Rechercher dans ce blog

Chargement...

dimanche 31 octobre 2010

Pourquoi cette étrange défaite de la grève des raffineries ?

12 questions sans réponse.
Tous les amis qui ont visité dernièrement une raffinerie bloquée ont rencontré des salariés grévistes extraordinairement motivés, fermement décidés à ne surtout pas céder au moment où ce début novembre allait enfin voir se réaliser l’assèchement complet des approvisionnements d’essence du pays, et que, techniquement, les flux d’importations étrangers par la route ne pourraient jamais y suppléer.
Tous étaient conscients qu’ils faisaient la grève « par procuration » des trois Français sur quatre qui soutiennent le mouvement sans faiblir, et que le monde entier avait les yeux fixés sur la France, peut-être le seul grand pays pouvant encore contrarier l’offensive planétaire de la finance déchaînée contre les conquêtes sociales de l’après-guerre et de l’humanisme ouvrier.
Tous savaient que si seulement les trois millions de manifestants motivés versaient chaque mois dans les caisses de solidarité des raffineries une somme comprise entre 2 et 100 euros, mettons d’une moyenne de 20 euros, cela faisait immédiatement 60 millions, de quoi verser 1500 euros nets à 40 000 grévistes, et cela pendant le temps qu’il faudrait pour faire céder le gouvernement et que d’autres secteurs prennent le relais après les vacances scolaires.
D’autre part, même la presse patronale avait remarqué que cette grève des raffineurs n’était pas perdable, car « le secteur bénéficie ensuite d’un effet de levier extraordinaire parce que le lancement d’un mouvement de grève ne nécessite pas un grand nombre de salariés. Organisées en 3×8, les équipes chargées d’opérer les installations en salle de contrôle sont très réduites. Pour un site de 1.200 salariés comme la raffinerie Total de Gonfreville (Seine-Maritime), une équipe de quart représente moins d’une centaine de personnes. Si la majorité d’entre eux se met en grève, le site sera contraint de s’arrêter. » (Emmanuel Grasland, « Pourquoi les raffineries sont à la pointe de la contestation », Les Échos, 18 octobre 2010).
1 - Alors pourquoi ce revirement subit des douze raffineries en seulement quarante-huit heures ?
2 - De quels chantages ou intimidations ces valeureux grévistes ont-il fait l’objet ?
3 - Quel a été le rôle du ministre désigné par Sarkozy pour gérer la crise des raffineries à la place du titulaire Borloo, cet Hortefeux dédié aux basses œuvres policières du régime ?
4 - De quelles informations, de quel tableau de bord secret, ce ministre vichyssois aura-t-il bénéficié, et dont aura été privée l’opinion publique ?
5 - Pourquoi les fédérations des industries chimiques CGT, CFDT et autres n’ont pas instauré un dispositif coordonné, transparent, lisible, facilité, pour dynamiser la collecte nationale des fonds de solidarité aux raffineurs, dispositif qui aurait pu servir pour d’autres grèves et résistances sociales ?
6 - Quels jours de grève seront finalement payés et comment vont-être distribués les fonds recueillis ?
7 - Pourquoi les intersyndicales n’ont pas expliqué les vrais motifs d’avoir incité soudainement à voter la reprise du travail, sans avoir au moins envisagé une suspension jusqu’à la rentrée scolaire et universitaire ?
8 - Pourquoi la plupart des sites internet de grève n’ont plus été réactualisés depuis 48 heures, et ne diffusent toujours pas de communiqués expliquant les motifs de la reprise de travail ?
9 - Pourquoi les sites internet de l’Union nationale des industries chimiques CGT et même de la confédération CGT ( exact, vérifié ) ont-ils été inaccessibles ce dimanche matin 31 octobre et depuis samedi ?
10 - Pourquoi les 220 agents des terminaux pétroliers du port de Marseille ont déverrouillé vendredi leur grève qui bloquait 78 navires et quatre péniches, c’est-à-dire l’approvisionnement pétrolier de la plus grande partie de la France ?
11 - Pourquoi la CGT du port marseillais « n’a livré aucun détail sur le contenu des dernières négociations ? » et que « la direction du port n’a pas non plus voulu dire ce qui avait permis de sortir de l’impasse » ? (Luc Leroux, « La CGT met fin au blocus du port de Marseille », Le Monde, ce dimanche 31 octobre).
12 - Pourquoi cette étrange et soudaine défaite de la grève de la filière pétrolière, célébrée avec une joie gourmande par les médias officiels afin de faire douter le peuple de ses capacités ?
Ce sont donc ici douze questions sans réponse pour les douze raffineries de l’hexagone.
Nous ne voulons accuser personne ni mettre en cause la solidité et la sincérité de l’unité intersyndicale. À la base, elles furent et demeurent admirables.
Mais il importe maintenant que chacun prenne ses responsabilités, à tous les niveaux, des anonymes jusqu’aux porte-parole syndicaux, face à un enjeu dont chacun sera personnellement comptable devant l’Histoire : Que le président Sarkozy grand vainqueur de ce conflit puisse spéculer sur le désarroi du peuple de gauche pour marquer son avantage, avant même une réélection en 2012, afin d’achever de détruire complètement les conquêtes sociales de la Résistance et de la Libération et mêmes nos Droits et libertés démocratiques arrachés en 1789.
  rikey dimanche 31 octobre 2010 
Une Réponse: Leur France a frôlé la "catastrophe économique" alors les pressions ont Tout fait rentrer dans l'Ordre économique qui  permet de payer des retraites qui permettent de consommer la vache folle et de continuer la  ronde infernale de la Valeur capitaliste vers le néant. Tout finit provisoirement bien du point de vue capitaliste que cette lutte n'a pas permit de dépasser...   
Dans sa première partie le Maximum atteint  est la création d'AG INTERPRO, mais ces Conseils sont encore liés au salariat et ne font pas références à tous ceux-celles qui les ont rejoints et n'appartiennent déjà plus à cette sphère d'exploitation. C'est visible pour L'AG interpro Bassin Minier de Lens comme pour celle  de  la MAISON DE LA GRÈVE de RENNES. Mais attention, qu'un seul espace tenu par un Conseil échappe au contrôle de L'État et c'est sa disparition programmée. Il le sait et tentera de reprendre par la force tous les lieux qui échappent a son pouvoir.                                                       
                    

L'INTERPRO doit être dépassée.
Vive les Conseils: de quartiers, d'affinités, de base, de lutte, ou INTER tout simplement !
La suite ?  
Dès mardi 2 novembre.
Débat possible ici: http://mai68.org/spip/spip.php?article1634
Voir en ligne: Pressions 


Grandpuits 6 : La pression from mutins on Vimeo.

STAATSHILFE UND MARKTLOGIK

 Opel wird zum Modellfall einer desolaten Widerspruchsbearbeitung 

Mitten im Strudel der globalen Finanz- und Konjunkturkrise hat die marktwirtschaftliche Glaubensgemeinschaft die Pferde gewechselt. Der lange Zeit als bürokratisches Übel abqualifizierte Staat wurde überall mit gigantischen Finanzpaketen eingespannt, um den Karren des Kapitals ans rettende Ufer zu ziehen. Einerseits erkennt der kleinlaut gewordene Marktradikalismus damit an, dass der Staat schon immer ein integraler Bestandteil des gesellschaftlichen Systems ist und kein äußerlicher Störfaktor. Andererseits zeigt sich gerade deswegen, dass der Staat kein souveräner Retter sein kann, sondern selber von den inneren Widersprüchen der glorreichen Marktwirtschaft in Haft genommen wird. Die Staatsprogramme von kriegswirtschaftlichen Dimensionen haben das Problem mangelnder realer Kapitalverwertung nur vertagt und verlagert. Während die transnationale Finanzblasen-Ökonomie bis zum Crash zwei Jahrzehnte überdauerte, stoßen die nationalen Staatsfinanzen schon binnen Jahresfrist an Grenzen. 

Nach den eigenen Maßstäben der Wirtschaftswissenschaft ist die Krise nur zu bewältigen, wenn zuvor eine umfassende Marktbereinigung stattfindet. Im Klartext: Auch große Konzerne müssen über die Klinge springen, um die Überkapazitäten abzubauen und dann angeblich neu durchstarten zu können. Im Finanzsektor galt der Bankrott von Lehman Brothers aber nicht als Marktbereinigung, sondern als größter anzunehmender Unfall und als Auslöser der Krise. Deshalb wurden nicht nur die übrigen großen Banken durch staatliche Finanzspritzen über Wasser gehalten, sondern auch Industriekonzerne. Exemplarisch stehen dafür General Motors in den USA und die Tochterfirma Opel in der BRD. Nach langem Gezerre um Staatshilfen blieb Opel zwar bei GM, aber das Problem ist nicht vom Tisch. Gerade im Automobilsektor lebt der zaghafte Konjunkturfrühling fast ausschließlich von den Staatsprogrammen. Offenbar gibt es wenig Zutrauen in die autonomen Marktkräfte, wenn jetzt erneut Staatshilfen für die GM-Tochter zur Debatte stehen.

Opel wird zum Modellfall einer desolaten staatlichen Widerspruchsbearbeitung. Bund und Länder handeln sich nämlich mit einer Stütze für den immer noch auf schwachen Beinen stehenden Autobauer nach Kriterien des Marktes eine Wettbewerbsverzerrung ein. Das gilt für die ausländischen Konkurrenten ebenso wie für die anderen deutschen Autokonzerne und ihre europäischen Töchter. Dass darüber wenig zu hören ist, hat einen einfachen Grund. Wenn der europäische Absatz nach dem Auslaufen der Konjunkturprogramme einbricht, werden alle Autokonzerne bei ihren Staaten auf der Matte stehen und auf Opel bzw. GM verweisen. Es wäre das Eingeständnis, dass die vemeintliche Anschubhilfe versagt hat und vom Staat ein langfristiges Sponsoring für zentrale industrielle Bereiche verlangt wird.
Verschoben ist nicht aufgehoben. Da sich an dem zu Grunde liegenden Problem der Defizitkonjunktur durch die Verlagerung auf den Staat nichts geändert hat, steht die Marktbereinigung nach wie vor aus. Diese Konsequenz weiterhin aufhalten zu wollen, läuft angesichts der bereits überstrapazierten Staatsfinanzen auf die Quadratur des Kreises hinaus. Dabei haben sich die viel beschworenen geld- und wirtschaftspolitischen Fronten zwischen den USA und der EU ins Gegenteil verkehrt. Der ehemalige Vorreiter des Marktradikalismus subventioniert seine Wackelkandidaten hemmungslos und ist offenbar bereit, perspektivisch einen inflationären Schub in Kauf zu nehmen; vielleicht im Vertrauen darauf, dass es zum Dollar als Weltgeld keine Alternative gibt. Umgekehrt erlebt die zeitweise wieder zu Ehren gekommene europäische Staatsgläubigkeit ihr Waterloo, weil das widersprüchliche Konstrukt der Währungsunion die Krise der Staatsfinanzen zuerst in diesem Raum manifest gemacht hat. Deshalb ist eine krisenkeynesianische Flucht nach vorn wie in den USA unmöglich geworden. Zwar wird auch dort die staatsfinanzierte Dauerfütterung der Konjunktur ihr Ende finden, aber der europäische Fluchtweg verläuft schon jetzt in die entgegengesetzte Richtung.
Die Verordnung drastischer Sparprogramme für die Euro-Staaten, wie sie auch in der BRD angesteuert wird, steht natürlich in krassem Widerspruch zur Option neuerlicher Rettungspakete. Für die Regierungen tut sich eine Zwickmühle auf. Entweder sie retten alle oder keinen. Warum soll ausgerechnet Opel subventioniert werden, wenn allenthalben die Streichung von Subventionen auf der Agenda steht? Mehr noch: Der staatliche Sparkurs ebenso wie mögliche Steuererhöhungen (oder beides zusammen) sind es gerade, die umso schneller die seit 2008 staatlich gepäppelte schwache Konjunktur im gesamten Euro-Raum abzuwürgen drohen. Das wird abermals vor allem die Autoindustrie treffen, nicht zuletzt die deutschen Exporte in die EU. Es ist ein Ding der Unmöglichkeit, Opel mit Ausnahmegenehmigung zu retten und gleichzeitig dem nächsten konjunkturellen Einbruch auszuliefern. Das Schielen auf den demoskopischen Wählerwillen kann die Logik der Krise nicht aushebeln. Die berühmte Marktbereinigung wird sich auch dann durchsetzen, wenn man davon nichts mehr wissen will, weil eben kein selbsttragender Aufschwung in Sicht ist. Kapitalismus geht nicht ohne Staat, aber mit Staat allein auch nicht.

Robert Kurz



http://www.exit-online.org
erschienen in der Print-Ausgabe der Wochenzeitung „Freitag“ am 03.06.2010

La révolte des autonomes 1979



L’Institut national de l’audiovisuel demande un accord d’une chaîne pour mettre à disposition ses archives (notamment du 20 H), mais non il n’y a pas de censure en France.    

Prologue

Parmi la génération des vingt trente ans qui se revendiquent aujourd’hui de « l’autonomie » peu connaissent l’histoire du mouvement autonome qui a défrayé la chronique avant l’ère Mitterrand et qui a été très peu documenté. Tout au plus quelques grandes lignes qui constituent une sorte de « contre culture » de la révolte trop souvent assimilée au catastrophique groupuscule « Action directe ». Les « autonomes » d’aujourd’hui sont plus préoccupés par la construction réelle de leur autonomie. On en trouve beaucoup dans le monde rural, le plus souvent en réseau, s’occupant de construire leur habitat avec des matériaux naturels, de produire leur alimentation tout en essayant de trouver des énergies alternatives. Ils tentent ainsi de « se construire eux mêmes » .
L’extrême gauche est en crise. Dissolution de la « Gauche prolétarienne » maoïste et de son journal La Cause du peuple. En 1976, des assemblées générales à Jussieu réunissent des centaines de militants qui veulent poursuivre le combat, auxquels s’ajoute une nouvelle génération d’étudiants pauvres et de chômeurs. L’émergence du mouvement des radios libres, de revues comme Camarades, Matin d’un blues, l’ouverture de squats politiques créent des pôles de « recomposition du mouvement ». S’organiser pour satisfaire ses besoins quotidiens sur l’habitat, les transports, la nourriture et les loisirs entraînent autant d’ « auto-réductions », c’est-à-dire le non paiement. Pour ces personnes, les luttes urbaines se font sur le terrain social, pour soi-même et pour l’expression d’une révolte qui prend de multiples visages (comme le montre la chronologie qui suit).
L’expression politique de cette mouvance justifie son existence en expliquant que l’automatisation de la production entraîne forcément un chômage de masse qui ne pourra que s’amplifier. L’Etat devra alors redistribuer un revenu garanti à chaque individu pour qu’il puisse choisir librement ses activités. Ce revenu garanti entraînera de fait une hausse des salaires provenant du travail aliéné. Cela ne pourra advenir que par une lutte sans merci avec l’Etat. En attendant cette démocratie sociale, les autonomes prendront l’argent là où il se trouve : dans les banques. Toutes les actions qu’ils médiatisent en utilisant le plus souvent la violence sont faîtes pour donner des orientations afin que quiconque s’y reconnaissant crée son groupe autonome selon ses affinités. 

Il y aura donc un mouvement organisé et un mouvement diffus.

Une enquête réalisée en octobre 1979 par la revue Les dossiers de l’étudiant (cité par Laurent Greilsamer dans « Les autonomes de l’An III », Le Monde du 16/10/79) indique que 0,9% de la population scolarisée après le baccalauréat se déclare autonome (soit 9 778 personnes), 13,1% sympathisants (soit 136 428 personnes) 30% indifférents, 33,8% en désaccord, alors que 22,3% ignorent tout de ce qu’ils représentent. 24,5% des étudiants estiment qu’il est normal de « piquer de la nourriture dans un grand magasin », 8% de « braquer une banque » 28,8% de ne pas payer ses impôts, 64,1% de refuser de faire son service militaire et enfin 6,7% qu’il est « normal » de casser une vitrine.

Note d’intention du réalisateur

J’ai côtoyé le mouvement autonome parisien, notamment en participant au « Collectif de défense militante » qui s’occupait de la défense des autonomes emprisonnés, j’ai ensuite collaboré au magazine Gueule (ex La Gueule Ouverte). Il s’agit de faire un documentaire historique se servant du principe de la chronologie, en sollicitant l’INA pour les archives télévisuelles et les agences de presse pour les photos.

Steal this book

Now that Semiotext(e) -- after thirty years of ignoring Guy Debord and the other members of the Situationist International in favor of such ex-Maoist "post-structuralists" and "post-modernists" as Jean Baudrillard and Michel Foucault -- has published its translation of volume I (June 1957-August 1960) of Guy Debord's letters, I know you fuckers are expecting me -- the guy who has been translating and uploading these letters to the Internet for free for the last four years -- to write one of my patented, very detailed and thoroughly devastating 5,000 word critiques. But frankly I can't be bothered. And so y'all are going to have to content yourselves with the following list, presented en vrac:
1) the entire volume is presented exactly as it was in the original French, which means this volume says that it is the first of six such volumes, when in fact seven were necessary;
2) the translators have reproduced all of Alice/Fayard's footnotes, but have added none of their own; untranslated texts that are referred to by Debord have been left untranslated; the book also does not include an index or a list of "Who's Who"; as a result, the people, publications and events described can be unnecessarily difficult to follow;
3) the back cover claims that these letters are "published here for the first time in English," as if what appears on the Internet is not "published" and therefore isn't real and/or doesn't exist;
4) the back cover insists that the Situationist International was a "cultural" avant-garde, a "cultural movement" with a "cultural mission," and completely ignores and thereby falsifies its political character -- and this at a time when Guy Debord continues to inspire and be cited by political revolutionaries in France and Greece, who would not recognize themselves in, nor would they settle for, what Semiotext(e) calls "a complete transformation of personal life within the Society of the Spectacle" (emphasis added);
5) After waiting to see how well this book sells -- McKenzie Wark's preface suggests that it will be marketed to "today's individualist sensibility," "to an ear trained by the Cold War to protect its precious individualism," "the individualist sensibility of what Debord will call 'bourgeois civilization,' " and (worst of all) "the contemporary reader" -- Semiotext(e) is going to try to convince Alice/Fayard that publishing translations of all seven volumes in their entirety isn't commercially viable, and that, after 1969, "superfluous" letters will need to be edited out,[1] thus placing the full weight of the series on the first two or three volumes, which of course will be complete;
6) The overall effect of this operation will be just like Tom McDonough's Guy Debord and the Situationist International: Texts and Documents, which emphasized the early "artistic" SI at the expense of the later "political" SI, but much worse because Debord's entire life will be reduced to what he did between 1957 and 1967, and the English-speaking world will once be deprived of the opportunity to learn about the explicitly political work Debord did in Portugal in 1974 and 1975, Italy in 1975 and 1976, Spain in 1980 and France in 1986 and 1987;
7) Of course, Guy Debord himself would have hated such a weighting, which not only concerns the SI, but his whole life. He would have been familiar with it from Greil Marcus' Lipstick Traces (1989) and the various exhibitions of "situationist" art works held at the Pompidou Center and the Institute for Contemporary Arts that same year. And, even worse for Semiotext(e), Debord diagnosed the motivations behind such weightings in his letter to Pascal Dumontier dated 24 October 1989:
"This exhibition wanted to evoke the origins of the SI by refusing and hiding its destiny. 'Becoming is the truth of being.' This phrase by Hegel can be applied, even better than elsewhere, to revolutionary efforts (and often to their detriment, of course). The museographs have thus assembled the 'artistic victims' sacrificed by the SI, who -- except for [Asger] Jorn, who was not a victim, but one of the lucid protagonists -- wouldn't ever be gathered together in a museum if they had not once upon a time had such important and bad associations. Which are only important and bad thanks precisely to May 68."
I believe that this is why McKenzie Wark's preface is preoccupied with the theme of exclusion, which is mentioned and discussed a total of eight times in the course of a 22-page-long text: he knows full well that, had Debord been alive, he would have tried to prevent and, failing that, would have publicly denounced, such blatantly reactionary moves as those made by Fayard and Semiotext(e);
8) Just like the yellow journalism of Stewart Home, Andy Merrifield, Andrew Hussey, and Nathan Heller, McKenzie Wark's preface to this volume is hostile and suspicious, presenting Debord as if he were a career-minded, manipulative Communist-Party-style apparatchik. Does Semiotext(e) seriously think "the contemporary reader" is going to be interested in and want to buy a book by such a caricature?
9) Wark's preface (which we suspect was actually written by Sylvere Lotringer)[2] mentions none of the considerable controversy that, from start to finish (1999 to 2008) surrounds the publication of this series of volumes: a) the fact that in 1999 Alice/Fayard suppressed a book by Debord's former historian and friend Jean-Francois Martos, who actually produced a real volume of correspondence in which two people exchange letters; b) the fact that Michele Bernstein refused to allow any of Guy's letters to her to be printed, which completely undermined the integrity and legitimacy of the entire project, given the unique importance of this woman to Debord's life, politics and thought; c) the fact that none of the letters addressed to Alice herself, Jacqueline de Jong or Michele Mochot-Brehat are included, either; d) the fact that Debord's former friend and physician Michel Bounan condemned Alice in 2000 because Fayard is merely the publishing arm of a huge corporation that makes and distributes military weapons; and e) the fact that, in 2006 and 2007, Debord's former friend and collaborator Jean-Pierre Baudet -- as a protest against all of the above, but especially the fact that Alice/Fayard's "Correspondence" is not a correspondence precisely because none of the letters addressed to Debord are included -- insisted that none of the letters Guy addressed to him be included in Volumes 6 and 7, and that his name be replaced by an "X" in those instances when he is referred to;
10) the entire book is thus both an Orwellian suppression of these relevant and important historical events, and an implicit validation and approval of the similar suppressions that preceded it and made it possible.

Bill Not Bored
22 January 2009

[1] Email correspondence with Semiotext(e)'s Hedi El Kholti, 20 January 2009.
[2] In an email sent 22 january 2009, Wark maintained that he is the one who wrote it. Tant pis.

Pourquoi la grève de la consommation ?

Plus de 70% des français sont contre le projet de loi sur les retraites qui nous est imposé par un gouvernement ultra-libéral et la commission européenne. Même s’ils ne participent pas directement aux mouvements de grève, la majorité des français soutiennent les grévistes. Malgré cela, les grèves et les mouvements sociaux de plus en plus durs, le gouvernement français, qui est à la solde du MEDEF, reste sourd à l’appel des Français. Au contraire, il accélère le processus pour faire passer ce projet de loi en force au Sénat. Ces procédés anti-démocratiques démontrent, le mépris du gouvernement et du MEDEF pour les citoyens. Le traité de Lisbonne refusé par la majorité des français n’est qu’un exemple de plus.
Les deux mois de grève et de manifestation nous montrent que ce mode d’action n’est pas suffisant pour créer un réel rapport de force avec le gouvernement. Avec le projet de loi sur les retraites qui concerne tous les Français, le gouvernement offre aux syndicats et aux citoyens la possibilité d’innover en matière de lutte sociale. La forte mobilisation actuelle doit être l’occasion d’expérimenter de nouvelles formes d’actions. Elles permettraient de créer un nouveau rapport de force avec le gouvernement et ses donneurs d’ordres (commission européenne, MEDEF et multinationales). En effet, pour créer un rapport de force avec les multinationales et le MEDEF, il est indispensable que leurs intérêts et leurs profits soient directement menacés par les grèves.
Les questions sont les suivantes : Comment créer un rapport de force qui menace les intérêts économiques de la grande distribution et des multinationales ? Quelles formes d’actions permettraient aux salariés du privé et du public de participer activement à ce mouvement social sans craindre le licenciement et une perte de salaire ? Comment inverser le processus social organisé par les tenant de l’ultra-libéralisme depuis les années 80 pour permettre aux citoyens de se réapproprier la lutte sociale ? Comment permettre à au mouvement de grève de se poursuivre sur du long terme ? Quels sont les leviers qui concernent directement les intérêts des multinationales ?
En France et dans l’ensemble des pays européens ce n’est plus la production mais la consommation qui est le moteur de l’économie. Pour que le MEDEF et les multinationales craignent les grèves, leurs intérêts économiques doivent être directement concernés. A partir de ce constat, l’arme à la disposition de tous les salariés (privé, public) et même de tous les citoyens est la Grève de la Consommation.
La grève de la consommation doit concerner tous les biens et services superflus qui ne concernent pas les besoins essentiels à la survie. Imaginez les hypermarchés, les centres commerciaux, les galeries marchandes, les rues piétonnes, les magasins de vêtement, etc., vides un samedi ou durant plusieurs semaines…
Seule une grève générale, qui associera à la fois la grève du travail, les manifestations, le blocage de raffineries et la grève de la consommation sera en mesure de faire céder le gouvernement. C’est aux syndicats, aux partis politiques, aux mouvements sociaux et aux citoyens de s’approprier cette nouvelles forme de lutte sociale pour faire plier le gouvernement, les multinationales, le MEDEF et les ultra-libéraux. La grève du travail couplée avec celle de la consommation offrira aux citoyens une arme offensive destinée à inverser le processus de destruction du programme du Conseil National de la Résistance. Mais surtout, elle permettra de défendre nos droits sociaux, mais surtout, d’en conquérir de nouveaux au profit de l’intérêt général et non d’une minorité.
29 octobre 2010  Auteur : JC 
Email : jean-christophe.Giuliani LDB wanadoo.fr

C'est Lui votre nouveau Dieu: Michel Gaudin

Préfet de police de Paris depuis sa nomination le 23 mai 2007 et depuis le lundi 13 septembre 2010   Super Préfet en prenant la tête du Grand Paris policier en Ile-de-France
À l'épreuve des émeutes
L'homme des Dispositifs "Nasses pour Tous" 
 
Fidèle à Claude Guéant tout d'abord, son collègue et ami devenu directeur du cabinet puis de la campagne de Nicolas Sarkozy avant de prendre les rênes du secrétariat général de l'Élysée. Les deux « G », comme on les appelle, ne font qu'un depuis bientôt vingt ans. Ils ont fait leurs armes dans les Hauts-de-Seine sous Pasqua à la fin des années 1980 avant de mêler leur destin au ministère de l'Intérieur. Directeur du personnel et de la formation de la police à la direction générale de la police nationale (1993), il intervient lors de l'affaire de la maternelle de Neuilly.
Quand Guéant devient le bras droit de Nicolas Sarkozy, Place Beauvau en 2002, il obtient à l'arraché la nomination de Gaudin à la DGPN face à Pierre Mongin qui fera plus tard le choix de Villepin. 
Selon la préfecture de police de Paris, le préfet Michel Gaudin n'a pas interdit l'usage du Flashball suite aux incidents en marge des manifestations  à Montreuil. Le préfet a juste "rappelé aux agents des forces de l'ordre les conditions restrictives de l'usage du flashball tant sur le plan technique que juridique." 
Rien  ni personne ne lui échappe de sa salle de contrôle ultra-informatisée (il a mis en place en janvier 2008 un nouvel outil de suivi : le « tableau de bord stratégique »). Il aime mettre en pratique les idées novatrices du criminologue Alain Bauer, égérie de l'antiterrorisme,  et expérimente volontiers de nouveaux dispositifs de maillage, avec infiltration et provocation dans les manifestations. Une gestion politique des polices au service du prince avec généralisation des "coups fourrés", désinformation et contrôle en amont des médias amis.         
Michel Gaudin  s'enorgueillit d'avoir traversé l'épreuve des émeutes de 2005 sans un mort. Son plus vif regret : n'avoir pu enrayer le fameux phénomène des voitures qui brûlent chaque soir  faisant de la France un cas unique en Europe d'éclairage du néant.
« MICHEL ? Il est formidable ! »  plus proche d'un Maurice Papon que d'un Maurice Grimaud.
« Frapper un manifestant tombé à terre c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière… » 

samedi 30 octobre 2010

l’AG interpro du bassin minier de Lens


A l’appel de l’AG interpro du bassin minier de Lens, le lundi 25 octobre au petit matin la Française de mécanique, filiale commune des groupes Peugeot et Renault spécialisée dans la construction des moteurs de véhicules, a été bloquée à Douvrin (62).
Lundi 25 octobre à 4 heures du matin s’étaient donnés rendez-vous, pour le blocage des 4 ronds-points d’accès au site de la Française de Mécanique de Douvrin, plus de 200 résistants sociaux. La FM, filiale à 50-50 des groupes Renault et Peugeot, compte encore, malgré la suppression de 3000 emplois, toujours plus de 3000 salariés. Le site occupe une zone industrielle de 150 hectares et construit à peu de chose près un vingtième (5%) des moteurs automobiles de la planète ; sortent de cette grosse unité de production tous les jours 500 à 600 camions.
L’opération totalement réussie, les bloqueurs ont quitté les lieux à 8 heures 30 sans attendre l’ordre de dispersion de la police. L’embouteillage des camions à l’extérieur et à l’intérieur du site offrait un spectacle rare et splendide, celui de la coupure des flux tendus par la suppression des stocks tampons depuis les années 1980. En aval, les usines Renault et Peugeot, privées de moteurs, sont touchées.
Le blocage avait été organisé pour montrer de façon spectaculaire, juste après le vote de la loi sur les retraites par le Sénat, que pour les combattants sociaux du bassin minier de Lens, la lutte non seulement est loin d’être terminée, mais ne fait que commencer, l’objectif étant d’en finir avec le néo-libéralisme.
Apparue le 14 octobre à l’initiative de la CGT, de FO et de SUD, l’AG interpro de Lens a depuis organisé tous les jours à partir du 15, à l’exception du dimanche 24, un à deux blocages par jour dès 4 à 5 heures le matin, interrompant notamment les livraisons de plusieurs supermarchés, toujours à partir de l’idée que pour faire mal au capital, une méthode simple et efficace consiste à interrompre ses flux d’approvisionnement. A l’époque du stock zéro, le blocage depuis le dehors est la forme moderne de la riposte du facteur travail et des populations touchées par le néo-libéralisme contre l’oppression capitaliste.
Les participants à l’AG sont très conscients de l’importance historique des opérations de blocage. Comme le disait devant les grilles de la Française un ouvrier en retraite enthousiasmé par l’opération : "c’est incroyable, nous on avait l’habitude de bloquer notre boîte, et là on vient bloquer de l’extérieur la FM, on compte les camions, et on attend que les ouvriers qu’on a laissé entrer ressortent pour nous rejoindre".

 AG interpro bassin minier
samedi 30 octobre 2010
La plateforme Delta 3 bloquée vendredi 29 octobre 
L’AG interpro du bassin minier a encore frappé un grand coup, bloquant l’immense plateforme logistique et des centaines de camions à Dourges (62), entre Lille et Lens. A partir de 4 heures du matin le vendredi 29 octobre, près de 150 militants de l’AG du bassin minier de Lens-Liévin-Hénin-Carvin sont parvenus à bloquer Delta 3, l’une des principales plateformes logistiques de l’Union Européenne. Ce gigantesque site, créé en 2000 au bord de l’autoroute A1, couvre 300 hectares dont 33 hectares d’entrepôts, et abrite plus d’un millier d’emplois. Terminal de transport multimodal autoroute-voie ferrée-canal, Delta 3 est alimentée par un échangeur autoroutier exclusivement dédié à la plateforme, un quai fluvial de 500 mètres en bord de canal et deux raccordements ferroviaires.
La difficulté de l’organisation de l’opération venait non seulement de l’énormité du site, mais aussi du risque de provoquer une catastrophe sur l’autoroute. Mais depuis le spectaculaire blocage de la Française de mécanique du lundi 25, l’AG du bassin minier se savait prête à tenter l’opération qui, parfaitement conçue, s’est achevée peu après 9 heures et l’arrivée des CRS. Plus de 60 camions étaient bloqués sur les bretelles d’accès, environ 200 poids lourds en partance restant coincés sur la plateforme.
La veille du blocage, l’AG avait utilisé la manifestation de Lens pour recruter de nouveaux combattants. Partis en tête de cortège, les militants avaient organisé une prise de parole devant l’hôtel de ville, donnant rendez-vous en fin de parcours aux manifestants qui, ayant compris que le blocus des flux économiques pouvait seul permettre le retrait définitif de la réforme des retraites, souhaitaient rejoindre les équipes de bloqueurs.
L’AG se réunit tous les jours du lundi au vendredi, bloque des camions 6 jours par semaine depuis le 14 octobre, et a distribué dans l’agglomération lensoise près de 20 000 tracts pour le retrait total de la réforme et invitation à la rejoindre. L’objectif posé par l’AG du 30 octobre est de parvenir à réaliser simultanément deux opérations d’une envergure comparable aux blocages de la Française de mécanique et de la plateforme Delta 3, éventuellement en dehors du bassin minier. Son exemple commence à être suivi dans d’autres agglomérations du Pas-de-Calais, à Arras avec la participation des militants de l’AG, St Omer, Béthune et surtout Boulogne.
 AG interpro bassin minier

"Nous pouvons tenir jusqu'à Noël"

Les éboueurs en grève du centre de traitement d'Ivry-sur-Seine peuvent 

«Tenir jusqu'à Noël»

Les éboueurs de la ville de Paris opposés à la réforme des retraites bloquaient toujours samedi le centre de traitement de déchets d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), le plus important de France. Au 12e jour d'occupation les  grèvistes dénoncent les "mesures anti-grève" prises par Bertrand Delanoë, notamment l'appel à des camions-bennes privés pour la collecte des déchets, rendant les effets du blocage presque insensibles aux Parisiens. Depuis le début du mouvement, 11.700 tonnes de déchets ménagers ont été détournés du centre d'Ivry, selon une porte-parole du Syctom, syndicat intercommunal de traitement des déchets qui regroupe 84 communes d'Ile-de-France. "Nous sommes hyper motivés et bien préparés. Nous pouvons tenir jusqu'à Noël", annonce Grégory Bruneau, autre gréviste, montrant en souriant un sapin scotché au portail à l'entrée du site, à côté de balais verts. 

Les grévistes ont reconduit leur mouvement jusqu'à mardi matin à 9h. Treize communes franciliennes et douze arrondissements de Paris acheminent chaque année sur le site les déchets de près de 1,2 million de personnes. "C'est le premier centre de France", indique-t-on au Syctom.

La guerra e lo spettacolo

L’orchestrazione della guerra del Golfo fu una dimostrazione luminosa di ciò che i situazionisti chiamano lo spettacolo — lo sviluppo della società moderna pervenuta allo stadio in cui le immagini dominano la vita. La campagna di relazioni pubbliche fu altrettanto importante della campagna militare. Il modo in cui avrebbe giocato questa o quella tattica nei mass media diventò una questione strategica principale. Non era molto importante che i bombardamenti fossero realmente “chirurgici”, purché la copertura lo fosse; se le vittime non comparivano, era come non ce ne fossero. L’effetto Nintendo” ha funzionato così bene che i generali euforici hanno dovuto mettere in guardia contro un eccesso d’euforia generale, per timore di un ritorno di fiamma. Le interviste di soldati nel deserto hanno rivelato che essi dipendevano, come chiunque altro, quasi completamente dai mass media per sapere ciò che si presumeva stesse accadendo. La dominazione dell’immagine sulla realtà è stata percepita da tutti. Una parte importante della copertura mediatica era dedicata alla copertura della copertura; nello spettacolo stesso furono presentati dei dibattiti superficiali su questo nuovo grado raggiunto dalla spettacolarizzazione universale istantanea ed i suoi effetti sullo spettatore.
Il capitalismo del XIX secolo alienava l’uomo a sé stesso alienandolo dai prodotti della sua attività. Quest’alienazione si è intensificata con la mutazione progressiva di questi prodotti in “produzioni”, che contempliamo passivamente. Il potere dei mass media è soltanto la manifestazione più evidente di questo sviluppo; fondamentalmente lo spettacolo copre tutto ciò che si è trasformato, dalle arti fino agli uomini politici, in rappresentazioni autonome della vita. “Lo spettacolo non è un insieme di immagini, ma un rapporto sociale tra individui, mediato dalle immagini” (Debord, La società dello spettacolo).
Oltre ai profitti legati al commercio delle armi, al controllo del petrolio, agli intrighi del potere internazionale e ad altri fattori che sono stati così ampiamente discussi che non è necessario ritornarvi qui, la guerra è stata terreno di contrasti tra le due forme di base della società dello spettacolo. Nello spettacolare diffuso la gente si ritrova persa in mezzo alla varietà di spettacoli, di merci, di ideologie e di stili concorrenti, che sono offerti al loro consumo. Lo spettacolare diffuso proviene dalle società dove regna la pseudo-abbondanza (l’America è il prototipo e resta sempre il leader mondiale incontrastato della produzione di spettacoli, nonostante il suo declino d’altronde); ma si propaga anche nelle regioni meno sviluppate dove è uno dei principali mezzi da cui sono dominate quest’ultime. Il regime di Saddam è un esempio della forma concorrenziale, lo spettacolare concentrato, dove la gente è condizionata ad identificarsi nell’immagine omnipresente del capo totalitario, a compensazione del fatto che sono privati praticamente di tutto il resto. Questa concentrazione delle immagini si accompagna di solito ad una concentrazione del potere economico, il capitalismo di Stato, dove è lo Stato che è diventato l’impresa capitalista unica, che possiede tutto (la Russia di Stalin e la Cina di Mao ne sono esempi classici); ma può altresì essere importata nelle economie miste del terzo mondo (come l’Iraq di Saddam) o anche, in tempo di crisi, nelle economie molto sviluppate (come la Germania di Hitler). Ma nell’insieme lo spettacolare concentrato è soltanto un palliativo rudimentale per regioni che non sono ancora riuscite a raggiungere la panoplia delle illusioni dello spettacolare diffuso, ed alla lunga finirà per soccombere alla forma diffusa, più flessibile (come è accaduto recentemente in Europa dell’Est ed in U.R.S.S.). Nello stesso tempo, la forma diffusa tende ad assorbire alcuni tratti particolari della forma concentrata.
La guerra del Golfo ha riflesso questa convergenza. Il mondo chiuso dello spettacolare concentrato di Saddam si è attenuato sotto i fuochi universali dello spettacolare diffuso, mentre per quest’ultimo la guerra serviva come pretesto e campo di sperimentazione per l’introduzione di tecniche tradizionali di potere di tipo “concentrato” censura, orchestrazione del patriottismo, esclusione dei punti di vista dissidenti. Ma i mass media sono talmente monopolizzati, talmente pervasivi e invadenti e (nonostante qualche accenno di mugugno) talmente asserviti alla politica di governo che metodi apertamente repressivi sono stati appena necessari. Gli spettatori, che potevano credere di stare esprimendo il loro punto di vista con piena indipendenza, rifriggevano la solita solfa e dibattevano le stesse pseudo-questioni che i mass media avevano infuso loro giorno dopo giorno, e come in qualsiasi altro sport adeguato allo spettacolo, “sostenevano” lealmente il proprio gruppo nazionale nel deserto, applaudendo.
Quest’influenza dei mass media si è trovata ancora rafforzata dal condizionamento intimo degli spettatori. Socialmente e psicologicamente repressa, la gente è attirata dagli spettacoli di violenza, che permette alle loro frustrazioni accumulate di esplodere collettivamente in orgasmi di orgoglio e di odio socialmente accettabili. Privati di realizzazioni effettive nel loro lavoro e nei loro svaghi, partecipano, per procura, a progetti militari che, loro sì, hanno effetti ben reali ed innegabili. Mancando di comunità autentica, si eccitano all’idea di contribuire ad uno scopo comune, fosse anche soltanto combattre qualche nemico comune, e reagiscono rabbiosamente contro chiunque osi contraddire l’immagine dell’unanimità patriottica. La vita degli individui può essere un fiasco, la società può anche decomporsi, ma tutte le difficoltà e le incertezze sono temporaneamente dimenticate da quella specie di sicurezza di sé che procura loro l’identificazione con lo Stato.
La guerra è l’espressione più perfetta dello Stato, ed il suo migliore garante. Come il capitalismo deve creare dei bisogni artificiali per le sue merci sempre più superflue, lo Stato deve incessantemente creare dei conflitti artificiali di interessi che richiedano il suo intervento violento. Il fatto che lo Stato fornisca accessoriamente dei “servizi sociali” non fa che camuffare la sua natura profonda di protettore, in altre parole di ricattatore. Il risultato della guerra tra due stati è come se ogni Stato avesse fatto la guerra alla sua popolazione che deve in seguito pagare le spese. La guerra del Golfo fornisce a tale riguardo un esempio particolarmente enorme: molti Stati si sono affrettati a vendere armi per miliardi di dollari ad un altro Stato, per massacrare in seguito centinaia di migliaia di coscritti e di civili in nome della neutralizzazione del suo formidabile e pericoloso arsenale. Le multinazionali che sono proprietarie di questi stati si tengono ora nuovamente pronte a ricavare ancora più miliardi facendo nuove scorte di armi, e ricostruendo i paesi che hanno devastato.
Qualunque cosa accada in Medio Oriente per le complesse conseguenze della guerra, una cosa è già certa: l’obiettivo centrale di tutti gli stati costituiti o in gestazione, superando i loro discordanti interessi, sarà di accordarsi nello schiacciare o recuperare ogni movimento popolare realmente radicale. Bush e Saddam, Moubarak e Rafsandjani, Shamir ed Arafat sono tutti complici su questo punto. Il governo americano, che insisteva pietosamente sul fatto che la sua guerra “non era diretta contro la popolazione irachena, ma soltanto contro il suo crudele dittatore”, ha appena dato a Saddam una nuova “luce verde”, questa volta per massacrare e torturare gli iracheni che si sono coraggiosamente sollevati contro di lui. Alcuni ufficiali americani ammettono apertamente che preferiscono il mantenimento di un regime militar-poliziesco in Iraq (con o senza Saddam) a qualunque forma d’indipendenza democratica che potrebbe destabilizzare” la regione ovvero potrebbe ispirare alle popolazioni vicine ribellioni simili contro i loro dirigenti.
In America, il “successo” della guerra ha deviato l’attenzione dai problemi sociali acuti che il sistema è incapace di risolvere, rafforzando il potere delle tendenze militariste fra i dirigenti e la compiacenza degli spettatori imbottiti di patriottismo. Mentre questi sono occupati a contemplare le eterne riprese sulla guerra e ad esultare alle sfilate della vittoria, la questione più importante resta quella di comprendere ciò che capiterà alla gente che non è stata ingannata dallo show.
UFFICIO DEI SEGRETI PUBBLICI
3 aprile 1991

Postface aux Fils de la Nuit d'Antoine Gimenez

Les anarchistes ou l'abolition impossible de l'argent sans dépasser le travail:  Les marxismes traditionnels et ses différentes tendances conseillistes, utopistes, auto-gestionnaires, communistes de parti, sociaux-démocrates, etc., ne furent pas les seuls à comprendre le capitalisme à partir du point de vue du travail. Les anarchistes sacrifièrent aussi à ce principe de constitution sociale de la société capitaliste. On sait que la très grande majorité la pensée anarchiste au XIXe siècle est fondée sur la défense des formes pré-modernes de travail (artisanat, paysannerie, etc progressivement soumis par la subsomption réelle du " travail " sous le capital dit Marx) et que encore aujourd'hui de nombreux néo-luddites qui pourtant visent juste quand ils s'en prennent à la société industrielle (car intrinsèquement capitaliste), font comme si on pouvait attaquer le « travail mort-vivant » (voir l'article de M. Amiech et J. Mattern dans la revue Notes et Morceaux Choisis n°6) à partir de ces formes là qui ont disparu. Ils ne voient pas que le procès de production capitaliste possède une double nature, à la fois procès de travail et procès de valorisation. Ils ne voient pas que le procès de la valorisation c'est-à-dire de la valeur qui se valorise (face abstraite de tout travail) modifie le procès de la face concrète du travail, et que l'on ne peut réduire le devenir « mort-vivant »  du travail à des questions de formes technico-organisationnelles d'appropriation qui capteraient du dehors un principe sain, naturel et transhistorique : le « travail ». Dans le cours de la transition brutale des formes pré-capitalistes à la forme sociale de vie capitaliste, l'activité productive pré-moderne que l'on peut difficilement qualifier de « travail »  au sens moderne (anachronisme), est soumise par la face abstraite (du fait du caractère socialement médiatisant du travail sous le capitalisme) et les structures sociales dans lesquelles elle s'objective. Car le travail devient « intrinsèquement capitaliste » (Postone, TTDS, p. 480) de deux façons du fait des deux caractères sociaux de tout travail dans la société capitaliste. D'abord en premier lieu du fait de la soumission du caractère social de la face concrète de tout travail au sens moderne, en tant qu'activité productive, aux fins de la valorisation. Ce premier caractère social propre à la face concrète du travail c'est la coopération, c'est-à-dire la production dans laquelle le plus grand nombre de travailleurs travaillent ensemble dans le même procès ou dans des procès reliés entre eux. La coopération entendue en ce sens là, est organisée par les acheteurs de la marchandise-force de travail et profite aux capitalistes car elle est un immense moyen d'augmenter la productivité et partant, de réduire le temps de travail socialement nécessaire à la production de marchandise (et par là permet d'augmenter le temps de surtravail et ainsi la survaleur relative forme adéquate du capital). L'organisation de ce caractère social de la face concrète est ce que l'on nomme aujourd'hui trop superficiellement l'organisation ou le management du travail. Il y a bel est bien un procès d'aliénation relatif à ce caractère social de la face concrète (on connaît l'histoire de la soumission des individus pressés comme des citrons par l'organisation du travail, cf. France Telecom, etc) que je développe pas ici. Quand on s'en prend au travail salarié dans la critique traditionnelle y compris anarchiste, c'est ce procès d'aliénation relatif à ce caractère social de la face concrète du travail moderne que l'on prend pour seul objet de la critique : on critique le salariat comme relation de subordination juridique, on critique l'organisation du travail par les managers et les gestionnaires, on critique l'appropriation masquée de la survaleur par une classe capitaliste, etc. Le point de vue de cette crique, qui réduit de manière erronée sa compréhension du capitalisme aux rapports d'exploitation (appropriation de la survaleur) qui prennent la forme de luttes de classes [1], est celui de l'éloge du travail autonome (libéré) et plus largement où les individus seraient respectés sans être réduits à des rouages mort-vivant. C'est là bien entendu le point d'aboutissement de la pensée autogestionnaire qui libèrerait le travail du capital en cela qu'elle est typique de cette critique relative au procès d'aliénation au sein du caractère social de la face concrète du travail moderne. Pour éviter l'exploitation et l'appropriation privée de la survaleur, contentons nous de  changer les formes technico-organisationnelles-juridiques au travers de la rotation des tâches, des décisions prises à la base, etc., pour libérer le travail du capital. La critique luddite (anti-industrielle) reste également encore aujourd'hui dans cette forme de critique là faite toujours du point de vue de ce qui serait de bons métiers épanouissant (en s'appuyant sur la pensée inaboutie d'Hannah Arendt sur le travail). Cette critique inaboutie n'est pourtant qu'une partie d'une théorie critique véritable du capitalisme car elle ne s'attache qu'à critiquer ce caractère social de la face concrète du travail, car tout simplement cette critique naturalise le travail.   
 
Mais tout travail au sens moderne est aussi intrinsèquement capitaliste car tout travail possède un second caractère social historiquement spécifique à la seule formation capitaliste. Phénomène sur lequel jamais ne se penche la critique traditionnelle du capitalisme et moins encore l'actuelle critique luddite (anti-industrielle) encore partiellement pertinente. Car ce même travail, quelque soient son but, sa spécificité qualitative, la spécificité des matières premières qu’il utilise et des produits qu’il crée, a aussi une deuxième face en tant que deuxième caractère social de ce même travail. Il a un autre caractère social en tant que médiation sociale (travail abstrait) historiquement spécifique à la seule société marchande-capitaliste, médiation sociale générale fondée dans les structures sociales profondes de la société capitaliste, et qui réflexivement par une relation mutuellement constituante entre la pratique et la structure profonde, constituent aussi une forme historiquement spécifique de richesse sociale (la valeur) sous la forme invisible et non empirique d'une médiation sociale fondée sur le temps de travail abstrait (structures de rapports sociaux où le travail abstrait s'objective, qui seront dynamiques et contradictoires et que l'on saisira par la catégorie de capital). Structurant la société car médiatisant les rapports sociaux, le travail est ici entendu comme l'activité qui est automédiatisante, c'est à dire que le travail existe pour le travail lui-même et non plus pour un but extérieur comme la satisfaction d'un besoin par exemple. « Le travail est le moyen pour une fin donnée par les structures aliénées constituées par le travail (abstrait) lui-même » (Postone, TTDS, p. 477). Les deux faces de tout travail sont en relation, ce qui fait que la signification de la face concrète du travail se transforme quand on la considère à partir de sa face abstraite. Le procès de travail (face concrète) n’est que l’ombre, le support, un mal nécessaire du procès de valorisation (face abstraite), en termes du procès de valorisation le travail est source de valeur. Le but du procès de production (dans sa double nature, à la fois procès de travail et procès de valorisation) n'est pas la satisfaction des besoins, mais la dépense de ce temps de travail abstrait constituant dans la structure de cette société ci, une forme de richesse sociale distincte de la richesse matérielle, la valeur. Et plus encore la valeur qui s'autovalorise : la médiation sociale qu'est le capital (catégorie que l'on ne peut réduire qu'à une simple forme de surplus social). Le travail est ainsi considéré comme l’objet véritable de la production, l'objet sacré autour duquel l'ensemble de la société s'organise, se produit et se reproduit, il faut le dépenser de manière boulimique, compulsive, c’est le caractère tautologique de la production marchande-capitaliste. La critique historique anarchiste en ce sens, en restant dans l'opposition non-hétéronome au capitalisme, entre travail et capital (schéma de la lutte des classes dans laquelle même Cornélius Castoriadis restera prisonnier), cherchera non pas à critiquer le travail comme intrinsèquement capitaliste, et donc à dépasser comme forme de structuration d'une société donnée, mais à l'affirmer positivement contre le capital. L'anarchisme (sauf dans quelques micro-courants, y compris actuels je pense à Non Fides) a toujours été un défenseur de la naturalisation du travail en tant que tel.
Pour illustrer cette réflexion jusqu'ici très théorique, rien de mieux que de prendre un exemple historique concret. « Les souvenirs de la guerre d'Espagne » d'Antoine Gimenez ont été publiés il y a quelques années par le collectif des Giménologues qui établit (et établit encore) un impressionnant travail de recherche historique constitué de notes biographiques passionnantes (le livre est épuisé mais il est intégralement consultable ici sur le site des éditions l'Insomniaque). Les souvenirs d'Antoine qui s'est battu au sein de la colonne Durruti sur le front d'Aragon entre 1936 et 1938 sont un exceptionnel témoignage de ce qui fut la plus belle tentative de subversion de la formation sociale capitaliste. Ci-dessous l'extrait de la postface écrit par les Giménologues qui tirent des « enseignements » sur la tentative révolutionnaire des anarchistes espagnols dans les collectivités agricoles d'Aragon et les entreprises autogérées à Barcelone (cf. le film de Ken Loach, « Land and Freedom » certainement le film le plus connu sur ce sujet). Car la révolution espagnole n'a pas été pour les anarchistes la seule lutte contre la barbarie fasciste franquiste, elle fut aussi l'expérimentation sociale de la subversion concrète du fonctionnement de la machine sociale capitaliste. Ce qui est donc intéressant dans cette postface c'est la leçon qu'ils en tirent pour nous aujourd'hui : qu'est-ce qui a été tenté tenté comme expérimentations dans ces mois révolutionnaires (jusqu'à l'été 1937 où la révolution est baignée dans le sang) et pourquoi les anarchistes ont échoué à subvertir la forme sociale de la vie capitaliste dans ces expériences ? Car on ne peut seulement répéter cette insupportable vérité qui est de dire que la révolution a été écrasée dans le sang par le fascisme. Avec ce sentiment de fraternité, il faut aussi revenir sur la théorie anarchiste qui a été appliquée en Aragon et à Barcelone dans les villages agricoles et les usines et voir ses limites afin dans garder des enseignements pour dépasser aujourd'hui la machine sociale capitaliste. Inspiré par le texte d'Anselm Jappe Quelques bonnes raisons pour se libérer du travail et plus largement par la critique de la valeur (wertkritik), théorie de la centralité du travail dans la seule société capitaliste, les Giménologues abordent ce qu'il en est du dépassement du travail dans la tentative révolutionnaire anarchiste. Et aujourd'hui comme hier, trop de courants anarchistes en restent toujours à dénoncer unilatéralement l'exploitation du surtravail/survaleur et les conditions du travail (le salariat étant surtout dénoncé pour être un rapport juridique de subordination, cf. l'autogestion libertaire), mais le travail en tant que tel est toujours ininterrogé, ce qui constitue encore l'angle mort de l'ensemble du mouvement salarié et de nos subjectivités rebelles qui se refusent à être emmurées. Cet extrait est alors des plus lucides pour les anarchistes d'aujourd'hui et plus largement pour ceux qui veulent une sortie de la forme de la vie présente, en cherchant à dépasser le travail.
Extrait de la postface du livre Les Fils de la nuit (Souvenirs de la Guerre d'Espagne) d'Antoine Gimenez & Les Giménologues, postface intitulée " RÉVOLUTION OU RÉFORME ? ", pp. 73-76 (517-520), consultable en PDF sur le site des éditions L'insomniaque. 
Note : 
[1] Parce que la critique traditionnelle du capitalisme (y compris anarchiste) pensait que le rapport d’exploitation déterminait en dernière instance la structure profonde de ce qu'est le capitalisme, on a généralement compris le rapport de la classe capitaliste et de la classe ouvrière comme se trouvant au cœur de l’analyse du Marx de la maturité. Or Marx dans la logique de son argumentation décrivant l'existence du caractère spécifique d'une médiation sociale sous le capitalisme constituée par des formes sociales aliénées, on ne peut concevoir plus longtemps le rapport d'exploitation, c'est-à-dire les rapports de classe, comme le rapport social essentiel du capitalisme et plus encore comme rapport déterminant une force motrice du changement historique. Car ce rapport d'exploitation (rapport entre classes) est en réalité enraciné de diverses façons sur les profondeurs de la forme quasi objective de médiation sociale caractéristique du capitalisme qui le supporte. L'antagonisme social spécifique à la société capitaliste, est constitué socialement par la médiation sociale (cf. Postone, TTDS, chapitre « Classes et dynamique du capitalisme », p.461-476) .   

A New Leaf

In issue #24 of Green Anarchy (Spring/Summer 2007, p. 9), there's a short text called "A New Leaf" and attributed to John Zerzan. In it, one is offered a reassuringly simple opposition between what's bad ("what the dominant culture is trying to sell us," "an ever more insistently estranging, oppressive reality") and what's good ("visions that take on mass society and domesticated non-life," "something different, challenging the very nature of what we're stuck in and offering liberatory perspectives on all that should no longer be taken for granted").
I must say that I was quite amused to see -- listed among the various dire and depressing indications that "the Left has no answers to what is overtaking us, inspires pretty much no one" and that "we are going through a transition period in which something is dying out" -- an event that I organized. Zerzan refers to it as "a curious non-event last spring in New York" and says that the indications just mentioned "very possibly" explains it. The event was a screening of Guy Debord's six films, which a few months previously had been released on DVD. It was held on 5 March 2006, that is to say, the 22d anniversary of the assassination of Gerard Lebovici, who had been Debord's publisher, film producer and friend. To quote Zerzan again, "hundreds were expected" and yet "to this much-publicized occasion five people showed up."
Yes, it was a disaster: I lost hundreds of dollars. But Zerzan is quite wrong about what went wrong on that night, which also happened to be the night of the live telecast of the Academy Awards, hosted by Jon Stewart.
I bring this up -- not because I want to argue the obvious (Guy Debord was certainly not a "Leftist," nor a part of "the dominant culture") -- but because it neatly highlights a real problem with Zerzan's entire paradigm: what does one do with the millions and millions of people who simply do not care that "ecocide plunges forward throughout the world" or that "the other side of the coin of the enveloping crisis, the social and personal, seems to be equally threatening"? That is to say, what does one do with all those people who do not respond to Zerzan's brand of moralism (this is good, that is bad, people should do this, people should not do that)?
These questions do not concern the (quantity of) publicity that is given to such moral condemnations of "civilization." The publication of more issues of Green Anarchy or more books like Steve Jones' Against Technology, Victor Li's The Neo-Primitivist Turn and Kirkpatrick Sales's After Eden -- all mentioned and praised by Zerzan in this short text -- are not likely to affect the people who prefer tee-vee to films and the Academy Awards to The Society of the Spectacle. Nor will they be affected by the intensification of the moralizing extremism (or the extreme moralizing) of the green anarchist movement. These people are obviously making the conscious decision not to listen to this movement (and others like it) or they are so deeply conditioned by this society that they cannot hear what this movement is saying. Either way, yelling at them louder and/or using more violent rhetoric ("we are not only against capitalism, we are against civilization") is not going to work. What will work? This is where the "new leaf" must be turned over.
-- 10 December 2007 NOT BORED!

A epidemia asiática

Não faz muito tempo, proclamou-se o "século do Pacífico". O guru da administração, John Naisbitt, mostrava-se entusiasmado com a Ásia das "grandes tendências". O peso da economia, dizia-se, será deslocado da relação atlântica entre os Estados Unidos e a Europa para a relação pacífica entre os Estados Unidos e a Ásia.
Mas a nova região dos sonhos do crescimento já se tornou, poucos anos depois, um pesadelo.
O boom do Sudeste Asiático nunca teve bases sérias. Desde o início ele foi guiado pelo volante de um ciclo deficitário transcontinental.
A industrialização japonesa, voltada unicamente para as exportações, acumula há mais de uma década vultosos excedentes no comércio com os Estados Unidos.
Porém, os Estados Unidos não pagam nem com as receitas da exportação para outros países nem com as próprias economias, mas com sua imagem de potência mundial e com títulos do Tesouro americano, dos quais o Japão é o principal beneficiário.
A conjuntura interna dos Estados Unidos -aparentemente promissora nos últimos anos, com uma participação inaudita do setor terciário em mais de 70%- foi também induzida sobretudo pelo endividamento externo galopante, que, nesse meio tempo, se tornou, de longe, o maior do mundo.
Se os Estados Unidos hoje são tidos como padrão de êxito econômico, então um moribundo, que depende de aparelhos cardíacos e respiratórios, há de ser tomado como exemplo luminoso de bem-estar corporal.
Embora, no fundo, o sucesso das exportações nipônicas seja pago à força de empréstimos excessivos contraídos com os próprios Estados Unidos, os japoneses consideram-se ricos.
Nos anos 80, com base nessa riqueza fictícia, soprou-se uma enorme bolha especulativa dos mercados acionário e imobiliário japoneses.
Desde que esta bolha estourou, no início dos anos 90, o Japão é atormentado por uma massa de créditos podres, na ordem, talvez, de US$ 1 trilhão.
Porém, esse desastre ainda não foi realizado, mas "retido" sorrateiramente em sociedades "testa-de-ferro" criadas por eles próprios.
Ao mesmo tempo, ampliou-se o ciclo deficitário do Pacífico, com o ingresso, primeiro, dos "pequenos tigres" (Hong Kong, Coréia do Sul, Taiwan e Cingapura) e, depois, dos "tigres de segunda geração" (Tailândia, Indonésia, Malásia e, por último, Filipinas).
Em consonância com o modelo japonês, a exportação unilateral dos tigres tomou o rumo da "mão única do Pacífico".
Mas essa segunda onda de exportações dependeu inteiramente, desde o princípio, do Japão.
As indústrias exportadoras dos novatos detinham somente uma parcela ínfima da cadeia produtiva e eram obrigadas a desembolsar quantias enormes em bens de produção e componentes, comprados do Japão.
Por isso, o déficit comercial, no que se refere ao Japão, acumulou-se tanto em termos relativos quanto absolutos.
Surgiu, portanto, um ciclo deficitário interasiático entre o Japão e os tigres.
Se os Estados Unidos pagam seu excedente de importação em relação ao Japão com títulos da dívida, os tigres pagam as suas dívidas para com os japoneses com o excedente de exportação para os Estados Unidos.
Para conseguir agenciar seu crescente déficit em relação ao Japão, os tigres ampliam, de forma constante, suas capacidades exportadoras, sem ter uma efetiva vantagem na produtividade.
Eles só puderam prosperar à base de salários baixos e taxas de câmbio politicamente fixadas. Se as taxas eram baixadas, para favorecer as exportações, logo elas tinham de ser elevadas de modo artificial para atrair capital estrangeiro.
De fato, enquanto os salários subiam devido à ampliação mecânica das empresas e ao esgotamento das reservas de mão-de-obra, segundo a lei da oferta e procura, explodiam também os custos para a crescente importação de bens de produção e capital. Tornou-se evidente que a infra-estrutura negligenciada e explorada aos limites consumirá rios de dinheiro para investimentos suplementares, caso se queira manter o boom das exportações nos próximos anos.
O atrelamento ao dólar (ou à outra "moeda forte") e, portanto, a estabilização de uma taxa de juros elevada não era especialidade dos tigres.
Os "países emergentes" da América Latina e alguns governos reformistas do Leste Europeu também utilizaram esse meio, para garantir o fluxo de capital urgentemente requisitado.
Era de se esperar que tais taxas de câmbio políticas, às quais não correspondia uma substância econômica suficiente, suscitariam a especulação dos grandes fundos internacionais contra as moedas amparadas artificialmente.
O "agosto negro" de 1997, no qual a maioria das moedas asiáticas caiu por terra, foi um prenúncio também para a América Latina e o Leste Europeu. Logicamente, ao colapso das moedas seguiu-se o colapso das Bolsas.
Enquanto os potenciais de exportação falsamente inflados ameaçam transformar-se em ruínas de investimento, o capital internacional aplicado sempre a curto prazo continua a retrair-se.
Se, de início, a "gripe asiática" parecia manter-se regionalmente restrita, a intervenção especulativa no dólar de Hong Kong desencadeou, por sua vez, um crash global das Bolsas que há muito se cogitava.
Não obstante, os políticos e os administradores de fundos se empenham, na medida de suas forças, em maquiar a situação. Ora, é uma mentira esfarrapada afirmar que o caso é somente de purificação de alguns excessos especulativos, ao passo que a economia real estaria em plena forma.
Na verdade, a própria economia aparentemente real há tempos só é impulsionada pelos aumentos fictícios de valor -e isso em escala mundial.
Por isso, o abalo causado pelo crash de Hong Kong não foi de teor meramente psicológico. Em todos os países, inclusive na Europa, o volume crítico do endividamento de pessoas físicas, empresas e Estados há muito foi atingido.
Rompeu-se o elo mais fraco do cassino-capitalismo global -o ciclo deficitário interasiático.
Em breve, o Japão, em seu meio asiático, será confrontado com uma segunda montanha de crédito podre, que não se deixa manipular tão facilmente.
Com isso, aproxima-se um fantasma que há anos paira no horizonte: o Japão poderia ser forçado, em grande escala, a bater em retirada dos empréstimos norte-americanos, a fim de não cair no abismo em conjunto com seus parceiros asiáticos.
O fim do ciclo deficitário interasiático conduzirá, mais cedo ou mais tarde, ao colapso do grande ciclo deficitário do Pacífico.
O suposto "porto seguro" em que o capital, até hoje, reguardou-se da quebra das Bolsas estaria, assim, obstruído.
Ao capital à deriva restaria apenas refugiar-se no ouro. De certa forma, isso corresponderia ao colapso mundial dos mercados financeiros e o fim da prosperidade ilusória também nos Estados Unidos.
Um tal processo é possível na forma de uma erupção repentina, mas também pode se dar num espaço de tempo mais longo, em pequenos surtos, acompanhado de um movimento pendular das moedas cada vez mais espaçado. Em todo caso, ele parece inevitável. O cassino-capitalismo atingiu o seu zênite; por trás dele, é possível vislumbrar os contornos de uma crise econômica mundial qualitativamente nova.  
       

  01.01.1997
ROBERT KURZ 
Robert Kurz é sociólogo e ensaísta alemão; publicou no Brasil, entre outros, "O Colapso da Modernização" e "O Retorno do Potemkim" (Paz e Terra); é co-editor da revista "Krisis"; ele escreve uma vez por mês na série "Autores" da Folha.
Tradução de José Marcos Macedo.

vendredi 29 octobre 2010

TERREUR DU TRAVAIL ET CRITIQUE DU TRAVAIL

La tolérance répressive et ses limites

La société occidentale moderne a pris l’habitude de s’autocélébrer comme un asile de tolérance et de liberté ; quant au sujet moderne des marchandises, il affirme volontiers ne pas connaître de tabous. À y regarder de plus près, sa prétendue absence de préjugés se révèle néanmoins n’être qu’une simple forme d’indolence et le résultat d’une adaptation mimétique à l’état de tutelle que la société marchande exige de lui. Cette dernière conditionne ses membres à accepter le fait que les décisions relatives au contenu de la richesse sociale et le développement des rapports sociaux ne reposent pas en dernière analyse sur leur accord conscient, mais sur une instance anonyme, le marché en l’occurrence. Qu’il s’agisse de moutarde ou de lessive, de préférences sexuelles ou d’opinions politiques, tout ce qui peut être mis sur le marché est juste et tout ce qui se révèle invendable est faux. Le sujet moderne des marchandises ne vit sa vie sans réserves ni préjugés que dans la mesure où il a intériorisé l’idée que le marché était la seule instance de reconnaissance légitime et retraduit toujours déjà les relations sociales en relations d’offre et de demande.
L’identité de la tolérance régnante avec la soumission inconditionnelle au pouvoir de la marchandise et du marché ne lui donne toutefois pas seulement les caractéristiques de ce qu’Herbert Marcuse a appelé la « tolérance répressive ». Cette liaison interne détermine en même temps ses limites et le point où les choses se renversent, celui où l’abrutissement d’un sujet des marchandises capable de tout digérer fait place à une haine pure. Dans une société où le fait d’être vendable est le critère qui décide de tout, opposer un critère de principe est une chose inacceptable et asociale : c’est refuser de risquer sa peau et manquer de discipline dans l’ajustement de soi à la marchandise. De ce point de vue, l’entendement des marchandises d’habitude si cool se montre totalement dénué d’humour et voit rouge face aux réticents : qui n’a pas d’argent doit travailler ou du moins prouver qu’il est prêt à le faire sans conditions, sinon il perd le droit à l’existence. La soupape de sécurité permettant de supporter le fait de devoir se considérer en permanence comme un « capital humain » consiste en une mobilisation permanente contre tout ce qui refuse de se plier sans conditions à cette contrainte.
Cet esprit de « tolérance répressive » souffle aussi dans la sphère politique. Aujourd’hui, ce sont surtout les virtuoses de l’éclectisme, ceux qui se montrent « non dogmatiques », « capables d’apprendre » et « ouverts à tous les dialogues » qui sont susceptibles de réunir la plus forte majorité. Dans la politique, tout le monde ne peut toutefois pas parler de tout avec tous parce qu’il est impensable d’y remettre en question l’objectif des objectifs sociaux : « le travail, le travail et encore le travail ! »
On s’exprime librement parce qu’il est convenu depuis longtemps qu’on n’aborde jamais que des questions interchangeables : on se demande toujours comment imposer les impératifs économiques vendus sous l’étiquette « modernisation », mais jamais si et pourquoi il faut les imposer.
Qui ne respecte pas ce règlement intérieur et met en question l’orientation forcée de la discussion sur l’accumulation et l’emploi se heurte très rapidement aux limites de l’ouverture à la discussion affichée par les officiels. La croissance économique et le travail sont aujourd’hui presque aussi intouchables que la sainte Trinité l’était au Moyen Âge. La société marchande a donc également son tabou, auquel personne ne peut toucher sans que les esprits les plus éclairés ne se transforment sur-le-champ en croisés.

Qui veut se débarrasser du capital doit commencer par se débarrasser du travail 

En 1999, le groupe Krisis est intervenu dans l’espace public avec un Manifeste contre le travail. Son titre trahit déjà que cette publication visait le scandale. Là où toutes les tendances politiques crient à l’unisson leur unanimité face au travail, ce manifeste démontrait que ce qui est bon pour les marchandises est en fait fondamentalement mauvais pour les hommes et que le renouvellement promis des perspectives sociales en matière de travail sous l’égide de la New Economy, d’un capitalisme de services et de nouveaux patrons ne possédant que leur propre force de travail est en fait une véritable menace.
Il s’agissait pourtant pour les auteurs de bien plus qu’une provocation ponctuelle. L’idéologie du travail aussi grotesque qu’omniprésente renvoie directement au cœur de l’ajustement capitaliste. En s’attaquant au travail, c’est à la fois le fondement et le point faible de l’ordre de la société marchande qu’on met au jour. Le travail forcé et la référence positive à celui-ci ont joué un rôle clé dans le dressage qui a fait des hommes les sujets des marchandises.
En ce qui concerne la critique et le dépassement du travail, il s’agit de bien plus que de simples exagérations polémiques. Ils doivent être pris au pied de la lettre. Ils reposent sur l’hypothèse qu’une critique théorique du capitalisme consistante et à la hauteur de notre époque ne peut plus être formulée que sous la forme d’une critique conséquente du travail.
La tentative de refonder la critique du capitalisme à l’aide d’une critique radicale du travail se distingue donc très clairement de l’anticapitalisme traditionnel. Dans le jargon des sociologues, on parlerait probablement d’un « changement de paradigme ».
La doctrine traditionnelle de la gauche a vu dans le travail et le capital deux principes hostiles l’un à l’autre et dans leur relation une opposition absolue. Elle a considéré le travail comme une « nécessité naturelle éternelle » informée de l’extérieur par un capital qui en a fait mauvais usage afin de produire du profit. La critique du travail voit les choses autrement. Les catégories de « travail » et de « capital » ne désignent pour elle qu’une opposition seulement relative, une opposition à l’intérieur d’un même contexte social. Ce sont deux aspects d’un même ordre : ils considèrent le même contexte social, mais sous deux angles différents. Le travail n’est en principe rien d’autre que la forme d’activité spécifique au capitalisme. Le capital quant à lui est du « travail coagulé ».
L’identité du travail et du capital ne peut pas seulement être comprise comme le fait la « doctrine objective de la valeur » adoptée par tous, du marxisme à l’économie nationale classique, doctrine d’après laquelle le travail serait la « substance » de la valeur et donc la seule source de valeur. La critique du travail va bien plus loin. Pour elle, tout ce qui participe à la domination capitaliste appartient déjà en propre à la catégorie du travail.
Qui chante les louanges du travail a déjà admis conceptuellement l’indifférence du mouvement de valorisation à son contenu matériel ainsi que l’idée selon laquelle la production capitaliste serait à elle-même sa propre fin. En outre, il n’entonne pas cette mélodie sans traiter la séparation sociale des sphères comme une évidence et dévaloriser du même coup implicitement tous les domaines d’activités qui ne sont pas directement intégrables à la valorisation capitaliste. C’est surtout pour cette raison qu’une critique conceptuelle stricte des structures patriarcales n’est formulable que comme une critique du travail et non à partir d’un concept positif du travail. C’est parce que l’approche qui est celle de la critique du travail permet de lier ensemble ces dimensions de la critique du capitalisme et de les saisir plus clairement que ne le faisait la terminologie marxiste qu’il faut la préférer aux conceptions anticapitalistes traditionnelles.

Le travail et son contenu

Pour que le processus de valorisation de la valeur puisse bien fonctionner, c’est-à-dire pour que du « travail mort » (du capital, en l’occurrence) puisse être accumulé, il faut qu’il prenne la forme d’une quelconque valeur d’usage. Le processus de valorisation capitaliste ne dispose toutefois pas d’organe pour sentir son propre côté matériel. Tant que des produits du travail comme des avions de combat, des emplâtres ou des pots de fleurs peuvent être vendus avec profit, il n’existe aucune différence entre eux. Dans la mesure où ils représentent du travail abstrait échangeable, en tant que marchandises, ils sont socialement une seule et même chose. Ce nivellement ne vient toutefois pas au travail de l’extérieur, il ne lui est pas imposé par les capitalistes avides de profit, mais appartient déjà en propre à la catégorie de travail elle-même.
En ce qui concerne leur contenu sensible, en revanche, l’instruction d’enfants, la production de gaz toxiques, la représentation de performances artistiques devant un public payant et la construction de meubles n’ont pas le moindre point commun. Si l’on se concentre sur ce qui est fait, si l’on fait abstraction de la forme sociale dans laquelle tout cela est produit, l’abstraction-travail se dissout doublement. D’abord, aucun signe n’indique qu’il y aurait une affinité d’espèce au fondement de toutes les activités qu’on regarde comme du travail. Ensuite, du point de vue d’une approche purement matérielle, il est tout aussi impossible d’expliquer pourquoi une même activité — chanter des chansons ou cultiver des fleurs, par exemple — est considérée tantôt comme un travail et tantôt comme un hobby, selon qu’elle sert à gagner de l’argent ou non. En dehors de cette subsomption sous la même forme de contrainte sociale du « se vendre », il existe donc une large palette d’activités concrètes qui créent de la richesse, mais il n’existe en revanche aucune forme d’activité générale correspondant à ce qu’on appelle « travail ». Le travail est le produit d’une réduction forcée de la richesse et de la création de richesse à la production de marchandises, une réduction qui détermine l’ensemble de la structure sociale. Les sociétés pré-capitalistes n’ont jamais eu la drôle d’idée de forcer l’activité des esclaves et celle des hommes libres, celle des prêtres et celle des navigateurs à entrer sous une catégorie commune.
Dans toutes les langues européennes, les mots qui servent aujourd’hui à désigner le travail renvoyaient à l’origine soit à l’existence des hommes socialement dépendants, soit, de manière très générale, à la détresse et à la peine mais, en aucun cas, à l’idée d’une activité reconnue socialement. Une société post-capitaliste aurait aussi peu de raisons de s’en tenir à un tel principe.

Le travail est une activité qui est à elle-même sa propre fin

La production capitaliste se distingue par le fait qu’elle est à elle-même sa propre fin. La production de biens ne tire pas sa raison d’être du fait qu’elle mettrait à disposition de l’homme les moyens de satisfaire ses besoins. On produit plutôt au nom de la production : les besoins n’existent que pour valoriser cette dernière. Leur fonction consiste à ouvrir des canaux pour que s’y écoulent les flux de marchandises. Il n’y a donc pas de place dans cette société si riche pour des besoins sociaux que la seule consommation de marchandises ne suffirait pas à apaiser. Ils n’ont droit de cité que dans la mesure où ils répondent à une demande importante et se subordonnent ainsi au cycle de la reproduction capitaliste.
La critique marxiste traditionnelle du capitalisme ne pouvait pas chanter les louanges du travail sans assumer de facto la transformation absurde des moyens en fins. Elever le travail au rang de contenu central de l’existence humaine signifie aussi bien faire l’éloge du productivisme comme fin en soi que dire un « oui » massif à la croissance économique capitaliste.
Plus tard, la contestation écologique a amené sur le tapis l’idée que la contrainte d’enterrer le monde sous des quantités d’usines et des avalanches de marchandises ressemblait beaucoup à une destruction et une soumission mais pas du tout, en revanche, à une émancipation. Tant que l’anticapitalisme restera prisonnier de l’illusion d’un rapport positif au travail, on ne regardera la folie productiviste que comme une question annexe par rapport à la véritable critique du capitalisme et on la comprendra de travers. La critique conservatrice de la consommation a occupé cette place laissée vide et a même réussi à mobiliser le dégoût qu’inspire la valeur d’usage des marchandises contre l’impulsion anticapitaliste.
Une analyse du capitalisme reformulée en critique du travail prend en vue et la misère du besoin et celle de la valeur d’usage. Elle les traite comme des éléments véritables d’une critique globale du mouvement de la valeur qui est à lui-même sa propre fin. La critique du travail précise à quel point il est grotesque et cynique d’identifier la folie productiviste avec une satisfaction à outrance des besoins pour lui opposer ensuite n’importe quelle idéologie de la rigueur. Contraindre à accumuler, tailler dans les potentiels humains et réduire la richesse des besoins humains, tout cela va plutôt bien ensemble.
La critique du travail en retire conceptuellement qu’il ne s’agit pas seulement d’en finir avec le travail abstrait, celui qui crée de la valeur. Il faut aussi que le travail concret, l’art et la manière dont le capital organise l’appropriation de la nature soit remis à disposition. Il faut dépasser le travail en général, concret et abstrait, parce qu’en tant que travail, le travail concret n’est de prime abord rien d’autre que le précipité sensible-empirique d’un processus d’abstraction qui le transcende.

Le travail appauvrit

Ses apologistes célèbrent le travail comme un déchaînement de la force créatrice de l’homme et le capitalisme comme la société dans laquelle l’application, l’habileté et l’efficacité ont trouvé le rang qui leur revient. En effet, l’enrôlement de la production de richesse sensible au service de la grande machine du travail et de la valorisation peut être décrite comme un processus visant à rendre l’homme appliqué. Un processus qu’on ne saurait qualifier de positif, plutôt un mouvement d’appauvrissement, un effacement de ses qualités sensibles.
La richesse sensible des sociétés pré-capitalistes se composait des résultats d’activités productrices non uniformes qui, pour l’essentiel, avaient été dérivées des rythmes naturels, de la tradition et des propriétés de la matière naturelle à laquelle on voulait donner forme. Le capital a détruit cet ordre pour le remplacer par l’omniprésence de cette forme d’activité toujours identique à elle-même, acyclique et linéaire qu’est le travail. Rendre l’homme appliqué peut certes conduire à une intensification de sa relation avec l’objet de son travail et stimuler le développement de sa personnalité, mais seulement au sens où l’on peut dire que des torturés font une expérience très intense lorsque leurs corps ont affaire à des instruments de torture. Le travail qui, en tant qu’activité devant faire en permanence des économies sur elle-même et réduire à tout prix le temps par produit, par opération — ce n’est pas autre chose qu’on entend par « efficacité » —, ne voit les particularités de son objet que comme un obstacle ralentissant le flux continu du travail. Du point de vue du travail, qui se conçoit comme un effort continu ne connaissant pas la fatigue, le besoin biologique de récupération de l’homme et sa tendance à passer de l’activité au repos semblent également n’être qu’une source de perturbation qu’il s’agit autant que possible d’éliminer. On peut donc caractériser le travail comme une guerre permanente sur deux fronts. Qui travaille fait face à sa propre corporéité et à la qualité sensible de l’objet de son travail comme à deux ennemis. Des ennemis qui n’existent cependant que s’il a renoncé à sa vie propre pour devenir une simple ressource.

Le travail est patriarcal

Le travail est une façon pauvre d’être actif ; il est le lieu d’une perte et non d’une acquisition de richesse sensible. En raison de ce déficit inhérent, il ne peut pas informer l’ensemble des domaines de la reproduction sociale. La domination du travail n’est absolument pas concevable sans un important secteur d’« activités de l’ombre » qui, à cause de leur contenu, ne peuvent être traduites que sous conditions ou ne peuvent pas l’être du tout en dépenses acycliques et linéaires de muscles, nerfs et cerveau et refusent d’intégrer l’organisation comme sources de revenus. Aucune société ne peut exister sans que des enfants soient pris en charge et que des individus s’acquittent pour eux-mêmes et pour d’autres de la reproduction quotidienne. L’ennoblissement du travail transformé en seule forme d’activité sociale valable coïncide avec la dépréciation de ces activités dites « féminines » et assignées généralement aux femmes. Elles peuvent être aussi indispensables que la respiration mais, puisqu’elles n’ont pas l’inqualifiable qualité de produire de l’argent à partir d’argent, elles sont ravalées au rang de « choses privées » et inférieures et restent du coup largement invisibles. Tant que l’existence humaine et la participation à la richesse sociale ne devront et ne pourront être qu’un résidu de la valorisation de la valeur qu’opère le grand moulin du travail, ces activités « féminines » ne seront structurellement qu’une condition tacite de la reproduction capitaliste. Les fleurs rhétoriques du jour de la fête des mères et les astucieux exercices de définition alléguant que le travail ne devrait pas être seulement synonyme de gagne-pain mais embrasser aussi les travaux domestiques ne changent rien à cet état de fait.

Le travail est synonyme de séparation des sphères   

La conscience dominante est conditionnée pour expliquer les folies historiques spécifiques à la société marchande à l’aide d’une nature humaine éternelle et à les projeter ainsi dans le passé et dans l’avenir. Avec le travail, elle s’en acquitte, aux yeux du sens commun et de ses avocats théoriques, d’une manière presque déjà classique. Officiellement, ce dernier ne veut voir dans le travail que le « métabolisme qui se produit entre l’homme et la nature » (Marx). Mais, avec le concept de travail, est toujours déjà introduite en sous-main et présentée comme irréversible toute la constellation de la société marchande.
Qui parle de « travail » n’exprime nullement le seul fait banal que les hommes de n’importe quelle société doivent devenir actifs d’une façon ou d’une autre pour en réaliser et en développer les puissances productives. Ce terme n’a pour seul sens que celui qu’il acquiert par contraste avec d’autres formes de pratiques humaines qu’on range généralement dans des domaines (pré-)sociaux, sous les rubriques « loisir », « hobby », « volontariat » ou « vie de famille ».
Si tout était « travail », plus rien ne serait « travail » et ce mot finirait par perdre tout sens. Quand on élève le travail au rang d’une « nécessité naturelle éternelle », on suppose toujours déjà en douce que la production de richesse doit s’effectuer comme une forme de dessaisissement de la vie très soigneusement séparée de toutes les autres expressions de cette dernière et constituer une sphère propre, abstraite du reste du contexte social.
Le sujet des marchandises peut trouver cela « naturel ». Il est habitué à mener une existence divisée et à se décomposer en un homme privé, un citoyen et un homoncule laborieux exécutant, jour après jour, huit heures durant, une activité sans lien avec la vie mais réduite à un noyau l’articulant à l’économie des entreprises et l’ordonnant à une fin. Cette structure schizophrène constitue l’un des moments les plus centraux de la terreur de la société marchande.
Dans la description des rapports pré-capitalistes, l’abstraction-travail est tout simplement déplacée. Là où le travail était relié, comme dans les sociétés traditionnelles, à des contextes sociaux et des formes de domination durables, il ne pouvait pas se constituer comme un phénomène à part. Mais l’hypothèse selon laquelle toute société post-capitaliste devrait aussi connaître le travail est presque encore plus dangereuse que cet anachronisme. Elle neutralise l’idée d’un dépassement de la séparation des sphères. Or, sans ce motif, il ne peut pas y avoir aujourd’hui de courant se disant a bon droit anticapitaliste.
L’idée marxiste classique selon laquelle la société future se décomposera en un « royaume de la liberté » et un « royaume de la nécessité » étend à tous les temps, de façon un peu bavarde, la scission de notre existence en, d’un côté, une vie privée vide et, de l’autre, un travail devenu fou. Dire qu’une société libérée ne peut pas ressembler au pays de cocagne et ne peut pas mettre un terme à tout moment de nécessité matérielle est une chose. L’idée de vouloir organiser cette société libérée comme un royaume de la liberté séparé de celui de la nécessité en est une autre.

L’anticapitalisme doit être une critique du travail ou il ne sera pas

Le concept de travail appartient en même temps à deux mondes. D’une part, il peut être considéré — avec la valeur — comme la catégorie la plus abstraite et la plus générale de la critique de l’économie politique, où il ne désigne finalement que l’aspect actif de la valeur. De l’autre, le travail, c’est plusieurs millions de pratiques et d’expériences quotidiennes immédiates. Avec la façon dont les choses ont évolué ces dernières années, cette tension a gagné une composante supplémentaire. L’exigence de travail, la contrainte régulièrement renforcée de se vendre est au cœur de la guerre sociale préventive que mènent aujourd’hui — compte tenu de la véritable crise que traverse la société de travail — les gardiens de l’ordre dominant contre le matériau humain qui est entre leurs mains. À l’époque du chômage de longue durée, de ces nouveaux patrons qui ne possèdent que leur propre force de travail, des travaux forcés officiels mais aussi des revendications salariales intercatégorielles au rabais, le concept de travail est plus que jamais le lieu d’un combat.
Aujourd’hui, le climat social est à la brutalisation, l’isolement et l’égomanie et donne au projet de l’émancipation un caractère désespérément obsolète. Mais cette tendance à une concurrence totale et ne connaissant plus de limites n’a pas d’autre point de départ qu’une soumission inconditionnelle à la dictature du travail. Un courant anticapitaliste ne risque donc de trouver une force de rayonnement et de devenir offensif que s’il comprend que c’est sur le diktat de la valorisation et du travail que se focalise le pouvoir correspondant à la forme de socialisation aujourd’hui dominante et s’il fait de ce diktat le point de mire de sa critique. Tant que la gauche plongera — aussi bien théoriquement que pratiquement — dans l’océan de la réalité mais négligera, au cours de sa descente, de s’arrêter au niveau de contradiction atteint aujourd’hui par la société marchande, un niveau où le travail sacré ne peut plus être décrit que comme un travail devenu fou, elle ne reposera plus jamais le pied sur la terre ferme. Il n’y aura plus d’anticapitalisme au XXIème siècle, à moins que ce dernier fasse du travail l’objet de sa critique.

La répression et l’émancipation  

Pendant plus de cent ans, génération après génération, les anticapitalistes sont entrées en guerre contre le statu quo au nom du travail. Exception faite de quelques positions marginales — on pense ici, par exemple, à l’Eloge de la paresse de Paul Lafargue —, les « révolutionnaires » aussi bien que les « réformistes » ont persisté à identifier « libération » et « travail ». Cette équation tenace n’était bien sûr pas seulement le résultat d’un blackout collectif.
Ce malentendu, qui a repris du service pour la dernière fois au cours de l’ère de réformes sociales-démocrates ouverte par le mouvement de 1968, doit surtout sa plausibilité à deux tendances séculaires.
D’une part, aussi longtemps que le système de la valorisation capitaliste a été porté par un mouvement d’expansion historique, le travail a été compris comme un principe d’intégration sociale. Ce grand appétit de force de travail superflue n’a été interrompu que temporairement par des crises économiques et a offert, sur la base de l’ordre établi, une véritable perspective à ceux qui possédaient cette marchandise.
D’autre part, en s’expliquant avec des relations d’autorité personnelles plus anciennes en provenance des débuts de l’histoire de la société marchande, l’impulsion émancipatrice pourrait interférer avec l’impératif de système, détruire les barrières sociales traditionnelles et les remplacer par des relations objectivées entre le sujet des marchandises et celui du travail devenus égaux. Le recentrement progressif de la domination sociale sur l’impératif d’accumulation et l’enrôlement de l’Etat au service de l’objectif de la valorisation de la valeur conçue comme une fin en soi a été perçu moins comme l’aggravation et l’achèvement d’un contrôle social objectivé que comme le refoulement d’un pouvoir visible et personnel. La « cage d’acier » de la servitude (Max Weber), qui ne connaît et ne traite les hommes que comme des masques de théâtre, des brutes de travail, des sujets de droit ou encore des citoyens pouvait ainsi apparaître comme son contraire exact, comme un degré de liberté potentiel obtenu de haute lutte.
Les combattants anticapitalistes n’avaient bien sûr jamais rêvé de transformer les directeurs d’usines en « partenaires sociaux » et les masses prolétaires affamées en vulgaires propriétaires d’un logement, d’une Mercedes et d’un livret syndical. Du fait qu’ils se sont obstinés à prendre fait et cause pour le principe capitaliste du travail, leurs efforts héroïques ne risquaient pourtant pas de déboucher sur autre chose.
La lutte contre les intérêts particuliers de la bourgeoisie et pour l’amélioration des conditions de vie des masses n’ont supprimé de l’ordre dominant que ce qui était devenu anachronique, c’est-à-dire ce qui, selon les critères de rationalité de la société marchande, se révélait contre-productif.
C’est contre sa propre intention que la contestation anticapitaliste a ainsi fait pénétrer la logique des marchandises dans les masses. Sans ce moment de trop, sans cette détermination à mettre fin à la domination capitaliste, ce « succès de la modernisation » aurait difficilement pu avoir lieu.
Il a certainement coïncidé aussi avec un affaiblissement progressif de cette impulsion pourtant toujours active. L’idée paradoxale selon laquelle on pourrait en finir avec l’exploitation et la domination et, en même temps, continuer à pousser des vivats en l’honneur du travail s’est révélée n’être qu’une erreur de jeunesse dans l’histoire de la société marchande. Ce n’est toutefois pas un signe de maturité mais plutôt de gâtisme d’en déduire qu’il faut jeter aux orties l’idée d’émancipation. Ce n’est pas l’idée de libération qui est anachronique mais la dictature du travail et plus encore la liaison entre émancipation et travail.

La communauté de ceux qui travaillent

Travailler ne signifie pas seulement, pour le sujet, ajuster l’objet auquel il travaille, soumettre ce dernier à des lois pour qu’il soit rationnellement rentable et utilisable. Travailler implique toujours aussi que le sujet lui-même s’ajuste. Et c’est au moment où le sujet qui travaille apprend à s’identifier à la violence qu’il exerce sur l’objet que cette expérience répressive laisse inévitablement sa marque sur lui. C’est le trauma résultant du fait d’être soumis au travail qui motive le refus de ceux qui ne peuvent ou ne veulent correspondre à l’image idéale de l’homme blanc toujours prêt à travailler. Là où le travail est honoré, ces derniers sont considérés comme inférieurs et mènent une existence marginale.
Malgré tous les discours sur l’égalité, cette logique de dépréciation a aussi régulièrement retenti dans les communiqués de l’aile gauche du grand mouvement en faveur du travail des XIX et XXème siècles — assez souvent d’une façon à peine audible —, mais c’est principalement son aile droite qui a formulé les doctrines de l’infériorité inhérentes à l’ethos du travail.
Pendant la phase ascendante de la société de travail, cette tendance à l’exclusion est restée un contre-moment à l’intérieur d’un grand mouvement historique d’inclusion. L’idée de garder une distance commune par rapport à ce qui est « inférieur » — au sens de ceux qui glorifient le travail — a fait l’objet d’un accord tacite dans le camp du travail. Pour passer de l’identification avec le processus de la division du travail dans les grandes usines à l’allégeance à la grande « communauté industrielle » — qu’on peut interpréter comme transcendant les classes sociales —, il n’y avait qu’un pas à franchir.
Les idéologies concurrentes de l’époque avaient leur dénominateur commun dans la fraternité du travail. La variante socialiste de la religion du travail s’était fixé comme objectif de libérer de l’emprise prétendument usurpatrice du rendement la forme d’activité capitaliste comprise de travers comme une force éternelle et originelle. Pour ce faire, elle avait défini la classe des « actifs » en l’opposant catégoriquement au capital. À cette provocation, ses adversaires de droite et libéraux n’ont pas répondu en célébrant le capital comme étant à lui-même sa propre fin, mais en proposant la définition alternative d’une « communauté de travail » transcendant les classes sociales. La légitimation de la domination capitaliste a consisté à désigner les chargés de fonction du capital comme un type de travailleur spécifique, comme la partie de la « communauté de travail » à laquelle incombent les tâches de la coordination et de l’organisation.

La déification du travail et l’antisémitisme  

L’ennoblissement du capital et son élévation au rang de premier serviteur du travail sont liés, surtout dans la variante droitière de ce geste, à sa division projective. Le capital productif s’est vu charger d’incarner le sensible concret et accorder l’auréole du « Bien », tandis que le capital monétaire et financier s’est vu attribuer tout ce qu’il y a d’abstrait et de destructeur dans la domination capitaliste. De cette externalisation de l’effroi du capitalisme — qui a fourni l’image de l’ennemi indispensable à la construction d’une communauté de travail transcendant les classes — à sa personnalisation antisémite, il n’y a qu’un pas à franchir. Il n’y a pas que dans la vision nationale-socialiste du monde que la séparation fantasmagorique entre « capital créateur » et « capital accapareur » a été amalgamée à l’opposition entre, d’un côté, « travail national » sacré et, de l’autre, « argent juif » sans racines. Tout comme la religion du travail est parfaitement compatible avec des idées racistes, elle se distingue aussi par son affinité profonde avec des modèles de pensée antisémites. Les choses ont évolué en Allemagne d’une façon singulière dans la mesure où la « patrie du travail » a franchi le pas menant de la détestation idéologique à une pratique de l’extermination industrielle organisée par l’Etat. C’est seulement dans le nazisme que la mobilisation totale du travail national a trouvé son accomplissement avec la construction d’usines de cauchemar prétendument anticapitalistes — des « usines de destruction de la valeur » (Moishe Postone) — dans lesquelles, avec les victimes juives bien réelles, devaient aussi être fantasmagoriquement gazés et brûlés les moments de la domination du travail abstrait séparés du travail idéalisé. La fraternité de « ceux qui travaillent avec leur front » et de « ceux qui travaillent avec leurs poings » a été scellée par le meurtre de ceux qui avaient auparavant été exclus de la définition de la communauté de travail allemande.
La Shoah n’a pas seulement fait éclater le cadre de la fonctionnalité de la société marchande parce qu’elle a poursuivi un objectif irrationnel, mais aussi parce qu’elle a renversé le rapport intime entre travail et destruction. Alors que, d’habitude, la destruction est un moment qui accompagne la praxis capitaliste et que l’accumulation de profit constitue l’objectif des objectifs, avec Auschwitz, l’anéantissement est devenu indépendant au point de constituer un contenu propre. Que des hommes aient été massivement forcés de travailler à mort pour le bien de la production de richesse capitaliste, c’est ce qui a eu lieu depuis l’époque de l’« accumulation originelle ». Dans le génocide des Juifs européens, l’exploitation réelle du travail a en revanche fonctionné comme un simple moyen, tandis que l’anéantissement de la vie était devenu le véritable objectif. La possibilité de cette transformation nous informe de l’existence d’un rapport entre travail et mort bien plus intime que celui que soupçonne un anticapitalisme orienté sur le seul paradigme de l’exploitation.

Deux sortes de dépréciations de la marchandise-force de travail  

Les années 1970 marquent un tournant dans l’histoire de la société de travail. Avec la fin du boom fordien d’après-guerre, l’appétit de force de travail sans cesse croissant de la machine à valoriser n’a pas seulement diminué de façon temporaire. On peut même dire que, dans le sillage de la révolution micro-électronique, le capital a fini par développer une forme d’anorexie structurelle. L’expansion séculaire de la société de travail a pris fin et sa crise a commencé.
Prise en soi, la dépréciation de la marchandise-force de travail n’est pas un phénomène inconnu. Dans les crises cycliques du passé, le capital variable avait aussi été retiré de la circulation dans le cadre de la destruction périodique du capital. Qu’on pense à la grande dépression ou à la crise de l’économie mondiale. Aujourd’hui, sous le signe de la « jobless growth » [de la croissance sans emploi] souvent invoquée, s’engage toutefois, face à la dépréciation générale du capital, un processus indépendant de dépréciation spécifique à la marchandise-force de travail et transcendant le cycle. Le rapport entre dépréciation et valorisation de la force de travail s’en trouve fondamentalement transformé. De la révolution industrielle jusque dans les années 1970, la valorisation du matériau humain superflu avait dominé à moyen et long terme par rapport à la libération de la force de travail. Aujourd’hui, la valorisation de la force de travail est devenue un moment qui transcende et détermine le développement historique.
Ce changement n’est pas resté sans conséquence pour le contenu social de la dictature du travail. Si la domination du travail a fonctionné pendant une longue période comme un système d’intégration répressive — du moins dans les centres du marché mondial —, la structure de la société de travail a de plus en plus pris le caractère d’un ordre d’exclusion brutal. La modernisation de la société souvent invoquée et, en particulier, la « transformation de l’État social » ont fourni le cadre juridique et institutionnel requis. Même dans les pays qui forment le cœur du capitalisme, on trouve une armée toujours plus nombreuse d’hommes marginalisés, qui ne trouvent pas d’emploi ou seulement un emploi précaire, face à un cœur de la société de travail qui, lui, devient de plus en plus petit.
C’est surtout dans les pays de la zone euro que le nouvel ordre social du travail basé sur une large élimination du contrat de travail normal a tardé à prendre ses contours. En Allemagne, c’est peut-être seulement avec les « réformes du marché de l’emploi » du gouvernement Schröder que la digue a cédé. En France, on s’attend à ce que la précarisation déjà considérable continue encore à monter. Les rapports de légitimation communs au capital et au travail se transforment plus vite en revanche — et cela dans le monde entier. Le discours néo-libéral des années 1980/1990 avait déjà imposé un changement de rôle par rapport à l’image fordienne du monde. Si jusque-là le capital avait dû se vendre comme du travail, le travail doit désormais se percevoir comme un « capital humain ». On ne peut plus dire que les patrons sont des travailleurs d’un type un peu différent ; il faut dire désormais que les travailleurs qui possèdent la marchandise-force de travail sont les « patrons de leur force de travail ».
On ne devrait pas se contenter d’écarter cette singulière transvaluation comme une phraséologie creuse. Elle nous informe en fait de façon biaisée de modifications véritablement radicales, en l’occurrence du passage à une société de travail méthodiquement désolidarisée et atomisée et nous y prépare mentalement. Là où le salaire a subi une mutation et cessé d’être le prix négocié collectivement d’une marchandise pour devenir le profit dégagé par un capital humain isolé, les écarts extrêmes que reflète la grille des salaires sont la chose la plus normale du monde. De tels écarts font partie du risque que prend tout patron, un risque qu’il peut parfois totalement supprimer.
Les salariés de l’ère fordienne ont encore vécu dans un monde doublement protégé de la concurrence. D’une part, du point de vue de l’activité individuelle, la coopération dans le processus de production fondait une communauté répressive et paternaliste ; de l’autre, le formatage de la société de travail par les économies nationales mettait des barrières à la concurrence. La figure centrale du moderne « patron de capital humain » est en revanche partisane d’une subsomption directe sous le diktat du marché mondial et d’un affaiblissement progressif des pouvoirs intermédiaires (syndicats, comités d’entreprise, État providence).
Par contraste avec la société d’apartheid d’emblée mondiale du XXIème siècle, le modèle de fabrication fordien aujourd’hui obsolète nous apparaît presque sous un jour indulgent avec son triple accord musical composé d’un travail de masse, d’une consommation de masse et d’une politique de protection sociale. Mais une orientation nostalgique visant à rétablir l’honneur perdu du travail n’a pas sa place dans la lutte contre le capitalisme aujourd’hui devenu fou. Viser à rétablir l’honneur perdu du travail ne serait pas seulement un objectif faible, cela reviendrait dans les conditions actuelles à désarmer d’avance l’opposition. La métamorphose qui fait du travail, principe répressif d’intégration sociale, un principe d’exclusion et de désintégration est irréversible. Une gauche rêvant d’un retour à des formes moins mauvaises de servitude laborieuse et transfigurant cette dernière resterait, du point de vue pratique, désarmée et impuissante et tomberait, du point de vue idéologique, dans une zone grisâtre où s’estompent les limites avec les modèles d’explication nationaux et réactionnaires. La réponse adéquate au processus de dépréciation réellement à l’œuvre n’est pas une réévaluation du travail par rapport au capital mais un programme de dépréciation émancipatrice consciente vis-à-vis de ce qu’on tient pour ce que nous avons de plus sacré, à savoir le travail.
deutsche Version
Ernst Lohoff
(traduction : Christophe David)

 

Archives du blog