lundi 17 mai 2010

Les déclarations falsifiées d’Olivier Marin et Frédéric Desguerre

Le syndicat Unité SGP-FO Police n'est pas un syndicat comme les autres. Ces fonctionnaires sont tenu en laisse avec des "droits" réduit au strict minimum et surtout leurs "représentants" sont désignés par le pouvoir exécutif (l'Élysée).
C'est pourquoi il faut comprendre leurs désopilantes déclarations comme des ordres indiscutables. Le temps ou les flics connaissaient une certaine "pluralité" de représentation syndicale est mort depuis longtemps. Admirez cette prose, il s'agit ici de dire du mal par avance d'un éventuel soutient aux camarades de Villiers-le-Bel et si possible d'en interdire la tenue dans plusieurs villes de France...
Ce qui est en cause ce n'est pas l'action policière mais sa gestion politique dictatoriale par le Führer de Neuilly-sur-Seine

 Les z'événements de 2007 cela ne vous rappel rien ?

samedi 15 mai 2010

La bataille du rail (1946) René Clément



La Bataille du Rail se présente en premier non comme une fiction mais comme un document, montrant les actions de la Résistance et de nombreux cheminots anonymes au moment du débarquement des forces alliées. L’art de René Clément est d’impliquer le spectateur et de nous faire adhérer totalement sans jamais utiliser le sentimentalisme ou le spectaculaire gratuit. En tant que premier grand film sur la Résistance, La Bataille du Rail définit de facto un certain nombre de codes que suivront bon nombre de films sur le sujet. L’image d’une résistance pratiquée par tous les français répondait un besoin légitime de glorification immédiate, au lendemain de la Libération. Le film fut tourné en grande partie avec des acteurs non professionnels, en utilisant des balles réelles (les plus faciles à se procurer). Ses scènes les plus fortes restent marquées durablement dans les esprits : l’exécution des otages, l’attaque du train blindé et le déraillement de l’Apfelkern, reconstitué avec un train réel et filmé par trois caméras. Il faut souligner le mode particulier de financement du film puisqu’il a été supporté par les syndicats de cheminots. C’était donc un film  très peu coûteux,  il a bénéficié de l’aide des cheminots eux-mêmes pour la figuration et pour le matériel.
René Clément a obtenu pour ce film l’équivalent de la palme d’or.
Quant au consensus pro-résistant du film, ce n’est pas seulement une nécessité politique de le présenter. C’est aussi une réalité observable, il faut dire qu’à partir de 1944, tout le monde voulait voir les allemands repartir chez eux. Les français avaient vraiment souffert du pillage allemand, et donc naturellement les collabos étaient devenus de moins en moins nombreux. 
Le film a été interdit de distribution en France et dans de nombreux pays car il donnait un certain nombre de méthode utilisées par les résistants pour paralyser les transports…
Ho chi minh le faisait projeter, le FLN Algérien l’utilisa mais pas les glorieux "paysans communistes" invisibles de Tarnac…

vendredi 14 mai 2010

François Villon

Ballade des pendus (L'Epitaphe Villon)
                                     
Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les coeurs contre nous endurciz,
Car, ce pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez ci, attachés cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéca devorée et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie:
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre!
Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir desdain, quoy que fusmes occiz
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas le sens rassiz;
Excusez nous, puis que sommes transsis,
Envers le filz de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale fouldre
Nous sommes mors, ame ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
La pluye nous a débuez et lavez,
Et le soleil desséchez et noirciz:
Pies, corbeaulx nous ont les yeulx cavez
Et arraché la barbe et les sourciz.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis ca, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charie,
Plus becquetez d'oiseaulx que dez à couldre.
Ne soyez donc de nostre confrarie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
Prince Jhésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie:
A luy n'avons que faire ne que souldre.
Hommes, icy n'a point de mocquerie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

http://damienbe.chez.com/menu.htm
http://www.poesies.net/ecole.html 
François Villon
Le Poète voyou.
1431 ou 1432

Cette faible force messianique

« La seule philosophie dont on puisse encore assumer la responsabilité face à la désespérance serait la tentative de considérer toutes les choses telles qu’elles se présenteraient du point de vue de la rédemption. La connaissance n’a d’autre lumière que celle de la rédemption portant sur le monde : tout le reste s’épuise dans la reconstruction et reste simple technique. Il faudrait établir des perspectives dans lesquelles le monde soit déplacé, étranger, révélant ses fissures et ses crevasses, tel que, indigent et déformé, il apparaîtra un jour dans la lumière messianique. » Th.W.Adorno, Minima Moralia

1 - Pour notre époque, le désir de révolution a perdu son caractère d’évidence. Ce changement dans l’ordre des sensibilités ne se comprend pas seulement par la disparition ou la dissolution des mouvements révolutionnaires des siècles précédents. Si l’échec de ces derniers a nécessairement contribué à renforcer ce sentiment nouveau qu’il est vain de vouloir transformer radicalement le monde, c’est à vrai dire une évolution plus profonde qui a changé les mentalités. En un temps où il existait encore une vaste contestation de l’ordre dominant, Marcuse parlait déjà de « l’atrophie de l’imagination utopique » comme d’un symptôme important de la société unidimensionnelle. La question de cette perte est, à l’évidence, profondément liée au développement modernisateur du capitalisme dans la deuxième moitié du XXe siècle et au nouveau type de société qui en est issu. Le bouleversement social qui s’est alors opéré a restructuré de fond en comble les conditions générales de la vie des individus, non seulement leur espace et leur rapport à celui-ci, mais aussi leurs valeurs, leurs rythmes de vie, leurs habitudes temporelles et leur perception du temps ; une onde de choc semblable à celle de la « révolution industrielle ».
Cette modification des perspectives dans la vie quotidienne paraît ainsi comme la réussite la plus parfaite du dernier stade atteint par le système capitaliste ; désormais intégré par un ensemble de comportements et d’habitudes dans l’espace-temps colonisé par la logique marchande, l’individu « post-moderne » ne parvient plus à concevoir d’autre cadre de vie que celui qui se fait omniprésent. On ne veut plus réellement transformer le monde, ni changer la vie, car il est devenu généralement impensable de sauter par-dessus le présent. La temporalité vécue ne peut plus être ressentie que dans le cadre d’une subordination à une temporalité sociale déterminée par le mouvement de l’économie. Cette aliénation du temps, qui ne traduit jamais que l’extension de la domination concrète de l’économie sur la vie des individus, produit ainsi un nouveau type de conscience que l’on peut qualifier d’anti-historique. Comme le remarque le philosophe américain Fredric Jameson, « la société de consommation, la société des médias, la ‘‘ société du spectacle’’ », le capitalisme tardif – peu importe le nom que l’on donne à ce moment – se caractérise par la perte du sens de l’histoire, non seulement du passé mais aussi des futurs. Cette incapacité à imaginer la différence historique […] constitue un symptôme pathologique du capitalisme tardif bien plus significatif que le ‘‘narcissisme’’ » (1). Dans cette aperception de l’histoire, que l’on peut considérer comme la caractéristique centrale de l’esprit de l’époque, se joue la possibilité même de l’imagination comme mode de création et de recréation des formes de la vie sociale. D’autres mondes sont toujours possibles, mais la capacité de les imaginer s’avère particulièrement réduite. Ce n’est pas tant la connaissance du passé et la projection fantasmatique dans l’avenir qui disparaissent, mais un rapport à la dimension historique de la temporalité. Pour la conscience anti-historique de notre époque, il existe bel et bien un passé, mais celui-ci, devenu insignifiant, est « mort, transformé en un paquet d’images tout aussi chatoyantes qu’éculées » (2). Les moments de l’histoire passée deviennent autant de clichés indifférenciés qui viennent rappeler que « nous n’en sommes plus là » et que « le temps ne revient plus ». Il suffit pour s’en convaincre de regarder les pauvres productions cinématographiques et télévisuelles qui veulent, dans un crétinisme jusqu’à présent inégalé, rendre compte de ces moments. Le futur n’est pas en reste. Ramené à la dimension de l’impensable, il prend nécessairement l’aspect d’un chaos sans nom que la nouvelle imagerie hollywoodienne nous invite à exorciser dans la communion des salles obscures. Il n’y a d’autre au-delà, dans l’imaginaire actuel, que celui d’un anéantissement total de la réalité présente. L’expérience de la temporalité historique se voit ainsi « dépassée » par la domination sans partage d’un « présent perpétuel » (Debord).
2 - La conscience anti-historique, produit historique des nouvelles transformations dans les rapports sociaux, trouve néanmoins son fondement dans un rapport au monde qui appartient à des sociétés précapitalistes. Elle exprime le retour d’un certain archaïsme dans un monde qui n’a su se « développer » que technologiquement. Cette emprise de la technologie elle-même sur le refaçonnage permanent de la vie quotidienne, résultat nécessaire de la subordination de l’ensemble des rapports sociaux à la « loi de la valeur », n’est, par ailleurs, aucunement étrangère à cette forme de régression dans l’ordre des consciences. Par un étrange retournement, le système social qui, pour s’instaurer durablement, devait rompre avec les conceptions d’un temps cyclique et devait ainsi introduire la notion de progrès de l’histoire, génère à son tour une appréhension pseudo-cyclique de la temporalité qui lui interdit toute compréhension de la dimension historique de celle-ci. La fétichisation de l’économie, qui conduit à la fétichisation de ses productions, a reproduit ainsi, en les parant d’un vernis moderniste, les formes d’aliénation sociale que l’on rencontrait déjà dans des sociétés antérieures ; la barbarie de la domination et de l’exploitation a effectué de sérieux progrès dans la sophistication, mais fondamentalement, les individus continuent de croire que la société n’est pas le produit de leur propre activité, mais un ordre quasi naturel auquel ils doivent se soumettre (3). Les hommes ne sont toujours pas maîtres et possesseurs de leur propre histoire, mais au contraire possédés par leur propre activité. Mais là où cette aliénation s’exprimait avant tout de façon religieuse - mais pas seulement – elle prend la forme, dans la société capitaliste, d’une véritable fétichisation de l’Histoire conçue comme mouvement autonome accomplissant nécessairement le Progrès pour les sociétés humaines. C’est ainsi qu’au moment de son émergence, le capitalisme bouleverse les représentations de la temporalité et inaugure une certaine conscience de l’histoire : possibilité de ruptures dans l’histoire, à l’instar de la Révolution de 1789 mais aussi irréversibilité du temps historique (« rien ne serait plus comme avant »). À ce stade, le capitalisme « exige une mémoire du changement social qualitatif, une vision concrète du passé dont on peut s’attendre à ce qu’elle trouve un aboutissement dans cette conception abstraite et vide d’un terminus futur que l’on appelle parfois progrès » (4). La mythologie du progrès et l’édification parallèle d’un passé historique construit comme une ligne ascendante menant au présent correspondent ainsi aux nécessités premières de la société capitaliste naissante. Mais, au moment de son hégémonie, cette construction de la conscience historique vient à s’épuiser, le « terminus futur » étant considéré comme désormais atteint. L’époque se perçoit alors comme celle de la « Fin de l’Histoire ». Ceci ne signifie évidemment pas qu’aucun événement, au sens historique du terme, ne peut plus survenir, mais entend simplement parachever la vision d’une histoire réalisant le progrès de la société humaine. Ce que résumait parfaitement un « penseur », quasi oublié aujourd’hui, comme Francis Fukuyama en 1992 : « […] ce dont je suggérais la fin n’était évidemment pas l’histoire comme succession d’événements, mais l’Histoire, c’est-à-dire un processus simple et cohérent d’évolution qui prenait en compte l’expérience de tous les peuples en même temps. […] Les penseurs les plus profonds du XXe siècle ont directement attaqué l’idée que l’histoire est un processus cohérent ou même intelligible ; ils ont même refusé la possibilité que tout aspect de la vie humaine soit philosophiquement intelligible. Nous autres Occidentaux sommes devenus totalement pessimistes à l’égard de la possibilité d’un progrès d’ensemble dans les institutions démocratiques. Ce pessimisme profond n’est pas un accident, il est né des événements réellement terribles de la première moitié du XXe siècle : deux guerres mondiales épouvantablement destructrices, l’essor des idéologies totalitaires et le détournement de la science contre l’homme sous la forme de l’énergie nucléaire et de la destruction de l’environnement. […] Et pourtant la bonne nouvelle est arrivée (…) Même s’ils [les anciens gouvernements ‘‘forts’’] n’ont pas toujours ouvert la voie à des démocraties libérales stables [sic], ‘‘la’’ démocratie libérale reste la seule aspiration cohérente qui relie différentes régions et cultures tout autour de la terre. En outre, les principes économiques du libéralisme - le ‘‘marché libre’’ – se sont répandus et ont réussi à produire des niveaux sans précédent de prospérité matérielle, aussi bien dans les pays industriellement développés que dans ceux qui, à la fin de la Seconde Guerre mondiale faisaient partie du tiers-monde appauvri. Une révolution libérale dans la pensée économique a toujours accompagné - parfois avant, parfois après – l’évolution vers la liberté politique dans le monde entier [resic] » (5). Dans cette vision expressément évangélique de l’histoire, vague héritage hégélien mal assimilé, transparaît ainsi toujours l’idéologie progressiste qui était au fondement de la représentation du monde que se faisait la bourgeoisie industrielle au moment de son essor. Mais s’y est surajoutée l’inquiétude, fruit des bouleversements qui se sont succédés tout au long du XXe siècle. Aussi la conception de la « Fin de l’Histoire » qui prédomine aujourd’hui ne peut-elle se formuler qu’en tant qu’organisation de l’optimisme social. Que des images apocalyptiques de conflits sociaux généralisés, de menaces « terroristes » ou de catastrophes écologiques, soient désormais produites pour alerter l’opinion ne change rien à l’affaire ; car, finalement, cette production symbolique de l’imaginaire tend toujours à vouloir prouver la supériorité du présent sur le futur et à montrer, de façon éducative, que le présent doit être préservé, et qu’il n’y a, pour ainsi dire, pas d’autre bonheur souhaitable. La « perte du sens de l’histoire » n’est ainsi rien d’autre que la conséquence d’une certaine représentation de l’histoire, celle qui lui assigne justement un sens prédéterminé qui aboutirait nécessairement au « Progrès ». La conscience anti-historique est l’illusion du présent sur lui-même, l’illusion que l’histoire se réalise dans le système du marché mondialisé malgré la volonté des hommes, l’illusion qu’il n’y aurait de pire catastrophe que la dislocation de ce système. Et pourtant… « le fait que les choses continuent telles quelles, c’est cela la catastrophe. Elle n’est pas ce qui existe à chaque fois, mais ce qui, à chaque fois, a existé. La pensée de Strindberg : l’enfer n’est rien de ce qui se trouve devant nous, mais cette vie-là » (W. Benjamin).
3 - Au sein du capitalisme tardif, les antagonismes et les conflits sociaux ne se sont effectivement pas résorbés. Ils prennent seulement, dans l’ordre de la représentation, l’aspect d’un mal incurable qui mènerait une guerre satanique contre l’Éden de la démocratie libérale. La conscience anti-historique rejoint ainsi l’univers mythique des origines où l’histoire des hommes reste déterminée par une histoire supérieure (dans le cas présent, celle d’une eschatologie typiquement manichéenne). Mais, si les forces mythiques se sont à nouveau déchaînées, elles ne déferlent pas sur le monde dans toute leur pureté originelle. Créations historiques de l’imaginaire social, elles révèlent moins aujourd’hui le désir du retour que l’inquiétude profonde et la volonté d’auto-destruction qui minent désormais les sensibilités. Ceci en vient à influer directement sur l’imaginaire des actuels « damnés de la terre ». Pour ceux-ci, la « Fin de l’Histoire » ne peut être comprise que comme la destruction concrète de leur propre histoire ; ils finissent, par conséquent, le sens de l’histoire leur devenant imperceptible, par s’identifier à l’auto-destruction de ce monde dont ils seraient les agents annonciateurs. Le mythe apocalyptique, dont ils vont se trouver porteurs, s’enracine d’autant plus facilement que l’organisation du capitalisme lui-même s’appuie sur une conception téléologique de l’histoire, où le mouvement directeur s’appelle « Progrès » ou « Développement » et où la finalité est le présent. Mais, contrairement aux mouvements millénaristes qui agitèrent l’Europe à la fin du Moyen-Âge, l’apocalypse qui est attendue ne s’ouvre sur aucune promesse. Même l’intégrisme religieux de ce début de siècle ressemble plus au nihilisme contemporain, dont il est issu, qu’aux mouvements idéalistes et fanatiques du passé qui pensaient instaurer le « Royaume de Dieu » sur terre. Dans le cœur de la désespérance contemporaine, il n’y a plus de rêve, seulement le désir secret de mener à son terme l’auto-destruction programmée de ce monde. Les insurrections qui sont venues ne sont jamais appelées qu’à revenir, comme finalement l’éternel retour du même est devenu la règle d’or de ce temps. Aussi la répétition des situations émeutières ne peut être interprétée nécessairement comme les prodromes d’une conscience historique révolutionnaire ; des événements similaires du passé ont parfois montré des aboutissements fort différents. De plus, l’incapacité de ces multiples émeutes à s’étendre à la dimension d’un mouvement concernant une large part de la société devrait amener à se poser quelques questions sur les conditions qui déterminent actuellement les possibilités ou les impossibilités d’émergence d’un nouveau mouvement révolutionnaire. Or, ce sont les conditions générales de la vie, de la vie même la plus quotidienne, qui entravent la conscience de la nécessité d’un tel mouvement. Ce sont les conditions de la pensée elle-même qui s’amenuisent et qui isolent ce qui reste de critique sociale. Avec l’oubli de toute connaissance historique, c’est l’imaginaire utopique lui-même qui s’évapore. « Pour la première fois dans l’histoire humaine, un ennui féroce régnait sur le monde, scandé par des actes de violence dénués de sens. (6) » Pour ceux qui se préoccupent de se délivrer de l’époque, il convient d’en tenir compte ; il leur revient de découvrir les voies qui ramènent à la conscience du jeu historique. « Ce qui fut pensé, peut être étouffé, oublié, dissipé. Mais on ne peut éluder le fait que quelque chose y survit ; car la pensée possède un moment d’universalité. Ce qui fut bien pensé sera nécessairement pensé, en un autre lieu et par quelqu’un d’autre : cette certitude accompagne la pensée la plus solitaire et impuissante. » (Th. W. Adorno)
4 - La tendance apocalyptique qui imprègne l’esprit de l’époque n’est pas le signe d’une « révélation » de la vérité de ce monde, mais constitue plutôt un symptôme de l’épuisement même d’une conception active, autonome, de l’histoire humaine. Cette tendance est un des traits les plus caractéristiques de la conscience anti-historique. Pour celle-ci, l’histoire est un fardeau ; aussi ne peut-elle souhaiter que son achèvement définitif. Ce n’est pas seulement la fin d’un monde qui est espérée, mais bel et bien une rupture totale avec le temps de l’histoire. Comme le remarque Benjamin Gross, dès ses origines, la littérature apocalyptique, expression particulière du messianisme juif, exprime bien plus un « renoncement à l’histoire » qu’une réappropriation pleine et entière de celle-ci : « la sensation prévaut qu’aucune amélioration n’est plus possible à partir des forces internes, seule une intervention extérieure pourrait provoquer un changement radical. L’histoire parvient à son terme et il faut souhaiter que l’effondrement des anciennes structures se produise rapidement. (…) Le sentiment d’impuissance devant l’événement trop écrasant pour pouvoir être lucidement affronté engendre une conception différente du temps ; celui-ci n’est plus le cadre fécond et infini dans lequel l’œuvre construit l’avenir, mais une durée qui s’épuise et se perd. Dans ce mouvement négatif, que soutient une vision pessimiste de la vie et de la nature de l’homme, nous voici parvenus à la fin. (…) L’oppression est telle que l’attente devient haletante, la certitude de l’imminence de l’événement dispensant l’homme du long et pénible effort de construction.» (7)
Dans cette description des caractères fondamentaux de l’apocalyptisme, nous pouvons ainsi reconnaître la tension qui parcourt toute société en déclin. Il s’agit, sans aucun doute, d’une tentative de réponse à l’histoire. Mais, comme le soulignait Debord à propos des révoltes millénaristes, « ce ne sont pas, comme croit le montrer Norman Cohn dans La Poursuite du Millénium, les espérances révolutionnaires modernes qui sont des suites irrationnelles de la passion religieuse du millénarisme. Tout au contraire, c’est le millénarisme, lutte de classe révolutionnaire parlant pour la dernière fois la langue de la religion, qui est déjà une tendance révolutionnaire moderne, à laquelle manque encore la conscience de n’être qu’historique. » (8) Si l’on excepte l’appréciation hâtive que la langue de la religion y a été parlée pour la dernière fois, il faut pourtant remarquer, à la suite de Debord, que l’expression révolutionnaire s’est, pour la première fois, produite dans le sein de mouvements messianiques : « C’est l’utopie millénariste de la réalisation terrestre du Paradis, où revient au premier plan ce qui était à l’origine de la religion semi-historique, quand les communautés chrétiennes, comme le messianisme judaïque dont elles venaient, réponses aux troubles et au malheur de l’époque, attendaient la réalisation imminente du royaume de Dieu et ajoutaient un facteur d’inquiétude et de subversion dans la société antique. » (9) Par conséquent, si l’on peut deviner aisément que le millénarisme, par la rupture qu’il indique comme annulation de la valeur du passé, procède encore de la conscience anti-historique, il n’en reste pas moins, par l’espérance messianique qui le sous-tend, le centre où peut se reconstituer la conscience de la temporalité historique. Cela n’est paradoxal qu’en apparence. En effet, si l’idée messianique, une des idées-forces du judaïsme, est une notion apparue tardivement, à la période dite « prophétique », en réaction à la situation d’exil du peuple juif, elle prend néanmoins sa source dans une conception du temps parfaitement originale qui rompait de façon radicale avec celle partagée par l’ensemble du monde antique. « D’une façon générale, l’homme a cherché à se situer dans l’espace naturel plutôt que dans le temps historique. Les diverses philosophies orientales ne font aucune place à l’histoire. La Grèce "humaniste" elle-même, si avide par ailleurs d’explorer le fait humain dans toutes les dimensions qui le caractérisent, dans tous les aspects qu’il comporte, a prudemment reculé devant tout ce qui pourrait valoriser le temps ou faire apparaître l’histoire comme le mode spécifiquement humain d’existence. » (10) Pour les peuples antiques, c’est la conception d’un temps cyclique qui prédomine, une « conception statique du temps qui referme sur lui-même, dans une éternelle répétition, sa tragique boucle.» (11) Avec le peuple juif apparaît une autre conception : avec le mythe de la Création, tel que le présente la Bible, le temps lui-même est créé et commence une histoire, devenant, par ce fait, irréversible et orienté. « La Bible (…) affirme la dimension positive et la créativité du temps. Il est important de noter que cette affirmation d’un temps tendu vers l’accomplissement précède dans le texte biblique l’apparition même de l’homme. » (12) La conception spécifiquement historique de la temporalité découle de cette révolution dans l’ordre des représentations. A partir de là peut apparaître l’idée qu’en accomplissant une histoire, les hommes tendent à parfaire et à réaliser un projet originel, inauguré par la Création. « La Création inaugure une histoire à laquelle l’homme est appelé à participer. Le temps de l’histoire prend donc un caractère positif ; non seulement il ne s’oppose pas à l’éternité de Dieu, mais celle-ci ne se conçoit pas pour l’homme en dehors de l’ouverture historique. La création, en inaugurant un "commencement" donnait au temps une orientation, imposait la nécessité d’un avenir qui justifiera le passé, en lui conférant un sens. » (13) De cet héritage judaïque proviennent également, après de nombreux développements, les différents récits faisant de l’Histoire un processus de réalisation d’une Providence, un compte à rebours vers un quelconque terminus futur. Mais cette fétichisation de l’Histoire s’accomplit elle-même historiquement comme une altération de l’impulsion « libertaire-humaniste » que l’on peut déceler aux fondements originels du judaïsme. Car il n’est pas incongru de percevoir dans le messianisme juif « avant toute chose une vibrante protestation, un énergique refus d’admettre les conditions de ce monde comme définitives, une volonté d’évolution et de changement en vue d’aboutir à un monde unifié. » (14)
Dans la mythologie actuelle du Progrès, nous retombons plutôt dans l’acceptation résignée à une marche du temps qui nous échappe. Pour cette mythologie, le temps historique existe, mais il est accompli. Marx soulignait la même chose lorsqu’il notait que, pour la bourgeoisie de son temps, il y avait bien eu de l’histoire, mais qu’il n’y en aurait plus. Dans cette séparation radicale entre le passé et le présent, entre le présent et l’avenir, la temporalité historique en vient à se vider de sa signification ; elle n’est plus que le démon qui plane sur la vie des humains, et non la dimension essentielle qui constitue celle-ci. Mais, comme démon, elle hante dans leur sommeil les consciences endormies et s’avance déjà comme « le cheval de bois dans la Troie du rêve» (Benjamin).
5 - La conscience anti-historique de notre époque ne doit pas être entendue comme une simple négation du passé, mais comme la négation du rapport organique avec la totalité de la temporalité historique, saisie simultanément dans ses dimensions de temps passé, présent et à venir, négation qui entraîne inéluctablement celle de toute compréhension de la praxis historique. Dans ce cadre, la rupture révolutionnaire peut être totalement fétichisée, l’attente d’une insurrection générale devenant le seul et unique pivot de la pensée des « révolutionnaires », et venir même parfois s’intégrer comme élément constitutif de nouveaux discours de la domination (la « rupture pour la rupture », par exemple). Walter Benjamin remarquait déjà en son temps que la « conscience de la discontinuité historique est ce qui caractérise les classes révolutionnaires au moment de leur action. Pourtant, d’un autre côté, un rapport très étroit existe entre l’action révolutionnaire d’une classe et la conception qu’elle se fait, non seulement de l’histoire qui vient, mais de l’histoire passée. » Pour lui, c’était dans cette négation du regard tourné vers le passé que le mouvement révolutionnaire de son temps avait causé et consacré son échec : « Le sujet de la connaissance historique est la classe combattante, la classe opprimée elle-même. Elle apparaît chez Marx comme la dernière classe asservie, la classe vengeresse qui, au nom de générations de vaincus, mène à son terme l’œuvre de libération. Cette conscience, qui se ralluma brièvement dans le spartakisme, fut toujours scandaleuse aux yeux de la social-démocratie. En l’espace de trois décennies, elle parvint presque à effacer le nom d’un Blanqui, dont les accents d’airain avaient ébranlé le XIXe siècle. Elle se complut à attribuer à la classe ouvrière le rôle de rédemptrice des générations futures. Ce faisant elle énerva ses meilleures forces. A cette école, la classe ouvrière désapprit tout ensemble la haine et l’esprit de sacrifice. Car l’une et l’autre se nourrissent de l’image des ancêtres asservis, non de l’idéal d’une descendance affranchie.» (15) Ce constat posait alors l’urgence d’opérer la critique de l’idée de progrès, idée partagée également de façon très large dans le mouvement ouvrier, qui ruinait toute possibilité de concevoir l’histoire comme la propre activité de libération des hommes eux-mêmes. Cette possibilité pouvait, selon Walter Benjamin, ne se construire qu’à travers la remémoration de la tradition des vaincus. Remémoration qui ne consiste pas à substituer une nouvelle continuité historique à la continuité historique que constitue l’histoire universelle des vainqueurs, mais plutôt qui « saisit la constellation que sa propre époque forme avec telle époque antérieure » et qui « fonde ainsi un concept du présent comme "à-présent", dans lequel se sont fichés des éclats du temps messianique.» (16) La puissance de « l’image dialectique qui en ressort se trouve alors dans la possibilité de faire exploser la représentation du cours continu de l’histoire tel qu’il s’impose. C’est l’intrusion du temps messianique dans l’histoire, non sous la forme spécifiquement apocalyptique précédemment évoquée, mais comme temps ouvert, comme « temps saturé d’ "à-présent".» « Le monde messianique est le monde de l’actualité intégrale et, de tous côtés, ouverte. Ce n’est qu’en lui qu’il y a une histoire universelle. Mais non pas une histoire écrite, plutôt une histoire accomplie comme une fête. Cette fête est purifiée de toute solennité. Aucune espèce de chant ne l’accompagne. Sa langue est la prose libérée, qui a fait sauter les chaînes de l’écriture. » (17) Au contraire, dans sa forme apocalyptique, forme dégradée et altérée par la conscience anti-historique, le monde messianique ne vient que sous la forme d’une abolition totale du temps historique, d’une clôture définitive de celui-ci à travers le saut dans la « Fin des temps. » Pour Benjamin, l’espérance messianique de libération ne s’effectue pas dans cette attention tournée vers la fin, dans cette « attente haletante » de l’Événement à venir, mais plutôt à travers un « saut de tigre dans le passé » ; « l’historien est un prophète qui regarde en arrière », et « c’est à ce regard de voyant que sa propre époque est plus nettement présente qu’elle ne l’est aux contemporains qui "vont″ du même pas qu’elle. » (18) Ces ultimes réflexions de Benjamin sur l’histoire résonnent ainsi dans notre propre temps comme l’éternel avertissement des menaces qui nous guettent. « La seule image que [notre génération] va laisser est celle d’une génération vaincue. Ce sera là son legs à ceux qui viennent. » (19) Ce n’est sans doute encore qu’une « faible force messianique sur laquelle le passé fait valoir une prétention » (20), mais c’est par cette porte étroite de la pensée que s’ouvre une perspective, insoupçonnée de la majeure partie des contemporains : « les fruits nourrissants de l’arbre de la connaissance sont ceux qui portent enfermé dans leur pulpe, telle une semence précieuse mais dépourvue de goût, le temps historique. » (21)
6 - « On ne peut véritablement se délivrer d’une époque que par un geste qui a la structure du réveil en ceci également qu’il est entièrement régi par la ruse. C’est par la ruse, et elle seule, que nous nous arrachons au Royaume du rêve. Mais il y a aussi une fausse délivrance dont la violence est le signe. » (22) Il se pourrait que le sommeil de la conscience anti-historique de notre époque fusse interrompu par le bruit et la fureur ; cela semble même très probable. Le réveil qui s’en suivrait n’augurerait guère la perspective d’une concorde universelle. Dans les conditions de vie qui nous sont imparties, ne nous reste en somme que la ruse. Cette ruse, qui se donne pour tâche de contourner l’obstacle que constitue « la perte du sens de l’histoire » dans la société présente, ne peut se réaliser dans la fuite éperdue en avant, proposée par l’apocalyptisme et le nihilisme contemporains. Mais elle ne se réalise pas également dans le refoulement et l’ignorance des importantes forces anti-historiques qui enserrent désormais le monde. Celles-ci ne sont pas de simples vapeurs idéologiques que l’on dissiperait d’un souffle de pensée critique, mais un véritable dispositif de domination sur les consciences qui trouve son ancrage dans le vécu temporel quotidien des contemporains. C’est sur celui-ci que devra opérer la ruse de la conscience historique, qu’elle devra faire peser la force « faible » de l’idée messianique. Sous la pression de celle-ci, l’actuelle vie quotidienne doit pouvoir se révéler comme profondément étrangère à la vie elle-même, refléter la dimension homogène et vide de sa temporalité. « Organiser le pessimisme », disait Benjamin, soulignant que cela signifiait « dans l’espace de la conduite politique… découvrir un espace d’images », mais un espace d’images qu’on ne mesure pas « de façon contemplative » mais « que nous cherchons » comme « le monde d’une actualité intégrale et, de tous côtés, ouverte. » (23) Cet « espace », ou plutôt cet « espace-temps », qui ressemble (ou s’assemble) à cet « éclair qui en tous ses mouvements révèle que le tout est non-vérité » (Adorno), se trouve dans chaque instant et s’y épuise tout à la fois. La puissance vitale de la poésie nous le rappelle parfois. L’élan messianique, lui, porte sa révélation à saturation. Mais la brisure qu’il provoque est le fruit d’un véritable cheminement, celui qui s’enquiert de « traduire » la tradition dans le langage du présent (la présence du langage) ; car l’idée messianique est la promesse, non seulement la fin de toute séparation, mais surtout d’une ouverture intégrale au monde qui se réalise comme rédemption : le passé doit être sauvé, non dans le sens de le retrouver pour le conserver, mais dans celui où il s’agit de réaliser les espoirs qu’il porte en son sein.
7 - « L’histoire n’est pas la mémoire, la conservation ou l’archive, et la tendance, en cette fin de XXe siècle, à identifier l’histoire et la mémoire est bien le signe que notre époque conservatrice ne rêve que d’un statu quo, qu’elle ne désire plus que quoi que ce soit arrive et ouvre une autre histoire. Or l’histoire, si ce terme a un sens, est une histoire du présent, et, en ce sens, une histoire politique. Il n’y a d’histoire que si des interventions forcent les moments critiques du temps et rendent possible la réalisation de promesses transmises et recouvertes par la tradition (...) Comme le répète Benjamin, l’histoire est une construction, c’est-à-dire à la fois une élaboration théorique et une organisation pratique. Car, pour pouvoir être ressuscité par une intervention présente, le passé doit être construit, c’est-à-dire prélevé dans la continuité chronologique, monté en tableau ou en image, et ainsi rendu lisible ou connaissable dans le moment critique présent. » (24) Ces réflexions de Françoise Proust viennent nous rappeler qu’il ne peut y avoir de pensée et de mouvement révolutionnaires hors de cette conception politique de l’histoire. Le projet révolutionnaire n’est jamais que le projet de cette réalisation intégrale de l’histoire. Il rejoint de ce fait l’intuition originelle du messianisme, mais en élargissant celle-ci à la dimension authentiquement humaine de la temporalité historique qu’elle dévoilait. Les hommes font leur propre histoire, et, par la remémoration des promesses et des espoirs que cette histoire leur a déjà délivrés, ils peuvent savoir l’histoire qu’ils font. Dans une époque anti-historique, cette tâche se révèle dans toute son urgence ; il n’est pas dit que l’humanité ne préfère pas au bout du compte perpétuer sa marche somnambulique sous l’emprise des rêves. Mais les « éclats du temps messianique » représentent malgré tout la seule chance d’ouvrir des brèches dans la muraille du temps homogène et vide qui enserre aujourd’hui les consciences. On peut s’en moquer et railler la pensée utopique ; cette dernière constitue cependant la seule force, aussi « faible » soit-elle, capable de porter l’espérance révolutionnaire vers une nouvelle construction de la réalité. Sans cette idée messianique, pourquoi les hommes auraient-ils encore le désir de transformer le monde ? Retrouver la libre et riche vie historique d’une Athènes ou d’une Florence ne peut nullement découler de l’ennuyeuse et terne pensée de cette époque auto-satisfaite ; il n’y aura pas de renouvellement du projet révolutionnaire sans « Principe Espérance ». Et « tout reprendre depuis le début » ne signifie pas de « faire table rase du passé ». Nous sommes les enfants perdus de l’idée messianique.
« Et la pensée, demanda Rodion, la pensée ?
Ah, c’est plutôt –maintenant- sur le crâne, un soleil de minuit. Glacial. Que faire s’il est minuit dans le siècle ? Soyons les hommes de minuit, dit Rodion avec une sorte de joie. » (Victor Serge, S’il est minuit dans le siècle.)                        
PDF - 858.8 ko
Extrait de Négatif 13, bulletin irrégulier de critique sociale
Pour nous joindre : georges.ouden@gmail.com

Notes :
1- Fredric Jameson, Penser avec la science-fiction, Max Milo, 2008, p 31. 
2- Ibid, p 31. 
3- Dans les Grundrisse, Marx décrivait ainsi ce phénomène de l’aliénation : « La dépendance universelle et réciproque des individus indifférents les uns aux autres constitue leur lien social. Ce lien social s’exprime dans la valeur d’échange […] Le caractère social de l’activité - tout comme la forme sociale du produit et la participation de l’individu à la production – apparaît à la collectivité comme quelque chose d’étranger, comme une chose matérielle ; non pas comme une relation consciente entre les individus, mais plutôt comme un assujettissement à des rapports qui existent indépendamment des hommes et naissent du choc d’individus indifférents les uns aux autres. Devenu condition de vie et lien réciproque, l’échange universel des activités et des produits apparaît à l’individu isolé comme étranger et indépendant - comme une chose. » 
4- Fredric Jameson, op. cit., p.13. 
5- Francis Fukuyama, La Fin de l’Histoire et le dernier homme, Paris, Flammarion, 1992, pp. 12-14. 6- J.G. Ballard, Millenium people. 
7- Benjamin Gross, Messianisme et histoire juive, Berg, 1994, p. 37. 
8- Guy Debord, La Société du spectacle, Champ Libre, 1971, p. 112 (1re édition Buchet-Chastel, 1967).
9- Ibid, p. 111. 
10- Kostas Papaiouannou, La Consécration de l’histoire, Champ libre, 1983, p. 51. 
11- Benjamin Gross, op. cit., p. 12. 
12- Ibid, p. 12.
13- Ibid, p. 11. 
14- Ibid, p. 54. 
15- Walter Benjamin, « Sur le concept d’histoire », in Œuvres III, Gallimard, collection Folio Essais, 2000, pp. 437-438. Le texte lui-même date de 1940. 
16-Ibid, p. 443. 
17- W. Benjamin, Ecrits français, Gallimard, collection « Folio Essais », 2003, p. 447. 
18- Ibid, p. 448. 19- Ibid, p. 440. 20 -Benjamin, Sur le concept d’histoire, op. cit., p. 429. 
21- Benjamin, Ecrits français, op. cit., p. 442. 
22- W. Benjamin, Paris, capitale du XIXe siècle. Le livre des passages, Ed. du Cerf, 1989, p. 192. 
23- W. Benjamin, Écrits français, op. cit, p. 447. 
24- Françoise Proust, L’Histoire à contretemps, Livre de poche, 1999, p. 45 (1ère édition : Ed. du Cerf, 1994).

mercredi 12 mai 2010

Les antivirus mis en échec


D’un côté, les quinze antivirus les plus vendus dans le monde, installés sur d’innocents ordinateurs qui n’avaient rien demandé à personne. De l’autre, sept hackers pour la plupart étudiants en informatique, chargés d’attaquer les machines à coups de lignes de code. Bilan de la bataille ? Les PC sont K.O., les antivirus n’ont rien vu passer, et les meilleurs attaquants ont été récompensés.
C’est la deuxième année consécutive que le colloque sur la sécurité informatique iAWACS, organisée par l’école d’ingénieurs Esiea, organise le concours « PWN2KILL ». Son but est de mettre à l’épreuve les logiciels de sécurité les plus couramment installés sur les ordinateurs des particuliers et entreprises — l’édition du mois d’avril teste les antivirus, celle qui aura lieu à la fin de l’année se chargera des pare-feux. Et le résultat (PDF) est édifiant. Avast, AVG, McAfee, BitDefender, Norton, Kaspersky... Gratuits ou payants, plus ou moins récents, et quelle que soit leur poids sur le marché de la sécurité, tous se sont laissés avoir comme des bleus par les attaques des étudiants.
« Tous les antivirus sont à égalité dans la nullité, constate Eric Filiol, co-organisateur du concours. Le plus inquiétant est que sur une échelle de 1 à 10, le niveau technique moyen des attaques est de 4 environ. Face à des attaques plus sophistiquées, le résultat aurait été encore plus désastreux... » Une seule attaque a été correctement reconnue et bloquée par tous les logiciels, sur les sept auxquelles ils ont été confrontés. Plus inquiétant encore, l’une des attaques victorieuses reposait sur un minuscule bout de code (trois lignes) en circulation sur Internet depuis dix ans — des explications et démonstrations de ce « piège » sont même disponibles en vidéo sur YouTube. La fork bomb se contente d’ordonner à l’ordinateur d’ouvrir une infinité de fenêtres : après quelques secondes, la mémoire vive est saturée et le PC plante.

Les antivirus n’ont toutefois pas fonctionné dans des conditions optimales, puisque le test a été réalisé sur des ordinateurs bridés. Le système d’exploitation qui les faisait tourner, Windows 7, était configuré en mode « utilisateur » et non « administrateur » pour compliquer la tâche des hackers en interdisant l’exécution de certaines opérations. Si la situation était réaliste dans leur cas, puisque les attaques malveillantes sont généralement lancées depuis Internet, sans accès physique à l’ordinateur cible et donc sans privilèges particuliers, ce n’est pas le cas des logiciels de sécurité. L’entreprise slovaque ESET défendait ainsi son antivirus NOD32 en octobre dernier : « Les résultats du test auraient été très différents si une configuration adéquate, à travers une politique de sécurité strictement appliquée, avait été utilisée. C’est‐à‐dire, un utilisateur avec des droits limités s’attaquant à un antivirus s’exécutant avec les privilèges système. ».
Les attaquants étaient également autorisés (PDF) à imiter le comportement d’un utilisateur lambda, qui ne comprend pas toujours les avertissements des antivirus, en répondant « Accepter » aux messages du type : « Cette application essaie de modifier une clé du registre. »
La majorité des attaques testées n’étaient pas inédites et inventées pour l’occasion. Elles reposaient en réalité sur des procédés connus depuis longtemps dans le milieu de la sécurité informatique — que ce soit des techniques de cryptage, les blindages de protection des virus tels qu’on les construisait en 2005, ou encore la famille de codes « k-ary » datant de 2007. Faut-il voir dans ces constatations alarmantes une négligence des éditeurs d’antivirus, qui ne prennent pas la peine d’intégrer les menaces passées à leur base de données ou de diversifier leurs méthodes de détection ? Pire : Eric Filiol les accuse d’entente et de vénalité. « Les antivirus n’offrent pratiquement pas de protection si ce n’est que contre des attaques génériques connues et choisies par les éditeurs (la Wild List). Cette uniformité prouve que le modèle économique (gagner facilement de l’argent pour certains) et surtout technique (recherche de signatures ou équivalent, qui date de 20 ans) n’est plus acceptable. Le pire c’est que les “grands éditeurs” qui sont de véritables rouleaux compresseurs marketing imposent aux petits éditeurs sérieux de suivre ce modèle sous peine de disparaitre. Dépenser des fortunes en R&D quand les autres se contentent de faire du marketing condamne celui qui fera ce choix. »
Les antivirus ne sont pas à jeter (ou à désinstaller) pour autant, et constituent la base d’une protection efficace contre les virus les plus communs. Tout repose ensuite sur les épaules de l’utilisateur, qui doit adopter un comportement prudent sur Internet : ne pas ouvrir les pièces jointes d’e-mails suspects, ne visiter que des sites de confiance, mettre à jour régulièrement le système d’exploitation et les logiciels... Pour les ordinateurs d’entreprise les plus sensibles, les organisateurs du concours conseillent une déconnexion du réseau Internet et, pour contrer les attaques en interne, un contrôle physique de l’utilisation de périphériques USB.

mardi 11 mai 2010

Manolis Glezos


"La seule chose qui ait été envoyée en Grèce par l’Ouest, c’est la police"

 

Figure emblématique en Grèce, Manolis Glezos, résistant contre l’occupant nazi puis contre les colonels explique son engagement et son point de vue sur la situation que vit actuellement la Grèce. « Quand une ville est construite par des citoyens qui exercent eux-mêmes la politique, le résultat est la civilisation »
Figure emblématique en Grèce, Manolis Glezos a fait la Une des journaux lorsque, le 5 mars, il est intervenu, devant le Parlement grec, pour demander à la police de calmer ses ardeurs contre les manifestants. Il a été aspergé de gaz lacrymogène. Lui, le premier résistant grec, qui est monté au sommet de l’Acropole le 30 mai 1941 pour dérober le drapeau nazi que l’occupant allemand avait installé, a pourtant passé sa vie à défendre la démocratie, contre le nazisme, contre la dictature des colonels, en s’appliquant à développer la démocratie participative sur son île natale, Naxos, et en échafaudant un système social qu’il voudrait juste et respectueux de tout un chacun. Il a reçu l’Humanité Dimanche pendant deux heures, pour expliquer son engagement et son point de vue sur la situation que vit actuellement la Grèce. Entretien.
A quoi pensiez-vous, en 1941, lorsque vous avez décroché le drapeau nazi de l’Acropole ?
Je ne veux plus parler de cette histoire de drapeau ; Tout le monde se concentre sur cet événement avec le drapeau et surtout, certaines personnes veulent utiliser cet événement pour chercher de l’émotionnel. Certains souhaitent faire de moi une icône comme si je n’avais fait que ça puis plus rien d’autre. Comme s’ils voulaient détourner cet événement pour défendre leur propre cause. Je combats donc pour que cet événement en soit pas mythifié et exploité. En revanche, je vais vous parler de la cause de cette action et pourquoi elle a eu lieu ce jour là précisément. Nous avons compris que c’était inacceptable que l’Acropole soit polluée par ce drapeau alors qu’elle représente l’humanisme de tout l’Humanité. Ce drapeau nuisait à cette icône. Nous avons décidé de le descendre.
Pourquoi, alors, ce jour-là ? Le jour précédent, Hitler a abattu des résistants en Crète et il a fait un discours expliquant qu’il n’y avait plus d’ennemis contre les nazis en Europe, que l’Europe était libre ! Ce fut notre réponse à cette phrase. Nous voulions montrer que ce qu’il disait n’était pas la vérité et que le combat ne faisait que commencer.
Toute votre vie, vous avez été un résistant : contre le nazisme, contre la dictature des colonels. A votre avis, la démocratie a-t-elle existé dans la Grèce contemporaine depuis la chute du nazisme ?
C’est notre problème immense en Grèce et pas seulement le mien ! Toutes les organisations de résistance, et tous les combattants avaient les mêmes buts pour l’avenir et la même hiérarchie des buts.
Premièrement, ils voulaient la liberté. Deuxièmement, l’indépendance nationale – nous ne voulions pas rentrer sous la houlette des Anglais. Troisièmement, la démocratie comme régime – nous ne voulions pas entrer dans le régime de Metaxa qui était une dictature. Et quatrièmement, la justice sociale. Il n’y avait pas seulement la Gauche grecque qui voulait cela. Le sigle d’une des plus grandes organisations de résistance était Eka, ce qui signifiait : « libération nationale et sociale ». Ce n’était pas une organisation de gauche. Mais l’important était d’avoir une hiérarchie avec la liberté en premier lieu. Et les autres ensuite. Le peuple a combattu pour atteindre ce but.
Le premier a été atteint. Mais nous nous en sommes arrêtés là. Nous n’avons pas réalisé le deuxième… et avons a raté les autres buts. Et tous, nous avons contribué à les rater. La Gauche a la plus grande responsabilité parce que nous avons accepté qu’à la tête de toutes les forces militaires de résistance, ici comme à Chypre, ce soit des Anglais. Par cet acte, nous avons signé notre condamnation et il était trop tard lorsque nous l’avons compris. Ensuite, nous avons échoué dans tous les efforts que nous avons fournis. C’est pourquoi nous avons sombré dans une guerre civile qui était une erreur. Nous aurions pu l’éviter mais nous ne sommes pas arrivés à ce but… ni même aujourd’hui : nous sommes sous le régime de Merkel et de Sarkozy et d’Obama !
Qu’avez-vous cherché à construire tout au long de votre vie ? Que cherchez-vous encore à construire ?
Le premier but, c’est l’indépendance nationale. Mais les buts sont nombreux. Et il y a aussi la démocratie immédiate. C’est pour cette raison que j’ai accepté de devenir eurodéputé dans mon vilage où j’exerçais aussi la démocratie immédiate. C’est le seul cas d’exercice de la démocratie immédiate au cours des dernières années. La Grèce ancienne l’exerçait, et les communautés grecques pendant l’empire ottoman, la Commune de Paris, les débuts de la révolution des Soviets, pendant la guerre civile en Espagne, en Catalogne ; le dernier exemple, c’est mon village, dans une île, à Naxos. J’étais représentant des citoyens de ce village et j’ai demandé à mes compatriotes de m’élire pour exercer la démocratie directe. Mais je doute que plus de 5 personnes m’aient élu pour la raison que je souhaitais. Mais pendant des années, il y a eu des fervents supporters de la démocratie immédiate par ce qu’ils ont réalisé que c’est eux qui décidaient et pas moi. Et souvent, mes propos étaient rejetés. Je dirais que seuls 3 % des mes propositions ont été votées dans les assemblées du village. Et ils ne l’ont été que sur les sujets internationaux. Jamais pour les régionales.
En mars, vous avez été aspergé de gaz. A quoi avez-vous pensé alors ?
Le sujet, en fait, est quel est le rôle de la police et les moyens qu’elle utilise contre les peuples, contre les manifestants. J’ai demandé à rencontrer le policier qui m’a aspergé. Il est venu avec son supérieur. Il a juste 22 ans. Je voulais qu’il vienne avec son supérieur, celui qui a donné l’ordre. Mais il est venu avec un haut-gradé. Il était dans l’équipe spécialisée, du type des CRS en France. J’ai parlé avec eux et leur ai demandé s’ils comprennent quel doit être le rôle de la police. Ma philosophie est la suivante. Quand une ville est construite par des citoyens qui exercent eux-mêmes la politique, le résultat est la civilisation. Mais il faut expliquer exactement ce qu’est « polis ». Il y a plusieurs mots : « polis », « politis », « politiki », « politismus ». Ils ont la même origine. C’est l’ouest qui les a pris, y compris les français. Je ne sais pas qui sont les plus coupables, les Français, les Anglais ou les Allemands. Ils ont travaillé sur ces mots de grec ancien, très importants par rapport à cette terminologie. Ils ont voulu ajouter quelque chose à tout cela et ils l’ont fait en créant la police. La seule chose qui ait été envoyée en Grèce par l’Ouest, c’est la police. C’est l’instrument de la destruction des manifestations populaires. Mais ce n’est pas son rôle central. Son rôle est normalement d’être contre les criminels. Les policiers ne connaissaient pas cette terminologie, l’origine du mot « police ». Le deuxième sujet, c’est qu’ils n’ont pas le droit d’utiliser ces gaz qui sont même interdits entre deux pays en guerre. Il est pourtant utilisé en Grèce contre les manifestations, contre les peuples. Qui leur donne le droit ? En plus, les instructions disent qu’il ne faut pas les utiliser à une distance de moins de 30 mètres, mais la distance était de 30 cm. Il est aussi interdit de viser le visage, mais il faut l’envoyer à terre. Ils ont tout fait à l’envers. Nous sommes descendus du Parlement pour s’interposer entre les policiers et les manifestants auxquels la police s’attaquait. Leur chef savait que nous étions des députés - même si je ne le suis plus, en tant qu’ancien député, j’ai toujours le droit d’être au Parlement. C’est pour cela que je voulais que le chef qui a donné les ordres soit présent. Lui était là et savait que nous étions députés. J’ai dit au policier qu’il pouvait ne pas savoir pas que nous étions députés, mais je lui ai demandé s’il pouvait tirer sur un homme qui aurait pu être son grand-père. Il m’a répondu qu’il avait peur et que le policier à côté de lui l’a forcé avec son bouclier, le touchant au bras et que, pour cela, le gaz est allé sur le visage. Mais il a tiré trois fois et pas une seulement. Je l’ai cru en tout cas. Il a regretté. Certains journalistes ont déploré le fait qu’il ne m’ait pas reconnu devant le Parlement. Ce n’est pas le problème. Même si j’étais quelqu’un d’autre, un inconnu, ça ne lui donnerait pas le droit de m’attaquer. Ils pensent avoir le droit d’attaquer les citoyens. Et l’on revient au premier sujet, le rôle de la police. Je mène donc maintenant un combat pour interdire ces gaz.                     
          
Entretien réalisé par Fabien Perrier

dimanche 9 mai 2010

Henri Lefebvre on the Situationist International



Interview conducted and translated 1983 by Kristin Ross



Printed in October 79, Winter 1997                


H.L.: Are you going to ask me questions about the Situationists? Because I have something I'd like to talk about.
K.R.: Fine, go ahead.
H.L.: The Situationists . . . it's a delicate subject, one I care deeply about. It touches me in some ways very intimately because I knew them very well. I was close friends with them. The friendship lasted from 1957 to 1961 or '62, which is to say about five years. And then we had a quarrel that got worse and worse in conditions I don't undertsnad too well myself, but which I could describe to you. In the end, it was a love story that ended badly, very badly. There are love stories that begin well and end badly. And this was one of them.
I remember a whole night spent talking at Guy Debord's place where he was living with Michele Bernstein in a kind of studio near the place I was living on the rue Saint Martin, in a dark room, no lights at all, a veritable. . . a miserable place, but at the same time a place where there was a great deal of strength and radiance in the thinking and the research.
K.R.: They had no money?
H.L.: No.
K.R.: How did they live?
H.L.: No one could figure out how they got by. One day one of my friends (someone to whom I had introduced Debord) asked him, "What do you live on?" And Guy Debord answered very proudly, "I live off my wits." [Laughter.] Actually, he must have had some money; I think that his family wasn't poor. His parents lived on the Cote d'Azur. I don't really think I really know the answer. And also Michele Bernstein had come up with a clever way to make money, or at least a bit of money. Or at least this is what she told me. She said she did horoscopes for horses, which were published in racing magazines. It was extremely funny. She determined the date of birth of the horses and did their horoscopes in order to predict the outcome of the race. And I think there were racing magazines that published them and paid her.
K.R.: So the Situationist slogan "Never work" didn't apply to women?
H.L.: Yes, it did, because this wasn't work. They didn't work; they managed to live without working to quite a large extent -- of course, they had to do something. To do horoscopes for race horses, I suppose, wasn't really work; in any case, I think it was fun to do it, and they didn't really work.
But I'd like to go farther back in time, because everything started much earlier. It started with the COBRA group. They were the intermediaries: the group made up of architects, with the Dutch architect Constant in particular and the painter Asger Jorn and people from Brussels -- it was a Nordic group, a group with considerable ambitions. They wanted to renew art, renew the action of art on life. It was an extremely interesting and active group, which came together in the 1950s, and one of the books that inspired the founding of the group was my book Critique of Everyday Life. That's why I got involved with them from such an early date. And the pivotal figure was Constant Nieuwenhuys, the utopian architect who designed a Utopian city, a New Babylon -- a provocative name, since in the Protestant tradition Babylon is a figure of evil. New Babylon was to be the figure of good that took the name of the cursed city and transformed itself into the city of the future. The design for New Babylon dates from 1950. And in 1953 Constant published a text called For an Architecture of Situation. This was a fundamental text based on the idea that architecture would allow a transformation of daily reality. This was the conception with Critique of Everyday Life: to create an architecture that would itself instigate the creation of new situations. So this text was the beginning of a whole new research that developed in the following years, especially since Constant was very close to popular movements; he was one of the instigators of the Provos, the Provo mopvement.
K.R.: So there was a direct relationship between Constant and the Provos?
H.L.: Oh yes, he was recognized by them as their thinker, their leader, the one who wanted to transform life and the city. The relation was direct; he spurred them on.
[...] During the postwar years, the figure of Stalin was dominant. And the Communist movement was the revolutionary movement. Then, after '56 or '57, revolutionary movements moved outside the organized parties, especially with Fidel Castro. In this sense, Situationism wasn't at all isolated. Its point of origin was Holland -- Paris, too -- but Holland especially, and it was linked to many events on the world stage, especially the fact that Fidel Castro succeded in a revolutionary victory completely outside of the Communist movement and the workers' movement. This was an event. And I remember that in 1957 I published a kind of manifesto, Le romantisme revolutionnaire, which was linked to the Castro story and to all the movements happening a little bit everywhere that were outside of the parties. This was when I left the Communist Party myself. I felt that there were going to be a lot of things happening outside the established parties and organized movements like syndicates. There was going to be a spontaneity outside of organizations and institutions -- that's what this text from 1957 was about. It was this text that put me into contact with the Situationists, because they attached a certain importance to it -- before attacking it later on. They had their critiques to make, of course; we were never completely in agreement, but the article was the basis for a certain understanding that lasted for four or five years -- we kept coming back to it.
[...] And then there were the rather extremist movements like that of Isidore Isou and the Lettrists. They also had ambitions on an international scale. But that was all a joke. It was evident in the way that Isidore Isou would recite his Dadaist poetry made up of meaningless syllables and fragments of words. He would recite it in cafes. I remember very well having met him several times in Paris [...]
K.R.: Did the Situationist theory of constructing situations have a direct relationship with your theory of "moments"?
K.R.: How did they propose to make the transition from a "moment" to a conscious construction?
H.L.: The idea of a new moment, of a new situation, was already there in Constant's text from 1953. Because the architecture of situation is a Utopian architecture that supposes a new society, Constant's idea was that society must be transformed not in order to continue a boring, uneventful life, but in order to create something absolutely new: situations.
K.R.: And how did the city figure into this?
H.L.: Well, "new situations" was never very clear. When we talked about it, I always gave as an example -- and they would have nothing to do with my example -- love. I said to them: in antiquity, passionate love was known, but not individual ove, love for an individual. The poets of antiquity write of a kind of cosmic, physical, physiological passion. But love for an individual only appears in the Middle Ages within a mixture of Christian and Islamic traditions, especially in the south of France [...]
K.R.: But didn't constructing "new situations" for the Situationists involve urbanism?
H.L.: Yes. We agreed. I said to them, individual love created new situations, there was a creation of situations. But it didn't happen in a day, it developed. Their idea (and this was also related to Constant's experiments) was that in the city one could create new situations by, for example, linking up parts of the city, neighborhoods that were separated spatially. And that was the first meaning of the derive. It was done first in Amsterdam, using walkie-talkies. There was one group that went to one part of the city and could communicate with people in another area.
K.R.: Did the Situationists use this technique, too?,?P>
H.L.: Oh, I think so. In any case, Constant did. But there were Situationist experiments in Unitary Urbanism. Unitary urbanism consisted of making different parts of the city communicate with one another. They did have their experiments; I didn't participate. They used all kinds of means of communication -- I don't know when exactly they were using walkie-talkies. But I know they were used in Amsterdam and in Strasbourg.
K.R.: Did you know people in Strasbourg then?
H.L.: They were my students. But relations with them were also very strained. When I arrived in Strasbourg in 1958 or '59, it was right in the middle of the Algerian War, and I had only been in Strasbourg for about three weeks, maybe, when a group of guys came up to me. They were the future Situationists of Strasbourg -- or maybe they were already a little bit Situationist. They said to me: "We need your support: we're going to set up a maquis in the Vosges. We're going to make a military base in the Vosges, and from there spread out over the whole country. We're going to derail trains." I replied: "But the army and the police . . . you aren't sure of having the support of the population. You're precipitating a catastrophe." So they began to insult me and call me a traitor. And, after a little while, a few weeks, they came back to see me and told me: "You were right, it's impossible. It's impossible to set up a military base in the Vosges. We're going to work on something else."
So I found myself getting along with them, and afterward they became Situationists, the same group that wanted to support the Algerians by starting up military activity in France -- it was crazy. But, you know, my relations with them were always very difficult. They got angry over nothing. I was living at the time with a young woman from Strabourg; I was the scandal of the university. She was pregnant, she had a daughter (my daughter Armelle), and it was the town scandal -- a horror, an abomination. Strasbourg was a very bourgeois city. And the university wasn't outside the city, it was right in the middle. But at the same time I was giving lectures that were very successful, on music, for example -- music and society. I taught a whole course one year on "music and society"; many people attended, so I could only be attacked with difficulty. Armelle's mother, Nicole, was friends with the Situationists. She was always with them; she invited them over. They came to eat at our place, and we played music -- this was scandal in Strasbourg. So that's how I came to have close relations, organic relations, with them -- not only because I taught Marxism at the University, but through Nicole, who was an intermediary. Guy came over to my place to see Nicole, to eat dinner. But relations were difficult, they got angry over tiny things. Mustapoha Khayati, author of the brochure, was in the group.
K.R.: What was the effect of the brochure [On the Poverty of Student Life]? How many copies were given out?
H.L.: Oh, it was very successful. But in the beginning, it was only distributed in Strasbourg; then, Debord and others distributed it in Paris. Thousands and thousands were given out, certainly tens of thousands of copies, to students. It's a very good brochure, without a doubt. Its author, Mustapha Khayati, was Tunisian. There were several Tunisians in the group, many foreigners who were less talked about afterward, and even Mustapha Khayati didn't show himself very often at the time because he might have had problems because of his nationality. He didn't have dual citizenship; he stayed a Tunisian and he could have had real troubles. But anyway, in Paris, after 1957, I saw a lot of them, and I was also spending time with Constant in Amsterdam. This was the moment when the Provo movement became very powerful in Amsterdam, with their idea of keeping urban life intact, preventing the city from being eviscerated by auto-routes and being opened up to automobile traffic. They wanted the city to be conserved and transformed, instead of being given over to traffic. They also wanted drugs; they seemed to count on drugs to create new situations -- imagination sparked by LSD, It was LSD in those days.
K.R.: Among the Parisian Situationists, too?
H.L.: No. Very little. They drank. At Guy Debord's place, we drank tequila with a little mezcal added. But never . . . mescaline, a little, but many of them took nothing at all. That wasn't the way they wanted to create new situations [...]
K.R.: Was Constant's project predicated on the end of work?
H.L.: Yes, to a certain extent. Yes, that's the beginning: complete mechanization, the complete automatization of productive work, which left people free to do other things. He was one of the ones who considered the problem.
K.R.: And the Situationists, too?
H.L.: Yes [...] And so, a complete change in revolutionary movements beginning in 1956-57, movements that leave behind classic organizations. What's beautiful is the voice of small groups having influence.
K.R.: So the very existence of microsocieties or groupuscules like the Situationists was itself a new situation?,?P>
H. L. Yes, to a certain extent. But, then again, we mustn't exaggerate either. For how many of them were there? You know that the Situationist International never had more than ten members [at a time]. There were two or three Belgians, two or three Dutch, like Constant. But they were all expelled immediately. Guy Debord followed Andre Breton's example. People were expelled. I was never part of the group. I could have been, but I was careful, since I knew Guy Debord's character and his manner, and the way he had of imitating Andre Breton, by expelling everyone in order to get at a pure and hard little core. In the end, the members of the Situationist International were Guy Debord, Raoul Vaneigem, and Michele Bernstein. There were some outer groupuscules, satellite groups -- which is where I was, and where Asger Jorn was, too. Asger Jorn had been expelled; poor Constant was expelled as well. For what reason? Well, Constant didn't build anything -- he was an architect who didn't build, a Utopian architect. But he was expelled because a guy who worked with him built a church in Germany; expulsion for reason of disastrous influence. It's rubbish. It was really about keeping oneself in a pure state, like a crystal. Debord's dogmatism was exactly like Breton's. And, what's more, it was a dogmatism without a dogma, since the theory of situations, of the creation of situations, disappeared very quickly, leaving behind only the critique of the existing world, which is where it all started, with the Critique of Everyday Life.
K.R.: How did your association with the Situationists change or inspire your thinking about the city? Did it change your thinking or not?
H.L.: It was all corollary, parallel. My thinking about the city had completely different sources [....] But, at the same time that I met Guy Debord [1957] , I met Constant. I knew that the Provos in Amsterdam were interested in the city, and I went there to see what was going on, maybe ten times. Just to see the form that the movement was taking, if it took a political form. There were Provos elected to the city council in Amsterdam. I forget which year, but they pulled off a big victory in the municipal elections. Then, after that, it all fell apart. All this was part and parcel of the same thing. And after 1960 there was the great movement in urbanization. [The Situationists] abandoned the theory of Unitary Urbanism, since Unitary Urbanism only had a precise meaning for historic cities, like Amsterdam, that had to be renewed, transformed. But from the moment that the historic city exploded into peripherics, suburbs -- like what happened in Paris, and in all sorts of places, Los Angeles, San Francisco, wild extensions of the city -- the theory of Unitary Urbanism lost any meaning. I remember very sharp, pointed discussions with Guy Debord, where he said that urbanism was becoming an ideology. He was absolutely right, from the moment that there was an official doctrine on urbanism. I think the urbanism code dates from 1961 in France -- that's the moment when urbanism becomes an ideology. That doesn't mean that the problem of the city was resolved -- far from it. But at that point [the Situationists] abandoned the theory of Unitary Urbanism. And then I think that even the derive, the derive experiments were little by little abandoned around then, too. I'm not sure how that happened, because that was the moment I broke with them.
After all, there's the political context in France, and there are also personal relations, very complicated stories. The most complicated story arose when [the Situationists] came to my place in the Pyrenees. And we took a wonderful trip: we left Paris in a car and stopped at the Lascaux caves, which were closed not long after that. We were very taken up with the problem of the Lascaux caves. They are buried very deep, with even a well that was inaccessible -- and all this was filled with paintings. How were these paintings made, who were they made for, since they weren't painted in order to see seen? The idea was that painting started as a critique. All the more so in that all the churches in the region have crypts. We stopped at Saint-Savin, where there are frescoes on the church's vaulted dome and a crypt full of paintings, a crypt whose depths are difficult to reach because it is so dark. What are paintings that were not destined to be seen? And how were they made? So, we made our way south; we had a fabulous feast at Sarlat, and I could hardly drive -- I was the one driving. I got a ticket; we were almost arrested because I crossed a village going 120 kilometers per hour. They stayed several days at my place, and, working together, we wrote a programmatic text. At the end of the week they spent at Navarrenx, they kept the text. I said to them, "You type it" (it was handwritten), and afterward they accused me of plagiarism. In reality, it was complete bad faith. The text that was used in writing the book about the [Paris] Commune was a joint text, by them and by me, and only one small part of the Commune book was taken from the joint text.
I had this idea about the Commune as a festival, and I threw it into debate, after consulting an unpublished document about the Commune that is at the Feltrinelli Foundation in Milan. It's a diary about the Commune. The person who kept the diary -- who was deported, by the way, and who brought back his diary from deportation several years later, around 1880 -- recounts how, on March 28, 1871, Thier's soldiers came to look for the cannons that were in Montmartre and on the hills of Belleville; how the women who got up very early in the morning heard the noise and all ran out in the streets and surrounded the soldiers, laughing, having fun, greeting them in a friendly way. Then they went off to get coffee and offered it to the soldiers, and these soldiers, who had come to get the cannons, were more or less carried away by the people. First the women, then the men, everyone came out, in an atmosphere of popular festival. The Commune cannon incident was not at all a situation of armed heroes arriving and combating the soldiers taking the cannons. It didn't happen at all like that. It was the poeople who came out of their houses, who were enjoying themselves. The weather was beautiful, March 28 was the first day of spring, it was sunny: the women kiss the soldiers, they're relaxed, and the soldiers are absorbed into all of that, a Parisian popular festival. But this diary is an exception. And afterward the theorists of the heroes of the Commune said to me, "This is a testimonial, you can't write history from a testimonial." The Situationists said more or less the same thing. I didn't read what they said; I did my work. There were ideas that were batted around in conversation, and then worked up in common texts. And then afterward, I wrote a study on the Commune. I worked for weeks in Milan, at the Feltrinelli Institute; I found unpublished documentation. I used it, and that's completely my right. Listen, I don't care at all about these accusations [by the Situationists] of plagiarism. And I never took the time to read what they wrote about it in their journal. I know that I was dragged through the mud.
And then, as for how I broke with them, it happened after an extremely complicated story concerning the journal Arguments. The idea had come up to stop editing Arguments because several of the collaborators in the journal, such as my friend Kostas Axelos, thought that its role was over; they thought they had nothing more to say. In fact, I have the text by Axelos where he talks about the dissolution of the group and of the journal. They thought it was finished and that it would be better to end it [quickly] rather than let it drag along. I was kept informed of these discussions. During discussions with Guy Debord, we talked about it and Debord said to me, "Our journal, the Internationale Situationniste has to replace Arguments." And so Argument's editor, and all the people there, had to agree. Everything depended on a certain man [Herval] who was very powerful at the time in publishing: he did a literary chronicle for L'Express, he was also in with the Nouvelle revue francais and the Editions de Minuit. He was extremely powerful, and everything depended on him.
Well, at that moment I had broken up with a woman, very bitterly. She left me, and she took my address book with her. This meant I no longer had Herval's address. I telephoned Debord and told him I was perfectly willing to continue negotiations with Herval, but that I no longer had his address, his phone number, nothing. Debord began insulting me over the phone. He was furious and said, "I'm used to people like you who become traitors at the decisive moment." That's how the rupture between us began, and it continued in a curious way.
This woman, Eveline -- who, I forgot to mention, was a longtime friend of Michele Bernstein -- had left me, and Nicole took her place, and Nicole was pregnant. She wanted the child, and so did I: it's Armelle. But Guy Debord and our little Situationist friends sent a young woman to Navarrenx over Easter vacation to try to persuade Nicole to get an abortion
K.R.: Why?
H.L.: Because they didn't know, or they didn't want to know, that Nicole wanted this child just as I did. Can you believe that this woman, whose name was Denise and who was particularly unbearable, had been sent to persuade Nicole to have an abortion and leave me, in order to be with them? Then I understood -- Nicole told me about it right away. She told me, "You know, this woman is on a mission from Guy Debord; they want me to leave you and get rid of the kid." So, since I already didn't much like Denise, I threw her out. Denise was the girlfriend of that Situationist who had learned Chinese -- I forget his name [Rene Vienet]. I'm telling you this because it's all very complex, everything gets mixed up; political history, ideology, women . . . but there was time when it was a real, very warm friendship.
K.R.: You even wrote an article entitled "You Will All Be Situationists."
H.L.: Oh yes, I did that to help bring about the replacement of Arguments by the Internationale Situationniste. Guy Debord accused me of having done nothing to get it published. Yes, it was Herval who was supposed to publish it. Lucky for me that it didn't appear because afterwards they would have reproached me for it. But there's a point I want to go back to -- the question of plagiarism. That bothered me quite a bit. Not a lot, just a little bit. We worked together day and night at Navarrenx, we went to sleep at nine in the morning (that was how they lived, going to sleep in the morning and sleeping all day). We ate nothing. It was appalling. I suffered throughout the week, not eating, just drinking. We must have drunk a hundred bottles. In a few days. Five . . . and we were working while drinking. The text was almost a doctrinal resume of everything we were thinking, about situations, about transformations of life; it wasn't very long, just a few pages, handwritten. They took it away and typed it up, and afterwards thought they had a right to the ideas. These were ideas we tossed around on a little country walk I took them on. With a nice touch of perversity, I took them down a path that led nowhere, that got lost in the woods, fields, and so on. Michele Bernstein had a complete nervous breakdown, she didn't enjoy it at all. It's true, it wasn't urban, it was very deep in the country.
K.R.: A rural derive. Let's talk a about the derive in general. Do you think it brought anything new to spatial theory or to urban theory? In the way that it emphasized experimental games and practices, do you think it was more productive than a purely theoretical approach to the city?
H.L.: Yes. As I perceived it, the derive was more of a practice than a theory. It revealed the growing fragmentation of the city. In the course of its history, the city was once a powerful organic unity; for some time, however, that unity was becoming undone, was fragmenting, and [the situationists] were recording examples of what we had all been talking about, like the place where the new Bastille Opera is going to be built. The Place de la Bastille is the end of historic Paris -- beyond that it's the Paris of the first industrialization of the nineteenth century. The Place des Vosges is still aristocratic Paris of the seventeenth century. When you get to the Bastille, another Paris begins, which is of the nineteenth century, but it's Paris of the bourgeoisie, of commercial, industrial expansion, at the same time that the commercial and industrial bourgeoisie takes hold of the Marais, the center of Paris -- it spreads out beyond the Bastille, the rue de la Roquette, the rue du Faubourg Saint-Antoine, etc. So already the city is becoming fragmented. We had a vision of a city that was more and more fragmented without its organic unity being completely shattered. Afterward, of course, the peripheries and the suburbs highlighted the problem. But back then it wasn't yet obvious, and we thought that the practice of the derive revealed the idea of the fragmented city. But it was mostly done in Amsterdam. The experiment consisted of rendering different aspects or fragments of the city simultaneous, fragments that can only be seen successively, in the same way that there exist people who have never seen certain parts of the city.
K.R.: While the derive took the form of a narrative.
H.L.: That's it; one goes along in any direction and recounts what one sees.
K.R.: But the recounting can't be done simultaneously.
H.L.: Yes, it can, if you have a walkie-talkie. The goal was to attain a certain simultaneity. That was the goal; it didn't always work.
K.R.: So, a kind of synchronic history.
H.L.: Yes, that's it, a synchronic history. That was the meaning of Unitary Urbanism: unify what has a certain unity, but a lost unity, a disappearing unity.
K.R.: And it was during the time when you knew the situationists that the idea of Unitary Urbanism began to lose its force?
H.L.: At the moment when urbanization became truly massive, that is, after 1960, and when the city, Paris, completely exploded. You know that there were very few suburbs in Paris; there were some, but very few. And then suddenly the whole area was filled, covered with little houses, with new cities, Sarcelles and the rest. Sarcelles became a kind of myth. There was even a disease that people called the "sarcellite." Around then Guy Debord's attitude changed -- he went from Unitary Urbanism to the thesis of urbanistic ideology.
K.R.: And what was that transition, exactly?
H.L.: It was more than a transition, it was the abandonment of one position in order to adopt the exact opposite one. Between the idea of elaborating an urbanism and the thesis that all urbanism is an ideology is a profound modification. In fact, by saying that all urbanism was a bourgeois ideology, [the situationists] abandoned the problem of the city. They left it behind. They thought that the problem no longer interested them. While I, on the other hand, continued to be interested; I thought that the explosion of the historic city was precisely the occasion for finding a larger theory of the city, and not a pretext for abandoning the problem. But it wasn't because of this that we fell out; we fell out for much more sordid reasons. That business about sabotaging Arguments, Herval's lost address -- all that was completely ridiculous. But there were certainly deeper reasons.
The theory of situations was itself abandoned, little by little. And the journal itself became a political organ. They began to insult everyone. That was part of Debord's attitude, or it might have been part of his difficulties -- he split up with Michele Bernstein [in 1967]. I don't know, there were all kinds of circumstances that might have made him more polemical, more bitter, more violent. In the end, everything became oriented toward a kind of polemical violence. I think they ended up insulting just about everyone. And they also greatly exaggerated their role in May '68, after the fact.
http://www.notbored.org 

Archives du blog