mercredi 3 mars 2010

Les Gueux

La guerre d'indépendance des Pays-Bas 1560-1648
Contrairement à ce qu'on nous dit souvent, la liberté des Pays-Bas n'est pas le cadeau d'un beau Prince mais le fruit du combat des « mendiants », des Gueux.

La guerre d'indépendance des Pays-Bas

Ce que représente aujourd'hui la bourse de New York, c'était au 16ème siècle la bourse d'Anvers : le pouls du commerce mondial. Les bateaux de commerce néerlandais dominaient le commerce sur la mer Baltique, où la Hanse perdait vite son importance. Les bateaux néerlandais importaient des épices pour l'Europe centrale et l'Europe du Nord, l'industrie textile en Flandre était depuis longtemps la plus développée, la pêche au hareng a fait beaucoup de gens riches. Politiquement les Pays-Bas, par héritage, faisaient partie de l'Espagne et contribuaient à plus de la moitié des recettes fiscales de l'Espagne, et ceci malgré les énormes importations d'or et d'argent de l'Amérique.

Les États Généraux s'opposent à l'inquisition

Pendant qu'en Espagne l'inquisition envoyait impitoyablement chaque réformateur comme hérétique sur le bûcher, ce n'était pas aussi facilement possible aux Pays-Bas. Déjà les tentatives d'introduire l'inquisition aux Pays-Bas rencontraient des difficultés de la part de la noblesse qui voyait ses privilèges violés ainsi que des villes qui y voyaient une ingérence dans leurs affaires et qui défendaient leurs libertés. En particulier dans les grandes villes l'influence de la Réforme grandissait à vue d'oeil, renforcée par les Huguenots (dans les provinces du sud) qui s'étaient réfugié de la France et qui apportaient les enseignements de Calvin ainsi que les réfugiés allemands (en général dans les provinces orientales) qui étaient souvent des luthériens. Au nord il y avait une majorité d'anabaptistes, plus radicaux. De leur côté les anabaptistes apportaient leur théories en Allemagne du Nord, ce qui a mené en particulier à la révolte de Münster.

Le régime d'Alba aggrave les problèmes

En 1567 le comte Alba arrive à Bruxelles comme nouveau gouverneur de Philippe II avec une armée italienne. Il institue une nouvelle cour de justice supérieure, le "Conseil des désordres", mieux connu comme le Conseil de sang. Celui qui est appelé à comparaître devant ce Conseil de sang est presque mort. Ainsi, le 5 juin 1568 après un court procès les comtes Egmont et Hoorn sont exécutés.
Le Conseil de sang et la deuxième mesure d'Alba, l'introduction d'un haut impôt sur le chiffre d'affaires, mènent à de nouvelles révoltes qui accélèrent la résistance par les Gueux. Les Gueux font une guerre de partisans, où ils bénéficient du soutien par la population. La prise du port de Briel le 1 Avril 1572 est leur première grande victoire. L'un de leurs chefs est Guillaume de la Marck qui avait juré de venger le meurtre d'Egmont et Hoorn.
Cependant, les troupes d'Alba ne sont pas restées inactives. Le grand problème étaient les provinces du nord. Le siège de Haarlem devient donc l'une des actions considérables. La ville se rend au bout de 6 mois, des 4000 défenseurs, 1600 ont survécu.Et ceux-la sont pendus par les Espagnols. Les commandants Ripperda et Brederode sont étranglés, une sorte d'exécution qui était encore pratiquée en Espagne dans les années 70 de ce siècle. En outre, la ville devait payer une rançon de 250 000 florins. La cruauté lors de la conquête d'Haarlem a sensiblement aggravé la guerre civile, car maintenant c'était clair que les nobles espagnols ne faisaient aucun prisonnier.

Requeses peut vaincre la noblesse, mais pas les Gueux

Alba cède en 1573, le successeur devient un monsieur Requeses qui leva le Conseil de sang, certes, mais qui aggrava davantage la guerre civile. En 1574, il contraint le frère de Guillaume, Louis Nassau, et son armée à la bataille sur les Champs de Mook, une colline à proximité d'Aix-la-Chapelle. La résistance de la noblesse néerlandaise est affaiblie momentanément par la défaite de Nassau, qui tombe. Le prochain but des troupes espagnoles est la ville de Leiden au nord du pays. Comme déjà à Haarlem, il y a en 1575 un long siège. Quand la situation devient de plus en plus désespérée pour les habitants de Leiden, le destin des défenseurs d'Haarlem sous les yeux, ils décident de percer les digues et d'inonder le pays. Cela a deux conséquences : d'une part, les troupes espagnoles périssent littéralement dans l'eau, d'autre part, les Gueux leur viennent en aide et brisent le siège.
Requeses ne réussit pas à conquérir les provinces du nord et il doit céder la place à Juan Austria. Austria a peut-être mal payé les troupes. Pour se rattraper les mercenaires espagnols occupent le 4 Novembre 1576 Anvers et pillent, assassinent et incendient tout. 7000 habitants sont tués ce jour là. Suite à cet événement les provinces des Pays-Bas se mettent d'accord quatre jours plus tard, le 8 novembre 1576, dans la Pacification de Gand (on parle souvent de la paix pour désigner la guerre), contre la barbarie espagnole. Austria aperçoit le danger qui le menaçait de l'unité des Néerlandais et essaya donc de diviser l'union par "l'édit éternel" du 12 Février 1577 (le mot "éternel" souligne le caractère temporaire). Dans cet édit, il s'engage au départ des troupes espagnoles - des provinces du sud seulement. Cependant, peu de temps après, il meurt à Namur de fièvre typhoïde. Le successeur est son ancien adjoint, Farnese.

La division des Pays-Bas

A Bruxelles, et surtout à Gand à l'initiative d'Hembyze, un nouveau Conseil municipal radical est formé, le "Conseil des 18", très énergique: la confiscation des possessions de l'église et des cloîtres, des emprunts obligatoires pour les riches, la poursuite des prêtres catholiques ainsi qu'un nettoyage du luxe des églises. Guillaume d'Orange s'efforce de préserver l'unité du mouvement d'indépendance (à son propre avantage) et obtient enfin par ses pourparlers avec le Conseil de Gand le 16 Décembre 1578, une paix dans laquelle la tolérance religieuse est convenue. En même temps il recherche l'aide étrangère et va jusqu'à proposer la couronne néerlandaise au duc d'Anjou.

A la radicalisation qui se dessine, les nobles conservateurs des provinces du sud répondent en octobre 1578 par la revendication de la liberté des cultes pour tous les catholiques, ce qui signifie l'interdiction du Calvinisme. La noblesse accepte donc consciemment la division des Pays-Bas en fondant le 6 Janvier 1579 l'union d'Arras. A ceci réagissent les nobles des provinces du nord en s'unissant de leur côté le 23 Janvier 1579 dans l'Union d'Utrecht. Six mois plus tard, le 26 Juillet 1579, ces provinces prononcent la rupture officielle avec l'Espagne dans le "Plakkaat van Verlatingen".

L'exode d'Anvers

Deux événements caractérisent l'année 1584. Phillippe II avait promis une somme importante pour la tête de Guillaume d'Orange. Il se trouve enfin un assassin qui commet ce crime le 10 Juillet 1584. La même année, les troupes espagnoles assiègent Anvers. Cependant une ville portuaire a toujours la possibilité de s'approvisionner en vivres et de recevoir de renforts par la voie maritime. Pour couper le soutien par les Gueux, les Espagnols construisent une digue à travers l'embouchure de l'Escaut. La tentative de briser cette digue par l'explosion de bateaux chargés de matières explosives échoue le 1 mai 1585. Le destin d'Anvers n'est plus qu'une question de temps. Le 17 août la capitulation est signée. Pourtant, les citoyens d'Anvers ne sont pas prêt à se soumettre. Ils préfèrent plutôt émigrer. Par cet exode de masse, la ville d'Anvers perd pour un long temps son importance comme métropole commerciale, ce qu'elle avait été jusque là. Et la division des Pays-Bas devient concrète.
Les activités militaires cessent provisoirement, chaque côté s'efforce d'affermir sa position. En particulier l'Espagne dans les provinces du sud force la Recatholisation tandis que le commerce et et et la production se concentrent dans les provinces du nord. En outre, la destruction de l'Armada par la flotte anglaise ainsi que le manque d'argent chronique pèse sur l'Espagne.

Le conflit entre les Néerlandais

En 1603 un nouveau gouverneur vient à Bruxelles : Ambrosio Spinola. Il reconnaît les faits qu'il trouve, et conclut en 1609 un armistice qui revient en fait à une reconnaissance de l'indépendance des provinces du nord. Ainsi la menace directe a été supprimée provisoirement par l'armée espagnole et la lutte entre les citoyens et les nobles dans les provinces libérées passe au premier plan. A la tête des deux fractions se trouvent Maurice d'Orange pour la noblesse et Jean van Oldenbarnevelt pour la bourgeoisie. Les deux courants sont soutenus par des mouvements religieux. Un des personnages connu est Hugo Grotius (Huig de Groot) qui s'est lié d'amitié avec Oldenbarnevelt. Mais la noblesse peut décider pour elle le conflit, qui éclate en 1617/1618. Oldenbarnevelt est emprisonné et exécuté le 12 Mai 1618. Grotius est condamné à la détention perpétuelle, mais réussit à s'enfuir avec l'aide de sa femme.

En 1621 Spinola finit l'armistice et s'efforce dans la dernière tentative de conquérir les provinces du nord. Et effectivement, la conquête de Breda réussit en 1625 après un long siège, mais les forces des troupes espagnoles sont épuisées. Spinola quitte les Pays-Bas en 1628, de plus les États généraux des Provinces Unies sont contre une continuation de la guerre, parce qu'ils veulent écarter tout entrave à leur commerce (les voies maritimes vers la Méditerrané étaient coupés), avec leurs colonies. La production et le commerce voient un essor puissant : en 1609 la bourse est fondée à Amsterdam, partout au monde, les colonies sont prises en possession, Nieuw Amsterdam, le New-York d'aujourd'hui, est fondé par les Néerlandais et en 1637 il y a aux Pays-Bas la première crise de spéculation du monde. En 1648, dans la paix de Westphalie, l'Espagne reconnaît définitivement l'indépendance des Pays-Bas.
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