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mercredi 30 décembre 2009

Les Voitures qui Brûlent !

Spécialité des révoltés en France depuis Mai68 et le record de la rue Gay-Lussac. Le pouvoir a voulu en faire un baromètre des violences urbaines mais sur ce plan aussi il a échoué. D’où l’interdiction faite aux préfectures de Communiquer sur ce sujet.




2010 CHAMPAGNE !


Un parlementaire socialiste veut contraindre le ministère de l’intérieur à la transparence sur le nombre de véhicules incendiés lors des nuits des 31 décembre et 14 juillet, devenues des rituels violents dans les métropoles françaises.
Jean-Jacques Urvoas, député socialiste du Finistère, a déposé une série de questions écrites au gouvernement sur le bilan des nuits de violences urbaines lors de la dernière fête nationale, épisode pour lequel le ministère de l’intérieur avait intimé l’ordre aux préfectures de ne pas répondre aux journalistes (Le Monde du 17 juillet). Plusieurs enquêtes journalistiques avaient en effet démontré que les statistiques rendues publiques étaient minorées.
La nuit du 13 au 14 juillet avait été marquée par "quelque 500" véhicules brûlés en une seule nuit, selon la police, soit le plus mauvais chiffre depuis plusieurs années. Il suivait un bilan de la Saint-Sylvestre 2008 catastrophique : 1 147 voitures parties en fumée, un résultat très nettement supérieur à celui de l’année précédente (878) et comparable aux nuits les plus tendues de la crise des banlieues de 2005.
Début décembre, M. Urvoas est revenu à la charge avec une nouvelle question écrite, restée pour l’heure sans réponse. "Il y a une vraie volonté de masquer ces données, parce qu’elles sont gênantes pour le gouvernement", se désole-t-il. Sollicité par Le Monde, l’entourage du ministre de l’intérieur n’a pas souhaité répondre.


Le réveillon de 2009 avait été marqué par le bilan record de 1 147 véhiculés incendiés, une donnée en hausse de 30,64 % par rapport à l’année précédente. Pour la première fois, des départements ruraux avaient été concernés. Nicolas Sarkozy avait alors montré du doigt les mineurs en agitant la menace d’interdire à ceux qui avaient été pris en train de mettre le feu à une voiture de passer leur permis de conduire. Mesure rapidement oubliée.
La tendance ne s’est pas inversée depuis. Plus de 500 voitures sont parties en fumée dans la nuit du 14 au 15 juillet. Au mois de novembre, après la qualification de l’équipe de football algérienne pour le Mondial 2010, quelque 300 véhicules ont été également brûlés. Et, depuis quelques jours déjà, la pratique a commencé à se répandre.
Une dizaine de voitures ont ainsi été incendiées à Givors, dans l’agglomération de Lyon, dans la nuit du 18 décembre, quatre en Normande, à Caen, à peu près à la même période, trois dans l’agglomération de Nancy, sept dans le secteur de Tullins, dans le sud du département de l’Isère. Plus inquiétant : à Anduze, une petite commune du Gard, trois véhicules ont brûlé dans la nuit du 25 décembre. Cela ne s’était jamais produit jusqu’ici.

Ni les religions, ni les races, ni les cultures, ni le nationalisme n’ont permis au capitalisme de séparer durablement la question sociale universelle de sa saisie par les masses révoltés.
La guerre sociale s’impose comme sujet au cœur de la société du spectacle.
Chaque voiture qui brûle éclaire le néant de ces nuits de couvre feu d’une lueur d’espoir !
La Place Beauvau, cette fois, a peau­finé son dispositif de sécurité pour le réveillon durant des semaines. Il s'agit, tout d'abord, de rendre le passage à l'acte plus difficile. Outre l'interdiction des mortiers de feux d'artifice, le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a pris un arrêté pour interdire la vente au détail de carburants du 30 décembre au 2 janvier inclus. La police veut compliquer la préparation de bombes incendiaires.
«Mais les inconditionnels du feu de voiture auront certainement pris les devants en constituant des stocks», confie un commissaire de la Sécurité publique. L'un de ses collègues ajoute qu'un simple carré d'allume-barbecue enflammé sous un pneu suffit à embraser un véhicule en quelques minutes...
On rigole bien Place Beauveau !

lundi 28 décembre 2009

40 ans aprés:Piazza Fontana : révisionnismes d'État et révisionnistes du mouvement


copie d'une lettre envoyé aux auteurs de ce texte

Chers camarades,

Il manque deux points important a cette excellente analyse de Guerra Sociale. Les anarchistes n'ont pas été les seuls a être accusé mensongèrement de l'attentat de la Piazza Fontana. Dans ses premières versions la presse italienne accusait aussi les situationnistes qui, plus réactifs échappèrent a la rafle qui prit Pietro Valpreda. Ils n'en restèrent pas là et manifestèrent leur solidarité à Pietro Valpreda en lui envoyant un mandat de 100000 lire expliquée par une lettre de Guy Debord du 23 octobre 1971 dont nous joignons une copie en italien. Par ailleurs le fameux texte Il Reichstag brucia fut abondamment répandu dans toute l'Italie pour faire connaître leur position et cela dès le début.

Salutation libertaires
copie de cette lettre de l'I.S.: 


Il Reichstag brucia
 Il Reichstag brucia?

Compagni,

Il movimento reale del proletariato rivoluzionario italiano lo sta conducendo verso il punto da cui sarà impossibile — per lui e per i suoi nemici — ogni ritorno al passato. Mentre si dissolvono una dopo l’altra tutte le illusioni sulla possibilità di ristabilire la «normalità» della situazione precedente, matura per entrambe le parti la necessità di rischiare il proprio presente per guadagnarsi il proprio futuro. Di fronte al montare del movimento rivoluzionario, malgrado la metodica azione di recupero dei sindacati e dei burocrati della vecchia e nuova «sinistra», diviene fatale per il Potere rispolverare ancora una volta la vecchia commedia dell’ordine, giocando questa volta la falsa carta del terrorismo, nel tentativo di scongiurare la situazione che lo costringerà a scoprire tutto il suo gioco di fronte alla chiarezza della rivoluzione. Gli attentati anarchici del 1921, i gesti disperati dei sopravvissuti al fallimento del movimento rivoluzionario di allora, fornirono un comodo pretesto alla borghesia italiana per instaurare, con il fascismo, lo stato d’assedio su tutta la società. Forte — nella sua impotenza — della lezione del passato, la borghesia italiana del 1969 non ha bisogno di vivere la grande paura del moto rivoluzionario, né di aspettare la forza che solo dalla sconfitta di questo le può ancora derivare, per liberarsi delle proprie illusioni democratiche. Oggi essa non ha più bisogno degli errori dei vecchi anarchici per trovare un pretesto alla realizzazione politica della propria realtà totalitaria, ma tale pretesto cerca di fabbricarselo da sola, incastrando i nuovi anarchici in una montatura poliziesca, o manipolando i più sprovveduti fra loro in una grossolana provocazione. Gli anarchici, in effetti, offrono i migliori requisiti per le esigenze del potere: immagine staccata e ideologica del movimento reale, il loro «estremismo» spettacolare permette di colpire in loro l’estremismo reale del movimento.


LA BOMBA DI MILANO È ESPLOSA
CONTRO IL PROLETARIATO

Destinata a ferire le categorie meno radicalizzate, per allearle al potere, e a chiamare a raccolta la borghesia per la «caccia alle streghe»: non a caso la strage fra gli agricoltori (Banca Nazionale dell’Agricoltura), solo la paura tra i borghesi (Banca Commerciale). I risultati, diretti e indiretti, degli attentati, sono il loro fine. Per il passato, l’atto terroristico — come manifestazione primitiva e infantile della violenza rivoluzionaria nelle situazioni arretrate, o come violenza perduta sul terreno delle rivoluzioni sconfite — non è mai stato che un atto di rifiuto parziale, e perciò vinto in partenza: la negazione della politica sul terreno della politica stessa. Al contrario, nella situazione attuale, di fronte all’ascesa di un nuovo periodo rivoluzionario, è il Potere stesso che, nel tendere alla propria affermazione totalitaria, esprime spettacolarmente la propria negazione terroristica. In un’epoca che vede rinascere il movimento che sopprime ogni potere separato dagli individui, il Potere stesso è costretto a riscoprire, fino alla prassi cosciente, che tutto ciò che esso non uccide lo indebolisce. Ma la borghesia italiana è la più miserabile d’Europa. Incapace oggi di realizzare il proprio terrore attivo sul proletariato, non le resta che tentare di comunicare alla maggioranza della popolazione il proprio terrore passivo, la paura del proletariato. Impotente e maldestra, nel tentativo di bloccare in questo modo lo sviluppo del movimento rivoluzionario e di crearsi ad un tempo artificialmente una forza che non possiede, rischia di perdere in un sol colpo entrambe le possibilità. È così che le fazioni più avanzate del potere (interne o parallele — governative o d’opposizione) hanno dovuto sbagliare. L’eccesso di debolezza riporta la borghesia italiana sul terreno dell’eccesso poliziesco, essa comincia a comprendere che la sua sola possibilità uscire da un’agonia senza fine passa per il rischio della fine immediata della sua agonia. Così il Potere deve bruciare fin dall’inizio l’ultima carta politica da giocare prima della guerra civile o di un colpo di stato di cui è incapace, doppia carta del falso «pericolo anarchico» (per la destra) e del falso «pericolo fascista» (per la sinistra), allo scopo di mascherare e di rendere possibile la sua offensiva contro il vero pericolo, il proletariato. Di più, l’atto con cui oggi la borghesia tenta di scongiurare la guerra civile è in realtà il suo primo atto di guerra civile contro il proletariato. Per il proletariato dunque, non si tratta più evitarla né di incominciarla, ma di vincerla. Ed esso ha ormai incominciato a capire che non è con la violenza parziale che la può vincere, ma con l’autogestione totale della violenza rivoluzionaria e l’armamento generale dei lavoratori organizzati nei Consigli operai. Esso quindi sa ormai di dover respingere definitivamente, con la rivoluzione, l’ideologia della violenza insieme alla violenza dell’ideologia.

Compagni: non lasciatevi fermare qui: il potere e i suoi alleati hanno paura di perdere tutto; noi non dobbiamo avere paura di loro e soprattutto non dobbiamo averne di noi stessi: «non abbiamo da perdere che le nostre catene e tutto un mondo da guadagnare».

Viva il potere assoluto dei Consigli operai!


GLI amici dell’INTERNAZIONALE
Le tract reproduit ci-dessous, qu’on pouvait trouver Piazza Fontana et devant les plus grandes usines de Milan dès le 19 décembre 1969 durant les plus dures journées de répression, est l’unique exemple de compréhension immédiate et générale de ce que seulement des mois plus tard les militants les plus «extrémistes» n’osaient que timidement et partiellement affirmer à propos des bombes du 12 décembre.

Le Reichstag brûle-t-il ?

Camarades,

Le mouvement réel du prolétariat révolutionnaire italien est en train de le conduire vers le point qui rend impossible — pour lui et pour ses ennemis — tout retour en arrière. Pendant que toutes les illusions sur la possibilité de rétablir la «normalité» de la situation précédente se dissolvent l’une après l’autre, mûrit pour les deux parties la nécessité de risquer son présent pour gagner son futur.

Face à la montée du mouvement révolutionnaire, malgré l’action méthodique de récupération des syndicats et des bureaucrates de la vieille et de la nouvelle «gauche», il devient fatal pour le Pouvoir de ressortir une fois encore la vieille comédie de l’ordre, en jouant cette fois la fausse carte du terrorisme, pour tenter de conjurer la situation qui l’obligerait à découvrir tout son jeu face à la clarté de la révolution.

Les attentats anarchistes de 1921, les actions désespérées des survivants de l’échec du mouvement révolutionnaire de cette époque, fournirent un prétexte commode pour instaurer, avec le fascisme, l’état de siège sur toute la société.

Forte, dans son impuissance, de la leçon du passé, la bourgeoisie italienne de 1969 n’a pas besoin de vivre la grande peur du mouvement révolutionnaire ni d’attendre la force qui ne peut lui venir que de la défaite de celui-ci pour se libérer de ses illusions démocratiques. Aujourd’hui, elle n’a plus besoin des erreurs des vieux anarchistes pour trouver un prétexte à la réalisation politique de sa réalité totalitaire, mais, ce prétexte, elle cherche à se le construire toute seule en impliquant les nouveaux anarchistes dans un scénario policier, ou en manipulant les plus naïfs d’entre eux dans une grossière provocation. Les anarchistes offrent en effet les meilleurs atouts pour les exigences du pouvoir : image séparée et idéologique du mouvement réel, leur «extrémisme» spectaculaire permet d’atteindre par eux l’extrémisme réel du mouvement.


LA BOMBE DE MILAN A EXPLOSÉ CONTRE LE PROLÉTARIAT,

Destinée à blesser les catégories les moins radicalisées pour les allier au pouvoir, et à resserrer les rangs de la bourgeoisie pour la «chasse aux sorcières» : ce n’est pas un hasard s’il y a eu un massacre parmi les agriculteurs (Banque nationale de l’agriculture) et si les bourgeois en revanche en ont été quitte pour la peur (Banque du commerce). Les résultats, directs et indirects, des attentats sont leur but.

Dans le passé, l’acte terroriste — comme manifestation primitive et infantile de la violence révolutionnaire dans des situations arriérées, ou comme violence perdue sur le terrain des révolutions manquées — n’a jamais été qu’un acte de refus partiel et, pour cela, récupéré d’avance : la négation de la politique sur le terrain de la politique elle-même. Au contraire, dans la situation actuelle, face à la montée d’une nouvelle période révolutionnaire, c’est le pouvoir même qui, dans sa tendance à l’affirmation totalitaire, exprime de façon spectaculaire sa propre négation terroriste.

Dans une époque qui voit renaître le mouvement qui supprime tout pouvoir séparé des individus, le pouvoir lui-même est obligé de redécouvrir, jusqu’à la praxis consciente, que tout ce qu’il ne tue pas l’affaiblit. Mais la bourgeoisie italienne est la plus misérable d’Europe. Incapable aujourd’hui de réaliser sa terreur active sur le prolétariat, il ne lui reste qu’à essayer de communiquer à la majorité de la population sa terreur passive, la peur du prolétariat.

Impuissante et maladroite dans la tentative de bloquer de cette manière le développement du mouvement révolutionnaire et de se créer artificiellement à temps une force qu’elle ne possède pas, elle risque de perdre d’un seul coup l’une et l’autre possibilités. C’est ainsi que les fractions les plus avancées du pouvoir (internes ou parallèles, gouvernementales ou d’opposition) ont dû se tromper. L’excès de faiblesse ramène la bourgeoisie italienne sur le terrain de l’excès policier, elle commence à comprendre que sa seule issue possible à une agonie sans fin passe par le risque de la fin immédiate de son agonie.

Ainsi, le Pouvoir doit brûler, dès le début, la dernière carte politique à jouer avant la guerre civile ou avant le coup d’État dont il est incapable, la double carte du faux «péril anarchiste» (pour la droite) et du faux «péril fasciste» (pour la gauche), aux seules fins de déguiser et de rendre possible son offensive contre le vrai danger : le prolétariat. De plus, l’acte par lequel aujourd’hui la bourgeoisie essaie de conjurer la guerre civile est en réalité son premier acte de guerre civile contre le prolétariat. Pour le prolétariat, il ne s’agit donc plus de l’éviter ni de la commencer, mais de la gagner.

Et il a désormais commencé à comprendre qu’il peut la gagner non pas par la violence partielle, mais par l’autogestion totale de la violence révolutionnaire et l’armement général des travailleurs organisés en Conseils ouvriers. Il sait donc désormais qu’il doit repousser définitivement, par la révolution, l’idéologie de la violence comme la violence de l’idéologie.

Camarades, ne vous laissez pas arrêter ici : le pouvoir et ses alliés ont peur de tout perdre ; nous ne devons pas avoir peur d’eux et surtout nous ne devons pas avoir peur de nous-mêmes : «Nous n’avons à perdre que nos chaînes et tout un monde à gagner».


Vive le pouvoir absolu des Conseils ouvriers !


Les amis de l’INTERNATIONALE

Sacco & Vanzetti
Via Orsini no 1970
Stencil volé.

Traduit de l’italien par Joël Gayraud & Luc Mercier.



40 ans après: Piazza Fontana : révisionnismes d'État et révisionnistes du mouvement


Quarante ans se sont écoulés depuis le massacre de piazza Fontana. Et cette année encore se sont tenus rituels hypocrites et autres commémorations : défilés de citoyens parsemés d’étendards municipaux et étouffés par des pléthores de représentants des institutions. Le massacre d’État commémoré, avec les larmes aux yeux, par l’État lui-même et par ses fidèles laquais.

Mais cette année, nous n’avons pas seulement eu droit aux commémorations (ravivées par ailleurs par la lutte à Milan), mais également au révisionnisme. Début décembre les agences de presse répandent la nouvelle selon laquelle le Parquet de Milan se préparerait à ouvrir une nouvelle enquête sur l’explosion à la Banque de l’Agriculture en décembre 1969. En prenant appuis sur un livre écrit par un journaliste de l’Ansa, en l’occurrence Paolo Cucchiarelli, on serait en train de suivre une piste vraiment singulière : ce jour-là, deux bombes auraient en fait explosé, une posée par les fascistes (mortelle), et l’autre par des anarchistes (qui n’aurait blessé personne). Une histoire fantastique, capable au final de mettre sur un même plan les «extrémistes opposés» sur lesquels tant d’encre a été versé. Est-ce que vous imaginez Delfo Zorzi et Pietro Valpreda, l’immonde fasciste et l’anarchiste naïf, arriver chacun de son côté, avec son engin explosif ? Pourtant il y a des gens pour croire à ces conneries, ou du moins, pour leur prêter une certaine crédibilité.

Des ordures d’État, se dira-t-on, sur lesquels cracher sans perdre trop de temps. C’est vrai. Mais malheureusement l’État n’est pas l’unique producteur de ce genre de pourriture. Radiocane a également pensé rappeler ce lointain 12 décembre en accueillant à son micro Oreste Scalzone, qui s’est laissé aller à un long verbiage présenté par lui-même comme «une réflexion, dirons-nous… “difficile” et exposée avec la conscience qui, au-delà du scandale, peut engendrer perplexité et souffrance “parmi” nous». Laissons pourtant de côté cette sulfureuse annonce auto-promotionnelle. Étant donné le personnage, nous ne trouvons pas ses mots vraiment scandaleux, ils ne nous laissent ni perplexes ni ne nous font souffrir outre mesure. Ils nous dégoûtent simplement par la mauvaise foi si vulgaire qui les anime.

Il suffit de l’écouter pour comprendre que l’objet de ses «réflexions» sont, plus que les anarchistes, les militants de Lotta Continua. L’ex-leader de Potere Operaio a peut-être quelques vieux comptes à régler avec ses anciens rivaux, et il en profite pour attaquer à tout va leur «vulgate» sur cette période. Il va de soi que les règlements de comptes posthumes entre tabasseurs-en-chef de factions politiques concurrentes (référence à leurs services d’ordre qui défonçaient les «incontrôlés» dans les manifs, Ndt) nous laissent proprement indifférents. Pour nous ce serait un plaisir de laisser les morts enterrer leurs morts. Mais ce faisant le zombie Scalzone a eu l’idée malsaine d’y mêler les anarchistes, à l’histoire du mouvement anarchiste et au sens même de l’anarchisme (alors qu’il démontre qu’il n’en possède pas une connaissance dépassant les vers de quelques chansonnettes). Et sur cela, qu’il nous soit permis de dire notre façon de penser.

Avec son air habituel d’hérétique qui voudrait «poser des questions polémiques», Scalzone se lance dans une exégèse de la Chanson de Pinelli en soutenant qu’«elle contient un malentendu». Un de ses vers dit : «l’anarchie ne signifie pas poser des bombes, mais la justice dans la liberté». Qu’est-ce que ça signifie, se demande Scalzone ? S’il est vrai qu’on peut «dire certaines choses sous le coup de l’émotivité et pour provoquer», ou utiliser une sorte de «licence poétique», reste le fait qu’il s’agit d’«une demie-vérité, mais une demie-vérité est toujours fausse» puisque «dans le mouvement anarchiste on a aussi utilisé les bombes». Merde alors, quelle révélation scandaleuse ! «Voulons-nous dire que nous nous dissocions de cela ? Eh bien oui, disons-le.», s’enflamme Oreste, sinon «même un flic pourra dire que nous mentons» et ça ne serait pas bien. Oui les anarchistes posent des bombes, pas tous bien sûr, mais quelques-uns oui. Et ceci est un fait qu’on ne peut pas nier, sous peine de contracter «la maladie» de la novlangue, et de tomber dans «la contrefaçon du passé» dénoncée par Orwell.




Une fois cette introduction terminée, Scalzone met en doute l’idée même qu’il puisse s’agir d’un massacre d’État, en dénonçant aussi la tendance à la «théorie du complot» présente au sein du mouvement. Pourquoi alors, comme il est dit dans la chanson, est-ce qu’un «compagnon ne pourrait jamais avoir fait ça ?»

Scalzone s’indigne : est-ce qu’«un compagnon ne pourrait jamais avoir mis une bombe dans une banque ?», ou est-ce qu’«un compagnon désigne quelqu’un qui ne pourrait jamais poser une bombe ?» Mais alors ils ne sont pas non plus nos compagnons ceux du «FLN algérien», «de l’ETA», «de l’IRA», des «organisations palestiniennes» et tous les révolutionnaires qui posent une «bombe qui frappe des civils» ! En somme, selon Scalzone, cela aussi est une phrase catégorique qui «n’est pas exacte», car «on peut la hurler à la figure d’un flic qui vous interroge, mais elle ne peut pas devenir un dogme, parce que c’est un mensonge, et les mensonges ne sont pas justes». Le risque qu’il perçoit dans de tels raisonnements est celui de l’enlisement dans une respectabilité mendiante : on commence par dire qu’un compagnon n’a pas posé la bombe de piazza Fontana, et on finit par condamner toute forme d’illégalité.

Tout ceci Scalzone le dit en pensant à Sofri & Compagnie [Adriano Sofri est un journaliste et intellectuel italien, ancien dirigeant du groupe italien d’extrême-gauche Lotta Continua dans les années 1960 et 1970, condamné pour l’assassinat du commissaire de police Luigi Calabresi en 1972] et en chantant, mais en faisant aussi allusion aux anarchistes, dont la «voix», le «porte-parole» était à ses dires Lotta Continua, qui parlait aussi en leur nom. Pour lui, il ne fait pas de doutes que «dans la nébuleuse anarchiste ce type de valeurs a été grosso modo intégré et accepté».

En d’autres termes, la vieille cariatide se presse d’avaliser la thèse à peine sortie du Parquet de Milan : les anarchistes auraient tout aussi bien pu poser la bombe de piazza Fontana, puisque :

a) Il y a toujours eu dans l’histoire des anarchistes pour poser des bombes, et
b) Un compagnon peut très bien poser une bombe à l’intérieur d’une banque, puisqu’il s’agit là de l’institution capitaliste par excellence. Il n’y a guère que les lâches ou les naïfs pour nier ce fait.

En nous efforçant de retenir la nausée en écoutant l’ex-laquais de Toni Negri parler du haut de sa montagne pour donner des leçons aux libertaires, en se vantant de son propre «insurrectionnalisme ouvrier» (mais lequel ? celui qui s’affirme à coup de demandes de clémence à l’État ou dans le soutien à la farce électorale en invitant ouvertement à voter pour les «bulletins rouges» ?), nous nous permettons de faire quelques observations. La Chanson de Pinelli, qui ne peut de toute façon refléter la pensée de tous les anarchistes, s’inscrit dans le moment historique durant lequel elle a été écrite. C’est-à-dire, juste après un massacre de civils. Délirer sur deux vers tirés de leur contexte est pour le coup une opération de mystification du passé. Les anarchistes qui ont recours à la violence, bombes incluses, ont toujours refusé le terrorisme, c’est-à-dire l’utilisation aveugle de la violence. Quand dans leurs actions des civils ont été impliqués, on a parlé d’erreurs ou de «dommages collatéraux», ce qui a provoqué d’âpres débats à l’intérieur du mouvement anarchiste. Il y a eu des anarchistes qui pour ne pas courir le risque de blesser de simples passants ont préféré enlever la bombe à peine posée (comme l’a fait au moins deux fois Paolo Schicchi [
Paolo Schicchi (1865-1950), anarchiste italien partisan du courant anti-organisationnel]), et il y a eu aussi des anarchistes qui ont choisi de continuer l’action, quels que puissent être les résultats finals (comme les auteurs de la bombe au théâtre Diana ou Severino Di Giovanni). Mais tous, sans exception, ne visaient et ne visent que leurs ennemis, les puissants, les exploiteurs et leurs sous-fifres. Rien ne sert d’évoquer les Émile Henry ou les Mario Buda [Mario Buda, alias Mike Boda (né en 1884, mort à une date inconnue) était un anarchiste illégaliste italien ayant lutté aux États-Unis, et l’auteur de la charrette piégée qui a explosée contre la Bourse de New York en 1920], puisque les habitués d’un restaurant de la bourgeoisie de la fin du XIXe siècle ou de la Bourse de Wall Street en 1920 ne peuvent certainement pas être comparés aux clients d’une banque milanaise en 1969.

Poser une bombe dans un endroit public et la faire exploser pendant la journée, en causant des victimes parmi les passants de manière aveugle, c’est un acte de terrorisme, pratique typiquement politique pour laquelle la vie d’inconnus est sacrifiée (en guise d’avertissement, de chantage, de pression) dans une guerre pour la conquête ou la détention du pouvoir. Aussi en se présentant actuellement comme libertaire, Oreste Scalzone reste l’autoritaire qu’il a toujours été et il ignore que l’anarchisme se base sur une conception éthique de la vie, et non sur la politique. Pour les anarchistes, la fin ne justifie pas les moyens. C’est bien pour cette raison que dans la chanson mille fois disséquée, l’anarchiste Pinelli puisse protester contre l´idée que son compagnon ait pu accomplir un massacre comme celui perpétré le 12 décembre 1969, où de simples clients et de mornes employés furent les seuls frappés, ce qui était le but recherché. Est-ce à propos de ce terrorisme parfois employé par les organisations politiques autoritaires chères à Scalzone, que ce dernier parle de légitimité ? Nous le lui laissons tout entier, car le terrorisme provoque chez nous le dégoût, et nous ne considérerons jamais comme nos compagnons ceux qui le pratiquent (mais nous comprenons que pour le leader de l’organisation politique dont les membres ont commis le bûcher de Primavalle [Le 16 avril 1973, des militants de Potere Operaio incendient l’appartement de Mario Mattei, secretaire de section du Mouvement Social Italien (MSI, formation néo-fasciste) dans le quartier Primavalle à Rome, tuant deux de ses fils de 8 et 22 ans] nos mots puissent relever d’un pur infantilisme, de celui qu’on balaye d’un haussement d’épaules).

Quant à la nébuleuse anarchiste, qui d’après lui a su opter sagement pour l’innocentisme et le légalisme, elle est bien plus vaste que les quelques organisations bureaucratiques qui voudraient la représenter — les seules à émettre de misérables communiqués de condamnation vis-à-vis de chaque attaque explosive. Mais n’est ce pas ce «chansonnier aux jambes courtes» qui disait qu’une demie-vérité est un mensonge ?

Pensez que, déjà en 1977, au Palais des sports, au cours des ces journées magnifiques de Bologne, sa logorrhée de renoncement avait été écourtée par des quolibets et des sifflets (et même par quelques panini !) lancées par quelques compagnons… Quel autre événement faut-il donc revivre et commémorer ?


Traduit de l’italien (Guerra Sociale),
Base de données anarchistes, 18-22 décembre 2009.


DES PROVOCATEURS D'EXTRÊME-DROITE

En 1968, les Américains ont commencé l'entraînement commando en bonne et due forme des gladiateurs sur la base sarde clandestine de l'OTAN. En quelques années, 4000 gradés ont été placés à des postes stratégiques. Au moins 139 caches d'armes, y compris dans les casernes des carabiniers, étaient à leur disposition. Pour inciter des jeunes gens à rejoindre cette aventure risquée, la CIA payait de hauts salaires et promettait que s'ils étaient tués, leurs enfants seraient éduqués aux frais des Etats-Unis.
Les tensions ont commencé à atteindre leur masse critique la même année. Tandis que les dissidents prenaient la rue partout dans le monde, en Italie, les occupations d'universités et les grèves pour des salaires et des retraites plus élevés furent éclipsées par une série de crimes politiques sanglants.
Le nombre d'actes terroristes s'éleva à 147 en 1968, grimpa à 398 l'année suivante, puis atteignit l'incroyable sommet de 2498 en 1978 avant d'aller en diminuant, en grande partie à cause d'une nouvelle loi encourageant les délateurs (les repentis). Jusqu'à 1974, les poseurs de bombe d'extrême-droite frappant aveuglément ont constitué la force principale derrière la violence politique.
La première explosion majeure eut lieu en 1969 à Milan, piazza Fontana ; elle tua 18 personnes et en blessa 90. Dans ce massacre et de nombreux autres, les anarchistes furent de commodes boucs-émissaires pour les provocateurs fascistes qui cherchaient à en rendre responsable la gauche. Répondant à un tuyau téléphonique après le massacre de Milan, la police arrêta 150 anarchistes présumés et en fit même passer certains en justice. Mais deux ans après, un nouveau témoignage conduisit à la mise en accusation de plusieurs néofascistes et officiers du SID. Trois anarchistes innocents furent déclarés coupables, mais plus tard acquittés, tandis que les responsables de l'attentat ne furent pas punis par la justice italienne.
Des liens concluants entre Gladio et la violence politique furent trouvés après qu'un avion eut explosé en vol près de Venise en novembre 1973. Le juge vénitien Carlo Mastelloni a établi que l'avion Argo-16 était utilisé pour envoyer des recrues et des munitions entre la base américaine en Sardaigne et les sites de Gladio dans le nord-est de l'Italie. L'apogée de la terreur d'extrême-droite fut atteint en 1974 avec deux massacres. L'un, un attentat à la bombe dans un rassemblement antifasciste à Brescia, tua 8 personnes et en blessa 102. L'autre fut une explosion dans le train Italicus près de Bologne, tuant 12 personnes et en blessant 105. A ce moment-là, le président Giovanni Leone, sans trop exagérer, résuma ainsi la situation : « Avec 10 000 civils en armes s'agitant dans tous les sens, comme d'habitude, je suis un président de merde. »
A Brescia, l'appel initial à la police accusa aussi les anarchistes, mais le malfaiteur s'avéra être un agent secret du SID parallèle. Un lien semblable fut aussi allégué dans le cas de l'Italicus. Les deux fascistes qui furent finalement reconnus coupables étaient membres d'un groupe clandestin de la police appelé les Dragons Noirs, selon le journal d'extrême-gauche Lotta Continua. Leurs condamnations furent aussi annulées. Alors que dans cette affaire et dans d'autres, de nombreux gauchistes furent arrêtés et jugés, des fascistes ou des néofascistes étaient souvent les coupables, en lien avec des groupes de Gladio et des services secrets italiens. Ce qui reflète à quel point ces forces contrôlaient le gouvernement à travers le SID parallèle, c'est que presque tous les éléments d'extrême-droite impliqués dans ces atrocités furent ensuite libérés. En 1974, la gauche armée commença à répondre à la terreur d'extrême-droite. Elle était partisane d'attaques éclair ciblées par opposition aux attentats à la bombe commis au hasard de l'extrême-droite. Les six années suivantes, les militants gauchistes, en particulier les Brigades Rouges, réagirent par la vengeance, commettant beaucoup plus d'actes de violence politique que l'extrême-droite. L'Italie fut à deux doigts de la guerre civile pendant plusieurs années.
Traduit de l'américain
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Valerio Lucarelli est l'auteur de Buio Rivoluzione. Sur son site, il examine de nombreux faits obscurs entourant l'histoire des Brigades Rouges. Il y démontre notamment le caractère intenable de la version officielle de l'enlèvement d'Aldo Moro. L'auteur a résumé son propos à travers quinze petits textes éclairants. Certains de ces récits ont été traduits en français. Nous nous sommes contentés de reprendre ici ces traductions, en leur apportant néanmoins quelques indispensables corrections. Nous traduirons nous mêmes les textes restants. Il nous paraîtrait en effet regrettable que le public français ignore ces aperçus démystificateurs à l'heure où divers imposteurs continuent à amuser le tapis sur cette question du terrorisme italien manipulé des années de plomb. C'est ainsi, qu'après tant de révélations, le duo des politiciens naïfs Persichetti et Scalzone pouvait encore écrire, dans La Révolution et l'Etat, de la thèse d'une manipulation du « parti armé » :



« [Elle] se fonde sur la conviction d'une “complicité inconsciente”, en particulier des Brigades rouges considérées comme manipulées de l'extérieur par des puissances occultes. Au lecteur qui voudrait se documenter sur certaines formes de psychopathologie du mensonge historique, nous recommandons : Sergio Flamigni, La tela del ragno. Il delitto Moro, Ed. Associate, Rome, 1988. Soutenu par d'obscures commanditaires, le même auteur récidive dix ans plus tard in Convergenze parallele, Kaos edizioni, Milan 1998. La “Préface à la quatrième édition italienne de la Société du Spectacle” de Guy Debord témoigne des effets dévastateurs de ce syndrome d'obsession du complot et du méta-complot (in Commentaires sur la Société du Spectacle, “Folio”, Paris, Gallimard, 1997, pp. 133-147). Voir aussi Gianfranco Sanguinetti, Du terrorisme et de l'Etat, Paris, 1980 (1ére éd. : Milan, 1979). Cf. chap. V et Bibliographie. »



Nous savions depuis longtemps que pour toutes sortes de gens les situationnistes relevaient de la psychiatrie. Mais, à l'heure où Le Monde du 8 novembre présente Scalzone comme un « homme très respecté dans le milieu [autonome] », la lecture des textes de Lucarelli permet incidemment de réfuter la psychologie en toc de ce désinformateur et d'autres individus opérant sous la même livrée.
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L'extrait de Tiqqun cité très exactement dans Mieux vaut tard que jamais illustre une maladie chronique des champions de la critique critique, tous courants confondus. On n'y combat presque jamais des positions théoriques pour ce qu'elles sont. On préfère généralement se livrer à un procès d'intention en attribuant à l'adversaire un tort imaginaire dont on détient la réfutation prête à l'emploi, en spéculant sur l'ignorance ou le fanatisme du public. C'est que dans ces milieux, comme dans tous les autres, règnent la concurrence sur le marché des idées, la compétition agonistique et la « culture du narcissisme ».

Dans le cas particulier que nous avons relevé, contrairement à ce qu'affirme Tiqqun, Debord n'a jamais écrit que toute l'agitation (ni même toute la lutte armée), au cours des années 70 en Italie, était manipulée par Gladio. Il a seulement montré que les Brigades Rouges avaient été infiltrées puis manipulées par l'État italien pour neutraliser la dangereuse subversion prolétarienne qui menaçait l'ordre social existant. Du reste, il est, au mieux, malvenu de reprocher à Debord d'avoir pratiqué le grand camouflage du caractère explosif de la situation italienne, quand on se souvient qu'il était le directeur d'une revue, Internationale Situationniste, dont la section italienne avait participé de près aux troubles qui agitèrent l'Italie à cette époque et sut en faire l'analyse dans ses aspects les plus scandaleux, qu'il s'agisse des émeutes de Battipaglia, du soulèvement des prisons ou de la révolte de Reggio de Calabre; tout comme ce reproche dissimule qu'en traduisant le Véridique Rapport de Censor, riche en informations sur la subversion prolétarienne italienne, Debord avait su se faire le passeur efficace de « ce que la situation italienne contenait d'explosif ».

L'affaire n'aurait qu'un strict intérêt académique si elle n'était riche d'enseignements pour le présent. Qui ne comprend pas le passé se condamne à en répéter les erreurs. C'est pourquoi l'analyse très insuffisante faite par Tiqqun du terrorisme spectaculaire mérite d'être critiquée. Maintenant que Coupat et consorts tombent sous le coup d'une machination policière, ils s'adonnent à leur tour à cette paranoïaque « rétrologie ». Il est à regretter pour eux qu'ils s'avisent de l'intérêt de la question à un stade aussi avancé de la répression, mais, n'est-ce pas, mieux vaut tard que jamais. Encore faudrait-il que le Comité Invisible en tire pleinement les leçons en reconsidérant ce qu'il y avait d'insuffisant dans ses analyses sur le terrorisme au lieu de se contenter de les faire rééditer, en profitant de la récente mode autour de Tarnac. De même qu'il conviendrait d'admettre que ce sont certaines faiblesses de L'Insurrection qui vient (dont témoigne aussi la préface d'un « des agents du Parti imaginaire » à Maintenant, il faut des armes, recueil de textes de Blanqui) qui ont permis son exploitation policière, au demeurant maladroite, heureusement. On y trouve exprimée très précisément la forme pratique que la domination souhaite voir prendre à une critique radicale de la société existante. C'est pour cela qu'elle est sélectionnée médiatiquement et offerte en pâture à tous ceux que le cours désastreux du monde conduit à une impatience bien compréhensible. Si, parmi eux, quelques desperados pouvaient commettre quelque acte « insurrectionnel » aveugle propre à alimenter la peur, l'État aurait atteint le but qu'il poursuit dans toute cette affaire. 
Ajoutons que ces "agents" ont surtout besoin d'affaiblir par tous les moyens la position debordiste pour vendre leur mauvaise soupe via La Fabrique-a-désinformation. 
Reproduisons encore un dernier texte de Bonnotdelabande:
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Mieux vaut tard que jamais
AVANT




« Kojève, qui n’avait pas son pareil pour saisir le vif, enterra le Mai français d’une jolie formule. Quelques jours avant de succomber à une crise cardiaque dans une réunion de l’OCDE, il avait déclaré au sujet des “événements” : “Il n’y a pas eu de mort. Il ne s’est rien passé.” Il en fallut un peu plus, naturellement, pour enterrer le mai rampant italien. Un autre hégélien surgit alors, qui s’était acquis un crédit non moindre que le premier, mais par d’autres moyens. Il dit : “Écoutez, écoutez, il ne s’est rien passé en Italie. Juste quelques désespérés manipulés par l’État qui, pour terroriser la population, ont enlevé des hommes politiques et tué quelques magistrats. Rien de notable, vous le voyez bien.” Ainsi, grâce à l’intervention avisée de Guy Debord, ne sut-on jamais de ce côté-ci des Alpes qu’il s’était passé quelque chose en Italie dans les années 70. Toutes les lumières françaises à ce sujet se réduirent donc jusqu’à aujourd’hui à des spéculations platoniques sur la manipulation des BR par tel ou tel service de l’État et le massacre de Piazza Fontana. Si Debord fut un passeur exécrable pour ce que la situation italienne contenait d’explosif, il introduisit en revanche en France le sport favori du journalisme italien : la rétrologie. Par rétrologie – discipline dont l’axiome primordial pourrait être “la vérité est ailleurs” –, les Italiens désignent ce jeu de miroirs paranoïaque auquel s’adonne celui qui ne peut plus croire en aucun événement, en aucun phénomène vital et qui doit constamment, de ce fait, c’est-à-dire du fait de sa maladie, supposer quelqu’un derrière ce qui arrive – la loge P2, la CIA, le Mossad ou lui-même. Le gagnant sera celui qui aura fourni à ses petits camarades les plus solides raisons de douter de la réalité. »
(Tiqqun n°2, 2001, Ceci n’est pas un programme)


APRÈS


« Rien ne permet d'expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d'avoir orchestré, au su de la DST, la vague d'attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. (…) Il s'agit, par tout un luxe de provocations, d'infiltrations, de surveillance, d'intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l'“action psychologique”, de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d'anéantir la “menace subversive” en associant, au sein de la population, l'ennemi intérieur, l'ennemi politique à l'affect de la terreur. »

(Julien Coupat, « La prolongation de ma détention est une petite vengeance », Le Monde, 26 mai 2009)
Et ajoutons ceci:
Après après
Le texte de TIQQUN/Julien-de-la-plèbe est reproduit dans un livre édité chez La Fabrique-a-désinformation:
"Tout a failli, vive le communisme!" téléchargeable gratuitement vous pouvez donc vérifier l'insistant mensonge...
Notons enfin la coïncidence entre la sortie de prison/VIP de Coupat et la sortie du livre reprenant le même mensonge...

lundi 14 décembre 2009

Le Guy Debord de l'informatique: Richard M. Stallman

 
Ici différents textes sur/de   Richard M. Stallman 

Pour ceux qui trouve exagéré cette pertinente comparaison : Guy Debord  Richard M. Stallman

http://www.framalang.org/wiki/Demand_the_impossible

"Un des slogans favoris (attribué mais sans plus ndlr) des Situationnistes, pendant les agitations sociales de Mai 68 en Europe, était "Soyez Réaliste. Demandez l'impossible". Vivez votre vie à fond, osez rêver, nagez à contre-courant, et vos rêves deviendront réalité. Ce slogan aurait pu être écrit pour décrire la mission de Richard Stallman, le père de GNU, de la licence GPL et du mouvement du logiciel libre, qui a consacré sa vie à réaliser le rêve d'un système d'exploitation qui soit écrit de A à Z et qui soit totalement libre."

1/

[Ceci est un entretien entre Louis Suarez-Potts et Richard M. Stallman.]
 
Richard M. Stallman est le praticien/théoricien le plus énergique et le plus célèbre du logiciel libre (« free software »), un terme qu'il a créé. « Free » ici signifie libre comme dans « liberté d'expression » et non gratuit comme dans « entrée libre ». La contribution la plus célèbre de Stallman dans le mouvement du « logiciel libre » a sûrement été la GNU General Public License (la licence publique générale GNU) (GPL), que Stallman a créé aux alentours de 1985 comme une licence générale qui pourrait être appliquée à n'importe quel programme. La licence codifie le concept de « copyleft » (NdT : « copyleft » peut se traduire par « gauche d'auteur » par opposition au « copyright » qui se traduit en « droit d'auteur »), l'« idée centrale » que Stallman a décrite en donnant à « tout le monde le droit d'exécuter un programme, de copier le programme, de modifier le programme et de distribuer des versions modifiées, mais pas le droit d'ajouter des restrictions de son cru. Par conséquent, les libertés cruciales qui définissent le « logiciel libre » sont garanties à quiconque détient une copie ; elles deviennent des droits inaliénables » (Stallman, « The GNU Operating System and the Free Software Movement », in DiBona, Open Sources : Voices from the Open Source Revolution).
Toute licence de logiciel libre publiée depuis doit probablement son existence à la vision de Stallman, y compris les licences qui régissent le code de OpenOffice.org. Le travail de Stallman est bien sûr, résolument pratique. Une courte liste des programmes qu'il a codés inclurait Emacs aussi bien que la plupart des composants du système GNU/Linux, qu'il a soit écrit, soit aidé à écrire. En 1990, Stallman a reçu une bourse de la Fondation McArthur ; il a utilisé les fonds qui lui ont été donnés pour parfaire son travail dans le logiciel libre. (Voir Moody, Rebel Code pour avoir une bonne idée de la mission de Stallman).
L'opportunité de cet entretien m'est venue quand j'ai assisté à la conférence de Stallman sur le campus de Sun, à Cupertino en mai. À ce moment-là, j'ai demandé un entretien avec Stallman par email. Il fut d'accord et peu de temps après, je lui soumettais la série de questions ci-dessous, auxquelles il répondit, souvent largement. Quoi qu'il en soit, mes efforts pour poursuivre cet entretien échouèrent, aussi, cet entretien n'est qu'une première série. Par conséquent, je n'ai pas été en mesure d'étendre et de me confronter à certaines notions intéressantes ; j'ai également fourni autant de liens que possible concernant la politique de Stallman. Il va sans dire que les vues de Stallman lui sont propres et ne reflètent pas nécessairement les miennes ou celles de OpenOffice.org.
Pour plus d'informations, les lecteurs sont invités à visiter le site Web de GNU, ainsi que le site personnel de Stallman.
J'aimerais dans cet entretien que nous nous concentrions sur votre travail actuel et sur la problématique du genre de société dans laquelle nous aimerions vivre. Votre priorité actuelle (et au moins lors des dix-sept dernières années) a été de travailler pour fonder des dispositions sociales qui rendent l'utilisation des logiciels plus éthique.
Mais (brièvement), qu'entendez-vous dans la notion de ce que j'appelle ici une société plus éthique ?
Nous avons besoin d'encourager l'esprit de coopération, en respectant la liberté des autres à coopérer et ne pas mettre en place des systèmes pour les diviser et les dominer.
Ceci nous amène à un point qui est très important et que j'espère vous pourrez clarifier pour nos lecteurs. Le terme que vous préférez pour votre éthique est « free software » (logiciel libre), où le mot « free » signifie libre des contraintes et pas libre de prendre. Mais le terme que de plus en plus de gens utilisent est « Open Source » (code source ouvert), un terme très récent (1998) et qui, selon vous, est chargé de problèmes importants. Des deux, logiciel libre est un terme qui implique une éthique de vie et qui porte la promesse d'une société plus juste; l'autre, « open source », n'est pas porteur de ce message.
Est-ce une déclaration correcte? Pourriez-vous traiter cette question et clarifier les distinctions pour nos lecteurs ?
C'est tout à fait exact. Quelqu'un l'a dit un jour de cette façon : « l'open source est une méthodologie de développement; le logiciel libre est une philosophie politique (ou un mouvement social) ».
Le mouvement open source se concentre à convaincre les sociétés qu'il peut être profitable de respecter la liberté des utilisateurs de partager et de modifier les logiciels. Nous, dans le mouvement du logiciel libre, nous apprécions ces efforts, mais nous pensons qu'il y a une question plus importante en jeu : tous les programmeurs ont l'obligation éthique de respecter ces libertés pour les autres personnes. Le profit n'est pas une mauvaise chose en soi, mais il ne peut justifier de maltraiter les autres.
Au travers de ces lignes, il y a eu une confusion considérable sur la façon de nommer votre idée d'une société éthique. Par erreur, certains affirmeraient que vous suggérez un communisme.
Quiconque critique certaines pratiques commerciales peut s'attendre à être traité de « communiste » de temps en temps. C'est une manière de changer de sujet et d'éluder la question. Si des gens croient à ces accusations, c'est qu'il n'ont pas écouté vraiment ce sur quoi portaient les critiques. (Il est bien plus facile d'attaquer le communisme que d'attaquer les vues du mouvement du logiciel libre).
Pekka Himanen, dans son récent ouvrage, Hacker Ethic (l'éthique du hacker), a justement contré ces assertions. J'irais même plus loin : que ce que vous suggérez est proche de ce que des théoriciens politiques, tel que Amitai Etzioni, décriraient comme un communitarisme (voir par exemple  http://www.gwu.edu/~icps/about.html). Et le communitarisme n'est en aucun cas hostile à l'économie de marché que la plupart des gens associent au capitalisme. C'est même tout l'opposé. Parleriez-vous, à ce que nous pourrions appeler les politiques, de votre système éthique ?
Il y a une place dans la vie pour le commerce, mais le commerce ne devrait pas être autorisé à dominer la vie de chacun. L'idée originale de la démocratie était de donner au plus grand nombre un moyen de contrôler le pouvoir de la minorité nantie.
Aujourd'hui, les entreprises (et leurs propriétaires) ont beaucoup trop de pouvoir politique, et cela mine la démocratie aux États-Unis et à l'étranger. Les candidats font face à un véto efficace des entreprises (voir http://www.billionairesforbushorgore.com), aussi, ils n'osent pas leur désobéir.
Le pouvoir de légiférer est transféré des législateurs, élus, à des entités non démocratiquement élues telle que l'Organisation mondiale du commerce, qui a été conçue pour subordonner la santé publique, la protection de l'environnement, les conditions de travail, et les conditions de vie en général aux http://www.citizen.org/pctrade/gattwto/gatthome.htmlintérêts des entreprises. Avec l'ALÉNA [Association de libre échange nord-américain], une société canadienne condamnée au Mississippi pour pratiques anti-concurrentielles fait un procès pour obtenir une compensation fédérale pour ses pertes dues à cette condamnation. Ils revendiquent que l'ALÉNA retire aux États le droit de légiférer sur les pratiques anti-concurrentielles.
Mais les entreprises ne sont pas encore satisfaites. La ZLEA [Zone de libre-échange des Amériques] proposée voudrait que tous les gouvernements privatisent leurs [services publics] telles que les écoles, la distribution d'eau, les archives et même la sécurité sociale. C'est ce que Bush veut que l'autorité « fast track » fasse passer.
Les manifestants pacifiques contre la ZLEA au Québec ont été violemment attaqués attaqués par la police, qui ont alors rejeté la faute sur les manifestants. Un manifestant qui se tenait dans la rue, a été atteint d'un tir dans la gorge d'un balle en caoutchouc à une distance de 6 mètres. Il a été estropié à vie, et cherche à porter plainte pour tentative de meurtre … si la police révèle qui lui a tiré dessus.
Un organisateur de la manifestation a été attaqué dans la rue par un groupe sorti d'une camionnette, qui l'a mis à terre, et l'a tabassé. Quand ses amis sont venus à son secours, le groupe s'est révélé être des policiers sous couverture qui l'ont emmené avec eux.
Si la démocratie survit aux traités de la mondialisation, elle sera probablement écrasée par les efforts pour supprimer toute opposition à ceux-ci.
La critique la plus immédiate à votre insistance sur l'éthique, serait que l'éthique du logiciel libre est bonne mais inadéquate pour le vrai monde des affaires.
Avec plus de la moitié des sites Web dans le monde exécutant GNU/Linux et Apache, il s'agit évidemment de FUD1. Vous ne devriez pas donner à de tels mensonges de la crédibilité en paraissant les prendre au sérieux vous-même.
Je pense qu'il est pire de ne pas répondre à des mensonges implicites que de s'attaquer à eux directement. L'idée générale de mon argument était que Microsoft, par exemple, affirme que le logiciel libre ne rapporte pas d'argent et qu'il en fait perdre plutôt. Ils soutiennent que c'est une mauvaise idée autour d'eux. Je ne pense pas qu'il faille ignorer Microsoft, tout comme l'OMC ne doit pas être ignorée. Mais : ma question était de suggérer une réfutation à ce FUD paraissant évident, pas de souligner les erreurs des autres.
Soit, je reformule ma question : Microsoft a taxé la GPL de folie commerciale qui est également mauvaise pour l'« Amérique » (quoi que cela puisse signifier). Ils ne se préoccupent pas d'éthique communautaire. Comment dans ce cas contrez-vous leur FUD ou d'ailleurs, le FUD de ceux qui partagent les vues de Microsoft ?
Stallman n'a pas répondu à cette requête de clarification, mais il a fait récemment un discours à l'Université de New York répondant à la propagande de Microsoft. La Free Software Foundation a également présenté une défense du logiciel libre.
[Revenons à l'entretien…]
Sur un plan plus individuel, que répondriez-vous à la critique d'une personne qui voudrait suivre vos standards éthiques mais qui sent qu'elle ne pourra pas car elle veut gagner de l'argent de son travail intellectuel ?
Cette personne hypothétique semble croire que le développement de logiciels libres est incompatible avec une rémunération. Si c'est le cas, elle est mal renseignée … des centaines de personnes sont maintenant payées pour développer des logiciels libres. Certaines d'entre elles travaillent pour Sun. Elle nous défie de résoudre un problème qui n'existe pas réellement.
Mais que dire si elle n'obtient pas un de ces postes dans le logiciel libre ? Cela pourrait arriver … tout le monde ne peut pas les obtenir aujourd'hui. Mais cela n'est pas une excuse pour développer des logiciels propriétaires. Une volonté de profit n'est pas mauvaise en soi, mais ce n'est pas une raison qui pourrait excuser de maltraiter les autres. Les logiciels propriétaires divisent les utilisateurs et les laissent sans aide, et ce n'est pas bien. Personne ne devrait faire cela.
Alors, que devrait-elle faire à la place ? N'importe quoi d'autre. Elle pourrait obtenir un travail dans un autre domaine. Mais elle n'a pas besoin d'aller jusque là … la plupart des développements de logiciels concernent les logiciels personnalisés, qui ne sont pas destinés à être publiés, comme le sont les logiciels propriétaires et les logiciels libres. Dans la plupart des cas, elle peut faire cela sans que cela soulève de problème éthique. Ce n'est pas de l'héroïsme, mais ce n'est pas une infamie non plus.
Mais le copyright peut être vu comme un ami de l'auteur.
À l'âge de la presse imprimée, c'était vrai : le copyright était une restriction industrielle pour les éditeurs, leur imposant de payer l'auteur d'un livre. Il ne restreignait pas les lecteurs, car les actions qu'il restreignait était des choses qui ne pouvaient être réalisées que par les éditeurs.
Mais cela n'est plus vrai à présent. Maintenant, le copyright est une restriction pour le public, au bénéfice des éditeurs, qui donnent aux auteurs une petite aumône pour acheter leur soutien contre le public.
Dans la situation actuelle alors, qui bénéficie le plus des droits d'auteurs ?
Les éditeurs.
Si je travaillais de nouveau en indépendant, je ne voudrais pas publier mes travaux sans une sécurité minimale de rémunération pour mon travail, ce que le copyright permet d'avoir.
Vous pourriez le faire sans copyright. Cela fait partie des tractations commerciales que vous faites avec le magazine pour lequel vous écrivez.
Mais veuillez noter que je ne dis pas que le copyright devrait être totalement aboli. Vous pouvez être en désaccord avec ce que je dis, mais cela n'a pas de sens de m'attaquer pour des choses que je n'ai pas dites. Ce que j'ai dit dans mon discours, c'est que les logiciels qui sont publiés devraient être libres.
Pour un compte-rendu plus détaillé de l'avis de Stallman concernant le copyright appliqué à d'autres domaines que le logiciel, les lecteurs sont invités à se rendre sur le site Web de GNU et sur le site personnel de Stallman. En particulier, les lecteurs pourraient vouloir consulter « Copyright et mondialisation à l'âge des réseaux informatiques » présenté à l'Institut de technologie du Massachusetts (MIT) à Cambridge, le 19 avril 2001. En discutant de ces idées sur le copyright appliqué à d'autres domaines que le logiciel, Stallman a mentionné dans l'entretien : « Ce sont des idées qui me sont venues après avoir travaillé quelques années dans le logiciel libre. Des gens m'ont demandé « Comment appliquer ces idées à d'autres types d'information ? », alors dans les années 90, j'ai commencé à réfléchir à la question. Ce discours donne mon avis sur la question ».
Un autre point : récemment, l'Argentine est devenu le premier pays à considérer que toutes les instances gouvernementales doivent utiliser des logiciels libres (voir par exemple : http://www.wired.com/news/business/0,1367,43529,00.html).
Je pense que la mise en application est toujours en cours de discussion. Elle n'est pas encore votée.
Pour autant que je sache c'est encore le cas… Cependant, que la législation ait été mise en œuvre ou non, les nouvelles sont toujours encourageantes, car au moins, le logiciel libre est considéré sérieusement comme une option légitime. Qu'est-ce que cette information (et d'autres) suggère concernant vos futurs efforts? C'est-à-dire, allez-vous appuyer la cause plus fortement en direction des pays en voie de développement ?
Oui. Je vais partir en Afrique du Sud dans deux semaines [au moment du texte, mi-mai], et une Fondation pour le logiciel libre se lance en Inde. Il y a également un grand intérêt au Brésil.
Un dernier point. Le mouvement « Open Source » est dans l'ensemble dénué d'humour. Ce n'est pas le cas du mouvement du « logiciel libre ». Dans vos conférences et dans votre discours, vous êtes humoristique. J'aimerais finir en vous demandant : « Qu'accomplissez-vous en cela ? »
De la bonne humeur. C'est l'esprit du hacker. Ha ha, sérieusement.
Notes du traducteur:
  1. FUD : Fear Uncertainty and Doubt (peur, incertitude et doute). Sorte de rumeur destinée à semer la confusion dans les esprits.
    "Les voitures, les grandes maisons ne m'attirent pas. Pas du tout. Je n'étais pas un esclave de la soif de l'argent, et cela m'a permis de faire quelque chose qui en valait la peine. C'est pourquoi, lorsque j'ai commencé le projet GNU, j'ai aussi commencé à faire pousser mes cheveux. J'ai fait cela parce que je voulais dire : "Je suis d'accord avec un aspect du mouvement hippie : ne faites pas de la réussite matérielle un but dans la vie."

jeudi 10 décembre 2009

La violence, mais pour quoi faire ?

Texte paru dans la revue Lignes, mai 2009.                                                                                                                                                                                                                            rapel
 
Quel est le visage de la violence en France ? Pour quelqu’un qui fréquente habituellement différents pays européens, la première image de violence, dès qu’on arrive à la gare ou à l’aéroport en France, c’est la police. Jamais je n’ai vu autant de policiers qu’actuellement en France, surtout à Paris. Même pas en Turquie à l’époque de la dictature militaire. On pourrait croire qu’un coup d’État est en train d’avoir lieu, ou qu’on se trouve dans un pays occupé. En Italie ou en Allemagne, rien de comparable en ce moment. Et quels policiers : un air de brutalité et d’arrogance qui défie toute comparaison. Dès qu’on fait la moindre objection – par exemple face à des contrôles d’identité et des fouilles de bagages avant l’accès au train, du jamais vu – on sent qu’on frôle l’arrestation, le matraquage et finalement l’accusation d’ « outrage à agent de la force publique »[1]. On peine à s’imaginer à quoi ça peut ressembler si l’on a la peau plus foncée, ou si l’on ne peut pas sortir les bons papiers.

On tremble d’indignation en lisant que des policiers rentrent dans les collèges, sous le prétexte de chercher de la drogue, où ils terrorisent les enfants avec des chiens et dénoncent les professeurs qui tentent de protéger leurs élèves. Ou lorsqu’on apprend les arrestations brutales de journalistes accusés de simple « délit d’opinion ». Pour ne pas parler des conditions dans lesquelles s’effectuent les expulsions de « sans-papiers » et du fait que le ministère a fixé à l’avance le nombre de malheurs à créer, de destins à briser, à la manière des chiffres de production et d’arrestations établis par décret en Union soviétique dans les beaux jours (pour la police).

Ce qui ressort surtout, c’est l’intention d’humilier, mise en pratique avec une application presque scientifique. Plusieurs fois, des journalistes ont démontré l’inutilité des contrôles dans les aéroports, en s’embarquant sans problèmes sur un avion avec des couteaux ou les composants d’une bombe. Mais dans les aéroports on continue à fouiller les bébés et à faire boire aux parents leurs biberons ; et on oblige tout le monde à retirer sa ceinture. Peut-être ai-je l’imagination trop vive ; mais pas une fois alors je ne suis sans penser aux procès des généraux prussiens qui avaient attenté à la vie de Hitler le 20 juillet 1944 : pour humilier le plus possible ces anciens aristocrates, on leur avait donné, aux audiences, des vêtements bien trop larges, sans ceintures, et le Président se délectait de les voir tout le temps tenir leur pantalon avec les mains…

Pas besoin de lire des brûlots révolutionnaires pour apprendre les méfaits de la police et de la justice, Le Monde suffit. L’inquiétude se répand, même dans la bourgeoisie libérale. Pourquoi y a-t-il alors si peu d’initiatives pour la défense des « libertés civiles » ? On assiste à de grandes manifestations pour le « pouvoir d’achat » ou contre la suppression des postes dans l’enseignement, mais jamais contre les caméras de surveillance vidéo, et encore moins contre le passeport biométrique ou le « navigo » dans le métro parisien qui permet de suivre chaque bête à la trace.

Cette toute-puissance de la police et d’une justice au service du gouvernement est une tendance universelle (il suffit de rappeler que la Grande-Bretagne, la patrie de la démocratie bourgeoise, a pratiquement aboli l’Habeas corpus qui prévoit qu’une personne arrêtée doit être présenté dans les trois jours devant un juge et dont l’introduction, en 1679, est considérée habituellement comme le début de l’État de droit et de la liberté de l’individu face à l’arbitraire de l’État – une abolition qui sonne comme la clôture symbolique d’une longue phase historique). La tendance à l’État policier semble pourtant plus développée en France que dans toute autre « vieille démocratie ». On y est allé très loin dans l’effacement des frontières entre terrorisme, violence collective, sabotage et illégalité. Cette criminalisation de toutes les formes de contestation qui ne sont pas strictement « légales » est un événement majeur de notre temps. On a vu dernièrement qu’écrire des tags ou retarder des trains peut passer pour du « terrorisme ». Ou qu’on peut se retrouver au tribunal pour avoir protesté, verbalement, contre une « reconduite à la frontière » dans un avion. Les faits sont trop connus pour qu’on les répète ici. La « démocratie » est plus que jamais purement formelle et se limite à choisir périodiquement entre les représentants des différentes nuances de la même gestion (et même ce reste de choix est truqué). Toute opposition à la politique des instances élues qui va au-delà d’une pétition ou d’une lettre au député local est par définition « anti-démocratique ». En d’autres mots, tout ce qui pourrait avoir la moindre efficacité est interdit, même ce qui était encore permis il n’y a pas longtemps. Ainsi, en Italie le gouvernement vient de restreindre fortement le droit de grève dans les services publics et d’introduire de grosses amendes pour les sit-in sur les voies de circulation ; les étudiants qui mènent encore des protestations se sont vus qualifiés par un ministre de « guérilleros ».

Dans cette conception de la vie publique, toute initiative revient exclusivement à l’État, aux institutions, aux autorités. D’ailleurs, cette monopolisation étatique de toutes les formes de conflictualité se retrouve également dans la vie  quotidienne. Désormais, pour toute offense, pour tout différend, on recourt à la justice. La lutte contre le « harcèlement » a beaucoup contribué à retirer aux individus la capacité de réagir personnellement aux déplaisirs causés par autrui et les pousse toujours plus vers une dépendance totale. On ne répond plus à une injure avec une autre injure, ou à la limite avec une claque, mais en remplissant un formulaire au commissariat. On prétend ainsi, surtout à gauche, défendre les plus faibles, surtout les femmes ; en vérité, on les rend plus faibles et dépendants que jamais. On nous exproprie des formes les plus élémentaires de réaction personnelle 
 
En même temps, on sait qu’en Irak, les Américains laissent le sale boulot essentiellement à des compagnies privées – les contractors – composées de mercenaires venus du monde entier. Le nombre des « agents de sécurité » privés augmente partout. En Italie, le gouvernement Berlusconi, qui base son consensus largement sur le racisme envers les immigrés, identifiés in toto à la criminalité, a autorisé par décret la formation de « rondes » de « citoyens » pour contrôler le territoire. Il a même permis leur financement par des privés, ce qui pourrait amener, en perspective, à des « escadrons de la mort » comme en Amérique latine, payés par des commerçants désireux qu’on « nettoie » leur quartier.

Le renforcement du monopole de la violence par l’État et sa cession aux privés ne sont pourtant pas en contradiction : la violence est le noyau de l’État, et elle l’a toujours été. En temps de crise, l’État se retransforme en ce qu’il était historiquement à ses débuts : une bande armée. Les milices deviennent des polices « régulières », dans de nombreuses régions du monde, et les polices deviennent des milices et des bandes armées. Derrière toute la rhétorique sur l’État et sur son rôle civilisateur, il y a toujours, en dernière analyse, quelqu’un qui fracasse le crâne à un autre homme, ou qui a au moins la possibilité de le faire. Les fonctions et le fonctionnement de l’État ont varié énormément dans l’histoire, mais l’exercice de la violence est son dénominateur commun. L’État peut s’occuper du bien-être de ses citoyens, ou pas ; il peut dispenser un enseignement, ou pas ; il peut créer et maintenir des infrastructures, ou pas ; il peut régler la vie économique, ou pas ; il peut ouvertement être au service d’un petit groupe, ou d’un seul individu, ou au contraire affirmer servir l’intérêt commun : rien de cela ne lui est essentiel. Mais un État sans hommes armés qui le défendent à l’extérieur et qui sauvegardent l’« ordre » à l’intérieur ne serait pas un État. Sur ce point, on peut donner raison à Hobbes, ou à Carl Schmitt : la possibilité d’administrer la mort reste le pivot de toute construction étatique.

Au cours des derniers siècles, il a prétendu être beaucoup plus. Il ne veut pas seulement être craint, il désire être aimé : il est venu s’occuper, sur une échelle historiquement grandissante, d’une foule de choses qui auparavant étaient du domaine d’autres acteurs. Mais dès que la crise de la valorisation du capital a commencé à couper les vivres à l’État, il a rebroussé chemin et renoncé à des secteurs toujours plus larges de ses interventions. Lorsqu’il n’y aura plus beaucoup d’infirmières ou d’instituteurs dans le service public, il y aura toujours plus de policiers 
 
L’État laisse donc tomber tous les jolis oripeaux dont il s’est revêtu depuis plus d’un siècle. Mais ce n’est pas un retour en arrière. La situation historique est inédite : l’État s’installe en seul maître du jeu. Dans les trente dernières années, il s’est forgé un arsenal de surveillance et de répression qui dépasse tout ce qu’on a vu, même à l’époque des États dits « totalitaires ». A-t-on déjà imaginé ce qui serait arrivé si les nazis et leurs alliés avaient disposé des mêmes instruments de surveillance et de répression que les démocraties d’aujourd’hui ? Entre surveillance vidéo et bracelets électroniques, échantillons d’ADN et contrôle de toutes les communications écrites et verbales, aucun juif ou gitan n’en aurait réchappé, aucune résistance n’aurait pu naître, tout évadé d’un camp de concentration aurait été repris immédiatement. L’État démocratique actuel est bien plus équipé que les États totalitaires d’antan pour faire du mal et pour traquer et éliminer tout ce qui peut lui faire opposition. Apparemment, il n’a pas encore la volonté d’en faire le même usage que ses prédécesseurs, mais demain ? Une logique fatale pousse les États à faire tout ce qui peut être fait, d’autant plus qu’ils sont les gérants d’un système technologique qui obéit à la même logique. Et on le voit tous les jours dans l’usage des moyens de répression : les prélèvements d’ADN, utilisés au début seulement pour les cas les plus graves, comme les meurtres d’enfants, sont maintenant appliqués couramment pour des vols de scooter ou pour les faucheurs volontaires, et finalement pour tout délit sauf pour les délits financiers (les bonnes âmes de gauche limiteront leur protestation à en demander l’extension à cette catégorie pour lutter contre les « privilèges »). Pour la première fois dans l’histoire, les gouvernements pourraient régner sans partage, en effaçant toute possibilité d’un développement futur différent de ce que prévoient leurs dirigeants. Et s’ils ne sont pas si prévoyants que ça ?

L’existence même d’une dialectique historique présuppose que l’État en place ne soit pas tout-puissant, mais que d’autres forces puissent émerger. Aujourd’hui, tout est fait pour rendre impossible un changement de direction. Et pourtant, si l’on regarde les noms des rues présentes dans toutes les villes de France, on y trouve Auguste Blanqui et François-Vincent Raspail, Armand Barbès et Louise Michel, Édouard Vaillant et Jules Vallès… tous persécutés en leur temps, jetés en prison, déportés, condamnés à mort. Reconnus aujourd’hui, par l’État même (du bout des lèvres), comme étant ceux qui avaient raison, contre l’État de leur époque. L’État français se base, dans son autodéfinition, sur deux ou trois révolutions et sur la Résistance – mais si ses prédécesseurs avaient eu les mêmes armes que l’État d’aujourd’hui, l’État d’aujourd’hui n’existerait pas. Si l’État prenait à la lettre sa logique, il devrait laisser une chance à ses adversaires… Bien sûr, on ne va pas demander à l’État d’être si compréhensif qu’il respecte sa propre rhétorique. Mais s’il veut retirer à ses ennemis réels et imaginaires la moindre capacité d’agir et de réagir, s’il se propose d’être plus parfait que tous ses prédécesseurs, s’il s’installe en « fin de l’histoire », les conséquences pourront s’avérer catastrophiques. Il a tout fait pour que la seule « alternative » à son règne soit la barbarie ouverte. Il veut vraiment être jugé sur ses ennemis plutôt que sur ses succès inexistants, comme l’avait déjà dit Guy Debord dans ses Commentaires sur la société du spectacle de 1988. Toute politique « anti-terroriste » suit ce précepte, et les dirigeants de l’Algérie l’ont peut-être appliqué mieux que tout autre gouvernement.
 
Donc : l’État déclare qu’aucun changement n’est plus possible, c’est à prendre ou à laisser. Il le fait dans un moment historique – au début de la véritable crise économique, écologique et énergétique dans laquelle nous sommes en train de nous enfoncer – où il sera de plus en plus difficile pour ses citoyens d’acquiescer au cours des choses, aussi grande que puisse être l’habitude de la soumission. Alors, il ne s’agit pas de justifier, ou au contraire de condamner, la diffusion de pratiques répertoriées comme « illégales » et le recours à ce que l’État définit comme « violence ». On peut tout simplement prédire une chose : il sera assez difficile que les actes de contestation, qui ne manqueront pas d’augmenter dans les prochaines années, respectent les paramètres de « légalité » conçus précisément dans le but de les condamner à l’inefficacité [4]. Dans sa phase ascendante, le mouvement ouvrier se plaçait essentiellement – et était placé par ses adversaires – en dehors des lois de la société bourgeoise. Il savait bien que les lois n’étaient pas neutres, mais promulguées par ses ennemis. L’ascension des « légalistes » à l’intérieur du mouvement ouvrier, surtout à partir de la fin du XIXe siècle, était considérée par beaucoup d’autres adhérents comme une trahison. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que l’État a réussi pleinement à se faire accepter presque partout comme une instance de régulation au-dessus de la mêlée. En même temps que les luttes sociales ne visaient plus l’instauration d’une société tout autre et se limitaient à être une négociation portant sur la distribution de la valeur, le « respect des règles » était devenu coutumier dans la gauche et marquait la ligne de partage avec les minorités « extrémistes ».

Mais ces illusions ont l’air d’être définitivement en train de se dissiper. Il n’y a plus de marge de manœuvre. En même temps que l’État n’a plus rien à redistribuer, l’incitation à rester dans la légalité perd son efficacité : il manque la contrepartie, il manque le gâteau donné en échange de la mansuétude. On peut alors prévoir – et déjà observer – une forte augmentation des actes « illégaux » tels qu’occupations, séquestrations des chefs d’entreprise, démontages, destructions, blocages de voies de communication… 
Donc des actes de sabotage. Et on a l’impression que c’est ce que les autorités craignent par dessus tout. Efficacité du sabotage : si aujourd’hui les cultures des plantes qui contiennent des organismes génétiquement modifiés (OGM) sont partiellement suspendues, et si une bonne partie de l’opinion publique les refuse, c’est dû aux « faucheurs volontaires » plutôt qu’aux pétitions. Il est significatif que le ministère de l’Intérieur ait inscrit depuis quelques années la persécution des faucheurs parmi les priorités des forces de l’ordre. Une désobéissance de masse, un sabotage continu, une résistance perpétuelle – même sans violence physique – serait pour les défenseurs de l’ordre régnant le worst case scenario. Ils préfèrent la violence ouverte et le terrorisme : c’est leur terrain.

J’ai écrit moi-même dans Lignes 25 (printemps 2008) que le sabotage est une forme possible d’action politique, en citant les faucheurs nocturnes et les mises hors fonction d’appareils biométriques. Je n’aurais pas imaginé alors que je courrais, littéralement, le risque de me trouver quelques mois plus tard en prison sous l’accusation d’être un instigateur du terrorisme.

Je fais allusion, bien sûr, à l'« affaire Tarnac 
[6] ». Apparemment, le coup est raté pour l’État, et tout indique que les accusés seront lavés de tout soupçon [7]. En plus, ils beaucoup ont fait parler d’eux un peu partout et ont reçu des soutiens nombreux, depuis les paysans de leur coin jusqu’au Parlement et aux éditoriaux du Monde. Mais le coup étatique est réussi, si l’intention était plutôt d’étouffer dans l’œuf toute tentation d’un recours de masse au sabotage et si c’était pour annoncer  à grands coups de trompe la « tolérance zéro » pour les formes de résistance – les actes de guerre de basse intensité – qui pourraient naître dans les mouvements sociaux en train de se former. Un véritable « terroriste » ne s’épouvante pas pour quelques mois en prison ; un citoyen moyen exaspéré, tenté de passer une fois ou l’autre à l’acte, pensant : « ce n’est pas grave, je ne tue personne », ne le fera pas s’il risque de passer des mois en prison, même s’il est assuré d’en sortir auréolé. Et si l’humiliation subie et la rage poussaient à nouveau quelqu’un vers la lutte armée, l’État se réjouira de se retrouver avec l’ennemi qu’il affectionne le plus.

En revanche, ce qu’il craint, ce sont des mouvements sans chef et qui sortent de l’encadrement. Le ministre de l’Éducation aurait abandonné fin 2008 son projet de réforme du lycée à cause de la violence croissante et surtout incontrôlable (par les organisations des étudiants et les leaders) des manifestations lycéennes et à cause de l’exemple de la révolte de la jeunesse en Grèce qui semble avoir fortement impressionné les gouvernants français.

Mais il est à espérer que la « violence » ne prendra pas la forme dont parlent les auteurs de L’Insurrection qui vient, ouvrage qui est communément attribué au milieu des arrêtés de Tarnac. Ceux-ci diffusent, comme déjà leurs prédécesseurs de la revue radical-chic Tiqqun, l’idée étriquée qu’il est possible de retourner la barbarisation croissante en force d’émancipation. Ils sont fascinés par le chaos qui se profile et veulent pousser plus loin la barbarie, au lieu de miser sur les qualités humaines qui en pourraient représenter la seule voie de sortie. Il n’y a rien d’« anarcho-communiste » dans L’Insurrection qui vient, ni de marxiste. On y trouve plutôt Heidegger et Schmitt : la « décision », la volonté sans contenu qui est également au cœur de la politique de l’État. Ils veulent simplement opposer leur volonté à celle de l’État, être les plus forts, taper du poing sur la table plus bruyamment. Leur mésaventure judiciaire risque de les transformer en mythe parmi les contestataires. Mais même sur le plan de la littérature, leur apologie du crime gratuit manque un peu de fraîcheur, plus de soixante ans après qu’André Breton eut reconsidéré (dans un entretien de 1948) ses idées sur « l’acte surréaliste le plus simple ».

Face au sabotage ou à d’autres formes de « violence », la question est toujours : qui l’exerce, et dans quel but ? La gauche radicale a souvent confondu la violence, même employée pour des buts absolument immanents à la logique marchande, tels les revendications salariales, avec la « radicalité ». Le sabotage pourra tout aussi bien se confondre avec l’affirmation violente d’intérêts particuliers et provoquer des réactions également violentes de l’autre côté : ainsi, les exploitants de terrains cultivés en OGM et saccagés par des faucheurs, ne se sentant pas défendus par l’État, pourraient recourir à des agences de sécurité privées. Le « maintien » émancipateur d’un mouvement d’opposition, même s’il démarre sur de bonnes bases, n’est jamais garanti – il pourra toujours basculer dans un « populisme » qui dépasse tout « clivage gauche-droite ». La transformation de certains mouvements de résistance à l’État en mafias qui luttent seulement pour elles-mêmes (comme les FARC en Colombie) est hautement significative. Et une fois que les « communes » dont parle L’Insurrection (et dont la conception rappelle quelque peu quelques-uns des survivalistes nord-américains qui se préparent à l’apocalypse) constateront que le reste de la population ne se met pas sur la même voie, elles ne combattront que pour leur propre compte. Ce ne sera pas le premier cas dans l’histoire récente.

Déjà en ce moment, au lieu d’une critique du fonctionnement du capitalisme – et donc de la valeur, de l’argent, du travail, du capital, de la concurrence –, on assiste à une « chasse aux managers », à des attaques de leurs villas, à des séquestrations 
 
« On trouve parmi les inculpés [des actes de révolte dans les banlieues] toutes sortes de profils que n’unifie guère que la haine de la société existante, et non l’appartenance de classe, de race ou de quartier », dit L’Insurrection qui vient. Soit. Cependant, le fait de détester la société existante ne veut encore rien dire, il faut voir si c’est pour de bonnes ou de mauvaises raisons. L’islamiste aussi est mû par la haine de cette société, et les supporters fascistes dans les stades crient « All cops are bastards ». Les négristes aussi croient voir des alliances parfaitement imaginaires de tous les ennemis de ce monde, du kamikaze palestinien jusqu’au professeur en grève, des banlieues parisiennes aux mineurs boliviens – pourvu que ça pète… Les sentiments de rejet qu’engendre le monde d’aujourd’hui sont souvent beaucoup plus près de la « haine désincarnée » (Baudrillard) et sans objet que de la violence traditionnelle et ils peuvent difficilement entrer dans une stratégie « politique » quelle qu’elle soit. Et si la guerre civile – la vraie – éclatait, il n’est pas difficile d’imaginer qui seraient les premiers à se trouver réveillés en pleine nuit et collés au mur sans façon, tandis qu’on viole les femmes et qu’on tire sur les enfants…

On peut haïr l’existant au nom de quelque chose d’encore pire. On peut détester Sarkozy pour lui préférer Mao ou Pol Pot. Le sentiment d’humiliation, l’impression de devoir subir sans pouvoir réagir, peut porter à la subversion intelligente comme aux massacres dans les écoles ou dans les conseils municipaux. Ce qui perce dans la plupart des protestations actuelles, c’est surtout la peur de se trouver exclu de la société, et donc le désir d’en faire encore partie. Ce qu’on veut fuir aujourd’hui, en général ce n’est plus l’« adaptation » à un cadre jugé insupportable, comme en 1968 et après, mais la marginalisation dans une société qui se réduit comme peau de chagrin.

 Admirer la violence et la haine en tant que telles aidera le système capitaliste à décharger la fureur de ses victimes sur des boucs émissaires. Beaucoup de choses se sont dégradées, la violence et l’illégalité en font partie. Il est très probable que la cuirasse de la « légalité » va sauter prochainement, et il n’y a pas à s’en désoler. Mais toutes les raisons qui poussent à la violence ne sont pas de bonnes raisons. Peut-être la violence ne devrait-elle se trouver que dans les mains de gens sans haine et sans ressentiment. Mais est-ce possible ?

Notes :
[1] "Au moment d’écrire ces remarques, vient d’être publié un rapport d’Amnesty international intitulé "France : des policers au-dessus des lois" qui confirme toutes ces impressions. Heureusement, les initiatives pour "surveiller les surveillants" commencent à se multiplier un peu partout".
[2] Bien sûr, la diabolisation de la violence dans les rapports quotidiens ne fait que la déplacer ailleurs. Le sociologue allemand Götz Eisenberg, qui a analysé les massacres dans les écoles en Allemagne, souligne que leurs auteurs ne proviennent pas de « quartiers difficiles » ou de milieux prolétaires ou sous-prolétaires, où une certaine violence fait partie de la vie, mais des classes moyennes, des familles « sans histoires », où toute expression des tensions sous forme de violence est tabouisée. Les jeux vidéo violents y fleurissent alors et peuvent aboutir finalement au désir de les transporter dans la réalité. Le public ressent obscurément que ces tueries nous indiquent une vérité cachée et que les massacreurs – qui en général se suicident à la fin de leur « mission » – expriment cette pulsion de mort qui hante, d’une manière ou d’une autre, tous les sujets de la marchandise.
[3] Ou de policiers mieux équipés, parce que le remplacement de l’homme par la technologie frappe même les forces de l’ordre. Mais il ne manquera jamais un représentant de la « gauche » pour demander que l’État investisse dans la « police de proximité » plutôt que dans la police high-tech.
[4] Les questions de légitimité, plus que de légalité, s’y poseront d’une manière renouvelée. Peut-être verra-t-on à nouveau des accusés qui, au lieu de proclamer toujours leur innocence en termes de loi, défendront devant les tribunaux avec orgueil ce qu’ils ont fait et en accepteront les conséquences. René Riesel en a donné un exemple dans le procès qui a suivi sa participation à des destructions de parcelles de culture transgénique, et pendant son incarcération. La grande majorité des révolutionnaires historiques rentraient et sortaient de prison sans s’en émouvoir outre mesure.
[5] Des politiciens comme Olivier Besancenot, qui, après les arrestations des « onze de Tarnac » pour des sabotages présumés de voies ferrées, s’est précipité pour déclarer que les militants de son parti ne feraient jamais rien de ce genre, risquent de se trouver vite débordés par leur « base ». Destin historique des sous-léninistes.
[6] L’indignation face à l’État qui les fait croupir en prison pour « donner un exemple » ne doit pas empêcher de s’étonner de la naïveté des auteurs de L’Insurrection qui vient : ils devaient avoir, paradoxalement, beaucoup de confiance dans la démocratie pour croire qu’ils pouvaient, dans un moment historique comme le nôtre, évoquer dans leurs écrits des actes de sabotage à la SNCF sans subir finalement quelques conséquences. Mais où pensent-ils vivre ? Dans l’Angleterre du XIXe siècle ? Leur drame, c’est d’avoir trouvé des policiers et des juges assez cyniques pour prendre à la lettre leurs fantasmes de violence, pour feindre de les tenir pour aussi dangereux qu’ils rêvent de l’être et les punir pour ce qu’ils auraient voulu faire… Un peu comme ce qui est arrivé à Toni Negri en Italie en 1979. Et leur angélisation va parfois un peu loin : pourquoi s’étonner que les enquêteurs aient tenté de présenter Coupat comme une espèce de Charles Manson, si dans Tiqqun, revue dont il était rédacteur, on pouvait lire : « Ce fut en Allemagne, le mouvement du 2 juin, la Rote Armee Fraktion (RAF) ou les Rote Zellen, et aux Etats-Unis le Black Panther Party, les Weathermen, les Diggers ou la Manson Family, emblème d’un prodigieux mouvement de désertion intérieure », Tiqqun, n° 2, « Parti imaginaire et mouvement ouvrier », p. 241. Ou va-t-il dire que ce n’était que pour amuser la galerie et qu’il ne faut pas lui en vouloir ?
[7] On notera tout particulièrement l’intelligence politique et historique de la ministre de l’Intérieur qui s’est aperçue, quarante ans après 1968, que le PCF n’attire plus les contestataires, en confirmant ainsi le rôle qu’a eu le parti des accords de Grenelle dans le containment de la contestation sociale.
[8] Qui ne sont pas si rares, mais pas très médiatisées pour éviter l’effet imitation, et qui n’arrivent pas encore aux pratiques sud-coréennes, où les ouvriers jettent parfois leurs patrons du dixième étage, ou les arrosent d’essence.
Anselm Jappe[8] et à des irruptions dans les restaurants de luxe. Ce ne sont pas nécessairement les « prolétaires » qui sont les plus enclins à la violence, mais surtout les petits et moyens bourgeois : épargnants floués, propriétaires de maisons saisies. Dès qu’on leur donnera satisfaction, ils feront à nouveau allégeance à l’ordre, et ils patrouilleront devant leurs maisons avec des fusils pour les défendre contre d’autres « prédateurs ». Il est beaucoup moins probable de voir surgir une révolte populaire contre un « projet de développement » qui ferait couper une forêt que contre un trader qui finalement a volé peut-être un euro à chaque citoyen. Et si c’était l’envie qui créait cette haine ? Si l’on voulait simplement être comme eux ? On pourra arriver à des massacres de dirigeants et de leurs suppôts, comme le souhaite L’Insurrection qui vient (Écrivent-ils vraiment cela ?) et préparer ainsi un nouveau départ du même système après une saignée. Une autre chasse à l’escroc et à ses complices politiques, l’« affaire Stavisky », a porté en son temps, en 1934, l’extrême droite à l’assaut contre le Parlement.[5][3]. En temps de crise, l’État n’a plus rien à offrir à ses citoyens que la « protection », et il a donc tout intérêt à perpétuer l’insécurité qui crée la demande de protection. Il peut se priver de toutes ses fonctions, mais pas du maintien de l’ordre. C’était déjà l’avis du prophète du néolibéralisme, Milton Friedman : l’État doit tout laisser à l’initiative privée, sauf la sécurité (il est vrai que son fils David, qui a voulu encore en rajouter, a proposé de privatiser même l’exercice de la justice. Mais là, c’était trop, même pour les libéraux hardcore).[2].

Anselm Jappe

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Le Grand Jeu 

La circulaire du Grand Jeu

Le Grand Jeu n’est pas une revue littéraire, artistique, philosophique ni politique. Le Grand Jeu ne cherche que l’essentiel. L’essentiel n’est rien de ce qu’on peut imaginer : L’Occident contemporain a oublié cette vérité si simple, et pour la retrouver il faut braver plusieurs dangers, dont les plus connus et les plus communs sont la mort (la vraie mort, celle de la pierre ou de l’hydrogène, et non pas l’agréable mort, gorgée d’espérances et ornée d’excitants remords, que l’on connaît trop) - la folie (la vraie folie, lumineuse et impuissante comme le soleil éclairant une assemblée de magistrats, la folie sans issue, de celui qu’on abat comme un chien, et non pas l’heureuse folie qui est le plus charmant moyen d’occuper la vie) - la syphilis, la lèpre léonine, le mariage ou la conversion religieuse.
Non seulement ceux qui jouent le Grand Jeu sont à chaque instant près de tomber dans la crainte de jouer avec des dés pipés ; mais ils risquent sans cesse le supplice de l’homme qui, voulant se trancher les mains avec une hache, se coupe d’abord la main gauche et ne sait plus comment couper la main droite, la plus détestée. (Certains appellent cette situation un compromis.)
Dans cette marche vers la patrie commune dont le nom sera peut-être révélé un jour, les membres du Grand Jeu font - comme par hasard - un certain nombre de découvertes qui peuvent intéresser, amuser, terrifier ou faire rougir le public. Ils les lui donnent.
Il s’agit avant tout de faire désespérer les hommes d’eux-mêmes et de la société. De ce massacre d’espoirs naîtra une Espérance sanglante et sans pitié : être éternel par refus de vouloir durer. Nos découvertes sont celles de l’éclatement et de la dissolution de tout ce qui est organisé. Car toute organisation périt lorsque les buts s’effacent à l’horizon de l’avenir, qui n’est plus qu’une barre blanche posée sur le front.
Ainsi s’émietteront les idoles entre lesquelles les hommes partagent leur adoration - ils ne savent pourquoi ni comment. Il est inutile de les nommer : elles empoisonnent l’air. Les goules que le Grand Jeu nourrit dans des locaux réservés à cet usage savent se nourrir de ces cadavres - car elles ne sont pas portées sur la bouche.
N.B. - Pour les personnes qui nous interrogent au sujet du Grand Jeu, nous répondons une fois pour toutes à n’importe quelle question : " Oui et non ". Nous sommes ainsi les premiers à faire servir la vanité du discours à quelque chose. Au surplus, nous ne ménagerions pas les conseils à ceux qui auraient le courage de nous interroger sans niaiseries ni restrictions mentales.

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Mise au point ou casse-dogme


    

Si le Grand jeu a voulu qu’en le regardant les hommes se trouvassent enfin en face d’eux-mêmes

CE FUT POUR FAIRE LEUR DÉSESPOIR.

Et aussitôt ceux qu’on retrouve toujours en pareille circonstance de fonder des espoirs (d’ordre
" littéraire ", n’est-ce pas ?) sur le Grand Jeu. Cela s’appelle peut-être rendre le bien pour le mal. Ce serait du vaudeville, si ce n’était dégoutant.
Au moins la majorité est-elle d’accord, avec la plus entière mauvaise foi, pour faire semblant de croire qu’il s’agit en somme de distractions intellectuelles.
Mais oui, faces de coton, nous inventerons pour vous distraire des sophismes qui rendent boiteux, des cercles vicieux d’où l’on sort sans tête, des petites constructions de l’esprit -- si ahurissantes ! -- monstres de feutre branlant sur leurs pieds de cervelle, et même des oiseaux dont la queue en forme de lyre... (voir plus loin ce que nous pensons de l’Art).
Rira jaune qui rira le dernier.
Pour nous ôter le souci d’avoir encore, à l’avenir, à rectifier par des paroles de tels malentendus, une fois pour toutes nous précisons :
Que nous n’espérons rien;
Que nous n’avons aucune " aspiration " mais plutôt des expirations;
Que, techniciens du désespoir, nous pratiquons la déception systématique, dont les procédés connus de nous sont assez nombreux pour être souvent inattendus;
Que notre but ne s’appelle pas l’Idéal, mais qu’il ne s’appelle pas;
Qu’il ne faut pas faire passer notre frénésie pour de l’enthousiasme. (Non, Madame, ce n’est pas beau, la jeunesse.)
Que si, comme on l’a finement remarqué, nous sommes dogmatiques, notre seul dogme est

LE CASSE-DOGME.

Notez-donc : DÉFINITION : ; ... Le Grand Jeu est entièrement et systématiquement destructeur...
Maintenant nous faisons rapidement remarquer que le sens commun se fait du verbe détruire un obscur concept dont la seule exposition démontre le caractère absurde (fabriquer du néant en pilonnant quelque chose). Destruction, bien sûr, ne peut être qu’un aspect de transformation, dont un autre aspect est création. (Parallèlement, il faut enlever au mot créer son absurde schéma : fabriquer quelque chose avec du néant.) Bon. Il fallait bien en finir avec ces enfantillages.

Nous sommes résolus à tout, prêts à tout engager de nous-mêmes pour, selon les occasions, saccager, détériorer, déprécier ou faire sauter tout l’édifice social, fracasser toute gangue morale, pour ruiner toute confiancce en soi, et pour abattre ce colosse à tête de crétin qui représente la science occidentale accumulée par trente siècles d’expériences dans le vide : sans doute parce que cette pensée discursive et antimythique voue ses fruits à la pourriture en persistant à vouloir vivre pour elle-mêm et par elle-même alors qu’elle tire la langue entre quelques dogmes étrangleurs.
Ce qui jaillira de ce beau massacre pourrait bien être plus réel et tangible qu’on ne croit, une statue du vide qui se met en marche, bloc de lumière pleine. Une lumière inconnue trouera les fronts, un oeil mortel, une lumière unique, celle qui signifie: "non!"; s’il est vrai que nier absolument le particulier, c’est affirmer l’universel, ces deux points de vue sur le même acte étant aussi vrais l’un que l’autre, puisqu’ils sont pris sur la même réalité 1.
Cette réalité, qui n’est rien de formel, est essence en acte: conscience qui affirme et nie. L’essence universelle de la pensée est donc la négation ne peut être une. Et par elle seule les formes apparaissent; elles ne sont rejetées à l’existence distincte que par cet acte unique de la conscience qui les nie être elle-même. (Voilà - changeons un peu - pour que l’on puisse fonder des espoirs sur notre philosophie.)
Si les dogmes sont des formes de la pensée, la pensée universelle, qui est la vérité de tous les dogmes, est une négation de tous les dogmes. Et nécessairement notre pensée, qui veut être la pensée, doit remplir une fonction de casse-dogmes.
Cette fonction présente deux aspects:
1. Elle est destructrice dans le domaine des formes: aucun dogme ne peut échapper à sa critique. Et cette menace n’est pas vaine, car nous sommes entourés d’hommes qui veulent saisir la vérité dans une forme en ne tenant que la forme. Un tel homme, en nous approchant, risque sa vie. Nous avons tout lieu en effet de supposer que le dogme qu’il affirme est lié aux formes des fonctions vitales. (Elles sont communes à tous les hommes; par une erreur fréquente, on les croit universelles alors qu’elles sont seulement générales; il y a donc beaucoup de chances pour que le dogme soit fondé sur des fondements vitaux qui, plus que toute autre chose, peuvent être les fantômes de l’universel.) Notre fonction de casse-dogme s’attaquera par conséquent aux formes et à l’organisation de la vie humaine, lorsqu’il nous faudra faire apparaître le caractère relatif des formes de pensée qui sont leurs simples reflets.
2. Le second aspect du Casse-Dogme n’est plus Dogme mais Casse et ne regarde que
  Le Grand Jeu n°2. [1929 

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