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dimanche 30 mai 2010

Moudjahidine de la valeur. Des bombes pour défendre le fétiche marchandise.

S'il fallait encore une preuve que la fin du XXe siècle coïncide avec la fin de l'histoire de la modernisation, le progressif déclin intellectuel de la gauche la fournirait. La conscience critique désespère de la critique parce qu'elle-même a toujours fait partie intégrante de ce monde du système moderne de production marchande qui se décompose sous nos yeux par poussées. Il n'y a plus de nouveau cycle de développement capitaliste qui pourrait encore une fois être investi de façon « progressiste ». Voilà pourquoi il tombe apparemment sous le sens, face à la menace d'anéantissement des bases qui fondent la marche des affaires, d'embrasser inconditionnellement le capitalisme. A chaque nouveau basculement provoqué par des développements et des événements catastrophiques, nous vivons une nouvelle débandade des restes de la gauche qui rejoignent les rangs des gardiens du système.      
 
Après les barbares attentats kamikazes contre les États-Unis, dans une communauté d'affliction pleurnicharde comme il n'y en a pas eu depuis des décennies qu'il pleut des bombes occidentales sur de vastes régions de la planète, tous – depuis le gouvernement rouge-vert déjà endurci par la guerre jusqu'aux publications hier encore d'extrême gauche – ont invoqué une civilisation bourgeoise à visage humain qui n'a jamais existé. Soudain, il devient obscène de parler de la terreur fondamentaliste de l'économie totalitaire. Qui explique les actes paranoïdes de New York et de Washington par la situation du système-monde capitaliste unifié est accusé de justifier ces actes. Les nouveaux sauveurs de la civilisation estiment qu'il faudrait maintenant mettre provisoirement de côté la critique du capitalisme et enfiler le casque lourd de l'Otan comme leurs divers prédecesseurs. A chaque génération ses bellicistes.
CD rayé 
Le modèle de cette interprétation idéologique du monde partagé à la fois par la gauche éclairée et la raison démocratique officielle, modèle usé jusqu'à l'insupportable, consiste à répéter toujours à nouveau 4, comme un CD rayé, la constellation de la Seconde Guerre mondiale. La chose est facile à expliquer. Contrairement à la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle les États brigands de l'anticivilisation bourgeoise se sont livrés à une effroyable concurrence dans la boucherie sanguinaire, la lutte contre le sinistre empire des nazis fut le premier et unique cas où prendre position à l'intérieur de la concurrence capitaliste eut simultanément pour effet de mettre temporairement un frein à la pulsion de mort inhérente à la socialisation par la valeur. Ce fut la seule situation où il était nécessaire de lutter avec le capitalisme contre le capitalisme afin de sauver la simple possibilité de l'émancipation.
La raison bourgeoise, quant à elle, ne pouvait avoir conscience ni de cette constellation ni de sa singularité. Elle transforma idéologiquement les nazis en une monstruosité étrangère, irrationnelle et non capitaliste, ce qui fit apparaître par contraste « l'économie de marché et la démocratie » comme l'Empire du Bien dans la tradition des Lumières. Ce modèle a été réutilisé pour légitimer tous les grands conflits ultérieurs. D'après la conscience bourgeoise, l'histoire après 1945 se présenta comme une farce toujours plus pitoyable après la tragédie ; il ne s'agissait plus que de définir l’« Empire du Mal » extérieur à la démocratie et à la raison.
Dès lors que le bloc capitaliste d’État ne peut plus assumer ce rôle (puisqu’il a disparu), ce sont, dans la crise mondiale qui progresse depuis le début des années 1990, des figures toujours plus improbables qui ont endossé l’habit de Hitler pour légitimer le monde démocratique : d’abord, avec Saddam Hussein, un dictateur désarmé de la modernisation ; ensuite, avec Milosevic, le potentat de crise typique d’une économie nationale en décomposition ; avec Oussama Ben Laden, enfin, une figure mythifiée des structures de bandes et de sectes postpolitiques propres à la société-monde fondée, de façon purement négative, sur la valeur.
Si, dans la constellation réelle de la Seconde Guerre mondiale, la pensée bourgeoise était déjà incapable de comprendre que les nazis étaient les légitimes descendants de sa propre raison, face à des répétitions qui restent purement illusoires, comparer l’incomparable de façon toujours plus forcée et ainsi relativiser les crimes commis par le national-socialisme.
L’ethnonationalisme et le fanatisme religieux dans les régions socio-économiquement ravagées par le marché mondial ne sont pas la même chose que la vision antisémite du monde et la théorie raciale des nazis ; les sociétés d’effondrement disloquées de la périphérie ne présentent pas les mêmes bases que la société mise au pas d’une puissance du centre capitaliste aspirant à la domination mondiale et ayant les moyens d’y parvenir ; et les aventures militaires d’un régime ensauvagé issu d’une « modernisation de rattrapage » ratée ou même les attentats suicides de sectes religieuses et autres aberrations nés des rapports fétichistes mondiaux n’ont pas la même qualité que l’agression générale contre l’humanité menée par l’Allemagne nazie, une puissance industrielle mondiale surarmée.
Ce texte qui date de 2001/2005 doit se comprendre comme un règlement de compte avec la "Gauche Anti-Allemande Belliciste" une spécialité locale.
Titre original : « Muschadihin des Werts/Bomben für den Warenfetish : Die aufklärerische Linke im letzen Stadium der bürgerlichen Vernunft », Jungle World n° 42, octobre 2001), reproduit dans Critique de la Démocratie balistique. La gauche à l’épreuve des guerres d’ordre mondial, éd. Mille et une nuits, 2006.

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vendredi 28 mai 2010

Les mystérieux pirates de la radio

Il y a trois ans, le Conseil supérieur de l'audiovisuel portait plainte contre une intrigante radio pirate nantaise. Ses deux fondateurs racontent.

Durant dix ans, de 1997 à 2007, une radio pirate nantaise a réussi à jouer les petits souris sur la bande FM, à grignoter un espace de liberté dans un maillage ultra-réglementé et à s'immiscer dans la ville 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. La bien nommée Radio Mulot. « On est à la maison, on bricole, on oublie que le poste est allumé... Puis tout d'un coup, on se demande ce qu'il se passe, on croit qu'il y a quelqu'un dans l'appartement, on sursaute ! C'est mulot », témoignait joliment un auditeur.
Pas de bla-bla, pas d'émission-parlotte, pas d'information pure sur Mulot. Non, des chuchotements, des lectures de Debord à Burroughs, de la musique expérimentale, des sons, des échos, des collages, « des bruits échoués sur le parvis d'une fenêtre en guise de commentaires, en lieu et place de cet acharnement continuel qui est celui de tous », note le créateur de la radio, un photographe écrivain et personnalité singulière. Morceau choisi capté à l'époque sur fond de musique hindoue : « Je suis un intraterrestre immortel car je suis de moi-même. Je vois de l'intérieur... »
Radio Mulot ou l'anti radio, nourrie de culture industrielle, de situationnisme ou d'abstractions... « C'est de la poésie urbaine, poursuit son acolyte, issu de la musique, un poète du son. Faire corps avec la ville, se fondre... Le contenu de la radio n'était pas forcément avant-gardiste, mais on pouvait toucher le maçon sur le chantier avec des choses pour midinettes puis l'emmener sur des choses barrées. Seule la bande FM permet de toucher tout le monde, l'automobiliste au feu rouge dans sa voiture ou la personne chez elle. Sur le Net, on ne serait écouté que par les gens des Beaux-arts ».
Une plainte du CSA en 2007
Depuis leur domicile, « au milieu des ondes », pendant dix ans, ils n'ont été que deux à porter ce projet monumental. « On n'a fait que ça. On a mis notre vie dedans. » Parce que Mulot est leur façon de penser le monde mais aussi parce que la radio émet en permanence. D'abord à 3 kilomètres à la ronde. Puis gagnant du terrain avec un matériel plus perfectionné. « Techniquement, ce n'est pas compliqué. Il faut juste un émetteur et une antenne et ne pas être repéré par les voisins. À la création de la radio, les émetteurs étaient interdits en France. Il fallait juste connaître les circuits. »
Mulot cesse d'émettre en juin 2007. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel porte plainte. Le piratage est interdit, « sur une bande FM pourtant non saturée ». Mulot a peur de tomber dans les griffes du CSA en jouant avec le feu. De se voir saisir ses matériels et dix années de travail. Sans compter une amende pouvant aller jusqu'à 75 000 €.
Une première fois, en 2005, une galerie d'exposition à laquelle ils avaient été associés avait eu à essuyer une descente de police. Mulot avait fait une pause d'une année puis repris sur une autre fréquence. « On ne peut pas dire qu'on a été traqué. On a tenu dix ans. Si on avait été dans un réseau politisé, ça aurait peut-être été différent. Il nous est toutefois difficile de nous considérer comme criminels. On est dans l'art. »
 

mercredi 26 mai 2010

Felipe ALAIZ . "Lettre de loin"

"Lettre de loin" fut traduite et publiée en 1981 dans Nexialys, revue de l’Internationale Nexialiste. Elle a été publiée de nouveau par Clara BOW dans le site du Centre des Médias alternatifs du Québec.
Alger : juin 1945 – Fin des années de guerre, où, clandestinement, dans des camps, le mouvement libertaire s’est reconstitué autour d’un conseil occulte. Mais la guerre est finie. L’unité qui s’est forgée dans le malheur, la défaite, l’internement dans les camps de la mort, pourra t-elle résister aux discordes qui à nouveau, surgissent : le Faïsme renaît de ses cendres, plus autoritaire que jamais, avec ceux qui acceptèrent toutes les compromissions y compris la plus ignoble, celle du pouvoir, feignant d’oublier leur bassesse, et se drapant à nouveau d’une toge de virginal radicalisme.
Rien ne viendra plus critiquer de l’intérieur ce qui fut la pire erreur du mouvement anarchiste espagnol. D’Alger, au centre de ce qui pourrait rester uni, une voix va s’élever, celle de Fabio, dans une lettre datée du 10 juin 1945. Celui dans lequel beaucoup ont reconnu la plume acérée du vieux Felipe Alaiz, va clamer une vérité qui aujourd’hui reste toujours vivante. S’il y a du naïf ou de l’insuffisant dans cette lettre, il n’y en a guère dans le constat. Fabio, l’irréductible nous donne une étonnante leçon d’histoire à méditer.
Alger le 10 juin 1945.
Je ne savais pas que parler du temps qu’il fera demain fût affirmer l’existence de Dieu. Ta lettre me l’apprend. Chaque jour on apprend des choses nouvelles. Cette fois-ci, la nouveauté était une idiotie. Ne t’irrite pas de me voir juger ainsi ton analyse, je pourrais être beaucoup plus dur dans mon jugement.
D’après ce qui apparaît prévisible, dire que la C.N.T. va intervenir dans le destin du peuple espagnol, ce n’est pas affirmer que la C.N.T. doit participer au gouvernement. Je ne suis rien pour dicter des normes à la C.N.T. Ni toi. Ni personne. Comme je l’ai écrit, dans ce que tu me reproches, sans connaître pour autant ce que tu me reproches, ce que la C.N.T. peut faire dépendra de la volonté des travailleurs qui la constituent. Ni plus, ni moins. Toute autre chose serait admettre que la C.N.T. a des chefs qui la mènent où ils veulent. Ce qui - sans doute ne le soupçonnes-tu pas – serait politique, même sans participer au gouvernement.

 Alaiz FELIPE (1887-1959)
Dans son sens habituel, lorsqu’on en parle par exemple en sociologie, la politique est tout ce qui se fait pour ordonner, modifier ou transformer la structure sociale. Dans ce sens la C.N.T., depuis sa fondation n’a rien fait d’autre que de la politique, certaines fois directement, d’autres fois indirectement. Le moindre de ses manifestes était un acte politique. La moindre de ses grèves aussi. Celle de la Canadiense, que tu cites comme un exemple oublié par moi – qui t’a dit que j’avais oublié ? – fut une grève éminemment politique : l’aspect économique qui la détermina devint rapidement secondaire. Ne parlons pas des grèves de protestation, que tu cites également et que j’avais pas oubliées non plus. Protester est toujours un acte politique. Il s’agit de mettre fin à quelque chose : de modifier, ce faisant tel ou tel aspect de la société. Même les grèves économiques sont, de ce point de vue, fondamentalement politiques. Une augmentation de salaires peut entraîner des changements décisifs dans la structure sociale. Quant à l’action directe, peux-tu douter qu’elle soit politique ? approfondis un peu plus, tu constateras même. Qu’elle n’est pas toujours éloignée de la plus habituelle. Rappelle-toi les coups d’état, ces œuvres maîtresses de l’action directe.
Si la C.N.T. est apolitique, c’est dans le sens où elle n’intervenait ni dans les élections, ni dans le gouvernement. C’est tout, et c’était beaucoup. Mieux, c’était l’essentiel. Il y avait de quoi être fier d’appartenir à une organisation qui se maintenait éloignée de cette pourriture. Déduire, comme tu le fais, que je soutiens, - en écrivant que la C.N.T., d’après ce qui apparaît prévisible, va intervenir dans le destin du peuple espagnol - , qu’elle doit prendre part aux élections et au gouvernement est une idiotie. Je te l’ai déjà dit. Excuse que je ne trouve, pour rendre compte de ton jugement, une parole plus adéquate.
Si, comme tu me le répètes tout au long de ta lettre, j’avais fondé les lignes suivantes : d’après ce qui apparaît prévisible, la C.N.T. « va intervenir non d’une manière indirecte, comme par le passé, mais d’une manière directe et décisive dans la vie politique espagnole » , sur ce qui est immédiatement observable, j’aurai sans nul doute ajouté quelque apostille pessimiste. Car ce que l’on observe, est en effet, décourageant. On voit des individus qui représentent la C.N.T. – non pas tous des réformistes, comme tu le dirais -, prendre part, sans élections, à tout ce qui fait ici visant la succession de Franco : pour le sérieux et le dérisoire, pour le responsable et l’irresponsable ; pour ce qui se voudrait remarquable et qui ne cesse d’être comique. Toi-même, qui m’écris une lettre aussi « révolutionnaire » - permets que je place révolutionnaire entre guillemets , parce qu’en réalité quelques jours après sa rédaction tu participais à un meeting en compagnie de politiciens dont se serait vraiment un malheur s’ils redevenaient quelque chose en Espagne. Non, je n’ai pas fondé ces lignes – qui ne l’oublie pas, ne veulent pas dire que la C.N.T. va aller aux élections (je t’ai déjà dit que cette analyse est une idiotie, et il m’est pénible de le répéter) – d’après ce qui est immédiatement observable : j’ai fondé mon propos sur des raisons plus solides. Et c’est de celles-ci que je vais t’entretenir brièvement.
La solution anarchiste au problème espagnol, et à plus forte raison du problème du monde, écarté pour l’instant, et qui sait pour combien de temps – ne t’inquiète pas : je t’expliquerai plus avant pourquoi il faut l’écarter -, le million d’ouvriers qui compose la C.N.T., - pas tous anarchistes, loin de là, mais suffisamment influencés par l’anarchisme -, doit rechercher pour ses conflits quotidiens et pour ses aspirations, des ouvertures qui, adéquates au moment pour ceux-là, ne ferment pas les portes du devenir à celles-ci. Cette recherche, qui devrait être constante, les porterait, comme par la main, à intervenir directement sur la vie politique espagnole – plus directement que par le passé, quand la solution anarchiste semblait être au coin de la rue -, c’est à dire à s’occuper de modifier et de transformer les structure sociale espagnole. Non pas en nommant des députés, ce qui serait une façon de ne pas intervenir, ni en acceptant tel, ou tel poste gouvernemental, ce qui serait une autre façon de ne pas intervenir et, de plus, de tout faire échouer. (Il serait honteux que puisse se répéter le spectacle de ce troupeau de conseillers, de militaires, de juges et même de policiers issus de la C.N.T. et du mouvement anarchiste. Je t’assure, et tu peux le croire, que je ne connais personne qui assista avec plus de répugnance que moi à un pareil spectacle. Mais je te parlerai de cela après). Cette intervention sur la vie politique espagnole – je répète : pour la transformation de la structure sociale espagnole – peut prendre et prendra, indubitablement diverses formes, non pas anarchistes, ou du moins pas totalement, mais tendant d’une certaine façon vers l’anarchisme. Par exemple : réalisations mutualistes, coopérativistes, communistes, dont la base seront les municipalités. Une politique municipale sera, cependant obligatoire et acceptée. Parce qu’une organisation d’un million d’hommes ne peut précéder comme un groupe d’anarchistes, ou surnommé anarchiste – tu verras que ce n’est pas la même chose -, serait-elle d’ailleurs exclusivement composée de groupes anarchistes. Et une politique municipale, En Espagne, embrasse toute la vie politique du pays. Rappelle-toi que des élections municipales, qui sont une chose beaucoup plus insignifiante qu’une politique municipale, provoquèrent la chute de la monarchie. Cette politique municipale tendra, par les réalisations dont j’ai parlé, non à renforcer l’État, ce qui serait contraire à l’esprit de la C.N.T. (sa collaboration durant la guerre civile, qui aida au renforcement de l’État, était contraire à son esprit ; mais il s’agissait de s’opposer à ce qui se dressait contre cet État, et qui était pire que lui. Erreur ? Je n’en discuterai pas. En tout cas, le grave ne fut pas l’erreur, tu le verras plus avant ), mais à lui soustraire des attributs, pour qu’il soit à chaque fois de moins en moins nécessaire, de façon qu’arrive un jour où sa disparition sera facile, ou simplement faisable. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Pour en finir avec tout cela, je vais te donner un conseil : surveille à l’avenir tes réactions immédiates. Elles révèlent toujours les désirs les plus profonds. Quand une femme déclare, la première fois qu’elle voit un homme, qu’il est odieux, elle ne tarde pas, si l’occasion se présente, à coucher avec lui. Un lecteur attentif découvrira dans ta lettre, occulte mais fervent, le désir d’être pour le moins candidat conseilliste.
Et maintenant, passons à autre chose. Il me peine de te le dire, mais tout ce que tu écris dans ta lettre sur l’anarchisme, n’est qu’une suite de lieux communs. J’avais espéré que l’expérience de la guerre civile ferait que tu ne lancerais pas, comme tant d’autres, de vaines paroles au vent. Mon espérance était non fondée. Il y a un anarchisme poussiéreux qui date de l’age de pierre, et qui se modernise en retournant encore davantage à l’âge de pierre - par exemple en adoptant un drapeau - , et je te vois accroché à cet anarchisme qui manque de fulgurance et de devenir. De la doctrine anarchiste, qui est pur dynamisme, qui affronte chaque problème au fur et à mesure de son surgissement, et ne l’abandonne qu’après en avoir extrait tout son contenu, vous avez fait, toi et ceux qui pensent comme toi, une chose statique, immobile, un dogme qui dénonce à grands cris les hérétiques. Lis notre grand Ricardo Mella qui fut un hérétique permanent. Il t’aidera à désembourber ton cerveau, s’il est encore temps. Il est plein de toiles d’araignées. Les lieux communs dans lesquels tu te complais ne sont rien d’autre, encore que certains cessent de l’être pour se transformer en niaiseries. Tout ce que tu dis dans ta lettre sur la collaboration est trivial. Tu ne t’es pas approché même par mégarde du problème. Pensant comme tu penses, tu ne t’en approcheras jamais. Si la collaboration avait été seulement une erreur, la chose ne serait pas grave. Les erreurs se rectifient. En ne collaborant plus, problème résolu. Ce que la collaboration révèle n’a pas de rectification possible. C’était cela, que peu nombreux, nous suspections depuis un certain temps : que nous n’étions anarchistes, en Espagne, que quelques centaines au maximum… (Et voilà pourquoi il faut écarter la solution anarchiste au problème espagnol. Ce que défendent quelques centaines d’individus ne règlera jamais aucun problème. Je te répète ici ce que j’ai dit auparavant : ne t’inquiète pas. Ne t’inquiète surtout pas pour mon anarchisme. Il est plus vigoureux qu’aujourd’hui qu’hier, et il le sera demain bien plus qu’aujourd’hui. À mesure que passe le temps, les racines s’enfoncent plus profondément. J’ai la conviction, chaque jour plus affirmées que les société ne deviendront supportables que dans la mesure où elles se rapprocheront de l’anarchisme. Mais cette conviction ne fait pas rêver éveillé. Non, tout autre chose serait de croire en la possibilité d’établir maintenant l’anarchisme. Pour moi, anarchiste, l’unique solution au problème de l’Espagne et au problème du monde c’est l’anarchie. Mais cette opinion, ne la partagent avec moi, que quelques milliers d’hommes, et en Espagne, quelques centaines. Ce n’est donc une solution jouable maintenant. C’est la meilleure – personne d’intelligent ne s’avisera de le nier - mais nous la désirons si peu ! devons-nous donc renoncer à l’anarchisme ? diras-tu. Telle n’est pas ma pensée. Nous devons faire au contraire tout ce qui imaginable pour préparer le terrain à l’anarchisme ; nous devons faire que les coutumes régentant les accords forcés, dérivent vers les accords libres ; nous devons faire que l’intervention de l’état dans les relations entre les hommes ne soit plus nécessaire, parce que tant que cela ne sera pas, aussi favorables qu’apparaissent des possibilités pour l’épanouissement de l’anarchisme, l’anarchisme ne s’épanouira pas).
Après cette longue parenthèse, qui était indispensable pour t’éviter une nouvelle lettre « révolutionnaire », revenons à la collaboration. Avant de continuer, je vais te conter une anecdote.
Vers 1917, un camarade barcelonais, peintre, dont je regrette d’avoir oublié le nom, hérita inopinément, d’un type qu’il connaissait à peine, vingt ou trente mille pesetas. Apprenant la nouvelle, la première chose qui lui vint en tête fut de fonder une revue, projet longtemps caressé par le groupe auquel il appartenait. Quand arriva le samedi, jour de la réunion, au lieu de dire à ses camarades :
« Regardez. J’ai hérité de quelques milliers de pesetas. Nous allons fonder une revue », il leur dit sans savoir pourquoi : « Que feriez-vous si, subitement, vous héritiez de tant de milliers de pesetas ? ». Et à sa grande stupéfaction, tous ceux qui composaient le groupe, et avec lesquels il était en relation depuis plus de dix ans, découvrirent n’être rien d’autre que des boutiquiers. L’un avec les milliers de pesetas, essayerait d’obtenir un bureau de tabac ; un autre ouvrirait un magasin de fruits et légumes ; un autre une charcuterie, etc.… Cette même nuit, le camarade peintre rompit avec eux et vint nous raconter l’événement à « Tierra y Libertad » Avec une indignation incontrôlable, il s’exclamait : « J’ai cru passer dix ans de ma vie avec des anarchistes et je les ai passés avec des commerçants ! ».
De même que l’héritage de quelques milliers de pesetas fit découvrir à ce camarade peintre qu’il avait passé dix ans de sa vie avec des boutiquiers, la collaboration nous révèle que beaucoup d’individus qui passaient pour des anarchistes avaient des dispositions pour de toute autres activités, fussent-elles celles de policiers, et en aucune manière pour l’anarchisme. Tu vois que la chose est bien plus grave qu’une erreur. Quoique déjà fort lamentable, le pire ne fut que certains se fourvoient en devenant ministre ou conseiller, ou gouverneur. Le pire fut de croire, pour beaucoup, que tant qu’on n’en était pas arrivé là, on n’avait rien fait. Ce en quoi, la plupart d’entre eux, ne se trompaient pas, qui en réalité, ne furent jamais rien, pas même ministres ou conseillers, ou gouverneurs en puissance ; tout juste des gagne-petit de la politique, semblables en cela à la masse de manœuvre de tous les partis. Ils n’avaient pas idée de la masse de problèmes auxquels se trouvaient confrontés l’Espagne. tout était petit en eux, les convoitises comme les intrigues. Exactement comme dans un parti. Il fallait voir les membres des Comités les jours de crise. C’était une distribution de gifles – si l’on peut dire – pour atteindre le poste que l’on supposait devoir devenir vacant. On combattait ceux qui étaient en poste (ou l’organisme lui-même), dans l’unique but de les remplacer. Des coteries se formaient comme dans le plus pourri des partis. Toute le monde connaissait l’économie, les finances ou la pédagogie, selon le poste qu’il s’agissait d’investir. Pareil, toujours pareil aux partis. Il suffisait qu’une place de patrouille de contrôle devienne libre (la chose est aussi laide que la gallicisme adopté pour la désigner), pour que les Comités soient envahis par une nuée d’aspirants.. Celui qui pouvait le plus et celui pouvait le moins étaient nés pour être ministre, conseiller, chef militaire, juge, policier. Presque personne n’était né pour être anarchiste. Et pourtant tous, ou presque tous s’étaient appelés et continuaient à s’appeler anarchistes sans susciter de réactions d’indignations dans la majorité. C’est que l’anarchisme de ceux qui ne réagissaient pas, n’était pas non plus, extraordinaire.
Un ami intime, qui est un autre moi-même, m’a parlé de la profonde suffisance des deux conseillers, dont il dut, par malheur supporter la compagnie durant quelques semaines. Lui qui savait inutile ce que nous faisions, qui ne prononça jamais une seule parole pour son crédit personnel, et cela dans tous les endroits ou les circonstances l’amenèrent lui qui n’eut d’autres préoccupations que de voir s’étendre le respect pour l’anarchisme, ce qu’il mena toujours à bien, et ce en quoi bien peu l’imitèrent, se trouva soumis au supplice de voir ses deux camarades bavarder comme des pipelettes, surtout sans connaître rien à rien - semblables en cela à quelques autres conseillers - , et juger que tout ce qui arrivait devait avoir été conçu depuis les origines de la C.N.T. pour qu’ils parviennent à être conseillers. L’un des deux, avec lequel – la pire offense qu’on lui fit -, mon ami fut confondu (et en quoi le pauvre jugeait de l’étendue de son malheur) fut quinze jours malades de chagrin quand il cessa d’être conseiller. Comme en cessant de l’être, il en revenait à n’être rien, son cas était réellement une tragédie.
Pour son aspect comique, parmi mes souvenirs de ces jours-là, figure en bonne place celui de l’individu dont on parlait alors (il était suffisamment charlatan pour cela) comme du futur successeur d’un conseiller. Quand survinrent les rumeurs de crise, il se commanda en tout hâte une demi-douzaine de costumes. Il doit, dans quelques coins, continuer à jouer les matamores révolutionnaires. D’autres s’accrochèrent un fusil à l’épaule et, moralement du moins, ils doivent continuer à le porter. Ils étaient nés pour devenir soldats. D’autres se firent une ou deux maîtresses. Ils étaient nés pour cette chose immonde qui est d’avoir une maîtresse ou deux. D’autres, vu leur nouvelle situation, ne pouvaient faire moins que d’avoir une bonne. Ils l’eurent. Ils étaient nés pour devenir bourgeois, et les pires des bourgeois. D’autres se firent photographier dans toutes les poses imaginables. Ils étaient nés pour devenir danseuses. D’autres… Mais se serait là un conte sans fin. Semblable en cela au camarade peintre qui découvrit que le groupe auquel il participait était composé de boutiquiers et non d’anarchistes., la collaboration nous fit découvrir une infinité de personnes qui, passant pour être anarchistes étaient n’importe quoi sauf anarchistes. Parfois même un n’importe quoi des plus méprisables.
La plupart de ceux qui réagissaient contre tout cela, ne réagissaient pas non plus comme des anarchistes. “ Nous avons la force -disaient-ils- et nous ne devons pas collaborer avec les autres. Puisque nous avons la force, notre devoir est de nous imposer, d’aller jusqu’au bout?. Laissons la question de savoir s’ils avaient ou non la force. Le fait qu’ils dussent l’imposer les emportait très loin de l’anarchisme. Jamais ou quelque chose est imposé, il ne saurait y avoir de l’anarchisme. L’anarchisme signifie, précisément le contraire de ce qui est imposé. Tout ce qui n’est pas réalise par le libre accord n’a aucun rapport avec l’anarchisme. D’autres fois, le langage de ceux qui réagissaient était encore plus anti-anarchiste. « Les minorités audacieuses – affirmaient-ils – se sont toujours emparés du Pouvoir. Nous sommes peut-être une minorité. Mais nous pouvons être audacieux. Le pouvoir est là, presque dans la rue. Courons à lui ».
Ils ne soupçonnaient pas que ce mot : Pouvoir, était la négation achevée de l’anarchisme. D’autres fois, la réaction contre ce qui arrivait s’exprimait ainsi : « Puisque quelqu’un doit exercer la dictature, exerçons-là ». Inutile de souligner ce qu’il y a d’absurde du point de vue anarchiste dans ces propos. Tous ceux qui réagissaient ainsi, qui se croyaient fondamentalement anti-communistes – synonyme, c’est évident d’anti-autoritaires – tenaient , sans le savoir, un discours communiste. Et aujourd’hui, beaucoup continuent à œuvrer qui réagissant contre la collaboration d’hier, ne répondent pas d’une autre façon, ni avec un autre langage, contre ce qu’ils supposent une future inclination à collaborer. (N’est-ce pas une telle inclinaison que tu as suspectée en moi ; supposition plus que gratuite, absurde comme tu vois ou si tu peux encore voir ?). Nous avons la force ; nous sommes une minorité, mais audacieuse ; puisque quelqu’un doit exercer la dictature, exerçons là ; voilà quelques phrases que sous d’autres formes, ils nous assènent sans cesse. Je ne sais pas ce qu’ils attendent pour rentrer dans un Parti qui, croyant aux miracles de la force, qui ayant comme mission la conquête du Pouvoir, se livre aux vertus de la Dictature. Le parti Communiste serait le plus indiqué. De même ceux qui sont nés pour politiquer, pour endosser un uniforme, pour faire office de juge ou pour porter un carnet de police, n’ont rien à faire avec l’anarchisme.
« Les jeunesses barreront tout », m’écris-tu dans ta lettre. Ah, si c’était vrai ! Mais j’ai peur que tu te trompes. Chez les « Jeunesses » que j’ai connues pendant la guerre civile, tout était vieux, archaïque, caduc. Leur anarchisme poussiéreux était celui de l’âge de pierre, un anarchisme drapeau et paso-doble. Peut-être est-ce d’ailleurs pour cela eu tu leur fais confiance. Coïncidence sans doute. Si elles ont changé, personne ne sera plus heureux que moi. Celles que j’ai connues ne laissaient avec jouissance qu’un auteur infect : Vargas Vila. Déclarer, ce qui est vrai, que Vargas Vila était plus que médiocre, elles les prenaient pour une insulte. Dans un autre domaine, je vais te conter une nouvelle anecdote, pour que tu puisses juger, si cela t’est possible, jusqu’à quel point elles étaient vieillottes. L’ami intime dont je t’ai parlé précédemment, écœuré de voir un parvenu s’exprimer à toute heure, au nom de la C.N.T., à la Radio, à l’université, dans les Théâtres, en tous lieux, sur l’économie, la culture, les finances, la guerre, sur tout en fait, amoncelant bourdes sur bourdes et couvrant par-là même l’organisation de ridicule, mon ami donc, proposa au cours d’une réunion privée, un rien ironiquement que l’on placarde quelques affichettes sur les murs, avec ces simples mots : « Aujourd’hui, de telle heure à telle heure, le camarade X… ne parlera pas. » Trois ou quatre membres éminents des jeunesses assistaient à cette réunion. Plus de deux années après, la guerre s’achevant, ils ne saluaient toujours pas mon ami.
Je conclus. Et vois comment ; en admettant qu’une collaboration future, que tu dis ne pas désirer, ce dont je doute – je t’ai déjà dit ce qu’un lecteur attentif pourrait découvrir dans ta lettre -, et que je suis certain de ne pas rechercher, serait peut-être souhaitable. Elle agirait à la manière d’un filtre, et probablement les quelques centaines d’anarchistes que nous restons vraiment, se verraient encore diminués. Ce qui, tout bien considéré, ne serait pas un préjudice. Que signifient, pour l’anarchisme, ceux qui ne le ressentent pas, ni ne le connaissent ?
Fabio
http://www.cmaq.net/fr/node/25485

samedi 22 mai 2010

Lautréamont

 Isidore Ducasse et le Comte de Lautréamont dans les Poésies

Lautréamont est entré par la voie de Maldoror dans l'histoire littéraire, et cela, avec une maîtrise telle qu'Isidore Ducasse, l'auteur des Poésies, lui est presque redevable de n'en être pas exclu. Des jugements critiques, combien se disculpent en effet, à travers l'embarras ou la désinvolture avec laquelle ils abordent la "Préface à un livre futur" d'un désaveu tacite, d'un blâme inavoué aux Poésies ? Aucun sans doute, tant il est vrai que la désaffection n'apparaît pas moindre dans cette volonté d'assujettir au mécanisme d'une logique purement formelle le délicat processus où se différencient les multiples aspects d'un même être.
Faut-il rappeler autour de quel dilemme gravitent la plupart des explications proposées jusqu'à présent ? Où les Poésies succèdent à Maldoror comme à la "révolte sans merci" un "conformisme sans nuances" (Camus); où le nihilisme systématique des Chants se fraie une voie nouvelle sous une mystification cynique. En d'autres termes, ou Lautréamont renonce (on ne pouvait mieux dédoubler - et aux frais d'un exemple plus complaisant - le paradoxe de Rimbaud), ou il dissimule. Dans les deux cas, pareil comportement ne trahit rien; chez qui le suppose à se point idéal, que l'état d'une pensée préoccupée de ses propres reflets et partant, fort peu soucieuse de la réalité concrète. Cependant, le problème des Poésies, si complexe soit-il, ne justifie nullement l'absence d'une solution objective.
Personne ne songerait à nier l'emprise, sur les chants de Maldoror, de l'"objet" biologique, psychologique et social, personne depuis l'étude perspicace de Léon-Pierre Quint, ne refuserait de discerner, entremêlées dans l'œuvre, trois déterminations en dépendance étroite avec la vie d'Isidore Ducasse: l'agressivité sexuelle, l'intervention de plus en plus attestée du contrôle rationnel et un contenu éthico-idéologique plus précisément centré sur la révolte. Bien entendu, aucun de ces caractères ne se manifeste à l'état pur avec des particularités définies une fois pour toutes, mais chacun d'entre eux s'amalgame au contraire, soumis à des lois d'interdépendance, dans un mouvement, une progression où l'un ne se transforme qu'en modifiant l'autre. A chaque instant, le contrôle accouple et dissocie ainsi révolte et agressivité sexuelle comme, par un processus similaire, il traite chez Kafka, en analyse et synthèses, angoisse instinctive et responsabilité consciente.
Ceci dit, Maldoror aboutit aux "Poésies". Précisons: la Préface à un livre futur n'apparaît ni comme la négation formelle des Chants, ni comme leur prolongement, mais s'affirme davantage comme un dépassement où Maldoror, bien que nié, offre en se conservant une synthèse des contradictions devenues critiques au chant VI et, de ce fait, se révèle l'aboutissement, par un bond qualitatif, d'une transformation demeurée, jusqu'à la disparition de Maldoror, purement quantitative.
Entre Maldoror et les Poésies, c'est la disparité, à la lecture successive des deux œuvres, qui est avant tout ressentie; elle est rupture d'accoutumance dans les sensations, non pas - a priori - dans le jugement, mais, curieux malentendu, c'est en fonction de ce malaise né du passage sans transition de la tornade au calme plat que l'on s'accorde à juger l'oeuvre posthume d'Isidore Ducasse; c'est dans l'effervescence, le bouillonnement, la frénésie maldororienne que l'on persiste, une fois négligé le contenu et le sens de la révolte; à préjuger de la Préface et de sa froide détermination selon l'intensité passionnelle des Chants. Encore si l'étonnement naissait de cette maîtrise avec laquelle le contrôle rationnel passe au premier plan de l'oeuvre, de cette prestesse à jouer du garrot sur le cou de l'érotisme ou de la volonté du Chant VI à métamorphoser les taches de sang en taches d'encre qu'il va suffire aux Poésies d'effacer ! Car la question vaut d'être posée: quelles causes ont présidé à l'élimination, au sein du dernier ouvrage d'Isidore Ducasse, de tout élément spontané, instinctif, incontrôlé ?
Que Ducasse liquide ses problèmes sexuels, la strophe des pédérastes, à mi-chemin entre l'aveu et la provocation, en fait foi. Sans doute laisse-t-il à une conduite active le soin de normaliser son état psychologique, de rétablir en lui un équilibre trop longtemps compromis par les tabous d'une société qu'il détestait à force de la sentir toute puissante. Quoi qu'il en soit, - et ceci, loin de l'exclure, s'unit en interdépendance étroite à l'hypothèse précédente - d'autres préoccupations polarisent ses facultés d'analyse. Avec la chute de Maldoror devrait se briser, comme nous le verrons, l'atroce tête-à-tête entre le moi et la solitude, entre une sensibilité exacerbée et un océan de haine et de passions. Au-delà du moi, Ducasse découvre le monde, les idées et les hommes, d'où la quête d'une vérité nouvelle, celle Poésies des et du groupe Sircos-Damé.
Les Poésies vont matérialiser le triomphe de la lucidité sur les forces confuses de l'inconscient, elles consacreront, pour parler selon Nietzsche, la victoire de l'apollinien sur le dionysiaque. Maldoror, quant à lui, porte les stigmates de la lutte. Jamais traces d'un tel combat ne furent plus apparentes en matière littéraire. La lucidité de Lautréamont se reflète toute entière dans son œuvre, elle la transforme à mesure qu'elle progresse, elle se dégage de Maldoror pour le reconstruire. Si, à l'origine, elle se bornait à transformer, à rationaliser les pulsions inconscientes au niveau de la conscience, elle acquiert rapidement le pouvoir de les vider de leur contenu, de les ordonner selon les prémisses d'un monde idéologique déjà défini, celui du mal, celui de Maldoror. Rien ne marque davantage le rythme de l'oeuvre que la constante régression du concret devant l'abstrait. (Un exemple parmi d'autres: la lutte entre Maldoror et le dragon du chant III se traduit par l'opposition du Mal à l'Espérance et annonce les commentaires ironiques du chant IV). Sans cesse la prise de conscience se dépouille des éléments instinctifs, spontanés pour s'élever à une autonomie discursive, absolue au point de laisser pour compte le recours à une expérience concrète dont elle était cependant solidaire à ses débuts. C'est le stade où Maldoror, nouveau Rocambole, se commet dans un roman-fiction où "chaque truc à effet, comme l'annonce Ducasse, paraîtra dans son lieu".
L'intérêt du chant VI ne réside pas médiocrement dans ce double mouvement, dans l'exposition simultanée d'une réalité perçue d'une part, lors de son incidence sur la conscience, sous une forme symbolique et - à ce titre de signe, de concept - choisie comme objet de spéculations oiseuses, quand d'autre part, une analyse toujours plus pénétrante conduit Lautréamont au-delà du moi, vers le monde extérieur, vers cette même réalité dont l'écho va s'affaiblissant sous les fioritures de l'oeuvre, sous le jeu gratuit de la fiction. Étape critique nullement étrangère, d'ailleurs, au génie de Lautréamont, et qu'il domine avec ce talent bien particulier d'exprimer jusqu'au sarcasme les troubles d'une pensée saisie, sous ses propres reflets, au terme d'une démarche contradictoire. De fait, - descriptions naturalistes et propos ésotériques confinent - la mort de Mervyn et les rébus du chant VI en font foi - à la même précision extravagante, à la même ironie dans le détail; mais le rire ambigu de Lautréamont cesse de masquer ici le désaccord de base, il l'accentue au contraire, il le distend jusqu'à l'antagonisme, il tient lieu des trois points qui marquent, avec l'impossibilité de terminer un vers, le désir de recommencer le poème. Les Poésies répondent à ce désir. La contradiction entre réalisme et formalisme, Ducasse la dépasse en s'élevant au niveau d'un système philosophique, non plus sur une base arbitraire, conventionnelle, inacceptable, mais par sa volonté d'admettre des structures objectives et de les traiter en fonction d'une observation critique. Les faits, débarrassés du lyrisme qui les transfigurait, les enflait comme des voiles sur la mer maldororienne, seront choisis, dans Poésies, selon leur valeur démonstrative ou exemplaire. Pierre de touche: quel récit sanglant, quel forfait de Maldoror n'eût pas engendré, dans la tourmente des Chants, l'évocation sinistre de Troppmann, dont le nom seul figure, illustrant le refus de la révolte effrénée, dans un aphorisme des plaquettes;
Reste une troisième contradiction, celle-ci, au niveau des idées, sur le plan de la révolte. Ce n'est plus Maldoror, l'être imaginaire, l'homme aux lèvres de jaspe qui est mis en accusation, mais tout le système philosophique auquel il servait à la fois d'illustration et de porte-parole. Il s'agit de refondre le problème du mal sur des données nouvelles.
Du Mal, considéré comme immanent au monde, Lautréamont suscitait avec Maldoror une forme aiguë, paroxystique, d'une violence inouïe qu'il entendait retourner contre la fausse bonne conscience universelle, contre un dessèchement moral responsable, selon lui, de maintenir le Bien suprême dans une transcendance perpétuelle. En effet, si Maldoror représente une étape vers un monde meilleur, il n'en reste pas moins exclu à jamais de ce monde. N'est-ce pas sa malédiction, son tourment de damné, de chevaucher aux côtés de Mario sans se confondre avec lui, de dévaster sans voir s'élever sur les ruines le "recommencement de tout" si chez à Netchaïev ? Qui qu'il en soit, Maldoror, destructeur du mal, s'élève jusqu'à Dieu, créateur de ce mal; il participe à l'incessante régénération du monde comme une force surnaturelle active. Or, dans la mesure où le sublime Révolté vit, croît, se développe au fil du livre, un double échec s'annonce et se précise. Dissociés du réel par le caractère même de l'oeuvre à son déclin, l'efficacité de Maldoror et, conséquemment, la valeur du principe qu'il représente, s'entortillent de phrases vaines, manifestent une activité de mouche sur la toile d'araignée avant de s'immobiliser dans une confusion où, la maîtrise littéraire aidant, surnagent la spéculation pure, l'acrobatie du formalisme, un succédané de l'art pour l'art, en quelque sorte, qui, s'il satisfait à la vanité de l'homme de lettres, s'inscrit en faux contre le dessein du révolté. A ce propos, qu'on le veuille ou non, Ducasse restera toute sa vie un révolté, un homme pour qui le monde doit être changé; et qui s'y emploie.
Pourquoi Lautréamont renie-t-il le fantoche Maldoror, le révolté pour rire, l'insurgé littéraire ? Cela s'explique sans peine. Si Ducasse pouvait espérer d'un lecteur proche de ses conceptions qu'il prêtât une oreille attentive aux paroles insidieusement murmurées par son héros à l'enfant des Tuileries ("Est-ce que tu ne voudrais pas un jour dominer tes semblables ? ... Les moyens vertueux et bonasses ne mènent à rien...), du moins juge-t-il autrement quand il laisse Maldoror s'engluer dans le rôle d'un bouffon nihiliste. La scène du fou Aghone est révélatrice sur ce point: "Quel était le but de Maldoror ? .... Acquérir un ami à toute épreuve, assez naïf pour obéir au moindre de ses commandements", écrit Ducasse et il ajoute: "C'est Aghone même qu'il lui faut". Maldoror, réduit à chercher son public parmi les délirants, laisse présumer une seconde raison de son rejet. L'immobilisme d'une révolte intégrale rejoint ici la vanité des violences unilatéralement exercées contre le mal.
Puisque le Bien ne peut naître en dernière analyse d'une auto-destruction du Mal, c'est que "les prémisses sont radicalement fausses"; de là aux Poésies, à l'acceptation du bien et à la reconnaissance de son appétition comme principe premier dans la négation future du mal, il n'y a qu'un pas. Quant à l'aspect mythique, privé d'efficacité, il va disparaître au profit d'un langage direct, d'une pensée claire et concise, ne gardant d'irréel que le contenu parfois utopique d'aphorismes et de maximes par ailleurs résolument dirigées vers l'action.
Ducasse ne choisit pas entre révolte ou renoncement mais il passe de l'opposition thèse-antithèse à une synthèse qui forme la révolte des Poésies. Si celles-ci l'engagent dans une voie davantage en conformité avec la réalité du monde où il vit, il n'en faut surtout pas conclure qu'il porte aux nues, ni même qu'il admet - par quel mystère de la psychologie ? - cet état de fait contre lequel il déchaîna Maldoror, contre lequel, avec une égale ferveur, l'anarchiste Émile Henry jettera, vingt-cinq ans plus tard, sa haine et sa bombe. Certes, la violence a perdu son attrait, mais sans contrarier pour autant la volonté d'opposer aux forces du mal le désir d'accéder et de faire accéder l'humanité à une vie meilleure. Qu'on soit en droit de parler d'opposition, cela apparaît clairement, sitôt les Poésies reconsidérées dans l'époque où elle sont nées. On oublie trop souvent, outre le fait que les aphorismes tirent leur signification du contexte et du système élaboré par Ducasse, que le refus de la guerre est contemporain des campagnes bellicistes de la presse (1870), que les railleries à l'adresse des "romanciers de cour d'assises" pointent l'index contre les Houssaye, Augier, Dumas et autres qui suivent le procès Troppmann (voir le compte-rendu dans la Marseillaise du 28 décembre 1869).
Ce recours au milieu historique, non seulement le bon sens le légitime, mais les faits eux-mêmes l'exigent. Si les causes internes constituent, comme nous l'avons vu la base des changements, la condition de ces changements doit être recherché dans les causes extérieures. Une fois analysé le passage d'un liquide à l'état gazeux, étudier la température adéquate à une telle transformation, s'impose nécessairement. De même faut-il expliquer sous quelles influences extérieures les Poésies se différencient qualitativement de Maldoror.
Pour n'avoir pas bouleversé Ducasse autant qu'on l'a prétendu, l'échec des Chants de Maldoror n'en joue pas moins un rôle très important dans sa détermination. Non qu'il faille imaginer, dictée par un désir de gloire, une palinodie complaisante, mais parce que le refus du livre et par le public et par la censure concrétisait, prouvait pratiquement la vanité d'une révolte déjà dénoncée dans l'œuvre et dans la pensée de l'auteur. "Le tout est tombé à l'eau. Cela me fit ouvrir les yeux" écrit-il à Darasse. Pourquoi dès lors ne pas laisser la plume, disparaître sous une peau d'intellectuel anonyme ? C'est que parallèlement à la faillite de Maldoror, s'affirmait à la fois dans l'esprit de Ducasse et dans son entourage, le succès des idées développées au cours des Poésies. Quand il rédige ses plaquettes, Lautréamont n'est plus seul. Sa "philosophie de la poésie" doit rencontrer, il le sait, l'adhésion d'un groupe littéraire, d'un mouvement de jeunes dont les idées encore incertaines s'expriment dans les revues "La jeunesse" (qui deviendra "L'Union des Jeunes") et "L'Avenir littéraire, philosophique et scientifique." Les directeurs de ces revues ne sont autres qu'Alfred Sircos et Frédéric Damé, tous deux cités dans la dédicace des Poésies. Le but ? Un éditorial de La jeunesse le précise: "Travaillons donc mes frères à rendre à l'humanité sa belle prérogative: l'amour. Je m'adresse à vous, soldats de l'intelligence: écrivains, poètes, publicistes, artistes..... Ce n'est que d'aujourd'hui que peut commencer le progrès de l'ordre moral". Dix degrés de plus dans le style et nous voilà aux niveaux des Poésies. Que l'on compara aussi au massacre des "grandes têtes molles de notre siècle" le conseil de Damé: "Le meilleur moyen de combattre cette décadence morale qui nous envahit est d'étudier la presse moderne qui a tant contribué à ce triste résultat". Les Poésies tendent à s'affirmer comme le manifeste d'un mouvement novateur comme Ducasse apparaît l'esprit le plus lucide et le plus conséquent. Ne proclame-t-il pas sa filiation à l'équipe de "redressement moral" lorsqu'il écrit, comme en écho à ce préambule d'une des revues "L'avenir - c'est à dire le Mal faisant place au Bien, le Laid faisant place au Beau, le Petit faisant place au Grand....", l'exergue fameux des Poésies : "Je remplace la mélancolie par le courage, le doute par la certitude, le désespoir par l'espoir, la méchanceté par le bien, les plaintes par le devoir, le scepticisme par la foi, les sophismes par la froideur du calme et l'orgueil par la modestie ?"
Rien en cela qui doive nous surprendre. Ducasse avait dû plus d'une fois s'entretenir de telles questions avec Alfred Sircos, le seul critique suffisamment clairvoyant pour saluer la parution du premier chant de Maldoror et qui avait pu écrire (sous le pseudonyme d'Epistémon): "Cet ouvrage ne passera pas confondu avec les autres publications du jour; son originalité peu commune nous est garantie". Second témoignage des rapports qui unirent les deux hommes: les plaquettes furent éditées à la librairie Gabrie, 25 Passage Verdeau, précisément où L'Union des Jeunes tenait ses bureaux. Conscient de l'appui et de l'efficacité que rencontrerait son système de pensée, Ducasse n'avait plus aucune raison de différer jusqu'à une élaboration complète les vues nouvelles qui devaient bouleverser ses contemporains. La Préface à un livre futur, en rejoignant les conceptions timides du mouvement Sircos-Damé (encore inorganisé), le dépasse vers une solution plus originale du problème, une solution reçue par la filière de Maldoror et déterminée à ne plus s'écarter du concret, de la lutte réelle, d'une organisation militante dont les règles d'action eussent été précisées dans un développement ultérieur des Poésies. C'est pourquoi toute étude devra se fonder désormais, non seulement sur la dialectique Maldoror-Poésies, mais aussi sur le contexte historique qui les a vu naître, sur les interactions de l'époque et l'évolution tant psychologique qu'idéologique de Lautréamont. Ainsi, il faut admettre que les Poésies s'adressent avant tout aux hommes du Second Empire croulant, comme la Théorie de l'Unité Universelle de Fourier exigeait au préalable l'appui des philanthropes contemporains; à cette condition, on comprendra combien l'œuvre tâtonnante de Ducasse reflète la lente prise de conscience de l'opprimé, comment, aux côtés de Maldoror, d'un individualisme monstrueux - d'une volonté de vivre pour soi dans le défi des autres, au milieu d'un monde où chacun vit pour soi dans la crainte des autres - prend naissance et se développe le désir de vivre pour tous, de se réaliser dans une société où l'intérêt général préviendrait l'intérêt de chacun.  

Ainsi conçue, toute analyse aboutira fatalement à le préciser: Maldoror et les Poésies apparaissent en dernier ressort comme le reflet de la double tendance du mouvement anarchiste, de sa perpétuelle oscillation de la violence pure à l'utopie réformatrice.


Raoul Vaneigem

 

jeudi 20 mai 2010

ÊTES-VOUS UN HOMME DE VOTRE TEMPS ?

A l'occasion de la publication de La Vie innommable de Michel Bounan, paru en 1993, un dépliant, offert par l'éditeur et diffusé dans quelques librairies, proposait au lecteur un genre de test pour contrôler par lui-même s'il était réellement un "homme de son temps". On lui proposait ainsi trois réponses possibles à diverses questions et les résultats de ce test étaient publiés en dernière page.

Les questions, réparties en quatre volets, étaient les suivantes :

NOTRE PLANÈTE

DÉSERTS : les nouvelles techniques agricoles et les mouvements de l'économie mondiale ont modifié l'importance des terres désertiques.

a - Les déserts reculent actuellement de 15 000 hectares par an.
b - Les déserts n'ont pratiquement pas reculé depuis deux siècles
c - La désertification des terres s'accroît actuellement et irréversiblement de 15 000 hectares par jour.

POLLUTION : huit à vingt mille tonnes de produits chimiques toxiques sont déversées chaque jour dans l'atmosphère. Un rapport de l'Environnemental Protection Agency, passant en revue 320 de ces produits, reconnaît que 60 d'entre eux sont malheureusement cancérogènes.

a - Ces 60 produits sont soumis à des normes de pollution
b - Seulement 47 d'entre eux sont soumis à de telles normes.
c - Seulement 7 d'entre eux y sont soumis.

FAMINES : les cultures industrielles, l'économie de marché et ses conséquences politiques, provoquent la mort par malnutrition de 20 000 enfants.

a - depuis dix ans
b - chaque année
c - chaque jour

SIDA : selon l'O.M.S., l'épidémie de sida touchera dans sept ans trente millions d'individus. Le professeur Montagnier en a découvert les causes.

a - Il a toujours affirmé que le virus du sida en était le seul responsable.
b - Il a aussi évoqué certains "cofacteurs", mais exclusivement microbiens.
c - Il a évoqué d'autres "cofacteurs", "liés à notre civilisation", et particulièrement : la pollution et la malnutrition.

NOTRE SOCIÉTÉ


SUICIDES : notre organisation sociale, qualifiée "d'hédoniste" et de "permissive", a réussi à changer la vie. Ainsi, en France, au cours des quinze dernières années, les suicides d'adolescents :

a - ont régressé de 8%.
b - ont augmenté de 8%.
c - ont doublé.

DROGUES : pour certains psychiatres, la toxicomanie serait une espèce de "suicide chronique". Une enquête menée par le Center of Disease Control d'Atlanta a révélé que le tiers des lycéens avaient consommé de la drogue :

a - au moins une fois dans leur vie.
b - au cours de l'année précédente.
c - au cours du mois précédent.

ILLETTRISME : selon le Groupe Permanent de Lutte contre l'Illetrisme, certains Français passent sur les bancs de l'école sans apprendre à lire ni écrire.

a - Ce phénomène concerne actuellement 1 Français sur 1000.
b - Il concerne presque 1 Français sur 100.
c - Il concerne 1 Français sur 5.

VIOLENCE : violence, racisme, xénophobie et conflits interéthniques se propagent partout dans le monde. L'Histoire a montré que :

a - de tels conflits peuvent mettre un Etat moderne en danger.
b - un Etat moderne a les moyens de les maîtriser.
c - un Etat moderne peut les créer de toutes pièces pour prévenir des désordres qu'il craint davantage.

NOTRE ESPÉRANCE DE VIE


MALADIES INFECTIEUSES : Chaque année, l'industrie pharmaceutique met au point de nouveaux antibiotiques Ainsi, depuis dix ans, en France :

a - La mortalité infectieuse a régressé de 7%.
b - la mortalité infectieuse n'a presque pas régressé.
c - la mortalité infectieuse a doublé.

CANCERS : le traitement moderne du cancer et son dépistage précoce en ont modifié le pronostic. Dans les vingt-huit pays les plus industrialisés, entre 1960 et 1980,

a - la mortalité cancéreuse a reculé de 7%.
b - cette mortalité est toujours aussi importante.
c - la mortalité cancéreuse a augmenté de 47%.

MALADIES CARDIO-VASCULAIRES : ces maladies provoquent presque le tiers des décès mondiaux. Au cour des dix dernières années, les régimes sans cholestérol et les progrès de la chirurgie cardiaque en ont modifié l'importance.

a - Ces affections ont régressé de 3%.
b - Elles n'ont quasiment pas régressé.
c - Elles ont augmenté de 23%.

MALADIES IATROGÈNES : chaque année, des Français meurent du fait des médicaments qui leurs sont prescrits.

a - Ce drame concerne chaque année une trentaine de Français.
b - Il concerne, en fait, près de 300 Français.
c - Il concerne, chaque année, 30 000 Français.

LES GRANDS PROBLÈMES DE NOTRE TEMPS


L'ÉNERGIE MONDIALE : il existe actuellement un conflit entre les partisans de l'énergie nucléaire et ses adversaires. Il faut pourtant savoir que :

a - l'énergie nucléaire est sans danger pour la santé publique.
b - les énergies dites "alternatives" sont moins dangereuses et tout aussi efficaces.
c - ces quantités fabuleuses d'énergie, dont on discute l'efficacité, ne servent qu'à faire fonctionner l'immense appareil d'oppression moderne.

L'HYGIÈNE PUBLIQUE : de nombreuses substances cancérogènes contaminent notre alimentation.

a - Les pouvoirs publics veillent à ce que ces substances soient maintenues en deçà d'un seuil dangereux.
b - Il faut y veiller nous-mêmes, à l'aide d'experts indépendants.
c - Le phénomène de syncarcinogenèse, connu de tous les cancérologues, entraîne qu'il n'existe aucun "seuil tolérable", qu'il s'agisse d'un bluff médiatique ou d'un mensonge d'État.

L'INFORMATION : Les relations que les médias entretiennent avec les pouvoirs économiques et politiques intéressent l'objectivité de l'information. On doit pourtant savoir que :

a - la presse et la télévision sont indépendantes de toute pression financière ou politique.
b - les médias sont obligés de mentir à tout propos pour protéger leurs protecteurs.
c - les médias n'ont presque jamais à mentir puisque ce qui survient en a la permission et est justement destiné à être rapporté par les médias.

L'HISTOIRE CONTEMPORAINE : une civilisation est un ensemble cohérent de rapports économiques, sociaux, idéologiques. Il est aisé de comprendre par ce qui précède, et de vérifier dans l'histoire :

a - que notre civilisation est aimable parce qu'elle comble, chaque année davantage, nos vœux de prospérité, de bonheur et de santé.
b - que notre civilisation est indestructible, parce qu'elle fait travailler pour elle les forces qui devraient la dissoudre.
c - qu'aucune civilisation ne triomphe impunément de la vie et que les cellules cancéreuses meurent quand même de leur succès.

* * *
"Pour chacune des questions, la première réponse proposée, toujours démesurément mensongère, correspondait pourtant à ce qui semblait communément le plus vraisemblable ; et qui l'avait crue véridique pouvait bien se glorifier d'être un "homme de son temps". Le choix de la deuxième réponse impliquait sans doute une certaine méfiance vis à vis de la plus grande stupidité consensuelle, mais une ignorance presque aussi grande de la tragique réalité moderne. La troisième réponse enfin, la plus scandaleuse, était malheureusement la seule vraie, comme aurait pu l'apprendre tout lecteur attentif du Rapport sur la planète terre (éd. Stock), de la presse médicale spécialisée et de quelques autres journaux plus diffusés.

Les seize questions de ce test, reproduites ici, concernaient l'état actuel de notre planète, les mérites de notre organisation sociale moderne, l'espérance de vie qu'on pouvait en attendre, et enfin quelques problèmes généraux contemporains. Quand à la forme et au ton des questions, ils devaient naturellement paraître outrageants à ceux qui entretenaient encore de dangereuses illusions sur le désastre actuel et qui, par la même, y contribuaient."


 MICHEL BOUNAN


mercredi 19 mai 2010

Omar Khayyam

La vie de Khayyam est entourée de mystère, et peu de sources sont disponibles pour nous permettre de la retracer avec précision. Les chercheurs pensent généralement qu'Omar Khayyam est né dans une famille d'artisans de Nichapur (son père était probablement fabriquant de tentes). Il a passé son enfance dans la ville de Balhi, où il étudie sous la direction de Sheik Mohammad Mansuri, un des chercheurs les plus célèbres de son temps. Dans sa jeunesse, Omar Khayyām étudie aussi sous la direction de Imam Mowaffak de Nishapur, considéré comme le meilleur professeur du Khorasan.                                             
La légende dit, qu'Abou-Ali-Hassan (Nizam al-Mulk) et Hassan ibn al-Sabbah étudiaient alors également sous la direction de ce maître ; ce qui allait donner lieu à une sorte de pacte légendaire entre les trois hommes. La croyance populaire voulait que tout jeune homme qui étudiait sous les ordres de cet éminent Imam connaitrait un jour bonheur et honneur. Les trois étudiants, étant devenus amis, auraient alors fait le serment suivant : « Celui d'entre nous qui atteindra la gloire ou la fortune devra partager à égalité avec les deux autres ». Cette alliance légendaire reste toutefois bien improbable lorsqu'on sait que Nizam al-Mulk était de 30 ans l'ainé d'Omar et qu'hassan-ibn-Sabbah devait avoir au moins 10 ans de plus que Khayyam.
Ses poèmes sont appelés « Rubaïyat » (persan: رباعى [robā`i], pluriel [robā`iāt] ), ce qui signifie « Quatrains ». Les quatrains de Khayyam, s'ils semblent pouvoir se passer de commentaires, recèlent, selon Idries Shah, des perles mystiques, faisant de Khayyam un soufi. Il aurait prôné l'ivresse de Dieu, et se disait infidèle mais croyant. Au delà du premier degré hédoniste, les quatrains auraient donc selon ce commentateur une dimension mystique.
Dans la pratique Khayyam se montre bel et bien fort critique vis-à-vis des religieux - et de la religion - de son temps. Quant au vin dont la mention revient fréquemment dans ses quatrains, le contexte où il se place constamment (agréable compagnie de jeunes femmes ou d'échansons, refus de poursuivre la recherche de cette connaissance que Khayyam a jadis tant aimée) ne lui laisse guère de latitude pour être allégorique.
Le temps s'échappe à tire-d'aile? Sois sans peur.
Et l'heureux sort n'est pas éternel? Sois sans peur.
Profite de l'instant que te vaut la Fortune.
Sans regret, sans regard vers le ciel, sois sans peur.
Aujourd'hui sur demain tu ne peux avoir prise.
Penser au lendemain, c'est être d'humeur grise.
Ne perds pas cet instant, si ton cœur n'est pas noir
car nul ne sait comment nos demains se déguisent.

Omar Kayyam
(Perse, XII s.)

De tous les voyageurs qui ont pris cette route,
Qui donc est revenu, a rebroussé chemin?

Prends garde de ne laisser peine d'amour en route,

car tu ne reviendras, jamais, ici, demain.

Omar Khayyam


QUATRAINS

OMAR KHAYYAM
Traduction


Celui qui fit la coupe aime aussi la briser!
Chers visages si beaux, et seins doux au baiser,
Par quel amour créés, détruits par quelle haine,
Périssez-vous, trésors de cette fleur humaine?

Étreins bien ton amour, bois son regard si beau,
Et sa voix, et ses chants, avant que le tombeau
Te garde, pauvre amant, poussière en la poussière,
Sans chansons, sans chanteuse amie, et sans lumière.

Puisque ce monde est triste et que ton âme pure,
O mon amie, un jour, doit aller chez les morts,
Oh ! viens t’asseoir parmi les fleurs sur la verdure,
Avant que d’autres fleurs s’élèvent de nos corps.

Que vos pas soient légers à ces mousses fleuries,
Près de ces flots riants comme des pierreries,
Car on ne peut savoir de quelles lèvres douces
Et mortes, ont jailli ces fleurs parmi ces mousses.

L’homme est une poupée en la main d’un géant
Nous sommes des jouets sur le damier des êtres,
Et le quittons bientôt pour rentrer au néant,
Dans la botte et dans l’ombre où les vers sont nos maîtres.

Cloué, les yeux fermés, sur les hauts murs de Khous,
Pend l’affreux chef saignant du fier Key-Kavous.
Sur son crâne un corbeau crie en raillant sa gloire,
Où sont tes clairons d’or qui sonnaient ta victoire?

Que d’êtres non vivants qui vivent sur la terre !
Que d’autres enfouis au séjour du mystère !
Et devant ce désert du néant, je me dis
Que d’êtres y viendront, combien en sont partis !

Tu vis donc se fermer, plein d’adorables choses,
Ce livre, ta jeunesse, et se mourir les roses
Du jardin, d’où l’oiseau d’hier s’est envolé...
— Où, pourquoi, qui le sait? Où s’en est-il allé?

Sois jaloux en voyant la rose qui s’effeuille;
Elle sourit et dit à celui qui la cueille
Déchirant le cordon de ma ceinture, enfin,
Je répands mes trésors d’amour sur le jardin!

Comme l’aube écartait le rideau de la nuit,
Quelqu’un de la taverne a crié : le temps fuit;
Remplis ta coupe avec la liqueur de la vie,
Et sois ivre, avant l’heure où la source est tarie.

Épervier fou, laissant le séjour du mystère,
Mon âme avait voulu monter encore plus haut;
Je n’ai point ici-bas trouvé ce qu’il lui faut,
Et rentre d’où je viens, mal content de la terre.

Que de soirs, avant nous, ont éteint leur clarté !...
Oh! prends garde, en posant ton pied sur la poussière,
Car peut-être fut-elle, aujourd’hui sans lumière,
La prunelle des yeux d’une jeune beauté?

Les sages te l’ont dit : cette vie est un songe,
Une chose est certaine, et le reste est mensonge,
Une chose est certaine ainsi que nos amours,
La fleur s’épanouit, puis meurt, et pour toujours.

Plus rouge, plus ardente et plus fière est la rose
Qui fleurit à la place où quelque Émir repose,
Ainsi que la jacinthe en la mousse des bois,
Pâle, sort d’une tête adorable autrefois,

Toute espérance est vaine où notre cœur s’endort,
Et cendre elle devient; car tout va vers la mort.
Dans le désert ainsi disparaît la lumière
De la neige, éclairant sa face de poussière.

Eux-mêmes les savants, ces scrutateurs des causes,
Sans cesse poursuivant la vérité qui fuit,
N’ont pu faire un seul pas hors de l’ombre des choses,
Et, nous contant leur fable, ils rentrent dans la nuit.

Allah, Toi qui parfois T’endors, puis Te réveilles,
Te caches, puis soudain brilles en des merveilles,
Essence du spectacle, autant que spectateur
Serait-ce pour Toi seul que Tu T’en fais l’auteur?

Ce monde, moins que rien, n’est qu’un rêve pour Lui;
Sa splendeur, soleil d’or qui jaillit de la nuit,
Une heure fait briller des poussières d’atomes
— Et tout cela, vaine apparence de fantômes!

Nous sommes descendus très bas, et cette vie,
Où nous venions trop tard peut-être, a contenté
Si mal en ses désirs notre âme inassouvie,
Qu’il lui plaît de sortir d’un monde sans beauté.

Voici le printemps clair où les lys vont renaître,
Où, comme ravivé du souffle de Jésus,
Le rosier va fleurir, et le ciel au-dessus
Verser des pleurs d’amour, en pensant à son Maître.

mardi 18 mai 2010

Berlin le 17 juin 1953

Thèse:111  Guy Debord : La Société du Spectacle
"A ce moment du développement, le titre de propriété de la bureaucratie s'effondre déjà à l'échelle internationale. Le pouvoir qui s'était établi nationalement en tant que modèle fondamentalement internationaliste doit admettre qu'il ne peut plus prétendre maintenir sa cohésion mensongère au delà de chaque frontière nationale. L'inégal développement économique que connaissent des bureaucraties, aux intérêts concurrents, qui ont réussi à posséder leur «socialisme» en dehors d'un seul pays, a conduit à l'affrontement public et complet du mensonge russe et du mensonge chinois. A partir de ce point, chaque période stalinienne dans quelques classes ouvrières nationales, doit suivre sa propre voie. S'ajoutant aux manifestations de négation intérieure qui commencèrent à s'affirmer devant le monde avec la révolte ouvrière de Berlin-Est opposant aux bureaucrates son exigence d'«un gouvernement de métallurgistes», et qui sont déjà allées une fois jusqu'au pouvoir des conseils ouvriers de Hongrie, la décomposition mondiale de l'alliance de la mystification bureaucratique est, en dernière analyse, le facteur le plus défavorable pour le développement actuel de la société capitaliste. La bourgeoisie est en train de perdre l'adversaire qui la soutenait objectivement en unifiant illusoirement toute négation de l'ordre existant. Une telle division du travail spectaculaire voit sa fin quand le rôle pseudo-révolutionnaire se divise à son tour. L'élément spectaculaire de la dissolution du mouvement ouvrier va être lui-même dissous..."
On est en pleine guerre froide entre l'Est et l'Ouest. A l'Ouest se poursuit la politique d'intégration de l'Allemagne de l'Ouest dans le système de défense occidental, face à la puissance soviétique. Et politiques et médias se déchaînent contre le "régime de Pankow" – ainsi qu'on appelle la RDA. On réclame des élections libres dans toute l'Allemagne, comme préalable à la réunification du pays.
A l'Est, on dénonce sans relâche les "revanchards" et "militaristes" d'Allemagne de l'Ouest. Mais depuis la fin de la guerre, la politique soviétique oscille entre deux objectifs : œuvrer pour une Allemagne démilitarisée et unie ou, à défaut, faire de la zone soviétique un bastion avancé, intégré dans la sphère d'influence soviétique, face à l'Ouest.
En mars 1952, le gouvernement soviétique propose aux pays occidentaux des négociations en vue d'une Allemagne démilitarisée et unie. Refus des Occidentaux, qui considèrent qu'il ne s'agit que d'une manœuvre des Soviétiques et pour qui la priorité est de toute façon l'intégration de la RFA dans le système de défense occidental.
Pour Moscou, un virage tactique s'impose alors : il faut renforcer l'Etat est-allemand, y créer, comme à l'Ouest, des forces armées. Et les dirigeants de RDA, Walter Ulbricht en tête, obtiennent de Moscou le feu vert pour y lancer la "construction du socialisme". Cette politique, dont les deux aspects principaux sont la priorité accordée au développement de l'industrie lourde et une collectivisation accélérée, s'accompagnent de mesures contre les classes moyennes, contre les églises. Mais elle se traduit surtout par une dégradation des conditions de vie de toute la population. Le mécontentement grandit. Le flot ininterrompu de gens qui fuient la RDA s'accroît sensiblement (plus de 110 000 de janvier à mars 1953), ce qui aggrave encore la situation économique. Et le 28 mai 1953, le gouvernement décrète une augmentation des normes de production d'au moins 10 %, ce qui va entraîner une perte substantielle de salaire pour les ouvriers. Des mouvements de protestation se multiplient dans les entreprises.
Moscou prend vite conscience de la dégradation de la situation. La politique d'Ulbricht, outre qu'elle annihile toute perspective de créer une Allemagne unie et démilitarisée, risque de mener à la catastrophe. Le 2 juin, les dirgeants soviétiques convoquent la direction est-allemande au Kremlin et lui intiment l'ordre de mettre en veilleuse la "construction du socialisme" et de revenir à une politique plus mesurée. Aussitôt, à Berlin, on s'exécute et on lance un "nouveau cours" en revenant sur différentes mesures prises les mois précédents. Mais l'augmentation des normes dans les usines est maintenue. Et le 16 juin au matin, le journal syndical Tribüne la justifie encore.

L'insurrection 

C'en est trop. Dans la matinée du 16, les ouvriers du bâtiment de la Stalinallee se mettent en grève et partent en manifestation dans la ville. Ils arrivent devant le siège du gouvernement et demandent à parler à Ulbricht et à Grotewohl (le premier ministre), qui ne se montrent pas. Petit à petit, la pression monte. Un mot d'ordre de grève générale est lancé pour le lendemain. En début d'après-midi, les autorités annoncent que l'augmentation de la productivité est bien une nécessité, mais qu'il était erroné d'en décider autoritairement. Insuffisant. Et trop tard. Les gens sont informés des événements de la journée par les radios occidentales, et notamment par RIAS (Rundfunk im amerikanischen Sektor). Le lendemain, mercredi 17 juin, le mouvement fait tache d'huile et s'étend, à Berlin comme dans toute la RDA : grèves (96 usines en grève à Berlin, représentant 25 500 grévistes), manifestations (90 000 personnes à Berlin), auxquelles viennent participer des Berlinois de l'Ouest, attaques contre des bâtiments officiels, drapeaux rouges déchirés, etc. Les revendications ne se limitent plus maintenant aux questions de salaire. On exige des élections libres et l'unification de l'Allemagne. Ce qui n'était la veille qu'un mouvement de protestation prend des allures d'insurrection. L'Etat est-allemand semble sur le point de s'écrouler. Ses principaux dirigeants se réfugient à Karlshorst, au siège du commandement soviétique.  Face à l'incapacité de la direction est-allemande à maîtriser la situation, l'Union soviétique reprend les choses en main. En fin de matinée, les chars soviétiques convergent vers le centre de Berlin. A 13 heures, l'état d'urgence est proclamé à Berlin (de même que dans la plus grande partie de la RDA). Tout rassemblement est interdit. La frontière avec les secteurs occidentaux est bouclée. Les transports en commun (métro et S-Bahn) ne circulent plus entre l'Est et l'Ouest. Le couvre-feu est instauré de 21 heures à 5 heures du matin. Petit à petit, l'ordre est rétabli.  Lors des affrontements à Berlin, 14 personnes sont tuées : 8 suite à des tirs le 17 juin (3 Berlinois de l'Est et 5 Berlinois de l'Ouest), 5 les jours suivants (4 Berlinois de l'Est, 1 Berlinois de l'Ouest). Un Berlinois de l'Ouest est exécuté après un procès expéditif. Pour l'ensemble de la RDA, on compte 55 morts.         

Bertold Brecht : Die Lösung
Nach dem Aufstand des 17. Juni
Ließ der Sekretär des Schriftstellerverbands
In der Stalinallee Flugblätter verteilen
Auf denen zu lesen war, daß das Volk
Das Vertrauen der Regierung verscherzt habe
Und es nur durch verdoppelte Arbeit
Zurückerobern könne. Wäre es da
Nicht doch einfacher, die Regierung
Löste das Volk auf und
Wählte ein anderes?
(La solution. – Après le soulèvement du 17 juin, le secrétaire de l'Union des écrivains fit distribuer dans la Stalinallee des tracts sur lesquels on pouvait lire que le peuple s'était aliéné la confiance du gouvernement et qu'il ne pourrait la reconquérir que par un travail redoublé. Est-ce qu'il ne serait quand même pas plus simple que le gouvernement dissolve le peuple et en élise un autre ?)
Ce célèbre poème de Brecht, publié seulement après sa mort, est une réplique aux propos du secrétaire de l'Union des écrivains, Kurt Barthel (Kuba), à l'adresse des maçons de la Stalinallee (propos cités dans Neues Deutschland du 20 juin) : "Schämt ihr euch auch so, wie ich mich schäme? Da werdet ihr sehr viel und sehr gut mauern und künftig sehr klug handeln müssen, ehe euch diese Schmach vergessen wird. Zerstörte Häuser reparieren, das ist leicht. Zerstörtes Vertrauen wieder aufrichten ist sehr, sehr schwer."
(Traduction : Avez-vous honte, comme moi, j'ai honte ? Il va falloir que vous bâtissiez énormément et très bien et que vous agissiez très intelligemment à l'avenir avant que l'on oublie cet affront de votre part. Réparer des maisons détruites, c'est simple. Restaurer une confiance détruite, c'est très très difficile.).
http://www.17juni53.de/home/index.html
Thèse:124 La théorie révolutionnaire est maintenant ennemie de toute idéologie révolutionnaire, et elle sait qu'elle l'est. Guy Debord : La Société du Spectacle

lundi 17 mai 2010

Les déclarations falsifiées d’Olivier Marin et Frédéric Desguerre

Le syndicat Unité SGP-FO Police n'est pas un syndicat comme les autres. Ces fonctionnaires sont tenu en laisse avec des "droits" réduit au strict minimum et surtout leurs "représentants" sont désignés par le pouvoir exécutif (l'Élysée).
C'est pourquoi il faut comprendre leurs désopilantes déclarations comme des ordres indiscutables. Le temps ou les flics connaissaient une certaine "pluralité" de représentation syndicale est mort depuis longtemps. Admirez cette prose, il s'agit ici de dire du mal par avance d'un éventuel soutient aux camarades de Villiers-le-Bel et si possible d'en interdire la tenue dans plusieurs villes de France...
Ce qui est en cause ce n'est pas l'action policière mais sa gestion politique dictatoriale par le Führer de Neuilly-sur-Seine

 Les z'événements de 2007 cela ne vous rappel rien ?

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