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vendredi 30 septembre 2011

Nous avions promis nous avons tenu parole...

Le "copwatch" (littéralement, surveillance de flics) est une pratique lancée aux États-Unis par le mouvement des Black Panthers dans les années 1960.

En décembre 2010, une polémique digne d'une comédie est née suite à la diffusion d'une dizaine de photos de policiers en civil parisiens. Le syndicat Alliance, à la pointe de la contestation policière, par l'intermédiaire de son secrétaire général Jean Claude Delage, s'en est allé pleurnicher auprès du ministre de l'intérieur de l'époque Brice Hortefeux, qui a immédiatement porté plainte. Comme de bien entendu, une enquête judiciaire a été ouverte (voir document en bas de page) à l'encontre de la pratique du COPWATCHING. Cette technique de lutte qui consiste à observer, répertorier et empêcher les violences policières a été rapidement criminalisée et réduite par les médias à une vulgaire réaction « antiflic ». En France, filmer les violences et dérives de la police est aussitôt pour eux devenu un délit.
Aujourd'hui, après des mois d'élaboration et parce qu'il était nécessaire de le faire, le premier site dédié au copwatching en France est né . Regroupant les données collectées dans un premier temps sur trois agglomérations du Nord de la France, Paris, Lille et Calais, ce site est consacré à la diffusion de renseignements précis sur l'ensemble des forces de l'ordre par le biais d'articles, d'images (photos et vidéos), mais aussi et surtout de trois larges bases de données sur la police. Ces bases de données, accessibles par tous, permettront à toute personne victime d'abus, d'humiliations ou de violences de la part des flics, d'identifier le ou les policiers auteurs de ces actes. Désormais, il ne sera plus question de quelques photos publiées de façon hasardeuse sur des sites dispersés, mais une mise en commun de dizaines de témoignages et d'images permettant d'avoir une vue d'ensemble des pratiques policières.Un accent tout particulier sera mis sur la surveillance des policiers en civil qui, sous couvert d'anonymat ont tendance à se comporter comme une milice politique digne de certains régimes autrement plus totalitaires. De Tunis à Millau, en passant par Téhéran, Paris et Athènes, les milices en civil ont retrouvé leur place dans les rangs de la répression d'État. Face à la montée du racisme et dans la prévision d'une nouvelle victoire idéologique de l'extrême-droite, ce site veut anticiper les futures violences de flics confortés par un pouvoir toujours plus fascisant. Par expérience, nous savons que le Front National et ses rejetons identitaires constituent un vivier pour beaucoup de flics, qui n'attendent que le moment où le pouvoir, qu'il soit sarkozyste ou lepeniste, leur lâchera la bride..
La recrudescence des actes violents commis par les forces de l'ordre, en toute impunité le plus souvent, ne nous a guère laissé d'autre possibilité. Toute compassion ou toute empathie pour les flics est exclue de ce site: nous considérons que les policiers ou les militaires, si tant est qu'ils ont un cerveau pour penser, savent dans quoi ils sont engagés et le font en toute conscience. Et la pénibilité de leur tâche n'excuse en rien leurs dérives autoritaires et violentes. Ces derniers temps, des vidéos montrant les dérives de la Police Aux Frontières (PAF) de Coquelles (Calais) envers les migrants a atteint le comble de l'ignominie et a considérablement renforcé notre volonté de combattre cette machine répressive et l'idéologie nauséabonde qui l'accompagne.
Après avoir infiltré des forums glorifiant la police nationale et des groupes facebook policiers, nous avons pu voir à quel point la xénophobie, les liens intimes avec les milieux néo-nazis et la diffamation atteignent des sommets, il nous est apparu indispensable de pointer du doigt ces attitudes malsaines et infantiles dans la police. Il nous a semblé crucial de démontrer que cette tendance est directement responsables des abus qui se multiplient, et qui peuvent amener des personnes à êtres mutilées ou assassinées par des tirs de flashball ou de taser, intimidées, humiliées, harcelées sexuellement ou frappées en garde-à-vue, par des policiers toujours plus confortés dans leur sentiment d'impunité.
Nous n'hésiterons pas à user de termes sévères à l'égard de la Police et de la Gendarmerie, car nous considérons ces institutions comme la fosse commune de l'humanité, le charnier de l'évolution, la mise à mort quotidienne de la déontologie et de l'éthique. Nous serons sans équivoque.
Ce site est véritablement à la disposition de toute personne ayant été témoin ou ayant subi la répression policière. Les informations qui nous seront communiquées seront vérifiées scrupuleusement et confrontées à d'autres témoignages si nécessaire, avant d'être diffusées.

La police n'a pas été créée pour protéger la population, mais pour la mettre au pas. Elle est un outil au service du Pouvoir, pour empêcher toute velléité de révolte et la tuer dans l'œuf, pour imposer un ordre social protégeant les élites et le système qui les engraisse.
Policiers, nous vous identifierons tous un-à-un,
Que votre impunité trouve une fin...

Communiqué

A l'attention des syndicats de police

  C'est sans surprise que nous constatons que le second syndicat de policiers, ALLIANCE, a réagi à la création du site internet copwatch nord-idf. Alliance tente une stratégie de communication que nous connaissons que trop bien. D'abord on fait passer le site pour anti- flic puis on fait croire que les familles de policiers vont être mises en danger. Tout cela est une belle mise en scène mais il faudrait parfois penser à évoluer. Ce site ne diffuse et ne diffusera jamais une seule donnée concernant les familles des policiers et comme nous l'avons dit précédemment, toutes ces informations récoltées sont basées sur un travail de terrain, d'observation, de contre-renseignement mais aussi de ruses. Nous appliquons les mêmes méthodes que vous, à la seule différence que vous, vous détruisez des familles entières. Avez vous réagi à la diffusion de policier de la PAF de Coquelles tabassant les migrants de Calais???NON.

          Pendant des mois nous n'avons rien dit, mais alors rien, mais qu'est ce qu'on a bossé sur vous. Et des choses, on va vous en montrer....

          Les méthodes anglo-saxonnes en matière de lutte contre l’oppression et la répression des forces de sécurité sont sans doute les meilleurs en la matière. Les polices états-uniennes subissent le copwatch depuis 20 ans et les résultats ont été sans équivoque. En conséquence et cela dans un futur proche, nous dévoilerons de nouvelles vidéos sur la répression calaisienne à l'encontre des migrants et des activistes. A Lille, une enquête sur les relations entre la police Lilloise, supporter fasciste du losc et groupe néo nazis de la maison flamande sera divulguée après 8 mois de recherches. Enfin à Paris, c'est la chasse aux pauvres et toutes les violences commises depuis des mois que nous diffuserons. Nous conseillons aux syndicats policiers de mesurer leur propos et leur menace au vu de ce que nous possédons. Nous allons montrer qui vous êtes réellement et la répression quotidienne que vous faites subir à la frange la plus pauvre de la population.

Nous étendrons le copwatching, nous vous l'imposerons et vous le subirez.


Des individus




 Répression face au mouvement lycéen a Paris

Ce faux bruit "d'un mois de vacance en moins décidé par Sarko" est un artifice destiné a ridiculiser par-avance tout Mouvement lycéens.




Au lycée Dorian à Paris, un groupe de lycéens à tenté à plusieurs reprises de mettre en place un blocage. L’administration plutôt que d’aller discuter avec ces lycéens a décidé d’appeler directement la police. Un lycéens a été mis en garde à vue durant 34h pour avoir selon un élève de l’établissement tenté d’enflammer un journal. Les jeunes manifestants ont ensuite été gazés peu après des contrôles d’identité. Plusieurs jeunes ont eu les yeux irrités par les gazes.
Ce jeudi, le lycée Dorian a de nouveau eu droit à des tentatives de blocage mais pour d’autres raisons. Les lycéens dénoncent depuis un an le refus de l’administration de les laisser sortir durant la pause déjeuner. L’action ne concernait donc cette fois pas la défense de l’école publique. Toutefois, une 15 ène de policiers étaient à nouveau présents, l’un d’eux avec probablement un flash ball dans les mains. Les forces de l’ordre auraient bousculé vigoureusement les élèves qui tentaient de résister en faisant une chaine humaine. Un second lycéen a été interpellé.
Ailleurs en Ile de France, d’autres lycées étaient concernés aujourd’hui par des blocages en rapport avec la journée de mardi. Toutefois ce mouvement ne semble pas encore prendre de l’ampleur et devrait à priori cesser d’ici la prochaine journée de manifestation nationale.

jeudi 29 septembre 2011

Les Aventures de la marchandise


Résumé du chapitre 3 : Critique du travail (Les Aventures de la marchandise d'Anselm Jappe, Denoël, 2003)



Catégories historiques et catégories logiques
   
 La transformation d'une somme initiale d'argent en une somme supérieure par le truchement d'une marchandise ne peut devenir le principe de base d'une société que lorsque cette marchandise crée elle-même de la valeur : à savoir la faculté de travail. C'est parce que le capitaliste dispose comme il veut de cette marchandise qu'est la faculté de travail qu'il peut en extraire une plus-value, en usant de cette faculté (du travail vivant) au-delà du temps nécessaire à son achat. L'argent destiné à l'achat de la force de travail est le capital variable, tandis que le capital investi pour l'achat des moyens de production est le capital fixe.
 
Cette “genèse” du capital pourrait sembler contre-intuitive. Car l'on sait qu'historiquement le premier capital a été commercial, que la division de la société (avec elle l'exploitation) pré-existe au capitalisme. Ici, au contraire, c'est le capital industriel qui semble premier, tandis que la production systématique de marchandise (et donc de plus-value) porte en elle la division entre capital et travail salarié. Mais c'est aussi que Marx ne cherche pas tant à décrire un processus historique à partir de la réalité empirique qu'à démontrer qu'à partir d'une forme aussi simple que la marchandise peut se développer, au niveau logique, le capitalisme. Or la genèse historique des catégories ne correspond pas à leur genèse logique, et l'ordre d'apparition des catégories historiques et logiques est même “inverse”. Si, historiquement, le capital s'est développé dans la sphère de la circulation, dans le capitalisme, c'est exclusivement dans la production que naît le capital : et s'il semble naître dans la circulation, il n'est néanmoins qu'une déduction du profit réalisé dans la production. De même, le travail abstrait est, historiquement moins une présupposition qu'une conséquence du développement capitaliste des forces productives.
 
En procédant ainsi, par l'interprétation logique, Marx vise à montrer que le capitalisme n'est qu'une dérivation de ce qui est contenu dans le concept de marchandise. De ce fait aussi, il tient lié contenu et méthode car la société marchande est aussi cette société dans laquelle les catégories abstraites constituent le moment premier de la vie sociale tandis que les hommes n'en sont que les exécuteurs.
   
Le sujet automate
 
Pour Marx, les classes naissent du fait que “les marchandises et l'argent ne peuvent pas aller d'eux-mêmes au marché”, et elles ne sont que les exécutrices de la logique des composants du capital. Les capitalistes sont la “personnification du capital”, tout comme les ouvriers ne sont que “le travail personnifié”. Même si Marx s'indigne des méfaits de la bourgeoisie, il n'explique pas le fonctionnement structurel du capitalisme par leur rapacité, c'est-à-dire leur psychologie ou leur (manque de) morale. Le capitalisme n'est pas un ensemble de rapports personnels de domination qui masque sa réalité derrière l'apparence d'un procès naturel. Pour Marx, “la valeur se présente comme un sujet” (Grundrisse) et l'homme n'est que l'exécuteur de sa logique. Dans la théorie du fétichisme, les sujets ne sont pas les hommes, mais leurs relations objectivées. Si ce sont bien eux les créateurs de la marchandise, le fétichisme en est un “résultat non-voulu” (Jappe) qui conduit les hommes à objectiver les rapports sociaux dans les choses. 
 
Le marxisme traditionnel, cependant, ne met pas en cause le travail en tant qu'abstraction réelle et le capital en tant que rapport social. Faisant l'impasse sur la critique du fétichisme, il fait du conflit entre travail salarié et capital une contradiction fondamentale entre deux réalités absolument séparée et hétérogène, alors qu'elles ne sont que deux formes de la valeur. Comme les économistes bourgeois, ils font du mode de production capitaliste une réalité pré-sociale, bien qu'ils insistent, face aux premiers sur l'importance de la production. Car ils commettent l'erreur d'identifier eux aussi “le procès social de production au simple procès de travail” (Marx), c'est-à-dire de confondre production de valeur et métabolisme de la société avec la nature. Or, cette distinction est décisive. Si l'on ne l'opère pas, la critique du capitalisme se fait autour de la répartition de la valeur, c'est-à-dire de sa distribution. On critiquera l'échange apparemment égal de marchandises qui vient masquer l'arnaque qui a lieu dans la production, avec l'achat de la marchandise force de travail et l'extorsion de plus-value, et l'on verra dans l'abolition du marché la condition suffisante d'un dépassement de la production de marchandises. Mais ce qui fait d'un produit une marchandise n'est pas son passage par le marché mais le fait qu'il soit produit par le travail abstrait, c'est-à-dire “des activités déjà égalisées en tant que quantités de temps abstrait”. Il s'ensuit que pour dépasser le mode de production capitaliste, il ne faut pas seulement s'en prendre à la plus-value (et donc mettre l'accent sur la contradiction capital/travail) mais abolir la valeur elle-même.
 
L'erreur des marxistes traditionnels est de faire du fétichisme “une représentation erronée, et non une inversion de la réalité” (Marx). Pour eux, la révélation de Marx tient dans le fait qu'il démontre que derrière des échanges qui se font apparemment entre égaux se cache l'exploitation et la domination de classe. Et il est vrai que le Manifeste communiste, par exemple tend à ne faire du capitalisme qu'une forme modernisée d'une exploitation, d'une “domination personnelle” qui existe depuis toujours. Mais les écrits plus tardifs de Marx distinguent les modes de production précapitalistes, comme simples rapports d'appropriation du surproduit et le mode de production capitaliste où l'on s'approprie de la valeur : car il est évident que “L'ouvrier ne produit pas de la valeur comme le paysan produit du blé” (Jappe).
   
Ce que les épigones ont fait de la théorie de Marx
 
Aussi bien Engels que Proudhon (malgré leurs critiques réciproques) n'ont pas su différencier travail abstrait et travail concret, production de valeur pour le capital et production de valeur d'échange. Ils valorisaient le travail en imaginant une société du travail honnête d'où serait absente la dynamique de la plus-value. Leur critique, à l'inverse, sur le seul argent, oubliait aussi que la fin de celui-ci, comme marchandise universelle, signifie aussi la dissolution du “travail”. D'un point de vue théorique, ils ne sont attachés qu'au second niveau de la représentation fétichiste, où la valeur se représente dans la valeur d'échange, en omettant qu'il y a problème dans la représentation du travail dans la valeur. Au point que nombres de marxiste ont critiqué le marché comme élément de dévoiement de la valeur qui pourrait être une instance neutre de régulation.
 
Mais si une telle erreur a été commise, ce n'est pas tant par manque de lucidité que parce que l'on était en plein déploiement du mouvement ouvrier. Cette posture théorique était en adéquation avec une dynamique d'intégration du mouvement ouvrier au capitalisme. Face à une bourgeoisie refusant aux prolétaires d'essayer de vendre leur force de travail au meilleur prix (comme n'importe quels autres propriétaires de marchandises), le mouvement ouvrier a servi d'accélérateur, grâce au grèves et au syndicats. “Le mouvement ouvrier était l'expression du fait que la diffusion de la valeur, en tant que rapport de production, allait beaucoup plus vite que la diffusion des formes juridiques, politiques et culturelles basées sur la valeur et qui ont pour horizon l'égalité abstraite de tous les citoyens du même État. La lutte des classes a été la forme de mouvement immanente au capitalisme, la forme dans laquelle s'est développée sa base acceptée par tout le monde : la valeur” (Jappe, p.109). Il y a une identité entre capital et travail salarié qui s'exprime aujourd'hui assez clairement dans des accords comme ceux qui ont été signés récemment à Mirafiori où les intérêts se composent autour d'un même but. L'exaltation du travail, la critique corrélative des oisifs (notamment... capitalistes) qui font travailler les autres et bouffent le surproduit est absurde : non seulement les capitalistes doivent réinvestir mais ce n'est pas une question morale : stressés, délirants, les dominants d'aujourd'hui paraissent bien misérables, et tout à fait soumis à la valorisation sans fin.
Partie intégrante de la société du travail, le marxisme trad' fait du capital une force extérieure qui détourne une juste base matérielle. Correcteur des anachronismes de la bourgeoisie, le mouvement ouvrier a même été “à l'avant-garde du développement capitaliste”(Jappe). Il a poussé à la modernisation, au nom de la productivité et du confort, et s'est “identifié à la civilisation industrielle” (Jappe). L'URSS, la Chine, le Cambodge ont été les protagonistes furieux d'une logique d'accumulation que la qualification de “socialiste” ne doit pas voiler. L'École de Francfort fait parti des rares courants à avoir critiqué le travail et à avoir reparlé du fétichisme. Mais Adorno, par exemple, s'est éloigné d'une critique de l'échange capitaliste pour construire une critique de la “domination” qui finit par mettre au centre la critique du rapport instrumental à la nature comme élément essentiel de critique du travail capitaliste — au point de manquer ce qu'il y a de spécifique et d'unique dans le travail abstrait.
   
Le travail est une catégorie capitaliste
   
Il ne s'agit pas ici de faire du travail abstrait le mauvais travail et du travail concret le bon. Le travail concret ne peut pas exister sans l'autre : il est lui-même une abstraction car “il sépare une certaine forme d'activité du champ entier des activités humaines”(Jappe) et rassemble des activités que seule la valeur peut mettre sur le même plan. “Le travail concret n'existe dans cette société que comme porteur, comme base du travail abstrait, et non comme son contraire” (Jappe). L'un est l'autre doivent donc disparaître en même temps.
 
Difficile de cerner la position de Marx autour du travail. Il fait parfois échos à la tradition bourgeoise en valorisant simplement le travail comme acte créateur, en le posant comme pivot. Mais ailleurs, il affirme clairement la nécessité de l'abolition du travail et insistent sur le fait qu'il s'agit non de l'émancipation du travail mais des travailleurs. L'objectif est bien de se libérer du travail vivant en prenant appui sur le travail mort, c'est-à-dire le travail passé, les forces matérielles dé production, et de laisser à ce dernier le soin du métabolisme avec la nature. Aujourd'hui, nous vivons un moment où la science et le progrès de la technologie font que la richesse réelle dépend bien moins du temps de travail dépensé que de ce que les premiers permettent comme déploiement de puissance. Tant et si bien que le temps de travail ne peut plus être mesure de richesse. Mais puisque l'organisation sociale “reste sous l'emprise de la valeur”, la “diminution du travail créateur de valeur (...) se transforme en mauvaise nouvelle : ils ne mangent plus” (Jappe)
 
Le travail est une façon spécifique d'organiser les activités productives sous forme d'activité séparée. Devenue autonome et supérieure aux autres, cette sphère a des exigences qui deviennent la raison d'être de la société. Quand Marx fait du travail le principe constituant du monde et la source de la richesse, il ne s'agit pas d'une proposition anhistorique. C'est bien seulement dans le capitalisme que le travail accède à cette fonction structurante, et avec lui va un monde où la richesse consiste dans le temps de travail dépensé.  Dans les autres sociétés, la (distribution de la) richesse (matérielle) n'organise pas elle-même la société : ce sont des relations sociales ouvertes qui en organisent plutôt la distribution. “Dans toutes les sociétés précapitalistes, les activités qui médiatisent l'échange avec la nature étaient intégrées en rapports sociaux directs qui les dirigeaient et les distribuaient”(Jappe) Alors qu'avec le capitalisme ce sont ces activités elles-mêmes qui déterminent les rapports sociaux. Et il faut encore être plus précis : ce n'est pas la production matérielle qui fournit le principe de synthèse de la société moderne mais bien la production matérielle valorisable.
Se reporter au résumé du chapitre précédent, la marchandise cette inconnue.
 

dimanche 25 septembre 2011

La marchandise cette inconnue:

  

Résumé du chapitre 2 de « Les Aventures de la marchandise »

Le texte qui suit est un résumé du chapitre 2 de " Les Aventures de la marchandise ", d’Anselm Jappe (Denoel, 2003).

 

La double nature de la marchandise

La marchandise n'est pas une donnée naturelle contrairement à ce que pensent ceux qui s'affrontent uniquement sur le terrain de sa répartition. Malgré ce qu'en disent ceux qui se réclament traditionnellement de Marx, celui-ci avait fondé son oeuvre sur une analyse critique de cette fausse évidence. Éclairer et prolonger cette critique est le travail nécessaire - à la fois indispensable et allant de soi - de notre époque.
 
Marx décrit, avec la marchandise, le germe conceptuel de la société bourgeoise, le principe logique qui, en déployant sa structure interne contradictoire, en produit tous les phénomènes. Il faut donc s'attacher à saisir le propos fondamental exposant cette contradiction.
 
La marchandise est un bien disposant d'une propriété particulière puisque sa valeur d'usage incommensurable en tant que bien est complétée d'une valeur d'échange destinée à la comparer à toutes les autres marchandises sous un même rapport. La valeur d'échange est l'expression phénoménale d'une substance commune à toutes les marchandises.
 
Cette substance est le travail qui les a créées, vu sous l'angle indifférencié et uniquement quantitatif de la durée moyenne que l'on doit y consacrer globalement dans la société. La valeur – à ne pas confondre avec valeur d'échange – est la quantité de ce travail abstrait. Le travail producteur de marchandises a de fait aussi ce double aspect d'être concret en tant que tâche particulière accomplie dans un contexte donné, et abstrait en tant que temps de travail humain socialement dépensé.
 
Cette abstraction qu'est la valeur n'a pas d'existence en dehors des rapports entretenus dans une société où la marchandise est la forme dominante des échanges. Pour se manifester, la valeur nécessite le contexte d'un rapport d'échanges entre marchandises. Dans ce rapport asymétrique mais renversable, la valeur de l'une, qui exprime leur substance commune, va être exprimée par la valeur d'usage de l'autre. Mais l'échange entre marchandises est la généralité, aussi la valeur d'une marchandise s'exprime dans n'importe quelle valeur d'usage1  . Toutes les marchandises trouvent donc leur équivalent dans la forme simple et unitaire d'une marchandise donnée qui est immédiatement équivalent général. C'est l'argent qui va jouer ce rôle. La marchandise explique l'argent et non le contraire.
 
La conséquence fondamentale de cette analyse est le caractère fétiche de la marchandise. L'activité sociale qu'est le travail productif n'est plus perceptible aux travailleurs que sous l'aspect objectivé de la forme marchande. Ils ne sont de plus pas conscients d'être les agents de cette objectivation par la façon quasi exclusive qu'ils ont de produire et d'échanger des biens sous forme de marchandises. Ils tirent donc du mouvement apparent des choses la conviction de lois "naturelles".
   
L'abstraction réelle
   
Les formes développées de la marchandise se déploient par la mise en relation dans l'échange, mais le ressort de la dynamique est déjà contenu dans sa forme simple où réside une opposition interne entre le pôle concret et le pôle abstrait. Dans un mouvement dialectique hégélien, il se produit une inversion qui se manifeste sous plusieurs conséquences. La face concrète devient une représentation de la face abstraite, tant dans le produit que dans travail, et chaque producteur de marchandises mène une activité propre qui s'avère immédiatement avoir une dimension sociale. Ainsi, aux yeux des producteurs de marchandises, la face concrète de leurs activités et de leurs produits ne trouvent plus de justification à leur existence que par le fait qu'elle donne une expression sensible à la face abstraite.
 
La valeur a donc des effets bien réels, des propriétés empiriques, tout en n'étant que le produit imaginaire et non conscient d'une certaine organisation sociale. C'est une abstraction dans un sens totalement différent de la notion de généralisation qui représente des éléments réellement existants sous une forme purement imaginaire.
 
La question radicale que pose Marx est celle-ci : pourquoi l'activité productrice prend-elle la forme de la valeur ?
 
La réponse qu'il apporte se fonde sur la double nature du travail producteur de marchandises qui intègre à tout moment deux dimensions incommensurables, sans séparation ni substitution possibles. Ce dédoublement entre face concrète et face abstraite ne peut pas être confondu avec des phénomènes qui mettent en avant une tension entre deux pôles d'une même nature. Par exemple la parcellisation qui mène du travail complexe au travail émietté, ou le dématérialisation qui change les proportions entre tâches matérielles et tâches immatérielles.
   
La valeur contre la communauté humaine
   
Dans les modes de production qui ont précédé la société marchande, les activités étaient intégrées au travail social sur la base de leur particularité, et non d'un principe universel sur lequel elles auraient du s'aligner. L'allocation des tâches et des produits pouvaient être fondée sur une tradition fétichisée ou une domination autoritaire, mais elle ne s'effectuait pas dans une sphère séparée des rapports sociaux manifestes. Le travail faisait donc partie d'une universalité concrète, au sens où Hegel définit ce concept (intégration des différences au terme d'un mouvement dialectique). Dans la société marchande, le travail fait au contraire partie d'une universalité abstraite (le principe qui rassemble les parties leur est extérieur). Ainsi la société assemblée sous le règne de la marchandise n'a pas la maitrise de ses activités, car la valeur, comme élément de comparaison entre elles, les pilotent dans son dos.
 
La complexité croissante des interconnexions nécessaires pour que des travaux privés effectués chacun de leur coté trouvent leur concrétisation dans un acte d'échange conduit au paradoxe d'une dépendance matérielle toujours plus accrue des producteurs de marchandises, alors même qu'ils sont indépendants sur le plan formel dans le but d'assurer l'interchangeabilité de leurs travaux sous l'angle de la valeur.
 
Dans la forme simple de la marchandise, il y a déjà la cause et la conséquence d'une formation sociale où les hommes n'organisent pas leurs rapports de production, puisque la dimension de lien social du travail est objectivée par la séparation des producteurs formellement indépendants. La synthèse sociale est produite par l'automouvement de la valeur qui démantèle les liens existants des sociétés où elle pénètre et exclut toute possibilité d'organisation alternative où elle est déployée. L'argent manifeste alors l'aliénation de la communauté : il est l'objet extérieur qui représente la connexion sociale réifiée des producteurs formellement indépendants.
  
La richesse au temps de la société marchande
   
Les productions de richesses matérielles et abstraites ne coïncident pas et sont souvent même antinomiques. Ce qui est concrètement produit par la société n'est qu'un support requis pour l'auto-accroissement de la valeur. Le travail abstrait créateur de valeur ne produit aucun contenu mais uniquement une forme d'organisation sociale. En effet, la valeur d'une marchandise ne résulte pas du travail concret de son producteur mais elle est déterminée par un détour abstrait qui constitue la façon dont la société dépense le travail d'une manière purement quantitative à un niveau global. La valeur peut ainsi se présenter de façon menaçante vis-à-vis du producteur de marchandises.
 
Le contenu concret des marchandises est indifférent dans le processus de valorisation. Seule l'existence de cet aspect concret est requise. Il en résulte que les liens sociaux qui s'établissent sur la base de productions de marchandises sont eux aussi abstraits, quantifiés, sans qualité propre et donc substituables et échangeables. Ils conduisent mécaniquement au développement des nuisances car seule la mesure règle les contenus sur lesquels se fixent les activités humaines.
 
Dans une société où la marchandise n'est pas prédominante, le travail concret se réalise toujours dans une finalité. La marchandise y est éventuellement présente mais circule dans la cadre de ces finalités. Cependant, cette situation n'est pas stable car le vendeur de marchandise peut s'engager dans une accumulation, sous forme de thésaurisation qui conserve la valeur, mais surtout dans la circulation qui l'augmente. Il engage ainsi un processus dans lequel la conservation de la valeur par son accroissement devient la finalité de la production. C'est ici que se constitue le renversement entre concret et abstrait et le basculement dans un mouvement tautologique. Le mode de production capitaliste est un processus fou où ses agents s'en remettent à un fétiche tautologique pour déterminer leurs activités et leurs liens.

 1 On retrouve là le fait que c'est bien le travail abstrait – forme indifférenciée des activités productives saisies sous l'angle seulement quantitatif de leur durée – qui constitue la valeur.

jeudi 22 septembre 2011

Hépatites et usages des drogues:


Premières analyses des résultats de l’enquête Asud/SOS Hépatites réalisée avec la collaboration de Harris Médical, qui révèle notamment de réelles difficultés d’accès aux soins.

L’organisation, la diffusion, et donc l’exploitation, de cette enquête n’a, bien évidemment, pas été sans difficultés. Certainement à cause de son format (8 pages), mais aussi d’un manque d'information de malades désespérés.   Bon nombre d’acteurs associatifs ou professionnels n’ont toujours pas pris conscience de la gravité de cette épidémie silencieuse.

Un virus qui ne rend pas malade ?


Ce manque de mobilisation est aussi dû à l’évolution lente et totalement silencieuse des hépatites virales. Comme beaucoup de maladies chroniques, les hépatites virales sont des maladies asymptomatiques, et même au stade cirrhose, à part une fatigue accrue, on ne se sent souvent pas malade. Il faut donc arriver à comprendre que c’est « quand on va bien » qu’il faut se traiter, même si le traitement est lourd. Bon nombre de malades traités ayant admis à tort être devenus malades « à cause du traitement », ceci explique aussi la mauvaise réputation de l’interféron. Seule la moitié d’entre eux ont guéri, et un autre quart ont pu calmer l’évolution de la fibrose. D’accord, l’interféron ça secoue, mais si c’est pour éviter de gros problèmes aux trois quarts des gens traités, le jeu en vaut peut-être la chandelle, non ? Il faut vraiment comprendre que ça n’est qu’en se formant et en s’organisant à l’avance, avec son entourage, qu’on arrive à tenir 1 an de traitement, plus les 6 mois difficiles d’attente des résultats.

Reste que ces résultats sont équivalents à ceux enregistrés pour d’autres maladies asymptomatiques et chroniques et ce, quels que soient les malades.

Savoir où en sont les lésions du foie


Si on est usager de drogue actif et que l’on n’a jamais rencontré d’hépatologue, il ne faut plus attendre pour évaluer réellement les lésions du foie, de façon à mettre en place une stratégie et une prise en charge adaptée à chaque situation. Si vous ne l’avez pas encore fait, sachez que c’est l’étape vraiment indispensable qui vous permettra de savoir si vous devez rapidement être formé et bénéficier d’un premier traitement interféron, pour guérir (dans le meilleur des cas), ou au moins pour calmer le jeu avant que n’arrivent de sérieuses complications morbides. Aujourd’hui comme hier, il ne sert à rien de faire la taupe face à la peur de la biopsie car d’autres moyens existent : par prise de sang (Fibro-Test®) ou par échographie spécialisée (Fibro-Scan®). Même s’ils ne sont pas encore faciles d’accès partout en France, ça vaut vraiment le coup de faire quelques kilomètres pour cet examen, surtout quand on sait qu’au moins 45 % des usagers ayant répondu à l’enquête sont déjà en pré-cirrhose (score Métavir F3).

Un traitement plus efficace, mais…


Grâce à cette enquête, nous avons constaté que la situation a évolué depuis 2001 : le traitement de référence actuel – la bithérapie Peg-interféron+ribavirine – a permis de passer juste au-dessous de la barre des 50 % de guérisons possibles. De plus, pour la moitié des malades n’ayant pas guéri, ce traitement permet quand même de réduire les lésions du foie, voire de bloquer ou ralentir sur 3 ans la progression de ces lésions. La moitié des répondants ont eu accès à un traitement, qui a également été proposé au tiers de ceux qui n’ont pas été traités. Aujourd’hui, la difficulté concerne surtout les usagers de drogues actifs et malades (au moins en hépatite modérée – score Métavir F2 –) pour lesquels il n’est plus raisonnable d’attendre en misant sur l’arrivée de nouvelles molécules. La mise à disposition des antiprotéases et autres n’aura pas lieu avant 3 à 5 ans. De plus, il est désormais possible de prendre un traitement allégé seulement destiné à bloquer l’évolution de la fibrose. Plusieurs essais thérapeutiques sont en cours.
A propos des nouvelles molécules: (Tri-thérapie avec l'ajout d'un  inhibiteur de protéases - TMC435, télaprévir et bocéprévir...) Leur accès est limité aux Protocoles. Nous sommes dans la même situation qu'en 1993/94 avec les Tri-thérapies VIH-SIDA, peu de places malgré un besoin urgent. C'est seulement en 2014 que ces traitements seront opérationnels dans toute la France...
Le temps nécessaire pour  qu'une simple Fibrose devienne Cirrhose... 

Blouses blanches et junkies: des relations difficiles


Un cinquième des répondants déclarent ne pas avoir de suivi médical satisfaisant (20 %), une mauvaise expérience du monde médical en général (24 %), une mauvaise expérience avec l’hôpital (21 %), ou encore le refus de tout traitement (11 %) comme raisons rendant difficiles le suivi médical.
Parmi ceux qui n’ont pas fait d’examens du foie (33 %), une minorité seulement refusent de se faire suivre (9 %), ne veulent pas savoir (8 %), refusent d’aller à l’hôpital (8 %), ou pensent qu’il n’y a plus rien à faire et que c’est trop tard (6 %).

Parmi les usagers non-suivis, 12 % expliquent cette absence de suivi par une mauvaise expérience avec des médecins dans le passé, 10 % refusent de se faire suivre, ou d’aller à l’hôpital (9 %).

Les médecins n’ont pas proposé d’examens du foie à un cinquième (22 %) de ceux qui n’en ont pas eu, et n’ont pas proposé de traitement à la moitié (42 %) de ceux qui n’ont pas été traités.

Malgré ces difficultés de relation entre médecins et usagers, les trois quarts des répondants parlent de leur hépatite avec leur médecin généraliste (75 %). La mobilisation de l’équipe médicale est une motivation pour un suivi médical (42 %). Heureusement, les deux tiers des usagers répondants parlent de suivi efficace (67 %), voire très efficace (19 %), et la moitié pense même que c’est une maladie assez facile à prendre en charge (44 %).

Un nécessaire accompagnement


Du point de vue social, les répondants déclarent à la fois des critères d’insertion et des facteurs aggravants, reflétant leur fragilité : s’ils ont une couverture sociale (90 %), un logement stable (80 %) et un enfant à charge (23 %), ils n’ont, par contre, aucune activité (50 %), que le RMI (56 %), sont seuls (54 %), et ne fréquentent aucun lieu festif (34 %). La moitié d’entre eux doit donc faire face à un isolement qui peut aggraver la survenue de problèmes, notamment en cas d’usage de drogues ou de mise sous traitement par interféron. Un accent particulier doit donc être mis sur les problèmes sociaux, les besoins de soutien, et l’importance de développer l’autosupport, dans la prévention ou l’accès aux soins des hépatites chez les usagers de drogues.

Car tout comme pour le VIH à partir de 1996, cette enquête démontre magistralement que quand les usagers de drogues actifs bénéficient d’un accompagnement spécifique, ils peuvent obtenir les mêmes résultats que les autres malades. Ils sont tout aussi capables de suivre correctement les contraintes liées au traitement, à condition d’avoir une réelle écoute de la part du médecin traitant, et que la décision soit partagée. C’est peut-être sur ce point, en effet, que bon nombre d’hépatologues ont arrêté d’avoir peur et essayé de traiter des usagers, y compris actifs. Ils se sont rendu compte que, si on s’entend bien, ils peuvent nous faire confiance. Le but premier d’une prise en charge médicale adaptée, c’est de nous aider à rester motivé tout au long de la prise en charge (du traitement jusqu’aux résultats). C’est pour cela que les acteurs doivent se former et être activement mobilisés contre les hépatites virales.

Le foie est résistant jusqu’à ce qu’il…


Les répondants sont ou ont été dépendants des opiacés (53 %), des médicaments pour se défoncer (43 %), des stimulants comme la cocaïne ou les amphétamines (33 %), et de l’alcool (30 %). Ils ont injecté au moins 1 fois (91 %). Quand on est déjà à mi-course de la cirrhose, donc en hépatite modérée (score Métavir F2), et que l’on consomme régulièrement des produits hépatotoxiques (alcool, certains médicaments psychotropes, cocaïne, amphétamines, etc.), la cirrhose peut survenir dans les 3 à 5 ans, surtout si on est coi-nfecté par une autre hépatite virale ou par le VIH. Tous les usagers substitués ont déjà des consultations régulières avec un médecin qui devrait faciliter leur prise en charge.

Malgré tout, la moitié des répondants (46 %) n’ont rien consommé depuis un an et ne semblent plus concernés (30 %) par un besoin d’aide pour réduire ou renoncer à certaines drogues. Ils correspondent au profil d’ex-usager, chez qui l’hépatite n’a pourtant pas arrêté sa course. Grâce à la prise en charge de leur hépatite, les trois quart des répondants ont spontanément réduit leur consommation, d’alcool tout d’abord (72 %), mais aussi de drogues (67 %), et même renoncé à certaines drogues ou alcools forts (55 %).

Épidémie de cirrhoses


Dans les centres spécialisés, environ 15 % des usagers sont porteurs du VIH, même si, grâce à la RdR, les nouvelles contaminations sont devenues exceptionnellement rares par injection. La priorité reste encore trop souvent donnée au VIH, oubliant que ce sont les usagers cirrhotiques d’aujourd’hui qui risquent de mourir dans les 3 à 5 ans s’ils ne sont pas activement pris en charge et traités. Les centres devraient tous avoir une équipe spécialisée dans la prise en charge des hépatites en lien avec un service hospitalier de référence. Car si les hépatites sont largement dépistées chez les usagers des centres, la cirrhose est très souvent considérée comme banale puisque nous sommes dans un « État d’alcooliques». 1 600 000 Français ont une cirrhose (dont 90 % dues à l’alcool), et les problèmes visibles et symptomatiques n’arrivent qu’au stade terminal des maladies du foie. Il aura ainsi fallu plus de 20 ans avant d’admettre qu’il s’agissait réellement d’une épidémie, car seule une minorité de malades arrivait à l’hôpital… mais beaucoup trop tard, c’est-à-dire avec des décompensations sévères de cirrhoses (hémorragies digestives, état neuropsychique délirant, cancers, etc.).

Nous, les usagers de drogues, ne devons pas rester les bras croisés face à cette banalisation des cirrhoses « made in France », qui risque de réduire à néant nos efforts pour traiter notre hépatite. Aller prendre conseil auprès d’un autre médecin plus motivé et consommant moins d’alcool peut aussi être une solution efficace.

Mortelle dès aujourd’hui


Lors des prises de contact autour de cette enquête, de nombreux responsables de structures d’accueil pour usagers de drogues ont reconnu que, parmi les usagers qu’ils suivent, le nombre de décès lié aux hépatites a au moins doublé en 2004-2005, comparé à 2000-2003. Tout comme face à l’hécatombe du VIH au début des années 90, avec l’épidémie d’hépatite C, les courbes de mortalité liée au foie risquent de décupler dans les 3 à 5 ans à venir, si rien n’est fait rapidement en termes d’amélioration d’accès au traitement des hépatites, spécifiquement pour les usagers de drogues actifs.

Convaincre les autruches de se bouger


Évidemment, les responsables et les médecins de CSST se plaignent souvent que les hépatologues hospitalo-universitaires ont encore des difficultés de prise en compte des usagers dans leur file active. Seulement, c’est aussi au centre d’arriver à informer et motiver les chefs de service. Les expériences les plus concluantes sont celles où un hépatologue hospitalier a pu ouvrir une consultation avancée dans un CSST puisqu’il peut à la fois former tout le personnel de soin et prendre en charge directement les malades les plus avancés.

À nous d’aller les réveiller


À partir de l’expérience du VIH, nous savons bien que c’est aussi à nous, usagers, de militer et convaincre les acteurs de soins, un à un. Face aux hépatites, l’autosupport doit devenir plus actif. Un rôle dans lequel les usagers déjà traités et pris en charge par un hôpital peuvent arriver à faire connaître les blocages et donc avancer la situation, avec le relais d’associations comme Asud ou SOS Hépatites.

La moitié des répondants de cette enquête sont des usagers qui se sont largement investis dans la prise en charge de leur hépatite. Aujourd’hui, c’est à ces usagers expérimentés de monter au créneau pour tous les autres usagers qui ne sont pas encore admis dans les filières de soin. Les résultats de cette enquête nous donnent des arguments permettant de convaincre les acteurs du soin encore réticents. Alors préparons-nous à une rentrée active et militante pour notre foie et celui des autres.

mercredi 21 septembre 2011

ÖKONOMISCHES DOPING


Krisen kommen und gehen, der Kapitalismus aber bleibt bestehen. Davon sind liberale wie linke Theoretiker gleichermaßen überzeugt. Wie wird eine große ökonomische Krise überwunden? Durch die Entwertung von überschüssigem Kapital in allen seinen Formen (Produktionsmittel, Arbeitskraft, Waren, Geldkapital). Danach kann es angeblich immer wieder auf ein Neues gehen. Die VWL-Professoren nennen das „Anpassung“, die akademischen Linken „Bereinigung“. Seit dem Herbst 2009 hat es allgemein geheißen, die neue Weltwirtschaftskrise sei schon wieder ausgestanden. Aber die große Entwertung oder Bereinigung hat gar nicht stattgefunden. Stattdessen wurde „gerettet“ auf Teufel komm raus. Nach den eigenen Auffassungen der offiziellen Wirtschaftswissenschaft wie ihrer linken Kollegen würde das beweisen, dass der wirkliche Entwertungsschock erst noch kommen muss.
Vielleicht waren die Pragmatiker klüger als die Theoretiker, weil sie ahnten, dass nach der globalen Bereinigung nur noch ökonomisch verbrannte Erde übrig bleiben würde. Freilich schieben ihre Rettungsmaßnahmen das elementare Problem nur vor sich her und lassen es in immer größere Dimensionen wachsen. Seit mehr als 20 Jahren lebt die Weltwirtschaft hauptsächlich vom finanziellen Doping. Lange Zeit waren es die Finanzblasen, die Kaufkraft ohne reale Grundlage kreierten, dann seit der Jahrhundertwende die Notenbanken und Staatshaushalte. Die Mobilisierung von Arbeitskraft in China, Indien und Europa beruhte allein auf einseitigen Defizitkreisläufen. Letzten Endes sind die auf solche Weise angeschobenen Produktionsprozesse „ungültig“. Sie müssen mit der Entwertung aller ihrer Bestandteile enden. So werden zwar die Theoretiker recht behalten, aber daraus folgt keine neue Perspektive für die globale Kapitalverwertung.
Man kann von einer Paralyse der Wirtschaftstheorie und der Wirtschafts- bzw. Geldpolitik sprechen. Davon zeugen auch die heftigen Kontroversen in der ökonomischen Zunft und in den Regierungen. Die neoliberalen Hardliner wie der soeben zurückgetretene EZB-Chefvolkswirt Jürgen Stark wollen ein Ende mit Schrecken in Kauf nehmen, weil sie ihrer Ideologie mehr glauben als der Realität. Die Pragmatiker dagegen wollen das finanzpolitische Doping exzessiv ausdehnen, obwohl sie damit immer neuen Zündstoff für den unvermeidlichen Entwertungsschock anhäufen. Gegenwärtig laufen überall die staatlichen Konjunkturprogramme aus, und sofort sinken die Wachstumsraten mit beachtlichem Tempo - wie einem gedopten Läufer die Luft ausgeht, wenn er keinen Stoff mehr bekommt. Die nächste globale Rezession steht vor der Tür. In den USA will Präsident Obama schon ein neues Mega-Konjunkturpaket schnüren, ohne zu wissen, woher er das Geld dafür nehmen soll.
Man kann das kapitalistisch unlösbare Dilemma auch anders formulieren. Solange mit immer neuen Maßnahmen nur das durch und durch marode Finanzsystem gestützt wird, bleibt die Krise sozusagen in der Schwebe. Sobald sich aber substanzlose Geldschöpfung in reale Nachfrage verwandelt, marschiert die Geldentwertung, die sich noch in Grenzen hielt, solange nur der konjunkturelle Einbruch von 2009 überbrückt wurde. Trotzdem steht die in den Schwellenländern kaum noch zu bremsende Inflation auch in der EU vor der Tür; in Großbritannien hat sie bereits die Marke von 4,5 Prozent erreicht. Die EZB, die Sarkozy- und die Merkel-Regierung haben sich offenbar wie die britische Administration für die Inflationierung als vermeintlich kleineres Übel entschieden. Das führt zur politischen und ökonomischen Zerreißprobe. In Wirklichkeit ist es eine Systemfrage, aber das will niemand wahrhaben.

Robert Kurz


samedi 17 septembre 2011

Le Viêt Nam et ses terres rares

 

Terres bénies-terres bannies:

 La bataille des terres rares est engagée. Il existe des terres rares légères, moyennes, lourdes (exceptionnelles).


Il y a 25 ans commença le temps des terres rares, convoitées par des organisations criminelles au même titre que l’opium et le pétrole. Elles contiennent les cérium, dysprosium, erbium, europium (ce dernier est présent dans les échantillons ramenés de la Lune lors du programme Apollo), gadolinium, holmium, lanthane, lutécium, néodyme, praséodyme, prométhéum, samarium, scandium, terbium, thulium, ytterbium, et yttrium.
En tout 17 minerais indispensables, dans l’état actuel des connaissances et des savoir-faire, aux applications des « biens » de haute technologie ; à l’image du tantale (fils de Zeus, signifiant en Grec malheur) très présent dans les téléphones portables et les malheureux mineurs de la République Démocratique du Congo. Un métal qui a vu son prix augmenter de 2000% en un demi-siècle.
Ces métaux que recèlent les terres rares, devenus précieux, sont le secret des hautes technologies civiles et militaires allant des téléphones cellulaires, ordinateurs, écrans plats plasma et LCD, lecteurs de CD et DVD, radiographie, semi-conducteurs, fibre optique, catalyseurs, supraconduction, pile à combustible, laser de guidage, missiles et fusées, verres optiques filtrant les rayons X, appareils de vision nocturne, aux batteries lithium-ion, pots catalytiques, voitures hybrides et électriques, lampes basse consommation, éoliennes (moteurs électriques à aimant permanents)… C’est sans fin. 125 000 tonnes sont extraites chaque année.
Les virtuoses des nouvelles technologies que sont les USA, le Japon, l’Europe, entre autres, se tournaient essentiellement vers la Chine qui fournissait jusqu’ici pratiquement 100% des besoins mondiaux en terres rares, à si bas coût qu’elle était sans concurrent. Mais Beijing voyant ses réserves baisser vertigineusement (en Mongolie intérieure, mine de Baotou) fait désormais rétention puisque ses futurs besoins intérieurs sont loin d’être satisfaits en la matière et que les terres rares sont devenues le vecteur de développement et de puissance stratégique à venir, donc à ne pas brader. Au rythme de la production actuelle, les grandes réserves chinoises ne seraient plus que de 15 ou 20 ans. En outre, la demande mondiale devrait doubler d’ici 5 ans. Alors des mines seront probablement ouvertes dans la précipitation, en Mongolie, Inde, Kazakhstan, risquant aussi de se situer dans des lieux à fortes contraintes environnementales, comme au Labrador.
Et voilà que la terre du Viêt Nam, violée, brûlée, empoisonnée il y a peu de temps par ces mêmes virtuoses des high-tech, renferme des terres rares. Il se pourrait que les victimes vietnamiennes de l’Agent Orange bénéficient soudainement d’un regard intéressé et bienveillant… attention danger. Après l’Agent Orange [2] (et à l’heure où l’exploitation controversée de mines de bauxite sur les Hauts-Plateaux vietnamiens par des entreprises chinoises provoque une nouvelle atteinte à l’environnement), le Viêt Nam devra s’assurer que la mer émeraude de ses rizières ne devienne pas ce désert brûlé aux acides utilisés pour l’extraction de ces fameux métaux au service des technologies vertes. Plusieurs paradoxes se présentent.
Les terres rares sont donc largement utilisées pour obtenir des métaux de haute pureté permettant de substituer à l’énergie polluante actuelle non renouvelable de nouvelles techniques et moyens de capter des énergies moins polluantes et/ou renouvelables (l’exemple de très gros aimants ultra légers situés dans les têtes d’éoliennes perchées sur des mâts toujours plus hauts est parlant). Or, ces matériaux sont performants grâce à leur grande pureté obtenue par des traitements successifs aux solvants rejetant des concentrés radioactifs, sans qu’existent actuellement des matériaux de substitution ou alternatifs. De plus, ces métaux ne sont pas recyclables facilement, car très souvent contenus dans de très petits composants ou éléments.
Le Viêt Nam a la plus grande potentialité éolienne du Sud-est asiatique avec ses 3 444 km de littoral, sans compter le potentiel énergétique de son ensoleillement exceptionnel. Et voici qu’il recèle des terres rares permettant d’extraire ces métaux indispensables à la construction d’appareils de captation d’énergies renouvelables. Autrement dit, ce pays semble posséder tous les atouts des nouveaux enjeux, comme si la nature avait gardé sous ses pieds une poire pour la soif, lui offrant en quelque sorte une revanche (à la condition que l’extraction se fasse dans des contraintes environnementales strictes sans quoi le fruit pourrait s’avérer empoisonné). Mais si le Viêt Nam a les terres rares, il n’a pas les savoir-faire des hautes technologies. Japon (premier importateur mondial de terres rares) et Corée du Sud manquant de ces précieux matériaux possèdent en revanche ces savoir-faire. Une entente est prévisible pour cette fin octobre.
En septembre 2010, le Viêt Nam a raccordé 5 premières éoliennes (située dans la province de Binh Tuân au centre du pays) au réseau électrique national. L’installation de 7 autres est prévue dans ce parc éolien de Thuy Phong, avec un objectif de 80 pour 2012. Dans un an devrait rentrer en fonctionnement une usine de fabrication et d’installation de turbines éoliennes, issue de technologie et investissement allemands. Ainsi le danger majeur pour le Viêt Nam, qui consisterait à fournir le monde en terres rares et d’en conserver seulement la pollution durable, semble être esquivé. Parions que pour assurer son développement ce pays puisse s’éviter le projet en cours avec la Russie d’une première centrale nucléaire à l’horizon 2020, technologie ô combien dangereuse (plus encore dans un pays aux calamités naturelles extrêmes et récurrentes) et de surcroît obsolète par avance puisque commencera à apparaître alors l’épuisement de son combustible du fait de la multiplication des réacteurs nucléaires de par le monde...
Mais démographie et attente de développement lui en laisseront-elles le temps ?
André Bouny [1]  

Notes:

[1] André Bouny, père adoptif d’enfants vietnamiens, président du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange.
[2] Lire, Agent Orange – Apocalypse Viêt Nam, du même auteur, Éditions Demi-Lune : http://www.editionsdemilune.com/age...

 

vendredi 16 septembre 2011

AU-DELÀ DE LA CULTURE


L'homme occidental a créé le chaos en privilégiant ses dons d'analyse aux dépens de ses dons d'intégration de l'expérience.
Grâce aux modèles, nous observons et nous vérifions le fonctionnement des phénomènes. Les hommes s'identifient étroitement aux modèles qui façonnent leur comportement. Tous les modèles théoriques sont incomplets. Par définition, ce sont des abstractions, et ils omettent donc fatalement certains faits. Les éléments censurés sont aussi importants, si ce n'est plus, que les éléments non censurés, car ce sont ces omissions qui donnent structure et forme au système.
En occident, on se préoccupe davantage du contenu et de la signification du modèle que de sa construction, de sa structure, de son fonctionnement et des objectifs qu'il est supposé atteindre.
La planification qui aboutit au découpage de nos activités nous permet de nous concentrer sur une chose à la fois, mais nie l'importance du contexte.
L'espace et son organisation indiquent l'importance d'une personne et sa place dans la hiérarchie. La possibilité de décider de son emploi du temps indique que quelqu'un est arrivé.
Les entreprises commerciales et les administrations subordonnent l'homme à l'organisation, et y parviennent en grande partie grâce à la manière dont elles manipulent les systèmes spatiotemporels.
De nombreux Américains font l'erreur habituelle de confondre leur programme avec la réalité et de retrancher de la vie leur personne. Oublier l'existence du contexte limite notre perception des événements, ce qui influence de façon subtile et profonde notre mode de pensée en le cloisonnant.
Les enfants mais aussi les personnes de tous âges ont une capacité naturelle à apprendre. Bien plus, la connaissance apporte sa propre récompense. Comme on mange ou on fait l'amour, on peut être poussé à apprendre par plaisir. Pourtant la chose s'est déformée dans l'esprit des enseignants qui ont confondus l'étude avec ce qu'ils appellent l'éducation. Ils croient généralement que l'école a le monopole du savoir, et que leur travail consiste à l'inculquer aux enfants. Pendant des millions d'années, les hommes ont appris sans écoles.
Les systèmes techniques sont extériorisés, c'est à dire projeté, et sont poursuivis en dehors du corps.
Une des particularité du phénomène de transfert est que le modèle projeté est considéré comme seul réel et appliqué sans discrimination à des situations nouvelles.
Les projections fragmentent la vie et rendent l'homme étranger à ses actes.
L'image qu'on a des autres est composée en grande partie de projections de divers éléments de sa propre personnalité, ainsi que de ses propres besoins psychiques, qui sont traités comme s'ils étaient innés.
De nos jours, l'homme est constamment en contact avec des inconnus car ses projections ont à la fois élargi son champ d'action et rétréci son univers ; il lui est donc nécessaire de dépasser sa propre culture, ce qui n'est possible qu'en rendant explicites les règles qui l'ordonnent.
Le langage n'est pas un système qui transmet des pensées ou des significations d'un cerveau à un autre, mais un système qui organise l'information et qui délivre des pensées et des réponses à d'autres organismes. On peut communiquer de diverses façons, mais il est impossible de l'implanter dans l'esprit des autres.
Il est très facile et très naturel de considérer les choses de son propre point de vue et d'interpréter un événement comme si ce point de vue était le même partout au monde.
Le lien qui nous attache au travail est très fort. En fait, la réussite professionnelle implique en général une existence entièrement consacrée au travail, et une vie familiale et personnelle reléguée au second plan. Établir des relations profondes avec les autres nous demande un temps très long.
Il n'est jamais possible de comprendre à fond un être humain autre que soi ; et aucun individu ne se comprendra vraiment lui-même. la tache est trop ardue et le temps manque pour démonter tous les mécanismes et les examiner. C'est par là que commence la sagesse dans les relations humaines. Se connaître et comprendre les autres sont deux opérations étroitement liées. Pour connaître les autres il faut d'abord se connaître, et les autres alors vous aident à mieux vous connaître.
Les informations doivent toujours être interprétées dans un contexte. D'ailleurs, elles forment très souvent une partie essentielle du contexte dans lequel le message purement verbal prend son sens. Un contexte n'a jamais de sens spécifique. Et pourtant le sens d'une communication dépend toujours de son contexte.
Sans contexte, le code est incomplet car il ne renferme qu'une partie du message. Un événement est généralement beaucoup plus complexe et riche que les mots qui servent à le décrire. En outre, le système écrit est une abstraction du système verbal et fonctionne comme un système de rappel de paroles. Dans l'opération d'abstraction, à la différence de l'opération de mesure, on retient certaines choses et on ignore inconsciemment les autres.
Ce que l'homme choisit de percevoir, consciemment ou inconsciemment, est ce qui donne signification et structure à son univers. Bien plus, ce qu'il perçoit est déjà ce "qu'il compte faire".
Il est important dans un dialogue de parvenir à se connaître suffisamment pour bien définir ce que chaque personne prend en considération et ce qu'elle néglige. Ceci nous permet de comprendre la relation que la signification entretient avec le contexte. La mise en contexte est un moyen important de faire face à la très grande complexité des transactions humaines et d'éviter l'enlisement du système par dépassement de capacité.
Dans la vie, le code, le contexte et la signification ne peuvent être considérés que comme les différents aspects d'un fait unique.
Les communications riches en contexte agissent comme force d'unification et de cohésion, elles sont durable. Les communications pauvres en contexte n'unifient pas, mais elles peuvent changer facilement et rapidement.
L'instabilité des systèmes faibles en contexte est tout à fait nouvelle pour l'humanité. Bien plus, nous n'avons pas emmagasiné l'expérience qui nous indiquerait le comportement à adopter face à un changement aussi rapide.
La culture française est un mélange inextricable d'institutions et de situations dont le contexte est alternativement riche ou pauvre. Il n'est pas toujours possible pour un étranger de savoir s'y retrouver.
Chaque culture n'est pas seulement un ensemble intégré, mais possède ses propres règles d'apprentissage. Celles-ci sont renforcées par des modèles différents d'organisation globale. Comprendre une culture différente consiste en grande partie à connaître son mode d'organisation, et à savoir comment s'y prendre pour en acquérir la connaissance dans cette culture-là. On n'y parvient pas si l'on s'obstine à se servir de modèles d'enseignement hérités de sa propre culture.
Ceux dont l'action se soumet à des règles et à des autorités sont lents à percevoir la réalité d'un autre système. Projetant ce qu'on leur a enseigné dans le passé, ils adaptent le monde à leur propre modèle.
On n'acquiert pas une pratique en combinant des éléments appris par cœur selon des règles qu'il faut se rappeler en cours d'action. L'opération est trop lente et trop complexe. On apprend par unités globales, qui s'insèrent dans un contexte de situations et peuvent être mémorisées comme des ensembles.
Dans le monde occidental, la négation et la non-reconnaissance des besoins standards de l'homme ont provoqué des déformations inouïes dans notre mode de vie, nos valeurs et le développement de notre personnalité.
Le temps est le principe d'organisation dominant de notre culture. Il s'impose comme une contrainte extérieure, qui étend ses tentacules dans tous les plis et replis de nos actes les plus intimes. Notre système temporel a beaucoup contribué à aliéner l'homme occidental. La maladie peut être due à un désir d'échapper aux contraintes du temps, de retrouver et de redécouvrir son propre rythme, mais à quel prix.
Si quelque chose peut changer la vie, c'est bien la perception du temps. Le temps n'est pas une "simple convention", mais l'un des systèmes les plus fondamentaux qui ordonne l'existence. Sans unification des horaires, la société industrielle n'aurait pas vu le jour. L'horaire est sacré, tout le monde doit s'y plier.
L'éducation influence les processus mentaux, ainsi que le choix de nos solutions. Je ne me réfère pas au contenu de l'éducation mais à la structure des méthodes qui emprisonnent la pensée dans des moules.
L'intelligence n'est pas née avec l'homme et le cerveau mammifère n'a pas commencé à fonctionner avec la scolarisation. Il a évolué sur des millions d'années, en résolvant dans le réel les problèmes de lutte pour la vie.
La vérité est imprimée sur une page, la réalité est image. Tout nous conditionne à l'appauvrissement et à la banalisation de nos informations sensorielles. Nous vivons manipulés par le monde fragmenté et artificiel de la publicité et de la propagande. Le médium est réellement le message.
Le cerveau créateur est un mécanisme qui oublie. Nous ne nous rendons pas compte de l'importance de l'oubli.
L'entraînement ou l'accoutumance modifie l'organisation de l'activité cérébrale dans un sens qui permet au cerveau d'effectuer des taches familières sans avoir recours aux procédés d'analyse, ce qui revient à dire que la tâche relève d'un stéréotype. Nos écoles, nos universités et nos institutions reposent en grande partie sur cette ressource de l'accoutumance.
Les études menées dans le monde entier sur les groupes d'affaires, les équipes sportives et même les armées ont révélé l'existence d'un chiffre idéal pour une équipe de travail. Ce chiffre idéal se situe entre huit et douze individus. Il est possible à huit ou douze personnes de se connaître suffisamment pour exploiter au maximum les ressources du groupe. Dans les groupes dépassant ce nombre, il devient très difficile d'établir un réseau de communication entre tous les individus. On les enferme dans des catégories qui déclenchent le processus de dépersonnalisation. La participation et l'engagement se relâchent, la mobilité en souffre, la direction du groupe se fait manipulatrice et politique.
Dans les écoles on a remplacé le désir naturel d'apprendre par la discipline, qu'on a intégré à la culture. Par une profonde méconnaissance de la biologie des primates, les écoles font du plus intelligent des primates une créature aliénée qui s'ennuie.
Ne pas avoir compris l'importance du jeu dans le développement des êtres humains a eu des conséquences incalculables, car non seulement le jeu est essentiel pour apprendre, mais (contrairement à d'autres pulsions) il est une fin en soi.
La vie scolaire est une excellente préparation à l'acceptation de la bureaucratie adulte: son but est moins la transmission des connaissances que l'enseignement du respect de l'autorité, l'assimilation de ses techniques et le maintien de l'ordre.
Les élèves remuants sont définitivement classés dans la catégorie des "agités", regardés comme des phénomènes et souvent drogués. Les phénomène sont peut-être bien ceux qui parviennent à rester tranquilles sur leurs chaises, et témoignent de l'incroyable faculté d'adaptation de l'espèce humaine. La position assise dans un espace exigu est l'une des pires tortures que l'on puisse infliger à l'espèce humaine.
Nous avons idolâtré l'organisation au détriment de l'individu, introduisant ainsi de force ce dernier dans des moules qui ne lui convenaient pas.
Le savoir est absolument nécessaire pour assurer la survie à la fois de l'individu, de la culture et de l'espèce. Seul l'homme ne grandit, ne mûrit et n'évolue que grâce au désir de savoir. On a trouvé le moyen de transformer l'une des activité humaine les plus enrichissantes qui soient en une expérience pénible, ennuyeuse, monotone, fragmentaire, étroite et abrutissante.
Nous, qui avons été formés par la culture occidentale, sommes convaincus de détenir la vérité que Dieu nous a communiquée par satellite, et tout ce qui ne s'y conforme pas n'est que superstition et déformation qui révèlent des systèmes de pensée inférieurs ou moins évolués. Et cela nous donne le droit de les délivrer de leur obscurantisme pour en faire nos égaux. L'éclatant succès que notre technologie a remporté sur le monde physique a aveuglé Européens et Américains sur les difficultés de leurs propre existences, et leur a donné un sentiment de supériorité totalement injustifié à l'égard de ceux qui n'ont pas atteint le même développement technologique. La science est notre nouvelle religion. Ses affirmations et ses rites ont, pour la plupart, valeur de dogmes.
Le système américain est implicitement très gratifiant pour ceux qui ont des facilités d'expression et d'élocution ainsi que pour ceux qui savent manier les chiffres, puisque rien d'autre ne paie. Aussi, les étudiants sont-ils souvent largués, surmenés, ou rejetés du système, non par manque de dons ou d'intelligence, mais par inadéquation de leurs talents particuliers avec le système.
Par leur nature même, les administrations n'ont ni conscience, ni mémoire, ni esprit. Elles ne servent que leurs intérêts propres, sont amorales et irrationnelles. Ce n'est pas l'injustice sociale mise sur le compte des leaders politiques qui causent les révolutions. C'est quand la bureaucratie se mue en une machine écrasante, inefficace, incapable de répondre aux besoins du public, que les gouvernements tombent.
Les paradigmes culturels font obstacle à la compréhension, parce que chacun de nous est doté par la culture de solides œillères, d'idées préconçues implicites et dissimulées qui contrôlent nos pensées et empêchent la mise à jour des processus culturels.
Il est impossible de dépasser sa propre culture, sans découvrir d'abord ses principaux axiomes cachés et ses croyances implicites sur ce qu'est la vie et la façon de la vivre, de la concevoir, de l'analyser, d'en parler, de la décrire et de la changer. Parce que les cultures sont des entités systématiques (composées de systèmes associés, dans lesquels chaque élément est en relation fonctionnelle et réciproque avec les autres éléments) qui sont fortement reliées au contexte, il est difficile de les décrire de l'extérieur. Une culture donnée ne peut être comprise simplement en termes de contenu et de parties. Il faut connaître l'agencement des parties en un tout, le fonctionnement des systèmes et des dynamismes principaux et la nature de leurs relations. Et ceci nous mène à un point capital : il est impossible de parler convenablement d'une culture uniquement de l'intérieur ou de l'extérieur sans se référer à une autre culture. Les personnes qui possèdent une double culture, ainsi que les situations de contacts culturels, augmentent les occasions de comparaison. Il existe deux autres situations qui mettent à découvert la structure cachée d'une culture : l'éducation des enfants, qui nécessite des explications, et l'écroulement des institutions culturelles traditionnelles tel qu'il se produit en ce moment. La tâche est loin d'être simple. Cependant, la compréhension de nous-même et du monde que nous avons créé, et qui à son tour nous crée, est peut-être la seule tâche vraiment importante que doive affronter aujourd'hui l'humanité.

1979, Edward T. Hall (extraits).


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