vendredi 20 avril 2012

NO Comment


Le scénario DSK/Sarko (CIA contre CIA) a donc été habilement déprogrammé par une Opération Spéciale (merci SOFITEL) laissant la place à François Hollande. Sponsorisé par le livre de Jaques Chirac et sa fameuse boutade qui lança la candidature de son poulain. Quelle habile stratégie pour une homme qu'on disait diminué par  la maladie...
On ne devra pas se réjouir trop de l'éviction de la vermine Sarkozy, les donneurs d'ordres sont toujours les mêmes et l'agonie du capitalisme ne fait que commencer. Les mêmes lobbys et la même Valeur.  
MANIFS du 21 Avril

Le 21 Avril est la veille du premier tour des élections présidentielles, mais c’est aussi la date de convergence et d’union des différentes marches populaires qui ont parcouru la France pendant tout les mois de Mars et Avril. Différents appels et textes ont été écrits dans les différentes villes.
Dans un communiqué des membres du collectif Anonymous soutiennent ces actions.
Ces rassemblements s’inscrivent dans l’expression d’une volonté démocratique provenant de la base de la société. Les mouvement mondial des Indignés (le 15 Octobre des millions de personnes se sont rassemblées dans plus de 80 pays) organise au niveau international de grosses protestations pour le mois de Mai. 
Ainsi le premier Mai sera le sein d’une grève générale organisée par le mouvement Occupy Wall Street tandis qu’en Europe les Indignés tiendront des Assemblées Populaires ce jour là. 
Aux dates du 12 et du 15 Mai, dates retenues pour l’anniversaire du mouvement (né en Espagne le 15 Mai 2011), les Indignados de toute la planète organisent des protestations, dès aujourd’hui planifiées dans plus de 100 villes dans le monde.
Pour assurer le côté apartisan et indépendant des rassemblements, le prosélytisme pour les organisations sera à éviter. Par contre les slogans et les pancartes personnelles sont les bienvenues. 
Pour suivre les événements sur twitter : #21A #Indignés


Liste des rassemblements : 

Paris: Châtelet 
Fontaine des Innocents 14H:  https://www.facebook.com/events/212208845535763/
Bayonne: https://www.facebook.com/events/425621320786097/
Bordeaux ?
Brest: Place de la liberté 14H : https://www.facebook.com/events/243947932371110/
Clermont: Place de Jaude 16H : https://www.facebook.com/events/359970130705940/
Grenoble: Place Notre Dame 14H puis 20H Felix Poulat:
 https://www.facebook.com/events/278417882243964
Lille ?
Limoges: Place de la Motte 14H
Lyon: Place des Terreaux 17H: https://www.facebook.com/events/316935401701047/
Marseille: Place Général de Gaulle 18H: https://www.facebook.com/events/244186705674113/
Montauban: Place Prax Paris 16H: https://www.facebook.com/events/366610476692631/
Montpellier: Place de la Comédie 18H: https://www.facebook.com/events/326375264090908/
Nancy: Place Stanislas 14H
Nantes: Place Royale 19H: https://www.facebook.com/events/226211900811446/
Nice: Place Masséna 20H: https://www.facebook.com/events/271747119569891/
Nîmes: Place de la Maison Carrée 13H: https://www.facebook.com/events/383570241675894/
Niort: 14h Place du Port: https://www.facebook.com/events/356788664356737/
Strasbourg: Place de la République 14H: https://www.facebook.com/events/220465564724227/
Toulon: Place de la Liberté 14H: https://www.facebook.com/events/328541703875923/
Toulouse: Place du Capitole 14H: https://www.facebook.com/events/384730928225712/


 
Police Nervous Breakdown

 ILS NE NOUS REPRÉSENTENT PAS
  • Samedi, 21 Avril, 2012 - 14:00
  • Rendez-vous à la Fontaine des Innocents Place Joachim du Bellay (Métro Les Halles Porte Lescot) pour le départ de la manifestation
  • Arrivée à Paris des marches populaires venues de Bayonne, Lille, Angers, Toulouse, Marseille et de la banlieue.
    Marchons ensemble !

    ILS NE NOUS REPRÉSENTENT PAS

     - Pour l'assemblée de quartier de Belleville : départ à 13h depuis Belleville:
    - Arrivée des marches à 14h à Châtelet, départ en marche festive vers le Parvis des Droits de l'Homme
    - Passage devant l'Assemblée nationale
    - Arrivée au Parvis des droits de l'homme prévu à 18h
    - Temps d'échange et prise de parole de 18h à 19h
    - Soirée festive (AARDY/marche Marseille) 19h-21h

    Site des marches Paris 2012: http://www.marche-paris-2012.com/
    Affiche Paris: http://paris.reelledemocratie.net/node/1194 (en cours de modification)
    Affiche et tract Belleville: 

dimanche 15 avril 2012

Rébus électoral

Arrivé au jour J des élections présidentielles:
« Boycott Actif »
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89loi_Machoro 
Éloi Machoro détruisit à coup de haches une urne à Canala.

mercredi 11 avril 2012

Appel à manifestation pour le 21 avril 2012

S'agissant de l'élection présidentielle, les dates du dimanche 22 avril 2012 (premier tour) et du dimanche 6 mai 2012 (second tour) on s'en branle !


Anonymous et le Mouvement Occupy font front commun avec #REvolution2.0 une nouvelle opération mondiale qui débutera le 21 avril 2012.



Ils répandent la peur et la misère,
Ils nous divisent, pour mieux régner,
Le monde est en marche vers une révolution.
En France, qu'attendons-nous ? 
Ce n'est pas parce que les médias ne montrent rien, que rien ne se passe. Ce n'est pas parce qu'ils ne veulent pas nous entendre que nous n'avons rien à dire.
Faisons entendre nos voix: Anonymous et Occupy s'allient, et appellent les citoyens du monde, à manifester le 21 Avril 2012. 
Si Anonymous et Occupy ne sont pas la même chose, nous poursuivons le même but, nous avons le même idéal. Un masque pour abolir les frontières, une occupation pour nous rassembler, après la peur vient la colère.
Révoltez-vous.
Il y a cette course vers le silence qui n'en finit plus de nous faire réagir. Il y a cette décadence d'un système qui n'a aucun visage. Que ceux qui ont fait de ce système une abomination sachent qui nous sommes, que ce système qui a fait de ces personnes des abominations sache qui nous sommes :
Nous sommes Anonymous, nous sommes les 99%. Nous sommes les mères, les pères, les enfants d'un pseudo pays qui ne les écoute plus, d'un monde qui ne les porte plus. Nous sommes esclaves salariés, étudiants, exclus et chômeurs. 
Nous sommes les parqués des banlieues, les sous-classes moyennes, les délaissés, nous sommes les soumis et les révoltés. Nous sommes ceux qui nourrissent l'espoir et que l'espoir nourrit.
Les idées et les peuples restent, les gouvernements passent.
Le pouvoir est en chacun de nous.
Le peuple uni ne peut être vaincu.

Rendez vous le 21 Avril 2012 sur chaque grande place de chaque grande villes.

lundi 9 avril 2012

« Lubies métaphysiques de la lutte des classes »

 A propos des présupposés tacites d'un étrange rétro-discours 

 

Trenkle fait feu de tout bois, ce texte d'abord mais aussi un livre avec  Ernst Lohoff. Lire ici

Extrait:

  La lutte des classes serait-elle de retour sur la scène historique ? Pour qui prête l’oreille au discours de la gauche, ça ne fait apparemment aucun doute. « C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes », déclare-t-on d’entrée dans le n°4 de la revue allemande Fantômas, en faisant référence au prolétariat et à la lutte des classes. « La base ayant l’air décidée à secouer les rapports de force [...] il est grand temps pour la gauche de parler à nouveau des classes[1] ». On peut lire des choses semblables dans bon nombre de journaux de gauche. A mesure que le processus de crise qui frappe le capitalisme mondialisé accentue la polarisation sociale et qu’une certaine opposition grandit en réaction, la vision du monde marxiste-orthodoxe semble également revenir en grâce.
 
Cependant, si on laisse de côté les dinosaures marxistes qui persistent à vénérer le poing calleux des prolétaires, force est de constater qu’un changement notable s’est produit par rapport à la rhétorique traditionnelle de la lutte des classes. Depuis longtemps sa fixation sur la classe ouvrière blanche et masculine des centres industriels comme sujet fantasmé de la révolution était devenue, à tous points de vue, indéfendable. Et ce n’était pas seulement dû à l’apparition de la microélectronique qui, en boostant la productivité, avait réduit ce segment social à une petite minorité, privilégiée à maints égards en comparaison de la grande masse des salariés précaires, et défendant bec et ongles ces privilèges y compris contre ceux situés plus bas dans l’ordre hiérarchique capitaliste. En fait, le discours des années 1980-1990 dénonçait même très pertinemment les hiérarchies et les exclusions résultant de cette aberration qui consiste à prendre une section particulière du conflit entre travail et capital pour la « contradiction principale » du capitalisme, et ne se privait pas de mettre en évidence la diversité et l’intrication des formes de domination. Cela dit, il allait rarement au-delà de la simple addition : la catégorie de classe était élargie, affinée et complétée par d’autres catégories, notamment le sexe et la « race », c’est-à-dire l’appartenance ethnique. Du coup, on perdait à la fois le concept critique des rapports capitalistes et la perspective de leur dépassement.
 
Le tout nouveau discours sur la lutte des classes, quant à lui, a des allures de produit fortement hybridé. D’un côté, il témoigne d’un effort pour développer à nouveau une approche centralisante susceptible de rapporter l’ensemble des luttes en cours à un même dénominateur commun. De l’autre, cependant, il affiche sa volonté de ne pas reproduire le réductionnisme et les exclusions propres au marxisme orthodoxe. Résultat : un concept de lutte des classes qui s’avère tout à la fois complètement flou et – même si cela va souvent à l’encontre de ses revendications – inséparable d’un certain nombre de prémisses métaphysiques jamais remises en cause. Vu sous cet angle, le discours actuel ne représente pas la moindre amélioration par rapport à son vénérable aïeul ; il ne fait finalement que le reproduire sous une forme qui, tout en reflétant les conditions sociales, ne rend compte que superficiellement de ce qui, en elles, a changé.
 
Nature cachée
 
    Le mythe du « point de vue de classe » étant l’un des articles de base du catalogue marxiste, sa reproduction continuelle se remarque à peine. Naturellement, ç’a toujours été une contradiction dans les termes que de prétendre qu’une certaine catégorie sociale – autrement dit, au départ, un produit du capitalisme – puisse en même temps incarner un point de vue intrinsèque qui le dépasse ; et il n’est guère surprenant que cette aporie théorique ait donné lieu d’emblée à des arguments alambiqués rappelant à bien des égards, par leur charge métaphysique, l’absconse littérature théologique construite autour de la Sainte Trinité ou de l’Immaculée Conception. Sans doute cette théologie de classe trouva-t-elle sa formulation la plus élaborée et sa plus grande cohérence théorique dans Histoire et conscience de classe, où Georg Lukács rassembla ses essais des années 1919-1923[2]. Ce livre offre par conséquent le meilleur point de départ pour dégager les grandes axes de ces prémisses et corollaires métaphysiques dont, semble-t-il, le discours actuel sur la lutte des classes se nourrit encore implicitement.
 
Le tour de force théorique du jeune Lukács, ce qui fait de sa pensée un objet singulier au regard de presque tout le marxisme orthodoxe et, encore aujourd’hui, un point de référence pour la fraction la plus réfléchie de la gauche, demeure son effort pour penser ensemble le « point de vue de classe » et la réification résultant de la forme-marchandise. Cela revenait, à l’époque, ne l’oublions pas, à tenter de digérer intellectuellement l’échec des révolutions en Occident. Lukács cherche au fond à comprendre pourquoi le prolétariat, en dépit de sa croissance numérique ininterrompue, n’est pas parvenu à renverser le capitalisme, et, dans un second temps, pourquoi sa conscience empirique est restée empêtrée dans les catégories capitalistes. La réponse ne se trouve pas dans une grossière histoire de manipulation et de corruption telle que Lénine a pu en raconter, imputant notamment l’échec des révolutions dans les centres capitalistes à l’intéressement du prolétariat métropolitain (l’« aristocratie ouvrière ») aux profits des monopoles et de l’exploitation coloniale. Aux yeux de Lukács, le problème découle plutôt du fait que, dans la société productrice de marchandises, les relations sociales revêtent un caractère de relations entre choses, de sorte que les processus sociaux deviennent indépendants des hommes, n’obéissent plus à aucune volonté consciente et offrent l’apparence de lois naturelles intemporelles et réputées imprescriptibles.
 
Autant on peut, au départ, être d’accord sur le fond avec Lukács, autant sa description de la réification comme une structure dissimulant sa « vraie nature » prend rapidement des allures de tour de passe-passe métaphysique. Il n’est en effet plus question d’un déguisement superficiel de nature idéologique, au sens où, par exemple, « dans les coulisses » d’un automouvement social de pure apparence, certains factions politiques ou puissances étrangères tireraient les ficelles – comme l’expriment la plupart des marxistes orthodoxes lorsqu’ils tombent sur les concepts de réification ou de fétichisme de la marchandise et leur improvisent une interprétation de fortune[3]. Lukács, lui, discerne clairement le véritable contenu social de la réification : elle se matérialise dans les structures sociales, modèle radicalement nos formes de perception et, ce faisant, nous dissimule le fait que les relations réifiées sont en réalité des relations humaines produites et médiatisées par le travail. C’est pourquoi Lukács, fort de cette analyse, peut, en toute cohérence théorique, poser le point de vue du travail comme étant celui de la totalité sociale, et élever le prolétariat, représentant de ce point de vue, au rang de sujet historique destiné à faire voler en éclats la réification et à abolir le capitalisme.
 
En attendant, admet Lukács, le prolétaire se voit soumis à la réification, en particulier à travers l’obligation qui lui est faite chaque jour de vendre sa force de travail, et donc de se transformer en marchandise, de s’objectiver lui-même. Mais voilà précisément ce qui le met en position de voir au travers des structures marchandes pour discerner quelle est sa vraie nature, son essence, son « être » qui n’a jusqu’à présent existé qu’« en soi ». C’est là le premier pas du devenir-pour-soi qui signera la libération non seulement du prolétariat mais, avec lui, du genre humain tout entier : « La reconnaissance que les objets sociaux ne sont pas des choses mais des relations entre hommes aboutit donc à leur complète dissolution en processus. [...] La conscience du prolétariat s’élève alors jusqu’à être la conscience de soi de la société dans son évolution historique. En tant que conscience du pur rapport marchand, le prolétariat ne peut prendre conscience de lui-même que comme objet du processus économique. Car la marchandise est produite, et l’ouvrier en tant que marchandise, en tant que producteur immédiat, est, dans le meilleur des cas, un rouage mécanique dans ce mécanisme. Mais si la choséité du capital se dissout dans le processus ininterrompu de sa production et de sa reproduction, le fait que le prolétariat est le vrai sujet de ce processus – bien que ce soit un sujet enchaîné et d’abord inconscient – peut alors, de ce point de vue, devenir conscient[4] ».
 
Cette célébration du prolétariat en tant que « vrai sujet » du capitalisme et sauveur de l’humanité est inséparable de la conception lukácsienne du travail comme principe transhistorique constitutif de la socialité. Comme au reste l’ensemble de la pensée marxiste-orthodoxe, cette conception repose sur l’idée que, de tout temps, les rapports sociaux furent fondés sur le travail. De sorte que le travail n’est autre que le principe qui fait d’une société une société, et d’un être humain un être humain. Dans la société capitaliste, toutefois, cette médiation du travail s’effectue sous une forme réifiée et indirecte via la production marchande (qui comprend également l’exploitation de la force de travail), et devient par là même invisible. Lorsque Lukács écrit que la relation réifiée, « par son système de lois propre, rigoureux, entièrement clos et rationnel en apparence, dissimule toute trace de son essence ultime : la relation entre hommes[5] », il évoque précisément cet escamotage, cette dissimulation de la fonction médiatrice du travail. Seul le prolétariat, en prenant conscience de lui-même, peut parvenir à lever le voile et révéler enfin au grand jour le mystérieux noyau des relations sociales. Abolir la réification équivaut, dans cette optique, à libérer le travail des pressions d’une structure marchande qui, en dernière analyse, lui est extérieure. Quant à la société communiste, elle serait celle où la médiation du travail s’opère consciemment[6].
 
Certes, Lukács a tout à fait raison de définir l’« essence ultime » de la « structure marchande » comme une relation entre des personnes médiatisée par le travail. Là où il se trompe, c’est qu’il ne s’agit justement pas là d’un attribut transhistorique de la socialité, mais au contraire d’une caractéristique historiquement spécifique (et, du reste, nullement dissimulée) de la société capitaliste, caractéristique qui la distingue de toutes les autres formes sociales connues. Car si, indéniablement, dans toute société, des choses doivent être produites d’une manière ou d’une autre, la société capitaliste est par contre la seule dans l’histoire à recourir, pour constituer et médiatiser son lien social, à une forme homogène et homogénéisante d’activité : la quantité abstraite d’énergie humaine dépensée. Dans ces conditions, il s’avère impossible pour le travail de se libérer de la réification, puisqu’il est lui-même une forme réifiée d’activité et, en tant que tel, sous-tend la production marchande moderne. La « prise de conscience » par le travail de son rôle de principe de médiation sociale ne débouche dès lors que sur l’antinomie entre « prise de conscience » de la production marchande et soumission « consciente » à ses impératifs et à ses lois. En revanche, si un jour les hommes se mettaient pour de bon, consciemment et directement, c’est-à-dire sans le détour par les biens matériels et l’argent, à s’entendre en vue d’organiser leurs rapports sociaux, cela mènerait non pas simplement à la libération d’une « nature » jusqu’à présent masquée car réifiée, mais bien plutôt à l’abolition du principe de socialisation homogène et répressif – le travail – et à son remplacement par une pluralité de formes de médiation sociale et d’activité. Il se peut que les approches et les potentiels d’une telle évolution soient en germe dans la société productrice de marchandises – ou du moins dans l’opposition toujours vive contre ses perpétuels assauts totalisants –, mais cela ne constitue guère qu’un en-soi auquel il reste encore à devenir pour-soi.
 
Les partisans de Lukács font parfois valoir qu’à proprement parler il ne glorifia pas le point de vue du travail mais insista au contraire sur le nécessaire autodépassement du prolétariat, et par conséquent du travail. C’est oublier toutefois que cet autodépassement s’accompagne d’une auto-affirmation, laquelle reviendrait ni plus ni moins à universaliser la condition prolétarienne. Nous n’aurions alors rien d’autre qu’une société marchande totale, avec son caractère coercitif objectivé. Lukács l’admet d’ailleurs implicitement lorsqu’il décrit sa société socialiste prolétarienne comme étant régie par des « lois économiques objectives » qui « resteront en vigueur encore après la victoire du prolétariat et ne dépériront – comme l’Etat – qu’avec la naissance de la société sans classes, entièrement sous le contrôle humain. Ce qu’il y a de nouveau dans la situation présente, c’est simplement – simplement ! – que [...] le prolétariat possède la possibilité, en profitant consciemment des tendances existantes de l’évolution, de donner à l’évolution elle-même une autre direction. Cette autre direction, c’est la réglementation consciente des forces productives de la société. Vouloir cela consciemment, c’est vouloir le “règne de la liberté” ; c’est accomplir le premier pas conscient dans la direction de sa réalisation[7] ». Lukács avoue là que la prétendue abolition de la réification par la « prise de conscience » de la fonction médiatrice du travail dans la société n’est que pure fiction. Néanmoins, il reste suffisamment conséquent dans sa réflexion pour assigner, au même titre qu’au travail, un caractère transhistorique à l’automouvement fétichiste du capitalisme, limitant par là même le pouvoir du régime prolétarien à « profiter » habilement des « lois économiques objectives » pour en tirer le meilleur parti possible. Ni plus ni moins que ce que firent le « socialisme réellement existant » et l’Etat régulateur fordiste.
 
Conscience de classe adjugée
 
    Dans la mesure précisément où Lukács transfigure la catégorie bourgeoise fondamentale qu’est le travail en point de vue de l’émancipation, et le prolétariat en sauveur de l’humanité, ses efforts visant à démystifier la réification produisent le résultat inverse. Ni le caractère realmétaphysique[8] de l’univers social marchand, ni ses formes transcendantales ne sont décryptés mais ils sont en revanche inconsciemment affirmés et investis en sus d’une puissance quasi religieuse. Au lieu de dépasser la métaphysique hégélienne de l’histoire, Lukács se contente de lui donner un tour « matérialiste » : la raison est remplacée par le travail, et l’Esprit, sujet de l’histoire, par le prolétariat[9]. Rien d’étonnant dès lors à ce que ce dernier affiche tous les attributs de la forme-sujet bourgeoise, et notamment sa structure antinomique faite à la fois de sentiments de toute-puissance et d’impuissance effective (ce qu’exprime conceptuellement Lukács, de manière on ne peut plus cohérente, lorsqu’il qualifie le prolétariat de sujet-objet de l’histoire). Car le prolétariat n’a rien d’un sujet au sens où il pourrait décider librement des questions sociétales ; il est au contraire entièrement assujetti, dans son niveau de conscience et ses marges de manœuvre, à une logique de développement que Lukács présume transhistorique et identifie au « développement des forces productives ». Comme on l’a vu, ces lois d’airain resteraient en vigueur même après la révolution et ne finiraient par perdre leur validité qu’avec l’avènement, lointain et incertain, de la société sans classes rêvée par Lukács (lequel s’inscrit ici pleinement dans la ligne du marxisme orthodoxe). L’absence d’autonomie du sujet bourgeois au sein de l’automouvement objectivé de la société marchande permet ainsi d’expliquer en termes de destin ontologique la folle dynamique d’expansion qui caractérise cette société. La « liberté » du sujet se résume à la fameuse intellection de la nécessité[10]. Lukács a, du reste, tout à fait raison de faire du sujet un objet, un être soumis ; mais en cela il ne décrit rien d’autre que les relations, constitutives de la société marchande, qu’entretiennent les hommes avec leur lien-social-fétiche ; il échoue précisément à voir au-delà de cette forme de rapport au monde[11].
 
La soumission de la forme-sujet au lien-social-fétiche tel que Lukács le comprend, ne se traduit pas seulement par ces considérations sur une société soi-disant postcapitaliste. Même en tant que sujet de la révolution, le prolétariat s’avère totalement dépourvu d’autonomie. La définition lukácsienne de la « conscience de classe » ne laisse aucun doute sur ce point. Loin d’être entendue comme ce que les membres de la classe ouvrière pensent réellement, elle est ce que, en vertu de leur soi-disant véritable nature, ils devraient penser. Aux prises avec un prolétariat censé incarner le point de vue anticapitaliste « en soi » mais qui manifestement, dans sa majorité, ne se montre nullement attiré par l’option révolutionnaire, Lukács résout cette contradiction à la manière métaphysique habituelle. La conscience de classe doit, selon lui, « être adjugée à une situation typique déterminée dans le processus de production[12] » et ne peut donc être déterminée que « scientifiquement ». On reste, par conséquent, largement dans le domaine du virtuel : « En rapportant la conscience à la totalité de la société, on découvre les pensées et les sentiments que les hommes auraient eu, dans une situation vitale déterminée, s’ils avaient été capables de saisir parfaitement cette situation et les intérêts qui en découlaient tant par rapport à l’action immédiate que par rapport à la structure, conforme à ces intérêts, de toute la société ; on découvre donc les pensées, etc., qui sont conformes à leur situation objective[13] ».
 
Voilà donc le fameux « sujet-objet de l’histoire » d’emblée frappé d’incapacité et placé sous tutelle. Puisqu’il ne semble pas en mesure de parvenir seul à la « vraie conscience », elle doit lui être enseignée par ceux qui font autorité en la matière : le théoricien et le parti, deux instances qui, réunies, savent quelle est cette mission historique de la classe ouvrière dont elle-même ignore tout, et travaillent dur pour l’aider à évoluer de l’« en soi » au « pour soi » : « L’autonomie organisationnelle du parti communiste est nécessaire pour que le prolétariat puisse apercevoir immédiatement sa propre conscience de classe comme figure historique ; [...] pour que toute la classe élève à la conscience sa propre existence en tant que classe[14] ». Les implications tyranniques d’une telle conception sautent aux yeux : le parti est désigné comme instance éducatrice, et son autorité se renforce encore par le fait qu’il est censé l’exercer pour le plus grand bien de ses élèves. De sorte qu’il n’y a plus rien à discuter. Le prolétariat est simplement invité à se soumettre aux délégués qui, en son nom, se sont adjugé la conscience de classe : « Vouloir consciemment le règne de la liberté, ce ne peut donc être que franchir consciemment les pas qui y mènent effectivement. [...] Cela implique une subordination consciente à cette volonté d’ensemble qui a pour vocation d’appeler réellement à la vie cette liberté réelle [...]. Cette volonté d’ensemble consciente, c’est le parti communiste[15] ».
 
Lukács se révèle donc non seulement un léniniste pur et dur, mais s’inscrit également en toute connaissance de cause dans le droit fil de la philosophie des Lumières. Les échos de la « volonté générale » rousseauiste et de l’« impératif catégorique » kantien n’ont ici rien de fortuit. Comme Kant et Rousseau, Lukács fonde la communauté sociale sur des principes abstraits et transcendantaux, qui préexistent à toute empirie, prévalent sur elle et la dégradent même au rang de matériau tout à fait insuffisant. Seulement, dans la pratique, cette conception ne reflète rien d’autre que la soumission des hommes à la forme realmétaphysique de la valeur et à sa domination abstraite, laquelle ne fonctionne jamais sans heurts mais nécessite au contraire une constante médiation. Agissant ici, à l’encontre des intérêts particuliers des prolétaires, au nom d’un « intérêt général » censé émaner de leur point de vue de classe, le parti joue un rôle de médiateur en tous points identique à celui joué par l’Etat bourgeois dans la mise en place et le maintien de la communauté sociale productrice de marchandises. Involontairement, Lukács légitime donc le parti dans son rôle d’instance disciplinaire participant au processus de totalisation capitaliste.
 
    Fantasmes narcissiques de toute-puissance
 
La critique du caractère métaphysique de la théorie des classes lukácsienne et de ses incidences autoritaristes pourrait ressembler à un combat d’arrière-garde. Le postmodernisme n’a-t-il pas depuis longtemps démoli la métaphysique ? Plus encore, la critique postmoderne de la métaphysique ne fait-elle pas partie désormais des thèmes favoris des intellectuels marxistes ? A les entendre, en tout cas, la nouvelle version du discours sur la lutte des classes irait bien au-delà de la philosophie de l’histoire d’un Lukács. Dans l’éditorial du numéro déjà cité de la revue Fantômas, on lit ainsi : « Que tant de gens de gauche se soient retirés, voire enfuis du champ de bataille traditionnel de la politique socialiste, social-révolutionnaire ou communiste, cela résulte en grande partie de l’inadéquation de leurs concepts de lutte des classes eu égard à la réalité des classes, inadéquation elle-même due essentiellement à une double faute dans la détermination de la subjectivité des luttes sociales. En premier lieu, le “prolétariat” faisait l’objet d’une réduction sociologique (et sociologiste) aux seuls travailleurs blancs, mâles, qualifiés, des usines fordistes [...]. Ainsi amputée, la figure du prolétaire se voyait alors – partie à cause de cette réduction sociologique, partie pour la contrer – amplifiée à l’échelle de la philosophie de l’histoire et transfigurée en un Weltgeist à la stature impressionnante[16] ». Cette belle analyse omet toutefois un détail : la charge métaphysique du concept de classe étant inséparable de la transfiguration d’une catégorie sociale immanente au capitalisme en sujet révolutionnaire, on ne peut se contenter, pour l’éliminer, de faire entrer tout bêtement la quasi totalité du genre humain sous l’appellation de « prolétariat » ou de « classe ouvrière mondiale[17] ». Car, certes, on mettrait ainsi fin à une réduction sociologique critiquable à juste titre, mais pour, à l’inverse, grotesquement étirer le sujet aux dimensions d’un collectif anticapitaliste qui n’est même pas conscient de lui-même. Ce serait vraiment pousser, de manière implicite, le concept de classe jusqu’aux limites de l’absurde. Seulement, au lieu d’en prendre acte et de se débarrasser du concept, on se borne à lui conférer une nouvelle consécration quasi religieuse.
 
Jouent ici un rôle prépondérant certaines théories de classe subjectivistes, et notamment celles popularisées par Hardt/Negri et John Holloway[18]. Du marxisme orthodoxe, ces auteurs ne rejettent guère, au fond, que l’analyse positivante des « tendances objectives » ; quant au topos marxiste qui considère la classe ouvrière comme le véritable sujet du capitalisme et la lutte des classes comme son moteur, ils l’hypostasient de manière grandiloquente[19]. Pour Lukács, nous l’avons vu, le sujet ne jouit d’aucune autonomie ; sa marge de manœuvre dépend des « lois économiques objectives » et de leur évolution historique (c’est-à-dire du développement des forces productives) ; et ces lois, Lukács leur attribue une validité transhistorique. Ce qui fait la supériorité historique du prolétariat sur la bourgeoisie, c’est qu’il peut reconnaître l’existence de ces lois et les mettre en œuvre « consciemment », dans la mesure où son point de vue de classe rejoint, potentiellement, celui de l’ensemble de la société, contrairement au point de vue particulariste et étriqué de la bourgeoisie. Mais, tandis que Lukács cherchait à comprendre comment, sous le capitalisme, le sujet est conditionné par son lien social objectivé – quand bien même il se trompait en posant ce lien comme transhistorique –, Hardt/Negri, quant à eux, font complètement l’impasse sur cet aspect des choses. Leur sujet trouve en lui-même sa justification et, par suite, se voit imputer un pouvoir encore plus fantastique. Tout, absolument tout procède de lui, y compris les conditions de sa propre soumission au capitalisme. L’essence de cette classe ouvrière rebaptisée « multitude » réside dans son « autonomie » et dans une créativité colossale, exubérante, qui n’appartient qu’à elle. Hardt/Negri proposent ainsi un concept de travail extraordinairement emphatique, revêtu des attributs de l’acte créateur divin/artistique (son instance d’appel mythique serait Dionysos), mais ratissant en même temps tellement large qu’il englobe toute l’humanité. Transfigurées et ontologisées, les forces productives sont la propriété exclusive du sujet collectif désigné par le terme de « multitude », tandis que le capital, alias l’« Empire », paraît n’être qu’une puissance purement étrangère se nourrissant de l’exploitation de cette « force vitale » : « La multitude est la force productive réelle de notre monde social, alors que l’Empire est un simple appareil d’emprisonnement qui ne vit que de la vitalité de la multitude [...] en suçant le sang du vivant[20] ».
 
Prenant le contre-pied de Hardt/Negri, Holloway présente le capital comme le versant objectivé du fétiche-marchandise, et analyse en particulier la catégorie du travail comme une forme réifiée d’activité. Cependant, la vraie substance de ce travail, son essence, réside pour lui dans une activité vivante qu’il nomme le « faire » et qui montre là encore toutes les caractéristiques de la force créative dionysiaque. Elle est décrite en termes de flux vivant de créativité humaine que le capital vient interrompre et objectiver ; par conséquent, la lutte émancipatrice doit s’attacher à « récupérer, ou, mieux encore, créer la solidarité consciente et confiante du flux social du faire[21] ». Très proche de Lukács, Holloway se penche ainsi à son tour sur la question de la prise de conscience réflexive d’une hypothétique essence, à ceci près qu’il conçoit sa « force créative », à l’instar de Hardt/Negri, comme un attribut ontologique du sujet, que le capital ne façonnerait et n’exploiterait que de manière superficielle : « Dans ce sens, à chaque instant se produit un choc entre le développement des forces productives (notre pouvoir-faire) et son enveloppe capitaliste[22] »[23].
 
Une telle métaphysique de l’être risquerait de démentir que le capital soit une relation sociale où « nous tous » intervenons, comme le souligne pourtant à maintes reprises Holloway. Celui-ci revient donc dans la droite ligne de son raisonnement lorsqu’il parle au final d’une « relation antagoniste [...] entre l’humanité et le capital[24] ». Ainsi, au lieu de décrypter la relation contradictoire entre subjectivité et objectivité comme un élément constitutif d’une structure sociale tout à fait spécifique historiquement – on n’en attendrait pas moins de la part d’un théoricien critique au style proche de celui de Marx –, il la rejette en fin de compte sur le dos du seul sujet, auquel il octroie du même coup la consécration d’une « dignité » transcendantale. Tout comme Hardt/Negri, qui vont jusqu’à conclure leur livre par une invocation à saint François d’Assise, Holloway, à travers son langage fourmillant de métaphores religieuses, laisse clairement transparaître cette charge métaphysique : « Il n’y a pas de “contradictions objectives” : nous, et nous seuls, sommes la contradiction du capitalisme. [...] Il n’existe ni dieu de quelque sorte que ce soit, ni argent, ni capital, ni forces productives, ni histoire : nous sommes les seuls créateurs, les seuls sauveurs possibles, les seuls coupables[25] ».
 
 
      
 
[1] Fantômas. Magazin für linke debatte und praxis, n°4, Hamburg, 2003, p. 3.
[2]LUKACS Georg, Histoire et conscience de classe. Essais de dialectique marxiste, trad. K. Axelos & J. Bois, Paris, Minuit, 1960 (1923).
[3]Exemple parmi tant d'autres, Thomas Sablowski, rédacteur en chef de la revue Prokla, déclare : « Mais l’analyse marxienne du fétichisme peut également se comprendre en ce sens que les mécanismes du mode de production capitaliste, bien qu’ayant l’apparence de “nécessités”, doivent néanmoins être interprétés en termes de domination d’une classe » (« Fallstricke der Globalisierungskritik », in Globalisierungskritik und Antisemitismus, Francfort, Wissenschaftlicher Beirat von Attac, 2004, p. 18).
[4]LUKACS G., « La réification et la conscience du prolétariat » (1923), in Histoire et conscience de classe, op. cit., p. 224.
[5] Ibid., p. 110.
[6] Cette conception est discutée en profondeur dans la section « La critique sociale faite du point de vue du travail », in POSTONE Moishe, Temps, travail et domination sociale, Paris, Mille et Une Nuits, 2009 (1993), p. 103 sq.
[7]LUKACS G., « Remarques méthodologiques sur la question de l’organisation » (1922), in Histoire et conscience de classe, op. cit., p. 353.
[8] Realmetaphysische : On trouve, dans le texte d’« autoprésentation » du groupe Exit!, une définition de ce terme apparemment calqué sur Realpolitik : « Dans ses rapports sociaux, la modernité n’a nullement surmonté la métaphysique, comme elle en est persuadée, mais l’a simplement arrachée à son vieil enracinement religieux dans la transcendance pour la ramener à une immanence purement terrestre ; elle n’est pas “postmétaphysique” mais, par comparaison avec les anciennes formations agraires, “realmétaphysique” d’une manière nouvelle », cf. www.exit-online.org/text.php?tabelle=selbstdarstellung. (N.d.T.)
[9] Pour une critique du « matérialisme dialectique », lire également Höner Christian, « Zur Kritik von Dialektik, Geschichtsteleologie und Fortschrittsglaube », in Krisis, n°28, 2004.
[10]Trenkle cite ici Engels : « Hegel a été le premier à représenter exactement le rapport de la liberté et de la nécessité. Pour lui, la liberté est l’intellection de la nécessité », ENGELS Friedrich, Anti-Dühring, Paris, Editions Sociales, 1973, p. 142. (N.d.T.)
[11] Cf. LOHOFF Ernst, « Die Verzauberung der Welt », in Krisis, n°29, 2005.
[12]LUKACS G., « La conscience de classe » (1920), in Histoire et conscience de classe, op. cit., p. 73.
[13]Ibid.
[14] LUKACS G., « Remarques méthodologiques sur la question de l’organisation », loc. cit., p. 367.
[15] Ibid., p. 356.
[16] Fantômas, n°4, op. cit., p. 4.
[17]Expression utilisée par Marcel van der Linden qui, suivant Gerald Cohen, définit cette classe comme regroupant « tout porteur de force de travail appartenant à la classe des travailleurs subalternes, dont la force de travail est vendue ou louée à une autre personne, par suite d’une coercition d’ordre économique ou non économique. La question de savoir si ce porteur offre sa force de travail de son plein gré et s’il est propriétaire de ses moyens de production n’entre pas en ligne de compte » (VAN DER LINDEN Marcel, « Das vielköpfige Ungeheuer. Zum Begriff einer WeltarbeiterInnenklasse », in Fantômas, n°4, op. cit., p. 34).
[18] HARDT Michael & NEGRI Antonio, Empire, trad. D.-A. Canal, Paris, Exils, 2000 (2000) ; HOLLOWAY John, Changer le monde sans prendre le pouvoir. Le sens de la révolution aujourd’hui, trad. S. Bosserelle, Paris, Syllepse, 2007 (2002).
[19] Ce n’est pas le lieu ici d’examiner en détail les différentes formulations et les causes sous-jacentes de cette hypostase chez Hardt/Negri et Holloway. Pour ce qui concerne Hardt/Negri, je me réfère à l’article de JAPPE Anselm, « Des Proletariats neue Kleider », in Krisis, n°25, 2002 (trad. française : « Les habits neufs du marxisme traditionnel », in JAPPE Anselm & KURZ Robert, Les habits neufs de l’empire. Remarques sur Negri, Hardt et Rufin, Paris, Lignes/Léo Scheer, 2003).
[20] HARDT/NEGRI, Empire, op. cit., p. 94.
[21]HOLLOWAY, Changer le monde sans prendre le pouvoir, op. cit., p. 293.
[22]Ibid., p. 268, souligné par Trenkle.
[23] Plus loin, Holloway exploite lui aussi la métaphore vampirique : « Ce qui existe et qui est nié n’est pas seulement un projet : cela existe. Cela existe comme créativité dont le capital dépend. Cela existe comme le sang qui constitue la seule nourriture du vampire capitaliste » (ibid., p. 295).
[24] Ibid., p. 265.
[25]Ibid., pp. 249-250.

jeudi 5 avril 2012

Die Phasen der Krisenverschiebung und ihre Grenzen (Leseprobe)


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Kapitel 3.5.5
„Die wahre Schranke der kapitalistischen Produktion ist das Kapital selbst, ist dies: daß das Kapital und seine Selbstverwertung als Ausgangspunkt und Endpunkt, als Motiv und Zweck der Produktion erscheint, daß die Produktion nur Produktion für das Kapital ist, und nicht umgekehrt die Produktionsmittel bloße Mittel für eine stets sich erweiternde Gestaltung des Lebensprozesses für die Gesellschaft der Produzenten sind. Die Schranken, in denen sich die Erhaltung und Verwertung des Kapitalwerts, die auf der Enteignung und Verarmung der großen Masse der Produzenten beruht, allein bewegen kann, diese Schranken treten daher beständig in Widerspruch mit den Produktionsmethoden, die das Kapital zu seinem Zweck anwenden muß und die auf unbeschränkte Vermehrung der Produktion, auf die Produktion als Selbstzweck, auf unbedingte Entwicklung der gesellschaftlichen Produktivkräfte der Arbeit lossteuern. Das Mittel – unbedingte Entwicklung der gesellschaftlichen Produktivkräfte – gerät in fortwährenden Konflikt mit dem beschränkten Zweck, der Verwertung des vorhandenen Kapitals. Wenn daher die kapitalistische Produktionsweise ein historisches Mittel ist, um die materielle Produktivkraft zu entwickeln und den ihr entsprechenden Weltmarkt zu schaffen, ist sie zugleich der beständige Widerspruch zwischen dieser ihrer historischen Aufgabe und den ihr entsprechenden gesellschaftlichen Produktionsverhältnissen.“ (MEW 25, S. 260)
Als Marx Mitte des 19. Jahrhunderts diese Zeilen schrieb, lag die Schwelle noch in ferner Zukunft, an der die vom Kapital selber unermüdlich vorangetriebene Produktivkraftentwicklung die auf dem Wert beruhende Produktionsweise unhaltbar machen muss. Heute sieht das ganz anders aus. Als auf der Wertverwertung beruhendes Selbstzwecksystem hat der Kapitalismus schon mit dem Auslaufen des fordistischen Booms in den 1970er Jahren seine historische Schranke erreicht. Die klassische Quelle kapitalistischen Reichtums, die Schaffung von tatsächlichem Wert durch die produktive Vernutzung lebendiger Arbeit, sprudelte im Gefolge der Produktivkraftentwicklung immer schwächer, und mit dem Durchbruch der dritten industriellen Revolution spitzte sich diese Entwicklung katastrophisch zu. Der basale Prozess der Auszehrung lebendiger Arbeit machte sich an der Oberfläche als strukturelle Überakkumulation von fungierendem Kapital bemerkbar. Gemessen an den strukturell rückläufigen Verwertungsmöglichkeiten herrschte ein Überangebot an fungierendem Kapital, und die private Kapitalakkumulation stockte. In dieser Situation hatten sich der Staat und die Zentralbank an einer letztlich unlösbaren Aufgabe versucht: den Ausfall des privaten Sektors als Motors der Akkumulation zu kompensieren. Doch mit der neoliberalen Revolution eröffnete sich ein vorübergehender Ausweg aus diesem Dilemma.
Eigentlich war die kapitalistische Gesellschaft schon Ende der 1970er zu reich für die armselige kapitalistische Reichtumsform des Werts geworden. Trotzdem brachten die folgenden Jahrzehnte statt einer manifesten Zuspitzung der Krise eine neue Boomphase. Der Kapitalismus setzte sich über die historische Schranke hinweg, die ihm als Selbstzwecksystem der Wertverwertung gesetzt ist, indem er zu einem auf der Vorabkapitalisierung künftiger Wertproduktion gründendem Selbstzwecksystem mutierte. Die Schwäche der Kapitalakkumulation war behoben, als sich der Schwerpunkt der Kapitalvermehrung von der Realwirtschaft zur Finanzindustrie, von der Produktion von Waren 1ter Ordnung zur Produktion von Waren 2ter Ordnung verschob. In dem Maß wie die Expansion der Eigentumstitelproduktion die tatsächliche Vernutzung lebendiger Arbeit als Hauptquelle kapitalistischer Reichtumsproduktion ablöste, verschwand das Missverhältnis von bereits akkumuliertem Kapital und neuer Kapitalbildung und mit ihr die Überakkumulationskrise.
Mittelfristig betrachtet, war der Übergang vom klassischen zum inversen Kapitalismus sicherlich eine geradezu geniale Lösung zur Sicherung des Systemerhalts, eine Sicherung, die freilich ohne jedes Bewusstsein ihres Zusammenhangs in die Tat umgesetzt worden war. Längerfristig betrachtet, trug sie allerdings nur dazu bei, die Widersprüche der 1970er-Jahre-Krise auf einem um das Vielfache gesteigerten Niveau zu reproduzieren. Der Traum vom grenzenlosen Wachstum, der auf dem Höhepunkt des finanzindustriellen Booms und der neoliberalen Euphorie in den 1990er Jahren grassierte, musste platzen. Auch das neue Expansionsfeld, die Vermehrung von Kapital durch die beständig beschleunigte Eigentumstitelproduktion, hat Grenzen – und diese werden weit schneller erreicht als die des Wertverwertungssystems. In seiner klassischen Gestalt, als ein auf tatsächlicher Vernutzung lebendiger Arbeitskraft gegründetes System, brauchte der Kapitalismus rund 250 Jahre, um sich an seine historische Schranke heranzuarbeiten. Die auf der immer rasanteren Vorabkapitalisierung künftiger Wertproduktion fußende Ordnung gelangt in einem Bruchteil dieser Zeit bis zu dem Punkt, an dem es kollabieren muss.
Lässt man die Entwicklung des inversen Kapitalismus von seinen Anfängen bis zum Herbst 2008 Revue passieren, dann gliedert sie sich grob gesprochen in drei Perioden. Diese unterscheiden sich nicht zuletzt durch die Rolle, die Staat und Zentralbank jeweils für die Dynamik innerprivatwirtschaftlicher fiktiver Kapitalschöpfung spielen. In der Startphase des postfordistischen Booms übernahmen die staatlichen Instanzen den Part des Tempomachers. Die neoliberalen Installationsregimes, allen voran die Reagan-Administration, nutzten die Möglichkeiten staatlicher Macht konsequent dazu, um die transnationale Eigentumstitelproduktion auf Fahrt zu bringen. Indem sie in einem damals noch sensationell anmutenden Maß die Staatsverschuldung nach oben schraubte, stellte speziell die US-Regierung selber ein weites Anlagefeld zur Verfügung, auf dem sich brachliegendes Geldkapital in fiktives Kapital verwandeln konnte. Gleichzeitig erweiterte sie durch die breitflächigen Privatisierungen den Kreis der realwirtschaftlichen Hoffnungsträger und Eigentumstitelverkäufer, während die Deregulierung die Fertigungstiefe der Finanzindustrie veränderte. So ermöglichte sie es, dass sich künftig eine sprunghaft steigende Masse von Eigentumstiteln auf denselben realwirtschaftlichen Hoffnungsträger bezieht.
Diese Neuorganisierung des kapitalistischen Gefüges war von durchschlagendem Erfolg gekrönt, und so konnte die kurze Ära der ursprünglichen Akkumulation weltmarktunmittelbaren fiktiven Kapitals in der zweiten Hälfte der 1980er Jahre in eine Phase selbsttragender beschleunigter Akkumulation von Waren 2ter Ordnung übergehen. In dieser goldenen Epoche des fiktiven Kapitals war die Dynamik innerprivatwirtschaftlicher Kapitalschöpfung stark genug, um auch ohne große zusätzliche Hilfestellung von Staat und Zentralbank die Weltwirtschaft in eine Boomphase zu treiben, während Staat und Zentralbank sich auf eine Begleitfunktion beschränken konnten.
Der neoliberalen Doktrin entsprechend blieb in dieser Phase, die mit dem New-Economy-Boom ihren Höhepunkt und Abschluss erreichte, die Hauptrolle dem freien Spiel der „Marktkräfte“ überlassen. Diese Epoche ging mit dem Crash im Frühjahr 2000 zu Ende. Seitdem hat die weitere Ausdehnung der innerprivatwirtschaftlichen finanzindustriellen Produktion ihren selbsttragenden Charakter eingebüßt. Staat und Zentralbank haben primär eine Stützfunktion übernommen, die zwar als unmittelbare Krisenintervention gedacht war, die sie aber nicht mehr los wurden. Ohne Niedrigzinspolitik und Deficit Spending war die privatwirtschaftliche Kapitalschöpfung nicht mehr auf Expansionskurs zu halten. Der letzte große Krisenschub, die Finanzmarktkrise vom Herbst 2008, leitete wiederum zu einer vierten Phase über. Angesichts des Mangels an geeigneten Hoffnungsträger wird aus der staatlichen Stützfunktion immer mehr eine Ersatzfunktion. Zentralbank und öffentliche Hand können sich nicht mehr damit begnügen, die innerprivate Bildung von Eigentumstiteln zu flankieren, vielmehr ist die Staatsblase zum wichtigsten Element der Bildung von fiktivem Kapital geworden.
Nach 30 Jahren inversem Kapitalismus befindet sich das warenproduzierende Weltsystem damit in einer Lage, die deutliche Parallelen zur Situation der 1970er Jahre aufweist. Genauso wie damals lahmt in fast allen kapitalistischen Kernländern, insbesondere in den USA, die private Kapitalakkumulation. Staat und Zentralbank versuchen zwar nach Leibeskräften, die Kapitalvernichtung zu verhindern und die Neubildung von Kapital anzuschieben, doch weil die grundlegende Problematik unlösbar ist, verändert sich unter der Hand sukzessive der Charakter der staatlichen Interventionen. Ähnlich wie in der zweiten Hälfte der 1970er Jahre, als das keynesianische Programm nicht mehr griff, sind staatliche Verschuldung und der bereitwillige Ankauf von Eigentumstiteln durch die Zentralbanken zu denkbar günstigen Konditionen immer weniger Starthelfer privater Kapitalakkumulation und immer mehr deren Substitut.
Dieser Neo-Spätkeynesianismus stemmt sich allerdings gegen einen noch weit mächtigeren Kapitalvernichtungsdruck als sein Vorgänger Ende der 1970er Jahre. Das warenproduzierende Weltsystem steuert nämlich heute schnurstracks in eine doppelte Überakkumulationskrise hinein, und der Krisenschub vom Herbst 2008 war nicht viel mehr als ein erstes Wetterleuchten. Zum einen herrscht angesichts fehlender realwirtschaftlicher Hoffnungsträger und Bergen aufgehäufter, nicht mehr realisierbarer Waren 2ter Ordnung eine strukturelle finanzindustrielle Überakkumulation, zu der es keine Parallele in der Geschichte gibt. Das eklatante Missverhältnis zwischen den immer knapper werdenden, halbwegs renditeträchtig erscheinenden Anlagemöglichkeiten in der Privatwirtschaft einerseits und den aufgehäuften Massen finanzindustriell entstandenen Geldkapitals andererseits setzt eine gigantische Vernichtung von Waren 2ter Ordnung auf die historische Tagesordnung. Die innerprivatwirtschaftliche Neuproduktion von Waren 2ter Ordnung bleibt derzeit deutlich hinter den Wachstumsraten zurück, die für die Aufrechterhaltung des inversen Kapitalismus nötig wären.
Wenn aber die Kapitalakkumulation durch beschleunigte Eigentumstitelvermehrung an ihre Schranken stößt, muss auch die strukturelle Überakkumulation von fungierendem Kapital stärker denn je manifest werden. Die explosionsartige Ausdehnung des fiktiven Kapitals hat die basale Krise der Wertverwertung drei Jahrzehnte lang immer nur überspielt. Die Ursache dieser Krise, die unumkehrbare Verdrängung lebendiger Arbeit aus dem unmittelbaren Produktionsprozess, ist aber nie beseitigt worden, sondern hat im Gegenteil in den letzten Jahrzehnten im Windschatten der Mirakelökonomie eine neue Qualität angenommen. Daher muss sie zusammen mit der Überakkumulationskrise, in die das fiktive Kapital gerät, mit aller Macht durchschlagen. Fällt die durch die Dynamik fiktiver Kapitalschöpfung entstandene Möglichkeit induzierter Wertverwertung weg, dann zeigt sich unweigerlich, dass der vorhandene Stock an fungierendem Kapital – gemessen an den durch die Produktivkraftentwicklung limitierten Möglichkeiten zu tatsächlicher Wertverwertung – noch nie derart heillos überdimensioniert war wie heute. Der in der Expansionsphase der Eigentumstitelproduktion aufgestaute Kapitalvernichtungsbedarf muss sich daher beim fungierenden Kapital gewaltsam Bahn brechen.
Das fundamentale Problem der modernen Gesellschaft ist die kapitalistische Reichtumsform. Die Unterwerfung unter die Herrschaft von Wert, Ware und Geld ist nicht nur zerstörerisch für die erste Natur und für die Menschen, sie führt sich darüber hinaus selber ad absurdum. Die produktiven Möglichkeiten der Gesellschaft sind für den armseligen Inhalt der kapitalistischen Produktionsweise, die Verwertung des Werts, viel zu weit entwickelt. Der Kapitalismus hat eine Fülle an stofflichem Reichtum hervorgebracht, der sich nicht mehr als vergangene tote Arbeit, als tatsächlicher Wert darstellen kann. Die fungierenden Kapitalien türmen Produktberge über Produktberge auf, aber diese repräsentieren immer weniger Wert. Das ist der wahre Grund für die kapitalistische Krise, und er verweist zugleich darauf, dass das Vergesellschaftungsprinzip des Werts auf den Müllhaufen der Geschichte gehört.
Die kapitalistische Gesellschaft hat einen Weg gefunden, um provisorisch und nur scheinbar zur Deckung zu bringen, was nicht zur Deckung zu bringen ist. Sie hat den Mangel an tatsächlicher Wertproduktion dadurch behoben, dass sie, vermittelt über eine explosionsartige Produktionssteigerung von Waren 2ter Ordnung, in großem Stil zusätzlichen künftigen Wert vorab kapitalisiert und heute schon in den kapitalistischen Kreislauf einspeist. Der derzeitige Reichtum der kapitalistischen Gesellschaft beruht auf dem Vorgriff auf eine Zukunft, die sie gar nicht hat. Stößt diese Krisenlösung, die nie etwas anderes als eine Krisenverschiebung gewesen ist, an ihre Grenzen, wird sie zum Krisenverstärker. Die Gesellschaft steht daher vor der Alternative, den stofflichen Reichtum der kapitalistischen Reichtumsform zu opfern oder sich vom Diktat von Wert, Geld und Warenform zu emanzipieren. 

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