samedi 16 janvier 2010

Indymedia a dix ans

Il y a dix ans, à l'occasion du contre sommet de l'OMC de Seattle, indymedia est née. Le but était alors de fabriquer un outil de coordination très rapide entre les différents groupes qui tentaient d'intervenir en bloquant le sommet de l'OMC. Très vite, à la suite de cette réussite, Indymédia s'est transformé en un outil de contre information basé sur la publication ouverte (open publishing). Celle-ci permettant aux personnes en luttes de poster directement des contributions sur leurs réflexions (textes d'analyses, critiques...) et leurs actions (rendez vous, tracts, compte rendu). Aujourd'hui, indymedia est un réseau installé sur tous les continents, ou environ 200 collectifs autonomes unis autour de principes unitaires s'activent pour s'organiser et faire ressortir les échos des luttes locales ou globales.

En dix ans,  les luttes et les résistances
  • Les grande batailles et contre-sommets (Gênes, Evian, Prague, Rostock, Strasbourg);
  • La répression (de la mort de Brad Will à Oaxaca, en passant par les poursuites judiciaires de Nantes à Londres en passant par Lille)
  • Les luttes étudiantes et lycéennes, des sans-papiers et des migrant-e-s,des intermittent-e-s, des salarié-e-s, retraité-é-s etc.
  • La diffusion d’idées libertaires, de débats, de rencontres autour des luttes,
  • La diffusion de luttes globalisées (exemple du climat de la planète et le sommet de Copenhague) ou localisé à la résistance d'un quartier, d'une prairie, d'une rue, ou d'une maison ;
  • L'interrogation sur les média meanstream et alternatifs, sur les pratiques du net (sécurisation des échanges sur internet, autonomie numérique...)...
  • Les tentatives de sortie du tout numérique (plusieurs collectifs élaborent des émissions de radio, des vidéos, des journaux papiers...);
Contre l’ordre capitaliste  on peut citer entre autres :
  • Les grande batailles et contre-sommets (Gênes, Evian, Prague, Rostock, Strasbourg);
  • La répression (de la mort de Brad Will à Oaxaca, en passant par les poursuites judiciaires de Nantes à Londres en passant par Lille)
  • Les luttes étudiantes et lycéennes, des sans-papiers et des migrant-e-s,des intermittent-e-s, des salarié-e-s, retraité-é-s etc.
  • La diffusion d’idées, de débats, de rencontres autour des luttes,
  • La diffusion de luttes globalisées (exemple du climat de la planète et le sommet de Copenhague) ou localisé à la résistance d'un quartier, d'une prairie, d'une rue, ou d'une maison ;
  • L'interrogation sur les média meanstream et alternatifs, sur les pratiques du net (sécurisation des échanges sur internet, autonomie numérique...)...
  • Les tentatives de sortie du tout numérique (plusieurs collectifs élaborent des émissions de radio, des vidéos, des journaux papiers...)
Sentant le danger les forces répressives des états et leurs polices ont infiltré et manipulé de nombreux collectifs au point de les faire fermer comme celui très actif de Paris.

Seule la multiplication des blogs et des forums et l'éparpillement des ressources permet d'échapper aux ciblage répressif qui rend quasi-inopérant l'actuel réseau INDYMEDIA.

Si vous voulez faire une pose et visionner un film: ici c'est libre et rapide.

http://www.theyliewedie.org/ressources/videos/

mercredi 13 janvier 2010

Critique radicale de la Valeur

 Anselm Jappe avec Guy Debord : le concept de spectacle et la critique de la valeur (article wikipedia)

Malgré son caractère encore inachevé, ci-dessous un extrait de l'article Wikipedia " Guy Debord " (consulté le 11 janvier 2010) à propos du livre d'Anselm Jappe sur Guy Debord et son concept critique de spectacle comme stade suprême de l'abstraction. 

On peut aussi se référer au texte de Gérard Briche,  Le spectacle comme illusion et réalité : Guy Debord et la critique de la valeur

 
Anselm Jappe, dans un essai remarqué sur Guy Debord [28], montre que « la compréhension des théories de Debord nécessite avant tout que l'on fixe sa place parmi les théories marxistes » [29]. En effet, à la suite aussi des influences de Henri Lefebvre, Joseph Gabel ou de Socialisme ou Barbarie [30], dès le chapitre deux de La Société du spectacle, Debord s'appuie sur les théories de Karl Marx pour construire sa théorie du Spectacle et parmi les penseurs marxistes, Georg Lukács compte parmi ceux qui ont eu une influence décisive sur ses écrits théoriques. Pour Jappe il faut donc rattacher la théorie du Spectacle à la question de l'analyse de la marchandise, de la valeur et du fétichisme de la marchandise, car Debord s'appuie sur celle-ci pour élaborer son concept critique de spectacle. En recentrant la théorie de Debord sur son rapport à Marx, Jappe montre aussi que le spectacle ne peut pas être réduit à une logique immanente à « l'image » en elle-même comme le pensent certains interprètes, car ce dont veut rendre compte le concept critique de spectacle c'est que « le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images » (thèse 4 de La Société du spectacle). Debord ne traite donc pas du « Spectacle » de manière transhistorique mais en fait une caractéristique essentielle de la société contemporaine. Il ne s'inscrit donc pas dans la continuité des « philosophies de l'image » précédentes et il n'y a aucune haine de l'image chez Debord, comme le montre son œuvre cinématographique.
 
Ainsi, la première thèse de La société du spectacle détourne la première phrase du Capital, où l'immense accumulation de marchandises déjà constatée par Marx comme réduction de la vie humaine et de son environnement aux critères purement quantitatifs s'est encore aggravée dans le cadre d'une société qui ne peut plus proposer la qualité que de manière abstraite c'est-à-dire sur le plan de l'image. En démontrant que Debord s'appuie sur l'interprétation que Lukács fait de la pensée de Marx à travers son identification de la marchandise « comme catégorie universelle de l'être social total » [31], Anselm Jappe écrit donc que « Le problème n'est pas uniquement l'infidèlité de l'image par rapport à ce qu'elle représente, mais l'état même de la réalité qui doit être représentée », Jappe reconnaissant dans le premier cas « une conception superficielle du fétichisme de la marchandise qui n'y voit qu'une fausse représentation de la réalité » [32]. Et d'ajouter que « ce que Debord critique n'est donc pas l'image en tant que telle, mais la forme image en tant que développement de la forme-valeur » [33] elle-même issue de « la victoire d'annihilation qu'a remportée, sur le terrain de l'économie, la valeur d'échange dressée contre la valeur d'usage » [34], par laquelle se constitue l'économie politique (« [Claude Lefort] impute faussement à Debord d'avoir dit que « la production de la fantasmagorie commande celle des marchandises », au lieu du contraire - ce contraire qui est une évidence clairement énoncée dans La Société du Spectacle, notamment dans le deuxième chapitre ; le spectacle n'étant défini que comme un moment du développement de la production de la marchandise ») [35]. Cette inversion, typique de la société de la marchandise, où le travail concret devient l'attribut du travail abstrait, la valeur d'usage celui de la valeur d'échange, que Marx a analysé dans le premier chapitre du Capital surtout dans sa quatrième partie intitulée « le caractère fétiche de la marchandise et son secret » est reprise pour désigner « le développement le plus extrême de cette tendance à l'abstraction » [36] qu'est le spectacle, et Debord peut dire de celui-ci que son « mode d'être concret est justement l'abstraction" » [37]. La théorie du spectacle de Debord peut donc être interprété comme une description de l'étape ultérieure du développement de l'« abstraction réelle » [38] [39] de la forme-valeur (ou forme-marchandise) [40], de la soumission du corps social à ses lois qui modéle l'ensemble de la société selon ses exigences, non plus seulement dans la sphère de la production mais aussi dans la sphère du « temps libre », par le biais de la fausse cohésion sociale que présente le spectacle qui, à la fois, visualise le lien social aliéné entre les hommes (pour Marx, « le capital est un rapport social entre personnes, lequel rapport s'établit par l'intermédiaire des choses ») et incarne le résultat de la puissance qu'ils contribuent eux-mêmes à édifier ( comme résultat de leurs propres activités inconscientes ) [41] au point que « le spectacle est le capital à un tel degré d'accumulation qu'il devient image ». [42].
Cette idéologie sous-jacente, par laquelle la classe bourgeoise impose le résultat irrationnel de son mode de production comme ensemble rationnel cohérent et indiscutable à l'admiration de la foule atomisée où toute communication directe entre producteurs s'est dissoute avec celle des communautés, « dictature totalitaire du fragment » qui masque « les ensembles et leur mouvement » [43], influence à son tour l'activité sociale réelle de sorte que, par « là où le monde réel se change en simples images, les simples images deviennent des êtres réels, et les motivations efficientes d'un comportement hypnotique » [44], l'idéologie se matérialise. Par sa référence explicite à L'essence du christianisme de Ludwig Feuerbach, Debord identifie le spectacle comme la retombée, à un niveau supérieur, de la société dans le mythe, une nouvelle religion (dans le sens de la projection imaginaire de l'homme dans une transcendance dont il ne reconnaît pas qu'elle n'est que l'incarnation de ses propres pouvoirs détachés de lui-même), où l'homme, bien que sujet conscient par rapport à la nature ( « le grand projet de la bourgeoisie ») [45] ne l'est pas encore devenu à l'égard de sa propre production, qui s'impose, alors, comme un nouveau fatum [46]. Debord ne voit, ainsi, dans l'apparition, au début des années soixante-dix, du phénomène de la pollution, « rien de foncièrement nouveau » mais « seulement la fin forcée du processus ancien »; le symptôme d'une société qui n'a pas encore dépassée sa division en classes antagonistes et qui engendre, de ce fait, de nouvelles contradictions résultant du développement purement quantitatif de la marchandise « où l'on a sciemment intégré l'usure aux objets produits aussi bien qu'à leurs images spectaculaires, pour maintenir le caractère saisonnier de la consommation, qui justifie l'incessante reprise de l'effort productif et maintient la proximité de la pénurie », mais qui se transforme, avec le temps, en « réalité cumulative » et « revient sous la forme de la pollution » [47] : « Une société toujours plus malade, mais toujours plus puissante, a recréé partout concrètement le monde comme environnement et décor de sa maladie, en tant que planète malade. Une société qui n'est pas encore devenue homogène et qui n'est pas déterminée par elle-même, mais toujours plus par une partie d'elle-même qui se place au dessus d'elle, qui lui est extérieure a développé un mouvement de domination de la nature qui ne s'est pas dominé lui-même. Le capitalisme a enfin apporté la preuve, par son propre mouvement, qu'il ne peut plus développer les forces productives ; et ceci non pas quantitativement, comme beaucoup avaient cru le comprendre, mais qualitativement. » [48]

 
Dans ce contexte d'un « monde réellement renversé » où « le vrai est un moment du faux », Debord rejoint certaines conclusions de Günther Anders dans « l'obsolescence de l'homme  » (1956) quand il annonce que « l'histoire des idéologies est finie » [49] : Le « Tout est moins vrai que la somme des vérités de ses parties ou, pour retourner la célèbre phrase de Hegel : « Le Tout est le mensonge, seul le Tout est le mensonge.  » La tâche de ceux qui nous livrent l'image du monde consiste ainsi à confectionner à notre intention un Tout mensonger à partir de multiples vérités partielles.» [50]; « Notre monde actuel est « postidéologique  » : il n'a plus besoin d'idéologie. Ce qui signifie qu'il est inutile d'arranger après coup de fausses visions du monde, des visions qui diffèrent du monde, des idéologies, puisque le cours du monde lui-même est déjà un spectacle arrangé. Mentir devient superflu quand le mensonge est devenu vrai. [51]
 
Pourtant Anselm Jappe comme Gérard Briche et plus largement les théoriciens de la critique de la valeur (Krisis), considèrent que Debord n'est pas allé au bout du chemin. Pour ces auteurs, on peut ainsi lui reprocher qu'il reste encore dans le marxisme traditionnel quand il ne se déprend pas de la solidarité prolétarienne avec la classe ouvrière (éloge du conseillisme notamment), ou encore que l'ambiguïté du statut de réalité du concept de spectacle, permet la possibilité d'une compréhension idéalisante du fétichisme (mais le concept de spectacle ne théorise pas quelque chose qui serait comme une manipulation mentale, car ce concept n'informe pas une théorie de la communication moderne ou une théorie du dévoiement publicitaire de la politique). Sur le premier point, comme le remarque le philosophe Gérard Briche à la suite de Jappe, à l'inverse de ce que pensait Debord, l'analyse de la marchandise débouche plutôt sur l'idée que « bourgeois et prolétaires ne sont que des agents de fonction du cycle de la valorisation. Et on touche là à l’équivoque de la critique situationniste de la marchandise et de la notion de spectacle. Une équivoque que l’Internationale partage d’ailleurs avec l’ensemble du marxisme traditionnel, y compris dans ses courants hétérodoxes » [52]. Le slogan situationniste « Ne travaillez jamais ! » écrit par Debord en 1953 sur un mur rue de la Seine à Paris, a aussi seulement été développé dans une vision romantique (et certains textes de l'IS adhèrent en même temps à l'utopie libératrice de l'automatisme technologique), en sous-estimant la critique radicale du travail abstrait qu'il y a dans la théorie.
 C'est à ce débat sur les limites de Debord au regard de la critique de la valeur, que renvoie le dernier chapitre du livre de Jappe, " Passé et présent d'une théorie ". Debord a été aussi fortement influencé par les théories sur Le Soulèvement de la Jeunesse (1949) d'Isidore Isou qu'il a fréquenté au début des années 1950. Dans L'Avant-garde inacceptable. Réflexions sur Guy Debord, Anselm Jappe revient de manière critique sur l'idée que la pensée de Debord serait en cours de « récupération » et de « dissolution » – via la vulgarisation du concept de « spectacle » dans les médias –, en montrant les mésinterprétations courantes du concept de « spectacle » (comme dénaturation de la politique, essor de la publicité, etc.). Restée encore largement incomprise malgré sa relative médiatisation, la pensée de Debord en resterait d'après lui d'autant plus subversive.

NOTES :
 
[28] Lettres de Guy Debord à Anselm Jappe, Dans Guy Debord, Correspondance, volume 7, janvier 1988-novembre 1994, Arthème Fayard, 2008. Le Magazine littéraire soulignait que « de tous les ouvrages parus sur les idées de Guy Debord, celui d'Anselm Jappe (qui vient d'être réédité) est à ce jour le plus intéressant » (Frédéric Martel, « Analyse d'une pensée "située" », Le Magazine Littéraire, n° 399, 1er juin 2001).
[29] Anselm Jappe, Guy Debord, Denoël, 2001, p. 17.
[30] pour connaître l'ensemble des références explicites ou sous-jacentes de La société du spectacle, cf. Citations et détournements de la société du spectacle
[31] Georg Lukács, Histoire et conscience de classe (1923), éditions de minuit (1960) page 113.
[32] Anselm Jappe, Guy Debord, éditions Sulliver/Via valeriano, 1998, page 197.
[33] Anselm Jappe, Guy Debord, éditions Sulliver/Via valeriano, 1998, page 197.
[34] in Internationale situationniste n°10, mars 1966, page 59, éditions Arthème Fayard (1997), page 471.
[35]  In Internationale situationniste n°12, septembre 1969, page 48, éditions Arthème Fayard (1997), page 616.
[36]  Anselm Jappe, Guy Debord, éditions Sulliver/Via valeriano, page 31.
[37] Guy Debord, La société du spectacle, chapitre I, thèse 29
[38] expression d'Alfred Sohn-Rethel dont on pouvait trouver le concept chez Marx en ces termes : « ceux qui considèrent l'autonomisation de la valeur comme simple abstraction oublient que le mouvement du capital industriel est cette abstraction en actes » Karl Marx, Le Capital, livre II.
[39] Anselm Jappe cite, dans un autre de ses livres, Les Aventures de la marchandise (éditions Denoël, 2003, page 219), le penseur Hans-Jürgen Krahl, élève de Theodor W. Adorno, qui analyse dans Konstitution und Klassenkampf comment, à travers ce procès d'abstraction qui se soumet la réalité entière, le capitalisme devient la métaphysique réalisée : « Chez Hegel, les hommes sont les marionnettes d'une conscience qui leur est supérieure. Mais selon Marx, la conscience est le prédicat et la propriété d'hommes vivants. [...] L'existence d'une conscience métaphysique et supérieure aux hommes est une apparence, mais une apparence réelle : le capital. Le capital est la phénoménologie existante de l'esprit, il est la métaphysique réelle. Il est une apparence, parce qu'il n'a pas de véritable structure de chose, et pourtant il domine les hommes »
[40] cf. Guy Debord, La société du spectacle, chapitre II, thèse 38.
[41] cf. Guy Debord, La société du spectacle, chapitre I, thèse 30.
[42] Guy Debord, La société du spectacle, chapitre I, thèse 34
[43] in Internationale situationniste n°8, janvier 1963, page 33, éditions Arthème Fayard (1997) page 329
[44] Guy Debord, La société du spectacle, chapitre I, thèse 18
[45] in Internationale situationniste n°8, janvier 1963, page 4, éditions Arthème Fayard (1997), page 300.
[46] Lukács décrit ainsi cette nouvelle situation : « Car, d'une part, les hommes brisent, dissolvent et abandonnent toujours plus les liens simplement « naturels », irrationnels et « effectifs  », mais, d'autre part et simultanément, ils élèvent autour d'eux, dans cette réalité créée par eux-mêmes, « produites par eux-mêmes », une sorte de seconde nature dont le déroulement s'oppose à eux avec la même impitoyable conformité à des lois que le faisaient autrefois les puissances naturelles irrationnelles (plus précisément : les rapports sociaux qui leur apparaissaient sous cette forme). « Leur propre mouvement social, dit Marx, possède pour eux la forme d'un mouvement des choses, sous le contrôle desquelles ils se trouvent au lieu de les contrôler » Histoire et conscience de classe (1923), éditions de minuit (1960) page 163.
[47] Guy Debord, Gianfranco Sanguinetti, Thèses sur l'internationle situationniste et son temps, thèse 16, InLa véritable scission dans l'internationale, éditions Champ libre, avril 1972 ; éditions Arthème Fayard, 1998, page 32-33. Internationale situationniste,
[48] Guy Debord, La planète malade (texte inédit de 1971), éditions Gallimard, 2004, page 83.
[49] Guy Debord, La société du spectacle, chapitre IX, thèse 213.
[50] Günther Anders, L'obsolescence de l'homme, (1956), éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, 2002, page 188.
[51] Günther Anders, L'obsolescence de l'homme, (1956), éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, 2002, page 224-225.
[52] Gérard Briche, " Le spectacle comme réalité et illusion " , Colloque Guy Debord 2007

  

mardi 5 janvier 2010

Tarnac : un long plan-média permanent depuis le début

Tarnac : un long plan-média permanent depuis le début
(Le 20 décembre 2009)
 
En ce moment, Benjamin Rosoux (celui de l’interview à Libé) et Mathieu Burnel (celui qui a posé en photo avec sa gamine pour Paris -Normandie) font à nouveau le tour des médias.
Pas la peine de détailler ici ce qu’on en pense.
France 3 Limousin-Poitou Charente, 8 décembre : interview dans l’émission spéciale (à 22h55) "Tarnac, un an après"
RMC, 9 décembre : émission Les grandes gueules
LCP (La chaîne parlementaire), 14 décembre : émission Ca vous regarde où Benjamin et Mathieu débattent avec deux élus, Pascal Clément (UMP), ex-ministre de la Justice, et André Vallini (PS).
*************
Recension non-exhaustive d’une collaboration permanente avec les journalistes :
* Interview de Mathieu à Paris Normandie, 21 novembre 2008 ("EXCLUSIF : ACCUSÉ DE SABOTAGE, MATHIEU S’EXPLIQUE")
* Interview de Mathieu pour "Sept à Huit" sur TF1, 23 novembre 2008 : "LES ULTRAS DE TARNAC"
http://tf1.lci.fr/infos/sept-a-huit/reportages/0,,4167909,00-qui-sont-les-neuf-de-tarnac-.html
* Interview de Benjamin à France 3 dès sa sortie de prison, 2 décembre 2008 (00’55).
http://limousin-poitou-charentes.france3.fr/info/48459537-fr.php
* Interview de Benjamin à Libération (31’05), parue le 9 décembre 2008
* Longue interview TV de Benjamin et Mathieu à Mediapart (8’33, 11’39, 5’49, 6’24), 14 décembre 2008 :
* Longue interview exclusive de Benjamin à France 3 Basse-Normandie (22’44), 18 décembre 2008, après son audition par le juge.
http://normandie.france3.fr/info/basse-normandie/49912888-fr.php
* Lettre de Benjamin envoyée à Médiapart le 7 janvier 2009 ("lettre ouverte à tous ceux qui soutiennent les mis en examen du 11 novembre")
* Mathieu raconte sa vie dans Paris-Normandie le 10 janvier 2009 ("Mathieu a tourné la page")
* Article de Gabrielle Hallez pour Le Monde du 20 janvier 2009 ("Tarnac ou les fantasmes du pouvoir")
* Interview de Benjamin Rosoux pour La Montagne du 23 janvier 2009 (« Ma vie et mon travail sont à Tarnac »)
* Interview de Benjamin Rosoux comme porte-parole des autres pour le site du Monde le 13 mars 2009 (Affaire de Tarnac : "Nous ne répondrons plus aux questions du juge")
* Article de "Benjamin, épicier terroriste" pour Médiapart du 15 mars 2009 ("De Villiers-le-Bel à Tarnac, nouvelles d’un front...")
* Lettre de "Aria, Benjamin, Bertrand, Elsa, Gabrielle, Manon, Matthieu, Yldune" pour Le Monde du 16 mars 2009 ("Face à un pouvoir toujours plus absurde, nous ne dirons plus rien ")
* Les inculpés réservent aux journaflics la consultation exclusive de leur dossier : Le Monde du 25 mars 2009 a d’abord droit à la primeur ("Ce que contient le dossier d’instruction de l’affaire Tarnac"). Puis le dossier sera présenté en conférence de presse le 2 avril suivi d’autres : Charlie Hebdo du 15 avril 2009 ("Comment MAM a bidonné le scoop de Tarnac"), Libération du 16 avril 2009 ("Sept mois de traque d’une cellule invisible"), Mediapart du 22 avril ("Julien Coupat : « L’antiterrorisme est la forme moderne du procès en sorcellerie »")
* Interview exclusive de Mathieu Burnel à RTL le 2 avril 2009 ("Un des "neuf de Tarnac" parle en exclusivité sur RTL")
* Interview de Mathieu Burnel pour Europe 1 le 29 avril 2009
* Interview de Mathieu Burnel pour France Info le 18 mai 2009
* Interview de Mathieu à Paris-Normandie le 19 mai 2009
* Interview de Julien Coupat pour Le Monde du 26 mai 2009
* Article de "Yildune Lévy, étudiante", pour Le Monde du 20 juin 2009 ("Deux ou trois choses que j’avais à vous dire")
* Article de Benjamin Rosoux pour Mediapart le 8 juin 2009 ("Un spectre hante l’Europe...")
* Interview exclusive de Mathieu Brunel pour France Info (5’02), le 24 octobre 2009 ("Affaire de Tarnac : le témoignage d’un des jeunes mis en examen")
* Article de Benjamin Rosoux pour Le Monde du 23 novembre 2009 (“Fallait pas nous mettre dans la même prison !”, avec Maka Kanté)
* Article de "Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa, Gabrielle, Julien, Manon, Mathieu et Yildune" pour Le Monde du 3 décembre 2009 ("Pourquoi nous cessons de respecter les contrôles judiciaires")                                  Invisibles ? 

Ho que Oui !
 
Ni Tarnac Ni Insurrection 
Situationniste

mercredi 30 décembre 2009

Les Voitures qui Brûlent Encore !

Spécialité des révoltés en France depuis Mai68 et le record de la rue Gay-Lussac. Le pouvoir a voulu en faire un baromètre des violences urbaines mais sur ce plan aussi il a échoué. D’où l’interdiction faite aux préfectures de Communiquer sur ce sujet.




2010 CHAMPAGNE !


Un parlementaire socialiste veut contraindre le ministère de l’intérieur à la transparence sur le nombre de véhicules incendiés lors des nuits des 31 décembre et 14 juillet, devenues des rituels violents dans les métropoles françaises.
Jean-Jacques Urvoas, député socialiste du Finistère, a déposé une série de questions écrites au gouvernement sur le bilan des nuits de violences urbaines lors de la dernière fête nationale, épisode pour lequel le ministère de l’intérieur avait intimé l’ordre aux préfectures de ne pas répondre aux journalistes (Le Monde du 17 juillet). Plusieurs enquêtes journalistiques avaient en effet démontré que les statistiques rendues publiques étaient minorées.
La nuit du 13 au 14 juillet avait été marquée par "quelque 500" véhicules brûlés en une seule nuit, selon la police, soit le plus mauvais chiffre depuis plusieurs années. Il suivait un bilan de la Saint-Sylvestre 2008 catastrophique : 1 147 voitures parties en fumée, un résultat très nettement supérieur à celui de l’année précédente (878) et comparable aux nuits les plus tendues de la crise des banlieues de 2005.
Début décembre, M. Urvoas est revenu à la charge avec une nouvelle question écrite, restée pour l’heure sans réponse. "Il y a une vraie volonté de masquer ces données, parce qu’elles sont gênantes pour le gouvernement", se désole-t-il. Sollicité par Le Monde, l’entourage du ministre de l’intérieur n’a pas souhaité répondre.


Le réveillon de 2009 avait été marqué par le bilan record de 1 147 véhiculés incendiés, une donnée en hausse de 30,64 % par rapport à l’année précédente. Pour la première fois, des départements ruraux avaient été concernés. Nicolas Sarkozy avait alors montré du doigt les mineurs en agitant la menace d’interdire à ceux qui avaient été pris en train de mettre le feu à une voiture de passer leur permis de conduire. Mesure rapidement oubliée.
La tendance ne s’est pas inversée depuis. Plus de 500 voitures sont parties en fumée dans la nuit du 14 au 15 juillet. Au mois de novembre, après la qualification de l’équipe de football algérienne pour le Mondial 2010, quelque 300 véhicules ont été également brûlés. Et, depuis quelques jours déjà, la pratique a commencé à se répandre.
Une dizaine de voitures ont ainsi été incendiées à Givors, dans l’agglomération de Lyon, dans la nuit du 18 décembre, quatre en Normande, à Caen, à peu près à la même période, trois dans l’agglomération de Nancy, sept dans le secteur de Tullins, dans le sud du département de l’Isère. Plus inquiétant : à Anduze, une petite commune du Gard, trois véhicules ont brûlé dans la nuit du 25 décembre. Cela ne s’était jamais produit jusqu’ici.

Ni les religions, ni les races, ni les cultures, ni le nationalisme n’ont permis au capitalisme de séparer durablement la question sociale universelle de sa saisie par les masses révoltés.
La guerre sociale s’impose comme sujet au cœur de la société du spectacle.
Chaque voiture qui brûle éclaire le néant de ces nuits de couvre feu d’une lueur d’espoir !
La Place Beauvau, cette fois, a peau­finé son dispositif de sécurité pour le réveillon durant des semaines. Il s'agit, tout d'abord, de rendre le passage à l'acte plus difficile. Outre l'interdiction des mortiers de feux d'artifice, le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a pris un arrêté pour interdire la vente au détail de carburants du 30 décembre au 2 janvier inclus. La police veut compliquer la préparation de bombes incendiaires.
«Mais les inconditionnels du feu de voiture auront certainement pris les devants en constituant des stocks», confie un commissaire de la Sécurité publique. L'un de ses collègues ajoute qu'un simple carré d'allume barbecue enflammé sous un pneu suffit à embraser un véhicule en quelques minutes...
On rigole bien Place Beauveau !

lundi 28 décembre 2009

40 ans aprés: Piazza Fontana : Révisionnismes d'État et révisionnistes du mouvement


Copie d'une lettre envoyé aux auteurs de ce texte

Chers camarades,

Il manque deux points important a cette excellente analyse de Guerra Sociale. Les anarchistes n'ont pas été les seuls a être accusé mensongèrement de l'attentat de la Piazza Fontana. Dans ses premières versions la presse italienne accusait aussi les situationnistes qui, plus réactifs échappèrent a la rafle qui prit Pietro Valpreda. Ils n'en restèrent pas là et manifestèrent leur solidarité à Pietro Valpreda en lui envoyant un mandat de 100000 lire expliquée par une lettre de Guy Debord du 23 octobre 1971 dont nous joignons une copie en italien. Par ailleurs le fameux texte Il Reichstag brucia fut abondamment répandu dans toute l'Italie pour faire connaître leur position et cela dès le début.

Salutations libertaires
Copie de cette lettre de l'I.S.: 




Il Reichstag brucia

Il Reichstag brucia?

Compagni,

Il movimento reale del proletariato rivoluzionario italiano lo sta conducendo verso il punto da cui sarà impossibile — per lui e per i suoi nemici — ogni ritorno al passato. Mentre si dissolvono una dopo l’altra tutte le illusioni sulla possibilità di ristabilire la «normalità» della situazione precedente, matura per entrambe le parti la necessità di rischiare il proprio presente per guadagnarsi il proprio futuro. Di fronte al montare del movimento rivoluzionario, malgrado la metodica azione di recupero dei sindacati e dei burocrati della vecchia e nuova «sinistra», diviene fatale per il Potere rispolverare ancora una volta la vecchia commedia dell’ordine, giocando questa volta la falsa carta del terrorismo, nel tentativo di scongiurare la situazione che lo costringerà a scoprire tutto il suo gioco di fronte alla chiarezza della rivoluzione. Gli attentati anarchici del 1921, i gesti disperati dei sopravvissuti al fallimento del movimento rivoluzionario di allora, fornirono un comodo pretesto alla borghesia italiana per instaurare, con il fascismo, lo stato d’assedio su tutta la società. Forte — nella sua impotenza — della lezione del passato, la borghesia italiana del 1969 non ha bisogno di vivere la grande paura del moto rivoluzionario, né di aspettare la forza che solo dalla sconfitta di questo le può ancora derivare, per liberarsi delle proprie illusioni democratiche. Oggi essa non ha più bisogno degli errori dei vecchi anarchici per trovare un pretesto alla realizzazione politica della propria realtà totalitaria, ma tale pretesto cerca di fabbricarselo da sola, incastrando i nuovi anarchici in una montatura poliziesca, o manipolando i più sprovveduti fra loro in una grossolana provocazione. Gli anarchici, in effetti, offrono i migliori requisiti per le esigenze del potere: immagine staccata e ideologica del movimento reale, il loro «estremismo» spettacolare permette di colpire in loro l’estremismo reale del movimento.


LA BOMBA DI MILANO È ESPLOSA
CONTRO IL PROLETARIATO


Destinata a ferire le categorie meno radicalizzate, per allearle al potere, e a chiamare a raccolta la borghesia per la «caccia alle streghe»: non a caso la strage fra gli agricoltori (Banca Nazionale dell’Agricoltura), solo la paura tra i borghesi (Banca Commerciale). I risultati, diretti e indiretti, degli attentati, sono il loro fine. Per il passato, l’atto terroristico — come manifestazione primitiva e infantile della violenza rivoluzionaria nelle situazioni arretrate, o come violenza perduta sul terreno delle rivoluzioni sconfite — non è mai stato che un atto di rifiuto parziale, e perciò vinto in partenza: la negazione della politica sul terreno della politica stessa. Al contrario, nella situazione attuale, di fronte all’ascesa di un nuovo periodo rivoluzionario, è il Potere stesso che, nel tendere alla propria affermazione totalitaria, esprime spettacolarmente la propria negazione terroristica. In un’epoca che vede rinascere il movimento che sopprime ogni potere separato dagli individui, il Potere stesso è costretto a riscoprire, fino alla prassi cosciente, che tutto ciò che esso non uccide lo indebolisce. Ma la borghesia italiana è la più miserabile d’Europa. Incapace oggi di realizzare il proprio terrore attivo sul proletariato, non le resta che tentare di comunicare alla maggioranza della popolazione il proprio terrore passivo, la paura del proletariato. Impotente e maldestra, nel tentativo di bloccare in questo modo lo sviluppo del movimento rivoluzionario e di crearsi ad un tempo artificialmente una forza che non possiede, rischia di perdere in un sol colpo entrambe le possibilità. È così che le fazioni più avanzate del potere (interne o parallele — governative o d’opposizione) hanno dovuto sbagliare. L’eccesso di debolezza riporta la borghesia italiana sul terreno dell’eccesso poliziesco, essa comincia a comprendere che la sua sola possibilità uscire da un’agonia senza fine passa per il rischio della fine immediata della sua agonia. Così il Potere deve bruciare fin dall’inizio l’ultima carta politica da giocare prima della guerra civile o di un colpo di stato di cui è incapace, doppia carta del falso «pericolo anarchico» (per la destra) e del falso «pericolo fascista» (per la sinistra), allo scopo di mascherare e di rendere possibile la sua offensiva contro il vero pericolo, il proletariato. Di più, l’atto con cui oggi la borghesia tenta di scongiurare la guerra civile è in realtà il suo primo atto di guerra civile contro il proletariato. Per il proletariato dunque, non si tratta più evitarla né di incominciarla, ma di vincerla. Ed esso ha ormai incominciato a capire che non è con la violenza parziale che la può vincere, ma con l’autogestione totale della violenza rivoluzionaria e l’armamento generale dei lavoratori organizzati nei Consigli operai. Esso quindi sa ormai di dover respingere definitivamente, con la rivoluzione, l’ideologia della violenza insieme alla violenza dell’ideologia.

Compagni: non lasciatevi fermare qui: il potere e i suoi alleati hanno paura di perdere tutto; noi non dobbiamo avere paura di loro e soprattutto non dobbiamo averne di noi stessi: «non abbiamo da perdere che le nostre catene e tutto un mondo da guadagnare».

Viva il potere assoluto dei Consigli operai!


GLI amici dell’INTERNAZIONALE
Le tract reproduit ci-dessous, qu’on pouvait trouver Piazza Fontana et devant les plus grandes usines de Milan dès le 19 décembre 1969 durant les plus dures journées de répression, est l’unique exemple de compréhension immédiate et générale de ce que seulement des mois plus tard les militants les plus «extrémistes» n’osaient que timidement et partiellement affirmer à propos des bombes du 12 décembre.

Le Reichstag brûle-t-il ?

Camarades,

Le mouvement réel du prolétariat révolutionnaire italien est en train de le conduire vers le point qui rend impossible — pour lui et pour ses ennemis — tout retour en arrière. Pendant que toutes les illusions sur la possibilité de rétablir la «normalité» de la situation précédente se dissolvent l’une après l’autre, mûrit pour les deux parties la nécessité de risquer son présent pour gagner son futur.

Face à la montée du mouvement révolutionnaire, malgré l’action méthodique de récupération des syndicats et des bureaucrates de la vieille et de la nouvelle «gauche», il devient fatal pour le Pouvoir de ressortir une fois encore la vieille comédie de l’ordre, en jouant cette fois la fausse carte du terrorisme, pour tenter de conjurer la situation qui l’obligerait à découvrir tout son jeu face à la clarté de la révolution.

Les attentats anarchistes de 1921, les actions désespérées des survivants de l’échec du mouvement révolutionnaire de cette époque, fournirent un prétexte commode pour instaurer, avec le fascisme, l’état de siège sur toute la société.

Forte, dans son impuissance, de la leçon du passé, la bourgeoisie italienne de 1969 n’a pas besoin de vivre la grande peur du mouvement révolutionnaire ni d’attendre la force qui ne peut lui venir que de la défaite de celui-ci pour se libérer de ses illusions démocratiques. Aujourd’hui, elle n’a plus besoin des erreurs des vieux anarchistes pour trouver un prétexte à la réalisation politique de sa réalité totalitaire, mais, ce prétexte, elle cherche à se le construire toute seule en impliquant les nouveaux anarchistes dans un scénario policier, ou en manipulant les plus naïfs d’entre eux dans une grossière provocation. Les anarchistes offrent en effet les meilleurs atouts pour les exigences du pouvoir : image séparée et idéologique du mouvement réel, leur «extrémisme» spectaculaire permet d’atteindre par eux l’extrémisme réel du mouvement.


LA BOMBE DE MILAN A EXPLOSÉ CONTRE LE PROLÉTARIAT,

Destinée à blesser les catégories les moins radicalisées pour les allier au pouvoir, et à resserrer les rangs de la bourgeoisie pour la «chasse aux sorcières» : ce n’est pas un hasard s’il y a eu un massacre parmi les agriculteurs (Banque nationale de l’agriculture) et si les bourgeois en revanche en ont été quitte pour la peur (Banque du commerce). Les résultats, directs et indirects, des attentats sont leur but.

Dans le passé, l’acte terroriste — comme manifestation primitive et infantile de la violence révolutionnaire dans des situations arriérées, ou comme violence perdue sur le terrain des révolutions manquées — n’a jamais été qu’un acte de refus partiel et, pour cela, récupéré d’avance : la négation de la politique sur le terrain de la politique elle-même. Au contraire, dans la situation actuelle, face à la montée d’une nouvelle période révolutionnaire, c’est le pouvoir même qui, dans sa tendance à l’affirmation totalitaire, exprime de façon spectaculaire sa propre négation terroriste.

Dans une époque qui voit renaître le mouvement qui supprime tout pouvoir séparé des individus, le pouvoir lui-même est obligé de redécouvrir, jusqu’à la praxis consciente, que tout ce qu’il ne tue pas l’affaiblit. Mais la bourgeoisie italienne est la plus misérable d’Europe. Incapable aujourd’hui de réaliser sa terreur active sur le prolétariat, il ne lui reste qu’à essayer de communiquer à la majorité de la population sa terreur passive, la peur du prolétariat.

Impuissante et maladroite dans la tentative de bloquer de cette manière le développement du mouvement révolutionnaire et de se créer artificiellement à temps une force qu’elle ne possède pas, elle risque de perdre d’un seul coup l’une et l’autre possibilités. C’est ainsi que les fractions les plus avancées du pouvoir (internes ou parallèles, gouvernementales ou d’opposition) ont dû se tromper. L’excès de faiblesse ramène la bourgeoisie italienne sur le terrain de l’excès policier, elle commence à comprendre que sa seule issue possible à une agonie sans fin passe par le risque de la fin immédiate de son agonie.

Ainsi, le Pouvoir doit brûler, dès le début, la dernière carte politique à jouer avant la guerre civile ou avant le coup d’État dont il est incapable, la double carte du faux «péril anarchiste» (pour la droite) et du faux «péril fasciste» (pour la gauche), aux seules fins de déguiser et de rendre possible son offensive contre le vrai danger : le prolétariat. De plus, l’acte par lequel aujourd’hui la bourgeoisie essaie de conjurer la guerre civile est en réalité son premier acte de guerre civile contre le prolétariat. Pour le prolétariat, il ne s’agit donc plus de l’éviter ni de la commencer, mais de la gagner.

Et il a désormais commencé à comprendre qu’il peut la gagner non pas par la violence partielle, mais par l’autogestion totale de la violence révolutionnaire et l’armement général des travailleurs organisés en Conseils ouvriers. Il sait donc désormais qu’il doit repousser définitivement, par la révolution, l’idéologie de la violence comme la violence de l’idéologie.

Camarades, ne vous laissez pas arrêter ici : le pouvoir et ses alliés ont peur de tout perdre ; nous ne devons pas avoir peur d’eux et surtout nous ne devons pas avoir peur de nous-mêmes : «Nous n’avons à perdre que nos chaînes et tout un monde à gagner».


Vive le pouvoir absolu des Conseils ouvriers !


Les amis de l’INTERNATIONALE
Sacco & Vanzetti
Via Orsini no 1970
Stencil volé.

Traduit de l’italien par Joël Gayraud & Luc Mercier.
Ici le désinformateur  Scalzone se surpasse...

40 ans après: Piazza Fontana : révisionnismes d'État et révisionnistes du mouvement


Quarante ans se sont écoulés depuis le massacre de piazza Fontana. Et cette année encore se sont tenus rituels hypocrites et autres commémorations : défilés de citoyens parsemés d’étendards municipaux et étouffés par des pléthores de représentants des institutions. Le massacre d’État commémoré, avec les larmes aux yeux, par l’État lui-même et par ses fidèles laquais.

Mais cette année, nous n’avons pas seulement eu droit aux commémorations (ravivées par ailleurs par la lutte à Milan), mais également au révisionnisme. Début décembre les agences de presse répandent la nouvelle selon laquelle le Parquet de Milan se préparerait à ouvrir une nouvelle enquête sur l’explosion à la Banque de l’Agriculture en décembre 1969. En prenant appuis sur un livre écrit par un journaliste de l’Ansa, en l’occurrence Paolo Cucchiarelli, on serait en train de suivre une piste vraiment singulière : ce jour-là, deux bombes auraient en fait explosé, une posée par les fascistes (mortelle), et l’autre par des anarchistes (qui n’aurait blessé personne). Une histoire fantastique, capable au final de mettre sur un même plan les «extrémistes opposés» sur lesquels tant d’encre a été versé. Est-ce que vous imaginez Delfo Zorzi et Pietro Valpreda, l’immonde fasciste et l’anarchiste naïf, arriver chacun de son côté, avec son engin explosif ? Pourtant il y a des gens pour croire à ces conneries, ou du moins, pour leur prêter une certaine crédibilité.

Des ordures d’État, se dira-t-on, sur lesquels cracher sans perdre trop de temps. C’est vrai. Mais malheureusement l’État n’est pas l’unique producteur de ce genre de pourriture. Radiocane a également pensé rappeler ce lointain 12 décembre en accueillant à son micro Oreste Scalzone, qui s’est laissé aller à un long verbiage présenté par lui-même comme «une réflexion, dirons-nous… “difficile” et exposée avec la conscience qui, au-delà du scandale, peut engendrer perplexité et souffrance “parmi” nous». Laissons pourtant de côté cette sulfureuse annonce auto-promotionnelle. Étant donné le personnage, nous ne trouvons pas ses mots vraiment scandaleux, ils ne nous laissent ni perplexes ni ne nous font souffrir outre mesure. Ils nous dégoûtent simplement par la mauvaise foi si vulgaire qui les anime.

Il suffit de l’écouter pour comprendre que l’objet de ses «réflexions» sont, plus que les anarchistes, les militants de Lotta Continua. L’ex-leader de Potere Operaio a peut-être quelques vieux comptes à régler avec ses anciens rivaux, et il en profite pour attaquer à tout va leur «vulgate» sur cette période. Il va de soi que les règlements de comptes posthumes entre tabasseurs-en-chef de factions politiques concurrentes (référence à leurs services d’ordre qui défonçaient les «incontrôlés» dans les manifs, Ndt) nous laissent proprement indifférents. Pour nous ce serait un plaisir de laisser les morts enterrer leurs morts. Mais ce faisant le zombie Scalzone a eu l’idée malsaine d’y mêler les anarchistes, à l’histoire du mouvement anarchiste et au sens même de l’anarchisme (alors qu’il démontre qu’il n’en possède pas une connaissance dépassant les vers de quelques chansonnettes). Et sur cela, qu’il nous soit permis de dire notre façon de penser.

Avec son air habituel d’hérétique qui voudrait «poser des questions polémiques», Scalzone se lance dans une exégèse de la Chanson de Pinelli en soutenant qu’«elle contient un malentendu». Un de ses vers dit : «l’anarchie ne signifie pas poser des bombes, mais la justice dans la liberté». Qu’est-ce que ça signifie, se demande Scalzone ? S’il est vrai qu’on peut «dire certaines choses sous le coup de l’émotivité et pour provoquer», ou utiliser une sorte de «licence poétique», reste le fait qu’il s’agit d’«une demie-vérité, mais une demie-vérité est toujours fausse» puisque «dans le mouvement anarchiste on a aussi utilisé les bombes». Merde alors, quelle révélation scandaleuse ! «Voulons-nous dire que nous nous dissocions de cela ? Eh bien oui, disons-le.», s’enflamme Oreste, sinon «même un flic pourra dire que nous mentons» et ça ne serait pas bien. Oui les anarchistes posent des bombes, pas tous bien sûr, mais quelques-uns oui. Et ceci est un fait qu’on ne peut pas nier, sous peine de contracter «la maladie» de la novlangue, et de tomber dans «la contrefaçon du passé» dénoncée par Orwell.




Une fois cette introduction terminée, Scalzone met en doute l’idée même qu’il puisse s’agir d’un massacre d’État, en dénonçant aussi la tendance à la «théorie du complot» présente au sein du mouvement. Pourquoi alors, comme il est dit dans la chanson, est-ce qu’un «compagnon ne pourrait jamais avoir fait ça ?»

Scalzone s’indigne : est-ce qu’«un compagnon ne pourrait jamais avoir mis une bombe dans une banque ?», ou est-ce qu’«un compagnon désigne quelqu’un qui ne pourrait jamais poser une bombe ?» Mais alors ils ne sont pas non plus nos compagnons ceux du «FLN algérien», «de l’ETA», «de l’IRA», des «organisations palestiniennes» et tous les révolutionnaires qui posent une «bombe qui frappe des civils» ! En somme, selon Scalzone, cela aussi est une phrase catégorique qui «n’est pas exacte», car «on peut la hurler à la figure d’un flic qui vous interroge, mais elle ne peut pas devenir un dogme, parce que c’est un mensonge, et les mensonges ne sont pas justes». Le risque qu’il perçoit dans de tels raisonnements est celui de l’enlisement dans une respectabilité mendiante : on commence par dire qu’un compagnon n’a pas posé la bombe de piazza Fontana, et on finit par condamner toute forme d’illégalité.

Tout ceci Scalzone le dit en pensant à Sofri & Compagnie [Adriano Sofri est un journaliste et intellectuel italien, ancien dirigeant du groupe italien d’extrême-gauche Lotta Continua dans les années 1960 et 1970, condamné pour l’assassinat du commissaire de police Luigi Calabresi en 1972] et en chantant, mais en faisant aussi allusion aux anarchistes, dont la «voix», le «porte-parole» était à ses dires Lotta Continua, qui parlait aussi en leur nom. Pour lui, il ne fait pas de doutes que «dans la nébuleuse anarchiste ce type de valeurs a été grosso modo intégré et accepté».

En d’autres termes, la vieille cariatide se presse d’avaliser la thèse à peine sortie du Parquet de Milan : les anarchistes auraient tout aussi bien pu poser la bombe de piazza Fontana, puisque :

a) Il y a toujours eu dans l’histoire des anarchistes pour poser des bombes, et
b) Un compagnon peut très bien poser une bombe à l’intérieur d’une banque, puisqu’il s’agit là de l’institution capitaliste par excellence. Il n’y a guère que les lâches ou les naïfs pour nier ce fait.

En nous efforçant de retenir la nausée en écoutant l’ex-laquais de Toni Negri parler du haut de sa montagne pour donner des leçons aux libertaires, en se vantant de son propre «insurrectionnalisme ouvrier» (mais lequel ? celui qui s’affirme à coup de demandes de clémence à l’État ou dans le soutien à la farce électorale en invitant ouvertement à voter pour les «bulletins rouges» ?), nous nous permettons de faire quelques observations. La Chanson de Pinelli, qui ne peut de toute façon refléter la pensée de tous les anarchistes, s’inscrit dans le moment historique durant lequel elle a été écrite. C’est-à-dire, juste après un massacre de civils. Délirer sur deux vers tirés de leur contexte est pour le coup une opération de mystification du passé. Les anarchistes qui ont recours à la violence, bombes incluses, ont toujours refusé le terrorisme, c’est-à-dire l’utilisation aveugle de la violence. Quand dans leurs actions des civils ont été impliqués, on a parlé d’erreurs ou de «dommages collatéraux», ce qui a provoqué d’âpres débats à l’intérieur du mouvement anarchiste. Il y a eu des anarchistes qui pour ne pas courir le risque de blesser de simples passants ont préféré enlever la bombe à peine posée (comme l’a fait au moins deux fois Paolo Schicchi [
Paolo Schicchi (1865-1950), anarchiste italien partisan du courant anti-organisationnel]), et il y a eu aussi des anarchistes qui ont choisi de continuer l’action, quels que puissent être les résultats finals (comme les auteurs de la bombe au théâtre Diana ou Severino Di Giovanni). Mais tous, sans exception, ne visaient et ne visent que leurs ennemis, les puissants, les exploiteurs et leurs sous-fifres. Rien ne sert d’évoquer les Émile Henry ou les Mario Buda [Mario Buda, alias Mike Boda (né en 1884, mort à une date inconnue) était un anarchiste illégaliste italien ayant lutté aux États-Unis, et l’auteur de la charrette piégée qui a explosée contre la Bourse de New York en 1920], puisque les habitués d’un restaurant de la bourgeoisie de la fin du XIXe siècle ou de la Bourse de Wall Street en 1920 ne peuvent certainement pas être comparés aux clients d’une banque milanaise en 1969.

Poser une bombe dans un endroit public et la faire exploser pendant la journée, en causant des victimes parmi les passants de manière aveugle, c’est un acte de terrorisme, pratique typiquement politique pour laquelle la vie d’inconnus est sacrifiée (en guise d’avertissement, de chantage, de pression) dans une guerre pour la conquête ou la détention du pouvoir. Aussi en se présentant actuellement comme libertaire, Oreste Scalzone reste l’autoritaire qu’il a toujours été et il ignore que l’anarchisme se base sur une conception éthique de la vie, et non sur la politique. Pour les anarchistes, la fin ne justifie pas les moyens. C’est bien pour cette raison que dans la chanson mille fois disséquée, l’anarchiste Pinelli puisse protester contre l´idée que son compagnon ait pu accomplir un massacre comme celui perpétré le 12 décembre 1969, où de simples clients et de mornes employés furent les seuls frappés, ce qui était le but recherché. Est-ce à propos de ce terrorisme parfois employé par les organisations politiques autoritaires chères à Scalzone, que ce dernier parle de légitimité ? Nous le lui laissons tout entier, car le terrorisme provoque chez nous le dégoût, et nous ne considérerons jamais comme nos compagnons ceux qui le pratiquent (mais nous comprenons que pour le leader de l’organisation politique dont les membres ont commis le bûcher de Primavalle [Le 16 avril 1973, des militants de Potere Operaio incendient l’appartement de Mario Mattei, secretaire de section du Mouvement Social Italien (MSI, formation néo-fasciste) dans le quartier Primavalle à Rome, tuant deux de ses fils de 8 et 22 ans] nos mots puissent relever d’un pur infantilisme, de celui qu’on balaye d’un haussement d’épaules).

Quant à la nébuleuse anarchiste, qui d’après lui a su opter sagement pour l’innocentisme et le légalisme, elle est bien plus vaste que les quelques organisations bureaucratiques qui voudraient la représenter — les seules à émettre de misérables communiqués de condamnation vis-à-vis de chaque attaque explosive. Mais n’est ce pas ce «chansonnier aux jambes courtes» qui disait qu’une demie-vérité est un mensonge ?

Pensez que, déjà en 1977, au Palais des sports, au cours des ces journées magnifiques de Bologne, sa logorrhée de renoncement avait été écourtée par des quolibets et des sifflets (et même par quelques panini !) lancées par quelques compagnons… Quel autre événement faut-il donc revivre et commémorer ?


Traduit de l’italien (Guerra Sociale),
Base de données anarchistes, 18-22 décembre 2009.


DES PROVOCATEURS D'EXTRÊME-DROITE

En 1968, les Américains ont commencé l'entraînement commando en bonne et due forme des gladiateurs sur la base sarde clandestine de l'OTAN. En quelques années, 4000 gradés ont été placés à des postes stratégiques. Au moins 139 caches d'armes, y compris dans les casernes des carabiniers, étaient à leur disposition. Pour inciter des jeunes gens à rejoindre cette aventure risquée, la CIA payait de hauts salaires et promettait que s'ils étaient tués, leurs enfants seraient éduqués aux frais des Etats-Unis.
Les tensions ont commencé à atteindre leur masse critique la même année. Tandis que les dissidents prenaient la rue partout dans le monde, en Italie, les occupations d'universités et les grèves pour des salaires et des retraites plus élevés furent éclipsées par une série de crimes politiques sanglants.
Le nombre d'actes terroristes s'éleva à 147 en 1968, grimpa à 398 l'année suivante, puis atteignit l'incroyable sommet de 2498 en 1978 avant d'aller en diminuant, en grande partie à cause d'une nouvelle loi encourageant les délateurs (les repentis). Jusqu'à 1974, les poseurs de bombe d'extrême-droite frappant aveuglément ont constitué la force principale derrière la violence politique.
La première explosion majeure eut lieu en 1969 à Milan, piazza Fontana ; elle tua 18 personnes et en blessa 90. Dans ce massacre et de nombreux autres, les anarchistes furent de commodes boucs-émissaires pour les provocateurs fascistes qui cherchaient à en rendre responsable la gauche. Répondant à un tuyau téléphonique après le massacre de Milan, la police arrêta 150 anarchistes présumés et en fit même passer certains en justice. Mais deux ans après, un nouveau témoignage conduisit à la mise en accusation de plusieurs néofascistes et officiers du SID. Trois anarchistes innocents furent déclarés coupables, mais plus tard acquittés, tandis que les responsables de l'attentat ne furent pas punis par la justice italienne.
Des liens concluants entre Gladio et la violence politique furent trouvés après qu'un avion eut explosé en vol près de Venise en novembre 1973. Le juge vénitien Carlo Mastelloni a établi que l'avion Argo-16 était utilisé pour envoyer des recrues et des munitions entre la base américaine en Sardaigne et les sites de Gladio dans le nord-est de l'Italie. L'apogée de la terreur d'extrême-droite fut atteint en 1974 avec deux massacres. L'un, un attentat à la bombe dans un rassemblement antifasciste à Brescia, tua 8 personnes et en blessa 102. L'autre fut une explosion dans le train Italicus près de Bologne, tuant 12 personnes et en blessant 105. A ce moment-là, le président Giovanni Leone, sans trop exagérer, résuma ainsi la situation : « Avec 10 000 civils en armes s'agitant dans tous les sens, comme d'habitude, je suis un président de merde. »
A Brescia, l'appel initial à la police accusa aussi les anarchistes, mais le malfaiteur s'avéra être un agent secret du SID parallèle. Un lien semblable fut aussi allégué dans le cas de l'Italicus. Les deux fascistes qui furent finalement reconnus coupables étaient membres d'un groupe clandestin de la police appelé les Dragons Noirs, selon le journal d'extrême-gauche Lotta Continua. Leurs condamnations furent aussi annulées. Alors que dans cette affaire et dans d'autres, de nombreux gauchistes furent arrêtés et jugés, des fascistes ou des néofascistes étaient souvent les coupables, en lien avec des groupes de Gladio et des services secrets italiens. Ce qui reflète à quel point ces forces contrôlaient le gouvernement à travers le SID parallèle, c'est que presque tous les éléments d'extrême-droite impliqués dans ces atrocités furent ensuite libérés. En 1974, la gauche armée commença à répondre à la terreur d'extrême-droite. Elle était partisane d'attaques éclair ciblées par opposition aux attentats à la bombe commis au hasard de l'extrême-droite. Les six années suivantes, les militants gauchistes, en particulier les Brigades Rouges, réagirent par la vengeance, commettant beaucoup plus d'actes de violence politique que l'extrême-droite. L'Italie fut à deux doigts de la guerre civile pendant plusieurs années.
Traduit de l'américain
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Valerio Lucarelli est l'auteur de Buio Rivoluzione. Sur son site, il examine de nombreux faits obscurs entourant l'histoire des Brigades Rouges. Il y démontre notamment le caractère intenable de la version officielle de l'enlèvement d'Aldo Moro. L'auteur a résumé son propos à travers quinze petits textes éclairants. Certains de ces récits ont été traduits en français. Nous nous sommes contentés de reprendre ici ces traductions, en leur apportant néanmoins quelques indispensables corrections. Nous traduirons nous mêmes les textes restants. Il nous paraîtrait en effet regrettable que le public français ignore ces aperçus démystificateurs à l'heure où divers imposteurs continuent à amuser le tapis sur cette question du terrorisme italien manipulé des années de plomb. C'est ainsi, qu'après tant de révélations, le duo des politiciens naïfs Persichetti et Scalzone pouvait encore écrire, dans La Révolution et l'Etat, de la thèse d'une manipulation du « parti armé » :



« [Elle] se fonde sur la conviction d'une “complicité inconsciente”, en particulier des Brigades rouges considérées comme manipulées de l'extérieur par des puissances occultes. Au lecteur qui voudrait se documenter sur certaines formes de psychopathologie du mensonge historique, nous recommandons : Sergio Flamigni, La tela del ragno. Il delitto Moro, Ed. Associate, Rome, 1988. Soutenu par d'obscures commanditaires, le même auteur récidive dix ans plus tard in Convergenze parallele, Kaos edizioni, Milan 1998. La “Préface à la quatrième édition italienne de la Société du Spectacle” de Guy Debord témoigne des effets dévastateurs de ce syndrome d'obsession du complot et du méta-complot (in Commentaires sur la Société du Spectacle, “Folio”, Paris, Gallimard, 1997, pp. 133-147). Voir aussi Gianfranco Sanguinetti, Du terrorisme et de l'Etat, Paris, 1980 (1ére éd. : Milan, 1979). Cf. chap. V et Bibliographie. »



Nous savions depuis longtemps que pour toutes sortes de gens les situationnistes relevaient de la psychiatrie. Mais, à l'heure où Le Monde du 8 novembre présente Scalzone comme un « homme très respecté dans le milieu [autonome] », la lecture des textes de Lucarelli permet incidemment de réfuter la psychologie en toc de ce désinformateur et d'autres individus opérant sous la même livrée.
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L'extrait de Tiqqun cité très exactement dans Mieux vaut tard que jamais illustre une maladie chronique des champions de la critique critique, tous courants confondus. On n'y combat presque jamais des positions théoriques pour ce qu'elles sont. On préfère généralement se livrer à un procès d'intention en attribuant à l'adversaire un tort imaginaire dont on détient la réfutation prête à l'emploi, en spéculant sur l'ignorance ou le fanatisme du public. C'est que dans ces milieux, comme dans tous les autres, règnent la concurrence sur le marché des idées, la compétition agonistique et la « culture du narcissisme ».

Dans le cas particulier que nous avons relevé, contrairement à ce qu'affirme Tiqqun, Debord n'a jamais écrit que toute l'agitation (ni même toute la lutte armée), au cours des années 70 en Italie, était manipulée par Gladio. Il a seulement montré que les Brigades Rouges avaient été infiltrées puis manipulées par l'État italien pour neutraliser la dangereuse subversion prolétarienne qui menaçait l'ordre social existant. Du reste, il est, au mieux, malvenu de reprocher à Debord d'avoir pratiqué le grand camouflage du caractère explosif de la situation italienne, quand on se souvient qu'il était le directeur d'une revue, Internationale Situationniste, dont la section italienne avait participé de près aux troubles qui agitèrent l'Italie à cette époque et sut en faire l'analyse dans ses aspects les plus scandaleux, qu'il s'agisse des émeutes de Battipaglia, du soulèvement des prisons ou de la révolte de Reggio de Calabre; tout comme ce reproche dissimule qu'en traduisant le Véridique Rapport de Censor, riche en informations sur la subversion prolétarienne italienne, Debord avait su se faire le passeur efficace de « ce que la situation italienne contenait d'explosif ».

L'affaire n'aurait qu'un strict intérêt académique si elle n'était riche d'enseignements pour le présent. Qui ne comprend pas le passé se condamne à en répéter les erreurs. C'est pourquoi l'analyse très insuffisante faite par Tiqqun du terrorisme spectaculaire mérite d'être critiquée. Maintenant que Coupat et consorts tombent sous le coup d'une machination policière, ils s'adonnent à leur tour à cette paranoïaque « rétrologie ». Il est à regretter pour eux qu'ils s'avisent de l'intérêt de la question à un stade aussi avancé de la répression, mais, n'est-ce pas, mieux vaut tard que jamais. Encore faudrait-il que le Comité Invisible en tire pleinement les leçons en reconsidérant ce qu'il y avait d'insuffisant dans ses analyses sur le terrorisme au lieu de se contenter de les faire rééditer, en profitant de la récente mode autour de Tarnac. De même qu'il conviendrait d'admettre que ce sont certaines faiblesses de L'Insurrection qui vient (dont témoigne aussi la préface d'un « des agents du Parti imaginaire » à Maintenant, il faut des armes, recueil de textes de Blanqui) qui ont permis son exploitation policière, au demeurant maladroite, heureusement. On y trouve exprimée très précisément la forme pratique que la domination souhaite voir prendre à une critique radicale de la société existante. C'est pour cela qu'elle est sélectionnée médiatiquement et offerte en pâture à tous ceux que le cours désastreux du monde conduit à une impatience bien compréhensible. Si, parmi eux, quelques desperados pouvaient commettre quelque acte « insurrectionnel » aveugle propre à alimenter la peur, l'État aurait atteint le but qu'il poursuit dans toute cette affaire. 
Ajoutons que ces "agents" ont surtout besoin d'affaiblir par tous les moyens la position debordiste pour vendre leur mauvaise soupe via La Fabrique-a-désinformation. 

Reproduisons encore un dernier texte de Bonnotdelabande:
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Mieux vaut tard que jamais
AVANT

Donc en 2001 julien et sa bande ne savaient pas encore ce qu'était GLADIO et malgré le fait que Paris grouillait littéralement depuis 1985 de "Repentis, Dissociés et autres ex Térroros sincères ou pas..." ils accusent Guy Debord d'avoir empêché la connaissance du Mai Rampant  qu'il a été le premier à justement comprendre et à en définir la nature...
Ces gens ont le même emploi que Scalzone...

« Kojève, qui n’avait pas son pareil pour saisir le vif, enterra le Mai français d’une jolie formule. Quelques jours avant de succomber à une crise cardiaque dans une réunion de l’OCDE, il avait déclaré au sujet des “événements” : “Il n’y a pas eu de mort. Il ne s’est rien passé.” Il en fallut un peu plus, naturellement, pour enterrer le mai rampant italien. Un autre hégélien surgit alors, qui s’était acquis un crédit non moindre que le premier, mais par d’autres moyens. Il dit : “Écoutez, écoutez, il ne s’est rien passé en Italie. Juste quelques désespérés manipulés par l’État qui, pour terroriser la population, ont enlevé des hommes politiques et tué quelques magistrats. Rien de notable, vous le voyez bien.” Ainsi, grâce à l’intervention avisée de Guy Debord, ne sut-on jamais de ce côté-ci des Alpes qu’il s’était passé quelque chose en Italie dans les années 70. Toutes les lumières françaises à ce sujet se réduirent donc jusqu’à aujourd’hui à des spéculations platoniques sur la manipulation des BR par tel ou tel service de l’État et le massacre de Piazza Fontana. Si Debord fut un passeur exécrable pour ce que la situation italienne contenait d’explosif, il introduisit en revanche en France le sport favori du journalisme italien : la rétrologie. Par rétrologie – discipline dont l’axiome primordial pourrait être “la vérité est ailleurs” –, les Italiens désignent ce jeu de miroirs paranoïaque auquel s’adonne celui qui ne peut plus croire en aucun événement, en aucun phénomène vital et qui doit constamment, de ce fait, c’est-à-dire du fait de sa maladie, supposer quelqu’un derrière ce qui arrive – la loge P2, la CIA, le Mossad ou lui-même. Le gagnant sera celui qui aura fourni à ses petits camarades les plus solides raisons de douter de la réalité. »
(Tiqqun n°2, 2001, Ceci n’est pas un programme)


APRÈS


« Rien ne permet d'expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d'avoir orchestré, au su de la DST, la vague d'attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. (…) Il s'agit, par tout un luxe de provocations, d'infiltrations, de surveillance, d'intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l'“action psychologique”, de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d'anéantir la “menace subversive” en associant, au sein de la population, l'ennemi intérieur, l'ennemi politique à l'affect de la terreur. »

(Julien Coupat, « La prolongation de ma détention est une petite vengeance », Le Monde, 26 mai 2009)

Et ajoutons ceci:
Après après
Le texte de TIQQUN/Julien-de-la-plèbe est reproduit dans un livre édité chez La Fabrique-a-désinformation:
"Tout a failli, vive le communisme!" téléchargeable gratuitement vous pouvez donc vérifier l'insistant mensonge...
Notons enfin la coïncidence entre la sortie de prison/VIP de Coupat et la sortie du livre reprenant le même mensonge...

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