dimanche 5 décembre 2010

LA RESURRECCIÓN ECONOMISTICA DE LA RELIGIÓN

Dios murió, dice Nietsche. Nietsche murió, dice dios. Y particularmente lo dicen sus novísimos profetas, curiosamente todos economistas y teóricos de la gestión. Desde el inicio de la nueva crisis mundial capitalista y del viraje neoliberal asociado a ella, las comunidades religiosas comenzaron a economificarse con una determinación endiablada. Las grandes iglesias se consideran cada vez más como prestadoras de servicios en las cuestiones de dar sentido a la vida, vender consuelo y consejos edificantes como MacDonalds vende hamburguesas o Beate Ushe lencería provocativa. Y las tenebrosas sectas evangélicas, que a partir de los EE.UU llevan sus misiones al tercer mundo, se organizan como conglomerados transnacionales, en lo que por cierto se asemejan a la organización terrorista Al Qaeda. Por todos lados las congregaciones son objeto de racionalización, como la Volkswagen, y se exploran los mercados de la fe, tal como los mercados de tabletas de chocolate o de minas anti-personales. El marketing es todo en un mundo que ha conseguido transformar incluso a dios en una mercancía y resucitarle del sepulcro como cadáver ambulante.
De este modo, después de que la religión se haya amablemente economificado y se haya lanzado a los brazos del espíritu de la época, ahora los economistas se apuran en convertir, con igual delicadeza, su materia en religión. Se acuerdan con gratitud del estudio de Max Weber publicado en 1905 sobre la conexión interna entre capitalismo y protestantismo, aunque piadosamente incluyan en la benevolencia político-económica también el catolicismo y la religosidad en general. Sólo del Islam se sigue diciendo, quien lo diría, que no le gusta tanto la propiedad privada y la competencia. Por otro lado, no obstante, no sólo la avaricia es atractiva, sino también la fe. Como siempre en la economía política, todo ocurre de modo estrictamente científico. De esta manera, como menciona el periódico Handelsblatt, el teórico del crecimiento de Harvard, Robert Barro, junto con Rachel McCleary, estudió en 59 países si la "dimensión de la religiosidad" de un país presenta "correlaciones significativas con variables macroeconómicas como los ingresos per capita". Y mira por donde: allí dónde "la fe en el cielo y en el infierno" es más intensa, "el rendimiento de la economía nacional" es también fantástico. Y quien crea que esto es una sátira de la realidad, va al infierno.
Este destino después de la muerte seguramente no amenaza a Stefan Baron, redactor-jefe de la revista Wirtschaftswoche. "¿La fe trae más éxito?" titula en su página oportunamente antes de navidad, con una ilustración de las "Manos en oración" de Durero - para acto seguido responder afirmativamente en la rúbrica "Política, gestión, carreras y dinero": "Al final, la fe se convierte incluso en un mandamiento de la razón" señala el redactor-jefe, quien junto con el ya no tan lozano filósofo Jürgen Habermas ve aproximarse una "sociedad post-secular".
Tal vez para los economistas, en las cuestiones de religiosidad se trate menos del éxito que de la administración de la crisis. Voltaire, que desdeñaba la religión ya había dicho que la fe era buena para los mozos de recados y para las mujeres, para poder mantener mejor a esta parte de la humanidad bajo flagelo. Pues la fe, como nos revela Robert Barro, da lugar la mayoría de las veces a virtudes como la moral de trabajo, y no en última instancia, la resignación. La religión como "condición vital de un soporte moral" (Stefan Baron) quizás también permitirá aumentar la aceptación de Hartz IV y de otras monstruosidades sociales. De ese modo el gobierno de Schröder ya no precisaría echar en el agua potable psicofármacos para mejorar el humor, como se temían algunos teóricos de la conspiración, pues bastarían las iglesias llenas. Claro que, si todo esto es una pura estupidez, puede ser que la portada del Wirtschaftswoche contenga sin quererlo otro mensaje sobre la crisis, a saber, el muy desesperanzador mensaje de que al mundo capitalista ya sólo le puede ayudar la oración.
Original alemán DIE ÖKONOMISTISCHE AUFERSTEHUNG DER RELIGION en Neues Deutschland, Berlín, 23.12.2004
Traducción portuguesa http://obeco.planetaclix.pt/
Traducción al español: Contracorriente, corregido por Nuria Rojo

samedi 4 décembre 2010

Acharnement thérapeutique


Béziers : Le futur hôtel de police de La Devèze incendié pour la 3e fois

Le message est on ne peut plus clair. Non, non et non, les "délinquants" du quartier de La Devèze à Béziers ne veulent pas du futur hôtel de police, actuellement en chantier, derrière le centre culturel Albert-Camus.
Pour la troisième fois en moins de trois semaines, il a été la proie des flammes. Les faits se sont produits dans la nuit de jeudi à vendredi. Il ne s'agit là que des derniers développements car dans les années 90/95 les même techniques avaient été utilisées pour la même raison au même endroit.
 
"Cette fois-ci, comme la fois précédente d’ailleurs (vendredi 19 novembre), le ou les auteurs ont forcé la porte d’entrée de l’immeuble en construction avant de jeter à l’intérieur une poubelle enflammée. Le hall, qui mène à la cage d’escalier et à l’ascenseur, a été dévasté. Rappelons que le lundi 15 novembre, une voiture bélier avait déjà été lancée contre la façade. Noirci par les flammes, l’édifice en garde toujours les stigmates.
 
Cette nuit, les pompiers sont également intervenus sur deux autres feux de poubelles. Le premier a été déclenché à 22h devant le collège Kraft de La Devèze. Le second s’est déclaré à 2h du matin, rue de la République, en plein centre-ville."
 
remix de Leur presse (Midi Libre), 3 décembre 2010.

vendredi 3 décembre 2010

Thiaroye décembre 1944 le sang de l'Indépendance

Dans le cadre de notre histoire occultée, les massacres racistes de tirailleurs sénégalais ont été voulus par  l'armée Française. À l’entrée nord de Lyon, les 19 et 20 juin 1940, appelés délibérément là où le combat était perdu d’avance, ils ont été férocement tués par les Allemands. À Thiaroye, c’est  l’armée française qui les a abattus dans la nuit du 1er au 2 décembre 1944. Ce massacre marque le début du chemin vers l'Indépendance et la liquidation de "l'Empire Français"
Absente des manuels sco­lai­res, rien ou pres­que rien ne témoi­gne de la pré­sence déter­mi­nante de l’Afrique dans la libé­ra­tion de la France. C’est en Afrique que de Gaulle orga­nise la résis­tance et la capitale de la France Libre est Brazzaville. C’est sur le sol afri­cain qu’il finit par trou­ver la plus grande partie de l’armée fran­çaise de libé­ra­tion. Mais, comme dans de nom­breux domai­nes, l'État Français a  fait le choix de la fal­si­fi­ca­tion his­to­ri­que.                  

L’enrôlement des Africains dans l’armée française

Si le pre­mier bataillon des « tirailleurs séné­ga­lais » a été formé à Saint-Louis-du-Sénégal, la majo­rité des sol­dats ne sont pas ori­gi­nai­res du Sénégal. On y trouve aussi des ori­gi­nai­res du Mali, du Burkina Faso, du Tchad, du Soudan, de la République Centrafricaine, d’Afrique de l’ouest et du nord...
La France uti­li­sait bien des fois des métho­des bar­ba­res pour enrô­ler les Africains. Charles Onana, dans son livre La France et ses Tirailleurs, cite le témoi­gnage d’Ateba Yene : « Dans les vil­la­ges, la mis­sion ambu­lante de mobi­li­sa­tion forcée fai­sait rage. Les indi­gè­nes à la car­rure d’ath­lète étaient ramas­sés et atta­chés par une corde autour des reins avec comme lieu de des­ti­na­tion la bou­che­rie nazie. Les mis­sion­nai­res catho­li­ques, eux aussi, jouè­rent un rôle très impor­tant et ne furent pas inac­tifs. L’évêque fran­çais, Monseigneur Graffin [1] , en 1941, avec la conni­vence d’un admi­nis­tra­teur cer­bère nommé Salin, orga­nisa une rafle igno­mi­nieuse au sortir d’une grand-messe à la mis­sion catho­li­que de Mvolyé, la seule église qui accueillait tous les fidè­les de Yaoundé. A la sortie de la messe, l’église était cernée par un cordon de sol­dats mitraillet­tes aux poings. Ces fidè­les furent embar­qués sans ména­ge­ment dans des camions mili­tai­res... »
Lorsque com­mence la seconde guerre mon­diale, entre 1939 et juin 1940 ils sont 100.000 à être enrô­lés dans les colo­nies pour venir défen­dre la métro­pole. Huit régi­ments de “tirailleurs séné­ga­lais” pren­nent part à la cam­pa­gne de France. Entre le 10 mai et le 25 juin 1940 près d’un sur quatre de ces « tirailleurs » furent tués ou mas­sa­crés. Ils furent sou­vent tués à l’arrière des com­bats dans des condi­tions atro­ces, et furent ainsi parmi les pre­miè­res vic­ti­mes sur le sol fran­çais du racisme nazi.
Abandonnées dans la débâ­cle, déci­mées lors d’exé­cu­tions som­mai­res, ces trou­pes colo­nia­les rem­pli­rent les camps de pri­son­niers des nazis. Il y en aurait eu 42.000 rien qu’en France. Les forces de la France Libre se recons­ti­tuè­rent en Afrique entre autres sous l’égide du gou­ver­neur Félix Éboué. Tous n’étaient pas volon­tai­res, loin de là, mais la moitié des trou­pes fran­çai­ses qui débar­què­rent en Provence avait été recru­tée dans les colo­nies. La divi­sion Leclerc elle-même était en grande partie cons­ti­tuée d’Africains (et de répu­bli­cains espa­gnols).

Massacre dans un combat « pour l’honneur »  au nord de Lyon, les 19 et 20 juin 1940


Le 18 juin 1940, de Londres, le géné­ral de Gaulle pro­nonce son fameux appel. Mais, le 19, les Allemands se rap­pro­chent de Lyon, c’est la confu­sion gouvernemen­tale com­plète, la situa­tion est déses­pé­rée et ce n’est pas pour rien que l’armée fran­çaise place aux entrées nord de Lyon le 25ème régi­ment de Tirailleurs Sénégalais, évitant ainsi aux Français le maxi­mum de pertes. Il com­prend, outre quel­ques gradés fran­çais, sur­tout des Africains, notam­ment Soudanais et Sénégalais. Les offi­ciers savent que ce sera un combat perdu et par­lent eux-mêmes de « combat pour l’hon­neur ». Les ordres pré­ci­sent en outre : « En cas d’atta­que, tenir tous les points d’appui sans esprit de recul, même débordé. Conserver à tout prix l’inter­valle Saône-Azergues par où passe la N 6. »se faire tuer sur place on le voit, au besoin.
La bataille fait rage ce 19 juin dès 9h30, et par­ti­cu­liè­re­ment à Chasselay, devant le cou­vent de Montluzin, sub­mergé par les Allemands vers 16h. Le 20 juin, près de la montée de Champagne, 27 d’entre eux sont fusillés ali­gnés contre un mur au bas de la montée de Balmont ; au lieu dit « Vide-Sac », tous les Africains sont hachés à la mitrailleuse et au canon des chars alle­mands. Les blin­dés écrasent de leurs che­nilles les morts et les ago­ni­sants. Partout, par racisme, les nazis font la chasse aux Africains pour les abat­tre, y com­pris les pri­son­niers, lais­sant la vie sauve aux rares blancs. Au cours de ces jour­nées, tous les sol­dats afri­cains décou­verts par les Allemands sont sys­té­ma­ti­que­ment exé­cu­tés. La tuerie sera telle que sur 1.800 hommes, il y aura 1.333 morts et ce seront pres­que tous des Africains.
Un cime­tière, appelé Tata séné­ga­lais a été érigé par la suite à Chasselay, ne conte­nant que 188 corps, les autres vic­ti­mes ayant été pour la plu­part brû­lées sur place. Mais à Lyon on se sou­vient sur­tout, quand on parle des désas­tres de cette guerre, des bom­bar­de­ments amé­ri­cains de 1944, ayant touché plus pro­fon­dé­ment la popu­la­tion lyon­naise, et qui ont fait, eux, 717 vic­ti­mes

Massacre de Thiaroye par l’armée française

Les pro­blè­mes conti­nuent à la Libération, dès 1944. Les sol­dats fran­çais blancs et les “tirailleurs séné­ga­lais" ne sont pas trai­tés également. Les soldes, les pro­mo­tions, les équipements, sont dif­fé­rents. D’énormes dis­cri­mi­na­tions appa­rais­sent pour les cal­culs des indem­ni­tés des pri­son­niers. Très sou­vent les pri­son­niers afri­cains libé­rés se retrou­ve­ront sans équipement et sans argent. En novem­bre 1944, de nom­breu­ses rebel­lions se pro­dui­sent en plu­sieurs endroits, à Morlaix, à Hyères, à Versailles, et l’armée fran­çaise décide un retour forcé en Afrique. La tra­gé­die se déroule au Sénégal. 

Le 21 novem­bre 1944, 1 280 “tirailleurs séné­ga­lais” sont débar­qués à Dakar et sont réunis dans le camp mili­taire de tran­sit de Thiaroye-sur-mer pour être démo­bi­li­sés. On leur retire d’ailleurs les uni­for­mes mili­tai­res qu’ils avaient pour les rem­pla­cer par une tenue plus ordi­naire et c’est à ce moment-là qu’on les oblige de mettre le désor­mais bien connu cha­peau rouge du mépris. Face à la désillu­sion devant les pro­mes­ses non tenues par la France, les humi­lia­tions à cause de la cou­leur de la peau, et le racisme de la hié­rar­chie mili­taire au sein de l’armée fran­çaise (encore vichyste) , ils insis­tent néan­moins pour récla­mer leur solde.

Devant un nou­veau refus, les tirailleurs se muti­nent et le 1er décem­bre ils s’empa­rent d’un géné­ral, qui finit par leur pro­met­tre de régu­la­ri­ser la situa­tion. Mais c’est un énorme men­songe !
En effet, à peine remis en liberté, ce même géné­ral, avec l’accord de sa hié­rar­chie, fait atta­quer le camp par plu­sieurs unités de l’armée fran­çaise appuyées par la gen­dar­me­rie ; alors même que les “tirailleurs séné­ga­lais” sont en plein som­meil et com­plè­te­ment désar­més, ils sont mas­sa­crés dans cette nuit du 2 décem­bre 1944 vers 3 heures du matin.
On ne connaît pas le nombre exact de tués : 30 ? 60 ? 100 ? Des chif­fres far­fe­lus sont donnés. Les auto­ri­tés fran­çai­ses gar­dent le silence sur ce nombre et il n’y a jamais eu de com­mis­sion d’enquête indé­pen­dante sur cette affaire. Il sem­ble­rait qu’il y ait eu peu de sur­vi­vants.
Comme si cela ne suf­fi­sait pas, bon nombre de ces sur­vi­vants seront condam­nés jusqu’à 2 et 3 ans de prison ferme pour « insu­bor­di­na­tion ». Certains sor­taient des camps de concen­tra­tion nazis !                    
Le charme est brisé a tout jamais et les survivants de ce massacre deviendront les meilleurs militants de l'Indépendance Africaine.
Oui, les « tirailleurs séné­ga­lais » ont payé très cher leur confiance en la France...

A voir : le film de Ousmane Sembene, « Camp de Thiaroye », 1988, 147 minutes, Sénégal - film censuré pendant de longues années par la France.

Notes: [1] Graffin : voir par curiosité sa biographie officielle par les « missionnaires du St-Esprit »


IL GATTO, IL TOPO, LA CULTURA E L’ECONOMIA

Una delle favole dei fratelli Grimm – immagino che siano conosciute anche in Messico – si chiama “Il gatto e il topo in società”. Un gatto convince un topo dell’amicizia che ha per lui; mettono su casa insieme, e in previsione dell’inverno comprano un vasetto di grasso che nascondono in una chiesa. Ma con il pretesto di dover andare a un battesimo, il gatto esce diverse volte e si mangia man mano tutto il grasso, divertendosi poi a dare risposte ambigue al topo su quanto ha fatto. Quando finalmente vanno insieme alla chiesa per mangiare il vasetto di grasso, il topo scopre l’inganno, e il gatto per tutta risposta mangia il topo. L’ultima frase della favola annuncia la morale: “Così va il mondo”.
Direi che il rapporto tra la cultura e l’economia rischia fortemente di assomigliare a questa favola, e vi lascio indovinare chi, tra la cultura e l’economia, svolge il ruolo del topo e chi quello del gatto. Soprattutto oggi, nell’epoca del capitalismo pienamente sviluppato, globalizzato e neoliberale. Le questioni che vuole affrontare questo “foro de arte publico”, e che vertono tra l’altro sulla questione chi deve finanziare le istituzioni culturali e quali aspettative, e di quale pubblico, deve soddisfare un museo, rientrano in una problematica più generale: quale è il posto della cultura nella società capitalistica odierna? Per tentare di rispondere, io prenderò dunque le cose un po’ più alla larga.
A parte la produzione – materiale e immateriale – con cui ogni società deve soddisfare i bisogni vitali e fisici dei suoi membri, essa crea ugualmente una serie di costruzioni simboliche. Con queste, la società elabora la sua rappresentazione di se stessa e del mondo in cui è inserita e propone, o impone, ai suoi membri delle identità e dei modi di comportamento. Per parlarne non utilizzo qui il termine marxista di “sovrastruttura”, opposta alla presunta “base economica”, perché la produzione di senso può – secondo la società in questione - svolgere un ruolo altrettanto grande, se non più grande della soddisfazione dei bisogni primari. La religione e la mitologia così come gli “usi e costumi” quotidiani – soprattutto quelli relativi alla famiglia e alla riproduzione - nonché ciò che dal Rinascimento in poi chiamiamo “arte” entrano in questa categoria del simbolico. Per molti versi, questi codici simbolici non erano nemmeno separati tra di loro nelle società antiche, basti pensare al carattere largamente religioso di quasi tutta l’arte. Ma soprattutto non esisteva la separazione tra una sfera economica e un’altra sfera simbolica e culturale. Un oggetto poteva allo stesso tempo soddisfare un bisogno primario e avere un aspetto estetico. Storicamente, è stata la modernità capitalista e industriale a separare il “lavoro” dalle altre attività, e a fare di esso e dei suoi prodotti, sotto il nome di “economia”, il centro sovrano della vita sociale. In concomitanza, il lato culturale ed estetico, che nelle società preindustriali era inerente a ogni aspetto della vita, si concentra in una sfera a parte. Questa sfera è apparentemente libera dalle costrizioni della sfera economica, e in essa può affiorare una verità critica, altrimenti repressa o rimossa, sulla vita sociale e la sua crescente sottomissione alle esigenze sempre più inumane della concorrenza economica. Ma la cultura paga questa libertà con la sua marginalizzazione, con la sua riduzione a un “gioco” che, non facendo direttamente parte del ciclo di lavoro e accumulazione di capitale, rimane sempre in una posizione subordinata rispetto alla sfera economica e a quelli che la governano. Ma nemmeno quell’”autonomia dell’arte”, che ha avuto il suo apogeo nel XIX secolo, ha potuto resistere alla dinamica del capitalismo, volto a fagocitare tutto e a non lasciare niente al di fuori dalla sua logica di valorizzazione. Prima, le opere dell’arte autonoma – per esempio i quadri – sono entrati nel mercato, diventando merci come le altre. Poi, la produzione stessa di “beni culturali” è stata mercificata, mirando fin dall’inizio solo al profitto e non alla qualità artistica intrinseca. Questo è lo stadio dell’”industria culturale”, descritto inizialmente da Theodor Adorno, Max Horkheimer, Herbert Marcuse e Günther Anders nei primi anni quaranta del secolo scorso. In seguito, si è assistiti a una specie di perversa reintegrazione della cultura nella vita, ma solo in quanto ornamento della produzione di merci, cioè sotto forma di design, pubblicità, moda ecc. La quasi-sparizione delle istituzioni culturali pubbliche ha infine eliminato gli ultimi resti di indipendenza degli artisti di fronte al denaro; ormai, essi sono raramente altro che i nuovi buffoni e cantanti di corte che debbono azzuffarsi per le briciole che i nuovi padroni, sotto il nome di sponsor, gli gettano.
Questa è la situazione in cui viviamo oggi. Certo, molti provano un disagio vago di fronte a questa “mercificazione della cultura” e preferirebbero che la cultura “di qualità” – a seconda dei gusti, può trattarsi del “cinema d’autore”, dell’opera lirica o dell’artigianato indigeno – non fosse trattata esattamente come la produzione di scarpe, giochi video o viaggi turistici, cioè con la sola logica dell’investimento e del profitto. Evocano dunque ciò che in Francia si chiama “l’eccezione culturale”: la spietata logica capitalistica va bene in tutto (e soprattutto là dove “noi” siamo i vincitori), ma che lasci gentilmente la cultura fuori dalle sue grinfie. In verità, questa speranza mi sembra ingenua e senza molto senso. Infatti, accettando la logica di base della concorrenza capitalistica, se ne accettano poi anche tutte le conseguenze. Se è giusto che una scarpa o un viaggio siano considerati esclusivamente in base alla quantità di denaro che rappresentano, è alquanto illogico aspettarsi poi che questa stessa logica si fermi davanti ai “prodotti” culturali. Qui vale lo stesso principio come altrove: non ci si può opporre agli “eccessi” “liberisti” della mercificazione – ciò che oggi fanno in molti - senza metterne in discussione i fondamenti, cosa che quasi nessuno fa. In ogni caso, la speranza è vana, perchè la logica globale della merce non rinuncia a dilaniare corpi di bambini, se può fare un piccolo guadagno con le mine anti-uomo; non si farà dunque certo intimorire dalle rispettose rimostranze di cineasti francesi o di direttori di musei esasperati di dover strisciare sul ventre davanti a dei manager di Coca-cola o dell’industria petrolchimica perché gli finanzino una mostra. La capitolazione incondizionata dell’arte di fronte agli imperativi economici è solo parte della mercificazione tendenzialmente totale di ogni aspetto della vita, e non la si può mettere in discussione per la sola arte senza tentare di rompere con la dittatura dell’economia a tutti i livelli. Non c’è nessun motivo perché proprio l’arte dovrebbe riuscire a mantenere la sua autonomia rispetto alla pura logica del profitto, se nessun’altra sfera ci riesce.
Il rapporto tra l’economia e la cultura non si limita dunque alla strumentalizzazione della cultura, al fastidio di vedere su ogni manifestazione artistica i logo dei sponsor – che, sia detto en passant, finanziavano la cultura anche quarant’anni fa, ma attraverso le tasse che pagavano, e dunque senza potersene vantare e soprattutto senza poterne influenzare le scelte. Tuttavia, il rapporto tra la fase attuale del capitalismo e la fase attuale della “produzione culturale” va ancora più lontano. C’è una idiosincrasia profonda tra l’industria dell’intrattenimento e la spinta del capitalismo verso l’infantilizzazione e verso il narcisismo. L’economia materiale è largamente unita alle nuove forme dell’“economia psichica e libidinale”. Per spiegare quello che voglio dire, devo un’altra volta tentare di esporne in poche parole i presupposti.
L’equivalente del feticismo della merce nella vita psichica individuale è il narcisismo. Qui, questo termine non indica, come nel linguaggio corrente, un’adorazione del proprio corpo, o della propria persona. Si tratta piuttosto di una grave patologia, ben conosciuta nella psicoanalisi: significa che una persona adulta conserva la stuttura psichica dei primissimi tempi della sua infanzia, quando ancora non c’è distinzione tra l’Io e il mondo. Ogni oggetto esterno è vissuto dal narcisista come una proiezione del proprio Io. Ma in verità questo Io rimane terribilmente povero a causa della sua incapacità di arricchirsi in veri rapporti oggettuali con oggetti esterni – in effetti, il soggetto, per farlo, dovrebbe prima riconoscere l’esistenza del mondo esterno e la sua propria dipendenza da esso, e dunque anche i propri limiti. Il narcisista può sembrare una persona “normale”; in verità non è mai uscito dalla fusione originaria con il mondo circostante e fa di tutto per mantenere l’illusione di onnipotenza che ne deriva. Questa forma di psicosi, rara all’epoca di Sigmund Freud, che la descrisse per primo, è diventata da allora uno dei disturbi psichici principali; se ne vedono le tracce un po’ ovunque. E non è un caso: vi si trova la stessa perdita del reale, la stessa assenza del mondo – di un mondo riconosciuto nella sua autonomia fondamentale – che caratterizza il feticismo della merce. D’altronde, questa negazione drastica dell’esistenza di un mondo indipendente dalle nostre azioni e dai nostri desideri ha costituito fin dall’inizio il centro della modernità: è il programma enunciato da Descartes quando aveva scoperto nell’esistenza della propria persona l’unica certezza possibile.
Non si possono chiamare i prodotti dell’industria del divertimento una “cultura di massa” o “cultura popolare”, come suggerisce per esempio il termine “musica pop”, e come affermano tutti coloro che accusano di “elitismo” ogni critica di ciò che in verità non è altro che la “formattazione” delle masse, per utilizzare una parola contemporanea assai eloquente. Il relativismo generalizzato e il rifiuto di ogni gerarchia culturale si sono spesso spacciati, soprattutto nell’epoca “postmoderna”, per forme di emancipazione e di critica sociale, per esempio in nome delle culture “subalterne”. A me sembra evidente che sono un riflesso culturale del dominio della merce. Come abbiamo già visto, la merce è una pura quantità di lavoro e dunque di denaro, sempre uguale, incapace di distinzioni qualitative. Davanti alla merce, tutto è uguale. Tutto è solo del materiale per il processo sempre uguale di valorizzazione del valore. Questa indifferenza della merce per ogni contenuto si ritrova in una produzione culturale che rifiuta ogni giudizio qualitativo e per cui tutto equivale a tutto. “L’industria culturale rende tutto uguale” sentenziò Adorno già nel 1944.
Qualcuno accuserà un’argomentazione come la mia di “autoritarismo” e affermerà che è “la gente” stessa che spontaneamente vuole, chiede, desidera i prodotti dell’industria culturale, anche in presenza di altre espressioni culturali, così come milioni di persone mangiano volentieri nei fast-food, pur potendo mangiare, per gli stessi soldi, in una taverna tradizionale. E’ facile controbattere ricordando che in presenza di un bombardamento mediatico massiccio e continuo in favore di certi stili di vita la “libera scelta” è alquanto condizionata. Ma c’è di più. Come abbiamo visto, l’accesso alla pienezza dell’essere umano richiede un aiuto da parte di chi già possiede, almeno in parte, questa pienezza. Lasciare libero corso allo sviluppo “spontaneo” non significa affatto creare le condizioni della libertà. La “mano invisibile” del mercato finisce nel monopolio assoluto o nella guerra di tutti contro tutti, non nell’armonia. Ugualmente, non aiutare qualcuno a sviluppare la sua capacità di differenziazione significa condannarlo a un infantilismo eterno. Vi do un esempio non tirato dalla psicoanalisi e a cui tengo molto. Esistono quattro gusti fondamentali, nel senso del sapore: dolce, salato, acido e amaro. Ora, il palato umano è in grado di percepire la decimillesima parte di una goccia di amaro in un bicchiere d’acqua, mentre per gli altri gusti ci vuole una goccia intera. Di conseguenza, nessun gusto è tanto capace di differenziazione e di una molteplicità quasi infinita di sensazioni gustative quanto l’amaro. Le culture del vino, del té e del formaggio, queste grandi fonti di piacere nell’esistenza umana, si basano su questi infiniti tipi e gradi di amaro. Ma il bambino piccolo rifiuta spontaneamente l’amaro e accetta solo il dolce e poi il salato. Dev’essere educato ad apprezzare l’amaro, vincendo una resistenza iniziale. Svilupperà in cambio una capacità di godere che altrimenti gli rimarrebbe preclusa. Tuttavia, se nessuno glielo impone, non chiederà mai altro che il dolce e il salato, che conoscono ben poche sfumature, ma solo il più o meno forte. E così nasce il consumatore di fast food –che è basato solo sul dolce e sul salato - incapace di apprezzare gusti diversi. E quanto non si è appreso da piccoli non si apprenderà più da grandi; se il bambino cresciuto con hamburger e coca-cola diventa un neo-ricco e vuole ostentare cultura e raffinatezza, consumando vini italiani e formaggi francesi, non ci riuscirà ad apprezzarli veramente.
Direi che si può applicare questo ragionamento sul “gusto” gastronomico senza molti cambiamenti anche al “gusto” estetico. Ci vuole un’educazione per apprezzare una musica di Bach o una musica tradizionale araba, mentre il semplice possesso del corpo basta per “apprezzare” gli stimoli somatici di una musica rock. E’ vero che la maggior parte delle popolazioni chiede ormai “spontaneamente” coca-cola e musica rock, fumetti e pornografia in rete: ma questo non dimostra che il capitalismo, che offre tutte queste meraviglie a profusione, è in sintonia con la “natura umana”, bensì che è riuscito a mantenere questa natura al suo stadio iniziale. In effetti, nemmeno mangiare con coltello e forchetta fa spontaneamente la sua apparizione nello sviluppo di un individuo.
Dunque, il successo delle industrie del divertimento e della cultura del “facile” – un successo incredibilmente mondiale che travalica tutte le barriere culturali – non è solo dovuto alla propaganda e alla manipolazione, ma anche al fatto che questi vengono incontro al desiderio “naturale” del bambino di non abbandonare la sua posizione narcisista. L’alleanza tra le nuove forme di dominazione, le esigenze della valorizzazione del capitale e le tecniche di marketing è tanto efficace perché si appoggia su una tendenza regressiva già presente nell’uomo. La virtualizzazione del mondo, di cui tanto si parla, è anche una stimolazione dei desideri infantili di onnipotenza. “Abbattere tutti i limiti” è l’incitazione maggiore che si riceve oggi, che si tratti della propria carriera professionale o della promessa di eterna salute e di eterna vita grazie alla medicina, delle esistenze infinite nei video-giochi o dell’idea che un’illimitata “crescita economica” sia la soluzione a tutti i mali. Il capitalismo è storicamente la prima società basata sull’assenza di limiti. E oggi si comincia a prendere la misura di che cosa ciò significa.
L’industria del divertimento è dunque assolutamente consustanziale alla società della merce. La vera arte invece, se essa si prende sul serio, se è fedele alla sua essenza, non dovrebbe dunque mai andare d’accordo con l’economia e il mercato. Il qualitativo e il quantitativo sono qui principi antitetici. Ma esiste questa “vera cultura”, e se esiste, dove la si potrà trovare? L’abbiamo definita fin qui soprattutto ex negativo, parlando di tutto ciò che non è. Manca qui il tempo per dilungarsi sulla grandezza e sull’ambiguità della cultura tradizionale. Era talvolta capace di scuotere l’osservatore, cioè il publico, capace di dire “no” non solo alla società, ma anche alla costituzione di ogni individuo, ingiungendogli, come dice una poesia del poeta tedesco Rainer Maria Rilke : “Tu devi cambiare la tua vita”, o proclamando, come il poeta francese Arthur Rimbaud: “Bisogna cambiare la vita”, o ancora come lo scrittore francese Lautréamont: “L’arte deve essere fatta da tutti, non solo da alcuni”. Certe opere del passato, mentre le guardiamo, sembrano guardarci e aspettare da noi una risposta. Tuttavia, non si può opporre in assoluto un’arte “alta “ o “grande” del passato, sempre volta al miglioramento dell’essere umano, all’industria culturale odierna. La complicità aperta o nascosta con i poteri dominanti e con i modi di vita dominanti ha sempre caratterizzato gran parte delle opere culturali. L’importante è che esisteva la possibilità di uno scarto, talvolta espressa attraverso la categoria estetica del “sublime”. L’opera, in quest’ottica, non deve essere “al servizio” del soggetto che la contempla. Non sono le opere che debbono piacere agli uomini, ma gli uomini che devono cercare di essere all’altezza delle opere. Non spetta allo spettatore, o “consumatore”, di scegliere la sua opera, ma all’opera di scegliere il suo pubblico e di determinare chi è degno di essa. Non spetta a noi giudicare Baudelaire o Malevitch; sono loro che ci giudicano e che giudicano della nostra facoltà di giudizio. Fino a un’epoca recente, si giudicava – in campo estetico - una persona sulle opere che sapeva apprezzare, e non le opere sul numero di persone che sapevano attirare. Chi era in grado di cogliere tutta la complessità e la ricchezza di un’opera particolarmente riuscita era dunque considerato come qualcuno che era andato molto avanti sulla strada della realizzazione umana, normalmente grazie a un lavoro duro su se stesso. Che contrasto con la visione postmoderna per cui ogni spettatore è democraticamente libero di vedere in un’opera ciò che vuole, e dunque ciò che vi proietta lui stesso! Certo, in questo modo lo spettatore non sarà mai confrontato con niente di veramente nuovo e avrà la confortante certezza di poter sempre rimanere così com’è. E questo è esattamente il rifiuto narcisistico di entrare in un vero rapporto oggettuale con un mondo distinto da lui.
Niente di più fastidioso dei musei che diventano “pedagogici” e vogliono “avvicinare” la “gente comune” alla “cultura” con una pletora di spiegazioni sulle pareti e tramite auricolari che prescrivono a ciascuno esattamente che cosa deve provare di fronte alle opere, proiezioni video, giochi interattivi, museum shops, magliette... Si afferma di rendere in questo modo la cultura e la storia fruibili anche agli strati non-borghesi (come se i borghesi di oggi fossero colti). In verità, proprio questo approccio user-friendly mi pare il massimo dell’arroganza verso gli strati popolari, di cui suppone che siano per definizione insensibili alla cultura e che l’apprezzino solo se viene presentata nel modo più frivolo e infantile possibile. Sparisce così anche l’atmosfera piacevole dei musei un po’ polverosi di una volta, piacevole proprio perché sembrava di entrare in un mondo a parte, dove si poteva riposare dal turbine che ci circonda sempre – anche perché questi musei erano poco frequentati. Adesso, più un museo è “ben gestito” e attira il pubblico, più assomiglia a un incrocio tra una stazione metropolitana all’ora di punta e una sala informatica. A questo punto, perché ancora andarci? Tanto vale guardare le stesse opere su un CD, perché dell’”aura” dell’opera originale non è comunque rimasto niente. E’ stato un altro modo perverso di unire l’arte alla vita, di cancellare la loro differenza e di eliminare ogni idea che possa esistere qualcosa di diverso dalla piatta realtà che ci circonda. Il vecchio museo, con tutte le sue tare, poteva essere lo spazio appropriato all’apparizione di qualcosa di veramente inaudito per lo spettatore, proprio perché era tanto diverso da ciò che viviamo abitualmente. Oggi, le classe scolastiche che vengono trascinate attraverso le sale d’esposizione ricevono più che altro un’efficace vaccinazione preventiva contro ogni rischio di poter sentire un messaggio esistenziale dalla parte dell’arte o della storia, o almeno di andarle a scoprire per conto proprio...
La cultura cosiddetta “contemporanea”, cioè prodotta oggi, partecipa generalmente allo stesso modo regressivo. Gli artisti stessi hanno tradito il compito dell’arte. Lo si vede nell’eterna ripetizione del gesto di Marcel Duchamp nell’arte contemporanea da quarant’anni. L’urinatoio esposto nel 1917 come “fontana” era una provocazione venuta a proposito; in seguito è diventata una patente di nobiltà per esporre qualsiasi oggetto come opera d’arte, eliminando così ogni idea di un’opera eccellente o di un”sublime”. Quest’arte è altrettanto poco capace di scuotere lo spettatore quanto lo sono i prodotti dell’industria dell’intrattenimento. Mentre le avanguardie cosidette “classiche” della prima metà del XX secolo sapevano dire l’essenziale sulla loro epoca storica, l’arte di oggi riesce difficilmente ad evitare l’impressione della sua insignificanza. Si può anche rifiutare l’idea di una “morte dell’arte” generale (io me ne sono occupato altrove), ma risulta comunque difficile trovare un’arte contemporanea all’altezza dei suoi predecessori. Essa partecipa alla derealizzazione generale, proprio come l’industria del divertimento, ed è diventata una sottospecie del design e della pubblicità. Essa merita allora la sua commercializzazione. L’arte contemporanea si è buttata nelle braccia dell’industria culturale e chiede umilmente di essere ammessa alla sua tavola. Ciò è un risultato, tardivo e imprevisto, di quell’allargamento della sfera dell’”arte” e di quell’estetizzazione della vita che sono stati cominciati un secolo fa dagli artisti stessi, come appunto Duchamp. Sembra dunque che non esistano più molte opere capaci di contribuire alla nascita di soggetti critici. Esistono solo dei clienti. Allora fa davvero poca differenza come si gestiscono i musei. Si afferma che i musei devono adeguarsi alla necessità di “far pubblico”, pena la loro sparizione. Ma il risultato è lo stesso. Un’arte che serve soltanto a creare dei clienti soddisfatti non è comunque più un’arte degna di questo nome.
Bisognerebbe almeno ammettere una differenza qualitativa, di peso, tra i prodotti dell’industria dell’intrattenimento e una possibile “cultura vera” per poter evocare per quest’ultima un trattamento a parte. Bisogna ammettere dunque la possibilità di un giudizio qualitativo e non puramente relativo e soggettivo. C’è una grande differenza tra voler stabilire dei parametri di giudizio, pur sapendo che non discendono dal cielo, ma che debbono essere soggetti alla discussione e al cambiamento, da un lato, e negare, dall’altro, a priori la possibilità stessa di stabilire dei parametri, di modo che tutto è uguale a tutto. Se tutto si equivale, niente vale più la pena. Sono questa uguaglianza, e l’indifferenza che ne segue, a stendersi come un sudario sulla vita dominata dal mercato e dalla merce. Esse minano alla base la capacità degli umani di fare fronte alle minacce onnipresenti di barbarizzazione. Le sfide che ci aspettano nei prossimi tempi hanno bisogno di essere affrontate da persone nel pieno possesso delle loro facoltà umane, non da adulti rimasti bambini nel senso peggiore della parola. Sarà curioso vedere che posto terranno l’arte e le istituzioni culturali in questo passaggio epocale.
11.05.2009

http://www.exit-online.org

Anselm Jappe


jeudi 2 décembre 2010

Les prisonniers toxicos toujours privés de seringues stériles

Alors que l'usage de drogue est le premier facteur de propagation du sida en prison, l'État bloque l'accès au matériel stérile. 

Selon l'étude Coquelicot publiée en 2006, 12% des drogués incarcérés ont continué à s'injecter un produit lors de leur séjour en prison. Parmi eux, un sur trois a partagé son matériel d'injection. Les prisonniers toxicomanes seront pourtant toujours privés de seringues stériles. Ainsi en a décidé le gouvernement qui a choisi la politique de l'autruche.
Experts, élus et associations de lutte contre le sida accusent une décision lourde de conséquences sur le plan sanitaire. Ancien détenu et membre d'Act Up, Laurent Jacqua ne décolère pas contre le plan d'action stratégique pour l'amélioration des conditions sanitaires. Dévoilé fin octobre par le gouvernement, il trahit selon lui l'état d'esprit du pouvoir actuel :
« La drogue en prison, c'est une évidence, mais il ne veut pas le reconnaître. »
Ce qui lui laisse penser cela ? Sur les 86 pages du texte qui planifie l'action du gouvernement jusqu'en 2014, pas une ligne sur un programme d'échange de seringue (PES), qui permettrait aux détenus de disposer de matériel stérile. François Bess, président de l'Observatoire international des prisons, regrette aussi cette impasse :
« L'Inserm et le Conseil national du sida ont pourtant tous deux recommandé que cette mesure soit appliquée en prison. »

En prison, le sida circule comme la drogue

Après trente ans passés derrière les barreaux, Laurent Jacqua est persuadé de la nécessité des PES en prison. Il raconte :
« Il arrive parfois que trois ou quatre détenus partagent une même seringue. Quand ils n'en ont pas, ils en fabriquent avec une aiguille ou un stylo. Que se passe-t-il quand l'un d'entre eux a le sida ? Et quand ils retrouvent la liberté ? C'est autant de gens de contaminés. C'est criminel de ne pas agir. »
Car la came n'est pas la seule à circuler en prison : le sida aussi. L'usage de drogue est le premier facteur d'infection au VIH en milieu carcéral. Selon le Conseil national du sida, le risque d'être contaminé est de quatre à huis fois supérieur en prison qu'à l'extérieur. Il est environ dix fois plus important pour l'hépatite C.
Lors de la présentation du plan, l'ancienne ministre de la Santé Roselyne Bachelot a justifié l'exclusion des PES. Selon elle, cela poserait des « problèmes de sécurité ». Un argument non-recevable pour François Bess :
« Les PES sont mis en place dans de nombreux pays : en Espagne, en Suisse, même en Iran. Jamais un détenu n'a agressé le personnel pénitencier avec une seringue. »
Interrogé à l'Assemblée lors des questions au gouvernement, Michel Mercier, garde des Sceaux, justifie l'absence des PES du plan :
« Le ministère suit les préconisations d'une mission interministérielle qui souligne le caractère inopportun de ces échanges en prison. »
Pierre Chapard, président d'Asud, association pour les usagers de drogue, n'est pas satisfait de la réponse :
« Monsieur Mercier parle de la Mildt [Mission interministérielle de la lutte contre la drogue et la toxicomanie, ndlr]. ll s'agit toujours du même qui s'y oppose. Son président, Etienne Apaire, refuse toute avancée sur la réduction des risques. »

De l'eau de Javel en guise de désinfectant

Pour réduire les risques de contamination, pas de PES donc, mais de l'eau de Javel. La généralisation de son usage est en effet programmée pour désinfecter les seringues. La recommandation fait bondir les associations et les élus. Déjà répandue dans certaines prisons, la méthode est contestée par les experts.
Dans une note publiée en 2009, le Conseil national du sida précisait que :
« La probabilité d'une désinfection efficace n'est pas garantie. […] Même correctement utilisée, l'eau de Javel ne permet pas d'éliminer avec certitude le VHC [virus de l'hépatite C, ndlr]. »
Pour Laurent Jacqua, l'utilisation de l'eau de Javel est une proposition inutile :
« Quand un prisonnier voit sa drogue arriver, vous croyez franchement qu'il va prendre le temps de désinfecter sa seringue ? Non, il va se piquer directement. De toute façon, seule une eau de Javel à 12% a des chances d'être efficace, mais celle distribuée en prison a une concentration inférieure. »
Autre point d'achoppement : le développement des produits de substitution, de plus en plus répandus en prison. S'ils présentent un intérêt, leur efficacité est remise en cause. Pour éviter le deal de ces substances, le personnel soignant pile souvent les cachets, annulant leur efficacité.

L'équité citoyens libres-détenus, un principe non-respecté

En faisant fi de ces revendications, le gouvernement est-il hors la loi ? Médecin psychiatre ayant exercé quatre ans en milieu carcéral et membre de l'Inserm, Laurent Michel rappelle :
« En 1994, le principe d'équité des soins entre prisonniers et citoyens libres a été inscrit dans la loi. Or, la vente libre de seringue stérile en pharmacie est autorisée depuis 1987. En interdisant les PES en prison, la France continue à ne pas appliquer la loi. »
Ce principe a pourtant été réaffirmé en 2009, dans le projet de loi pénitentiaire adopté par le Sénat.
Nicole Maestracci, ancienne présidente de la Mildt, nuance les accusations émises contre le gouvernement. Tout en considérant que les propositions du plan sont « dérisoires », elle relève :
« Il faut bien reconnaître que les PES sont difficiles à mettre en place en prison. Les surveillants seraient soumis à des injonctions contradictoires : distribuer des seringues et lutter contre le trafic de drogue, qui est interdite en prison. »

Un blocage très politique

Pierre Chapard a une conviction : les PES ont un jour été envisagés par le ministère de la Santé, qui a finalement fait marche arrière :
« Les PES et la mise en place d'un réel programme de réduction des risques pour les usagers de drogues en prison étaient l'un des points phares du plan, jusqu'à ce que François Fillon refuse les salles d'injection. En juin, nous avions été informés de la volonté du ministère de mettre en place des projets pilotes dans les prisons volontaires. Puis, après l'été, plus rien. »
Ces possibles blocages n'ont en rien altéré la détermination de Pierre Chapard :
« Nous essayons de sensibiliser les élus le plus possible… On essaye de faire le maximum en attendant 2012, en espérant que le contexte politique changera. »
Laissons Chapard à ses délires électoraux et revenons sur terre.  Il faut faire pression publiquement sur François Fillon et cette vieille crapule d'Étienne Apaire, un nullard posé là pour ramasser un salaire. C'est le boulot d'ACT UP Paris,  non  de cibler les coupables/responsables ?
( Sarkozy au plus bas de sa popularité à 24 % pour TNS-Sofres.
La cote de popularité de Nicolas Sarkozy tombe à 24 % de bonnes opinions en décembre selon un sondage TNS-Sofres pour le Figaro-magazine, son score le plus bas dans ce baromètre depuis son élection en 2007.
Il perd deux points par rapport au mois de novembre, la proportion des personnes déclarant ne pas lui faire confiance restant stable à 71 %. Son Premier ministre François Fillon, reconduit le mois dernier, perd aussi trois points à 35 % de bonnes opinions, contre 59 % de mauvaises, chiffre en hausse de deux points.)

Embrouilles Wikileaks

Le site Wikileaks subit des attaques et sabotages et dénis de service. En conséquence les réseaux P2P prennent le relais pour la diffusion libre de cette intéressante documentation.
Nous vous indiquons ici quelques liens edk: Le dernier des 4 pèse 74,5 Mo (belle bête)
ed2k://|file|cablegate.wikileaks.org_2010-11-28_220_total.zip
ed2k://|file|cablegate_wikileaks_201011.zip
ed2k wikileaks
ed2k://|file|Wikileaks_Afghan_War_Diary-2004-2010-complete-dump.html.7z
Vous pouvez accéder au site: Mais un poil plus lent
Ici
La
Éric Besson la salope a demandé vendredi 3 décembre de mettre fin à l'hébergement de WikiLeaks en France, arguant que le site a "violé" le secret diplomatique. Après avoir été hébergé par le serveur américain Amazon, WikiLeaks est hébergé dans par le serveur français OVH depuis le jeudi 2 décembre, selon la lettre adressée par le ministre à ce sujet au conseil général de l'industrie, de l'énergie et des technologies (CGIET), compétent dans les domaines des technologies de l'information et des communications électroniques et informatiques.
Quant on a écrit comme Assange une théorie du Pouvoir-Comploteur aussi brillante (oui il manque quelques boutons...) on est un mec clair mais cela ne suffit pas pour échapper totalement aux intoxs diverses et aux faux documents made in CIA/FSB/M16….
Les "services" peuvent donc l'abreuver de faux documents ou l'orienter plus subtilement en filtrant les documents.
Ridiculiser toute Critique Réelle en induisant en erreurs permet d’amoindrir l’effet de la Critique Révolutionnaire. Il y a des luttes de pouvoirs occultes dans l’appareil US et Obama à bien peu de pouvoir, voir aucun sur la CIA. Ne pouvant l’affronter de face il peut vouloir Instrumentaliser les "révélations" d’Assange.
De toutes façon WikiLeaks est une idée et un instrument génial !
PS: lire sa théorie du Complot Mondial de 2006. Quand on voit qui sont ses ennemis et ce qu’ils écrivent on se dit que cet homme est nécessairement un ami de la liberté et un Camarade !

La liberté est le crime qui contient tout les crimes, c'est notre arme absolue ! 

Du rapport de force

Comme nous le pensions dès le 31 octobre (lire fin de page):

Rennes : La Maison de la grève évacuée par les forces de l’ordre
Les forces de l'ordre ont délogé ce jeudi matin les occupants de la Maison de la grève, squat ouvert suite aux manifestations contre la réforme des retraites. L'opération s'est déroulée sans heurt.
La mairie avait imploré les squatteurs de quitter les lieux
Ce délogement a été possible suite à l'ordonnance rendue par le tribunal de grande instance de Rennes, il y a une dizaine de jours. Depuis plusieurs semaines, la Mairie souhaitait récupérer les anciens locaux du syndicat CFDT afin d'y installer des services sociaux. Nathalie Appéré, première adjointe au maire, avait ainsi imploré les squatteurs de quitter les lieux : «Nous avions négocié des crédits d'État afin d'implanter dans ces mêmes locaux l'association de la sauvegarde de l'enfance à l'adulte, qui protège des jeunes en difficulté. Nous pensions également y installer des locaux pour la structure Puzzle, qui prend en charge les sans domicile fixe. Nous étions prêts à démarrer les travaux. Ce dossier peut être planté si ces gens (les squatteurs, NDLR) ne prennent pas leurs responsabilités.»

Il ne s'agit bien sur pas de désavouer ce type d'Occupations qui sont toujours excellentes mais de lier luttes réelles et Occupations un temps soit peu ambitieuses.
Tout est dans le rapport de force.

 

mercredi 1 décembre 2010

A WORLD WITHOUT MONEY

The utopian thought always toyed with the idea of abolishing money. In general, however, such reasoning fell short of its object because money is just the surface phenomenon of a determinate social form. Money, according to Marx, is the appearance of a social essence, that is "abstract labour", and of value (the valorisation of value). Any attempt only to do away with the superficial phenomenon without touching the fundamental deep structure will cause havoc rather than liberation. If in a commodity producing society money is divested of its co-ordinating capacity, let alone money is abolished as such, its regulative function has to be replaced by a totalitarian bureaucracy. In the more recent past, under the Pol Pot regime, the most atrocious consequences of such project came true; the socialist and state-capitalist regimes of national development, however, showed some of these features as well. Other approaches to the abolition of money, barter pools for instance, have to dispense with the advantages of a highly integrated society. Moreover, they are confined to issuing substitutes for money ("achievement slips" etc.) and will certainly fail in the end as it was just the case in Argentina.
By and large, as it seems, the utopian energy is on the wane anyway. Under the global reign of neo-liberal economic radicalism, the monetary subjectivity is as unchallenged as never before, even in the slums. Paradoxically yet, capitalism itself is setting out to abolish money as the general form of social mediation. What is not meant, is the superficial technological phenomenon that banknotes are replaced by non-material electronic entries and internet-based monetary transactions (electronic banking), just as paper money took the place of precious metals in the past. Rather one has to set one’s sight on the fact that in the wake of the crisis of the 3rd industrial revolution of microelectronics, more and more people are unable to participate in the general money economics. In those regions of the world that are already uncoupled from the world economy, money circulation shrinks dramatically. It may happen to you in rural Brazil that half the residents of a village must be called for help to enable the local shopkeeper to give change for a banknote with the equivalent of roughly € 20. Half the South-African adults don't have a bank account. 2.8 billion people, almost half the global population, live on less than $ 2 per day.
Long since, this trend penetrated into the Western World. In the US more and more full-time workers fall beneath the poverty line, whereas, at the same time, anybody who pays in cash instead of paying by credit-card might be considered to be some sort of a crook. In this country as everybody knows, banks only reluctantly grant bank account to people on social welfare. In many Western countries a new mass phenomenon spreads: Those, who have no bank account are most often neither eligible for Medicaid, nor are the on the telephone, let alone on the internet. In discount shops people calculate their "buying decisions" exactly by the Cent. Amidst a money economics of seemingly full-scale electronic money transactions, an ever larger section of the population has no access to means of payment. The gigantic debt bubbles correspond with a rapidly growing "penny economics".
In public debate, this dimension of the monetary crisis, which is in fact a crisis of "abstract labour", is rather suppressed. The capitalist crisis administration, however, responds to the decrease in general money circulation in a way not very different from the earlier state-capitalist regimes of a totalitarian utopia: bureaucratic abuse of the involuntary "de-monitarised" people. At the same time, instead of proceeding to an emancipatory critique of the system, in a climate of Angst about means of payment, racist and anti-Semitic ideologies of "good and honest" money for "good and honest" labour are hatched. Who might have thought like that: capitalism is about to become negative-utopian.
German original Eine Welt ohne Geld, published in Neues Deutschland 15.10.2004
Translation into portuguese: http://obeco.planetaclix.pt
Translation into Spanish: Contracorriente, m.vallseca + @telefonica.net
Translation into English: Claudia Régissaert/Petra Haarmann

mardi 30 novembre 2010

La jeunesse dorée de la globalisation

Idéologies sociales de la crise dans les pays occidentaux       
En vérité, l'ensemble du débat était dominé par une intelligentsia qui, dans les centres occidentaux, suivait ce développement depuis ses confortables loges. Le raisonnement était platonique: il ne s'agissait pas de sa propre peau. On s'exerçait au jeu des perles de verre d'une virtualité qui n'était pas tenue de dévoiler son noyau dur social.
Dans les dernières années cela a complètement changé. Depuis l'effondrement de la New Economy au printemps 2000, la crise sociale se répand aussi de plus en plus dans les pays occidentaux. Ce ne sont plus seulement des groupes marginaux sans représentation forte (chômeurs de longue durée, assistés sociaux, migrants et illégaux, demandeurs d'asile, mères isolées, handicapés, personnes âgées réduites à la misère…) qui passent sous les roues, mais le cœur même de la société commence à être sérieusement atteint. Les revenus de la grande majorité baissent, les systèmes de sécurité sociale se décomposent, les services publics sont démantelés, le suivi médical des citoyens normaux est menacé. La privatisation des risques prend une envergure de charge financière qui détruit le standard de vie en vigueur et étrangle l'économie intérieure.
Mais surtout, dans les sociétés occidentales la crise socio-économique a fortement frappé ceux qui s'y attendaient le moins, notamment la soi-disant "génération des fondateurs" du secteur IT (Techniques d'Information) et Internet et plus largement, toute la couche d'experts de la prétendue société d'information et de savoir, ceux-là même qui passaient déjà pour les grands gagnants de la globalisation. Récemment, le sociologue libéral Ralph Dahrendorf parlait encore de la "classe globale" dans le sens qu'elle lui apparaissait comme le nouveau paradigme de domination sociale. Cette "classe", dit-il, aurait commencé "à donner le ton", à généraliser ses valeurs, à faire de ses penchants spécifiques les rêves des masses.
Cela est sans doute vrai. Et il faut même encore élargir le terreau social de cette "classe globale". En font partie non seulement l'industrie du software, les entreprises de service Internet comme "Amazon", mais aussi les technologies "dures" de quelques secteurs de production et de service industriel ayant accompli leur ascension au cours de la globalisation, comme par exemple, outre les producteurs de hardware, l'industrie aéronautique et les compagnies d'aviation. Sans oublier des services comme l'industrie du tourisme et de la publicité qui avaient vécu leur première heure de gloire pendant le fordisme, mais ont récidivé au cours de la 3ème révolution industrielle et de la globalisation. Et encore, la dernière mais pas la moindre, la "production idéologique", au sens le plus large, de tout un champ d'activités de l'industrie culturelle qui s'est développé surtout dans les années 90. Sur ce champ a poussé une couche de nouveaux travailleurs des médias qui ont créé le slogan de la "société de savoir" et l'ont médiatisé pour se hausser du col.
Ce sont justement ces prétendus domaines d'avenir, dûment renforcés par le processus de la globalisation, qui ont été le plus touchés par l'ouragan de la crise et transformés en un champ de ruines économique. Il s'est avéré que toute cette splendeur ne reposait sur rien d'autre qu'une conjoncture globale de bulles financières. Toutes les bulles n'ont pas encore éclaté, mais déjà assez pour engendrer sur l'économie réelle un effet boomerang qui détruit d'abord les secteurs innovants. Bien entendu, ce n'est pas pour autant que les nouvelles technologies et les nouveaux médias disparaîtront, ou que l'on reviendra en arrière dans le processus de globalisation. Mais il apparaît désormais clairement que la 3ème révolution industrielle et la globalisation ne peuvent pas engendrer de nouvelle ère de croissance capitaliste. La puissance technologique et la socialisation planétaire sont complètement incompatibles avec les formes socio-économiques connues de la modernité. L'Occident et les centres asiatiques vivent maintenant le même processus de décomposition sociale et de barbarie que les régions du Tiers monde ont déjà traversé quand la "modernisation de rattrapage" a échoué. L'ambivalence des interprétations disparaît, la chose est décidée négativement.
Bien entendu, il ne s'agit pas là uniquement d'un processus objectif. La conscience sociale doit digérer d'une manière ou d'une autre la crise qui vient s'abattre sur elle. Cela concerne surtout ces nouvelles couches sociales qui, d'après Dahrendorf, avaient commencé à "donner le ton" de manière symbolico-culturelle, et dont les secteurs se trouvent maintenant sous le marteau. Dahrendorf illustre la "classe globale" par ces figures qui "passent beaucoup de temps dans les salons des aéroports internationaux" et y bavardent sans cesse dans leur téléphone mobile. Ce sont ces gens qui ont amené Tony Blair au pouvoir et se retrouvent dans sa doctrine du "New labour". En Allemagne, l'intitulé est "Nouveau centre". Il ne s'agit pas d'une classe de grands magnats capitalistes, même si Bill Gates en fait partie; mais ce n'est pas non plus une nouvelle "classe de travailleurs" clairement définie. Quelle que soit la forme sous laquelle ils s'investissent eux-mêmes, on pourrait les appeler des "entrepreneurs de leur propre capital humain". Souvent il s'agit d'agents de services mobiles, du passionné d'informatique à l'aide-animateur au "Club Méditerranée".
On peut en rencontrer dans le monde entier mais, comme la globalisation elle-même, à différentes densités. Alors que dans le Tiers monde ils appartiennent à une mince couche urbaine, dans les pays occidentaux il existe une large base de groupes sociaux détenteurs d'un certain schéma de vie qui pourraient se reconnaître comme partie de la "classe globale". Même ceux dont la position économique a toujours été précaire pouvaient, grâce aux systèmes d'aide sociale (ou au soutien familial des générations plus âgées issues du "miracle économique" déjà ancien) s'imaginer un avenir dans le "nouveau centre" et participer d'une certaine manière au "capital culturel" (selon Bourdieu) des nouveaux secteurs apparemment pleins d'avenir.
Mais, qu'il s'agisse d'arrivistes sociaux profitant de la courte ère de la New Economy ou seulement de rêveurs idéologiques de la "société de savoir", de petits entrepreneurs de l'industrie culturelle ou de travailleurs en communication au rabais, c'est à une classe d'illusionnistes économiques et politiques que nous avons affaire. Même la mise en scène des compétences et du professionnalisme n'est la plupart du temps que de la simulation. Le culte idéologique postmoderne de la virtualité trouve ses fondements technologiques dans les mondes fictifs des nouveaux médias et dans l'espace virtuel de communication d'Internet. En économie lui correspond l'architecture en "château de cartes" du capitalisme de la bulle financière qui aujourd'hui s'écroule, et en politique la mise en scène de figures artificielles, médiatiquement préparées, et le jargon-design selon le modèle de la publicité commerciale. Cette virtualité forme la conscience de la jeunesse socialisée dans les années 90, qui représente un segment essentiel de la "classe globale" diffuse. Majoritairement, ce sont des jeunes gens (à peu près entre 25 et 40 ans) qui dominent l'image du "nouveau centre".
D'un coté, cette "classe globale" juvénile n'a ni passé ni avenir, elle est livrée à la non-histoire du marché total. De l'autre, elle est tout de même le produit d'une certaine expérience historique. Son an zéro a été la fin du socialisme, l'effondrement des mouvements de libération et des régimes de développement dans le Tiers monde, la dégringolade de l'ancien paradigme marxiste, le silence de la critique sociale émancipatrice et le déclin de la réflexion théorique en général. A beaucoup d'égards on peut parler d'une jeunesse dorée, légère, consommatrice et avide de plaisirs superficiels. L'origine de cette appellation remonte à la jeunesse contre-révolutionnaire parisienne après la chute des Jacobins (1794). Comme aujourd'hui au Tiers monde, il s'agissait des enfants d'une minorité métropolitaine, séparés du gros de leurs congénères. Dans les centres occidentaux par contre, c'est aujourd'hui la majorité d'une certaine génération qui est appelée à vivre son Waterloo socio-économique.
La "classe globale" au sens large est toujours jeune, mais son avenir appartient déjà au passé. Et les paramètres économiques n'en sont pas les seuls indicateurs. Beaucoup n'ont pas encore su digérer le désastre social dans lequel se sont dissous leurs espoirs et leur imagination. Le choc de la réalité va au-delà du fait que l'on ne peut plus payer son loyer ou que l'on se retrouve, après les rêves de grandeur de la New Economy, dans des petits boulots de misère. C'est aussi le séisme du 11 septembre qui a cassé la nuque à la mode postmoderne. La symbolique de l'attaque terroriste saute aux yeux quand on lit la description que fait Dahrendorf de la "classe globale": Peut-être tous ceux qui sont arrivés dans le gratte-ciel des possibles ne vont-ils pas arriver jusqu'au sommet; le sommet est aujourd'hui très loin pour la majorité… Mais même si certains ascenseurs ne montent qu'au dixième étage et que d'autres commencent seulement au 50ème, il y a pour tout le monde un voyage vers le haut. Et puis il y a ceux qui n'atteignent même pas le rez-de-chaussée de l'immeuble des possibles. La destruction brutale des Twin Towers et la cicatrice du "Ground Zero" ont expliqué d'un seul coup à la "classe globale" et ses suivistes idéologiques que leur "gratte-ciel des possibles" n'était pas tout et que la "furie de la destruction" n'allait pas épargner les centres.
La fin des illusions économiques est aussi la fin de la "sécurité". Pour pouvoir mesurer comment la plus très dorée jeunesse digère sa propre crise, on peut prendre comme indicateur la génération correspondante de la gauche radicale. Bien sûr il s'agit là d'une petite minorité idéologique, mais elle a, en tant que partie intégrante de la société, vécu la même socialisation et est issue du même milieu et des mêmes secteurs sociaux. Et justement parce qu'elle doit, à l'intérieur de ce rapport, se justifier avec l'exigence de la pensée réflective, elle peut servir de sismographe pour des tendances plus générales. Cette gauche a depuis longtemps virtualisé sa radicalité, suivant la trame de la société environnante. La critique économique dure a été largement remplacée par un culturalisme mou. Et c'est pour ça que la minorité gauchiste se retrouve aussi peu préparée aux catastrophes économiques et politiques de la post-modernité qui s'écroule que la grande majorité de la "classe globale".
Sous la pression des phénomènes réels qui ne se laissent plus virtualiser, les paradigmes délavés d'une critique sociale dont les notions sont devenues complètement inaptes se dissolvent définitivement. Dans la crise mondiale actuelle, le terrain commun des forces sociales en concurrence tremble, les formes catégorielles communes se brisent et le système commun de références trouve ses limites. L'aile gauche de la "classe globale" et de sa jeunesse dorée est complètement démunie devant ce problème.
Une partie fuit dans des réactions régressives. La réinterprétation culturaliste de la critique du capitalisme et de l'anti-impérialisme se rapproche d'idées réactionnaires, se recharge avec de l'antisémitisme et des interprétations néo-nazies. Ethniquement bornée, la notion de "peuples", brandie contre les conséquences négatives de la globalisation, dévoile sa face anti-émancipatrice. Le large spectre de la régression idéologique va de la nostalgie national-keynesienne au projet folklorique et même jusqu'à la sympathie pour les attentats suicides. Une autre partie de la gauche de la "classe globale" essaye de s'abriter derrière les murs du limes impérial pour contenir la barbarie à l'extérieur, dans le Tiers monde. Cette gauche devient aussi bêtement pro-américaine que leurs pères étaient bêtement anti-américains. On commence à ne jurer que par les "valeurs occidentales", le "mythe New York" et les bienfaits de la consommation. On abandonne la critique du capitalisme, en attendant que la machine militaire américaine ait fait de "l'ordre".
Ces alternatives sont si peu appétissantes que certains jeunes gauchistes de la "classe globale" en perdition tentent même de revenir au fossile du marxisme traditionnel. Mais le monde des prolétaires de la machine à vapeur est tellement éloigné des existences sociales d'aujourd'hui que cette nostalgie est peut-être la moins digne d'intérêt. L'aile gauche de la jeunesse dorée postmoderne en chute libre fait, par ses réactions d'ignorance, la démonstration de la paralysie de la "classe globale" en général. Mais peut-être ces gens, toujours jeunes par l'âge, incapables d'abandonner leurs repères de socialisation des années 90, sont-ils en vérité déjà vieux et les trentenaires d'aujourd'hui un peu les "grands-pères rouges". Pendant les manifestations contre la guerre d'Irak dans le monde entier, une nouvelle génération des 15 à 20 ans s'est manifestée, pour laquelle la vision du monde de la génération New Economy et de ses gauchistes est déjà du passé. Il reste à espérer qu'ils comprendront mieux que de nouvelles époques et de nouvelles crises appellent aussi les réponses nouvelles d'une critique sociale émancipatrice.
http://www.exit-online.org

Robert Kurz | 2003-11-11

Archives du blog