Texte détournant le banal "Comment arrêter de fumer en 10 points" présent dans de nombreuses usines à salariat.
lundi 2 janvier 2012
La vengeance
La vengeance Poème de Philippe Labbey qui parut dans Mordicus N° 2. Il n'est même pas certain que Philippe ait mis les pieds une seule fois dans les locaux du journal mais il proposa ce poème comme contribution aux textes proposés par notre groupe l' ACS au journal. Le texte fut publié à son grand étonnement, c'est qu'a l'époque les débuts d'ACT UP Paris prenaient beaucoup de nos vies....
Nombreux étaient ceux qui ne comprenaient pas pourquoi nous étions présents dans différents projets en apparence spécifiques (un journal, ACT UP, les squats, les manifs et même brièvement les "Radios Libres") mais pour nous la réponse était évidente.
Nombreux étaient ceux qui ne comprenaient pas pourquoi nous étions présents dans différents projets en apparence spécifiques (un journal, ACT UP, les squats, les manifs et même brièvement les "Radios Libres") mais pour nous la réponse était évidente.
dimanche 1 janvier 2012
Avoir pour but la vérité pratique
Alors que circulent des tonnes d'inexactitudes et de désinformations sur les Situationnistes et ceux qui s'inspirent de leurs théories il parait nécessaire de rappeler quelques banalités pourtant trop peu connues...
Le texte date de 1967.
Bananier 2012
EN ESSAYANT de présenter aux nouvelles forces révolutionnaires un modèle de cohérence théorico-pratique, l’I.S. se trouve à chaque instant en mesure et en demeure de sanctionner, par l’exclusion ou la rupture, les manquements, les insuffisances, les compromissions de ceux qui en font — ou reconnaissent en elle — le stade expérimental le plus avancé de leur projet commun. Si la génération insurgée, résolue à fonder une société nouvelle, se montre, au départ de principes premiers et indiscutables, attentive à briser toute tentative de récupération, ce n’est nullement par goût de la pureté mais par simple réflexe d’autodéfense. Venant d’organisations qui préfigurent dans leurs traits essentiels le type d’organisation sociale à venir, la moindre des exigences consiste à ne pas tolérer des gens que le pouvoir s’entend à tolérer parfaitement.
Sous son aspect positif, la réponse « exclusion » et « rupture » pose la question de l’adhésion à l’I.S. et de l’alliance avec les groupes et les individus autonomes. Dans sa définition minimum des organisations révolutionnaires, la 7e Conférence a insisté notamment sur le point suivant : « Une organisation révolutionnaire refuse toute reproduction en elle-même des conditions hiérarchiques du monde dominant. La seule limite de la participation à sa démocratie totale, c’est la reconnaissance et l’auto-appropriation par tous ses membres de la cohérence de sa critique : cette cohérence doit être dans la théorie critique proprement dite, et dans le rapport entre cette théorie et l’activité pratique. Elle critique radicalement toute idéologie en tant que pouvoir séparé des idées et idées du pouvoir séparé ».
La cohérence de la critique et la critique de l’incohérence sont un seul et même mouvement, condamné à se détruire et à se figer en idéologie dès l’instant où la séparation s’introduit entre les différents groupes d’une fédération, entre individus d’une organisation, entre la théorie et la pratique d’un membre de cette organisation. Dans la lutte globale où nous sommes engagés, céder d’un pouce sur le front de la cohérence, c’est laisser la séparation l’emporter sur toute la ligne. Voilà qui incite à la plus grande prudence : à ne jamais tenir notre cohérence pour acquise, à rester lucide sur les dangers qui la menacent dans l’unité fondamentale des conduites individuelles et collectives, à prévenir et à éviter ces dangers.
Qu’une fraction secrète ait pu se former parmi nous, mais aussi qu’elle se soit trouvée rapidement démasquée, indique assez la rigueur et le manque de rigueur dont nous avons fait preuve dans la transparence des rapports inter-subjectits. En d’autres termes, cela signifie que le rayonnement de l’I.S. tient essentiellement en ceci : elle est capable de faire un exemple, à la fois dans le sens négatif, en montrant ses faiblesses et en les corrigeant, et dans le sens positif, en tirant de ses corrections de nouvelles exigences. Nous avons souvent répété qu’il importait de ne pas se tromper sur les personnes ; il faut le prouver sans cesse et accroître du même coup l’impossibilité de se tromper sur nous. Et ce qui vaut pour les personnes vaut également pour les groupes.
On connaît le mot de Socrate à l’un des jeunes gens auxquels il s’adressait : « Parle un peu que je te voie ». Nous sommes en mesure d’éviter ce genre de Socrate et ce genre de jeunes gens si le caractère exemplaire de notre activité assure la force d’irradiation de notre présence dans et contre le spectacle dominant. Aux caïds de la récupération et aux minables qui vont s’entendre de conserve pour nous présenter comme un groupe dirigeant, il convient d’opposer l’exemple anti-hiérarchique d’une radicalisation permanente ; ne rien dissimuler de nos expériences, établir par la diffusion de nos méthodes, de nos thèses critiques, de nos procédés d’agitation, la plus grande transparence sur la réalité du projet collectif de libération de la vie quotidienne.
L’I.S. doit agir comme un axe qui, recevant son mouvement des impulsions révolutionnaires du monde entier, précipite, de façon unitaire, la tournure radicale des événements.
À la différence des secteurs retardataires qui s’obstinent à rechercher avant tout l’unité tactique (les Fronts communs, nationaux, populaires), l’I.S. et des organisations autonomes alliées se rencontreront seulement dans la recherche d’une unité organique, considérant que l’unité tactique n’a d’efficacité que là où l’unité organique est possible. Groupe ou individu, il faut que chacun vive à la vitesse de radicalisation des événements afin de les radicaliser à son tour. La cohérence révolutionnaire n’est rien d’autre.
Assurément, nous sommes encore loin d’une telle harmonie de progression, mais nous y sommes engagés tout aussi sûrement. Des premiers principes à leur réalisation, il y a l’histoire des groupes et des individus, qui est aussi celle de leurs retards possibles. Seule la transparence dans la participation réelle arrête la menace qui pèse sur la cohérence : la transformation du retard en séparation. Tout ce qui nous sépare encore de la réalisation du projet situationniste tient à l’hostilité du vieux monde où nous vivons, mais la conscience de ces séparations contient déjà ce qui va les résoudre.
Or, c’est précisément dans la lutte engagée contre les séparations que le retard apparaît à des degrés divers ; c’est là que la non-conscience du retard obscurcit la conscience des séparations, introduit l’incohérence. Quand la conscience pourrit, l’idéologie suinte. On les a vus garder par devers soi, l’un (Kotányi) les résultats de ses analyses, les communiquant au compte-goutte avec la supériorité d’une clepsydre sur le temps, les autres (exclus de la dernière averse), leurs manques à tous égards, faisant le paon bien que la queue n’y soit pas. L’attentisme mystique et l’œcuménisme égalitaire avaient la même odeur. Passez donc, grotesque muscade, saltimbanques des malaises incurables.
La notion de retard appartient au mode ludique, elle rejoint celle de meneur de jeu. De même que la dissimulation du retard, ou la dissimulation d’expériences, recrée la notion de prestige, tend à transformer le meneur de jeu en chef, engendre les conduites stéréotypées, le rôle avec ses séquelles névrotiques, ses attitudes tourmentées, son inhumanité, de même la transparence permet d’entrer dans le projet commun avec l’innocence calculée des joueurs phalanstériens rivalisant entre eux (composite), changeant d’occupation (papillonne), ambitionnant d’atteindre à la radicalité la plus poussée (cabaliste). Mais l’esprit de légèreté passe par l’intelligence des rapports de lourdeur. Il implique la lucidité sur les capacités de chacun.
Des capacités, nous ne voulons rien savoir hors de l’usage révolutionnaire qui s’en peut faire, usage qui prend son sens dans la vie quotidienne. Le problème n’est pas que certains vivent, pensent, baisent, tirent, parlent mieux que d’autres, mais bien qu’aucun camarade ne vive, ne pense, ne baise, ne tire ou ne parle si mal qu’il en vienne à dissimuler ses retards, à jouer les minorités brimées, et à réclamer, au nom même de la plus-value qu’il accorde aux autres par ses propres insuffisances, une démocratie de l’impuissance où il affirmerait évidemment sa maîtrise. En d’autres termes, il faut pour le moins que chaque révolutionnaire ait la passion de défendre ce qu’il a de plus cher : sa volonté de réalisation individuelle, le désir de libérer sa propre vie quotidienne.
Si quelqu’un renonce à engager la totalité de ses capacités — et par conséquent à les développer — dans le combat pour sa créativité, ses rêves, ses passions, de sorte qu’y renonçant il renonce par le fait à lui-même, il s’interdit aussitôt de parler en son nom et, a fortiori au nom d’un groupe qui porte en lui les chances de réalisation de tous les individus. Son goût du sacrifice, son choix de l’inauthentique, l’exclusion ou la rupture ne font que les concrétiser publiquement, avec la logique de la transparence à laquelle il a manqué.
Sur l’adhésion, sur l’alliance, l’exemple de la participation réelle au projet révolutionnaire décide souverainement. La conscience des retards, la lutte contre les séparations, la passion d’atteindre à plus de cohérence, tel est ce qui doit fonder entre nous, comme entre l’I.S. et les groupes autonomes ou les fédérations futures, une confiance objective. Il y a tout lieu d’espérer que nos alliés rivaliseront avec nous dans la radicalisation des conditions révolutionnaires, comme nous attendrons que rivalisent avec les situationnistes ceux qui auront choisi de les rejoindre. Tout permet de supposer qu’à un certain degré d’extension de la conscience révolutionnaire, chaque groupe aura atteint une cohérence telle que la qualité de meneur de jeu de tous les participants et le caractère dérisoire des retards laisseront aux individus le droit de varier dans leurs options et de changer d’organisation selon leurs affinités passionnelles. Mais la prééminence momentanée de l’I.S. est un fait dont il faut aussi tenir compte, une heureuse disgrâce, comme le sourire ambigu du chat-tigre des révolutions invisibles.
Parce que l’Internationale dispose aujourd’hui d’une richesse théorique et pratique qui n’augmente qu’une fois partagée, appropriée et renouvelée par les éléments révolutionnaires (jusqu’à ce que l’I.S. et les groupes autonomes disparaissent à leur tour dans la richesse révolutionnaire), elle se doit d’accueillir seulement ceux qui le désirent en connaissance de cause, c’est-à-dire quiconque a fait la preuve que parlant et agissant pour lui-même, il parle et agit au nom de beaucoup ; soit en créant par sa praxis poétique (tract, émeute, film, agitation, livre) un regroupement des forces subversives, soit en se trouvant seul détenteur de la cohérence dans l’expérience de radicalisation d’un groupe. L’opportunité du passage à l’I.S. devient dès lors une question de tactique à débattre : ou le groupe est assez fort pour céder un des meneurs de jeu, ou son échec est tel que les meneurs de jeu sont seuls à décider, ou le meneur de jeu n’a pas réussi, par suite de circonstances objectives inéluctables, à former un groupe.
Partout où le nouveau prolétariat expérimente son émancipation, l’autonomie dans la cohérence révolutionnaire est le premier pas vers l’autogestion généralisée. La lucidité que nous nous efforçons d’entretenir sur nous-mêmes et sur le monde enseigne qu’il n’y a, dans la pratique de l’organisation, ni précision ni avertissement superflus. Sur la question de la liberté, l’erreur de détail est déjà une vérité d’État.
In Revue I.S. n° 11 Octobre 1967
On est loin de cette Autonomie de pacotille des Ouvriéristes de Tarnac (Opéraîstes ça fait plusss pop pour faire passer l'embrouille chez les Bisounours...)
On trouve ici la source de l'Autonomie qui c'est exprimée par exemple de 1989 à 1994 dans Act-Up paris...
Et fut reconnue pour telle par Guy Debord dans son film testament de 1994.
Lire aussi par exemple dans le N° 12 de la même revue: La question del’organisation pour l’I.S. (avril 1968)
Et ceci encore moins connu: Documents Situationnistes
"Un produit direct de cette illusion sélective, à l’extérieur, a été la reconnaissance mythologique de pseudo-groupes autonomes, situés glorieusement au niveau de l’I.S., alors qu’ils n’en étaient que les débiles admirateurs (donc, forcément, à court terme, les malhonnêtes détracteurs). Il me semble que nous ne pouvons pas reconnaître de groupe autonome sans milieu de travail pratique autonome ; ni la réussite durable d’un groupe autonome sans action unie avec les ouvriers (sans bien sûr que ceci retombe au-dessous de notre « définition minimum des organisations révolutionnaires »). Toutes sortes d’expériences récentes ont montré le confusionnisme récupéré du terme « anarchiste », et il me semble que nous devons partout nous y opposer..."
Lire aussi par exemple dans le N° 12 de la même revue: La question del’organisation pour l’I.S. (avril 1968)
Et ceci encore moins connu: Documents Situationnistes
"Un produit direct de cette illusion sélective, à l’extérieur, a été la reconnaissance mythologique de pseudo-groupes autonomes, situés glorieusement au niveau de l’I.S., alors qu’ils n’en étaient que les débiles admirateurs (donc, forcément, à court terme, les malhonnêtes détracteurs). Il me semble que nous ne pouvons pas reconnaître de groupe autonome sans milieu de travail pratique autonome ; ni la réussite durable d’un groupe autonome sans action unie avec les ouvriers (sans bien sûr que ceci retombe au-dessous de notre « définition minimum des organisations révolutionnaires »). Toutes sortes d’expériences récentes ont montré le confusionnisme récupéré du terme « anarchiste », et il me semble que nous devons partout nous y opposer..."
Guy Debord
samedi 31 décembre 2011
Une Bonne Année 2012 ?
Petit papa Guéant ne veut pas de "trublions" pour le Réveillon
Alors Soyez Sages !!!
Voitures incendiées: l’État impuissant face aux racailles ?
"La décision de Claude Guéant de limiter les ventes de carburant au détail à l’approche du Nouvel An symbolise l’impuissance du gouvernement à faire respecter l’ordre public face à des racailles qui depuis Mai68 brûlent chaque année en toute impunité (et simplement pour se distraire) des centaines de voitures..."
Pour le passage à la nouvelle année, les forces de l'ordre seront sur le qui-vive. Au total, 60.000 policiers, gendarmes, pompiers et secouristes seront mobilisés le soir de la Saint-Sylvestre, dont 10.000 pour la seule Ile-de-France. Si, comme chaque année, des voitures seront incendiées, aucun chiffre ne sera communiqué, a précisé samedi Claude Guéant qui reconduit la mesure prise par son prédécesseur Brice Hortefeux en 2010...
La police surveillera en priorité la Seine-Saint Denis et le Val-de-Marne, ce dernier département étant recordman du plus fort taux de voitures brûlées.
94 en Force !
Le 94 gardera t-il son titre de champion durement acquis les dernières années ?
Les paris sont ouverts...
La nuit du réveillon a été calme partout en France, selon Guéant !
Réveillon : Nuit agitée à Nantes, mais pas de drame
40 voitures brûlées et des dégradations à Mulhouse et à Strasbourg
Deux voitures brûlées le soir du réveillon, à Caen
Nancy : 10 voitures brûlées à la Saint-Sylvestre
St-Sylvestre Mulhouse : des violences urbaines au centre ville ...
mercredi 28 décembre 2011
Le dernier avatar de la classe moyenne
De la « petite-bourgeoisie » au capital humain universel 1
Depuis le milieu des années 1980, le paysage théorique mondial est dominé, en particulier à gauche, par le discours postmoderne. La critique de l’économie politique a cédé le pas à la critique du langage, et l’analyse des conditions matérielles objectives à l’arbitraire de l’interprétation subjective ; la gauche, en lieu et place de son traditionnel économisme, a adopté un culturalisme non moins réducteur ; enfin, les conflits sociaux se résument désormais à un simulacre médiatique. Dans le même temps, toutefois, la situation a changé du tout au tout. En Occident, la crise économique menace désormais de vastes couches sociales qui jusqu’ici avaient été épargnées. En conséquence, la question sociale effectue son grand retour dans le discours intellectuel.
Mais les interprétations demeurent étrangement vagues, sans force et presque anachroniques. La dichotomie riches/pauvres, si elle apparaît de plus en plus présente dans le discours, attend toujours d’être conceptualisée ; et le fait que la vieille notion marxiste de « classe » revienne au goût du jour est davantage un signe d’impuissance qu’autre chose. Selon l’interprétation traditionnelle, la « classe capitaliste » profite du fait qu’elle détient la « propriété privée des moyens de production » pour exploiter la « classe ouvrière » productrice de la survaleur. Or, aucun de ces concepts n’est pertinent face aux problèmes actuels. En effet, la pauvreté aujourd’hui ne découle plus de l’exploitation dans le travail, mais de l’exclusion hors de la sphère du travail. Ceux qu’emploie encore la production capitaliste proprement dite font même figure de privilégiés. La société ne définit plus les masses « dangereuses » qui lui posent problème comme regroupant les individus en fonction de leur « position dans le procès de production », mais en fonction de celle qu’ils occupent dans les sphères secondaires et dérivées de la circulation et de la distribution. Ces masses comprennent chômeurs de longue durée et bénéficiaires de prestations sociales, mais aussi employés sous-payés du secteur des services externalisés, auto-entrepreneurs pauvres, vendeurs ambulants et autres chiffonniers. Du point de vue des normes en vigueur en matière de droit du travail, ces formes de reproduction s’avèrent de plus en plus entachées d’irrégularité, d’insécurité et souvent même d’illégalité ; en outre, l’embauche y est sporadique, et les maigres revenus qu’elles apportent frisent le minimum vital, quand ils ne tombent pas carrément en dessous.
A l’inverse, il n’existe plus non plus de « classe capitaliste » au vieux sens du terme, c’est-à-dire se définissant par la classique « propriété des moyens de production ». Que l’on considère l’appareil étatique avec ses infrastructures ou les grandes entreprises désormais transnationales, le capital semble être devenu d’une certaine façon socialisé et anonyme, et il n’est plus possible de mettre un visage sur la forme abstraite qu’il a revêtu. Aujourd’hui, « le capital » n’est pas une classe de propriétaires juridiques ; c’est le principe universel qui détermine la vie et les comportements de chacun des membres de la société, non seulement en tant que contrainte extérieure mais également jusque dans leur subjectivité même.
Au cours de la crise, et par le biais du processus de crise, s’accomplit une fois de plus une transformation structurelle de la société capitaliste dissolvant les vieilles strates sociales qui paraissaient claires. La crise prend sa source dans le fait que les forces productives nouvelles de la microélectronique ont fait se volatiliser le travail humain, c’est-à-dire la substance même du capital. A mesure que s’accélère la diminution du nombre de travailleurs dans l’industrie, la survaleur réelle est produite en quantités toujours moindres. Investir dans la création de nouveaux sites industriels n’étant plus rentable, les masses de capitaux se réfugient dans la sphère de la finance spéculative. Et tandis que des segments de population toujours plus importants sont éjectés hors de la production et réduits à la pauvreté, un simulacre d’accumulation capitaliste se poursuit via les bulles financières.
Ce processus n’a rien de nouveau : il façonne depuis plus de vingt ans le développement du capitalisme mondial. La nouveauté, en revanche, c’est que désormais les classes moyennes des pays occidentaux sont à leur tour menacées par le rouleau compresseur. L’essayiste américaine Barbara Ehrenreich avait évoqué dès 1989 la « peur de tomber » des classes moyennes[2]. Mais la question disparut ensuite – et durant une bonne décennie – derrière les chimères engendrées à la fois par la finance spéculative et par l’essor des NTIC et d’internet. L’effondrement de la Nouvelle Économie à partir de 2000 et l’éclatement en série de bulles financières qui secoua l’Asie, l’Europe et même, partiellement, les États-Unis, ont ravivé brutalement chez les classes moyennes la peur du déclassement.
Mais qui sont donc les « classes moyennes » et quel rôle social jouent-elles ? Au XIXe siècle déjà, le découpage des classes sociales n’était pas si évident. Entre les capitalistes possédant les moyens de production et les prolétaires ne possédant que leurs bras, venait s’insérer ce qu’on appelait la « petite bourgeoisie », catégorie ancienne dont les représentants étaient des propriétaires de petits moyens de production (boutiques, ateliers, etc.) qui produisaient généralement eux-mêmes, ou avec l’aide de membres de la famille, des produits vendus sur le marché. Les marxistes orthodoxes espéraient que ces « petits bourgeois » disparaîtraient peu à peu du fait de la concurrence des grandes entreprises capitalistes, et viendraient grossir les rangs du salariat industriel, de sorte que la société finirait par être entièrement polarisée autour des deux grandes classes antagonistes : la bourgeoisie et le prolétariat.
Cependant, au tournant du XXe siècle, la social-démocratie allemande fut le théâtre d’un débat célèbre entre Eduard Bernstein et Karl Kautsky[3] au sujet de la « nouvelle classe moyenne ». L’enjeu en était un certain nombre de fonctions techniques, économiques et intellectuelles ayant émergé au cours du déploiement de la société capitaliste. La rationalisation croissante de la production et l’expansion concomitante des infrastructures (administration, ingénierie, éducation et formation, santé, médias et communication publics, instituts de recherche, etc.) entraînèrent l’essor d’une catégorie « ni chair ni poisson » n’entrant plus dans les schémas traditionnels. On ne pouvait en effet définir ses membres comme des capitalistes : ils ne possédaient pas assez d’argent ; d’un autre côté, n’étant pas propriétaire de leurs moyens de production, n’ayant d’indépendance que formelle et restant largement tributaires du salariat, ils ne se rattachaient pas non plus à la petite bourgeoisie classique ; enfin, ils n’appartenaient pas davantage au prolétariat dans la mesure où ils n’étaient pas employés comme « producteurs directs » mais comme agents de l’expansion capitaliste des forces productives à travers toutes les sphères de l’existence.
C’est dans ce contexte que naquit le terme lourd de conséquences de « capital humain ». Employés des secteurs de l’ingénierie, du marketing ou des ressources humaines, membres des professions libérales (médecins, avocats, etc.) et fonctionnaires (enseignants, chercheurs, travailleurs sociaux, etc.) « sont », d’une certain façon, doublement du capital. D’abord, leurs compétences leur confèrent le rôle stratégique d’encadrer et d’organiser le travail des autres à fins de valoriser le capital ; en outre, et particulièrement s’ils sont travailleurs indépendants ou cadres, ils ont tendance à considérer leur propre qualification, et donc leur propre personne, comme du « capital humain » : en bons capitalistes, ils s’efforcent de s’« auto-valoriser ». Le capital que détient la nouvelle classe moyenne ne consiste ni en numéraire ni en moyens de production, mais en aptitude à organiser le procès de valorisation à un haut degré de rationalisation scientifique et technologique.
Nombre de nouvelles fonctions du même genre firent leur apparition tout au long du XXe siècle, et les effectifs de la nouvelle classe moyenne augmentèrent en permanence. En particulier, le boom de l’après-Seconde Guerre mondiale, combiné à celui de l’industrie des loisirs et des nouvelles formes de production fordiste, impulsa un élan supplémentaire à cette évolution ; en témoigne le fait que, dans la plupart des pays, la proportion d’étudiants s’accrut sans cesse à chaque génération. Cependant, si le mouvement étudiant qui balaya le monde entier en 1968 établit définitivement l’importance croissante de ces catégories sociales, il constitua en même temps un premier symptôme de la crise. L’expansion de la classe moyenne avait jusqu’ici stabilisé le capitalisme exactement comme Bernstein l’avait prédit et amené des réformes graduelles, mais un processus de déstabilisation s’était désormais mis en branle.
Quoique le chômage massif et structurel engendré par la troisième révolution industrielle et par la mondialisation du capital parut d’abord affecter essentiellement la production industrielle, il devint bientôt évident que la nouvelle classe moyenne ne serait pas épargnée. A bien des égards, l’essor de cette classe avait été intimement lié à celui des infrastructures publiques, de l’éducation et de la bureaucratie propre à l’Etat-providence. Or, la crise de la valorisation frappant le secteur industriel enfonçait les budgets nationaux dans des difficultés financières de plus en plus graves. Partant, de nombreuses réalisations considérées jusqu’alors avec fierté, faisaient soudain figure de luxes inutiles et encombrants.
« Dégraisser l’Etat » devint le mot d’ordre ; on tailla dans les dépenses relatives à l’éducation, à la culture, à la santé et à nombre d’autres institutions publiques ; le démantèlement de l’Etat-providence avait commencé. Dans les grandes entreprises même, des pans entiers de main d’œuvre qualifiée furent victimes de la rationalisation des activités. Pour finir, le krach de la Nouvelle Économie acheva de dévaluer jusqu’aux compétences des spécialistes de la haute technologie. Aujourd’hui, on ne peut plus ignorer que l’essor de la nouvelle classe moyenne ne disposait d’aucune base capitaliste propre mais dépendait de la redistribution de la survaleur issue des secteurs industriels. A mesure que la production de survaleur sociale réelle entrait dans une crise structurelle du fait de la troisième révolution industrielle, un à un les secteurs secondaires de la nouvelle classe moyenne furent privés de leur terreau nourricier.
Il n’en résulte pas seulement un chômage en hausse chez les diplômés. En raison de la vague de privatisations et d’externalisations, ce sont aussi les qualifications de ce « capital humain » qui se voient dévaluées et leur statut qui se dégrade. Pigistes miséreux et autres professionnels « free-lance » des médias, des cabinets d’avocats ou encore des écoles et des cliniques privées, ne constituent plus des exceptions : désormais, ils sont la règle. Néanmoins, il se pourrait qu’en définitive Kautsky aussi se soit trompé. Car si la nouvelle classe moyenne « tombe » effectivement, elle n’en rejoint pas pour autant le prolétariat industriel traditionnel des producteurs directs, lequel ne représente plus qu’une minorité qui disparaît peu à peu. Paradoxalement, la « prolétarisation » des diplômés va de pair avec une « déprolétarisation » de la production.
Ainsi, la dévaluation des qualifications s’accompagne d’une extension objective du concept de « capital humain ». A contre-courant du déclin de la nouvelle classe moyenne, la société tout entière est le théâtre d’une sorte de « em(petit)bourgeoisement » inédit qui s’accélère avec la transformation des appareils industriels ou infrastructurels en gigantesques organisations anonymes. Les « moyens de production indépendants » rétrécissent jusqu’à rencontrer la peau des individus : chacun devient son propre « capital humain », qui n’est rien de plus que son corps nu. Il en résulte un contact direct entre l’individu atomisé et l’économie de la valeur, dont les déficits et les bulles financières entretiennent un simulacre de reproduction. Plus grands sont les écarts de revenus entre riches et pauvres dans cette économie de bulles financières, et plus les différences structurelles entre les classes vont s’effacer au sein de la reproduction capitaliste. Il n’y a donc aucun sens à vouloir – comme le font un certain nombre d’idéologues de cette classe moyenne en déclin qui fut jadis nouvelle – reprendre à son compte une « lutte des classes du prolétariat » d’une époque révolue. Aujourd’hui, l’émancipation sociale exige de dépasser la forme sociale qui nous est commune à tous [5]. Le système de production marchande ne nous offre que des différences quantitatives de richesse abstraite, essentielles certes lorsque la survie est en jeu, mais stériles en termes d’émancipation. Un Bill Gates n’est ni plus ni moins « petit-bourgeois » que n’importe quel auto-entrepreneur pauvre : leur attitude envers le monde est identique et ils ont les mêmes mots d’ordre. Avec, aux lèvres, le vocabulaire du marché universel et de l’« auto-valorisation », ils franchissent ensemble les portes de la barbarie.
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Au cours de la crise, et par le biais du processus de crise, s’accomplit une fois de plus une transformation structurelle de la société capitaliste dissolvant les vieilles strates sociales qui paraissaient claires. La crise prend sa source dans le fait que les forces productives nouvelles de la microélectronique ont fait se volatiliser le travail humain, c’est-à-dire la substance même du capital. A mesure que s’accélère la diminution du nombre de travailleurs dans l’industrie, la survaleur réelle est produite en quantités toujours moindres. Investir dans la création de nouveaux sites industriels n’étant plus rentable, les masses de capitaux se réfugient dans la sphère de la finance spéculative. Et tandis que des segments de population toujours plus importants sont éjectés hors de la production et réduits à la pauvreté, un simulacre d’accumulation capitaliste se poursuit via les bulles financières.
Ce processus n’a rien de nouveau : il façonne depuis plus de vingt ans le développement du capitalisme mondial. La nouveauté, en revanche, c’est que désormais les classes moyennes des pays occidentaux sont à leur tour menacées par le rouleau compresseur. L’essayiste américaine Barbara Ehrenreich avait évoqué dès 1989 la « peur de tomber » des classes moyennes[2]. Mais la question disparut ensuite – et durant une bonne décennie – derrière les chimères engendrées à la fois par la finance spéculative et par l’essor des NTIC et d’internet. L’effondrement de la Nouvelle Économie à partir de 2000 et l’éclatement en série de bulles financières qui secoua l’Asie, l’Europe et même, partiellement, les États-Unis, ont ravivé brutalement chez les classes moyennes la peur du déclassement.
Mais qui sont donc les « classes moyennes » et quel rôle social jouent-elles ? Au XIXe siècle déjà, le découpage des classes sociales n’était pas si évident. Entre les capitalistes possédant les moyens de production et les prolétaires ne possédant que leurs bras, venait s’insérer ce qu’on appelait la « petite bourgeoisie », catégorie ancienne dont les représentants étaient des propriétaires de petits moyens de production (boutiques, ateliers, etc.) qui produisaient généralement eux-mêmes, ou avec l’aide de membres de la famille, des produits vendus sur le marché. Les marxistes orthodoxes espéraient que ces « petits bourgeois » disparaîtraient peu à peu du fait de la concurrence des grandes entreprises capitalistes, et viendraient grossir les rangs du salariat industriel, de sorte que la société finirait par être entièrement polarisée autour des deux grandes classes antagonistes : la bourgeoisie et le prolétariat.
Cependant, au tournant du XXe siècle, la social-démocratie allemande fut le théâtre d’un débat célèbre entre Eduard Bernstein et Karl Kautsky[3] au sujet de la « nouvelle classe moyenne ». L’enjeu en était un certain nombre de fonctions techniques, économiques et intellectuelles ayant émergé au cours du déploiement de la société capitaliste. La rationalisation croissante de la production et l’expansion concomitante des infrastructures (administration, ingénierie, éducation et formation, santé, médias et communication publics, instituts de recherche, etc.) entraînèrent l’essor d’une catégorie « ni chair ni poisson » n’entrant plus dans les schémas traditionnels. On ne pouvait en effet définir ses membres comme des capitalistes : ils ne possédaient pas assez d’argent ; d’un autre côté, n’étant pas propriétaire de leurs moyens de production, n’ayant d’indépendance que formelle et restant largement tributaires du salariat, ils ne se rattachaient pas non plus à la petite bourgeoisie classique ; enfin, ils n’appartenaient pas davantage au prolétariat dans la mesure où ils n’étaient pas employés comme « producteurs directs » mais comme agents de l’expansion capitaliste des forces productives à travers toutes les sphères de l’existence.
Il y avait certes déjà des fonctionnaires au XIXe siècle, que l’on songe aux enseignants et autres agents de l’Etat ou à ces cadres d’entreprises que Marx a décrits comme une « hiérarchie complète de sous-officiers et d’officiers » du capital[4]. Cette catégorie sociale était cependant si peu nombreuse qu’on pouvait difficilement la qualifier de « classe ». C’est seulement plus tard, lorsque les exigences propres au capitalisme du XXe siècle réclamèrent massivement ces fonctions, qu’elle put constituer une nouvelle classe moyenne. Dans la polémique qui divisa les marxistes au début de cette évolution, Kautsky s’efforçait de faire entrer la nouvelle classe dans le schéma traditionnel et de la compter, d’une façon ou d’une autre, dans les rangs du prolétariat, tandis que Bernstein voyait dans ce phénomène social une stabilisation du capitalisme qui rendait envisageable un réformisme modéré.
D’abord, et pendant longtemps, il sembla que Bernstein avait vu juste. La nouvelle classe moyenne s’éloigna en effet de plus en plus de la classe ouvrière traditionnelle, non seulement de par le contenu et le lieu de son activité, mais également sur le plan économique. Barbara Ehrenreich retient pour critère d’appartenance à cette classe le fait que le « statut social [soit] basé sur l’éducation plutôt que sur la détention de capital ou d’autres avoirs ». Les qualifications supérieures obtenues par cette éducation particulièrement longue (parfois jusqu’à l’âge de trente ans ou plus) et dévorant des ressources considérables, accrurent la valeur de la force de travail bien plus fortement que les autres variations moyennes.C’est dans ce contexte que naquit le terme lourd de conséquences de « capital humain ». Employés des secteurs de l’ingénierie, du marketing ou des ressources humaines, membres des professions libérales (médecins, avocats, etc.) et fonctionnaires (enseignants, chercheurs, travailleurs sociaux, etc.) « sont », d’une certain façon, doublement du capital. D’abord, leurs compétences leur confèrent le rôle stratégique d’encadrer et d’organiser le travail des autres à fins de valoriser le capital ; en outre, et particulièrement s’ils sont travailleurs indépendants ou cadres, ils ont tendance à considérer leur propre qualification, et donc leur propre personne, comme du « capital humain » : en bons capitalistes, ils s’efforcent de s’« auto-valoriser ». Le capital que détient la nouvelle classe moyenne ne consiste ni en numéraire ni en moyens de production, mais en aptitude à organiser le procès de valorisation à un haut degré de rationalisation scientifique et technologique.
Nombre de nouvelles fonctions du même genre firent leur apparition tout au long du XXe siècle, et les effectifs de la nouvelle classe moyenne augmentèrent en permanence. En particulier, le boom de l’après-Seconde Guerre mondiale, combiné à celui de l’industrie des loisirs et des nouvelles formes de production fordiste, impulsa un élan supplémentaire à cette évolution ; en témoigne le fait que, dans la plupart des pays, la proportion d’étudiants s’accrut sans cesse à chaque génération. Cependant, si le mouvement étudiant qui balaya le monde entier en 1968 établit définitivement l’importance croissante de ces catégories sociales, il constitua en même temps un premier symptôme de la crise. L’expansion de la classe moyenne avait jusqu’ici stabilisé le capitalisme exactement comme Bernstein l’avait prédit et amené des réformes graduelles, mais un processus de déstabilisation s’était désormais mis en branle.
« Dégraisser l’Etat » devint le mot d’ordre ; on tailla dans les dépenses relatives à l’éducation, à la culture, à la santé et à nombre d’autres institutions publiques ; le démantèlement de l’Etat-providence avait commencé. Dans les grandes entreprises même, des pans entiers de main d’œuvre qualifiée furent victimes de la rationalisation des activités. Pour finir, le krach de la Nouvelle Économie acheva de dévaluer jusqu’aux compétences des spécialistes de la haute technologie. Aujourd’hui, on ne peut plus ignorer que l’essor de la nouvelle classe moyenne ne disposait d’aucune base capitaliste propre mais dépendait de la redistribution de la survaleur issue des secteurs industriels. A mesure que la production de survaleur sociale réelle entrait dans une crise structurelle du fait de la troisième révolution industrielle, un à un les secteurs secondaires de la nouvelle classe moyenne furent privés de leur terreau nourricier.
Il n’en résulte pas seulement un chômage en hausse chez les diplômés. En raison de la vague de privatisations et d’externalisations, ce sont aussi les qualifications de ce « capital humain » qui se voient dévaluées et leur statut qui se dégrade. Pigistes miséreux et autres professionnels « free-lance » des médias, des cabinets d’avocats ou encore des écoles et des cliniques privées, ne constituent plus des exceptions : désormais, ils sont la règle. Néanmoins, il se pourrait qu’en définitive Kautsky aussi se soit trompé. Car si la nouvelle classe moyenne « tombe » effectivement, elle n’en rejoint pas pour autant le prolétariat industriel traditionnel des producteurs directs, lequel ne représente plus qu’une minorité qui disparaît peu à peu. Paradoxalement, la « prolétarisation » des diplômés va de pair avec une « déprolétarisation » de la production.
Ainsi, la dévaluation des qualifications s’accompagne d’une extension objective du concept de « capital humain ». A contre-courant du déclin de la nouvelle classe moyenne, la société tout entière est le théâtre d’une sorte de « em(petit)bourgeoisement » inédit qui s’accélère avec la transformation des appareils industriels ou infrastructurels en gigantesques organisations anonymes. Les « moyens de production indépendants » rétrécissent jusqu’à rencontrer la peau des individus : chacun devient son propre « capital humain », qui n’est rien de plus que son corps nu. Il en résulte un contact direct entre l’individu atomisé et l’économie de la valeur, dont les déficits et les bulles financières entretiennent un simulacre de reproduction. Plus grands sont les écarts de revenus entre riches et pauvres dans cette économie de bulles financières, et plus les différences structurelles entre les classes vont s’effacer au sein de la reproduction capitaliste. Il n’y a donc aucun sens à vouloir – comme le font un certain nombre d’idéologues de cette classe moyenne en déclin qui fut jadis nouvelle – reprendre à son compte une « lutte des classes du prolétariat » d’une époque révolue. Aujourd’hui, l’émancipation sociale exige de dépasser la forme sociale qui nous est commune à tous [5]. Le système de production marchande ne nous offre que des différences quantitatives de richesse abstraite, essentielles certes lorsque la survie est en jeu, mais stériles en termes d’émancipation. Un Bill Gates n’est ni plus ni moins « petit-bourgeois » que n’importe quel auto-entrepreneur pauvre : leur attitude envers le monde est identique et ils ont les mêmes mots d’ordre. Avec, aux lèvres, le vocabulaire du marché universel et de l’« auto-valorisation », ils franchissent ensemble les portes de la barbarie.
Version PDF
http://palim-psao.over-blog.fr
[2] Barbara Ehrenreich, Fear of Falling: The Inner Life of the Middle Class, 1989.
[3] Eduard Bernstein (1850-1932), théoricien socialiste et militant du SPD, initia à partir des années 1890 un vaste mouvement de réinterprétation du marxisme, au cours duquel il rencontra l’opposition, entre autres, de Karl Kautsky (1854-1938), théoricien, secrétaire d’Engels et gardien du dogme.
[4] Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste, 1848.
[5] Kurz pense ici à la forme de socialisation par le travail dans sa double nature concrète et abstraite, socialisation constitutive dans la seule société capitaliste d'une médiation sociale qui totalise à elle seule toute une société (formation sociale), la valeur qui se valorise (le capital comme sujet automate) au travers de la survaleur relative (note de Palim Psao).
Libellés :
Le dernier avatar de la classe moyenne
lundi 26 décembre 2011
AnonOps Communications
#Anonymous target US security think tank “Thank you! Defense Intelligence Agency”
2011 fut une année révolutionnaire pour un nouveau mouvement qui va changer le monde. De New York au Caire, nous venons juste de commencer. Nous sommes toujours occupés à construire ce mouvement incroyable, et nous ne pouvons pas le faire sans vous, nos frères humains !
Faisons l'année prochaine encore mieux!
The loose-knit hacking movement “Anonymous” claimed Sunday to have stolen thousands of credit card numbers and other personal information belonging to clients of U.S.-based security think tank Stratfor. One hacker said the goal was to pilfer funds from individuals’ accounts to give away as Christmas donations, and some victims confirmed unauthorized transactions linked to their credit cards.
Anonymous boasted of stealing Stratfor’s confidential client list, which includes entities ranging from Apple Inc. to the U.S. Air Force to the Miami Police Department, and mining it for more than 4,000 credit card numbers, passwords and home addresses.
“Not so private and secret anymore?” Anonymous taunted in a message on Twitter, promising that the attack on Stratfor was just the beginning of a Christmas-inspired assault on a long list of targets.
Anonymous said the client list it had already posted was a small slice of the 200 gigabytes worth of plunder it stole from Stratfor and promised more leaks. It said it was able to get the credit card details in part because Stratfor didn’t bother encrypting them — an easy-to-avoid blunder which, if true, would be a major embarrassment for any security-related company.
Fred Burton, Stratfor’s vice president of intelligence, said the company had reported the intrusion to law enforcement and was working with them on the investigation.
Stratfor has protections in place meant to prevent such attacks, he said.
“But I think the hackers live in this kind of world where once they fixate on you or try to attack you it’s extraordinarily difficult to defend against,” Burton said.
Hours after publishing what it claimed was Stratfor’s client list, Anonymous tweeted a link to encrypted files online with names, phone numbers, emails, addresses and credit card account details.
“Not as many as you expected? Worry not, fellow pirates and robin hoods. These are just the ‘A’s,” read a message posted online that encouraged readers to download a file of the hacked information.
The attack is “just another in a massive string of breaches we’ve seen this year and in years past,” said Josh Shaul, chief technology officer of Application Security Inc., a New York-based provider of database security software.
Still, companies that shared secret information with Stratfor in order to obtain threat assessments might worry that the information is among the 200 gigabytes of data that Anonymous claims to have stolen, he said.
“If an attacker is walking away with that much email, there might be some very juicy bits of information that they have,” Shaul said.
Lt. Col. John Dorrian, public affairs officer for the Air Force, said that “for obvious reasons” the Air Force doesn’t discuss specific vulnerabilities, threats or responses to them.
“The Air Force will continue to monitor the situation and, as always, take appropriate action as necessary to protect Air Force networks and information,” he said in an email.
Miami Police Department spokesman Sgt. Freddie Cruz Jr. said that he could not confirm that the agency was a client of Stratfor, and he said he had not received any information about a security breach involving the police department.
Anonymous also linked to images online that it suggested were receipts for charitable donations made by the group manipulating the credit card data it stole.
“Thank you! Defense Intelligence Agency,” read the text above one image that appeared to show a transaction summary indicating that an agency employee’s information was used to donate $250 to a nonprofit.
One receipt — to the American Red Cross — had Allen Barr’s name on it.
Barr, of Austin, Texas, recently retired from the Texas Department of Banking and said he discovered last Friday that a total of $700 had been spent from his account. Barr, who has spent more than a decade dealing with cybercrime at banks, said five transactions were made in total.
“It was all charities, the Red Cross, CARE, Save the Children. So when the credit card company called my wife she wasn’t sure whether I was just donating,” said Barr, who wasn’t aware until a reporter with the AP called that his information had been compromised when Stratfor’s computers were hacked.
“It made me feel terrible. It made my wife feel terrible. We had to close the account.”
Wishing everyone a “Merry LulzXMas” — a nod to its spinoff hacking group Lulz Security — Anonymous also posted a link on Twitter to a site containing the email, phone number and credit number of a U.S. Homeland Security employee.
The employee, Cody Sultenfuss, said he had no warning before his details were posted.
“They took money I did not have,” he told The Associated Press in a series of emails, which did not specify the amount taken. “I think ‘Why me?’ I am not rich.”
But the breach doesn’t necessarily pose a risk to owners of the credit cards. A card user who suspects fraudulent activity on his or her card can contact the credit card company to dispute the charge.
Stratfor said in an email to members, signed by Stratfor Chief Executive George Friedman and passed on to AP by subscribers, that it had hired a “leading identity theft protection and monitoring service” on behalf of the Stratfor members affected by the attack. The company said it will send another email on services for affected members by Wednesday.
Stratfor acknowledged that an “unauthorized party” had revealed personal information and credit card data of some of its members.
The company had sent another email to subscribers earlier in the day saying it had suspended its servers and email after learning that its website had been hacked.
One member of the hacking group, who uses the handle AnonymousAbu on Twitter, claimed that more than 90,000 credit cards from law enforcement, the intelligence community and journalists — “corporate/exec accounts of people like Fox” News — had been hacked and used to “steal a million dollars” and make donations.
Anonymous boasted of stealing Stratfor’s confidential client list, which includes entities ranging from Apple Inc. to the U.S. Air Force to the Miami Police Department, and mining it for more than 4,000 credit card numbers, passwords and home addresses.
“Not so private and secret anymore?” Anonymous taunted in a message on Twitter, promising that the attack on Stratfor was just the beginning of a Christmas-inspired assault on a long list of targets.
Anonymous said the client list it had already posted was a small slice of the 200 gigabytes worth of plunder it stole from Stratfor and promised more leaks. It said it was able to get the credit card details in part because Stratfor didn’t bother encrypting them — an easy-to-avoid blunder which, if true, would be a major embarrassment for any security-related company.
Fred Burton, Stratfor’s vice president of intelligence, said the company had reported the intrusion to law enforcement and was working with them on the investigation.
Stratfor has protections in place meant to prevent such attacks, he said.
“But I think the hackers live in this kind of world where once they fixate on you or try to attack you it’s extraordinarily difficult to defend against,” Burton said.
Hours after publishing what it claimed was Stratfor’s client list, Anonymous tweeted a link to encrypted files online with names, phone numbers, emails, addresses and credit card account details.
“Not as many as you expected? Worry not, fellow pirates and robin hoods. These are just the ‘A’s,” read a message posted online that encouraged readers to download a file of the hacked information.
The attack is “just another in a massive string of breaches we’ve seen this year and in years past,” said Josh Shaul, chief technology officer of Application Security Inc., a New York-based provider of database security software.
Still, companies that shared secret information with Stratfor in order to obtain threat assessments might worry that the information is among the 200 gigabytes of data that Anonymous claims to have stolen, he said.
“If an attacker is walking away with that much email, there might be some very juicy bits of information that they have,” Shaul said.
Lt. Col. John Dorrian, public affairs officer for the Air Force, said that “for obvious reasons” the Air Force doesn’t discuss specific vulnerabilities, threats or responses to them.
“The Air Force will continue to monitor the situation and, as always, take appropriate action as necessary to protect Air Force networks and information,” he said in an email.
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Anonymous also linked to images online that it suggested were receipts for charitable donations made by the group manipulating the credit card data it stole.
“Thank you! Defense Intelligence Agency,” read the text above one image that appeared to show a transaction summary indicating that an agency employee’s information was used to donate $250 to a nonprofit.
One receipt — to the American Red Cross — had Allen Barr’s name on it.
Barr, of Austin, Texas, recently retired from the Texas Department of Banking and said he discovered last Friday that a total of $700 had been spent from his account. Barr, who has spent more than a decade dealing with cybercrime at banks, said five transactions were made in total.
“It was all charities, the Red Cross, CARE, Save the Children. So when the credit card company called my wife she wasn’t sure whether I was just donating,” said Barr, who wasn’t aware until a reporter with the AP called that his information had been compromised when Stratfor’s computers were hacked.
“It made me feel terrible. It made my wife feel terrible. We had to close the account.”
Wishing everyone a “Merry LulzXMas” — a nod to its spinoff hacking group Lulz Security — Anonymous also posted a link on Twitter to a site containing the email, phone number and credit number of a U.S. Homeland Security employee.
The employee, Cody Sultenfuss, said he had no warning before his details were posted.
“They took money I did not have,” he told The Associated Press in a series of emails, which did not specify the amount taken. “I think ‘Why me?’ I am not rich.”
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Stratfor said in an email to members, signed by Stratfor Chief Executive George Friedman and passed on to AP by subscribers, that it had hired a “leading identity theft protection and monitoring service” on behalf of the Stratfor members affected by the attack. The company said it will send another email on services for affected members by Wednesday.
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AnonOps
2011 was a revolutionary year for a new movement that is changing the world. From NYC to Cairo, we are just getting started. We are still busy building this amazing movement, and we couldn't do it without you -- our supporters! Let's make next year even better!
#OccupyWallStreet Thanks Our Supporters!
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Les « psychopathes » arrivent
Un adieu à « l’ère du narcissisme »
Ci-dessous un texte de Götz Eisenberg, psychologue parfois proche de la revue allemande « Krisis », sur l'influence, de son point de vue, du néolibéralisme sur la structure psychique ainsi que les maladies psychiques.
En 2013, l’association américaine de psychiatrie publiera la 5ème édition de son manuel de diagnostic (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) qui existe depuis 1952. Ce manuel a pour vocation de définir des critères universels pour décider à partir de quel moment un être humain doit être déclaré malade au niveau psychiatrique. La nouvelle publication à venir a déjà déclenché de vives polémiques.
Ce manuel tente de fournir une approche objective aux problèmes psychiques, basée uniquement sur les symptômes, et de les imposer de manière universelle. L’objectif est d’assurer que quand on pose par exemple le diagnostic de «dépression» ou de « schizophrénie » on parle partout de la même chose.
La nouvelle édition vise à faire le ménage dans la rubrique des troubles de la personnalité. Sur les onze maladies reconnues actuellement, deux seulement sont diagnostiquées régulièrement : le « trouble de la personnalité borderline » et le « trouble de la personnalité antisociale ». Quelle humiliation pour les narcissiques. Bientôt ils n’auront plus d’existence, ou en tout cas pas dans leur forme pure !
Le fait que le « trouble de la personnalité narcissique » soit retiré de la circulation peut être interprété comme le fait que les symptômes attribués à cette maladie sont devenus partie prenante de la normalité. Ce trouble de base n’a plus valeur de maladie dans notre société, il reflète plutôt son caractère social. A chaque degré de développement social correspond un caractère social dominant. La structure identitaire de l’homme est synchrone avec celle de la société environnante. Le personnage principal du roman d’Heinrich Mann Le Sujet de l’Empereur1, avec sa soumission inconditionnelle, son penchant compulsif à faire des économies et à tout conserver, reflète tout à fait la phase historique durant laquelle le capitalisme en Allemagne prenait son essor sous la forme d’un État autoritaire et semi-féodal. Parallèlement, on voyait déjà, dans certaines subcultures marginales, culturelles et artistiques, émerger la prochaine étape de développement. Au début, ses attributs étaient stigmatisés et analysés comme des signes de dégénérescence et de maladie. C’est ainsi qu’avaient été traités les milieux dadaïstes et surréalistes, avec les dandys et les bohèmes, qui cultivaient certains traits narcissiques et qui anticipaient dans nombre de domaines l’hédonisme consumériste. Pour le bourgeois, les bohémiens et les artistes étaient des « dandys vaniteux » de la « lie » dont il fallait se débarrasser, ce qu’ils finiront par faire. Dans les fameuses années vingt, on voyait déjà pointer à l’horizon le changement psycho-historique qui nous entraînerait dans l’ère du narcissisme. Par la suite, le fascisme a amené une régression collective vers le caractère social traditionnel, avec ses idéaux d’ordre et de pureté, et a ainsi enterré provisoirement tout autre développement. Il a fallu quelques décennies pour que les tendances des années vingt se manifestent de nouveau, importées des États-Unis.
La révolte de 1968
Lors de la transition vers l’ère consumériste, les comportements bohèmes sortent de leur ghetto subculturel et se massifient. Une bonne partie de la dynamique de la révolte de 1968 provient de la friction entre deux formes différentes du caractère social ou des « classes psychiques »2. Après coup, la révolte apparaît comme étant également une nouvelle étape dans l’implémentation du développement capitaliste. On pourrait dire, pour paraphraser Hegel, que l’esprit du capitalisme s’est servi de ses opposants pour faire retour à soi et rejoindre son concept. Des gens tels que Rainer Langhans3 ont rendu de grands services à la modernité, et il est donc logique de le retrouver aujourd’hui dans un jeu de télé réalité, « Le camp de la jungle » (héritier du Loft), produit par la chaîne RTL. Le fait de « s’éclater » et de soigner son look hippie n’a représenté une rébellion qu’à l’époque où l’Allemagne Fédérale était fondamentalement postfasciste, coercitive et « petite-bourgeoise ». L’époque où porter les cheveux longs suscitait chez les bourgeois et les beaufs une pulsion d’anéantissement est révolue. Le développement psychique et culturel possède sa propre structure temporelle et a toujours un temps de retard par rapport aux changements économiques et techniques. De temps en temps, il faut une révolte militante pour réformer des sub-systèmes anachroniques et les rendre contemporains.
Nous pouvons assister actuellement à la décomposition du sujet introverti traditionnel et à la transition vers « l’homme flexible » qui correspond aux impératifs modifiés d’une nouvelle phase du développement capitaliste. Ses attributs sont identiques au catalogue des symptômes de l’ancien trouble de la personnalité narcissique, qui n’est donc plus considéré comme une maladie. Une partie de ses symptômes qui ne sont pas compatibles avec la nouvelle normalité sont transférés vers d’autres troubles : le narcissisme a désormais droit de cité, sauf dans sa forme maladive ou « borderline ».
Mais on voit déjà les prémices de nouveaux changements psycho-historiques. Les années que nous venons de traverser, marquées par le néolibéralisme, ont rendu les gens indifférents, leur vie intérieure s’est transformée en un grand glacier de sentiments congelés. Les gens ne peuvent pas faire autrement que de transmettre cette froideur à leur environnement. Il y a des différences non négligeables selon qu’on a grandi et que l’on vit dans une société qui valorise la solidarité avec les faibles et ceux qui sont moins compétitifs, ou bien qu’on vit dans une société où ces gens sont abandonnés dans la misère et stigmatisés en tant que loosers. Que l’expression « espèce de victime » soit devenue la pire insulte que des jeunes se lancent à la tête en dit long sur l’image pervertie qu’ils se font de l’humanité, marquée depuis quelques années par le culte du gagnant. On le voit par exemple chez des sportifs qui chantent à tue-tête devant les caméras après un match victorieux: « Regardez à quoi ressemblent des gagnants – hohéhohéhohé ». (…) Sans doute aussi parce qu’elle a l’air de sortir du dernier soap opera, la gardienne de but de l’équipe de foot américaine, Hope Solo, incarne ce culte du gagnant. Dans une interview avant la finale du dernier championnat du monde, elle déclarait : « Nous savons que nous allons gagner. C’est notre mentalité. » Qu’elle se soit trompée n’est qu’un faible réconfort.
Le marché comme vie intérieure
Les attitudes et les comportements qui sont dictés par le marché et qui sont indispensables pour réussir au niveau économique ont aujourd’hui pénétré la vie quotidienne jusque dans ses derniers recoins. Le manque d’égard généralisé, l’individualisme poussé jusqu’à la manie égocentrique, le cynisme et l’indifférence caractérisent aujourd’hui les rapports entre les humains. C’est ainsi que « l’ère du narcissisme » porte déjà en son sein le prochain niveau de développement psycho-historique. Le marché, l’économie et la pédagogie dictent une idée de la vie intérieure humaine qui doit être flexible et interchangeable, analogue à ce qu’on stigmatise encore aujourd’hui comme « psychopathe », et qu’on retrouve chez les détenus, en prison ou dans des institutions médico-légales. Le terme de psychopathe n’est pas utilisé ici dans son acception populaire, définissant une personnalité perturbée, imprévisible et violente, mais comme l’ont défini les psychiatres américain et canadien Cleckley et Hare pour qui les caractéristiques d’une personnalité « psychopathique » sont l’incapacité à ressentir de l’empathie, le fait d’être beau parleur, charmeuse, sûre d’elle, à l’aise dans les situations sociales, froide quand elle est sous pression. C’est-à-dire précisément les attributs qui caractérisent les flambeurs et les gourous de la nouvelle économie et du monde de la finance qui continuent à nous pousser vers le précipice.
En 2007, Paul Babiak et Robert Hare ont publié un livre, « Esclavagistes ou managers », dans lequel ils mettent en garde les managers et le monde de la finance. Si des «psychopathes» devaient occuper des postes de direction, leur goût du risque et leur absence totale de scrupules pourraient s’avérer désastreux à long terme. De nos jours, la psychologie qui vend son savoir au plus offrant cherche à expliquer les dysfonctionnements du système par ceux des individus plutôt que par la structure de l’économie capitaliste. La psychologie officielle est aveugle en ce qui concerne la société et tente, comme le dit Peter Brückner, « de décrire les astres à travers un ciel partiellement voilé ». Elle ne reconnaît pas que les phénomènes critiqués sont un effet secondaire d’une nouvelle ère du capitalisme qui a commencé dans les années 1990 et qui ne connaît plus comme critère que la cotation boursière. Le monde de l’argent, déchaîné et sans scrupules, est devenu générateur de « psychopathes », il les attire comme un aimant et les multiplie.
Une carrière de psychopathe naît d’un côté de la famille, en tant qu’association utilitariste de sujets-marchandises, et de l’autre du monde virtuel des jeux vidéo. Jouer à l’excès aux jeux vidéo, fondamentalement antisociaux, participe à la production de « psychopathes fonctionnels » et forme les générations à venir à la vie dans un monde capitaliste. On assiste actuellement à la formation d’une nouvelle structure enfantine qu’on pourrait appeler une objet-socialisation4. Dans une forme d’abandon d’enfant postmoderne, on les laisse dès leur plus jeune âge devant des appareils électroniques et techniques chargés de leur socialisation. Même si les parents modernes souhaitent que leurs enfants soient sages, ils ne sont pas prêts pour autant à consentir l’effort personnel et le temps nécessaire. Le travail éducatif astreignant est laissé aux enseignants et à la « Ritalin », ce médicament miracle censé « assagir » les enfants. Il fait partie de la famille des amphétamines et il est de plus en plus prescrit à des enfants comme s’il s’agissait d’un simple complément nutritionnel. C’est avec de la Ritalin et d’autres psychotropes qu’on veut rendre les enfants aptes à supporter les rapports de concurrence auxquels on les confronte dès leur plus jeune âge. Le marché, omniprésent et déifié par tout le monde, pénètre jusque dans les écoles, caractérisées par la concurrence, la solitude, l’hostilité entre les enfants et le harcèlement moral. La conséquence risque d’être que la concurrence du darwinisme social, le manque d’éducation, la froideur et l’indifférence construisent chez les enfants une insensibilité psychique, une absence d’empathie et un manque de scrupules. Même si c’est encore le narcissisme qui domine aujourd’hui, c’est aux psychopathes qu’appartient l’avenir.
L’homme flexible
La seule chose dont on peut être sûr aujourd’hui, ce sont les catastrophes vers lesquelles nous fonçons. Toute alternative dépendra de l’action humaine. La société actuelle porte encore en elle les possibilités de quelque chose de meilleur, mais pour réaliser ces possibilités, on ne peut se fier ni à une tendance qui serait propre à l’histoire ni à un quelconque sujet collectif. C’est à nous, les êtres humains d’aujourd’hui, d’arrêter la folie de l’économie déchaînée et de reprendre le contrôle. Une des priorités d’une société débarrassée de la tyrannie de l’économie serait d’inventer et de créer de nouveaux espaces, stables dans le temps et la durée, et avec une présence éducative humaine, qui permettraient aux enfants de réussir leur naissance psychique et de se développer en tant qu’humains dans une société humaine. Une société dans laquelle l’intégration sociale et les rapports entre les personnes seraient basés sur des formes de coopération solidaire, et non pas sur une socialisation asociale à travers l’argent et le marché, produira d’autres structures psychiques et d’autres formes de médiation de la question psychique et sociale que nous ne pouvons actuellement pas formuler avec des concepts. On peut seulement avancer que l’existence individuelle devra avoir un rapport prononcé avec la communauté dans laquelle l’individu doit retrouver une vraie solidarité. Pour le dire avec les mots du manifeste du parti communiste, une société dans laquelle « le libre développement de chacun est la condition du libre développement pour tous ».
La production de l’humain serait au centre d’une « économie du bonheur » (Bourdieu) qui permettrait aux gens de s’épanouir, de découvrir et de faire naître les possibilités que la société de classes a jusqu’à présent entravées. Mais rappelons-nous l’avertissement formulé par la théorie critique qui met en garde contre la volonté de définir trop exactement l’émancipation, et terminons donc ici par une définition négative : l’homme moderne n’est limité par rien, attaché à rien, il est sans tradition, sans scrupules, régi par l’opportunisme, à la recherche permanente de la fructification de ses avantages personnels et de la croissance de la cotation en bourse de son propre ego. Cet « homme flexible » ne représentera certainement pas l’idéal d’une humanité libérée.
Traduction : Paul Braun
* Götz Eisenberg est psychologue en milieu carcéral dans la prison allemande de Butzbach. Il a publié plusieurs livres en allemand sur la question de l’augmentation du nombre d’accès de folie meurtrière (amok) et de leur lien avec l’évolution de la société moderne. Cet article est paru en septembre dernier dans l’hebdomadaire allemand Der Freitag.
1. En allemand Der Untertan, roman écrit deux mois avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale. NDLT
2. Concept forgé par Lloyd deMause, né en 1931 à Detroit, Michigan, qui est un penseur social américain connu pour ses travaux en psycho-histoire. C’est le fondateur du Journal de Psycho-histoire. NDLT
3. Auteur et cinéaste allemand, né en 1940, connu surtout comme l’un des principaux protagonistes du mouvement communautaire politique à Berlin en 1967/68. NDLT
4. Concept développé par Günther Anders selon lequel l’homme n’est plus le sujet de l’Histoire, qu’il a été remplacé par les objets.
samedi 24 décembre 2011
Sp(r)itzenleistungen
Doping am Arbeitsplatz dürfte langsam aber sicher zum Normalfall werden
Um in der Arbeitsgesellschaft als vollwertiges Mitglied zu gelten, genügt es für gewöhnlich nicht, eine Arbeit zu haben. Man muss darüber hinaus auch ein gewisses Maß an Leistung vorweisen. Meistens ein sehr hohes. Sonst drohen Anerkennungsverlust, Druck von Seiten der Kollegen bzw. Vorgesetzten und nicht selten am Ende der Rauswurf. Darüber hinaus verdichten sich in allen Berufsfeldern stetig die Leistungsanforderungen, meist begleitet von wachsendem Konkurrenzdruck und der Angst vor Stellenstreichungen. Um all dem besser gewachsen zu sein und damit man nach außen hin immer noch den fleißigen und belastbaren Mitarbeiter geben kann, steigt die Bereitschaft zur Einnahme von Medikamenten, die der Leistungssteigerung dienen sollen. Allein in Deutschland putschen sich mehr als zwei Millionen gesunde Menschen regelmäßig auf, um besser mit ihrer Arbeit fertig zu werden. Das sind fünf Prozent aller Beschäftigten. Es ist zu befürchten, dass diese Art des Medikamentenmissbrauchs künftig zunehmen wird.
Sport im Drogenkoma
Begonnen hat der Missbrauch von Medikamenten zur Leistungssteigerung im Sport. Hier wird die Einnahme entsprechender körperfremder Substanzen als Doping bezeichnet. Zum ersten Mal wurden leistungssteigernde Substanzen im Jahr 1910 beim Pferdesport nachgewiesen. Richtig los ging es mit dem Sportdoping in den 1950er Jahren. Von dieser Zeit an wurden verschiedene Substanzen für den Leistungszuwachs von Sportlern systematisch erprobt und verwendet.
Es begann seinerzeit mit Pervitin, einer Substanz, die Soldaten bereits im zweiten Weltkrieg gegen Müdigkeit und zur Steigerung der Aufmerksamkeit verabreicht wurde. In den Siebzigern waren dann Anabolika, sprich muskelaufbauende Präparate, das bevorzugte Mittel der Wahl, kurz darauf gefolgt von Wachstumshormonen. Anfang der 1990er Jahren geriet dann vor allem das Blut in den Fokus der künstlichen Leistungssteigerung. Beim Blutdoping wird die Anzahl der roten Blutkörperchen durch die Gabe von Fremd- oder Eigenblut sowie durch Epo-Präparate (Erythropoetin – kurz Epo – ist ein Hormon, das die Produktion der roten Blutkörperchen anregt) über den Normalwert hinaus gesteigert. Dadurch kann das Blut mehr Sauerstoff zu den Muskeln transportieren, w-as die sportliche Leistungsfähigkeit deutlich erhöht.
Mittlerweile ist der Spitzensport total von der Pharmakologie durchdrungen. Bei anonymen Umfragen räumt fast jeder zweite Spitzensportler freiwillig ein, schon einmal verbotene leistungssteigernde Substanzen zu sich genommen zu haben (siehe Pitsch, Emrich, Klein 2005, S. 68). Man kann also getrost davon ausgehen, dass nur ein relativ geringer Teil der Spitzensportler nicht gedopt ist. Vor allem, da die Leistungen im Spitzensport häufig nur um winzige Bruchteile von Sekunden oder Millimetern voneinander differieren. Hier kann eine leistungssteigernde Substanz den entscheidenden Unterschied zum Sieg ausmachen.
Eine Sportlerkarriere ist Darwinismus pur. In ihr setzen sich nur die Starken durch, während die Schwachen auf der Strecke bleiben und aussortiert werden. Noch dazu haben fast alle Spitzensportler ihre Kindheit und ihre Jugend dem Sport geopfert. Sie haben oft nichts anderes mehr und leben ständig in der begründeten Angst, diesen auch noch zu verlieren, wenn sie nicht gut genug sind. Was aber sollen sie tun, wenn sie bereits alles aus sich herausgeholt haben und es immer noch nicht reicht? Dann ist die Versuchung ungeheuer groß, mit unerlaubten Mitteln nachzuhelfen. Die Namensliste der erwischten Sportler ist lang. Sie umfasst die Radsportprofis Lance Armstrong und Jan Ulrich, den 100-Meter-Sprintprofi Justin Gatlin und viele andere. Das Thema schwebt über allen Sportarten, vor allem über denjenigen, bei denen es um individuell zurechenbare Einzelleistungen geht: Radrennen, Boxen, Gewichtheben, Kugelstoßen, Schwimmen, Leichtathletik, Tennis, Biathlon, Skilanglauf, Eisschnelllauf und viele mehr.
In den meisten Hochleistungssportarten werden immer neue Rekorde gefordert, um sie interessant zu halten. Aber weil die natürlichen Grenzen des menschlichen Körpers längst erreicht sind, ist das auf normalen Wegen praktisch nicht mehr zu schaffen. Wenn dessen ungeachtet buchstäblich übermenschliche Leistungen gefordert werden, dann wird die Unterstützung durch unerlaubte Mittel zur systemimmanenten Größe. Wie sollen sonst die ständig neuen Bestwerte im Spitzensport noch zustandekommen? Man kann davon ausgehen, dass viele Weltrekorde nur mit pharmazeutischer Hilfe errungen wurden. Ein Beispiel von vielen ist der 100-Meter-Sprint-Weltrekord des amerikanischen Athleten Justin Gatlin bei den olympischen Spielen in Athen 2004, der ihm später wieder aberkannt wurde.
Noch schwerer als die Rekordsucht dürfte der Umstand wiegen, dass die Sportler auf Erfolgsprämien und Sponsorenverträge angewiesen sind. Beides macht aus den Sportlern Leistungslöhner. Bei den Siegprämien von mehreren 10.000 Dollar sowie Weltrekordprämien von etwa 100.000 Dollar herrscht das „The-Winner-Takes-It-All-Prinzip“. Die Erstplatzierten bekommen fast alles; allenfalls erhalten Zweit- und Drittplatzierte noch nennenswerte Beträge und Ehrungen, während alle anderen gar nichts bekommen, egal wie gut sie ansonsten gewesen sind.
Und nur Sieger bekommen lukrative Sponsorenverträge. In den meisten Spitzensportarten verdienen weltweit nur die ungefähr zehn Besten von mehreren tausend Anwärtern nennenswerte Geldsummen. Wenn aber der Sieg zur Frage der Existenz wird, dann sind rasch alle Mittel recht. Wer nicht dopt, verspielt die eigenen Chancen auf den Sieg und damit auf Geld und Ruhm. Fast jeder Sportler steht früher oder später vor der Alternative, entweder als nicht leistungsfähig genug ausscheiden zu müssen oder zum Betrug mit Hilfe nicht erlaubter Substanzen zu greifen. Vor diesem Hintergrund ist die Erkenntnis, dass im Sport auf breiter Basis gedopt wird, so wenig überraschend wie die Erkenntnis, dass die Erde eine Kugel ist.
Doping für die Arbeit
Nachdem Doping im Leistungssport schon seit Jahrzehnten der Normalfall ist, wandert es zunehmend auch in die Arbeitswelt ein. Der schillernde spanische Philosoph und Essayist José Ortega y Gasset pflegte den Sport als „Bruder der Arbeit“ zu bezeichnen. Die Verwandtschaft gründet darin, dass in beiden Bereichen Leistung das wesentliche Prinzip ist.
Immer mehr Beschäftigte nehmen systematisch körperfremde Substanzen ein, um ihre Arbeit besser, schneller und ausdauernder verrichten zu können. Eine im Auftrag der DAK (Deutsche Angestellten-Krankenkasse) durchgeführte deutschlandweite Befragung von gut 3.000 Erwerbstätigen im Alter von 20 bis 50 Jahren aus dem Jahr 2008 ergab, dass fünf Prozent der Befragten regelmäßig dopen, um den Stress am Arbeitsplatz besser zu bewältigen oder ihre Leistung zu steigern (DAK-Gesundheitsreport 2009, S. 105). Umgerechnet auf die etwa 40 Millionen in Deutschland Beschäftigten ergibt das eine Zahl von zwei Millionen Dopingfällen. Darüber hinaus wären 60 Prozent der Berufstätigen dazu bereit, Mittel zur Steigerung der eigenen Leistungsfähigkeit zu nehmen, wenn keine Nebenwirkungen zu befürchten und sie legal erhältlich wären (ebd., S. 37).
Weit mehr als die Hälfte aller Berufstätigen haben sich also bereits mit dem Gedanken an eine Einnahme leistungssteigernder Substanzen im Job angefreundet. Diese hohe Einnahmebereitschaft dürfte stark mit den Veränderungen der modernen Arbeitswelt zusammenhängen. Ist doch die allgemeine Arbeitssituation durch wachsenden Stress, Arbeitsplatzunsicherheit und starken Konkurrenzdruck geprägt (ebd., S. 107). Tabletten erleichtern endlose Arbeitstage, schaffen Abhilfe bei wachsender Arbeitsverdichtung, hohem Zeitdruck sowie permanenter Verfügbarkeit rund um die Uhr. Alles in allem bekommt man zunehmend den Eindruck, dass für die Arbeitswelt nur noch olympiareife Athleten in Frage kommen.
Ähnlich wie beim Sport muss sich auch hier jeder gegen die Konkurrenz durchsetzen sowie stets am Ball und auf keinen Fall auf der Strecke bleiben. Kein Wunder also, dass immer mehr gesunde Menschen mit Medikamenten nachhelfen, um ständig auf Höchsttouren laufen zu können und den wachsenden Anforderungen am Arbeitsplatz zu genügen.
Anders als bei Leistungssportlern geht es bei der Arbeit aber nicht um eine Steigerung der körperlichen, sondern vor allem um eine der geistigen Leistungsfähigkeit. Um schneller, länger und konzentrierter arbeiten zu können, im Kundenkontakt „besser drauf zu sein“ oder mit weniger Schlaf auszukommen, beeinflussen arbeitende Menschen mit Hilfe von Medikamenten vor allem ihre Hirnfunktionen.
In diesem Zusammenhang nimmt der außermedizinische Einsatz von Psychopharmaka seit Ende der 1980er Jahre ständig zu (siehe Schäfer, Groß 2008, S. 188). Dabei handelt es sich vor allem um Mittel, die normalerweise bei Demenzerkrankungen, Depressionen, Aufmerksamkeitsstörungen oder zur Beruhigung gegeben werden. Manager schlucken Beruhigungsmittel, um dem Stress besser gewachsen zu sein, Außendienstmitarbeiter nehmen Mittel gegen Demenz sowie Stimmungsaufheller, um sich die Namen ihrer Kunden besser merken und sie stets freundlich bedienen zu können, und Büroangestellte verordnen sich selbst Aufputschmittel, um nach einer Sechzehn-Stunden-Schicht am nächsten Morgen wieder frisch auf der Matte zu stehen.
Je nach Bedarf wird medikamentös aufgeputscht, beruhigt und vor allem die kognitive Leistungsfähigkeit gesteigert, um den Belastungen bei der Arbeit gewachsen zu sein. Das wird auch als „Neuroenhancement“ bezeichnet. „Enhancement“ bedeutet dabei soviel wie „Steigerung“, „Verbesserung“ oder „Stärkung“. Andere Begriffe in diesem Zusammenhang sind auch „Performance Enhancement“, „Hirndoping“, „Brain-Boosting“ oder „Minddoping“. Sie bedeuten alle dasselbe: Den Versuch, die kognitiven Fähigkeiten oder psychischen Befindlichkeiten von gesunden Menschen mit Hilfe von Medikamenten über das normale Maß hinaus zu steigern.
Selbst junge Menschen sind zunehmend gedopt. In den spätkapitalistischen Gesellschaften gilt das Prinzip des Wettbewerbs oft schon ab dem Kindergarten. Im Bildungssystem macht sich zunehmend eine Haltung breit, wonach Freude über „nur“ mittelmäßige Leistungen verpönt ist und ein Leben ohne Abitur praktisch schon als gelaufen gilt. In dieser Situation verschaffen viele Eltern ihren Sprösslingen bereitwillig „Unterstützung“ durch entsprechende Medikamente. Eine hohe Dunkelziffer von Schulkindern wird für Klassenarbeiten gedopt.
Tabletten sollen das Pauken in den Tagen vor der Prüfung erleichtern, Ängste mindern oder die Konzentration während der Prüfung erhöhen. Laut einer Befragung würden 80 Prozent der Schüler und Studenten leistungssteigernde Medikamente einnehmen, wenn diese frei zugänglich wären; nur für elf Prozent von ihnen käme ihre Einnahme überhaupt nicht in Frage (Lieb 2010, S. 25).
Alles in allem genießt die Einnahme von Medikamenten zur Problembewältigung gesellschaftlich ein höheres Ansehen als beispielsweise kürzer zu treten, sich Ruhe zu gönnen oder Krankheiten auszukurieren. Mindern doch all diese Maßnahmen die Leistungsbilanz, während Medikamente schneller und unkomplizierter wirken und obendrein auch noch die Leistung steigern. Daher wird Doping mehr und mehr zur unhinterfragten Selbstverständlichkeit. Dass die Optimierung der menschlichen Leistungsfähigkeit auch einträgliche Geschäfte verspricht, versteht sich in einer kapitalistischen Gesellschaft sowieso von selbst – der weltweite Handel mit Dopingmitteln aller Art ist mengenmäßig durchaus mit dem Drogenhandel vergleichbar.
Auch die mit den Mitteln verbundenen Risiken werden gern ignoriert. Viele Medikamente sind noch so neu, dass „die Langzeitfolgen bei dauerhafter Einnahme noch nicht ausreichend erforscht sind“ (Schäfer, Groß 2008, S. 189). Bei den Mitteln zur geistigen Leistungssteigerung besteht aber auf jeden Fall die große Gefahr, dass die natürlichen Gehirnprozesse massiv beeinträchtigt werden. Die Neuro-Pillen greifen in hochkomplexe Hirnstrukturen ein und bringen dabei eine sehr fein aufeinander abgestimmte Physiologie durcheinander. Es kann dabei zu Hirnveränderungen kommen, die nicht mehr rückgängig gemacht werden können. Im schlimmsten Fall können die Mittel sogar Wahnvorstellungen oder Psychosen auslösen.
Gedopte Zukunft
Alles deutet darauf hin, dass wir uns erst am Anfang einer künftigen allgemeinen gesellschaftsweiten Doping-Praxis befinden, die weit über den Sport hinausgeht. Dass immer mehr Menschen bereit sind, diese Risiken einzugehen, um sich für noch mehr und noch intensivere Leistungen im Beruf fit zu machen, ist Ausdruck für eine strukturelle Überforderung. Die Leistungsgesellschaft verlangt den Menschen mehr ab, als sie auf Dauer zu erbringen vermögen. Wenn obendrein Schwächeren die Ausgrenzung droht, dann ist die Angst, von den Intelligenteren, Ausdauernderen ins Abseits gedrängt zu werden, allgegenwärtig. Dabei sinkt nicht nur die Hemmschwelle für den Gebrauch von Psychopharmaka, es entsteht auch ein wachsender Druck auf diejenigen, die nicht bereit sind, leistungssteigernde Mittel einzunehmen.
Wenn alle Menschen schneller und effizienter als ihre Mitkonkurrenten sein müssen, um sich die eigenen Chancen auf dem Arbeitsmarkt zu sichern und immer mehr von ihnen zu diesem Zweck leistungssteigernde Mittel verwenden, dann verschieben sich über kurz oder lang die Standards dessen, was als „normale“ Leistung gilt. „Dann könnten die Leistungen der nicht ‚verbesserten‘ Personen als unterdurchschnittlich angesehen werden“ (Schäfer, Groß 2008, S. 189). Am Ende wird sich praktisch jeder dazu gezwungen sehen, aus Wettbewerbsgründen zu leistungssteigernden Medikamenten zu greifen.
Auf diese Weise wird eine Konkurrenzspirale in Gang gesetzt, bei der immer mehr gedopt wird, egal ob Körper und Psyche das auf Dauer aushalten oder nicht. Was bedeuten schon die gesundheitlichen Folgen von morgen, wenn es um die Existenz von heute geht? Eine Gesellschaft, in welcher der Leistungsgedanke alles andere beiseite fegt, entsorgt früher oder später auch die Grundlagen, auf denen Doping überhaupt als Problem wahrgenommen werden kann. Als Problemfälle gelten dann vielmehr diejenigen, die nicht dopen. Natürlich wird dadurch das Grundproblem der Konkurrenzgesellschaft in keiner Weise angetastet. „Minderleister“ gibt es in der Konkurrenz immer, ganz egal wie hoch das allgemeine Leistungsniveau liegt. Eine gesellschaftsweite Doping-Praxis spitzt den allgemeinen Leistungswahnsinn einfach nur weiter zu. Das dürfte spätestens dann jedem klar werden, wenn Menschen selbst mit Spritze im Arm und Pille im Bauch deklassiert und ausgeschlossen werden, weil sie nicht genügend Leistung erbringen.
http://www.krisis.org
Literatur
DAK-Gesundheitsreport: Schwerpunktthema Doping am Arbeitsplatz, in: ders. S. 37-90 sowie 105-108, 2009.
Lieb, Klaus: Hirndoping: Warum wir nicht alles schlucken sollten, Mannheim 2010.
Pitsch, Werner; Emrich, Eike; Klein, Markus: Zur Häufigkeit des Dopings im Leistungssport, in: Leipziger Sportwissenschaftliche Beiträge, Jg. 46, Heft 2, S. 63-77, 2005.
Schäfer, Gereon; Groß, Dominik: Enhancement – Eingriff in die personale Identität, in: Deutsches Ärzteblatt, Jg. 105, Heft 5, S. 188-190, Februar 2008.
Lieb, Klaus: Hirndoping: Warum wir nicht alles schlucken sollten, Mannheim 2010.
Pitsch, Werner; Emrich, Eike; Klein, Markus: Zur Häufigkeit des Dopings im Leistungssport, in: Leipziger Sportwissenschaftliche Beiträge, Jg. 46, Heft 2, S. 63-77, 2005.
Schäfer, Gereon; Groß, Dominik: Enhancement – Eingriff in die personale Identität, in: Deutsches Ärzteblatt, Jg. 105, Heft 5, S. 188-190, Februar 2008.
(erschienen in: Streifzüge 53 / Herbst 2011)
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