un nouveau tunnel alpin qui prévoit de battre tous les records de longueur. L'affrontement frontal entre ce projet Étatico-capitaliste et ceux qui en conteste la fin à dérapé sur une « militarisation » de la région qui depuis est sous surveillance permanente avec des affrontements rituels récurent du type de l'anticapitalisme à la papa mais aucun embryon sérieux de projet de vie n'a pris corps sur le site et il n'y a pas de « Zone à Défendre », pas d’écosystème alternatif, pas de greffe qui occupe le cœur du projet.
Une mosaïque de groupes cohabitent dans cette lutte, comme dans tous ses ancêtres depuis Seattle en 1999, et du léninisme à l'opéraïsme en passant par les écologistes et néo-anarchistes, chaque fraction agit séparément sans vouloir se fondre en un tout qui serait une ZAD, un centre organique synthétisant, catalysant un projet de vie complet comme c'est le cas à la ZAD de NDDL.
La ZAD est donc un dépassement des luttes précédentes, une étape à été franchie qui n'a pas été entrevue sur le NO TAV italien mais partiellement par les mouvements OCCUPY aux USA à partir du germe du square new-yorkais. Le noyau créatif de la ZAD doit garder une pleine saisie de cet enjeu même si de nombreux soutiens en sont encore aux balbutiements. 
Plouf plouf....
Le mouvement No Tav est "Anticapitaliste" ! 
La preuve la manière dont ces imbéciles se sont fait "rouler dans la farine" par les keufs":
Les "militants" italiens après interception dès la frontière dans leurs cars se sont fait trimbaler avec interdiction d'en sortir pendant 10 heures pour finir par se faire tabasser directement dans leurs cars, un CRS remplaçait leur chauffeur et la prise d'otage les ramenait direct à la frontière ou les flics italiens les attendaient...
Ces connards en sont encore à présenter leur "cahiers de doléances" aux princes qui banquetaient gentiment, à Lyon pour cette fois...

Mais qu'attendent t'ils des pouvoirs qui depuis 12 piges les bastonnent dans des nasses policières organisées par ATTAC et Cie ?
Voici leur explication traduites en français: "...Ici, à Lyon, c’est la police du gou­ver­ne­ment Hollande qui com­mande, et tout cor­tège est inter­dit, comme il est inter­dit à chaque per­sonne de s’éloigner de la place. Interdit de quit­ter la place ! Ce sont les ordres."
"...De l’autre, l’Europe des peu­ples, des sim­ples gens, des citoyens qui, malgré les vio­len­ces et les injus­ti­ces qu’ils subis­sent depuis des années, conti­nuent et conti­nue­ront à se battre. Ce n’est pas un pro­blème qui sup­pose une média­tion, c’est que la partie saine doit avoir raison de la partie malade." blabla bla...
                                                                                               Mouvement NO TAV
www.notav.info
http://rebellyon.info/Le-3-decembre-vu-par-les-italiens.html

Comme on dit dans le 9.4 "C'est des VICTIMES, man"

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Vol de camions citerne: Plusieurs camions citerne de carburant ont disparu dans la région de Nantes. La police soupçonne les Enragés anarcho-Autonomes d'ultra-gauche de la ZID de préparer un Mur de Feu anti-gendarmes. Ces courageux travailleurs pourront néanmoins compter, au pire, sur un Noël des orphelins de la gendarmerie organisé par le préfet en prévision des pertes qu'il a fixé à 15% des effectifs engagés au maximum. Ce que conteste François Fillon qui demande l'engagement de l'armée dès son arrivée d’Afghanistan sur le tarmac d'Istres.
Les écologistes demande à l'église catholique de prendre en charge les blessés les plus graves. 

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Opposants aux vieilleries du futur. PDF Complet

ZAD : situation et appels à venir - Zone à défendre -  3 décembre 2012

Voici un petit récapitulatif de la situation et des appels de la ZAD autour de la lutte contre le projet d’aéroport de Nantes et son monde.


Opération policière en préparation ?
Différents signes laissent penser qu’une opération policière de grande ampleur serait prévue dans la semaine à venir sur la ZAD : arrêtés préfectoraux interdisant le transport de carburant, d’explosifs, de produits inflammables, et de feu d’artifices entre le 3 et 10 décembre sur les communes de Vigneux et Notre-Dame et permettant la fouille des véhicules ; bruits sur une intervention policière qui « commencerait le 5 décembre au petit matin et s’étalerait sur deux ou trois jours » et « pourrait reprendre le lundi 10 décembre en cas de résistance ». Ces bruits de précisent pas quelle serait la cible de cette opération entre les nombreux lieux expusables, de la Gare de Vigneux et le Phare Ouest, peut-être bientôt rejoints par la Châteigne.


Procès de la Châtaigne demain

Demain mardi 4 décembre au tribunal de Saint-Nazaire, la Préfecture va tenter de s’arroger le « droit » de détruire immédiatement l’ensemble des cabanes reconstruites à la Chat-teigne depuis la manifestation de réoccupation du 17 novembre. Un rendez-vous pour un rassemblement à été donné à 10h du matin devant le tribunal de Saint-nazaire. Un covoiturage est prévu à 9h place de la Poste à Notre-Dame-des-Landes et à l’arrêt de tram Beauséjour à Nantes.

Suivant les résultats du référé et des recours que nous mettons en œuvre, les agressions policières pourraient se concentrer sur la zone de la Chat-teigne ou sur d’autres lieux occupés ou ré-occupés dans la zone est de la ZAD, voire d’autres lieux…


Appel à actions décentralisées

Pour tous les comités locaux et groupes qui ne pourraient se rendre rapidement sur la ZAD en cas d’expulsion, un appel à action décentralisées et notamment à occuper leurs lieux de pouvoir (mairies, sous-préfecture…) a été lancé par l’assemblée d’organisation de la manifestation du 17 novembre : « Contre l’aéroport et son monde : s’ils détruisent nos lieux d’organisation, nous occuperons les leurs ! »


Appels à la résistance à la Châtaigne

La Chat-teigne invite par ailleurs à 10 jours de résistance et les chat-teigneux ont lancé un appel à faire vivre ce lieu d’organisation de la lutte dans la durée : « 10 jours de résistance à la Chattaigne et appel des chat-teigneux ».

Un des groupes de constructeurs-trices y a répondu avec des propositions : « Nous ne laisserons pas la Chat-teigne se faire envahir une nouvelle fois ! »

De son coté l’ACIPA appelle à se tenir prêt : « Le jugement de demain à Saint-Nazaire sera déterminant ! Tenons-nous prêts à réagir là où nous sommes et pourquoi pas à venir sur la zone si l’information se confirme ! »

N’oublions pas qu’il y a toujours de nombreux autres lieux expulsables, des chantiers de reconstruction sur toute la ZAD et des lieux collectifs à mettre en place avec leur vie quotidienne.


À savoir en venant sur la ZAD

Quels que soient les barrages policiers, avec un peu d’inventivité, de détermination, de patience et une bonne paire de bottes, il est toujours possible d’atteindre la ZAD. Donc ne vous laissez pas décourager par les arrêtés et les barrages. Pour savoir où se rendre une fois sur place, il y a un point d’info permanent sur le campement “Hors Contrôle” établi le long de la D81 entre le lieu dit Les Domaines (la Vache-Rit) et la Rolandière.

Consultez le flash infos de la journée sur notre site web et la page d’infos à savoir avant de partir.

Une fois sur la zone, il est possible d’écouter radio Klaxon – 107.7 FM, si vous avez pris le soin de vous munir d’un récepteur radio.

Toutes les bonnes volontés sont bienvenues, pas seulement pour tenir des barricades ou reconstruire, mais aussi pour participer à la logistique, faire la bouffe, et autres tâches quotidiennes pour permettre la résistance dans ces conditions difficiles.


À propos des dons

On est hyper touchés par toute la solidarité qui se met en place depuis le début des expulsions. Pour tout vous dire on commence même à crouler sous certains dons : nourriture, matériel médical, vêtements. On a encore des besoins spécifiques. Du coup merci ne ne ramener que les articles mentionnés dans notre liste. On vous tiendra informés pour d’éventuels nouveaux besoins.


Rencontre des comités locaux

Quelle que soit la situation, des rencontres nationales des comités locaux auront lieu les 15 et 16 décembre : « NDDL – Appel aux rencontres inter-comités locaux/nationaux des 15 et 16 décembre ».


En savoir plus

Des précisions sur la situation et nouveaux appels suivant les circonstances seront donnés sur le site de la zad  (voir notamment le fil d’infos quoitidien).

À chaque fois qu’ils nous attaquent, le mouvement s’étend !

De nouveaux kystes se développent ici et ailleurs et leur détermination est contagieuse.

Alors on va continuer à construire, occuper et résister !


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mercredi 5 décembre 2012, par zadist

Appel des Chats Teigneux
(Depuis la Châtaigneraie, la Châtaigne, la Castagne, Premier Presidio, les Souches, le Kyste)

Du 4 au 15 décembre : Continuons de résister, tenons-nous prêts.

Le 17 novembre, 40.000 personnes, très diverses et déterminées, se sont rassemblées sur la ZAD pour reconstruire. Un geste de riposte après un mois d’expulsion, de destruction et de résistance. Depuis, le mouvement n’a jamais cessé de s’amplifier.

L’opération César, pour ce qui est de vider la zone de ses habitants, a échoué lamentablement. Nous sommes tristes de nos maisons détruites, de nos amis blessés, de nos camarades emprisonnés. La colère a rempli les bocages et nous n’avons jamais été aussi nombreux, la ZAD, bien qu’assiégée, n’a jamais été aussi vivante. Malgré les tentatives de division, la réoccupation a engendré des complicités fortes et inédites, qui ne demandent qu’à s’intensifier. Un nouveau lieu est né.

Dans ce nouveau lieu de réoccupation, des collectifs d’ici et d’ailleurs ont construit un village : une manufacture, une NO TAVerne, une salle commune, une cuisine collective, deux dortoirs, une infirmerie et un black-block sanitaire avec baignoire chauffante. En trois jours, tous ces bâtiments sont sortis de terre grâce à la joie d’être là tous ensemble, à se donner les moyens de la lutte dès maintenant et pour les temps à venir. Planter un clou participe du même mouvement que défendre une barricade, empêcher les arbres de la Forêt de Rohanne de tomber, être 8.000 devant une préfecture, saboter Vinci et le PS ou ravitailler en nourriture et en matériel.

Après une semaine de vie et de construction, la Castagne a été occupée, pillée et saccagée par la flicaille. Mais on n’éteint pas un volcan à coup de Manitou. Ce soir, la Castagne est plus belle que jamais : 45 tracteurs enchaînés la défendent, plusieurs centaines de personnes se déchaînent à renforcer des barricades, à reconstruire et ravitailler. La procédure d’expulsion a été précipitée pour ce terrain prêté par un paysan, il appartiendrait désormais à Vinci. Chaque retrait des flics, chaque recours juridique posé, c’est du temps de gagné pour organiser la vie et la défense des lieux. Nous en sommes là. Et, dès le 5 décembre, la démolition de la Châtaigne pourrait être permise.

De notre côté, nous avons une autre vision de ce qui se passe ici. Le terme sécession, utilisé pour rebaptiser les routes barricadées secession road, prend un sens bien concret désormais. Tout ce que notre enfance a rêvé, que l’organisation de la société avait brisé ou entravé, se trouve ici ravivé. Quand le gouvernement a rasé des maisons, détruit des ca banes dans les arbres et des potagers, il a suscité une rage profonde, qui vient de loin. Malgré la violence et la peur, les moments de joie sont précieux et nombreux. A chaque fois, c’est spontanément que les uns et les autres transportent les voliges, les taules et les palettes. C’est comme si le travail n’existait plus. On ne se sent plus obligé de quoi que ce soit, c’est autre chose, d’une substance plus magique, qui nous rend notre souffle. Il est de coutume que l’argent ne fait pas force de loi entre les habitants. Aujourd’hui, dans un village aux allures de petite cité de chercheurs d’or, certains paysans et occupants discutent de collectiviser les terres. Ces nouveaux usages de la zone nous portent déjà au-delà de cette histoire d’aéroport. Nous voulons prolonger ce mouvement de sécession. L’occupation de la Chataigneraie en est une base, avec elle, tout est possible.

C’est pourquoi nous appelons à dix jours de résistance du 4 au 15 décembre à la Châtaigne. Pour renforcer et défendre les lieux, continuer à habiter ce vaste territoire, reprendre les routes et les champs, les forêts et le bocage. Ensemble, empêchons la présence et la pression de la police. Nous ne voulons plus les voir diriger nos déplacements, nos faits et gestes. Nous ne voulons plus être contrôlés. Soyons nombreux à les chasser, que Notre-Dame-des-Landes devienne leur calvaire !

Nous savons aussi que la force des vendredi 23 et samedi 24 novembre tient à la réactivité des comités de soutien de toute la France. C’est pourquoi ces dix jours de résistance doivent aussi être l’occasion que partout aient lieu des actions d’occupation, de blocage, de sabotage, etc. On sait déjà qu’il ne s’agit plus de soutien. Chaque geste est un moment de vie partagé entre ici et là. Que se répande l’esprit de la ZAD dans les métropoles !

Ces dix jours de résistance se prolongeront les 15 et 16 décembre par le rassemblement des comités et collectifs impliqués dans la lutte (voir l’appel sur le site zad.nadir.org). Ce sera l’occasion d’organiser à plus long terme les présences sur ce lieu. Nous appelons à venir avec des propositions. Des idées surgissent déjà : des moments d’ateliers (forge, vélo, radio, cartographie, menuiserie...), des semaines de chantier, des discussions thématiques, des rendez-vous réguliers rejoignables. D’ores et déjà, nous vous invitons à venir manger, cuisiner et discuter tous les midis.

Étonnamment, envisageons la victoire et pensons à l’avenir sans l’aéroport…

Infos pratiques et plans d’accès sur : zad.nadir.org.

Venez équipés : tentes, sac-de-couchage, équipement de pluie, masque-à-gaz, etc.
                                                                http://zad.nadir.org

 

dimanche 2 décembre 2012

Jeremy Hammond: un Anonymous en prison


Jeremy Hammond, Anonymous/LulzSec  reste en prison !

Jeremy Hammond est accusé d’avoir hacké l’agence américaine de renseignement « Stratfor ».
C'est un détenu politique dans un pays qui ne respecte plus les droits basiques depuis le 11/9. Ici encore les USA cherchent à effrayer les hacktivistes en faisant un exemple.

La juge fédérale a rejeté la demande de mise en liberté sous caution déposée par les avocats de Jeremy Hammond. Jeremy est accusé d’être un membre du groupe « Anonymous » et d’avoir hacké les ordinateurs de la société privée de renseignement « Stratfor ». WikiLeaks a publié en février 2012 les documents « Stratfor » qui se comptent par millions, sous le nom de « The Global Intelligence Files ».

Les soutiens de Jeremy Hammond expliquent que les documents éclairent sur la façon dont l’agence privée de renseignement « Stratfor » surveille les militants et espionne pour le compte d’entreprises. Jeremy Hammond est détenu sans caution ni jugement depuis plus de huit mois. Au cœur du réseau de soutien, Sue Crabtree a défendu les actions présumées de Jeremy.

Sue Crabtree: Les médias définissent Jeremy comme hacker et membre d’Anonymous. Les tribunaux et ceux qui le poursuivent disent qu’il est un criminel. Pour nous Jeremy un héros ! Et encore une fois nous disons, « dénoncer les crimes de l’État n’est pas un crime. »

Les manifestations de soutien à Jeremy Hammond sont nombreuses et sans frontières. Jeremy a exprimé à plusieurs reprises qu’il aime recevoir des lettres. « The Anonymous Solidarity Network » a donc lancé le projet « Postcards for Anarchaos » non seulement pour augmenter la quantité de courrier envoyé à Jeremy, mais également pour lui montrer qu’il a des soutiens partout dans le monde. Joignez-vous à cette opération en envoyant une carte postale avec un message de solidarité depuis votre lieu de résidence. Jeremy sera heureux de savoir d’où vous lui écrivez.
                            Jeremy Hammond 18729-424
                           Metropolitan Correctional Center
                           150 Park Row
                           New York, New York, 10007

Jeremy vous remercie pour les nombreuses cartes postales qu’il reçoit régulièrement de France.

(inutile de préciser que seuls les non-hacktivistes peuvent jouer à donner leur identité...)
The Anonymous Solidarity Network : Le Réseau Solidarité Anonymous aide tous ceux qui sont confrontés à des poursuites judiciaires pour participation présumée aux activités du Collectif Anonymous. Nous travaillons à bâtir un réseau de soutien pour aider tous nos camarades poursuivis par la justice. Rejoignez-nous dans cet élan de solidarité en faveur de nos amis.
    Le mari de la juge fédérale Loretta Preska est un client de l’agence « Stratfor ».

http://debord-encore.blogspot.fr/2013/03/sur-le-meurtre-de-aaron-swartz-par.html
http://www.rezocitoyen.fr/the-anonymous-solidarity-network.html
Jeremy Hammond : http://www.rezocitoyen.fr/jeremy-hammond-hacker.html



samedi 1 décembre 2012

Monde Globalisé Policier


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Les deux problèmes abordés ici: Violence Sociale et contrôle policier d'une part, formatage des poupons par leurs parents serviteurs de l’oppression sont évidement liés. Comme le fait remarqué l'analyse d'Article11 (plus bas):
 
"Faire une étude comparative des discours industriels et gouvernementaux des quinze dernières années au sujet de l’économie numérique montre un parallèle saisissant, où le politique se contente d’appliquer les propositions émanant du secteur économique, avec un simple enrobage de notions morales et de valorisation républicaine par-ci par-là."
 
Et ce n'est pas un hasard si le premier job d'une vermine comme Alain Bauer fut de monnayer ses prestations de "Sécurité" dans une ville aussi sinistre que Vitrolles qui passa ensuite aux mains des nervis du FN. Le chemin est direct du bétonnage lucratif induisant la pseudo "insécurité" à la non moins lucrative "sécurisation" du lieu par les pseudo-criminologues prestataires de services, policiers privés jusqu’à la fascisation complète de la population devenue barjo.
En manque et repliés sur eux-même ils tombent alors dans le dernier piège qui passe par leur connexion internet devenu leur dernier et unique moyen de communication avec "les autres". Prisonniers des systèmes propriétaires fermés dit "écosystèmes captif" qui ne sont que des machines à consommer (Ipad, Iphones, tablettes) ils formatent leurs enfants au seul "écosystème" qu'ils connaissent et confient la vie et l'éducastration de leurs enfants à la police cybernétique privée dont ils sont les "clients captifs. La boucle est bouclée et permet, c'est son premier but, de "faire de l'argent" c'est à dire valoriser la Valeur. Un capitalisme policier en boucle, voilà le projet réel du "Monde Globalisé".
Guy Debord qui a théorisé (en 1988 dans les "Commentaires") la Fusion Économico-Étatique aurait pu ajouter que cela se fait sur la base d'une victoire de l'économique sur l’État "privatisé" de la même manière que le Spectaculaire Intégré est la fusion du "Spectaculaire Diffus" avec le "Spectaculaire Concentré" mais sur la base d'une victoire du Diffus (modèle capitaliste occidental avant la "chute du Mur" stalinien).
C'est bien cet État privatisé que défend le pouvoir "Socialiste" en mettant au service de VINCI toutes les polices de France pour qu'il face couler tranquillement son béton sur la ZAD de Nantes à son seul bénéfice, moins les enveloppes qu'il verse à ses hommes de pailles qui tiennent le pouvoir d’État autour de François-la-norme ou d'un autre (ces clones à cravate sont interchangeables).
Chaque pays est partagé par les "grand groupes" capitalistes et l'époque ou une classe bourgeoise se partageait le gâteaux selon les règles de ce qu'elle définissait comme étant la "Démocratie bourgeoise" sont caduc. L’ancienne petite bourgeoise n'a plus sont mot à dire et le millionnaire en dollars dans son ranch du Texas se fait chier dessus par les groupes pétroliers (opérant sur des dizaines de milliards de dollars) qui polluent ses terres pour récolter le gaz de schiste. Privé de ses droits civique par le putsch 11/9 et sa reconduction élargie par Obama il n'a pas plus de droits que le yankee pauvre ou le nègre ou latino du ghetto. Poussant "petits" riches et classes "moyennes" vers le nazisme cette situation est favorable au système qu'elle renforce et conduit vers une solution finale au problème des "surnuméraires" qui passe forcément par de nouveaux fours crématoires alimentés par exemple au gaz de schiste. Ceux qui acceptent de servir le système capitaliste finissant ne peuvent au mieux qu'espérer un sursis mais devront impérativement considérer leurs enfants comme des "produits jetables", des toys avec applications ludiques interchangeables.
Les solutions pour ceux qui veulent échapper à cette décomposition passent par la désertion et la mise en place d'alternatives Autonomes qui sont autant de germes d'un futur possible post-capitaliste comme la ZAD en est une ébauche.
Combattre frontalement le capitalisme est une ineptie et l'anticapitalisme une idéologie construite de toute pièce par les ennemis de la liberté. C'est dans ces confrontations stériles que le pouvoir globalisé aimerait nous enfermer avec encadrement néo-stalinien comme les idéologues néo-opéraïstes" de "l'Empire" et d'Attac.
Survivre à la Fin du Capitalisme, mettre en place des espaces libérés et laisser le Titanic marchand  à ses derniers esclaves. On ne combat pas un système qui crève, on le déserte, on le dépasse !


Les enfants monstrueux du numérique
 
Ils ont 3, 4 ou 10 ans et regardent le monde au travers d’un Ipad, doudou glacé qui fleure bon la « modernité ». Pour l’industrie technologique, l’enfance se pense à l’ombre des machines, innovations qualifiées de nécessaires par la bien-pensance scientiste et introduites sans recul sur le marché des marmots. Retour sur l’apparition du numérique dans l’aire du jeu et de l’apprentissage.


À propos d’éducation immatérielle et de délires matérialistes
« Parce que notre monde vit une mutation de nature comparable à ce qui s’est passé avec l’imprimerie, parce que toute la société, les sciences, la vie quotidienne et économique sont aujourd’hui conditionnées par ces bouleversements, l’École doit aujourd’hui pleinement entrer dans l’ère du numérique. »
(« Refondons l’école de la République », rapport remis au président de la République le 9 octobre 2011 1).
« Mieux vaut laisser son enfant morveux que de lui arracher le nez. »
(Montaigne, Essais).

Nous sommes en 2004. Des hommes se lèvent, mûrs, aux joues granitées. Grattage de nez, sifflotements, fée électricité – une nouvelle journée. Se rasent, enfilent leur costume de Grands responsables, cravate en option, douche, café, emails, cellulaire, taxi, pensées fugitives, travail. Ils s’appellent Pierre, Olivier, Jean-Claude ou Laurent. Tous sont présidents ou directeurs d’entreprises du secteur micro-électronique et participent au Groupement professionnel des industries de composants et de systèmes électroniques, le Gixel2. Le plus naturellement du monde, ils veulent faire prospérer les quelque 32 000 emplois et 4 milliards de chiffre d’affaires qu’ils représentent en France. Pour cela, et parce qu’ils ne se sentent pas les coudées assez franches, ils écrivent un Livre bleu, consistant en une série de recommandations à l’adresse du gouvernement pour développer le marché des circuits imprimés, composants d’interconnexion et autres cartes à puce. Parmi leurs propositions, l’une fit grand bruit, et reste bien connue chez celles et ceux qui s’interrogent sur la portée politique des nouvelles technologies :
« Acceptation par la population : La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles. Plusieurs méthodes devront être développées par les pouvoirs publics et les industriels pour faire accepter la biométrie. Elles devront être accompagnées d’un effort de convivialité par une reconnaissance de la personne et par l’apport de fonctionnalités attrayantes :

– Éducation dès l’école maternelle, les enfants utilisent cette technologie pour rentrer dans l’école, en sortir, déjeuner à la cantine, et les parents ou leurs représentants s’identifieront pour aller chercher les enfants. 
– Introduction dans des biens de consommation, de confort ou des jeux : téléphone portable, ordinateur, voiture, domotique, jeux vidéo 
– Développer les services « cardless » à la banque, au supermarché, dans les transports, pour l’accès Internet, ...
La même approche ne peut pas être prise pour faire accepter les technologies de surveillance et de contrôle, il faudra probablement recourir à la persuasion et à la réglementation en démontrant l’apport de ces technologies à la sérénité des populations et en minimisant la gêne occasionnée. Là encore, l’électronique et l’informatique peuvent contribuer largement à cette tâche3. »
Des hommes qui se lèvent donc le matin pour « faire accepter » leurs produits de surveillance high-tech, par un dressage organisé des enfants dès le plus jeune âge – si l’on peut parfois imaginer un tel cynisme de la part des industriels, on en voit rarement la trace écrite. Suite aux remous occasionnés par la diffusion de ce texte dans l’espace public4, il fut retiré du site du Gixel. En s’autocensurant, Pierre, Olivier, Jean-Claude ou Laurent ont-ils pensé que leur conception de l’enfance manquait de sensibilité ou que leur stratégie de communication avait foiré, nous ne le saurons jamais.
En 2012, des femmes se lèvent, modernes, aux joues satinées. Grattage de nez, fredonnements, fée électricité – une journée de septembre. Se maquillent, enfilent leur costume de Grandes responsables, tailleur en option, douche, café, emails, smartphone, taxi, pensées vagabondes, travail. Elles s’appellent Françoise, Loumia, Marie-Louise ou Isabelle. Elles sont présidentes, journalistes ou directrices dans de grands groupes et participent ensemble à un site d’actualité pour les femmes : Terrafemina5. Cette plateforme internet a été créée par Véronique, qui participe par ailleurs au Forum des femmes pour l’économie et la société, surnommé le « Davos des femmes », en référence au Forum économique mondial, rendez-vous annuel des décideurs du monde entier pour faire avancer le libéralisme du XXIe siècle.
Que ce soit avec l’Agence France presse (AFP), ou avec le géant des télécoms Orange, elles ont mis en place un « Observatoire » des tendances, sorte de benchmarking6 à la française. Une veille stratégique pour ne pas finir dans les placards de l’économie : rester updated, c’est vital de nos jours. Parfois, elles partagent un bon repas, servies par une flopée de domestiques dans un bel appartement parisien, et diffusent leurs discussions sous forme de vidéo-clips sur le site Terrafemina (vidéo ci-après).
Sur le thème du numérique, on voit par exemple Hélène, directrice exécutive de Mediapart et Nathalie, de Tendances institut, papotant avec d’autres copines de « l’intelligence féminine » développée sur internet, et des nouveaux services qui facilitent la vie, comme commander ses surgelés bio en ligne : « Ça rationalise complètement la productivité en entreprise, on peut faire nos courses, rentrer le soir, elles sont livrées. (…) Les femmes s’approprient cet univers-là, parce que ça nous donne une liberté incroyable et puis surtout ça nous fait gagner un temps fou. » Elles sourient, c’est frais, ça sonne comme un renouveau de l’émancipation des femmes, enfin libérées de la corvée des courses par Intermarché.com.
Autre tâche dont les nouvelles technologies peuvent affranchir les femmes : l’éducation des enfants. Comprenez que lorsqu’on veut diriger le monde et être maman, la vie n’est pas facile. Les papas refusent toujours de s’en occuper7, affairés qu’ils sont à boursicoter ou à jouer à la PSP ; et depuis qu’on répond à ses mails sur son iPhone en même temps qu’on fourre le biberon au micro-ondes, il devient difficile de concilier flexibilité professionnelle et devoirs familiaux. Pour remédier aux affres de la modernité, Orange et Terrafemina proposent des solutions, qu’ils déroulent dans une enquête réalisée en partenariat avec l’institut de sondages CSA et le Treize Articles Weblab : « Tablette tactile : la nouvelle nounou ?8 ».

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